jeudi 29 janvier 2015

TROIS MOUCHES 28 . TOSCANE

    Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos
chapeaux de paille . Berthe roulait à tombeau ouvert et la terre des Étrusques
disparaissait dans la lunette arrière .

    Le tombeau était ouvert . Berthe disparaissait sous des pailles merveilleuses
quand trois mouches vermeilles roulèrent sur mon chapeau .

    La terre étrusque bourdonnait . Des chapeaux roulaient comme des pailles
et disparaissaient dans les tombeaux . Berthe ouvrit son étui à lunettes .

mardi 27 janvier 2015

VENISE

Je sens ta présence
Comme une chimère
Autour d'un réverbère

Comme un nuage déchiré
Et pourtant plein de voiles

Entre les pierres disjointes
Les larmes de la ville infiltrées

Ton absence ...

DESMOND 19 . PAUL VI

- Marilyn : "Oh , Desmond … voulez-vous coucher avec moi ce soir ?"

    Je laisse tomber le tiers supérieur des dossiers top-secret sur la moquette
devant la porte du Bureau Ovale au moment où le Président sort .

- Le Président . Il s'accroupit : "Laissez-moi vous aider Desmond !" . Il
rassemble les feuilles marquées "à détruire" et , après les avoir soigneuse-
ment taquées sur le marbre d'une console , il les repose entre le dessus de
la pile et mon menton .
- Moi : "Merci , Monsieur le Président"

    Marilyn s'éloigne .

- Le Président me prend par le bras : "Vous êtes troublé mon cher Desmond …
elle vous a proposé de coucher ?"
- Moi . Je balbutie : "Comment , Monsieur le Président … Mister President …
non … voyons … non !"
- Le Président , ricaneur et dents carnassières : "Allons mon petit Desmond …
pas de cachotteries entre nous …"
- Moi : "Je vous assure , Monsieur le Président ! …"
- Le Président : "Eh , eh … vous avez tort … Marilyn est un super coup …
elle s'est fait John Fitzgerald , Mac Millan , Michel Debré et même , dit-on ,
Paul VI …"
- Moi : "Paul VI ! … Monsieur le Président !? … le Pape Paul VI !?"
- Le Président : "Voyez-vous un autre Paul VI que le pape ?"
- Moi : "C'est impossible ! … it's impossible !"
- Le Président : "Si , si … vous ne saviez pas ?" . Posant l'index sur ma pile
de dossiers : "Ce n'est pas écrit sur vos sales papiers ?"

dimanche 25 janvier 2015

KRANT 24 . ON A MARCHÉ SUR LA LUNE

    C'était à Aberdeen . En avril . Nous étions à quai , première escale d'un long
voyage qui nous mènerait à Swakopmund en Namibie vers le 15 juin . Krant et
moi , ce soir là , pendant que montaient de la salle des machines , assourdis par
l'entrepont , le tintement des clés à molette et les jurons prussiens , regardions
comme posée sur les toitures basses du village de Footdee une énorme pleine
lune diffractée par les vapeurs de l'estuaire .

- Krant : "Un jour , nous marcherons là-bas" et il tendit cou et pipe vers Footdee .
- Moi : "A Footdee , capitaine ?"
- Krant : "……..sur la lune , chef …"
- Moi : "Sur la lune ? … nous ?"
- Krant : "L'Homme marchera sur la lune …"
- Moi : "Mais comment capitaine ? … est-ce possible ?"
- Krant ralluma sa pipe : "Oui … mais il faudra s'arracher à l'attraction terrestre …
il y faudra … il y faudra une machine à vapeur d'au moins dix millions de chevaux !"
- Moi : "Dix millions de chevaux-vapeur !? … capitaine ! … le Kritik , c'est à peine …"
- Krant : "L'Homme trouvera … aujourd'hui , la vapeur … demain ? … avez-vous
entendu parler du moteur de Monsieur Diesel ? …"
- Moi : "…………..non ………….."
- Krant toujours fixant l'énorme pleine lune : "Mais une fois dans l'éther , il faudra
abandonner le propulseur … on le larguera et on se laissera happer en orbite lunaire …
dans une espèce de chaloupe … jusqu'à l'alunissage …"
- Moi : "Alunir ? … vous voulez dire capitaine , poser la chaloupe sur la lune ?"
- Krant : "L'un des astronautes … appelons ces hommes astronautes , il me semble
que ça convient … ouvrira une écoutille et descendra doucement en scaphandre
par une espèce d'échelle de coupée … ce sera un petit pas pour l'homme , mais un
grand pas pour l'humanité …"
- Moi : "Un scaphandre ? … la lune serait-elle couverte d'eau ? …"
- Krant : "Non chef … ni eau , ni vent … la lune est un monde sans marin … mais
il n'y a pas d'air non plus … l'Homme devra se déplacer avec une réserve d'air res-
pirable , comprenez-vous ?"
- Moi : "Non , capitaine … c'est de la folie !"
- Krant eut un de ses infimes sourires malicieux : "Ainsi chef , vous ne croyez pas
en la toute-puissance de l'Homme ?"

samedi 24 janvier 2015

ROUTE 102 HH

    La 102 HH est cette route qui longe l'Océan Glacial .

    25kms de digue élevée par l'Empire au temps de sa puissance . Elle supporta
jadis les transports de troupes et les convois blindés . Aujourd'hui , les énormes
camions de la MMC Norilsk Nickel , chargés de minerais (nickel-cuivre-palladium) ,
achèvent de la défoncer . D'un côté , les étangs glacés de la toundra , de l'autre les
vagues figées de l'Océan teintées par les millions de tonnes de dioxyde de soufre
(SO2) que le groupe minier rejette dans l'atmosphère . De part et d'autre , des fûts
enfoncés dans la vase ou surnageant plus loin dans l'eau libre , des trains de che-
nilles hors service , des nappes d'huile de vidange .

    Au cas improbable où vous auriez engagé votre automobile entre les nids de
poule et auriez l'absurde projet de visiter la station de Marresale , il se trouvera au
km 10 un fils de Noum pour se jeter sur votre capot . Vous baisserez votre vitre
à regret par moins 30° et vous devrez supporter l'orifice édenté d'un pauvre nénète
survivant au monde animal , ex-pêcheur ou ex-éleveur de rennes . Vous tirerez de
la boîte à gants une bouteille de vodka aux trois quarts vide , vous lui tendrez et il
la saisira et la tiendra à bout de bras comme un ostensoir . Puis ce fier nomade -
comme si vous étiez Noum en personne , dieu du ciel et des grandes tempêtes -
s'agenouillera sur la chaussée agonisante et cognera son front sur la tôle de votre
portière .

    Long , long sanglot : "Merci pour tout !"



vendredi 23 janvier 2015

PARADIS 25 . NÉANT

    Dieu dit à l'Homme : "Je t'ai donné la Femme , le bétail , les arbres fruitiers
et tu as tout salopé : la Femme , les animaux et les arbres portant la semence"

    Dieu dit à la Femme : "Ne te donne plus à l'Homme"

    Aux animaux , il dit : "Soyez inféconds" . Aux poissons : "Ne remplissez
plus les eaux de la mer" . Aux oiseaux du ciel , aux reptiles et à toutes espèces
qui se meuvent sur la terre , il dit de ne plus remplir le ciel et la terre .

    Dieu dit : "Que la terre ne produise plus de verdure , de l'herbe portant
semence , des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce" . Et cela fut
ainsi , la verdure et l'herbe et les arbres fruitiers rendirent leur sève à la terre .

    Puis Dieu éteignit le Grand Luminaire qui présidait au jour et le plus petit
luminaire qui présidait à la nuit . Il n'y eut plus de signes pour marquer les
époques , les jours et les années .

    La terre était pleine et sa lumière éclairait l'abîme , mais le Verbe s'était figé
sur les eaux .

    Dieu dit : "Que les Ténèbres soient !" . Et les Ténèbres furent . Dieu vit que
les Ténèbres étaient bonnes et il appela ce nouvel état : Néant ...

COTE 137 . 23 . LE PLAN DE MARTIAL

- Martial : "Et moi je te dis que nous sommes Boulevard Malesherbes !"

    Nous sommes au fond d'un trou , Martial et moi . Il me montre son plan .

- Martial : "Boulevard Malesherbes et là , à droite , l'Avenue des Barbelés ! …
c'est pourtant clair !"

    Je regarde distraitement les gribouillis de Martial dans le halo de sa lampe-
torche .

- Moi : "On va encore débarquer chez les fridolins … on les a pas prévenus ,
Martial … ça ne se fait pas … surtout à cette heure ! …"
- Martial ,  ronchon : "Bon … restons là … regardons tomber la pluie …"

    Je tends l'oreille … pas de repère sonore … calme plat sur le front … même
du côté de Montrepont … seulement la pluie sur nos capotes .

- Martial , consultant sa montre : "Il en met un temps !"
- Moi : "………………….?…………………."
- Martial : "Au moins cinq minutes de retard !"
- Moi . Je m'approche de Martial en rampant dans la boue : "Tu attends quelqu'un ?"
- Martial : "Ben mon vieux … si je suis là … inactif … à l'angle du Boulevard
Malesherbes et de l'Avenue des Barbelés , c'est bien que j'attends quelqu'un …"
- Moi : "………………….?…………………."
- Martial : "Les rues sont bien faites pour aller quelque part ? … donc , si on s'en
sert pas , c'est qu'on attend quelqu'un … ou quelque chose …"
- Moi : "Mais qui attends-tu , nom de Dieu !?"
- Martial : "L'autobus 32"

jeudi 22 janvier 2015

OREGON

Petit , je rêvais d'Oregon . Fils de pasteur et lecteur compulsif de récits d'aventures ,
deux raisons , deux causes et même , dirais-je , deux déterminatifs qui me firent
quitter le home pour les Grandes Plaines du Nord : j'allais convertir l'Iroquois .
Jonathan Heppner , un pauvre bougre de mon village mais qui avait quelques rudi-
ments de Bible et de cuisine m'accompagnait . Nous poussâmes en Territoire indien
par la Rivière Awak puis j'eus la mauvaise idée de bifurquer vers le nord . Avant de
laisser la rivière , j'incisai la souche d'un séquoïa d'une croix qui nous servirait de
repère . Nous errâmes six jours dans un dédale de cours d'eau , de lacs et de pitons .
Nous ne vîmes ni âme convertie ni âme à convertir . Nous mangeâmes des racines
à l'image de Jack Mitchell dans "Les aventures de Jack Mitchell" et nous trouvâmes
à descendre le long d'une rive qui s'avéra n'être autre que celle que nous avions
quitté une semaine auparavant : le séquoïa marqué d'une croix bruissait devant nous
de toutes ses feuilles ; nous avions tourné en rond .

Je décidai de planter la tente au pied de l'arbre géant , remerciai Dieu pour les épreu-
ces qu'Il nous imposait et ordonnai à Jonathan de monter la garde pendant que je
dormirais d'un sommeil sacrément mérité . Cette nuit-là , des iroquois qui nous sui-
vaient probablement depuis le début de notre entreprise fendirent le crâne de mon
assistant d'un coup de tomahawk et hachèrent avec le même outil la tente et le corps
de votre serviteur . Nos scalps furent accrochés à des branches basses .

Le Général Donaldson les découvrit deux ans plus tard . Il pacifia la région en ce sens
que ce que je voulais convertir , il le massacra . Sa méthode n'était pas éloignée de
l'iroquoise bien que ce bon général pratiquât des carnages plus vastes et moins brouillons .

TROIS MOUCHES 27 . KWAÏ

Le train aborde un pont à vitesse réduite . Je baisse la vitre . Trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnent contre nos chapeaux de paille . Berthe
pose son sac sur ses genoux ; elle sifflote . Entre les piles de pierres et les arcs
de fer coule la rivière Kwaï .

Le pont bourdonne sur ses piles . Berthe sifflote à vitesse réduite . Elle a posé
sur ses genoux son chapeau de paille ; je me baisse pour l'embrasser au moment
où le train se coule entre les arcs de fer .

Les piles embrassent les arcs de fer quand trois mouches merveilleuses se posent
sur les genoux de Berthe . Elles sifflotent l'air de la rivière Kwaï . Dois-je baisser
la vitre ?

DESMOND 18 . QUI EST QUI ?

- "Desmond !" . Le Président est dans son bureau . La porte est ouverte et il m'a
vu passer dans le couloir les bras chargés de documents à détruire . Je fais une
marche arrière sur la moquette jusque devant la porte du Bureau Ovale . Le Pré-
sident est assis , les coudes posés sur le Wilson Desk . Dear Henry est debout à
côté de lui .

- Le Président : "Desmond … posez donc vos saloperies dans le couloir et entrez …"
- Je pose et j'entre : "Mister President … Monsieur le Secrétaire d'État …"
- Le Président et Dear Henry : "Hi , Desmond !"
- Le Président : "Sit down , Desmond" (je ne traduis pas)

    Je m'asseois .

- Le Président : "Comment va Mary ?"
- Moi : "Mary ? … Monsieur le Président …"
- Le Président : "Mary ! … votre petite amie ! …"
- Moi : "Cindy , Monsieur le Président …"
- Le Président : "Ah ! … vous avez changé ?"
- Moi : "Euh … non , Monsieur le Président … je suis avec Cindy depuis au moins
trois ans …"
- Le Président : "Oh ! … I beg your pardon , Desmond" . (Il me prie de l'excuser) …
"Je dois confondre ……. Savez-vous où nous étions hier soir , Henry et moi ?"
- Moi : "En Chine , Monsieur le Président … je vous ai vus à la télé …"
- Le Président : "Quelle soirée , Desmond ! … et ce Mao , quel drôle de type !"
- Dear Henry : "Monsieur le Président , ce n'était pas Mao … c'était le Premier
Ministre : Chou en Laï"
- Le Président : "Êtes-vous sûr , Henry ?"
- Dear Henry : "Absolutely , Mister President"
- Le Président : "Zut ! … je l'ai appelé Mao toute la soirée … j'ai dû confondre …"
- Dear Henry : "Certainly , Mister President …"

mardi 20 janvier 2015

KRANT 23 . ESPACE ET TEMPS

- "Ne vous semble-t-il pas , Chef , que tout cela est obscur ?"

    L'avant-bras du capitaine et sa pipe décrivirent sur la passerelle un demi-cercle
comme s'ils ouvraient sur une carte l'angle d'un compas .
    Je regardais la mer ; ce devait être l'Iroise avant le passage Fromveur . Nous
revenions d'Afrique chargés du bois de difou pour nos chantiers navals …

- "Il y a les choses , comprenez-vous ?"
- "Oui , Capitaine , ces écueils sont là , devant nous , et nous les aurons dépassés
dans une bonne heure …"

    Le capitaine s'accouda au bastingage , pipe au bec , et resta silencieux . Puis :
- "Il y a les choses , c'est tout … il n'y a pas ici et là … il n'y a pas avant et après …
que les écueils soient là et pas ici , c'est une idée … et que nous les aurons dépassés
dans une heure , c'en est une autre …"

    Et Krant rentra dans sa cabine .

    Je regardai la mer et ce que j'y voyais ne m'était pas obscur mais , à coup sûr ,
plein de risques et d'incertitudes .

    Le capitaine revint sur la passerelle :
- "Mais vous avez raison , Chef … organisons les choses ! …"

samedi 17 janvier 2015

LOTO

    Si j'étais milliardaire , j'achèterais un château en ruines au nord-ouest de
l'Écosse , où on ne peut pas aller plus au nord et plus à l'ouest et où il pleut
360 jours par an . Je passerais mon temps à remuer des bassines sous les
fuites du toit et , bien entendu , je logerais dans la tour de noroît , celle qui
fait face aux tempêtes . Je serais une sorte de vigie : j'annoncerais à mes
contemporains leurs dépressions futures , un job paisible qui n'aurait besoin
d'autre outil qu'une flasque de Caol Ilo 18 ans d'âge . J"adosserais mon uni-
vers à une énorme cheminée où brûleraient pour l'éternité des briquettes de
tourbe . Les murs de mon donjon seraient tapissés d'oeuvres de fiction et de
portraits d'ancêtres . Je vivrais de fantasmes et de rêves impossibles .

    Pendant les cinq jours que dure ici l'été , j'inviterais mes amis milliardaires .
Je serais à l'heure dite sur le quai de Killargray où accoste le ferry d'Ascrik
Bay et je les emmènerais avec leurs valises dans un Landcruiser hors d'âge .
Sur la corniche , nous pourrions admirer mes immenses ciels de traîne ; ça
les changerait de ces mers d'Égypte , idiotes et toujours bleues .

PARADIS 24 . N10H10

- "Eve , peux-tu garder un secret ?" … Dieu parle .
- Eve . Elle ment : "Ben oui … c'est quoi ?"
- Dieu . Il prend les mains d'Eve entre les siennes : "C'est un très grand secret"
- Eve : "……………?……………."
- Dieu : "J'ai mis la chose au point … un virus sélectif …"
- Eve : "……………?……………."
- Dieu : "J'ai l'intention d'en saupoudrer la terre en l'an 2030 après mon fils"
- Eve : "C'est quoi un virus ? … c'est quoi saupoudrer ?"
- Dieu , en lui-même : ("Qu'elle est belle ! … la plus réussie de mes créatures !")
"Un virus , Eve , c'est une sorte de germe …"
- Eve : "Germe ?"
- Dieu , en lui-même : ("Dieu , qu'elle est belle ! … mais question vocabulaire ,
y a du boulot ") . "C'est une sorte de petite bête … si petite qu'on ne la voit pas …
elle entre en toi et tu es malade …"
- Eve : "Pouah ! … c'est dégoûtant … pourquoi t'as inventé ce …"
- Dieu : "… ce virus" . Il soupire : "Je m'en serais bien passé , ma chérie …
j'ai rien trouvé d'autre … mais ne t'inquiète pas … ce virus-là , je l'ai appelé
N10H10 … Il devrait mettre fin à l'engeance des mâles …"
- Eve : "C'est quoi engeance ? … c'est quoi mâle ?"
- Dieu . Il lâche les mains d'Eve , un brin découragé : "J'esplique ?"
- Eve : "Ben oui … je comprends rien"
- Dieu . Il reprend dans les siennes les mains d'Eve : "Ma chérie … les hommes …
je veux dire : les mâles … tu sais bien : ceux qui ont un drôle de truc entre les
pattes … c'est plus possible … ils me sabotent la Création … regarde Adam …
avec sa pelle … ces trous partout … il repique mes poireaux ! … de quoi il se
mêle ? … et ce matin , il a tué un agneau pour me l'offrir !"
- Eve . Elle a les larmes aux yeux : "Ah , quel salaud !"
- Dieu . Le moral de Dieu est dans ses divines chaussettes : "Veux-tu bien
parier qu'il va trouver une parade au H10N10 !"

vendredi 16 janvier 2015

COTE 137 . 22 . LE POTAGER , SUITE

Juste avant d'attaquer … Martial claque des dents .
- Moi : "Arrête ça , Martial !"
- Martial . Gestes d'impuissance .

Au signal du capitaine - un coup de sifflet - Martial est le premier hors de la
tranchée , baïonnette au canon . Il produit un horrible bruit de castagnettes .
Je peine à le suivre . Il prend cinq , dix - saute trois rangs de barbelés - vingt
mètres à la compagnie . Je le rejoins dans le boyau le plus proche de la cote
137 . Il a déjà balancé deux grenades . Je me jette à ses côtés .
- Moi : "Qu'est-ce qui te prend ?"
- Martial claque des dents . Il me regarde sans comprendre .
- Moi : "Tu es devenu fou ?"

Le capitaine nous rejoint . Martial veut sortir du trou et attaquer . Nous l'agrippons .
- Moi : "Martial , t'es dingue !"
- Le capitaine : "Martial , arrêtez … c'est un ordre !" . Il siffle . Deux fois . On se
replie . Nous traînons Martial dans la tranchée .
- Moi : "Qu'est-ce qui t'a pris ?"
- Martial . Il claque des dents .
- Moi : "Martial !"
- Martial : "Les dents ? … mon potager … les salauds !"

TROIS MOUCHES 26 . DANSONS !

Au moyen-âge , on dansait , on buvait , on riait , on se battait .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre
nos chapeaux de paille . On n'allait pas attendre l'an 2000 pour se
fendre la pêche !

Trois mouches dansaient sur une pêche . Elles n'allaient pas attendre
l'âge moyen d'une mouche pour butiner nos pailles ! Nous non plus
d'ailleurs en l'an 2000 !

Un butin de merveilles - mouches vermeilles ! - dansait à l'an moyen
autour de nos chapeaux de paille ...

jeudi 15 janvier 2015

AUTOMNE

Le feu prend en bas du boulevard
Dans les grands marronniers
Et , de ramure en ramure ,
Léchant les façades
Qui bientôt se déforment ,
Il vient sous mon balcon et crépite …

Les feuilles gonflées de gaz se tordent .

Elles suffoquent dans la fournaise
Qui ronfle et rougeoie .

J'ouvre mes fenêtres :
C'est l'automne .

DESMOND 17 . M. MATHIEUGATE

- Dear Henry : "Il faut le faire , Monsieur le Président !"
- Le Président : "Croyez-vous , Henry ? … c'est un peu dégueulasse , non ?"

    Je viens d'entrer dans le Bureau Ovale . Je me fais tout petit .

- Dear Henry . Il cite : "Le bien public exige qu'on trahisse et qu'on mente" …
"Ce n'est pas de moi" .
- Le Président : "Qui a dit ça ?"
- Dear Henry : "Un français , Monsieur le Président … Montaigne"
- Le Président . Il se tourne vers moi : "Vous connaissez ce gars , Desmond ?"
- Moi : "Euh , Monsieur le Président … c'est que Montaigne est mort en 1591 …
ou 1592 …"
- Dear Henry : "1592 … 12 mai 1592 à 16h15"
- Le Président : "1592 !? … l'âge de pierre … Henry , nous sommes en 1973 !"
- Dear Henry : "Certes , Monsieur le Président … en 1592 , trahison et mensonge
étaient à la mode … c'est toujours le cas …"
- Le Président : "Quand même Henry ! … ce que vous me demandez , c'est une
saloperie ! … qu'en pensez-vous Desmond ?"
- Moi : "Euh … Monsieur le Président … de quoi s'agit-il ?"
- Dear Henry . Il intervient : "Permettez , Monsieur le Président , ceci doit rester
entre vous et moi !"
- Le Président . Il soupire : "Pauvre Mireille !"