Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient coutre nos chapeaux
de paille . Les serveuses du drive-in étaient chaussées de patins à roulettes . Elles
nous apportaient à toute allure des plateaux-repas et les passaient par la vitre baissée
de la Ford que j'avais louée à Atlantic City .
A Atlantic City , Berthe avait loué une Ford . Elle roulait à toute allure , vitres
baissées , et la paille de nos chapeaux bourdonnait si merveilleusement que les ser-
veuses du drive-in nous apportèrent des plateaux de mouches .
Berthe m'avait loué chapeau et chaussures et c'est en Ford qu'elle m'apporta d'un
drive-in d'Atlantic City un plateau-repas si bourdonnant de mouches qu'une serveuse
à merveilleuse allure me roula un patin par la vitre baissée .
mardi 27 décembre 2016
COTE 137. 70 VERSIFICATION
Ce matin , nous avons subi un bombardement sévère et toute la journée nous avons
manié la pelle-pioche pour restaurer la tranchée . Il pleut . Martial est assis sous une
bâche à côté de deux sénégalais morts pour la France . Un de ses nombreux carnets
est posé sur ses cuisses .
- Martial , à la cantonnade : "Une rime en "lai" ?"
- Moi : "Mulet"
- Le capitaine : "Fair-play"
- Bertin : "Gobelet"
- Moi : "Articuler"
- Le capitaine : "Gilet"
- Bertin : "Poulet"
- Moi : "Reflet"
- Le capitaine : "Palais"
- Bertin : "Remblai"
- Martial : "Remblai ! … bravo Bertin … le mot qu'il fallait …"
- Nous (le capitaine , Bertin et moi) : "…………..?………….."
- Martial : "… et une en "rie" ?"
- Moi : "Ahuri"
- Le capitaine : "Bain-Marie"
- Bertin : "Otarie"
- Moi : "Céleri"
- Le capitaine : "Diphtérie"
- Bertin : "Prairie"
- Moi : "Scierie"
- Le capitaine : "Souris"
- Bertin : "Barbarie"
- Martial : "Barbarie ! … merci Bertin !"
- Le capitaine : "A quoi rime tout ceci , Martial ? … si j'ose dire …"
- Martial : "C'est un poème , mon capitaine … j'écris un poème … en alexandrins …"
- Le capitaine : "En l'honneur de quoi ?"
- Martial . Geste du menton vers les deux cadavres : "En l'honneur de ces deux-là …
"remblai" , ça rime avec "sénégalais" … c'est dans le remblai qu'on les a retrouvés ce
matin … et "barbarie" , ça rime avec "saloperie"
manié la pelle-pioche pour restaurer la tranchée . Il pleut . Martial est assis sous une
bâche à côté de deux sénégalais morts pour la France . Un de ses nombreux carnets
est posé sur ses cuisses .
- Martial , à la cantonnade : "Une rime en "lai" ?"
- Moi : "Mulet"
- Le capitaine : "Fair-play"
- Bertin : "Gobelet"
- Moi : "Articuler"
- Le capitaine : "Gilet"
- Bertin : "Poulet"
- Moi : "Reflet"
- Le capitaine : "Palais"
- Bertin : "Remblai"
- Martial : "Remblai ! … bravo Bertin … le mot qu'il fallait …"
- Nous (le capitaine , Bertin et moi) : "…………..?………….."
- Martial : "… et une en "rie" ?"
- Moi : "Ahuri"
- Le capitaine : "Bain-Marie"
- Bertin : "Otarie"
- Moi : "Céleri"
- Le capitaine : "Diphtérie"
- Bertin : "Prairie"
- Moi : "Scierie"
- Le capitaine : "Souris"
- Bertin : "Barbarie"
- Martial : "Barbarie ! … merci Bertin !"
- Le capitaine : "A quoi rime tout ceci , Martial ? … si j'ose dire …"
- Martial : "C'est un poème , mon capitaine … j'écris un poème … en alexandrins …"
- Le capitaine : "En l'honneur de quoi ?"
- Martial . Geste du menton vers les deux cadavres : "En l'honneur de ces deux-là …
"remblai" , ça rime avec "sénégalais" … c'est dans le remblai qu'on les a retrouvés ce
matin … et "barbarie" , ça rime avec "saloperie"
dimanche 25 décembre 2016
KRANT 78 . DÉDALE
La mer semble au terrien un espace ouvert . Elle est pour le commandant
d'un navire un labyrinthe ; les côtes , les écueils , les archipels , les détroits ,
les môles sont ses formes palpables ; il en est d'autres plus subtiles : courants ,
vents contraires , alizés , mais aussi les impératifs et contraintes du commerce :
délais de livraison , cours du charbon , salaires , droits de douane , moral de
l'équipage . Telles sont les galeries de la mer ; telle son abstruse bibliothèque .
Le marin , disait Krant , est ce minotaure en sursis et Thésée l'impitoyable
océan qui , une nuit , aura sa peau . L'astrolabe , la boussole , le renard de na-
vigation et les cartes marines sont les fils d'Ariane des hommes de mer . Krant
ajoutait en me défiant qu'on voyage plus clairement derrière Koenigsberg par
les chemins tortueux et encombrés de ronciers que sur la Mer de Tasmanie .
d'un navire un labyrinthe ; les côtes , les écueils , les archipels , les détroits ,
les môles sont ses formes palpables ; il en est d'autres plus subtiles : courants ,
vents contraires , alizés , mais aussi les impératifs et contraintes du commerce :
délais de livraison , cours du charbon , salaires , droits de douane , moral de
l'équipage . Telles sont les galeries de la mer ; telle son abstruse bibliothèque .
Le marin , disait Krant , est ce minotaure en sursis et Thésée l'impitoyable
océan qui , une nuit , aura sa peau . L'astrolabe , la boussole , le renard de na-
vigation et les cartes marines sont les fils d'Ariane des hommes de mer . Krant
ajoutait en me défiant qu'on voyage plus clairement derrière Koenigsberg par
les chemins tortueux et encombrés de ronciers que sur la Mer de Tasmanie .
samedi 24 décembre 2016
LE PARDON EN DIX LEÇONS . TENTH LESSON
Il me faut pardonner . Je comprends aujourd'hui qu'il me faut pardonner .
Le bénéficiaire de mon pardon n'est pas le Duc de Worcester . Je faisais fausse
route : le Duc n'a rien à gagner avec mon pardon . Le malade , c'est moi . Le mal
n'est pas en lui ; il est en moi . En somme , dans ces affaires , l'offenseur flanque
à la tête de l'offensé et dans un même paquet l'offense , la rancune et le remède
qui va avec : le pardon . C'est à l'offensé de s'administrer la purge . Demain ,
j'aurai pardonné au Duc . Je rejoindrai mes contemporains dans le flot du temps
et de la bonne santé ! … Alleluia ! …
FIN
Le bénéficiaire de mon pardon n'est pas le Duc de Worcester . Je faisais fausse
route : le Duc n'a rien à gagner avec mon pardon . Le malade , c'est moi . Le mal
n'est pas en lui ; il est en moi . En somme , dans ces affaires , l'offenseur flanque
à la tête de l'offensé et dans un même paquet l'offense , la rancune et le remède
qui va avec : le pardon . C'est à l'offensé de s'administrer la purge . Demain ,
j'aurai pardonné au Duc . Je rejoindrai mes contemporains dans le flot du temps
et de la bonne santé ! … Alleluia ! …
FIN
vendredi 23 décembre 2016
LE PARDON EN DIX LEÇONS . NINTH LESSON
Peut-être aurais-je dû contre-attaquer . Cher Duc , je suis si gros , si flasque ,
si mou et d'aussi peu de poids que j'orbite loin des jolies femmes mais vous , si
petit et si dur de coeur , les femmes ne vous voient pas dans leur ciel car ce au-
tour de quoi vous tournez est votre nombril … Après une telle estocade , qu'y
aurait-il eu à pardonner ? . Pardonne-t-on à un homme à terre ?
Ou tendre l'autre joue ? . To offer my other cheek also ? . En cette déplorable
nuit du bal de l'Amirauté , pourquoi n'ai-je pas tendu au Duc ma joue gauche ? .
La droite était encore marquée de sa main . Le cercle des rieurs s'était mis à tour-
ner autour de moi avec les lustres et le stuc doré des plafonds . C'est à ce moment
que j'aurais dû … au lieu de quoi (instead) , je fermai les yeux . Avais-je entendu
ce que j'avais entendu ? . La rancune , petit pois au coeur de mon coeur allait
m'emporter fou de rage hors de la salle de bal dans un claquement de portes . La
colère , Seigneur Jésus , arme des faibles ! … Je n'aurais pas dû … Il fallait tendre
l'autre joue et désarçonner l'offenseur . Mais j'ai laissé ma rancune grossir , grossir ,
jusqu'à m'étouffer . L'insulte porte deux poisons : elle-même et la rancune subsé-
quente . C'est avant que la deuxième s'enfle d'amertume que j'aurais dû tendre la
joue ! … C'est trop tard ! ...
si mou et d'aussi peu de poids que j'orbite loin des jolies femmes mais vous , si
petit et si dur de coeur , les femmes ne vous voient pas dans leur ciel car ce au-
tour de quoi vous tournez est votre nombril … Après une telle estocade , qu'y
aurait-il eu à pardonner ? . Pardonne-t-on à un homme à terre ?
Ou tendre l'autre joue ? . To offer my other cheek also ? . En cette déplorable
nuit du bal de l'Amirauté , pourquoi n'ai-je pas tendu au Duc ma joue gauche ? .
La droite était encore marquée de sa main . Le cercle des rieurs s'était mis à tour-
ner autour de moi avec les lustres et le stuc doré des plafonds . C'est à ce moment
que j'aurais dû … au lieu de quoi (instead) , je fermai les yeux . Avais-je entendu
ce que j'avais entendu ? . La rancune , petit pois au coeur de mon coeur allait
m'emporter fou de rage hors de la salle de bal dans un claquement de portes . La
colère , Seigneur Jésus , arme des faibles ! … Je n'aurais pas dû … Il fallait tendre
l'autre joue et désarçonner l'offenseur . Mais j'ai laissé ma rancune grossir , grossir ,
jusqu'à m'étouffer . L'insulte porte deux poisons : elle-même et la rancune subsé-
quente . C'est avant que la deuxième s'enfle d'amertume que j'aurais dû tendre la
joue ! … C'est trop tard ! ...
jeudi 22 décembre 2016
LE PARDON EN DIX LEÇONS . EIGHTH LESSON
Les propos offensants du Duc sont des sandales de plomb ! …
Que ne m'assieds-je au bord du chemin pour les délier ? . Elles ralentissent
ma vie ; j'avance moins vite que mes contemporains . Ai-je jamais éprouvé
autant qu'aujourd'hui l'effroyable empire du temps ? . La tyrannie de la mé-
moire ? . J'aspire à l'innocence du ver de terre , conscient de sa seule contrac-
tion , oublieux du fer qui , par mégarde et cousine candeur , vient de le cou-
per en deux , mais tendu par son quotient tronconique vers un destin de ha-
sards . Si j'étais un lombric , l'affront de Worcester se serait dissous dans une
éprouvette d'indifférence . Or , je ne suis pas insensible . Je n'ai pas la peau
dure ; Seigneur , je n'ai pas la peau assez dure ! ...
Que ne m'assieds-je au bord du chemin pour les délier ? . Elles ralentissent
ma vie ; j'avance moins vite que mes contemporains . Ai-je jamais éprouvé
autant qu'aujourd'hui l'effroyable empire du temps ? . La tyrannie de la mé-
moire ? . J'aspire à l'innocence du ver de terre , conscient de sa seule contrac-
tion , oublieux du fer qui , par mégarde et cousine candeur , vient de le cou-
per en deux , mais tendu par son quotient tronconique vers un destin de ha-
sards . Si j'étais un lombric , l'affront de Worcester se serait dissous dans une
éprouvette d'indifférence . Or , je ne suis pas insensible . Je n'ai pas la peau
dure ; Seigneur , je n'ai pas la peau assez dure ! ...
mercredi 21 décembre 2016
LE PARDON EN DIX LEÇONS . SEVENTH LESSON
Le vrai pardon épuise la rancune . Moi seul , l'offensé , puis pardonner
et dans le même temps la rancune m'échappe . Comment l'éteindre ? … J'aurai
beau pardonner au Duc , comment ne plus lui en vouloir ? . Un simulacre de
pardon , voilà ce que sera mon pardon . Quelqu'un a-t-il pu en quelque temps ou
quelque lieu pardonner à son offenseur et clouer le bec à sa rancune ? . La chose
paraît au-dessus de nos forces . Peut-être est-elle à la mesure du saint or moi ,
Bishop of Canterbury , ne suis qu'un pauvre pécheur , de surcroît gros et flasque
et prêtant le flanc à un Duc insolent , un peu versé dans la science de Monsieur
Newton . Que ce Duc ait décrit ma trajectoire comme celle d'une planète de peu
de masse , l'idée est plaisante et , ma foi , pas mal trouvée . Elle n'en est pas moins
inexcusable et , j'allais dire , impardonnable . Comment imaginer qu'à la seconde
où j'aurai absous le Duc , ma rancune s'éteindra comme une flamme soufflée ? .
Pardonné , le Duc ira à ses affaires le coeur léger pendant que moi , Bishop , à
genoux et solitaire dans ma grand-nef , je remuerai au fond de mon estomac un
reliquat de fiel indigérable . En somme , qui pardonne se punit !
et dans le même temps la rancune m'échappe . Comment l'éteindre ? … J'aurai
beau pardonner au Duc , comment ne plus lui en vouloir ? . Un simulacre de
pardon , voilà ce que sera mon pardon . Quelqu'un a-t-il pu en quelque temps ou
quelque lieu pardonner à son offenseur et clouer le bec à sa rancune ? . La chose
paraît au-dessus de nos forces . Peut-être est-elle à la mesure du saint or moi ,
Bishop of Canterbury , ne suis qu'un pauvre pécheur , de surcroît gros et flasque
et prêtant le flanc à un Duc insolent , un peu versé dans la science de Monsieur
Newton . Que ce Duc ait décrit ma trajectoire comme celle d'une planète de peu
de masse , l'idée est plaisante et , ma foi , pas mal trouvée . Elle n'en est pas moins
inexcusable et , j'allais dire , impardonnable . Comment imaginer qu'à la seconde
où j'aurai absous le Duc , ma rancune s'éteindra comme une flamme soufflée ? .
Pardonné , le Duc ira à ses affaires le coeur léger pendant que moi , Bishop , à
genoux et solitaire dans ma grand-nef , je remuerai au fond de mon estomac un
reliquat de fiel indigérable . En somme , qui pardonne se punit !
mardi 20 décembre 2016
LE PARDON EN DIX LEÇONS . SIXTH LESSON
Puis-je réduire le Duc à l'offense qu'il m'a faite ? . Et le Duc ferait-il maintenant
ce qu'il m'a fait jadis ? . Moi-même , suis-je encore l'offensé d'hier ? . Celui qui par-
donnerait aujourd'hui est-il l'offensé de cette sinistre soirée et l'offenseur à qui je
pardonnerais est-ce ce Duc ivre (était-il ivre ?) qui me compara à une planète gazeuse
et flasque orbitant , en raison de sa faible masse , aux confins du néant ? . Aussi mon
absolution passerait-elle pour une sorte de fantasmagorie . On dira du Bishop of
Canterbury , familier des recoins obscurs de sa cathédrale , qu'il fait revivre des fan-
tômes par illusion d'optique ! … De quoi parle-t-il ? … Ne sont-ce là de vieilles
lunes ? … Qu'est-ce que cette histoire de planète gazeuse ? … Le Bishop a-t-il perdu
la boule ?
My God , que dois-je faire ?
ce qu'il m'a fait jadis ? . Moi-même , suis-je encore l'offensé d'hier ? . Celui qui par-
donnerait aujourd'hui est-il l'offensé de cette sinistre soirée et l'offenseur à qui je
pardonnerais est-ce ce Duc ivre (était-il ivre ?) qui me compara à une planète gazeuse
et flasque orbitant , en raison de sa faible masse , aux confins du néant ? . Aussi mon
absolution passerait-elle pour une sorte de fantasmagorie . On dira du Bishop of
Canterbury , familier des recoins obscurs de sa cathédrale , qu'il fait revivre des fan-
tômes par illusion d'optique ! … De quoi parle-t-il ? … Ne sont-ce là de vieilles
lunes ? … Qu'est-ce que cette histoire de planète gazeuse ? … Le Bishop a-t-il perdu
la boule ?
My God , que dois-je faire ?
lundi 19 décembre 2016
LE PARDON EN DIX LEÇONS . FIFTH LESSON
Le jour du bal , si ma charge ne m'en avait empêché , j'aurais pris le Duc
à la gorge et lui aurais arraché la langue ! … Le temps a passé ; le temps est
ainsi fait : il passe et rend flou ce qui était net . Le souvenir de ces horribles
paroles s'estompe , ses contours s'altèrent . Quels étaient au juste les mots ,
le ton , la ponctuation , la syntaxe et les circonstances ? . Je ne m'en souviens
plus exactement . Seul brille le galet de ma rancune . Pris dans le flot des mi-
nutes , des heures et des jours , le souvenir se dilue mais ma rancune roule
comme un galet intact et indestructible . La Cour se souvient-elle de la plai-
santerie insultante du Duc et le Duc lui-même l'a-t-il en mémoire ? . J'en
doute . Je suis donc seul avec ma rancoeur . Elle bringuebale dans le lit du
temps à vitesse réduite pendant que le souvenir de l'offense a gagné - ou peu
s'en faut - le grand océan de l'oubli . Peut-on pardonner ce que tout le monde
a oublié ? ...
à la gorge et lui aurais arraché la langue ! … Le temps a passé ; le temps est
ainsi fait : il passe et rend flou ce qui était net . Le souvenir de ces horribles
paroles s'estompe , ses contours s'altèrent . Quels étaient au juste les mots ,
le ton , la ponctuation , la syntaxe et les circonstances ? . Je ne m'en souviens
plus exactement . Seul brille le galet de ma rancune . Pris dans le flot des mi-
nutes , des heures et des jours , le souvenir se dilue mais ma rancune roule
comme un galet intact et indestructible . La Cour se souvient-elle de la plai-
santerie insultante du Duc et le Duc lui-même l'a-t-il en mémoire ? . J'en
doute . Je suis donc seul avec ma rancoeur . Elle bringuebale dans le lit du
temps à vitesse réduite pendant que le souvenir de l'offense a gagné - ou peu
s'en faut - le grand océan de l'oubli . Peut-on pardonner ce que tout le monde
a oublié ? ...
dimanche 18 décembre 2016
LE PARDON EN DIX LEÇONS . FOURTH LESSON
J'ai mal dormi . Ainsi le Duc ne sera pas puni ; je lui accorderai mon pardon .
Or , le mal qu'il m'a fait , il l'a fait . "Le mal est fait" est-il dit à la forme impersonnelle ,
spécifiant que nul n'y peut revenir , ni l'offenseur , ni l'offensé , ni quiconque . Comme
va le temps , on ne revient pas sur une offense . Et je devrai me contenter de ce constat :
les conséquences des propos du Duc sont irréparables , je suis la risée de la Cour ! …
Moi , Bishop of Canterbury et lui moins encore n'avons en notre pouvoir de réparer .
Comme si ça n'était pas assez , en pardonnant je serai le malheureux créancier de l'affaire
et le Duc un débiteur impécunieux . Je serai doublement victime : offensé et spolié !
Donc obligé à un double pardon : remettre un affront et enregistrer une dette irrécouvrable !
Seigneur Jésus , viens à mon secours ! ...
Or , le mal qu'il m'a fait , il l'a fait . "Le mal est fait" est-il dit à la forme impersonnelle ,
spécifiant que nul n'y peut revenir , ni l'offenseur , ni l'offensé , ni quiconque . Comme
va le temps , on ne revient pas sur une offense . Et je devrai me contenter de ce constat :
les conséquences des propos du Duc sont irréparables , je suis la risée de la Cour ! …
Moi , Bishop of Canterbury et lui moins encore n'avons en notre pouvoir de réparer .
Comme si ça n'était pas assez , en pardonnant je serai le malheureux créancier de l'affaire
et le Duc un débiteur impécunieux . Je serai doublement victime : offensé et spolié !
Donc obligé à un double pardon : remettre un affront et enregistrer une dette irrécouvrable !
Seigneur Jésus , viens à mon secours ! ...
samedi 17 décembre 2016
L'ACCORD DU PARTICIPE PASSÉ EMPLOYÉ AVEC L'AUXILIAIRE AVOIR
- Exemple : "Berthe a pêché dans son filet au moins une livre de crevettes"
Pêché … "é" … (hé-hé !) car , bien que Berthe soit une fille et que le complément d'objet
direct (CDD … à ne pas confondre avec "contrat à durée …) qu'elle a pêché soit du genre
féminin : UNE livre , il n'y a pas ici d'accord parce que la livre de crevettes est placée
APRÈS la forme verbale ! … Ç'aurait été UN kilo de crevettes , (ou DEUX kilos ou UNE
tonne !) c'aurait été pareil : "é" .
- Exemple : "La livre de crevettes que Berthe a pêchée frétille dans le filet"
Ça s'complique ! : La livre de crevettes , non seulement frétille dans le filet de Berthe ,
mais elle précède maintenant la forme verbale sans perdre pour autant sa fonction de CDD !
Ben dis donc ! … l'accord du PP se fait donc en genre … "ée" … pas parce que Berthe
est UNE fille mais parce que Berthe a pêché UNE livre de crevettes ! (et pas UN kilo ou
UN quintal … dans ce cas , ç'aurait été "é" , non pas parce qu'il n'y aurait pas eu d'accord
mais parce que kilo et quintal sont des garçons ! … est-ce clair ? … et l'accord se fait aussi
en nombre ! … (c'est dingue !) : si Berthe avait trouvé dans son filet UNE tongue ou UNE
bouteille de Coca-Cola , c'aurait été "ée" , mais si elle avait trouvé les DEUX et quoiqu'une
tongue et une bouteille de Coca-Cola ne fussent en mesure de frétiller , c'aurait été "ées" !
… et , cas fort improbable où Berthe eut pêché UN flacon d'ambre solaire , UNE tongue et
UNE bouteille de Coca-Cola , c'eut été "és" !?? … ben oui : autre loi , aussi immémoriale
que naturelle, le masculin l'emporte sur le féminin .
- Demain : l'emploi des auxiliaires composés dans les formes pronominales intransitives
réfléchies .
Pêché … "é" … (hé-hé !) car , bien que Berthe soit une fille et que le complément d'objet
direct (CDD … à ne pas confondre avec "contrat à durée …) qu'elle a pêché soit du genre
féminin : UNE livre , il n'y a pas ici d'accord parce que la livre de crevettes est placée
APRÈS la forme verbale ! … Ç'aurait été UN kilo de crevettes , (ou DEUX kilos ou UNE
tonne !) c'aurait été pareil : "é" .
- Exemple : "La livre de crevettes que Berthe a pêchée frétille dans le filet"
Ça s'complique ! : La livre de crevettes , non seulement frétille dans le filet de Berthe ,
mais elle précède maintenant la forme verbale sans perdre pour autant sa fonction de CDD !
Ben dis donc ! … l'accord du PP se fait donc en genre … "ée" … pas parce que Berthe
est UNE fille mais parce que Berthe a pêché UNE livre de crevettes ! (et pas UN kilo ou
UN quintal … dans ce cas , ç'aurait été "é" , non pas parce qu'il n'y aurait pas eu d'accord
mais parce que kilo et quintal sont des garçons ! … est-ce clair ? … et l'accord se fait aussi
en nombre ! … (c'est dingue !) : si Berthe avait trouvé dans son filet UNE tongue ou UNE
bouteille de Coca-Cola , c'aurait été "ée" , mais si elle avait trouvé les DEUX et quoiqu'une
tongue et une bouteille de Coca-Cola ne fussent en mesure de frétiller , c'aurait été "ées" !
… et , cas fort improbable où Berthe eut pêché UN flacon d'ambre solaire , UNE tongue et
UNE bouteille de Coca-Cola , c'eut été "és" !?? … ben oui : autre loi , aussi immémoriale
que naturelle, le masculin l'emporte sur le féminin .
- Demain : l'emploi des auxiliaires composés dans les formes pronominales intransitives
réfléchies .
LE PARDON EN DIX LEÇONS . THIRD LESSON
Les propos du Duc forment-ils une offense ? . Qualifier la personne du Bishop of
Canterbury de grosse et flasque , et pesant de la sorte si peu qu'elle décrit autour des
femmes - au sens de la nouvelle cosmologie - une orbite si lointaine frôlant les tapis-
series de la salle de bal , ne contrevient pas à la vérité . Car enfin , je suis gros et flasque
et n'ai eu , malgré mes hautes fonctions , aucun succès féminin . La question est donc :
la vérité peut-elle faire office d'offense ? … ou , pour le dire autrement : toute vérité
est-elle bonne à dire ? . Si tel n'est pas le cas , c'est qu'il y a des vérités qui doivent
être tues et si des vérités qui doivent être tues sont dites , qui les dit déroge au devoir .
Le Duc avait-il manqué aux obligations de sa charge ? … certes oui ! . On imagine
mal qu'au cours d'une party , le Duc de Worcester raille son Archevêque conformément
à ses responsabilités . Le Duc avait sans nul doute failli ! . Cependant , faute et offense
sont-elles parfaitement adéquates ? . La réponse à cette délicate interrogation est peut-
être le socle sur lequel reposera mon pardon ...
Canterbury de grosse et flasque , et pesant de la sorte si peu qu'elle décrit autour des
femmes - au sens de la nouvelle cosmologie - une orbite si lointaine frôlant les tapis-
series de la salle de bal , ne contrevient pas à la vérité . Car enfin , je suis gros et flasque
et n'ai eu , malgré mes hautes fonctions , aucun succès féminin . La question est donc :
la vérité peut-elle faire office d'offense ? … ou , pour le dire autrement : toute vérité
est-elle bonne à dire ? . Si tel n'est pas le cas , c'est qu'il y a des vérités qui doivent
être tues et si des vérités qui doivent être tues sont dites , qui les dit déroge au devoir .
Le Duc avait-il manqué aux obligations de sa charge ? … certes oui ! . On imagine
mal qu'au cours d'une party , le Duc de Worcester raille son Archevêque conformément
à ses responsabilités . Le Duc avait sans nul doute failli ! . Cependant , faute et offense
sont-elles parfaitement adéquates ? . La réponse à cette délicate interrogation est peut-
être le socle sur lequel reposera mon pardon ...
jeudi 15 décembre 2016
KRANT 77 . LES CONJONCTIONS CONSTANTE
- "Chef !"
C'est le timonier . Je vois sa tête hirsute par l'écoutille .
- "As-tu vu Hume ?"
- Moi : "Il n'est pas aux machines"
- Lui : "Où est donc cette sale bête ? . Ça fait bien deux jours qu'il a disparu"
- Moi : "Tu es inquiet , Timonier ?"
- Lui : "Moi ? … me faire du souci pour ce sac de corned-beef !"
- Moi : "Tu le nourris trop … il est repu … il dort quelque part , dans les entrailles de
ce rafiot …"
- Lui : "Deux jours ! … quand même ! … sans rien dire à personne ! … il sera tombé
à l'eau , crénom !"
- Moi : "Hume !? … tomber à l'eau !? … le plus marin des chats ! …"
- Lui : "Sacrebleu , Chef ! … j'en connais des marins , et des meilleurs que toi , qui font
pitance aux petits poissons ! ……………. Si tu trouves ce sacripant , amène-le moi par
la peau du cou ! …"
- Moi : "Je te l'amènerai , pattes liées …"
La tête du timonier disparaît de l'écoutille . Je l'entends encore : "Par les clous du Christ ,
Hume … où es-tu fourré ?"
Puis la voix lointaine de Krant , sur le pont supérieur :
- "Timonier , vous cherchez Hume ? … ne cherchez plus … il est dans ma cabine sur le
meilleur coussin … depuis deux jours … il dort … c'est sa manière de réfléchir … il ex-
plore les "conjonctions constantes" … la notion d'habitude , si vous voulez …"
C'est le timonier . Je vois sa tête hirsute par l'écoutille .
- "As-tu vu Hume ?"
- Moi : "Il n'est pas aux machines"
- Lui : "Où est donc cette sale bête ? . Ça fait bien deux jours qu'il a disparu"
- Moi : "Tu es inquiet , Timonier ?"
- Lui : "Moi ? … me faire du souci pour ce sac de corned-beef !"
- Moi : "Tu le nourris trop … il est repu … il dort quelque part , dans les entrailles de
ce rafiot …"
- Lui : "Deux jours ! … quand même ! … sans rien dire à personne ! … il sera tombé
à l'eau , crénom !"
- Moi : "Hume !? … tomber à l'eau !? … le plus marin des chats ! …"
- Lui : "Sacrebleu , Chef ! … j'en connais des marins , et des meilleurs que toi , qui font
pitance aux petits poissons ! ……………. Si tu trouves ce sacripant , amène-le moi par
la peau du cou ! …"
- Moi : "Je te l'amènerai , pattes liées …"
La tête du timonier disparaît de l'écoutille . Je l'entends encore : "Par les clous du Christ ,
Hume … où es-tu fourré ?"
Puis la voix lointaine de Krant , sur le pont supérieur :
- "Timonier , vous cherchez Hume ? … ne cherchez plus … il est dans ma cabine sur le
meilleur coussin … depuis deux jours … il dort … c'est sa manière de réfléchir … il ex-
plore les "conjonctions constantes" … la notion d'habitude , si vous voulez …"
mercredi 14 décembre 2016
LE PARDON EN DIX LEÇONS . SECOND LESSON
Moi , Bishop of Canterbury , je dois pardonner au Duc . Mais comment
le ferais-je ? . Croira-t-il qu'avec le temps j'ai oublié son offense ? Et ne serait-ce
pas l'offenser à son tour que de réduire à si peu de chose qu'on l'a oubliée , la
force de son affront ? . La clémence a une odeur de mépris . En passant ses paroles
blessantes aux profits et pertes , c'est comme si je lui en adressais d'autres et est-ce
cela qu'on appelle pardon ? … Ou mon pardon consistera-t-il à excuser le Duc ?
Était-il dans son assiette le jour où il proféra ses infectes paroles ? . N'avait-il pas
abusé du cognac ? … Mais en décidant unilatéralement que le Duc n'a pas voulu
dire ce qu'il a dit , que donc il n'y a pas faute et , par ricochet , qu'il n'y a pas motif
à pardon , comment pourrais-je pardonner ? . Et si je faisais dire au Duc que je
reconnais son offense et la profonde blessure qu'il m'infligea , que la plaie est
ouverte et qu'il y a peu de chance qu'elle se referme , mais que néanmoins , pour
la bonne marche du Royaume , il convient que je fasse comme si j'avais oublié ,
ceci pourra-t-il passer sous la plume des chroniqueurs futurs pour un pardon ?
le ferais-je ? . Croira-t-il qu'avec le temps j'ai oublié son offense ? Et ne serait-ce
pas l'offenser à son tour que de réduire à si peu de chose qu'on l'a oubliée , la
force de son affront ? . La clémence a une odeur de mépris . En passant ses paroles
blessantes aux profits et pertes , c'est comme si je lui en adressais d'autres et est-ce
cela qu'on appelle pardon ? … Ou mon pardon consistera-t-il à excuser le Duc ?
Était-il dans son assiette le jour où il proféra ses infectes paroles ? . N'avait-il pas
abusé du cognac ? … Mais en décidant unilatéralement que le Duc n'a pas voulu
dire ce qu'il a dit , que donc il n'y a pas faute et , par ricochet , qu'il n'y a pas motif
à pardon , comment pourrais-je pardonner ? . Et si je faisais dire au Duc que je
reconnais son offense et la profonde blessure qu'il m'infligea , que la plaie est
ouverte et qu'il y a peu de chance qu'elle se referme , mais que néanmoins , pour
la bonne marche du Royaume , il convient que je fasse comme si j'avais oublié ,
ceci pourra-t-il passer sous la plume des chroniqueurs futurs pour un pardon ?
mardi 13 décembre 2016
LE PARDON EN DIX LEÇONS . FIRST LESSON
Invités l'un et l'autre au bal de l'Amirauté , le Duc de Worcester et
le Bishop of Canterbury évoquent les trouvailles de Monsieur Newton .
Le Duc , légèrement ivre (il a abusé du cognac) , compare le Bishop ,
homme gros et flasque , à une planète de faible masse orbitant pour ces
raisons au ras des tapisseries , loin des dames les plus attirantes de la Cour .
C'est la risée . Le Bishop quitte le bal …
S'ensuit , dans le clair-obscur de la cathédrale , une épuisante ratiocination .
(à suivre)
le Bishop of Canterbury évoquent les trouvailles de Monsieur Newton .
Le Duc , légèrement ivre (il a abusé du cognac) , compare le Bishop ,
homme gros et flasque , à une planète de faible masse orbitant pour ces
raisons au ras des tapisseries , loin des dames les plus attirantes de la Cour .
C'est la risée . Le Bishop quitte le bal …
S'ensuit , dans le clair-obscur de la cathédrale , une épuisante ratiocination .
(à suivre)
lundi 12 décembre 2016
SABLES MOUVANTS
J'allais , à une époque de ma vie , de fêtes en fêtes … Jamais assez d'alcool ,
de tournoiements et d'ivresse … une toupie dans le monde .
Puis des sables ont accumulé leur apesanteur dans des recoins , d'abord en
minces rides superposées si légères qu'invisibles , assurant avec une patience
géologique des positions discrètes en des lieux d'apparence anodine . L'eau
aussi est montée . Certains ont fui mais moi , je ne voyais rien . Je buvais , je
riais , je contais des anecdotes croustillantes , je couchais énormément . La vis-
cosité ambiante augmentait , la nature de la zone changeait . Mes gestes deve-
naient plus lents , ma langue plus molle et j'ai compris qu'il se passait quelque
chose . J'ai agité le fluide pour me dégager mis l'effet était inverse : au lieu
d'émerger , je m'enfonçais . J'aurais dû faire des gestes lents , réduire mes
consommations de tout genre , parler moins , lâcher les dames … C'était trop
tard . Je me suis débattu à coups de discours sans queue ni tête , de bourbon ,
de voitures rapides et de filles de plus en plus faciles . Chacun de mes mouve-
mente m'entraînait vers le fond et quand la part sableuse de mes turpitudes eut
atteint 80% , j'étais pris dans le ciment .
de tournoiements et d'ivresse … une toupie dans le monde .
Puis des sables ont accumulé leur apesanteur dans des recoins , d'abord en
minces rides superposées si légères qu'invisibles , assurant avec une patience
géologique des positions discrètes en des lieux d'apparence anodine . L'eau
aussi est montée . Certains ont fui mais moi , je ne voyais rien . Je buvais , je
riais , je contais des anecdotes croustillantes , je couchais énormément . La vis-
cosité ambiante augmentait , la nature de la zone changeait . Mes gestes deve-
naient plus lents , ma langue plus molle et j'ai compris qu'il se passait quelque
chose . J'ai agité le fluide pour me dégager mis l'effet était inverse : au lieu
d'émerger , je m'enfonçais . J'aurais dû faire des gestes lents , réduire mes
consommations de tout genre , parler moins , lâcher les dames … C'était trop
tard . Je me suis débattu à coups de discours sans queue ni tête , de bourbon ,
de voitures rapides et de filles de plus en plus faciles . Chacun de mes mouve-
mente m'entraînait vers le fond et quand la part sableuse de mes turpitudes eut
atteint 80% , j'étais pris dans le ciment .
dimanche 11 décembre 2016
KRANT 76 . VINC EST À L'ACCORDÉON
Les habitants de cette ville avaient dressé un chapiteau sur la plage , près du port .
La fête était terminée . Trois lampions rouges étaient allumés qu'on avait oublié
d'éteindre . Tous , marins de passage et citoyens de l'endroit - c'était à Lorient ou
L'Orient - s'en étaient allés , les uns tenant les autres ou les autres au bras de femmes ,
ivres d'alcool , de fatigue et de chants . Les chaises étaient dérangées ou versées ,
emmêlées entre les tables rondes où flottaient , tachées de vin , les nappes blanches et
quelques verres roulaient encore , le cul couleur de lie . Vinc , resté seul , était monté
sur une table face à la marée montante et au ciel de cette nuit d'août . Monsieur Lee et
moi , assis dans un coin du chapiteau près des barriques vides , assistâmes à un concert
inopiné . Vinc , le grand Vinc , s'était coiffé d'un chapeau haut de forme abandonné par
un fêtard , il avait aux pieds ses sabots de marin , ses bretelles croisées sur celles de
l'accordéon retenaient un pantalon trop large et il avait roulé sur ses coudes les manches
de sa vareuse . Vinc était seul au monde , du moins le croyait-il mais , entouré de mille
danseurs , ne l'aurait-il pas été ? . Il se contorsionnait et battait des sabots la mesure ,
l'accordéon soufflait tout ce qu'il avait par ses anches métalliques , la voix éraillée de
Vinc l'accompagnait et , dans sa discordance , vous remuait l'âme plus qu'aucune har-
monie . La table que Vinc martyrisait était un piédestal et notre homme le centre d'une
spirale où se précipitait le monde : les étoiles , le petit diamant - Vénus scintillait à
l'oreille de Vinc - les muscles des avant-bras confondus dans l'écume croisée des vagues
minces qui touchaient maintenant les premiers pieux du chapiteau , les boutons nacrés
de l'instrument , le son léger du ressac lui-même et les vieux chants lettons , comme si le
tout tendait vers l'Un .
Cette construction de la Grande Unité s'effondra en même temps que la table qui avait
jusque-là supporté Vinc . Elles cédèrent toutes deux dans un zigzag tonitruant et Vinc
se trouva affalé entre les chaises , dans les plis d'une nappe blanche . J'allais m'élancer
pour le relever mais Monsieur Lee posa sa main sur mon bras : "Laisse-le ! Vinc dort
à présent !" et la poitrine de Monsieur Lee tressautait : "Hi-hi-hi ! …"
La fête était terminée . Trois lampions rouges étaient allumés qu'on avait oublié
d'éteindre . Tous , marins de passage et citoyens de l'endroit - c'était à Lorient ou
L'Orient - s'en étaient allés , les uns tenant les autres ou les autres au bras de femmes ,
ivres d'alcool , de fatigue et de chants . Les chaises étaient dérangées ou versées ,
emmêlées entre les tables rondes où flottaient , tachées de vin , les nappes blanches et
quelques verres roulaient encore , le cul couleur de lie . Vinc , resté seul , était monté
sur une table face à la marée montante et au ciel de cette nuit d'août . Monsieur Lee et
moi , assis dans un coin du chapiteau près des barriques vides , assistâmes à un concert
inopiné . Vinc , le grand Vinc , s'était coiffé d'un chapeau haut de forme abandonné par
un fêtard , il avait aux pieds ses sabots de marin , ses bretelles croisées sur celles de
l'accordéon retenaient un pantalon trop large et il avait roulé sur ses coudes les manches
de sa vareuse . Vinc était seul au monde , du moins le croyait-il mais , entouré de mille
danseurs , ne l'aurait-il pas été ? . Il se contorsionnait et battait des sabots la mesure ,
l'accordéon soufflait tout ce qu'il avait par ses anches métalliques , la voix éraillée de
Vinc l'accompagnait et , dans sa discordance , vous remuait l'âme plus qu'aucune har-
monie . La table que Vinc martyrisait était un piédestal et notre homme le centre d'une
spirale où se précipitait le monde : les étoiles , le petit diamant - Vénus scintillait à
l'oreille de Vinc - les muscles des avant-bras confondus dans l'écume croisée des vagues
minces qui touchaient maintenant les premiers pieux du chapiteau , les boutons nacrés
de l'instrument , le son léger du ressac lui-même et les vieux chants lettons , comme si le
tout tendait vers l'Un .
Cette construction de la Grande Unité s'effondra en même temps que la table qui avait
jusque-là supporté Vinc . Elles cédèrent toutes deux dans un zigzag tonitruant et Vinc
se trouva affalé entre les chaises , dans les plis d'une nappe blanche . J'allais m'élancer
pour le relever mais Monsieur Lee posa sa main sur mon bras : "Laisse-le ! Vinc dort
à présent !" et la poitrine de Monsieur Lee tressautait : "Hi-hi-hi ! …"
TROIS MOUCHES 73 . HEURE DE POINTE
Je déteste la foule et Berthe l'adore . Piétiner devant les magasins me déprime ,
poiroter dans un embouteillage m'exaspère . Je suis heureux hors de la ville quand
trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnent contre nos chapeaux de paille .
Quoi de plus exaspérant que trois bourdons dans un embouteillage ? . On les adore
hors de la ville , merveilleux et vermeils autour de nos poireaux , comme on déteste
la foule des mouches devant les magasins de chapeaux déprimants .
Berthe me déteste quand j'adore ces villes et leurs merveilleuses foules bourdonnantes
et heureuses . Alors , elle piétine mon chapeau et s'exaspère : "Ces magasins , ces em-
bouteillages , ça me déprime !"
poiroter dans un embouteillage m'exaspère . Je suis heureux hors de la ville quand
trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnent contre nos chapeaux de paille .
Quoi de plus exaspérant que trois bourdons dans un embouteillage ? . On les adore
hors de la ville , merveilleux et vermeils autour de nos poireaux , comme on déteste
la foule des mouches devant les magasins de chapeaux déprimants .
Berthe me déteste quand j'adore ces villes et leurs merveilleuses foules bourdonnantes
et heureuses . Alors , elle piétine mon chapeau et s'exaspère : "Ces magasins , ces em-
bouteillages , ça me déprime !"
samedi 10 décembre 2016
COTE 137 . 69 . 2017
- Martial : "Mon capitaine !"
- Le capitaine : "Je vous écoute , Martial"
- Martial : "En 2017 …"
- Le capitaine : "……?….. en 2017 ? … dans une centaine d'années ?"
- Martial : "Oui … en 2017 , dans une centaine d'années … à votre avis mon capitaine ,
en 2017 , le gens se souviendront de cette foutue guerre ?"
- Le capitaine : "Ça , Martial , ça m'étonnerait … en 2017 , la guerre ne sera plus à la
mode …"
- Martial : "Donc selon vous , mon capitaine , la guerre que nous faisons est la dernière"
- Le capitaine : "Oui , Martial , c'est la der des ders"
- Martial tapotant la nuque de Bertin : "Tu y crois toi , Bertin , à la der des ders ?"
- Bertin : "Bof"
- Martial : "Vous voyez , mon capitaine , Bertin n'y croit pas"
- Le capitaine : "Bertin a dit "bof"
- Martial : "Bof" , dans la langue de Bertin , ça veut dire … ça veut dire …"
- Le capitaine : "Ça veut dire ? …"
- Martial à Bertin : "Qu'est-ce que tu as voulu dire par "bof" ?"
- Bertin : "Bof"
- Martial : "Vous voyez , mon capitaine , il confirme"
- Le capitaine : "Et moi je vous dit , Martial , qu'il n'y aura plus jamais la guerre … jamais !"
- Martial : "……………………"
- Le capitaine comme furieux : "Jamais !"
- Martial : "Même une petite ?"
- Le capitaine : "Même une petite … vous croyez que ça nous amuse la guerre ?"
- Martial : "……………………"
- Le capitaine avec un mouvement d'épaule vers la tranchée d'en face : "Et eux … vous
croyez que ça les amuse ?"
- Martial , pensif : "Pourtant mon capitaine , avec les fridolins , ça fait trois ans qu'on y joue"
- Le capitaine : "Je vous écoute , Martial"
- Martial : "En 2017 …"
- Le capitaine : "……?….. en 2017 ? … dans une centaine d'années ?"
- Martial : "Oui … en 2017 , dans une centaine d'années … à votre avis mon capitaine ,
en 2017 , le gens se souviendront de cette foutue guerre ?"
- Le capitaine : "Ça , Martial , ça m'étonnerait … en 2017 , la guerre ne sera plus à la
mode …"
- Martial : "Donc selon vous , mon capitaine , la guerre que nous faisons est la dernière"
- Le capitaine : "Oui , Martial , c'est la der des ders"
- Martial tapotant la nuque de Bertin : "Tu y crois toi , Bertin , à la der des ders ?"
- Bertin : "Bof"
- Martial : "Vous voyez , mon capitaine , Bertin n'y croit pas"
- Le capitaine : "Bertin a dit "bof"
- Martial : "Bof" , dans la langue de Bertin , ça veut dire … ça veut dire …"
- Le capitaine : "Ça veut dire ? …"
- Martial à Bertin : "Qu'est-ce que tu as voulu dire par "bof" ?"
- Bertin : "Bof"
- Martial : "Vous voyez , mon capitaine , il confirme"
- Le capitaine : "Et moi je vous dit , Martial , qu'il n'y aura plus jamais la guerre … jamais !"
- Martial : "……………………"
- Le capitaine comme furieux : "Jamais !"
- Martial : "Même une petite ?"
- Le capitaine : "Même une petite … vous croyez que ça nous amuse la guerre ?"
- Martial : "……………………"
- Le capitaine avec un mouvement d'épaule vers la tranchée d'en face : "Et eux … vous
croyez que ça les amuse ?"
- Martial , pensif : "Pourtant mon capitaine , avec les fridolins , ça fait trois ans qu'on y joue"
jeudi 8 décembre 2016
AUDIENCE PONTIFICALE
- Moi : "Saint-Père , Dieu existe-t-il ?"
- JP II : "………………"
- Moi , au bout d'indénombrables secondes : "Saint-Père , dois-je répéter la question ?"
- JP II : "Non … je l'ai entendue"
- Moi : "………?……"
- JP II : "………………"
- Moi : "Alors ?"
- JP II : "Alors quoi ?"
- Moi : "… euh … Dieu existe-t-il Saint-Père ?"
- JP II : "C'est bien une question ?"
- Moi : "Oui … avec au bout une ponctuation en forme de piton à visser"
- JP II : "C'est ce que j'ai cru comprendre"
- Moi : "………………"
- JP II : "Il y avait un point d'interrogation ?"
- Moi : "Oui … un point d'interrogation … en principe , il y en a un au bout d'une question"
- JP II : "En principe … mais il y a des exceptions"
- Moi : "……….?……."
- JP II : "Il y a des questions sans point d'interrogation"
- Moi : "……….?……."
- JP II : "Les questions sans réponse"
FIN DE L'AUDIENCE
- JP II : "………………"
- Moi , au bout d'indénombrables secondes : "Saint-Père , dois-je répéter la question ?"
- JP II : "Non … je l'ai entendue"
- Moi : "………?……"
- JP II : "………………"
- Moi : "Alors ?"
- JP II : "Alors quoi ?"
- Moi : "… euh … Dieu existe-t-il Saint-Père ?"
- JP II : "C'est bien une question ?"
- Moi : "Oui … avec au bout une ponctuation en forme de piton à visser"
- JP II : "C'est ce que j'ai cru comprendre"
- Moi : "………………"
- JP II : "Il y avait un point d'interrogation ?"
- Moi : "Oui … un point d'interrogation … en principe , il y en a un au bout d'une question"
- JP II : "En principe … mais il y a des exceptions"
- Moi : "……….?……."
- JP II : "Il y a des questions sans point d'interrogation"
- Moi : "……….?……."
- JP II : "Les questions sans réponse"
FIN DE L'AUDIENCE
mercredi 7 décembre 2016
KRANT 75 . ROYALE CRÉATURE
L'Être qui , ce dimanche des rameaux , traversa un quai de Somalie chauffé à blanc
est innommable ; en ce sens qu'il n'y a pas de mot letton pour le nommer . Il sortit d'un
dock à l'est de ce port où nous venions de nouer nos aussières . La foule implorante
habituelle se pressait contre le franc-bord du Kritik : quêteurs d'embauche , marchands
de pacotille , raconteurs d'histoires incompréhensibles , petits voleurs et vendeuses de
charmes . Hommes , femmes , enfants tendaient vers la passerelle leur visage , leurs
mains , leurs trocs et un espoir si démesuré qu'il avait la forme du désespoir . Ce qui
venait vers nous par le milieu du quai n'avait pas de nom . Nous le rangeâmes dans
l'espèce mammifère quadrupède mais nous ne pouvions être plus précis dans sa classi-
fication . Le timonier cependant s'y essaya : "Un chat !" dit-il … "Un chat !?" dis-je
"sans pelage … et de cette taille !? … que vois-tu là un chat , timonier !" . L'Être (j'em-
ploie à dessein ce mot qui , en letton , évoque une présence plus qu'une réalité ) allait
par le milieu du quai et pas du tout comme un chat qui aurait , par prudence atavique et
méfiance du genre humain , rasé les murs de l'entrepôt et même , se serait ingénié à
trouver à l'intérieur des magasins et des lieux de stockage un chemin compliqué . Celui-
ci (était-ce un chat ?) était nu , sa peau avait la couleur de la cendre blanche , sa maigreur
confinait à la transparence , il était haut sur pattes , sa démarche était celle d'un sadhu
de l'Inde , d'une aristocratique pauvreté . A sa vue , la foule cessa de piailler et les bras
retombèrent le long des corps . On se poussa d'un côté sur la paroi du Kritik , de l'autre
contre le mur de l'entrepôt , les uns le dos collé à ces deux frontières indépassables ,
les autres les y comprimant et regardant par-dessus leur propre épaule l'étonnante
apparition . On se signait , on murmurait des prières , on tirait les chapelets . L'Être
passa au pied du Kritik sur un quai dégagé en son milieu , sans tourner la tête , sans
varier sa vitesse , comme s'il poussait devant lui le silence et comme s'il allait de l'autre
côté du port pour expier nos fautes . "Ça alors !" répétait le timonier … "Ça alors !" …
L'apparition s'éloignait sur le quai , on la suivait des yeux , on reprenait avec précaution
possession de l'espace et des femmes baisèrent le sol où il (elle ?) avait posé ses pattes .
Un sifflement venait du toit de la timonerie . J'y grimpai . Hume qui dormait tout à
l'heure sur la tôle brûlante avait les oreilles en arrière . Il était plat comme une faluche de
notre pays et sa queue avait triplé de volume .
- "Qui est-ce ?" demandai-je au petit homme qui ce jour-là nous servait d'interprète .
- "Roi-Chat" , dit-il ...
est innommable ; en ce sens qu'il n'y a pas de mot letton pour le nommer . Il sortit d'un
dock à l'est de ce port où nous venions de nouer nos aussières . La foule implorante
habituelle se pressait contre le franc-bord du Kritik : quêteurs d'embauche , marchands
de pacotille , raconteurs d'histoires incompréhensibles , petits voleurs et vendeuses de
charmes . Hommes , femmes , enfants tendaient vers la passerelle leur visage , leurs
mains , leurs trocs et un espoir si démesuré qu'il avait la forme du désespoir . Ce qui
venait vers nous par le milieu du quai n'avait pas de nom . Nous le rangeâmes dans
l'espèce mammifère quadrupède mais nous ne pouvions être plus précis dans sa classi-
fication . Le timonier cependant s'y essaya : "Un chat !" dit-il … "Un chat !?" dis-je
"sans pelage … et de cette taille !? … que vois-tu là un chat , timonier !" . L'Être (j'em-
ploie à dessein ce mot qui , en letton , évoque une présence plus qu'une réalité ) allait
par le milieu du quai et pas du tout comme un chat qui aurait , par prudence atavique et
méfiance du genre humain , rasé les murs de l'entrepôt et même , se serait ingénié à
trouver à l'intérieur des magasins et des lieux de stockage un chemin compliqué . Celui-
ci (était-ce un chat ?) était nu , sa peau avait la couleur de la cendre blanche , sa maigreur
confinait à la transparence , il était haut sur pattes , sa démarche était celle d'un sadhu
de l'Inde , d'une aristocratique pauvreté . A sa vue , la foule cessa de piailler et les bras
retombèrent le long des corps . On se poussa d'un côté sur la paroi du Kritik , de l'autre
contre le mur de l'entrepôt , les uns le dos collé à ces deux frontières indépassables ,
les autres les y comprimant et regardant par-dessus leur propre épaule l'étonnante
apparition . On se signait , on murmurait des prières , on tirait les chapelets . L'Être
passa au pied du Kritik sur un quai dégagé en son milieu , sans tourner la tête , sans
varier sa vitesse , comme s'il poussait devant lui le silence et comme s'il allait de l'autre
côté du port pour expier nos fautes . "Ça alors !" répétait le timonier … "Ça alors !" …
L'apparition s'éloignait sur le quai , on la suivait des yeux , on reprenait avec précaution
possession de l'espace et des femmes baisèrent le sol où il (elle ?) avait posé ses pattes .
Un sifflement venait du toit de la timonerie . J'y grimpai . Hume qui dormait tout à
l'heure sur la tôle brûlante avait les oreilles en arrière . Il était plat comme une faluche de
notre pays et sa queue avait triplé de volume .
- "Qui est-ce ?" demandai-je au petit homme qui ce jour-là nous servait d'interprète .
- "Roi-Chat" , dit-il ...
vendredi 2 décembre 2016
PARADIS 67 . LE GRAND LIVRE
Magnifique nuit de paradis . Dieu et Ève sont assis , le dos appuyé sur le mur
de l'atelier d'où sont sorties toutes créations . Voie lactée …
- Dieu : "Je leur ai fait un Livre . Il n'y a qu'à lire"
- Ève : "Quel livre ? … celui que tu m'as donné ? … Tintin au Congo ?"
- Dieu : "Non , Ève … je parle du Grand Livre de la Nature"
- Ève : "Tu l'as dans ta blotèque ?"
- Dieu : "Bi-bli-o-thèque , Ève ! … je te l'ai dit cent fois !"
- Ève : "Tu l'as ce livre ? … le Grand Livre de … de …"
- Dieu : "Le Grand Livre de la Nature … il suffit de regarder autour de toi et de lire"
- Ève . Sa tête pivote de l'est à l'ouest : "Je vois rien … où sont les pages ? … je vois
pas les lettres"
- Dieu : "Petite Ourse … Grande Ourse … Casiopée … regarde , Ève … là …
l'Étoile Polaire …"
- Ève : "C'est joli"
- Dieu : "C'est plus que joli ! … c'est ordonné !"
- Ève : "……?……."
- Dieu : "Tu vois ces milliards de petits points ?"
- Ève : "Pouh ! … oui … tu les as comptés ?"
- Dieu : "Oui … et chaque point a sa trajectoire … j'ai tout calculé"
- Ève , admirative : "Ouh-la-la !"
- Dieu : "S'ils se rendent pas compte qu'il y a de l'ordre là-dedans !"
- Ève : "Qui "ils" ?"
- Dieu : "Tes descendants … ils vont bien se dire qu'il y a un horloger , non ?"
- Ève : "J'sais pas … j'ai sommeil …" . Elle baille . "T'as quelle heure ?"
de l'atelier d'où sont sorties toutes créations . Voie lactée …
- Dieu : "Je leur ai fait un Livre . Il n'y a qu'à lire"
- Ève : "Quel livre ? … celui que tu m'as donné ? … Tintin au Congo ?"
- Dieu : "Non , Ève … je parle du Grand Livre de la Nature"
- Ève : "Tu l'as dans ta blotèque ?"
- Dieu : "Bi-bli-o-thèque , Ève ! … je te l'ai dit cent fois !"
- Ève : "Tu l'as ce livre ? … le Grand Livre de … de …"
- Dieu : "Le Grand Livre de la Nature … il suffit de regarder autour de toi et de lire"
- Ève . Sa tête pivote de l'est à l'ouest : "Je vois rien … où sont les pages ? … je vois
pas les lettres"
- Dieu : "Petite Ourse … Grande Ourse … Casiopée … regarde , Ève … là …
l'Étoile Polaire …"
- Ève : "C'est joli"
- Dieu : "C'est plus que joli ! … c'est ordonné !"
- Ève : "……?……."
- Dieu : "Tu vois ces milliards de petits points ?"
- Ève : "Pouh ! … oui … tu les as comptés ?"
- Dieu : "Oui … et chaque point a sa trajectoire … j'ai tout calculé"
- Ève , admirative : "Ouh-la-la !"
- Dieu : "S'ils se rendent pas compte qu'il y a de l'ordre là-dedans !"
- Ève : "Qui "ils" ?"
- Dieu : "Tes descendants … ils vont bien se dire qu'il y a un horloger , non ?"
- Ève : "J'sais pas … j'ai sommeil …" . Elle baille . "T'as quelle heure ?"
jeudi 1 décembre 2016
AINSI SOIT-IL . LA MORT DE GEERD
Les hommes creusaient : deux tas de cailloux montaient de chaque côté
du trou . Il avait cessé de battre le coeur de l'été , sauf peut-être à la fenêtre
du premier étage où tremblait un rideau de voile . Derrière le potager , les
éboulis encaissaient la vallée comme des lèvres au bord d'un dernier soupir .
Il était étendu sur notre lit , plus pâle que les draps . Une mouche bourdonnait .
Elle décrivait d'indéchiffrables zigzags puis se posait , instantanément silen-
cieuse , sur le front de Geerd , sur ses doigts croisés , sur la peau fine de sa
paupière fermée . Dehors , le fer des pelles heurtait la caillasse , râclait et
leur glas dissona jusqu'à ces quinze secondes en forme d'éternité : les hommes
ne creusaient plus . Ils regardaient le fond du trou . De la chambre , je voyais
leur torse et sous les chapeaux de paille leurs épaules nues où luisait la sueur .
Sur l'ourlet de l'oreiller , la mouche se frottait les pattes . Quand le destin , la
vie et la mort , comme des wagons un moment immobilisés sur les voies , se
raccrochèrent au temps , les deux hommes jetèrent leur outil et se hissèrent
hors de leur ouvrage . Ils traversèrent la terrasse et disparurent sous le balcon .
Aussitôt , leurs pas firent craquer le plancher .
du trou . Il avait cessé de battre le coeur de l'été , sauf peut-être à la fenêtre
du premier étage où tremblait un rideau de voile . Derrière le potager , les
éboulis encaissaient la vallée comme des lèvres au bord d'un dernier soupir .
Il était étendu sur notre lit , plus pâle que les draps . Une mouche bourdonnait .
Elle décrivait d'indéchiffrables zigzags puis se posait , instantanément silen-
cieuse , sur le front de Geerd , sur ses doigts croisés , sur la peau fine de sa
paupière fermée . Dehors , le fer des pelles heurtait la caillasse , râclait et
leur glas dissona jusqu'à ces quinze secondes en forme d'éternité : les hommes
ne creusaient plus . Ils regardaient le fond du trou . De la chambre , je voyais
leur torse et sous les chapeaux de paille leurs épaules nues où luisait la sueur .
Sur l'ourlet de l'oreiller , la mouche se frottait les pattes . Quand le destin , la
vie et la mort , comme des wagons un moment immobilisés sur les voies , se
raccrochèrent au temps , les deux hommes jetèrent leur outil et se hissèrent
hors de leur ouvrage . Ils traversèrent la terrasse et disparurent sous le balcon .
Aussitôt , leurs pas firent craquer le plancher .
mardi 29 novembre 2016
TROIS MOUCHES 72 . MAI
Berthe a un grand pied : 42 , pour 1m68 . Quand je lui en fais la remarque ,
elle se barricade comme si trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient
contre nos chapeaux de paille . Pour la consoler , je la couche sur le dos et , sans
façon , elle me donne l'ordre de lui montrer ma force .
En 68 , Berthe et moi prîmes notre pied à moins d'un mètre des barricades :
42 fois de merveilleuse façon et trois dans le dos des forces de l'ordre qui se consolaient
en bourdonnant contre nos chapeaux de paille .
Je donnai à Berthe l'ordre de se coucher dans la paille contre une barricade . Elle le
fit sans façon et sans faire de remarque . Quand je lui eus montré mon pied et mon
mètre soixante huit , elle bourdonna dans mon dos comme pour me consoler de la
taille de mon chapeau : du 42 !
elle se barricade comme si trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient
contre nos chapeaux de paille . Pour la consoler , je la couche sur le dos et , sans
façon , elle me donne l'ordre de lui montrer ma force .
En 68 , Berthe et moi prîmes notre pied à moins d'un mètre des barricades :
42 fois de merveilleuse façon et trois dans le dos des forces de l'ordre qui se consolaient
en bourdonnant contre nos chapeaux de paille .
Je donnai à Berthe l'ordre de se coucher dans la paille contre une barricade . Elle le
fit sans façon et sans faire de remarque . Quand je lui eus montré mon pied et mon
mètre soixante huit , elle bourdonna dans mon dos comme pour me consoler de la
taille de mon chapeau : du 42 !
L'ABBÉ TONIÈRES 17 . VITESSE , FLASH ET SACRÉ
- Le colonel de gendarmerie (entre Lyon et Genève) : "Nom , prénom , profession"
- L'abbé : "Tonières . Jean-Marie . Abbé"
- Le colonel : "L'abbé Tonières ? … ça me dit quelque chose … n'avez-vous pas
défrayé la chronique il y a une vingtaine d'années ? … le casse de la cathédrale
d'Amiens , c'était vous ?"
- L'abbé : "En effet … c'était moi … j'étais jeune et fougueux …"
- Le colonel : "Qu'est-ce qui vous amène chez moi aujourd'hui ?"
- L'abbé : "Oh , une stupide affaire de transports routiers … banale mais doulou-
reuse … on me persécute , mon fils" . Il révulse les yeux et fait au ciel l'oblation de
sa personne : "Seigneur , ils ne savent pas ce qu'ils font"
- Le colonel : "Qui vous persécute , mon père , et qui sont ceux qui ne savent pas
ce qu'ils font ?"
- L'abbé . Il fusille le colonel du regard : "Tes légionnaires , mon fils"
- Le colonel : "Mes ? ..."
- L'abbé : "Tes légionnaires sont postés sur ma route lumineuse et rapide … je vais
d'eucharistie en eucharistie changer le pain en Son Corps et le vin en Son Sang ;
je vais de prône en prône prêcher la Bonne Parole et j'emploie pour la Gloire de Dieu
les moyens de notre époque"
- Le colonel : "Quels moyens ?"
- L'abbé : "Ferrari … F430 Spider … vitesse de pointe : 315 km/h … l'âne sur lequel
parut Jésus aux habitants de Jérusalem … c'était le Jour des Rameaux … était la pré-
figuration des engins que produit la firme de Modène … 33 ans après J-C , l'âne était
le véhicule le plus véloce …"
- Le colonel . Il prend connaissance du procès-verbal : "232 km/h , mon père ! …
c'est extravagant !"
- L'abbé : "Tu l'as dit , mon fils … "extravagant" ! … qui sort des limites du raison-
nable … La Parole Divine n'est pas raisonnable ! …"
- L'abbé : "Tonières . Jean-Marie . Abbé"
- Le colonel : "L'abbé Tonières ? … ça me dit quelque chose … n'avez-vous pas
défrayé la chronique il y a une vingtaine d'années ? … le casse de la cathédrale
d'Amiens , c'était vous ?"
- L'abbé : "En effet … c'était moi … j'étais jeune et fougueux …"
- Le colonel : "Qu'est-ce qui vous amène chez moi aujourd'hui ?"
- L'abbé : "Oh , une stupide affaire de transports routiers … banale mais doulou-
reuse … on me persécute , mon fils" . Il révulse les yeux et fait au ciel l'oblation de
sa personne : "Seigneur , ils ne savent pas ce qu'ils font"
- Le colonel : "Qui vous persécute , mon père , et qui sont ceux qui ne savent pas
ce qu'ils font ?"
- L'abbé . Il fusille le colonel du regard : "Tes légionnaires , mon fils"
- Le colonel : "Mes ? ..."
- L'abbé : "Tes légionnaires sont postés sur ma route lumineuse et rapide … je vais
d'eucharistie en eucharistie changer le pain en Son Corps et le vin en Son Sang ;
je vais de prône en prône prêcher la Bonne Parole et j'emploie pour la Gloire de Dieu
les moyens de notre époque"
- Le colonel : "Quels moyens ?"
- L'abbé : "Ferrari … F430 Spider … vitesse de pointe : 315 km/h … l'âne sur lequel
parut Jésus aux habitants de Jérusalem … c'était le Jour des Rameaux … était la pré-
figuration des engins que produit la firme de Modène … 33 ans après J-C , l'âne était
le véhicule le plus véloce …"
- Le colonel . Il prend connaissance du procès-verbal : "232 km/h , mon père ! …
c'est extravagant !"
- L'abbé : "Tu l'as dit , mon fils … "extravagant" ! … qui sort des limites du raison-
nable … La Parole Divine n'est pas raisonnable ! …"
dimanche 27 novembre 2016
KRANT 74 . LES HEURES
Nous naviguions sur une mer vide . Le moteur Stirling était calé et il n'y avait rien
d'autre à faire que suivre le va et vient des pistons et prendre un air de préoccupation
factice : la machine obéissait aux lois de la mécanique avec autant de détermination
que les étoiles à l'ordre du monde ; aussi , je la laissai à l'apathie de mon second et je
montai sur le pont . Pleine lune . Toms , le quartier-maître , était accoudé à la passerelle
d'avant et considérait d'un oeil vacant ce désert marin .
- Lui : "Tu as vu notre sillage , Chef ?"
- Moi . Je me tournai vers l'arrière et , à travers la longue coursive , je devinai le bouil-
lonnement des hélices à son reflet lunaire et n'y trouvai rien à redire : "Quoi donc , Toms ?"
- Lui : "Nous formons un sillage … il se ferme derrière nous … puis plus rien … la mer
reprend la forme qu'elle avait avant …"
- Moi . Je connaissais les états d'âme de Toms : "Dans quartante heures , nous serons à
Mar del Plata", et je regardai devant nous les deux plans couleur d'opale qui joignaient
leurs bords en un uniforme horizon .
- Lui : "Quarante heures ! … sacrebleu , quarante heures ! … une éternité à tuer …"
- Moi : "Va dormir , Toms" … et je l'envoyai à sa bannette .
Une porte s'ouvrit sur la passerelle supérieure .
- Krant : "Notre ami broie du noir ?"
- Moi : "Vous connaissez Toms , Capitaine !"
Krant tenait à bout de bras un appareil circulaire dont l'acier brillait au clair de lune .
- Moi : "A quoi cela sert-il , Capitaine ?"
- Krant : "A calculer l'heure , Chef … c'est un cercle à réflexion …"
d'autre à faire que suivre le va et vient des pistons et prendre un air de préoccupation
factice : la machine obéissait aux lois de la mécanique avec autant de détermination
que les étoiles à l'ordre du monde ; aussi , je la laissai à l'apathie de mon second et je
montai sur le pont . Pleine lune . Toms , le quartier-maître , était accoudé à la passerelle
d'avant et considérait d'un oeil vacant ce désert marin .
- Lui : "Tu as vu notre sillage , Chef ?"
- Moi . Je me tournai vers l'arrière et , à travers la longue coursive , je devinai le bouil-
lonnement des hélices à son reflet lunaire et n'y trouvai rien à redire : "Quoi donc , Toms ?"
- Lui : "Nous formons un sillage … il se ferme derrière nous … puis plus rien … la mer
reprend la forme qu'elle avait avant …"
- Moi . Je connaissais les états d'âme de Toms : "Dans quartante heures , nous serons à
Mar del Plata", et je regardai devant nous les deux plans couleur d'opale qui joignaient
leurs bords en un uniforme horizon .
- Lui : "Quarante heures ! … sacrebleu , quarante heures ! … une éternité à tuer …"
- Moi : "Va dormir , Toms" … et je l'envoyai à sa bannette .
Une porte s'ouvrit sur la passerelle supérieure .
- Krant : "Notre ami broie du noir ?"
- Moi : "Vous connaissez Toms , Capitaine !"
Krant tenait à bout de bras un appareil circulaire dont l'acier brillait au clair de lune .
- Moi : "A quoi cela sert-il , Capitaine ?"
- Krant : "A calculer l'heure , Chef … c'est un cercle à réflexion …"
COTE 137 . 68 . PRÉLAVAGE
Aujourd'hui , il est question de nettoyer un boyau ennemi écrasé hier par notre
artillerie . Le capitaine passe en revue le peloton chargé de l'opération . Martial et
moi nous sommes portés volontaires .
- Le capitaine à Martial qui commandera notre groupe : "Grenades ?"
Chacun brandit un chapelet de trois grenades .
- Martial : "Pour le gros du nettoyage , mon capitaine "
- Le capitaine : "Lance-flammes ?"
- Martial désigne Bertin : "Là , mon capitaine … sur le dos de Bertin … au cas où
les messieurs d'en face n'auraient débarrassé le couvert"
- Le capitaine : "Baïonnettes ?"
Nous agitons nos baïonnettes sous le nez du capitaine .
- Martial : "Très pratiques pour aller dans les coins , mon capitaine … pour la finition"
- Le capitaine : "C'est quoi ce balai , Martial ?"
Il y a sur l'épaule de Martial un balai dont les crins sont dressés vers le ciel .
- Martial : "Pardi mon capitaine , pour balayer !"
- Le capitaine : "Et ce truc roulé en boule dans votre sacoche , Martial ?"
- Martial déplie un charmant tablier rose bordé de dentelles :
"J'ai horreur de me salir , mon capitaine"
Pour l'heure , nos bandes molletières sont fichées dans la boue . Il pleut ...
artillerie . Le capitaine passe en revue le peloton chargé de l'opération . Martial et
moi nous sommes portés volontaires .
- Le capitaine à Martial qui commandera notre groupe : "Grenades ?"
Chacun brandit un chapelet de trois grenades .
- Martial : "Pour le gros du nettoyage , mon capitaine "
- Le capitaine : "Lance-flammes ?"
- Martial désigne Bertin : "Là , mon capitaine … sur le dos de Bertin … au cas où
les messieurs d'en face n'auraient débarrassé le couvert"
- Le capitaine : "Baïonnettes ?"
Nous agitons nos baïonnettes sous le nez du capitaine .
- Martial : "Très pratiques pour aller dans les coins , mon capitaine … pour la finition"
- Le capitaine : "C'est quoi ce balai , Martial ?"
Il y a sur l'épaule de Martial un balai dont les crins sont dressés vers le ciel .
- Martial : "Pardi mon capitaine , pour balayer !"
- Le capitaine : "Et ce truc roulé en boule dans votre sacoche , Martial ?"
- Martial déplie un charmant tablier rose bordé de dentelles :
"J'ai horreur de me salir , mon capitaine"
Pour l'heure , nos bandes molletières sont fichées dans la boue . Il pleut ...
vendredi 25 novembre 2016
LE ROI DES BELGES (suite) . DES CONTRATS À LA PELLE
Tueur à gages . Avais-je choisi un tunnel de protons qui me convenait ?
Le tueur à gages est un ingrédient adventice de la politique ; mais étais-je
doué pour la politique ? . Mon expérience de Roi des Belges ne m'avait
rien appris si ce n'est que les apparences sont trompeuses et pourtant , j'étais
tombé dans le panneau : Nicolas S. fut abattu mais pas par moi . Un spadassin
sorti de nulle part l'avait bel et bien occis et vidé de son sang et c'est comme
un concombre gorgé à 95% d'eau , aussi pâle qu'un haricot blanc , qu'à 22h30 ,
le dimanche 23 , l'ectoplasme de Nicolas S. annonça à la télé qu'il quittait le
pays . Qu'en était-il de mes gages ? . Alain J. règlerait-il les frais que j'avais
engagés ? . Mes gages ? Quels gages ? Avais-je un contrat ? Une signature ?
Un ordre de mission ? Un bon de commande ? . Vos frais ? Quels frais ?
Alain J. dans un bar ? Vous voulez rire !? … circulez , Monsieur !
Je circulai . Retour dans ma cambuse où , au pied du lit , j'enroulai mon coeur .
M'étais-je fourvoyé ? . Je devais réagir . Comme dit Confucius (ou peut-être
est-ce un proverbe algérien ?) : "Le doute gâte la foi comme le sel gâte le miel"
On frappe . J'ouvre : Alain J. !
- "Vous êtes l'homme qu'il me faut !"
- Moi ; "Quoi !? … mes gages , mes frais ?"
- Lui : "Vos gages ? … je les double . Vos frais? … j'ai ce qu'il faut dans cette
valise … abattez-le !"
- Moi : "Qui ?"
- Lui : "FF"
- Moi : "Quand ?"
- Lui : "Le 27"
Le tueur à gages est un ingrédient adventice de la politique ; mais étais-je
doué pour la politique ? . Mon expérience de Roi des Belges ne m'avait
rien appris si ce n'est que les apparences sont trompeuses et pourtant , j'étais
tombé dans le panneau : Nicolas S. fut abattu mais pas par moi . Un spadassin
sorti de nulle part l'avait bel et bien occis et vidé de son sang et c'est comme
un concombre gorgé à 95% d'eau , aussi pâle qu'un haricot blanc , qu'à 22h30 ,
le dimanche 23 , l'ectoplasme de Nicolas S. annonça à la télé qu'il quittait le
pays . Qu'en était-il de mes gages ? . Alain J. règlerait-il les frais que j'avais
engagés ? . Mes gages ? Quels gages ? Avais-je un contrat ? Une signature ?
Un ordre de mission ? Un bon de commande ? . Vos frais ? Quels frais ?
Alain J. dans un bar ? Vous voulez rire !? … circulez , Monsieur !
Je circulai . Retour dans ma cambuse où , au pied du lit , j'enroulai mon coeur .
M'étais-je fourvoyé ? . Je devais réagir . Comme dit Confucius (ou peut-être
est-ce un proverbe algérien ?) : "Le doute gâte la foi comme le sel gâte le miel"
On frappe . J'ouvre : Alain J. !
- "Vous êtes l'homme qu'il me faut !"
- Moi ; "Quoi !? … mes gages , mes frais ?"
- Lui : "Vos gages ? … je les double . Vos frais? … j'ai ce qu'il faut dans cette
valise … abattez-le !"
- Moi : "Qui ?"
- Lui : "FF"
- Moi : "Quand ?"
- Lui : "Le 27"
mercredi 23 novembre 2016
LE ROI DES BELGES (suite) . ALAIN J.
Mon premier contrat fut d'abattre Nicolas S. . Je rencontrai mon commanditaire à
Bordeaux , dans l'arrière salle d'un bar à vin , le "Wine Bar" . Je ne peux évidemment
vous dévoiler son identité . Sachez qu'il se prénomme Alain , que ses initiales sont AJ
et qu'il a dans les 70 ans . Il vint à notre rendez-vous sur un vélo-patinette jaune et gris .
- "C'est un Pibal dessiné par Philippe Starck" me dit-il en le posant sur sa béquille .
"Qu'est-ce que vous prendrez ? . Pour moi" lança-t-il au garçon "comme d'habitude :
Lafite Rotschild au verre et tapas" . A moi : "Et vous ?"
- Moi : "Euh … Coca" . Je m'étais mis au Coca-Cola pour deux raisons profession-
nelles : mon nouveau job m'interdit le moindre tremblement de l'index sur la gachette
et oblige à une vision binoculaire parfaite et , deuzio , la caféine des noix de kola stimule
l'activité cérébrale .
Quand nous fûmes hors de portée d'oreille du garçon qui venait de nous servir ,
Alain J. leva son verre : "CAD (j'avais conservé mon pseudo de Roi des Belges) ,
trinquons !" et nous trinquâmes .
- AJ : "A ce que vous savez !"
- Moi : "Euh … oui … bien … mais vous pouvez préciser ?"
- AJ . Il releva ses Ray Ban Aviator Classic sur son large front de normalien et me re-
garda dans les yeux : "Il y a à droite des primaires"
- Moi . Je jetai un oeil à droite , prêt à dégainer . Deux élèves de l'école primaire Jacques
Prévert sirotaient leur Sex on the Beach : "Oui … je vous l'accorde … c'est navrant !"
- AL : "Bah ! … c'est la mode … tout le monde fait ça … à droite … à gauche …"
- Moi . A gauche , deux fillettes de CM1 agitaient les glaçons de leur Kamikaze :
"C'est un scandale !"
- AJ , rabaissant sur ses yeux ses Ray Ban : "Bien au contraire … c'est une formidable
opportunité !"
- Moi : "……….?…………"
- AJ : "… à condition de savoir s'y prendre …"
- Moi : "Dois-je les abattre ? … ils sont un peu tendres , non ?"
- Lui : "Non , non … pas tous !" . Il eut l'air un peu effrayé et s'écarta de la table .
"Non … un seul … les autres c'est moins de 10% … des enfants !"
- Moi : "……….?…………"
- AJ , relevant à nouveau ses Ray Ban et à nouveau plongeant ses yeux d'énarque dans
les miens : "Vous , c'est plutôt à droite ou à gauche ? … c'est important … je dois savoir"
- Moi . Je ne voyais pas ce que ça pouvait lui faire que je flingue de la main droite ou de
la gauche , du moment que les balles d'un 357 Magnum s'enfoncent au centre : "Je suis
ambidextre" . C'est faux , mais ça faisait bien .
- AJ . Il s'esclaffa : "Ah , ah , elle est bonne ! … CAD , vous êtes un marrant … c'est
pas si fréquent dans votre gagne-pain" . Puis , après un instant de réflexion : "Bon …
vous êtes l'homme qu'il me faut"
Bordeaux , dans l'arrière salle d'un bar à vin , le "Wine Bar" . Je ne peux évidemment
vous dévoiler son identité . Sachez qu'il se prénomme Alain , que ses initiales sont AJ
et qu'il a dans les 70 ans . Il vint à notre rendez-vous sur un vélo-patinette jaune et gris .
- "C'est un Pibal dessiné par Philippe Starck" me dit-il en le posant sur sa béquille .
"Qu'est-ce que vous prendrez ? . Pour moi" lança-t-il au garçon "comme d'habitude :
Lafite Rotschild au verre et tapas" . A moi : "Et vous ?"
- Moi : "Euh … Coca" . Je m'étais mis au Coca-Cola pour deux raisons profession-
nelles : mon nouveau job m'interdit le moindre tremblement de l'index sur la gachette
et oblige à une vision binoculaire parfaite et , deuzio , la caféine des noix de kola stimule
l'activité cérébrale .
Quand nous fûmes hors de portée d'oreille du garçon qui venait de nous servir ,
Alain J. leva son verre : "CAD (j'avais conservé mon pseudo de Roi des Belges) ,
trinquons !" et nous trinquâmes .
- AJ : "A ce que vous savez !"
- Moi : "Euh … oui … bien … mais vous pouvez préciser ?"
- AJ . Il releva ses Ray Ban Aviator Classic sur son large front de normalien et me re-
garda dans les yeux : "Il y a à droite des primaires"
- Moi . Je jetai un oeil à droite , prêt à dégainer . Deux élèves de l'école primaire Jacques
Prévert sirotaient leur Sex on the Beach : "Oui … je vous l'accorde … c'est navrant !"
- AL : "Bah ! … c'est la mode … tout le monde fait ça … à droite … à gauche …"
- Moi . A gauche , deux fillettes de CM1 agitaient les glaçons de leur Kamikaze :
"C'est un scandale !"
- AJ , rabaissant sur ses yeux ses Ray Ban : "Bien au contraire … c'est une formidable
opportunité !"
- Moi : "……….?…………"
- AJ : "… à condition de savoir s'y prendre …"
- Moi : "Dois-je les abattre ? … ils sont un peu tendres , non ?"
- Lui : "Non , non … pas tous !" . Il eut l'air un peu effrayé et s'écarta de la table .
"Non … un seul … les autres c'est moins de 10% … des enfants !"
- Moi : "……….?…………"
- AJ , relevant à nouveau ses Ray Ban et à nouveau plongeant ses yeux d'énarque dans
les miens : "Vous , c'est plutôt à droite ou à gauche ? … c'est important … je dois savoir"
- Moi . Je ne voyais pas ce que ça pouvait lui faire que je flingue de la main droite ou de
la gauche , du moment que les balles d'un 357 Magnum s'enfoncent au centre : "Je suis
ambidextre" . C'est faux , mais ça faisait bien .
- AJ . Il s'esclaffa : "Ah , ah , elle est bonne ! … CAD , vous êtes un marrant … c'est
pas si fréquent dans votre gagne-pain" . Puis , après un instant de réflexion : "Bon …
vous êtes l'homme qu'il me faut"
mardi 22 novembre 2016
LE ROI DES BELGES (suite) . CONFUCIUS
Rentrer dans le rang . Réintégrer le tunnel de protons que le destin m'a assigné :
un corridor exclusif dont les parois rétrécissent comme les artères coronaires d'un
hypertendu . Or , je suis - dans le volume que le hasard ou une autorité supérieure
m'a imparti - un retraité plein de vie , curieux de prédestinations insolites . Celle de
Roi des Belges , bien que consommée par mon suicide , m'a exalté et je suis volon-
taire pour en vivre d'autres . Je cochai dans l'ordre de préférence les étoiles que j'au-
rais pu suivre si on n'avait pas qu'une vie : tueur à gages , instituteur de maternelle ,
joueur de castagnettes , transsexuel MtF … etc et , en dernière position : piqueur
dans une mine de charbon car , si j'ai le goût des activités manuelles , j'aime les
pratiquer à l'air libre . Mais , provisoirement , entre deux voyages où la fiction
dépasserait la réalité , je suis assis dans mon bureau et je vérifie sur un extrait de
compte que la Caisse m'a bien versé ma pension . Je me souviens que , le temps d'un
règne bref , je fus Roi des Belges et que , si je laisse libre cours à mon inspiration ,
je pourrais accepter ce contrat : abattre Nicolas S. . Car , dit Confucius : "On a deux
vies , et la deuxième commence quand on se rend compte qu'on n'en a qu'une"
un corridor exclusif dont les parois rétrécissent comme les artères coronaires d'un
hypertendu . Or , je suis - dans le volume que le hasard ou une autorité supérieure
m'a imparti - un retraité plein de vie , curieux de prédestinations insolites . Celle de
Roi des Belges , bien que consommée par mon suicide , m'a exalté et je suis volon-
taire pour en vivre d'autres . Je cochai dans l'ordre de préférence les étoiles que j'au-
rais pu suivre si on n'avait pas qu'une vie : tueur à gages , instituteur de maternelle ,
joueur de castagnettes , transsexuel MtF … etc et , en dernière position : piqueur
dans une mine de charbon car , si j'ai le goût des activités manuelles , j'aime les
pratiquer à l'air libre . Mais , provisoirement , entre deux voyages où la fiction
dépasserait la réalité , je suis assis dans mon bureau et je vérifie sur un extrait de
compte que la Caisse m'a bien versé ma pension . Je me souviens que , le temps d'un
règne bref , je fus Roi des Belges et que , si je laisse libre cours à mon inspiration ,
je pourrais accepter ce contrat : abattre Nicolas S. . Car , dit Confucius : "On a deux
vies , et la deuxième commence quand on se rend compte qu'on n'en a qu'une"
lundi 21 novembre 2016
LE ROI DES BELGES (suite) . L'OEIL DE JUDAS
Partout , dans les salons , les escaliers , dans la Maison Militaire , dans mon propre
Cabinet et dans celui de la Reine , dans la Grande Antichambre , dans la Salle de Bal ,
dans leurs boiseries , des rayures de dents . Partout , intaillées dans les plâtres , les
faïences et les pavements , ces griffures prophétiques que , bercé de louanges , je ne
voyais pas . J'aurais dû me méfier , le Grand Chambellan usait des majuscules avec
intempérance : "Si Votre Majesté Veut Bien de Son Royal Paraphe Certifier Son Gé-
nial Décret Dit E 42" . Et comme si cette surabondance de lettres capitales n'empestait
pas assez la trahison , le Chambellan la doublait de sempiternelles courbettes : la cire
des parquets de la Grande Galerie maculait ses chausses , son pourpoint et jusqu'aux
plumes d'autruche qui empanachaient son couvre-chef (il avait adopté la coiffe des
Gilles de Binche) . A force , ses lèvres avaient pris la forme de ces majuscules cursives
que jadis (au Moyen-Age semble-t-il !) les enfants de première maternelle calligraphiaient
sur leur cahier d'écriture . "Sire , Votre Nescafé … Votre Splendeur Prendra-t-Elle une
Rawette de Lait ?" et ses plumes plongeaient vers les plinthes illuminées par les 41 lustres
de la Salle du Trône . "Je vous en prie , Monsieur le Grand Chambellan ! … assez
d'époussetage ! … Astrid passe la loque à houit heure quart" . Rien n'y faisait : la for-
faiture à l'oeuvre , voilà ce que je n'entendais pas sous les flatteries d'Eric de la Jonquille ,
comme je ne voyais pas dans l'oeil cajoleur des courtisans celui de Judas , "Altesse ,
Votre Croix Si Belle est Dressée …"
Cabinet et dans celui de la Reine , dans la Grande Antichambre , dans la Salle de Bal ,
dans leurs boiseries , des rayures de dents . Partout , intaillées dans les plâtres , les
faïences et les pavements , ces griffures prophétiques que , bercé de louanges , je ne
voyais pas . J'aurais dû me méfier , le Grand Chambellan usait des majuscules avec
intempérance : "Si Votre Majesté Veut Bien de Son Royal Paraphe Certifier Son Gé-
nial Décret Dit E 42" . Et comme si cette surabondance de lettres capitales n'empestait
pas assez la trahison , le Chambellan la doublait de sempiternelles courbettes : la cire
des parquets de la Grande Galerie maculait ses chausses , son pourpoint et jusqu'aux
plumes d'autruche qui empanachaient son couvre-chef (il avait adopté la coiffe des
Gilles de Binche) . A force , ses lèvres avaient pris la forme de ces majuscules cursives
que jadis (au Moyen-Age semble-t-il !) les enfants de première maternelle calligraphiaient
sur leur cahier d'écriture . "Sire , Votre Nescafé … Votre Splendeur Prendra-t-Elle une
Rawette de Lait ?" et ses plumes plongeaient vers les plinthes illuminées par les 41 lustres
de la Salle du Trône . "Je vous en prie , Monsieur le Grand Chambellan ! … assez
d'époussetage ! … Astrid passe la loque à houit heure quart" . Rien n'y faisait : la for-
faiture à l'oeuvre , voilà ce que je n'entendais pas sous les flatteries d'Eric de la Jonquille ,
comme je ne voyais pas dans l'oeil cajoleur des courtisans celui de Judas , "Altesse ,
Votre Croix Si Belle est Dressée …"
dimanche 20 novembre 2016
L'ÉTÉ , C'EST FINI
Enroulons nos fantômes
Aux épis d'un morne pays .
Apaisons nos sens ,
Tirons sur nos visages le drap de l'hiver ,
Sous les chaumes , brûlons nos humeurs
Car la moisson est faite ...
Aux épis d'un morne pays .
Apaisons nos sens ,
Tirons sur nos visages le drap de l'hiver ,
Sous les chaumes , brûlons nos humeurs
Car la moisson est faite ...
samedi 19 novembre 2016
L'ABBÉ TONIÈRES 16 . CROIRE OU NE PAS CROIRE , IL FAUT CHOISIR
- Le gendarme : "Gendarmerie nationale"
- L'abbé : "Encore vous !? … deux fois dans la même semaine !"
- Le gendarme : "Papiers du véhicule … permis de conduire , Monsieur"
- L'abbé . Il corrige et insiste : "MONSIEUR L'ABBÉ , mon fils … crois-tu que je
m'encombre de ce genre de papiers ?"
- Le gendarme : "………?……"
- L'abbé . Il explique : "Cette voiture n'est pas à moi . Je n'ai pas les moyens de me
payer une Ferrari de ce modèle … F430 Spider … 490 CV … moteur V8 à 90° …
une merveille ! …" . Il tape du plat de la main sur le volant gainé de peau de serpent .
"Et j'ai fait voeu de pauvreté … vois l'immatriculation … elle est immatriculée au
Vatican , mon fils … elle appartient à la Banca Di Vaticano … et la Banca Di Vati-
cano la loue au Conclave des Cardinaux sous forme de crédit-bail … pourquoi veux-
tu que j'aie dans ma soutane les papiers d'un véhicule qui m'appartient si peu ?"
- Le gendarme : "Permis de conduire ?"
- L'abbé : "Il est chez toi … un de tes frères me l'a confisqué la semaine dernière !"
- Le gendarme : "232 km/h aujourd'hui !"
- L'abbé : "Record battu !" . Il se signe .
- Le gendarme : "Veuillez me suivre dans le fourgon"
- L'abbé : "Pas question , mon fils ! … j'ai une messe dans un quart d'heure à
Genève ! … crois-tu en Dieu ?"
- Le gendarme : "Non , Monsieur"
- L'abbé : "Tu remontes dans mon estime , mon fils"
- L'abbé : "Encore vous !? … deux fois dans la même semaine !"
- Le gendarme : "Papiers du véhicule … permis de conduire , Monsieur"
- L'abbé . Il corrige et insiste : "MONSIEUR L'ABBÉ , mon fils … crois-tu que je
m'encombre de ce genre de papiers ?"
- Le gendarme : "………?……"
- L'abbé . Il explique : "Cette voiture n'est pas à moi . Je n'ai pas les moyens de me
payer une Ferrari de ce modèle … F430 Spider … 490 CV … moteur V8 à 90° …
une merveille ! …" . Il tape du plat de la main sur le volant gainé de peau de serpent .
"Et j'ai fait voeu de pauvreté … vois l'immatriculation … elle est immatriculée au
Vatican , mon fils … elle appartient à la Banca Di Vaticano … et la Banca Di Vati-
cano la loue au Conclave des Cardinaux sous forme de crédit-bail … pourquoi veux-
tu que j'aie dans ma soutane les papiers d'un véhicule qui m'appartient si peu ?"
- Le gendarme : "Permis de conduire ?"
- L'abbé : "Il est chez toi … un de tes frères me l'a confisqué la semaine dernière !"
- Le gendarme : "232 km/h aujourd'hui !"
- L'abbé : "Record battu !" . Il se signe .
- Le gendarme : "Veuillez me suivre dans le fourgon"
- L'abbé : "Pas question , mon fils ! … j'ai une messe dans un quart d'heure à
Genève ! … crois-tu en Dieu ?"
- Le gendarme : "Non , Monsieur"
- L'abbé : "Tu remontes dans mon estime , mon fils"
KRANT 73 . LE GRAND VOYAGE
Le Kritik ne fut pas démantelé à Koenigsberg . Les armateurs , sans le savoir
puisqu'il était question dans cette affaire de finances , nous épargnèrent un long
tourment car nous , matelots et officiers , nous serions rendus chaque jour sur la
cale de Baltijsk pour tenir la main d'un mourant dont les bords , grignotés par les
chalumeaux découpeurs , seraient déposés un à un au fond du bassin . Et ce qu'on
réduirait en un tas de ferraille , c'était notre vie .
Au lieu de cela , nous eûmes droit à un ébranlement de l'âme quand le Kritik
s'arracha du quai principal de Koenigsberg devant une foule nombreuse . Le Kritik
quittait son port d'attache pour toujours vers une destination que nous ne voulions
pas connaître - un port espagnol disait la rumeur que ni le timonier qui était du voyage
ni Krant ne confirmèrent jamais - où il serait détruit . Le Kritik passa entre les deux
môles et le son grave de sa corne de brume qu'indifférents nous avions si souvent
entendu nous serra la gorge comme un filin d'acier . Cher vieux Kritik ! . La veille ,
le timonier m'avait dit avec cette voix étranglée qu'il avait à la mort de Hume :
"Chef ! … demain je conduis cette saleté de vapeur au cimetière !" . Le Kritik
s'éloigna et sa coque était frangée de lames noires comme un catafalque . Bientôt ,
il ne fut qu'un fin trait à l'ouest , dans la clarté jaunâtre du crépuscule puis on ne vit
plus que la fumée qu'exhalaient ses chaudières où , pendant trente ans , j'avais sué
sang et eau . "Par les clous du Christ !" , et je crachai sept fois dans l'eau du port .
Krant était là . "Chef … qu'est-ce que c'était que le Kritik ?" . (Difficile de traduire
en français , il employa un prétérit letton où s'exprime - avec plus de cruauté qu'en
aucune autre langue - la corruption du temps) … ": Un ensemble de tôles …"
puisqu'il était question dans cette affaire de finances , nous épargnèrent un long
tourment car nous , matelots et officiers , nous serions rendus chaque jour sur la
cale de Baltijsk pour tenir la main d'un mourant dont les bords , grignotés par les
chalumeaux découpeurs , seraient déposés un à un au fond du bassin . Et ce qu'on
réduirait en un tas de ferraille , c'était notre vie .
Au lieu de cela , nous eûmes droit à un ébranlement de l'âme quand le Kritik
s'arracha du quai principal de Koenigsberg devant une foule nombreuse . Le Kritik
quittait son port d'attache pour toujours vers une destination que nous ne voulions
pas connaître - un port espagnol disait la rumeur que ni le timonier qui était du voyage
ni Krant ne confirmèrent jamais - où il serait détruit . Le Kritik passa entre les deux
môles et le son grave de sa corne de brume qu'indifférents nous avions si souvent
entendu nous serra la gorge comme un filin d'acier . Cher vieux Kritik ! . La veille ,
le timonier m'avait dit avec cette voix étranglée qu'il avait à la mort de Hume :
"Chef ! … demain je conduis cette saleté de vapeur au cimetière !" . Le Kritik
s'éloigna et sa coque était frangée de lames noires comme un catafalque . Bientôt ,
il ne fut qu'un fin trait à l'ouest , dans la clarté jaunâtre du crépuscule puis on ne vit
plus que la fumée qu'exhalaient ses chaudières où , pendant trente ans , j'avais sué
sang et eau . "Par les clous du Christ !" , et je crachai sept fois dans l'eau du port .
Krant était là . "Chef … qu'est-ce que c'était que le Kritik ?" . (Difficile de traduire
en français , il employa un prétérit letton où s'exprime - avec plus de cruauté qu'en
aucune autre langue - la corruption du temps) … ": Un ensemble de tôles …"
mardi 1 novembre 2016
L'ABBÉ TONIÈRES 15 . ENZO
L'abbé a garé sa voiture sur le parvis de l'église Maria Dolorosa . Il la lave à grande
eau . Elle rutile . Jeanne-Marie astique les chromes .
- L'abbé : "Mon Dieu , quelle belle journée !" . Il se signe . Le soleil a passé la crête des
Apennins et inonde la plaine d'Ombrie , englobant dans son rayonnement la nouvelle
Ferrari de l'abbé .
- L'abbé : "Quelle belle automobile !" . Il se signe puis replonge son éponge dans le seau
d'eau mousseuse .
- L'abbé à Jeanne-Marie : "Jeanne-Marie … qui a créé cette automobile ? … à votre
avis …"
- J-M . Elle est accroupie près des quatre pots d'échappement : "Le Bon Dieu ,
mon Père ?"
- L'abbé . Il soupire en retroussant les manches de sa soutane : "C'est idiot ce que vous
dites … Dieu aurait-il créé une bagnole ?" . Il hausse les épaules . "Vous n'êtes pas sans
savoir , Jeanne-Marie , que l'automobile esquinte la Création … et celle-ci plus qu'une
autre ! …"
- J-M : "………………."
- L'abbé . Il asperge de mousse le vaste pare-brise : "Vous imaginez le Bon Dieu sur une
chaîne d'assemblage ? … réfléchissez , Jeanne-Marie , avant de dire des conneries ! …"
- J-M : "………………."
- L'abbé : "Dieu a créé Enzo Ferrari !"
- J-M : "………………."
- L'abbé : "Vous ne dites rien ?"
- J-M : "Je réfléchis"
- L'abbé : "……….?………"
- J-M : "Je pensais que c'était une histoire de sperme et d'ovule"
- L'abbé . Il jette l'éponge : "Ah ! … enfin un bon point , Jeanne-Marie ! …"
eau . Elle rutile . Jeanne-Marie astique les chromes .
- L'abbé : "Mon Dieu , quelle belle journée !" . Il se signe . Le soleil a passé la crête des
Apennins et inonde la plaine d'Ombrie , englobant dans son rayonnement la nouvelle
Ferrari de l'abbé .
- L'abbé : "Quelle belle automobile !" . Il se signe puis replonge son éponge dans le seau
d'eau mousseuse .
- L'abbé à Jeanne-Marie : "Jeanne-Marie … qui a créé cette automobile ? … à votre
avis …"
- J-M . Elle est accroupie près des quatre pots d'échappement : "Le Bon Dieu ,
mon Père ?"
- L'abbé . Il soupire en retroussant les manches de sa soutane : "C'est idiot ce que vous
dites … Dieu aurait-il créé une bagnole ?" . Il hausse les épaules . "Vous n'êtes pas sans
savoir , Jeanne-Marie , que l'automobile esquinte la Création … et celle-ci plus qu'une
autre ! …"
- J-M : "………………."
- L'abbé . Il asperge de mousse le vaste pare-brise : "Vous imaginez le Bon Dieu sur une
chaîne d'assemblage ? … réfléchissez , Jeanne-Marie , avant de dire des conneries ! …"
- J-M : "………………."
- L'abbé : "Dieu a créé Enzo Ferrari !"
- J-M : "………………."
- L'abbé : "Vous ne dites rien ?"
- J-M : "Je réfléchis"
- L'abbé : "……….?………"
- J-M : "Je pensais que c'était une histoire de sperme et d'ovule"
- L'abbé . Il jette l'éponge : "Ah ! … enfin un bon point , Jeanne-Marie ! …"
dimanche 30 octobre 2016
DESMOND 60 . LE CORBEAU ET LE RENARD
Bureau Ovale .
- Le Président : "Connaissez-vous La Fontaine ?"
- Moi : "Le poète français , Monsieur le Président ?"
- Lui . Il est affalé dans son fauteuil , noeud de cravate desserré … il déclame :
"Mister Corbeau , sur un arbre perché , tenait en son bec un fromage … vous
connaissez ?" . Il semble accablé .
- Moi : "Oui , Monsieur le Président … c'est une fable"
- Lui : "Une fable !? … a pure invention ? … no , Desmond , it's pure actuality" .
Furieux , fixant le mur derrière moi : "je tenais dans mon bec un fromage !"
- Moi : "………..?……….."
- Lui : "…… et j'ai ouvert un large bec …"
- Moi : "………..?……….."
- Lui : "…… j'ai laissé tomber ma proie !" . Il soupire … "Chou … ce renard …
il m'a flatté …" . Puis se tournant mollement vers moi en tirant sur sa cravate :
"Il a vanté mon plumage" . Il soulève deux bras désolés "je ne me suis plus
senti de joie … j''ai voulu montrer ma belle voix … et j'ai laissé tomber ma proie …"
- Moi : "……………………"
- Lui , s'accoudant au bureau et levant un index professoral , il me regarde dans les
yeux : "Desmond , apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute !"
Il se lève et me raccompagne à la porte du Bureau Ovale où , me serrant le biceps :
"Desmond , cette leçon vaut bien un fromage !"
- Le Président : "Connaissez-vous La Fontaine ?"
- Moi : "Le poète français , Monsieur le Président ?"
- Lui . Il est affalé dans son fauteuil , noeud de cravate desserré … il déclame :
"Mister Corbeau , sur un arbre perché , tenait en son bec un fromage … vous
connaissez ?" . Il semble accablé .
- Moi : "Oui , Monsieur le Président … c'est une fable"
- Lui : "Une fable !? … a pure invention ? … no , Desmond , it's pure actuality" .
Furieux , fixant le mur derrière moi : "je tenais dans mon bec un fromage !"
- Moi : "………..?……….."
- Lui : "…… et j'ai ouvert un large bec …"
- Moi : "………..?……….."
- Lui : "…… j'ai laissé tomber ma proie !" . Il soupire … "Chou … ce renard …
il m'a flatté …" . Puis se tournant mollement vers moi en tirant sur sa cravate :
"Il a vanté mon plumage" . Il soulève deux bras désolés "je ne me suis plus
senti de joie … j''ai voulu montrer ma belle voix … et j'ai laissé tomber ma proie …"
- Moi : "……………………"
- Lui , s'accoudant au bureau et levant un index professoral , il me regarde dans les
yeux : "Desmond , apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute !"
Il se lève et me raccompagne à la porte du Bureau Ovale où , me serrant le biceps :
"Desmond , cette leçon vaut bien un fromage !"
samedi 29 octobre 2016
LE ROI DES BELGES (suite) . LE DÉCRET E42
Les autoroutes … les autoroutes belges infiniment éclairées , à toute heure du jour !
Moi , Couteau à Droite Ier , je décidai de les plonger dans le noir , non par souci d'éco-
nomie mais par amour de l'obscurité . Sortir de l'aveuglante clarté , c'était donc sortir du
nucléaire bien que je ne susse - et comment l'aurais-je sucé de mon pouce ? - quelle part
de lumière l'autoroute qui relie le Comté de Sailly lez Lannoy à la ville de Tournai (E42)
doit à l'impact des neutrons .
J'ordonnai par le décret dit E42 que l'on démontât les autostrades et qu'on marteau-pi-
quât (cf Bescherelle : verbes du 1er groupe) leurs consternants enrobés ; qu'afin d'en finir
avec ces nuits blanches , on tronçonnât à leur base leurs milliers de lampadaires ; qu'on
pendît haut et court les entrepreneurs d'éclairage public et leurs sous-traitants . Ainsi
assurai-je à Eric de la Jonquille qui faisait la moue , nous ferons revivre la Belgique éter-
nelle , celle de l'Antiquité , des voies romaines , des chemins creux que les myrtilles
sauvages luisant de lampyres débordaient . Enfin , tonnai-je , taillons dans le vif Mon-
sieur le Grand Chambellan ; restaurons les nuits de la Belgique préhistorique , éclatantes
de lunes et de voies lactées !
Je fis les gros yeux : approuvez ! . Mon Conseil trembla dans sa culotte et il approuva
(je ne lui demandai pas son avis) . Le Grand Chambellan parapha mais je flairai dans ce
consentement à contre-coeur les germes de la trahison . Renfrogné , il approcha de mon
trône l'encrier et la plume d'oie . "J'ai failli attendre" dis-je , royal . Et je signai .
Je regagnai mes appartements de-fort-méchante-humeur . Astrid repassait mes che-
mises . "CAD-chéri (CAD , prononcer kâd , mon pseudo dans l'intimité) , ta couronne
est toute de travers , sais-tu ?" dit-elle en tendant vers mon front son fer Calor . Elle avait
raison : ma couronne était de guingois . Chère Astrid ! j'eus envie de la battre .
(à suivre)
Moi , Couteau à Droite Ier , je décidai de les plonger dans le noir , non par souci d'éco-
nomie mais par amour de l'obscurité . Sortir de l'aveuglante clarté , c'était donc sortir du
nucléaire bien que je ne susse - et comment l'aurais-je sucé de mon pouce ? - quelle part
de lumière l'autoroute qui relie le Comté de Sailly lez Lannoy à la ville de Tournai (E42)
doit à l'impact des neutrons .
J'ordonnai par le décret dit E42 que l'on démontât les autostrades et qu'on marteau-pi-
quât (cf Bescherelle : verbes du 1er groupe) leurs consternants enrobés ; qu'afin d'en finir
avec ces nuits blanches , on tronçonnât à leur base leurs milliers de lampadaires ; qu'on
pendît haut et court les entrepreneurs d'éclairage public et leurs sous-traitants . Ainsi
assurai-je à Eric de la Jonquille qui faisait la moue , nous ferons revivre la Belgique éter-
nelle , celle de l'Antiquité , des voies romaines , des chemins creux que les myrtilles
sauvages luisant de lampyres débordaient . Enfin , tonnai-je , taillons dans le vif Mon-
sieur le Grand Chambellan ; restaurons les nuits de la Belgique préhistorique , éclatantes
de lunes et de voies lactées !
Je fis les gros yeux : approuvez ! . Mon Conseil trembla dans sa culotte et il approuva
(je ne lui demandai pas son avis) . Le Grand Chambellan parapha mais je flairai dans ce
consentement à contre-coeur les germes de la trahison . Renfrogné , il approcha de mon
trône l'encrier et la plume d'oie . "J'ai failli attendre" dis-je , royal . Et je signai .
Je regagnai mes appartements de-fort-méchante-humeur . Astrid repassait mes che-
mises . "CAD-chéri (CAD , prononcer kâd , mon pseudo dans l'intimité) , ta couronne
est toute de travers , sais-tu ?" dit-elle en tendant vers mon front son fer Calor . Elle avait
raison : ma couronne était de guingois . Chère Astrid ! j'eus envie de la battre .
(à suivre)
jeudi 27 octobre 2016
KRANT 72 . LE COPRIS ESPAGNOL
Krant est l'homme de l'infiniment grand - le ciel , la mer - et je suis celui de l'infiniment
petit . Je dis un jour à Krant que l'infinité du monde se trouve dans une mare derrière chez
moi car le capitaine s'étonnait qu'on pût se cloîtrer pour la vie dans le périmètre de si
petites parcelles .
Je l'entrepris sur le Copris Espagnol . Je lui décrivis l'insecte courtaud , le terrier de la
grosseur d'une pomme signalé par une taupinée , le travail de cet enfouisseur du crépus-
cule , tirant sa récolte par brassées et à reculons avant de disparaître sous terre , et là ,
dans son antre à fond plat et aux parois de terre fraîche inlassablement lissées en voûte ,
le Copris façonnant des gâteaux ovoïdes avec les débris amassés , circulaires , ellipsoïdes
ou aplatis comme nos pains lettons , le Copris copulant , les moeurs de la mère et com-
ment elle enfouit ses oeufs et comment elle s'occupe de sa progéniture et comment elle
sort de terre aux premières pluies d'automne … j'étais intarissable … capitaine ! …
un monde de la grosseur d'une pomme !
- Krant , haussant les sourcils : "Chef ! … il y a tout ça dans la mare derrière chez vous !?"
- Moi : "Sur la berge ou dans l'eau , capitaine ! … c'en est le milliardième !"
petit . Je dis un jour à Krant que l'infinité du monde se trouve dans une mare derrière chez
moi car le capitaine s'étonnait qu'on pût se cloîtrer pour la vie dans le périmètre de si
petites parcelles .
Je l'entrepris sur le Copris Espagnol . Je lui décrivis l'insecte courtaud , le terrier de la
grosseur d'une pomme signalé par une taupinée , le travail de cet enfouisseur du crépus-
cule , tirant sa récolte par brassées et à reculons avant de disparaître sous terre , et là ,
dans son antre à fond plat et aux parois de terre fraîche inlassablement lissées en voûte ,
le Copris façonnant des gâteaux ovoïdes avec les débris amassés , circulaires , ellipsoïdes
ou aplatis comme nos pains lettons , le Copris copulant , les moeurs de la mère et com-
ment elle enfouit ses oeufs et comment elle s'occupe de sa progéniture et comment elle
sort de terre aux premières pluies d'automne … j'étais intarissable … capitaine ! …
un monde de la grosseur d'une pomme !
- Krant , haussant les sourcils : "Chef ! … il y a tout ça dans la mare derrière chez vous !?"
- Moi : "Sur la berge ou dans l'eau , capitaine ! … c'en est le milliardième !"
mercredi 26 octobre 2016
PARADIS 66 . DU GAZ DANS LA TRINITÉ
Réunion au sommet , une sorte de conseil de famille : le Père , le Fils et le Saint-
Esprit se sont enfermés dans l'atelier de Dieu . Ça barde ! . Ève , petite curieuse ! ,
colle son oreille contre la porte .
- Le Saint-Esprit : "J'en ai plus qu'assez !"
- Le Père : "Tu t'énerves ! … tu prends la mouche pour deux fois rien ! …"
- Le Saint-Esprit : "Pour deux fois rien !?" . Il tape du poing sur l'établi et s'adresse
au fils : "Deux fois rien ! … qu'est-ce que t'en penses ?"
- Le Fils : "Moi ?"
- Le Saint-Esprit : "Ben oui , Toi ! … ça fait 2000 ans qu'ils t'ont lynché et …"
- Le Fils : "Non … c'était une crucifixion tout ce qu'il y a de légale …"
- Le Saint-Esprit : "Oui … enfin … c'est pareil"
- Le Fils : "Ah , non ! … c'est pas pareil ! … je t'assure … le lynchage , c'est sans
jugement régulier … moi , c'était réglo … le Grand-Prêtre Caïphe et le Sanhédrin …
ensuite , le Prétoire et le Gouverneur en personne : Ponce-Pilate ! … du point de vue
du droit , c'était ficelé … rien à dire !"
- Le Saint-Esprit : "Bon , ça va ! … tu vas pas nous faire un cours ! … le résultat , c'est
que t'en a pris plein la …"
- Le Père : "Surveille ton langage Esprit-Saint !"
- Le Saint-Esprit : "Mais enfin !!"
- Le Père : "Les hommes sont des enfants ! … comme dit Luc (23-34) : "Ils ne savent
pas ce qu'ils font !" … mon cher , pardonnons-leur"
- Le Saint-Esprit : "Facile à dire … d'autant que ton fils , tu l'as abandonné !"
- Le Fils : "Oui , c'est vrai , Père … pourquoi m'as-tu abandonné ? (Matthieu 27-46)"
- Le Père . Il lève les bras au ciel : "Mais je ne t'ai pas abandonné ! … je t'ai rapatrié !"
- Le Fils : "Oui , mais dans quel état !" . Il montre ses stigmates .
- Le Père au Saint-Esprit : "C'est facile les reproches … moi , tous les jours je suis aux
manettes ! … demande à Ève … qu'est-ce que tu fais , Toi ?"
- Le Saint-Esprit : "Au printemps , je …"
- Le Père : "Quoi , au printemps ?"
- Le Saint-Esprit : "Un aller-retour sur la terre déguisé en colombe ! … ou en langue de
feu (Actes 2:3) … je me tape les bouchons du week-end de la Pentecôte … un des plus
meurtriers de l'année !"
- Le Père : "C'est pas tout ça … finalement , qu'est-ce qu'on fait ?"
- Le Saint-Esprit . Il s'approche du Tableau de Commande et pose son index virtuel sur
le bouton d'extinction : "J'appuie sur OFF"
Esprit se sont enfermés dans l'atelier de Dieu . Ça barde ! . Ève , petite curieuse ! ,
colle son oreille contre la porte .
- Le Saint-Esprit : "J'en ai plus qu'assez !"
- Le Père : "Tu t'énerves ! … tu prends la mouche pour deux fois rien ! …"
- Le Saint-Esprit : "Pour deux fois rien !?" . Il tape du poing sur l'établi et s'adresse
au fils : "Deux fois rien ! … qu'est-ce que t'en penses ?"
- Le Fils : "Moi ?"
- Le Saint-Esprit : "Ben oui , Toi ! … ça fait 2000 ans qu'ils t'ont lynché et …"
- Le Fils : "Non … c'était une crucifixion tout ce qu'il y a de légale …"
- Le Saint-Esprit : "Oui … enfin … c'est pareil"
- Le Fils : "Ah , non ! … c'est pas pareil ! … je t'assure … le lynchage , c'est sans
jugement régulier … moi , c'était réglo … le Grand-Prêtre Caïphe et le Sanhédrin …
ensuite , le Prétoire et le Gouverneur en personne : Ponce-Pilate ! … du point de vue
du droit , c'était ficelé … rien à dire !"
- Le Saint-Esprit : "Bon , ça va ! … tu vas pas nous faire un cours ! … le résultat , c'est
que t'en a pris plein la …"
- Le Père : "Surveille ton langage Esprit-Saint !"
- Le Saint-Esprit : "Mais enfin !!"
- Le Père : "Les hommes sont des enfants ! … comme dit Luc (23-34) : "Ils ne savent
pas ce qu'ils font !" … mon cher , pardonnons-leur"
- Le Saint-Esprit : "Facile à dire … d'autant que ton fils , tu l'as abandonné !"
- Le Fils : "Oui , c'est vrai , Père … pourquoi m'as-tu abandonné ? (Matthieu 27-46)"
- Le Père . Il lève les bras au ciel : "Mais je ne t'ai pas abandonné ! … je t'ai rapatrié !"
- Le Fils : "Oui , mais dans quel état !" . Il montre ses stigmates .
- Le Père au Saint-Esprit : "C'est facile les reproches … moi , tous les jours je suis aux
manettes ! … demande à Ève … qu'est-ce que tu fais , Toi ?"
- Le Saint-Esprit : "Au printemps , je …"
- Le Père : "Quoi , au printemps ?"
- Le Saint-Esprit : "Un aller-retour sur la terre déguisé en colombe ! … ou en langue de
feu (Actes 2:3) … je me tape les bouchons du week-end de la Pentecôte … un des plus
meurtriers de l'année !"
- Le Père : "C'est pas tout ça … finalement , qu'est-ce qu'on fait ?"
- Le Saint-Esprit . Il s'approche du Tableau de Commande et pose son index virtuel sur
le bouton d'extinction : "J'appuie sur OFF"
mardi 25 octobre 2016
L'ABBÉ TONIÈRES 14 . DES CATHÉDRALES ET DU BIEN-FONDÉ DE LEUR ÉRECTION
- Jeanne-Marie à l'abbé : "Quelle belle église ! … immense !"
L'abbé et Jeanne-Marie sont sur le parvis de Notre-Dame de Paris .
- L'abbé : "Ceci n'est pas une église , Jeanne-Marie … ceci est une cathédrale …"
- J-M : "Une cathédrale ! … elle est immense"
- L'abbé , haussant les épaules : "Forcément ! … c'est fait pour …"
- J-M : "C'est fait pour ?"
- L'abbé : "On a besoin d'énormes cathédrales"
- J-M : "Pourquoi pas des petites ?"
- L'abbé . Il lève les yeux au ciel et se signe : "Il eut fallu que le mensonge fut petit"
- J-M : "Le mensonge ? … quel mensonge ?"
- L'abbé : "Le mensonge avec un M majuscule … les petits mensonges ne valent pas
qu'on construise des petites cathédrales … la Sainte Église y perdrait bêtement son
pognon … tandis qu'un gros mensonge , ça justifie une grosse cathédrale … c'est
comptable … c'est de bonne guerre financière … vous me suivez ?"
- J-M . Elle pleurniche : "Non … je ne comprends pas"
- L'abbé . Il re-hausse les épaules : "Ça ne m'étonne pas … aussi ne m'esquinterai-je
pas à vous expliquer"
L'abbé et Jeanne-Marie sont sur le parvis de Notre-Dame de Paris .
- L'abbé : "Ceci n'est pas une église , Jeanne-Marie … ceci est une cathédrale …"
- J-M : "Une cathédrale ! … elle est immense"
- L'abbé , haussant les épaules : "Forcément ! … c'est fait pour …"
- J-M : "C'est fait pour ?"
- L'abbé : "On a besoin d'énormes cathédrales"
- J-M : "Pourquoi pas des petites ?"
- L'abbé . Il lève les yeux au ciel et se signe : "Il eut fallu que le mensonge fut petit"
- J-M : "Le mensonge ? … quel mensonge ?"
- L'abbé : "Le mensonge avec un M majuscule … les petits mensonges ne valent pas
qu'on construise des petites cathédrales … la Sainte Église y perdrait bêtement son
pognon … tandis qu'un gros mensonge , ça justifie une grosse cathédrale … c'est
comptable … c'est de bonne guerre financière … vous me suivez ?"
- J-M . Elle pleurniche : "Non … je ne comprends pas"
- L'abbé . Il re-hausse les épaules : "Ça ne m'étonne pas … aussi ne m'esquinterai-je
pas à vous expliquer"
LE ROI DES BELGES (suite) . L'AUDIENCE
Il (Jacques Brel Ier) m'attendait juché sur son trône . C'était un ouvrage en or massif
incrusté de pierres fines : agates , épidotes rouges , opales de feu , topazes ; la rampe
dispersait les reflets noirs de quelques jaspes . Je gravis les marches : j'en comptai
septante . Jacques Brel Ier me tendit sa main où brillait l'anneau papal . Au moment où
j'allais la baiser , mon téléphone portable sonna : c'était Eric de la Jonquille , mon Grand
Chambellan : "Il est arrivé dans la Cour du Palais 30 m3 de téléphones filaires . Qu'en
fais-je ?". J'hésitai . J'avais au bord des lèvres mon petit déjeuner (on servait au Sweet
Home Roma des petits déjeuners copieux et indigestes . Ça , combiné à l'escalade du
trône !) , la main de Jacques Brel Ier à portée de lèvres et , à l'oreille , ce souci incessant
de mon règne : que faire des téléphones filaires ? . C'est dans ces situations où des pres-
sions qui n'ont rien à voir entre elles s'accumulent que le Grand Homme se révèle .
"N'avons-nous quelque place à décorer , Monsieur le Grand Chambellan ?" . Je fis à
Jacques Brel Ier un signe de la main en guise d'excuse car je savais son temps aussi
précieux que le mien . "Sire" dit le Grand Chambellan , "toutes les places de Votre
Royaume sont dotées d'une statue équestre à votre effigie". Une idée géniale me vint
(d'où viennent-elles ces idées géniales ?) ; je m'adressai au Pape : "Une statue de Votre
Sainteté sur la Grand Place de Bruxelles , à côté de la mienne ? … c'est une idée
chouette , non ?" . Jacques Brel Ier : "Chouette ? … mon fils , en quoi sera-t-elle faite ?"
Moi : "En téléphones filaires compressés … c'est tendance" . Jacques Brel Ier : "J'ai
beaucoup mieux … une trouvaille post-moderniste … un retour aux matériaux antiques :
le vinyle … compressons le vinyle … qu'en pensez-vous ?" . Moi : "……?…….." .
Jacques Brel Ier : "J'ai dans ma discothèque , à Castel Gandolfo , par mon Saint Patron
la version du "Port d'Amsterdam" en 6512 langues … je suis las de l'écouter … ces
33 tours m'encombrent … mais avant que je vous donne l'adresse , baisez donc mon
anneau … je fatigue avec le bras tendu" . Moi , baisant l'améthyste : "Avec ou sans
cheval ?" . Jacques Brel Ier : "Quel cheval ?" . Moi : "Votre statue … équestre ou en
pied ?"
Ce projet grandiose resta dans les cartons car , à peine avais-je quitté les marbres lustrés
du Vatican que Notre Saint Père le Pape Jacques Brel Ier rendait l'âme , victime du coryza
qui sévissait à Rome .
incrusté de pierres fines : agates , épidotes rouges , opales de feu , topazes ; la rampe
dispersait les reflets noirs de quelques jaspes . Je gravis les marches : j'en comptai
septante . Jacques Brel Ier me tendit sa main où brillait l'anneau papal . Au moment où
j'allais la baiser , mon téléphone portable sonna : c'était Eric de la Jonquille , mon Grand
Chambellan : "Il est arrivé dans la Cour du Palais 30 m3 de téléphones filaires . Qu'en
fais-je ?". J'hésitai . J'avais au bord des lèvres mon petit déjeuner (on servait au Sweet
Home Roma des petits déjeuners copieux et indigestes . Ça , combiné à l'escalade du
trône !) , la main de Jacques Brel Ier à portée de lèvres et , à l'oreille , ce souci incessant
de mon règne : que faire des téléphones filaires ? . C'est dans ces situations où des pres-
sions qui n'ont rien à voir entre elles s'accumulent que le Grand Homme se révèle .
"N'avons-nous quelque place à décorer , Monsieur le Grand Chambellan ?" . Je fis à
Jacques Brel Ier un signe de la main en guise d'excuse car je savais son temps aussi
précieux que le mien . "Sire" dit le Grand Chambellan , "toutes les places de Votre
Royaume sont dotées d'une statue équestre à votre effigie". Une idée géniale me vint
(d'où viennent-elles ces idées géniales ?) ; je m'adressai au Pape : "Une statue de Votre
Sainteté sur la Grand Place de Bruxelles , à côté de la mienne ? … c'est une idée
chouette , non ?" . Jacques Brel Ier : "Chouette ? … mon fils , en quoi sera-t-elle faite ?"
Moi : "En téléphones filaires compressés … c'est tendance" . Jacques Brel Ier : "J'ai
beaucoup mieux … une trouvaille post-moderniste … un retour aux matériaux antiques :
le vinyle … compressons le vinyle … qu'en pensez-vous ?" . Moi : "……?…….." .
Jacques Brel Ier : "J'ai dans ma discothèque , à Castel Gandolfo , par mon Saint Patron
la version du "Port d'Amsterdam" en 6512 langues … je suis las de l'écouter … ces
33 tours m'encombrent … mais avant que je vous donne l'adresse , baisez donc mon
anneau … je fatigue avec le bras tendu" . Moi , baisant l'améthyste : "Avec ou sans
cheval ?" . Jacques Brel Ier : "Quel cheval ?" . Moi : "Votre statue … équestre ou en
pied ?"
Ce projet grandiose resta dans les cartons car , à peine avais-je quitté les marbres lustrés
du Vatican que Notre Saint Père le Pape Jacques Brel Ier rendait l'âme , victime du coryza
qui sévissait à Rome .
dimanche 23 octobre 2016
KRANT 71 . VENTE AUX ENCHÈRES
L'histoire du Kritik sous le long règne de Krant - sa deuxième vie - commence comme
une farce dans un bassin de radoub du port français de Dieppe , à l'ombre des grues bana-
nières et elle serait comique si elle n'avait livré nos deux soutiers aux travaux forcés . Le
Kritik appartenait aux Douanes depuis que cette administration l'avait saisi au large des
côtes avec une cargaison illicite et les lenteurs de la justice s'étaient combinées à l'action de
la rouille pour faire de ce bâtiment une apparence d'épave . Enfin , il fut mis à l'encan .
Deux marins lettons , pauvres hères et ivres comme il se doit , poussèrent les enchères
jusqu'à la somme ronde de 100.000 francs-or . Bien entendu les deux hommes n'avaient
pas le premier sou et on les mit au trou . Ils arguèrent qu'ils n'entendaient rien à la langue si
compliquée de la France et qu'au demeurant , ils étaient saouls et ne savaient pas compter .
Le consul que nous avons en place dans cette ville pria les armateurs lettons qu'ils se subs-
tituassent à leurs compatriotes pour le paiement du prix , qu'ils effaçassent pour la bonne
réputation de notre nation cette regrettable folle enchère et qu'ils sauvegardassent ainsi les
facilités portuaires et commerciales qu'on leur avait accordées ; ce que fit l'un d'eux , de
Koenigsberg , qui exigea cependant que les deux hommes lui fussent livrés et qu'ils exer-
çassent , en réparation de leur faute , sur ce navire et à titre gratuit , le métier de soutier
jusqu'au jour de leur retraite . Cet armateur avait calculé sur la base du salaire minimum
que , s'ils payaient , ils auraient remboursé le prix exorbitant qu'on lui demandait pour
cette épave vers le mois de mars 2010 ! . Les deux malheureux acceptèrent le marché
car ils préféraient trimer dans une soute pour des clous que se ronger les sangs dans un
cul de basse fosse .
Le Kritik fut remorqué à Koenigsberg où on le réarma. La Compagnie des Armateurs
engagea un jeune capitaine tout juste sorti de l'école et qui cherchait un commandement :
Krant .
une farce dans un bassin de radoub du port français de Dieppe , à l'ombre des grues bana-
nières et elle serait comique si elle n'avait livré nos deux soutiers aux travaux forcés . Le
Kritik appartenait aux Douanes depuis que cette administration l'avait saisi au large des
côtes avec une cargaison illicite et les lenteurs de la justice s'étaient combinées à l'action de
la rouille pour faire de ce bâtiment une apparence d'épave . Enfin , il fut mis à l'encan .
Deux marins lettons , pauvres hères et ivres comme il se doit , poussèrent les enchères
jusqu'à la somme ronde de 100.000 francs-or . Bien entendu les deux hommes n'avaient
pas le premier sou et on les mit au trou . Ils arguèrent qu'ils n'entendaient rien à la langue si
compliquée de la France et qu'au demeurant , ils étaient saouls et ne savaient pas compter .
Le consul que nous avons en place dans cette ville pria les armateurs lettons qu'ils se subs-
tituassent à leurs compatriotes pour le paiement du prix , qu'ils effaçassent pour la bonne
réputation de notre nation cette regrettable folle enchère et qu'ils sauvegardassent ainsi les
facilités portuaires et commerciales qu'on leur avait accordées ; ce que fit l'un d'eux , de
Koenigsberg , qui exigea cependant que les deux hommes lui fussent livrés et qu'ils exer-
çassent , en réparation de leur faute , sur ce navire et à titre gratuit , le métier de soutier
jusqu'au jour de leur retraite . Cet armateur avait calculé sur la base du salaire minimum
que , s'ils payaient , ils auraient remboursé le prix exorbitant qu'on lui demandait pour
cette épave vers le mois de mars 2010 ! . Les deux malheureux acceptèrent le marché
car ils préféraient trimer dans une soute pour des clous que se ronger les sangs dans un
cul de basse fosse .
Le Kritik fut remorqué à Koenigsberg où on le réarma. La Compagnie des Armateurs
engagea un jeune capitaine tout juste sorti de l'école et qui cherchait un commandement :
Krant .
PARADIS 65 . UN ROMAN PASSIONNANT
- "Ève ?" . C'est Dieu . Il cherche Ève .
- "……………………"
- "Ève ?"
- Ève : "Oui ?" . Elle est allongée entre les tiges de Cistus Salvifolius .
- Dieu . Il s'accroupit et écarte les fleurs blanches : "Qu'est-ce que tu fais ?"
- Ève : "Je lis"
- Dieu , effaré : "Tu lis !?"
- Ève : "Ben oui"
- Dieu : "Tu sais lire ?"
- Ève : "Voui"
- Dieu : "Qu'est-ce que tu lis ?"
- Ève : "Une histoire d'amour"
- Dieu : "………………"
- Ève . Elle lit . Le zéphyr frissonne entre les pages .
- Dieu : "C'est intéressant ?"
- Ève : "Mmmmm …"
- Dieu : "C'est une belle histoire ?"
- Ève : "Mmmmm …"
- Dieu : "Je te dérange ?"
- Ève : "……………….."
- Dieu : "Tu n'as pas envie de te promener ?"
- Ève : "……………….."
- Dieu : Le Paradis est superbe aujourd'hui"
- Ève : "……………….."
- Dieu : "Tu n'as pas envie ?"
- Ève : "Si … attends … je finis mon chapitre"
- Dieu . Il soupire : "J'attends …"
vendredi 21 octobre 2016
L'ABBÉ TONIÈRES 13 . EXCÈS DE VITESSE
Le CRS intercepteur de la brigade motocycliste de l'A7 , entre Avignon et Arles ,
pose son engin sur sa béquille :
- "Papiers , s'il vous plaît"
Il consulte le document rose . Vérification d'identité :
- "Nom . Prénom . Profession ?"
- L'abbé : "Tonières - Jean-Marie - Abbé" . Il sort sa croix de son polo High Society .
- Le CRS : "Vous avez été flashé à 212 km/h , mon Père … radar Mesta … c'est
beaucoup …"
- L'abbé : "Normal , mon fils … Porsche Carrera … V 10 position centrale …
cylindrée : 5.7 l …"
- Le CRS : "Quand même … 212 km/h !"
- L'abbé : "Je priais …"
- Le CRS : "Vous priiez !?"
- L'abbé : "Mes pensées allaient aux victimes de la route … j'intercédais pour elles
auprès de Saint-Christophe"
- Marie-Madeleine , véhémente : "Vous rouliez trop vite , mon Père !" … et au CRS :
"Et il me caressait le genou !"
- Le CRS : "Il vous en coûtera 2000€ et 10 points … vous avez de la chance …
j'aurais pu saisir l'automobile …"
- L'abbé , bénissant le CRS : "Il t'en sera tenu compte au Jour du Jugement , mon fils"
Quelques minutes plus tard , à 220 km/h :
- Marie-Madeleine : "Vous n'avez plus de points , mon Père !"
- L'abbé : "Je n'ai pas de permis"
- M-M : "Mais … ce papier rose ?"
- L'abbé : " … un faux … l'imprimerie du Vatican …"
- M-M . Elle se signe : "Miséricorde !"
- L"abbé : "Accrochez-vous Marie-Madeleine … j'ai une messe à Antibes à 20h …"
pose son engin sur sa béquille :
- "Papiers , s'il vous plaît"
Il consulte le document rose . Vérification d'identité :
- "Nom . Prénom . Profession ?"
- L'abbé : "Tonières - Jean-Marie - Abbé" . Il sort sa croix de son polo High Society .
- Le CRS : "Vous avez été flashé à 212 km/h , mon Père … radar Mesta … c'est
beaucoup …"
- L'abbé : "Normal , mon fils … Porsche Carrera … V 10 position centrale …
cylindrée : 5.7 l …"
- Le CRS : "Quand même … 212 km/h !"
- L'abbé : "Je priais …"
- Le CRS : "Vous priiez !?"
- L'abbé : "Mes pensées allaient aux victimes de la route … j'intercédais pour elles
auprès de Saint-Christophe"
- Marie-Madeleine , véhémente : "Vous rouliez trop vite , mon Père !" … et au CRS :
"Et il me caressait le genou !"
- Le CRS : "Il vous en coûtera 2000€ et 10 points … vous avez de la chance …
j'aurais pu saisir l'automobile …"
- L'abbé , bénissant le CRS : "Il t'en sera tenu compte au Jour du Jugement , mon fils"
Quelques minutes plus tard , à 220 km/h :
- Marie-Madeleine : "Vous n'avez plus de points , mon Père !"
- L'abbé : "Je n'ai pas de permis"
- M-M : "Mais … ce papier rose ?"
- L'abbé : " … un faux … l'imprimerie du Vatican …"
- M-M . Elle se signe : "Miséricorde !"
- L"abbé : "Accrochez-vous Marie-Madeleine … j'ai une messe à Antibes à 20h …"
jeudi 20 octobre 2016
LE ROI DES BELGES (suite) . DES PAPOUS DANS LA TÊTE
Je me levai tôt car , si Sa Sainteté me recevait en audience privée , ce serait au point
du jour car Elle avait d'autres hallebardes à astiquer . Je me trouvai donc seul devant la
basilique Saint-Pierre à 6h du matin , coiffé de ma couronne . Un train de nuages en
charpie traversait l'esplanade à vitesse pontificale , haut dans le ciel déjà bleu et perdait
au fil de sa migration des fibres ouatées qui s'arrangeaient en archipels laiteux et fugaces .
L'un d'eux que je suivais des yeux et dont les îles dérivaient aggloméra leur limpidité en
un continent où je reconnus une sorte de papouasie . J'eus sur le champ le furieux désir
d'amarrer à mon propre tunnel de photons , celui de Roi des belges , cet autre où je serais
des papous le Souverain bien-aimé . Mais ma carte de visite ne portait pas ce titre et je ne
trouverais pas dans tout Rome une imprimerie ouverte à l'aube et assez réactive pour
composer en lettres d'or séance tenante que j'étais aussi Roi des papous . D'autant que si
le Pape m'accordait cette audience , c'est aussi que nous sommes compatriotes et sans
doute n'avait-il que faire des jungles embrouillées de Papouasie bien qu'il y eut là-bas
plus de catholiques que de casoars et que les sous-sols y continssent plus d'or que de
cuivre au Katanga . A 5h45 , je me présentai aux hallebardiers ; leur détecteur de métaux
détecta du métal . J'indiquai de l'index la couronne que j'avais sur le front . "C'est de l'or"
dis-je … "de l'or à 24 carats" et je m'impatientai : 'Messieurs , Notre Saint Père le Pape
Jacques Brel Ier (c'est le premier pape belge) m'attend !"
du jour car Elle avait d'autres hallebardes à astiquer . Je me trouvai donc seul devant la
basilique Saint-Pierre à 6h du matin , coiffé de ma couronne . Un train de nuages en
charpie traversait l'esplanade à vitesse pontificale , haut dans le ciel déjà bleu et perdait
au fil de sa migration des fibres ouatées qui s'arrangeaient en archipels laiteux et fugaces .
L'un d'eux que je suivais des yeux et dont les îles dérivaient aggloméra leur limpidité en
un continent où je reconnus une sorte de papouasie . J'eus sur le champ le furieux désir
d'amarrer à mon propre tunnel de photons , celui de Roi des belges , cet autre où je serais
des papous le Souverain bien-aimé . Mais ma carte de visite ne portait pas ce titre et je ne
trouverais pas dans tout Rome une imprimerie ouverte à l'aube et assez réactive pour
composer en lettres d'or séance tenante que j'étais aussi Roi des papous . D'autant que si
le Pape m'accordait cette audience , c'est aussi que nous sommes compatriotes et sans
doute n'avait-il que faire des jungles embrouillées de Papouasie bien qu'il y eut là-bas
plus de catholiques que de casoars et que les sous-sols y continssent plus d'or que de
cuivre au Katanga . A 5h45 , je me présentai aux hallebardiers ; leur détecteur de métaux
détecta du métal . J'indiquai de l'index la couronne que j'avais sur le front . "C'est de l'or"
dis-je … "de l'or à 24 carats" et je m'impatientai : 'Messieurs , Notre Saint Père le Pape
Jacques Brel Ier (c'est le premier pape belge) m'attend !"
mercredi 19 octobre 2016
TROIS MOUCHES 71 . RAY
A la Nouvelle-Orléans , un pianiste aveugle embaucha Berthe comme choriste
pour une tournée qui devait durer des mois . Tous les jours , l'orchestre se produisait
en plein soleil . A l'entracte , je partageais un hamburger avec ma chanteuse . Trois
mouches vermeilles et merveilleuses en profitaient pour bourdonner contre nos
chapeaux de paille .
Je profitai du soleil d'Orléans pour tourner autour des trois chanteuses d'un orchestre .
Tous les jours , je faisais le plein de hamburgers car les choristes avaient embauché la
nouvelle pianiste de Berthe . Pendant les trois mois de ce merveilleux entracte , j'étais
aveugle .
L'orchestre d'Orléans embaucha un nouveau pianiste et trois choristes aveugles .
Pendant des mois , ces merveilleuses chanteuses produisirent sur nos chapeaux un plein
soleil . Berthe profitait des hamburgers que tous les jours je partageais avec elles .
pour une tournée qui devait durer des mois . Tous les jours , l'orchestre se produisait
en plein soleil . A l'entracte , je partageais un hamburger avec ma chanteuse . Trois
mouches vermeilles et merveilleuses en profitaient pour bourdonner contre nos
chapeaux de paille .
Je profitai du soleil d'Orléans pour tourner autour des trois chanteuses d'un orchestre .
Tous les jours , je faisais le plein de hamburgers car les choristes avaient embauché la
nouvelle pianiste de Berthe . Pendant les trois mois de ce merveilleux entracte , j'étais
aveugle .
L'orchestre d'Orléans embaucha un nouveau pianiste et trois choristes aveugles .
Pendant des mois , ces merveilleuses chanteuses produisirent sur nos chapeaux un plein
soleil . Berthe profitait des hamburgers que tous les jours je partageais avec elles .
mardi 18 octobre 2016
KRANT 70 . PÉNINSULES DÉMARRÉES
Jim est le vin clair de la lie européenne qu'on trouve au fond de ces ports d'orient ,
forcée de travailler pour vivre et vivant de combines . Où l'art consiste à gagner ce qu'il
faut - rarement plus - pour parfaire l'enflure du foie et apaiser les brûlures du sexe . Pour
le reste , il y a longtemps - depuis combien de temps ? - qu'on a jeté par-dessus les grosses
pierres du quai le linge propre et la mousse à raser . Le terrier , c'est ces chambres à l'étage
des gargotes et la moisissure des murs , les dix heures de pucier à cuver , les femmes
malodorantes et on se retrouve en bas à raconter les prouesses qu'on a accomplies en rêve
pour combler en rêveur obstiné l'écart entre l'homme qu'on aurait pu être et celui qu'on est .
Au pied du mur , on cherche un naïf à escroquer - mais c'est ici un personnage
introuvable - et on tombe pour finir entre les pattes d'un exploiteur chinois pour un job à
quatre sous .
Jim ne boit pas . Son travail est régulier ; son employeur , officiel . Sa chambre est
nette , le parquet ciré , le lit fait au carré dans la grande tradition , la cuvette et le broc
d'eau brillent . Une table , une chaise , un miroir , un couteau à raser , un blaireau et un
livre de comptes , c'est tout .
D'autres blancs vivent ici . Mais en haut , à l'écart du port et du gagne-pain , dans des
villas aux jardins parfumés où le large porte ses fraîcheurs par les fenêtres ouvertes .
forcée de travailler pour vivre et vivant de combines . Où l'art consiste à gagner ce qu'il
faut - rarement plus - pour parfaire l'enflure du foie et apaiser les brûlures du sexe . Pour
le reste , il y a longtemps - depuis combien de temps ? - qu'on a jeté par-dessus les grosses
pierres du quai le linge propre et la mousse à raser . Le terrier , c'est ces chambres à l'étage
des gargotes et la moisissure des murs , les dix heures de pucier à cuver , les femmes
malodorantes et on se retrouve en bas à raconter les prouesses qu'on a accomplies en rêve
pour combler en rêveur obstiné l'écart entre l'homme qu'on aurait pu être et celui qu'on est .
Au pied du mur , on cherche un naïf à escroquer - mais c'est ici un personnage
introuvable - et on tombe pour finir entre les pattes d'un exploiteur chinois pour un job à
quatre sous .
Jim ne boit pas . Son travail est régulier ; son employeur , officiel . Sa chambre est
nette , le parquet ciré , le lit fait au carré dans la grande tradition , la cuvette et le broc
d'eau brillent . Une table , une chaise , un miroir , un couteau à raser , un blaireau et un
livre de comptes , c'est tout .
D'autres blancs vivent ici . Mais en haut , à l'écart du port et du gagne-pain , dans des
villas aux jardins parfumés où le large porte ses fraîcheurs par les fenêtres ouvertes .
lundi 17 octobre 2016
DESMOND 59 . DANS LES CORDES
- "Vous faites du sport , Desmond ?" . Le Président m'interpelle dans le couloir ,
près de la Roosevelt Room .
- Moi , retour de l'incinérateur : "Monsieur le Président … oui …"
- Lui : "Oui … je me souviens … vous me l'avez dit … je vous l'ai déjà demandé …
euh … du water-polo , c'est bien ça ?"
- Moi : "Non , Monsieur le Président … non … du ping-pong"
- Lui : "Bah , c'est à peu près la même chose ! … avec une balle , quoi , mais au sec"
- Moi : "……………….."
- Lui : "Moi , je ne fais pas de sport"
- Moi : "……………….."
- Lui : "… mais je devrais"
- Moi : "……………….."
- Lui : "Ça vous dirait d'être mon partenaire ?"
- Moi : "Monsieur le Président … ce serait avec plaisir … vraiment honoré , mais …"
- Lui : "C'est Alexander … un faucon comme vous savez … il me conseille la boxe …
la boxe anglaise , évidemment … c'est un noble art , dit-il … vous seriez mon partenaire"
- Moi : "Euh … Monsieur le Président … je n'ai aucune …"
- Lui : "Ta-ta-ta , Desmond ! … la modestie vous perdra … moi , je ne suis pas modeste
et voyez où j'en suis ! … il paraît que je suis l'homme le plus puissant de la terre !"
- Moi : "…………………"
- Lui : "Alexander a fait suspendre deux sacs de sable dans la Vermeil Room … vous
verrez , c'est une pièce délicieuse . Ses fenêtres donnent sur la Pelouse Sud … Alexander
apporte les gants et les bandages . Il a commandé un ring démontable et des protège-
dents … je lui ai demandé de ne pas oublier mon scotch et vos Coca-light"
- Moi : "…………………."
- Lui : "Et devinez qui sera notre entraîneur … c'est … c'est ?"
- Moi : "………?…………"
- Lui : "Cassius himself !"
près de la Roosevelt Room .
- Moi , retour de l'incinérateur : "Monsieur le Président … oui …"
- Lui : "Oui … je me souviens … vous me l'avez dit … je vous l'ai déjà demandé …
euh … du water-polo , c'est bien ça ?"
- Moi : "Non , Monsieur le Président … non … du ping-pong"
- Lui : "Bah , c'est à peu près la même chose ! … avec une balle , quoi , mais au sec"
- Moi : "……………….."
- Lui : "Moi , je ne fais pas de sport"
- Moi : "……………….."
- Lui : "… mais je devrais"
- Moi : "……………….."
- Lui : "Ça vous dirait d'être mon partenaire ?"
- Moi : "Monsieur le Président … ce serait avec plaisir … vraiment honoré , mais …"
- Lui : "C'est Alexander … un faucon comme vous savez … il me conseille la boxe …
la boxe anglaise , évidemment … c'est un noble art , dit-il … vous seriez mon partenaire"
- Moi : "Euh … Monsieur le Président … je n'ai aucune …"
- Lui : "Ta-ta-ta , Desmond ! … la modestie vous perdra … moi , je ne suis pas modeste
et voyez où j'en suis ! … il paraît que je suis l'homme le plus puissant de la terre !"
- Moi : "…………………"
- Lui : "Alexander a fait suspendre deux sacs de sable dans la Vermeil Room … vous
verrez , c'est une pièce délicieuse . Ses fenêtres donnent sur la Pelouse Sud … Alexander
apporte les gants et les bandages . Il a commandé un ring démontable et des protège-
dents … je lui ai demandé de ne pas oublier mon scotch et vos Coca-light"
- Moi : "…………………."
- Lui : "Et devinez qui sera notre entraîneur … c'est … c'est ?"
- Moi : "………?…………"
- Lui : "Cassius himself !"
PARADIS 64 . LE MÉNAGE
- Ève : "C'est quoi "Faire le ménage" ?"
- Dieu : "…………?…………"
- Ève : "Tu sais pas ?
- Dieu : "Non … comment dis-tu ?"
- Ève . Elle répète : "Faire le ménage"
- Dieu : "D'où sors-tu cette expression ?"
- Ève : "C'est Adam"
- Dieu : "Adam ?"
- Ève : "Oui … il m'a dit de faire le ménage"
- Dieu : "Tu ne lui a pas demandé ce que ça veut dire ,"
- Ève . Elle hausse les épaules : "Non"
- Dieu : "Je suis désolé , Ève … je ne sais pas …"
Note : Dieu en effet n'a pas idée de ce que "Faire le ménage" veut dire . Si nos
physiciens s'accordent sur la relative cohérence de l'univers régi par ses lois immuables ,
ils usent leurs microscopes à balayage , leurs miroirs à retournement temporel et leurs
carrières à chercher celles qui gouverneraient la multiplicité terrestre et son apparente
pagaille : débauche des couleurs , délire des senteurs , surabondance des formes et des
espèces , fioritures infinies , variation démesurée des spectres , orgie de beautés .
- Dieu : "…………?…………"
- Ève : "Tu sais pas ?
- Dieu : "Non … comment dis-tu ?"
- Ève . Elle répète : "Faire le ménage"
- Dieu : "D'où sors-tu cette expression ?"
- Ève : "C'est Adam"
- Dieu : "Adam ?"
- Ève : "Oui … il m'a dit de faire le ménage"
- Dieu : "Tu ne lui a pas demandé ce que ça veut dire ,"
- Ève . Elle hausse les épaules : "Non"
- Dieu : "Je suis désolé , Ève … je ne sais pas …"
Note : Dieu en effet n'a pas idée de ce que "Faire le ménage" veut dire . Si nos
physiciens s'accordent sur la relative cohérence de l'univers régi par ses lois immuables ,
ils usent leurs microscopes à balayage , leurs miroirs à retournement temporel et leurs
carrières à chercher celles qui gouverneraient la multiplicité terrestre et son apparente
pagaille : débauche des couleurs , délire des senteurs , surabondance des formes et des
espèces , fioritures infinies , variation démesurée des spectres , orgie de beautés .
dimanche 16 octobre 2016
L'ABBÉ TONIÈRES 12 . HOMÉLIE EN L'ÉGLISE SAINT POGNON DE COURCHEVEL
11h30 : L'abbé paraît en chaire entre la multitude des anges sculptés dans le chêne .
Le silence est d'or : cliquètent les diamants aux oreilles des dames et , aux poignets des
messieurs , gravite en secret le balancier à inertie variable des montres Rolex . L'église
est pleine comme le téléphérique de la Saulire à l'heure de pointe . Les exploiteurs du
peuple ont empilé les skis sous le porche et de chaque côté du portail . Les automobiles
dernier cri sont garées sur le parvis . Elles sont sous la protection de Saint-Pognon ,
Grand Argentier des Papes qui , du tympan , jette sur leurs chromes un oeil de granite .
12h : Prône , où il est question en préambule d'actions de grâce et d'actions tout court .
L'abbé , compte tenu des turbulences boursières , conseille à ses ouailles d'investir dans
M6 et Casino . "Casino" , explique-t-il "est présent sur les marchés émergents et sa poli-
tique de dégraissage des effectifs commence à porter ses fruits" . Pour M6 , c'est plus
subtil mais "les 5% de capital qui étaient détenus par Suez ayant été cédés au Groupe
Compagnie Nationale de Portefeuille , la chaîne devrait bénéficier de retours de cash
importants" . Puis l'abbé glisse sur sa piste noire naturelle , en bosses et en imprécations :
"Négriers … buveurs de sang … gardiens du trône … marchands du Temple … requins …
profiteurs … esclavagistes … dévoreurs d'entrailles …" pour les messieurs et il en a autant
pour les dames : "Pétasses emperlousées … gonzesses ménauposées" … et j'en passe .
12h30 : Pour conclure en freestyle , l'abbé tonitrue la quatrième lamentation (Jérémie) :
"Ceux qui mangeaient des mets délicieux
Expireront dans les rues ;
Ceux qui étaient élevés dans la pourpre
Étreindront le fumier !"
12h45 : Au pied de la chaire est Marie-Madeleine . Elle pleure dans sa tignasse rousse
et son téléphone portable .
- L'abbé : "J'ai été bon ?"
- M-M : "Mon Père … j'ai l'Évêché au fil … il vous prie d'exercer vos talents à Svobodnyj"
- L'abbé : "Svobodnyj ?"
- M-M : "… en Sibérie orientale …"
Le silence est d'or : cliquètent les diamants aux oreilles des dames et , aux poignets des
messieurs , gravite en secret le balancier à inertie variable des montres Rolex . L'église
est pleine comme le téléphérique de la Saulire à l'heure de pointe . Les exploiteurs du
peuple ont empilé les skis sous le porche et de chaque côté du portail . Les automobiles
dernier cri sont garées sur le parvis . Elles sont sous la protection de Saint-Pognon ,
Grand Argentier des Papes qui , du tympan , jette sur leurs chromes un oeil de granite .
12h : Prône , où il est question en préambule d'actions de grâce et d'actions tout court .
L'abbé , compte tenu des turbulences boursières , conseille à ses ouailles d'investir dans
M6 et Casino . "Casino" , explique-t-il "est présent sur les marchés émergents et sa poli-
tique de dégraissage des effectifs commence à porter ses fruits" . Pour M6 , c'est plus
subtil mais "les 5% de capital qui étaient détenus par Suez ayant été cédés au Groupe
Compagnie Nationale de Portefeuille , la chaîne devrait bénéficier de retours de cash
importants" . Puis l'abbé glisse sur sa piste noire naturelle , en bosses et en imprécations :
"Négriers … buveurs de sang … gardiens du trône … marchands du Temple … requins …
profiteurs … esclavagistes … dévoreurs d'entrailles …" pour les messieurs et il en a autant
pour les dames : "Pétasses emperlousées … gonzesses ménauposées" … et j'en passe .
12h30 : Pour conclure en freestyle , l'abbé tonitrue la quatrième lamentation (Jérémie) :
"Ceux qui mangeaient des mets délicieux
Expireront dans les rues ;
Ceux qui étaient élevés dans la pourpre
Étreindront le fumier !"
12h45 : Au pied de la chaire est Marie-Madeleine . Elle pleure dans sa tignasse rousse
et son téléphone portable .
- L'abbé : "J'ai été bon ?"
- M-M : "Mon Père … j'ai l'Évêché au fil … il vous prie d'exercer vos talents à Svobodnyj"
- L'abbé : "Svobodnyj ?"
- M-M : "… en Sibérie orientale …"
vendredi 14 octobre 2016
LE ROI DES BELGES (suite) . L'INVITATION DU PAPE
Mais avant de mettre fin à mes jours et , par voie de conséquence à mon règne ,
je répondis à l'invitation du Pape .
Le 2 mars , à 7h12 , le train d'atterrissage de l'avion mis à ma disposition - un Dassault
Falcon 10 aux couleurs du Vatican , clefs de Saint-Pierre surmontées d'une tiare papale -
toucha le tarmac de l'Aeroporto Di Fiumicino où , déjà , le soleil romain faisait de toute
chose un éclat de lumière . Quand l'hôtesse , ange blond monté sur talons aiguilles , ouvrit
la porte , apparut dans son encadrement une limousine blanche dont le long capot portait
deux fanions aux tiare et clefs . Le chauffeur , un garde suisse en uniforme bleu , tenait la
portière ouverte et de la passerelle au cuir immaculé de la banquette arrière , je fis à peine
deux pas sur le sol de Rome . Je vis luire au fond de la boîte à gants , quand mon chauffeur
y jeta son i-phone , une hallebarde à hampe télescopique et un pistolet Sig-Sauer P226 .
Le taxi papal fila à travers la ville en éveil que je surprenais à travers les vitres blindées et
me déposa au Sweety Home Roma , hôtel de luxe situé à 200m de la Place Saint-Pierre
et dont les chambres sont dotées d'une connexion wi-fi . Malheureusement ma petite chatte
Filoche ne fut pas admise dans l'établissement car , s'excusait le réceptionniste , une épi-
démie de coryza avait investi le centre de la ville . J'eus beau expliquer à ce monsieur que
le coryza n'est pas transmissible à l'homme et brandir le carnet de vaccination , il demeura
inflexible et je dus louer pour Filoche une suite à la Residenza Paolo VI , un ancien mo-
nastère , où elle aurait joui d'une fabuleuse vue panoramique sur le Tibre et le Château
Saint-Ange si elle n'avait opté pour une sieste non-stop sur le tapis-mousse de la salle de
bain . Je donnai 30 € au liftier pour l'achat de croquettes light spéciales chatte fragile et je
retournai au Sweet Home Roma . Là , devant la fenêtre ouverte sur la Via Dei Cavallegeri ,
je branchai mon MacBook Pro tout neuf et ma carte 4G : demain , je rencontrais le Pape et
je devais réviser mon catéchisme sur Internet .
je répondis à l'invitation du Pape .
Le 2 mars , à 7h12 , le train d'atterrissage de l'avion mis à ma disposition - un Dassault
Falcon 10 aux couleurs du Vatican , clefs de Saint-Pierre surmontées d'une tiare papale -
toucha le tarmac de l'Aeroporto Di Fiumicino où , déjà , le soleil romain faisait de toute
chose un éclat de lumière . Quand l'hôtesse , ange blond monté sur talons aiguilles , ouvrit
la porte , apparut dans son encadrement une limousine blanche dont le long capot portait
deux fanions aux tiare et clefs . Le chauffeur , un garde suisse en uniforme bleu , tenait la
portière ouverte et de la passerelle au cuir immaculé de la banquette arrière , je fis à peine
deux pas sur le sol de Rome . Je vis luire au fond de la boîte à gants , quand mon chauffeur
y jeta son i-phone , une hallebarde à hampe télescopique et un pistolet Sig-Sauer P226 .
Le taxi papal fila à travers la ville en éveil que je surprenais à travers les vitres blindées et
me déposa au Sweety Home Roma , hôtel de luxe situé à 200m de la Place Saint-Pierre
et dont les chambres sont dotées d'une connexion wi-fi . Malheureusement ma petite chatte
Filoche ne fut pas admise dans l'établissement car , s'excusait le réceptionniste , une épi-
démie de coryza avait investi le centre de la ville . J'eus beau expliquer à ce monsieur que
le coryza n'est pas transmissible à l'homme et brandir le carnet de vaccination , il demeura
inflexible et je dus louer pour Filoche une suite à la Residenza Paolo VI , un ancien mo-
nastère , où elle aurait joui d'une fabuleuse vue panoramique sur le Tibre et le Château
Saint-Ange si elle n'avait opté pour une sieste non-stop sur le tapis-mousse de la salle de
bain . Je donnai 30 € au liftier pour l'achat de croquettes light spéciales chatte fragile et je
retournai au Sweet Home Roma . Là , devant la fenêtre ouverte sur la Via Dei Cavallegeri ,
je branchai mon MacBook Pro tout neuf et ma carte 4G : demain , je rencontrais le Pape et
je devais réviser mon catéchisme sur Internet .
jeudi 13 octobre 2016
TROIS MOUCHES 70 . HOBART
Il y a dans la chambre de Berthe une peau de lion . "C'est un lion de Tasmanie" ,
me dit-elle quand , par une après-midi torride , je la portais dans le lit . Trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille . J'objectai
qu'il n'y a pas de lions en Tasmanie … seulement des phoques et des cygnes de mer .
C'était en Tasmanie par une après-midi torride . Je dis à Berthe qu'il y avait dans la
mer trois phoques à peau de lion et des cygnes merveilleux . Elle portait un chapeau
dont la paille vermeille bourdonnait dans la chambre . Elle objecta : "Pas seulement …
il y a aussi des lions en Tasmanie … et des mouches !"
Je portai Berthe dans sa chambre . Sa peau était de paille vermeille , merveilleuse
comme un bourdonnement de phoque , torride comme trois mouches au lit au milieu
de l'après-midi . C'était en mer de Tasmanie où sont les cygnes-lions ...
me dit-elle quand , par une après-midi torride , je la portais dans le lit . Trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille . J'objectai
qu'il n'y a pas de lions en Tasmanie … seulement des phoques et des cygnes de mer .
C'était en Tasmanie par une après-midi torride . Je dis à Berthe qu'il y avait dans la
mer trois phoques à peau de lion et des cygnes merveilleux . Elle portait un chapeau
dont la paille vermeille bourdonnait dans la chambre . Elle objecta : "Pas seulement …
il y a aussi des lions en Tasmanie … et des mouches !"
Je portai Berthe dans sa chambre . Sa peau était de paille vermeille , merveilleuse
comme un bourdonnement de phoque , torride comme trois mouches au lit au milieu
de l'après-midi . C'était en mer de Tasmanie où sont les cygnes-lions ...
KRANT 69 . JIM
La première fois que je vis Jim , c'était à Patusan . Son canot , piloté par un malais ,
émergea du pullulement coloré qui , malgré l'heure - il était cinq heures - nous cachait
la forme des quais , leurs pierres et leurs pieux au ras de l'eau . Nous entrions à peine
dans le port quand le canot nous aborda . Jim monta par l'échelle de cordes que nous
avions lancée sur le flanc du Kritik comme si c'eut été un escalier en marbre orné d'un
tapis rouge ; il l'escalada au pas de course , passa par-dessus la lisse et sauta sur le pont .
L'homme était grand ; il mesurait "six pieds à un pouce près" est-il écrit . Il était jeune ,
carré d'épaules et pratiquement vêtu comme un officier de marine : casquette et pantalons
blancs , veste bleue . Il souriait . Il salua Krant resté sur la passerelle d'un geste militaire
et Krant lui rendit son salut . Puis il joignit les mains et s'inclina devant Monsieur Lee
qui fit de même . Je devais assister à des retrouvailles car , si Monsieur Lee était sur le
pont à ce moment de la manoeuvre , c'est qu'il attendait quelqu'un . Monsieur Lee ,
buste penché vers l'avant , souriant immuablement , bras droit replié sur la poitrine ,
indiqua du gauche le chemin à suivre . Moi , je m'essuyais les mains sur un chiffon en
regardant s'éloigner par la large coursive du pont ce couple singulier : Monsieur Lee
en tablier de cuistot et le grand Jim qui le dépassait au moins de trois têtes .
Jim était ce commis maritime que nous allions rencontrer en d'autres lieux , plus tard
et plus à l'est .
émergea du pullulement coloré qui , malgré l'heure - il était cinq heures - nous cachait
la forme des quais , leurs pierres et leurs pieux au ras de l'eau . Nous entrions à peine
dans le port quand le canot nous aborda . Jim monta par l'échelle de cordes que nous
avions lancée sur le flanc du Kritik comme si c'eut été un escalier en marbre orné d'un
tapis rouge ; il l'escalada au pas de course , passa par-dessus la lisse et sauta sur le pont .
L'homme était grand ; il mesurait "six pieds à un pouce près" est-il écrit . Il était jeune ,
carré d'épaules et pratiquement vêtu comme un officier de marine : casquette et pantalons
blancs , veste bleue . Il souriait . Il salua Krant resté sur la passerelle d'un geste militaire
et Krant lui rendit son salut . Puis il joignit les mains et s'inclina devant Monsieur Lee
qui fit de même . Je devais assister à des retrouvailles car , si Monsieur Lee était sur le
pont à ce moment de la manoeuvre , c'est qu'il attendait quelqu'un . Monsieur Lee ,
buste penché vers l'avant , souriant immuablement , bras droit replié sur la poitrine ,
indiqua du gauche le chemin à suivre . Moi , je m'essuyais les mains sur un chiffon en
regardant s'éloigner par la large coursive du pont ce couple singulier : Monsieur Lee
en tablier de cuistot et le grand Jim qui le dépassait au moins de trois têtes .
Jim était ce commis maritime que nous allions rencontrer en d'autres lieux , plus tard
et plus à l'est .
mardi 11 octobre 2016
COTE 137 . 67 . LES CHIFFRES
- "Mon capitaine" . C'est Martial .
- Le capitaine : "Martial ?"
- Martial : "Puis-je vous poser une question , mon capitaine ?"
- Le capitaine : "J'écoute"
- Martial : "C'est une question d'arithmétique"
- Le capitaine : "Je ne suis pas mauvais dans cette branche"
- Martial : "…. d'arithmétique et de stratégie … ou … comment dit-on quand on a fait
des grandes études ? … comment dit-on à l'État Major ? … la science de la guerre …
un mot pas courant …"
- Le capitaine : "La polémologie ?"
- Martial : "Oui ! … c'est ça ! … la … comment dites-vous ?"
- Le capitaine : "La polémologie"
- Martial : "Donc , ma question est d'arithmétique et de pomélo … polémologie"
- Le capitaine : "Et quelle est cette question ?"
- Martial : "Elle est d'arithmétique , de pomé … polémologie … mais aussi d'une autre
science : celle de l'avenir"
- Le capitaine : "Vous parlez de prospective ?"
- Martial : "Puisque vous le dites , mon capitaine , ça doit être ça … ma question
atithmétique , polémolé… polémologique et prospective est celle-ci : sachant que
20.000 poilus et autant de fridolins se sont étripés pour le carré de boue qui sépare nos
tranchées , qu'est-ce qu'on fera quand on aura pris la cote 137 ?"
- Le capitaine : "……?……….."
- Martial : "Notez bien , mon capitaine , que je pose cette question par pur amusement …
pour tuer le temps"
- Le capitaine : "Martial ?"
- Martial : "Puis-je vous poser une question , mon capitaine ?"
- Le capitaine : "J'écoute"
- Martial : "C'est une question d'arithmétique"
- Le capitaine : "Je ne suis pas mauvais dans cette branche"
- Martial : "…. d'arithmétique et de stratégie … ou … comment dit-on quand on a fait
des grandes études ? … comment dit-on à l'État Major ? … la science de la guerre …
un mot pas courant …"
- Le capitaine : "La polémologie ?"
- Martial : "Oui ! … c'est ça ! … la … comment dites-vous ?"
- Le capitaine : "La polémologie"
- Martial : "Donc , ma question est d'arithmétique et de pomélo … polémologie"
- Le capitaine : "Et quelle est cette question ?"
- Martial : "Elle est d'arithmétique , de pomé … polémologie … mais aussi d'une autre
science : celle de l'avenir"
- Le capitaine : "Vous parlez de prospective ?"
- Martial : "Puisque vous le dites , mon capitaine , ça doit être ça … ma question
atithmétique , polémolé… polémologique et prospective est celle-ci : sachant que
20.000 poilus et autant de fridolins se sont étripés pour le carré de boue qui sépare nos
tranchées , qu'est-ce qu'on fera quand on aura pris la cote 137 ?"
- Le capitaine : "……?……….."
- Martial : "Notez bien , mon capitaine , que je pose cette question par pur amusement …
pour tuer le temps"
L'ABBÉ TONIÈRES 11 . AU BAR DE SÉNÉ
Bretagne . Morbihan . Août . L'abbé Tonières , Marie-Madeleine et Jeanne-Marie
encadrent une vingtaine de Guides de France . Les tentes sont plantées à K. ; aujour-
d'hui , la troupe se rend à pied au départ d'un jeu de piste . L'abbé ouvre la marche .
Il porte soutane , bâton noueux et chaussures Trappeur . C'est dimanche . Il est 10h .
Il fait chaud (30°) . La terrasse du "Séné Marin" déborde de clients : les hommes du
village qui n'assistent pas à la Grand-messe , soit la totalité de la population mâle à
l'exclusion de deux incurables catholiques pratiquants ; aussi le patron a-t-il disposé
tables et chaises sur le trottoir d'en-face . Surgit à ce moment la troupe .
- L'abbé : "Stop !" , et la troupe s'immobilise comme un seul homme , en l'occurrence
comme une seule Guide de France . "Mes chères petites , posez vos derrières sur ces
chaises . Nous avons soif !" . Dans un remuement de ferraille , la troupe asseoit là ses
derrières . L'abbé entre à l'intérieur du bar , lui aussi bondé , et commande 22 limonades
avec glaçons et un double scotch sans . Il reparaît sous l'écrasant soleil avec 10 grilles
d'Euromillions à 50 numéros qu'il distribue aux filles .
- L'abbé (il a expliqué le principe) : "Mais avant de gratter , prions …" . La troupe se lève .
L'abbé joint les mains : "Nous te prions Seigneur d'amasser sur nous la Fortune . Nous
attirons Ton Attention sur le montant de la cagnotte : 130 millions d'euros … et maintenant ,
grattons !" . La troupe s'asseoit et gratte ………………………………………………..
- Marie-Madeleine ramasse les cartes grattées et les tend à l'abbé qui sirote son Eddu
Diamant 44° . L'abbé : "Résultat des courses ?" . Marie-Madeleine , plaintive : "Zéro ,
mon Père … nous … nous n'avons pas été exaucés …"
- L'abbé , bouche bée , puis … : "Donnez-moi ça !" . Il se lève et se rue dans le bar ,
bouscule des épaules la foule des paludiers , palourdiers , marins-pêcheurs , paysans …
jusqu'au zinc . "Aubergiste !!" . Il déchiquète les cartes et jette les confettis à la tête du
patron : "Escroc ! … Exode 22 : Tu ne maltraiteras aucune veuve ni aucun orphelin ! …
et ça vaut pour les Guides de France ! … re-Exode : Que les sauterelles recouvrent ton
bar !" . Fonçant sur la terrasse pour récupérer son gourdin , à nouveau bondissant dans
le bar où la foule s'ouvre comme jadis la Mer Rouge , il balance son arme sous le nez du
patron qui se protège de l'avant-bras (il se souvient que le Père Le Floch lui a mis une
baffe en 1953 pour avoir actionné la sonnette de l'Élévation à contre-temps)
- L'abbé : "Mais peut-être , misérable , seras-tu pardonné car ton whisky est de première
bourre !"
encadrent une vingtaine de Guides de France . Les tentes sont plantées à K. ; aujour-
d'hui , la troupe se rend à pied au départ d'un jeu de piste . L'abbé ouvre la marche .
Il porte soutane , bâton noueux et chaussures Trappeur . C'est dimanche . Il est 10h .
Il fait chaud (30°) . La terrasse du "Séné Marin" déborde de clients : les hommes du
village qui n'assistent pas à la Grand-messe , soit la totalité de la population mâle à
l'exclusion de deux incurables catholiques pratiquants ; aussi le patron a-t-il disposé
tables et chaises sur le trottoir d'en-face . Surgit à ce moment la troupe .
- L'abbé : "Stop !" , et la troupe s'immobilise comme un seul homme , en l'occurrence
comme une seule Guide de France . "Mes chères petites , posez vos derrières sur ces
chaises . Nous avons soif !" . Dans un remuement de ferraille , la troupe asseoit là ses
derrières . L'abbé entre à l'intérieur du bar , lui aussi bondé , et commande 22 limonades
avec glaçons et un double scotch sans . Il reparaît sous l'écrasant soleil avec 10 grilles
d'Euromillions à 50 numéros qu'il distribue aux filles .
- L'abbé (il a expliqué le principe) : "Mais avant de gratter , prions …" . La troupe se lève .
L'abbé joint les mains : "Nous te prions Seigneur d'amasser sur nous la Fortune . Nous
attirons Ton Attention sur le montant de la cagnotte : 130 millions d'euros … et maintenant ,
grattons !" . La troupe s'asseoit et gratte ………………………………………………..
- Marie-Madeleine ramasse les cartes grattées et les tend à l'abbé qui sirote son Eddu
Diamant 44° . L'abbé : "Résultat des courses ?" . Marie-Madeleine , plaintive : "Zéro ,
mon Père … nous … nous n'avons pas été exaucés …"
- L'abbé , bouche bée , puis … : "Donnez-moi ça !" . Il se lève et se rue dans le bar ,
bouscule des épaules la foule des paludiers , palourdiers , marins-pêcheurs , paysans …
jusqu'au zinc . "Aubergiste !!" . Il déchiquète les cartes et jette les confettis à la tête du
patron : "Escroc ! … Exode 22 : Tu ne maltraiteras aucune veuve ni aucun orphelin ! …
et ça vaut pour les Guides de France ! … re-Exode : Que les sauterelles recouvrent ton
bar !" . Fonçant sur la terrasse pour récupérer son gourdin , à nouveau bondissant dans
le bar où la foule s'ouvre comme jadis la Mer Rouge , il balance son arme sous le nez du
patron qui se protège de l'avant-bras (il se souvient que le Père Le Floch lui a mis une
baffe en 1953 pour avoir actionné la sonnette de l'Élévation à contre-temps)
- L'abbé : "Mais peut-être , misérable , seras-tu pardonné car ton whisky est de première
bourre !"
dimanche 9 octobre 2016
PARADIS 63 . LE CAS JOSEPH
- Ève passe la tête par la porte de l'atelier . Elle brandit une enveloppe :
"Tu connais un Joseph ?"
- Dieu est assis à son établi . Il se tourne vers Ève : "Des Joseph ? … j'en connais
plein : Joseph d'Arimathie , Joseph , le fils de Jacob … Joseph Staline , Joseph
Goebbels , Joseph Bonaparte ..;"
- Ève : "C'est pas ceux-là … un Joseph de Nazareth"
- Dieu : "Ah , Joseph de Nazareth !"
- Ève : "Y a un joli timbre … avec le tampon de Bethléem ..;"
- Dieu : "Et qu'est-ce qu'il me veut ce bon Joseph ?"
- Ève : "Tu le garderas le timbre ?"
- Dieu : "Je te les gardes toujours … qu'est-ce qu'il me veut ?"
- Ève : "Il a eu un bébé avec sa copine : Marie … c'est un faire-part"
- Dieu . Son oeil se mouille : "Ben dis-donc … pas trop tôt ! … donne-moi ça …"
- Ève : "Y a une photo … il est mimine le bébé … c'est un garçon"
- Dieu . Il saisit le faire-part : "Jésus ! … ils l'ont appelé Jésus ! … " . Serrant le
faire-part sur sa poitrine : "Mon fils !"
- Ève : "Ben non , c'est pas ton fils ! … c'est le bébé de Joseph et Marie"
- Dieu : "Oui , Ève … enfin … c'est compliqué … Jésus , c'est aussi mon fils …"
- Ève : "C'est pas ton fils … tu nous a expliqué à Adam et à moi , au cours de …
comment déjà ?"
- Dieu : "Oui … au cours d'éducation sexuelle … oui , mais Jésus c'est un cas à part"
- Ève : "J'y comprends plus rien …"
"Tu connais un Joseph ?"
- Dieu est assis à son établi . Il se tourne vers Ève : "Des Joseph ? … j'en connais
plein : Joseph d'Arimathie , Joseph , le fils de Jacob … Joseph Staline , Joseph
Goebbels , Joseph Bonaparte ..;"
- Ève : "C'est pas ceux-là … un Joseph de Nazareth"
- Dieu : "Ah , Joseph de Nazareth !"
- Ève : "Y a un joli timbre … avec le tampon de Bethléem ..;"
- Dieu : "Et qu'est-ce qu'il me veut ce bon Joseph ?"
- Ève : "Tu le garderas le timbre ?"
- Dieu : "Je te les gardes toujours … qu'est-ce qu'il me veut ?"
- Ève : "Il a eu un bébé avec sa copine : Marie … c'est un faire-part"
- Dieu . Son oeil se mouille : "Ben dis-donc … pas trop tôt ! … donne-moi ça …"
- Ève : "Y a une photo … il est mimine le bébé … c'est un garçon"
- Dieu . Il saisit le faire-part : "Jésus ! … ils l'ont appelé Jésus ! … " . Serrant le
faire-part sur sa poitrine : "Mon fils !"
- Ève : "Ben non , c'est pas ton fils ! … c'est le bébé de Joseph et Marie"
- Dieu : "Oui , Ève … enfin … c'est compliqué … Jésus , c'est aussi mon fils …"
- Ève : "C'est pas ton fils … tu nous a expliqué à Adam et à moi , au cours de …
comment déjà ?"
- Dieu : "Oui … au cours d'éducation sexuelle … oui , mais Jésus c'est un cas à part"
- Ève : "J'y comprends plus rien …"
samedi 8 octobre 2016
DESMOND 58 . EAUX TROUBLES
- Maryline au telephone : "Desmond ! … mon sucre d'orge ! … montez ! …
Green Room" . Elle raccroche avant que j'aie le temps d'en placer une , comme on
dit en français . Pour mes lecteurs qui ne fréquentent pas quotidiennement la Maison
Blanche , la Green Room est un salon utilisé pour les petites réceptions . Il est
décoré dans les tons vert . C'est Pat qui s'est occupée de la déco .
La Green Room est au premier étage . Je monte , je frappe , je pousse la porte .
Dans un canapé il y a une veste d'homme et , disséminées sur le tapis turc Kilim ,
des chaussures et des chaussettes qui , sans doute , appartiennent à la même personne .
- Voix de Maryline , caressante : "Entrez , chérubin !"
Elle est là , perchée sur une sensationnelle paire de talons-aiguille et comme fondue
d'une pièce dans une robe rouge hyper-moulante : "On allonge … on réunit … on
allonge … on réunit …" . C'est au détenteur de la veste qu'elle donne le rythme : "On
allonge … on réunit …" , un homme à plat ventre sur un pouf ; il est en bras de chemise
et le bout de sa cravate frôle le tapis . Il mime les mouvements qui sont approximativement
ceux de la brasse . C'est - stupéfaction ! - le Président .
- Le Président . Il s'arrête de brasser l'air , pose les genoux et les mains sur le tapis . Il est
essoufflé . Le visage est congestionné ; "Et bien quoi , Desmond ! … j'apprends à nager ,
vous en faites une tête !"
- Maryline : "Allons , Mister president … reprenons … montrez à Desmond … on allonge ,
on réunit …"
- Le Président . Il reprend les mouvements : "Maryline est un sacré maître-nageur … je
vous la recommande …"
- Moi : "Mais … Monsieur le Président … il y a une piscine à la Maison Blanche"
- Le Président : "J'ai horreur de l'eau"
- Maryline :"Joignez , joignez ! … vous ne joignez pas , Monsieur le Président"
- Le Président : "La seule eau que je supporte , c'est la politique"
- Maryline : "Une , deux … une , deux … allongez … bien , bien …"
- Rictus du Président : "Et croyez-moi , Desmond , dans cette eau-là je sais nager !"
Green Room" . Elle raccroche avant que j'aie le temps d'en placer une , comme on
dit en français . Pour mes lecteurs qui ne fréquentent pas quotidiennement la Maison
Blanche , la Green Room est un salon utilisé pour les petites réceptions . Il est
décoré dans les tons vert . C'est Pat qui s'est occupée de la déco .
La Green Room est au premier étage . Je monte , je frappe , je pousse la porte .
Dans un canapé il y a une veste d'homme et , disséminées sur le tapis turc Kilim ,
des chaussures et des chaussettes qui , sans doute , appartiennent à la même personne .
- Voix de Maryline , caressante : "Entrez , chérubin !"
Elle est là , perchée sur une sensationnelle paire de talons-aiguille et comme fondue
d'une pièce dans une robe rouge hyper-moulante : "On allonge … on réunit … on
allonge … on réunit …" . C'est au détenteur de la veste qu'elle donne le rythme : "On
allonge … on réunit …" , un homme à plat ventre sur un pouf ; il est en bras de chemise
et le bout de sa cravate frôle le tapis . Il mime les mouvements qui sont approximativement
ceux de la brasse . C'est - stupéfaction ! - le Président .
- Le Président . Il s'arrête de brasser l'air , pose les genoux et les mains sur le tapis . Il est
essoufflé . Le visage est congestionné ; "Et bien quoi , Desmond ! … j'apprends à nager ,
vous en faites une tête !"
- Maryline : "Allons , Mister president … reprenons … montrez à Desmond … on allonge ,
on réunit …"
- Le Président . Il reprend les mouvements : "Maryline est un sacré maître-nageur … je
vous la recommande …"
- Moi : "Mais … Monsieur le Président … il y a une piscine à la Maison Blanche"
- Le Président : "J'ai horreur de l'eau"
- Maryline :"Joignez , joignez ! … vous ne joignez pas , Monsieur le Président"
- Le Président : "La seule eau que je supporte , c'est la politique"
- Maryline : "Une , deux … une , deux … allongez … bien , bien …"
- Rictus du Président : "Et croyez-moi , Desmond , dans cette eau-là je sais nager !"
jeudi 6 octobre 2016
LE ROI DES BELGES (suite) . ERIC Ier DE LA JONQUILLE
Le premier acte du nouveau roi fut de souffler la poussière qui couvrait le cuir
ouvragé de mon bureau ; le second d'ordonner que fussent légués au Musée de la
Préhistoire et exposés dans une vitrine contiguë à la collection d'outils en os des
chasseurs-cueilleurs de Néandertal mon encrier et ma plume d'oie . Ce seront ,
dit-il , les témoignages d'une période balbutiante et révolue , place aux jeunes ! .
Libéré de cet héritage , le Roi Eric installa son Operating System (OS) et entreprit
de convertir en dossiers informatiques le fatras de papiers , classeurs , post-it ,
notes manuscrites et dactylographiées que je lui laissais . Quand il écrasa le fichier
Katanga et l'envoya dans la corbeille , je me retournai dans ma tombe . C'en était
fini de ce projet magnifique : un simple clic et des savanes sans fin s'évaporaient
avec un bruit virtuel de papier froissé ; les girafes , les éléphants , les phacochères
se dissolvaient dans les couches ferromagnétiques d'un disque dur et c'est en pure
perte que les habitants de Sint-Martins-Voeren avaient acquis des rudiments de
Tchokwé . La Reine Christine n'était pas en reste : dans son cyber-boudoir , elle
entrait sur Facebook les 11.283.751 amis soit , à l'unité près , l'ensemble de ses
sujets ...
ouvragé de mon bureau ; le second d'ordonner que fussent légués au Musée de la
Préhistoire et exposés dans une vitrine contiguë à la collection d'outils en os des
chasseurs-cueilleurs de Néandertal mon encrier et ma plume d'oie . Ce seront ,
dit-il , les témoignages d'une période balbutiante et révolue , place aux jeunes ! .
Libéré de cet héritage , le Roi Eric installa son Operating System (OS) et entreprit
de convertir en dossiers informatiques le fatras de papiers , classeurs , post-it ,
notes manuscrites et dactylographiées que je lui laissais . Quand il écrasa le fichier
Katanga et l'envoya dans la corbeille , je me retournai dans ma tombe . C'en était
fini de ce projet magnifique : un simple clic et des savanes sans fin s'évaporaient
avec un bruit virtuel de papier froissé ; les girafes , les éléphants , les phacochères
se dissolvaient dans les couches ferromagnétiques d'un disque dur et c'est en pure
perte que les habitants de Sint-Martins-Voeren avaient acquis des rudiments de
Tchokwé . La Reine Christine n'était pas en reste : dans son cyber-boudoir , elle
entrait sur Facebook les 11.283.751 amis soit , à l'unité près , l'ensemble de ses
sujets ...
L'ABBÉ TONIÈRES 10 . DANS LA MONTÉE DE COURCHEVEL
Dans la montée de Courchevel , l'abbé met le paquet . Marie-Madeleine : "Vous roulez
trop vite mon Père" . L'abbé . Lunettes de soleil et gants de course : "4,9s de 0 à 100km/h !
z'avez votre permis Marie-Madeleine ?" . M-M : "… Non … j'ai raté 5 fois …" . L'abbé :
"Je vais vous apprendre" … il part en survirage dans la première épingle et remet illico le
bolide en ligne : "Voyez … pas compliqué … talon-pointe …" . M-M . Elle suffoque … :
"Talon-quoi ? …" . Elle crie . C'est qu'on ne s'entend pas dans l'étroit habitacle . Le six cy-
lindres est une fanfare à lui tout seul … et le sifflement du vent … . 4e … 5e … 8000 au
compte-tours . L'abbé , accélérateur au taquet : "3600 cm3 … transmission intégrale ! …"
Hurlant : "Z'avez quel âge , Marie-Madeleine ?" . M-M . Elle claque des dents … l'air glacé
des Hautes-Alpes se rue dans ses bronches à 157 km/h : "33 ans , mon Père …" . L'abbé ,
en glissade dans la deuxième épingle : "33 ans ! … l'âge du Christ quand ces crétins l'ont
crucifié … couple maxi 370 newton-mètres à 4250 t/mn ! … 33 ans ! …" . Court raidillon
avant l'épingle n°3 . L'abbé . Il explique : "Les mains à 9h15 , Marie-Madeleine … le coude
légèrement plié … à l'abord du virage , on déclenche l'action du volant avec les deux mains"
L'abbé part en glissade , il frôle le parapet en sortie . Marie-Madeleine braille . L'abbé :
"Comme ça ! … vu ?" . Plein pot . 400 mètres de ligne droite . A fond de 6e , l'abbé : "350cv
sous le capot … 6 cylindres à plat … 24 soupapes … double arbre à cames en tête … un
miracle … vous vous rendez compte , Marie-Madeleine !?" . M-M . Sa longue chevelure
rousse est dans la boîte à gants : "Non … mon Père … non …" . L'abbé : "Quoi , non ? …
j'ai une messe dans cinq minutes à Courchevel ! … vous croyez en Dieu , Marie-Madeleine ?"
M-M : "……………………………. . L'abbé , à fond de balle maintenant pour le finish :
"Dieu a tout créé , Marie-Madeleine … les oiseaux , c'est Lui … les herbes portant semences ,
c'est Lui … les pneus Michelin pilot super sport 24" , c'est Lui aussi … accrochez-vous !"
Longue courbe finale à l'entée de Courchevel . L'abbé vocifère : "Marie-Madeleine ! …
talon-pointe ! … avec les deux côtés du pied droit … tu commences à freiner avec le côté
gauche du pied et , chaque fois que tu rétrogrades , tu donnes un petit coup d'accélérateur
avec le côté droit … c'est biblique , non !?" . Marie-Madeleine est collée au fond du baquet .
Elle a confié ses yeux aux creux de ses paumes . Arrivée sur le parvis de l'église de Courche-
vel à 10h 59' 30" , tête à queue , moteur coupé . Marie-Madeleine . Elle pleurniche : "Mon
Père , j'ai fait pipi !" . L'abbé : "Je vais vous dire deux choses , Marie-Madeleine : vous
êtes une conne" , puis , frappant le volant : "ça , c'est de la bagnole !" . Il ouvre sa portière .
A Marie-Madeleine prostrée : "Pendant que j'enfile ma chasuble , écopez le baquet !"
trop vite mon Père" . L'abbé . Lunettes de soleil et gants de course : "4,9s de 0 à 100km/h !
z'avez votre permis Marie-Madeleine ?" . M-M : "… Non … j'ai raté 5 fois …" . L'abbé :
"Je vais vous apprendre" … il part en survirage dans la première épingle et remet illico le
bolide en ligne : "Voyez … pas compliqué … talon-pointe …" . M-M . Elle suffoque … :
"Talon-quoi ? …" . Elle crie . C'est qu'on ne s'entend pas dans l'étroit habitacle . Le six cy-
lindres est une fanfare à lui tout seul … et le sifflement du vent … . 4e … 5e … 8000 au
compte-tours . L'abbé , accélérateur au taquet : "3600 cm3 … transmission intégrale ! …"
Hurlant : "Z'avez quel âge , Marie-Madeleine ?" . M-M . Elle claque des dents … l'air glacé
des Hautes-Alpes se rue dans ses bronches à 157 km/h : "33 ans , mon Père …" . L'abbé ,
en glissade dans la deuxième épingle : "33 ans ! … l'âge du Christ quand ces crétins l'ont
crucifié … couple maxi 370 newton-mètres à 4250 t/mn ! … 33 ans ! …" . Court raidillon
avant l'épingle n°3 . L'abbé . Il explique : "Les mains à 9h15 , Marie-Madeleine … le coude
légèrement plié … à l'abord du virage , on déclenche l'action du volant avec les deux mains"
L'abbé part en glissade , il frôle le parapet en sortie . Marie-Madeleine braille . L'abbé :
"Comme ça ! … vu ?" . Plein pot . 400 mètres de ligne droite . A fond de 6e , l'abbé : "350cv
sous le capot … 6 cylindres à plat … 24 soupapes … double arbre à cames en tête … un
miracle … vous vous rendez compte , Marie-Madeleine !?" . M-M . Sa longue chevelure
rousse est dans la boîte à gants : "Non … mon Père … non …" . L'abbé : "Quoi , non ? …
j'ai une messe dans cinq minutes à Courchevel ! … vous croyez en Dieu , Marie-Madeleine ?"
M-M : "……………………………. . L'abbé , à fond de balle maintenant pour le finish :
"Dieu a tout créé , Marie-Madeleine … les oiseaux , c'est Lui … les herbes portant semences ,
c'est Lui … les pneus Michelin pilot super sport 24" , c'est Lui aussi … accrochez-vous !"
Longue courbe finale à l'entée de Courchevel . L'abbé vocifère : "Marie-Madeleine ! …
talon-pointe ! … avec les deux côtés du pied droit … tu commences à freiner avec le côté
gauche du pied et , chaque fois que tu rétrogrades , tu donnes un petit coup d'accélérateur
avec le côté droit … c'est biblique , non !?" . Marie-Madeleine est collée au fond du baquet .
Elle a confié ses yeux aux creux de ses paumes . Arrivée sur le parvis de l'église de Courche-
vel à 10h 59' 30" , tête à queue , moteur coupé . Marie-Madeleine . Elle pleurniche : "Mon
Père , j'ai fait pipi !" . L'abbé : "Je vais vous dire deux choses , Marie-Madeleine : vous
êtes une conne" , puis , frappant le volant : "ça , c'est de la bagnole !" . Il ouvre sa portière .
A Marie-Madeleine prostrée : "Pendant que j'enfile ma chasuble , écopez le baquet !"
lundi 3 octobre 2016
TROIS MOUCHES 69 . PRÉLUDES
Berthe était au piano . Nous avions poussé son quart de queue sur le balcon .
Elle adorait Chopin et moi j'adorais Berthe . Trois mouches vermeilles et mer-
veilleuses bourdonnaient coutre nos chapeaux de paille . Georges S. , une amie
de passage , les chassait à coups de tapette .
Nous avions poussé les trois quarts du piano dans le passage . Comme j'adore
Chopin et que Berthe adore les chapeaux de Georges S. (une amie de Papeete) ,
nous fîmes la queue sous leur merveilleux balcon pour chasser le bourdon .
"Un quart de Chopin avec une paille ..." , dit Berthe à Georges S. , une tapette
de passage "… c'est un merveilleux coup !" . Elle est son amie , elle l'adore , il a
une queue vermeille et , lui et son piano , elle les chasse sur mon balcon ...
Elle adorait Chopin et moi j'adorais Berthe . Trois mouches vermeilles et mer-
veilleuses bourdonnaient coutre nos chapeaux de paille . Georges S. , une amie
de passage , les chassait à coups de tapette .
Nous avions poussé les trois quarts du piano dans le passage . Comme j'adore
Chopin et que Berthe adore les chapeaux de Georges S. (une amie de Papeete) ,
nous fîmes la queue sous leur merveilleux balcon pour chasser le bourdon .
"Un quart de Chopin avec une paille ..." , dit Berthe à Georges S. , une tapette
de passage "… c'est un merveilleux coup !" . Elle est son amie , elle l'adore , il a
une queue vermeille et , lui et son piano , elle les chasse sur mon balcon ...
KRANT 68 . CHATS SIAMOIS
Moi , chef mécanicien du Kritik , suis chat . Hume admet cette fraternité , lui
comme chat des mers , moi , c'est indéniable , comme chat des champs . Hume
a détesté la terre et ses villes autant que j'aime ma campagne , mais nous sommes
deux chats . A rayures pour l'un ; en bleu de chauffe pour l'autre . Lui , franchissant
notre échelle de coupée dans un port dalmate , a choisi la marine marchande pendant
que je m'exilais sur la mer . Une vocation pour Hume , un métier pour moi , mais nous
sommes frères . C'est un rituel : nous nous trouvons le soir sur le gaillard d'arrière assis
l'un à côté de l'autre . L'Egypte , l'Ande et les côtes de Tasmanie défilent sous notre oeil
égal , comme les créations d'un Dieu que nos minuscules existences indiffèrent . Mais ,
prétend Krant , Dieu est dans les chats et dans toute créature , dans le timonier même .
comme chat des mers , moi , c'est indéniable , comme chat des champs . Hume
a détesté la terre et ses villes autant que j'aime ma campagne , mais nous sommes
deux chats . A rayures pour l'un ; en bleu de chauffe pour l'autre . Lui , franchissant
notre échelle de coupée dans un port dalmate , a choisi la marine marchande pendant
que je m'exilais sur la mer . Une vocation pour Hume , un métier pour moi , mais nous
sommes frères . C'est un rituel : nous nous trouvons le soir sur le gaillard d'arrière assis
l'un à côté de l'autre . L'Egypte , l'Ande et les côtes de Tasmanie défilent sous notre oeil
égal , comme les créations d'un Dieu que nos minuscules existences indiffèrent . Mais ,
prétend Krant , Dieu est dans les chats et dans toute créature , dans le timonier même .
dimanche 2 octobre 2016
COTE 137. 66 . OÙ RÔDE LA MORT .
La compagnie se tient au bas du parapet . Il pleut . Nous allons attaquer . Des
gouttes d'eau coulent lentement sur le tranchant des cinquante baïonnettes dressées .
Le capitaine passe derrière les hommes pour une ultime revue d'armement . Il s'arrête
près de Martial .
- Le capitaine : "Qu'est-ce que c'est que ça , Martial ?"
- Martial : "Un parapluie , mon capitaine"
- Le capitaine : "Un parapluie !? … pourquoi faire ?"
- Martial : "Un parapluie pourquoi faire , mon capitaine ? … pour la pluie bien sûr …"
- Le capitaine : "……………?…………."
- Martial : "J'ai un peu mal à la gorge … d'après le Major , c'est un refroidissement …
il m'a recommandé de …"
- Le capitaine : "Vous n'avez pas l'intention … de … de …"
- Martial : "… d'attaquer sous un parapluie ?"
- Le capitaine : "Vous n'avez pas cette intention ?"
- Martial regarde le ciel : "Mon capitaine , je pense que le temps ne va pas s'arranger"
- Le capitaine : "…………………"
- Martial : "… dans mon état … ça serait imprudent … sans parapluie … n'est-ce pas ,
mon capitaine ?"
- Le capitaine : "N'oubliez pas votre cache-nez mon bon Martial ..;"
- Martial : "C'est prévu mon capitaine" , et il sort de sa poche un cache-col rouge d'au
moins deux mètres .
gouttes d'eau coulent lentement sur le tranchant des cinquante baïonnettes dressées .
Le capitaine passe derrière les hommes pour une ultime revue d'armement . Il s'arrête
près de Martial .
- Le capitaine : "Qu'est-ce que c'est que ça , Martial ?"
- Martial : "Un parapluie , mon capitaine"
- Le capitaine : "Un parapluie !? … pourquoi faire ?"
- Martial : "Un parapluie pourquoi faire , mon capitaine ? … pour la pluie bien sûr …"
- Le capitaine : "……………?…………."
- Martial : "J'ai un peu mal à la gorge … d'après le Major , c'est un refroidissement …
il m'a recommandé de …"
- Le capitaine : "Vous n'avez pas l'intention … de … de …"
- Martial : "… d'attaquer sous un parapluie ?"
- Le capitaine : "Vous n'avez pas cette intention ?"
- Martial regarde le ciel : "Mon capitaine , je pense que le temps ne va pas s'arranger"
- Le capitaine : "…………………"
- Martial : "… dans mon état … ça serait imprudent … sans parapluie … n'est-ce pas ,
mon capitaine ?"
- Le capitaine : "N'oubliez pas votre cache-nez mon bon Martial ..;"
- Martial : "C'est prévu mon capitaine" , et il sort de sa poche un cache-col rouge d'au
moins deux mètres .
samedi 1 octobre 2016
TROIS MOUCHES 68 . AZOR
Berthe avait un chien féroce . Quand trois mouches vermeilles et merveilleuses
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille , il me mordait . Aussi je priai Berthe
de le faire piquer , ce qu'elle ne fit pas .
Trois mouches féroces piquèrent Berthe . Je la priai de me mordre aussi merveil-
leusement , ce qu'elle fit en bourdonnant comme un chien empaillé .
Dans la paille , ma Berthe merveilleuse me pria de la mordre , ce que je fis .
Comme elle avait du chien , je la piquai en bourdonnant comme trois mouches
férocement vermeilles .
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille , il me mordait . Aussi je priai Berthe
de le faire piquer , ce qu'elle ne fit pas .
Trois mouches féroces piquèrent Berthe . Je la priai de me mordre aussi merveil-
leusement , ce qu'elle fit en bourdonnant comme un chien empaillé .
Dans la paille , ma Berthe merveilleuse me pria de la mordre , ce que je fis .
Comme elle avait du chien , je la piquai en bourdonnant comme trois mouches
férocement vermeilles .
vendredi 30 septembre 2016
LE ROI DES BELGES (suite) . MES OBSÈQUES ET CE QUI S'ENSUIVIT .
Je coupai le courant le 10 novembre 20?? , jour de mon anniversaire : j'avais ?? ans .
Une rangée de gardes suisses à cheval - j'avais licencié les 132 cavaliers de l'Escorte
Royale parce que sous le poil d'ourson des bonnets ça sentait le putsch - avait abaissé la
hampe de ses hallebardes en signe de deuil . Le peuple se pressait sur la Place des Palais
des sanglots en travers de la gorge mais je n'ignorais pas ce que ce mouvement devait
aux réflexes conditionnés . Je savais du fond de mon cercueil ce que valaient ces pleurs
car la lucidité qui m'avait fait défaut pendant mon règne m'avait investi post-mortem ;
j'ouvrais les yeux au moment où on me les fermait . En vérité , le peuple ne m'aimait pas .
Je n'étais pas aimable , un Roi-Soleil peut-il être aimé ? et cependant on pleure un roi mort
comme on salive devant une salade convenablement assaisonnée , c'est pavlovien . La
Libre Belgique , quotidien humoristique et satirique (note pour mes lecteurs français)
faisait exception à cet automatisme . Elle titrait :
"Le Roi Couteau A Droite Ier a passé la fourchette à gauche !"
Avais-je des regrets ? que n'avais-je fait pour mon peuple ? . Je laissais une Belgique
plus opulente que jamais , où l'on vérifiait qu'elle se faisait aussi bien de l'absence de
gouvernement (je l'avais révoqué) que de la présence d'un monarque absolu . On appliquait
mes décrets avec désinvolture , on me léchait les pieds et on faisait semblant de conquérir le
Katanga . Pendant que je m'épuisais en desseins mirifiques , on faisait tourner la machine à
fric , on s'en foutait plein les poches . Sachant cela mais n'écoutant que les trompettes de la
renommée , le Grand Chambellan , Eric de la Jonquille devint Régent puis , comme tout
régent (à part les mal dégourdis dans le genre de Charles Prince de Saxe-Cobourg-Gotha) ,
il monta sur la première marche du podium et régna sous le nom d'Eric Ier de la Jonquille ,
9e Roi des Belges . La Reine était donc mon instructrice , Christine de la Jonquille . Elle
fut plus aimée encore qu'Astrid Sophie Louise Thyra Bernadotte et elle évita de circuler
en automobile sur les routes sinueuses du Canton de Schwytz (Suisse) .
Une rangée de gardes suisses à cheval - j'avais licencié les 132 cavaliers de l'Escorte
Royale parce que sous le poil d'ourson des bonnets ça sentait le putsch - avait abaissé la
hampe de ses hallebardes en signe de deuil . Le peuple se pressait sur la Place des Palais
des sanglots en travers de la gorge mais je n'ignorais pas ce que ce mouvement devait
aux réflexes conditionnés . Je savais du fond de mon cercueil ce que valaient ces pleurs
car la lucidité qui m'avait fait défaut pendant mon règne m'avait investi post-mortem ;
j'ouvrais les yeux au moment où on me les fermait . En vérité , le peuple ne m'aimait pas .
Je n'étais pas aimable , un Roi-Soleil peut-il être aimé ? et cependant on pleure un roi mort
comme on salive devant une salade convenablement assaisonnée , c'est pavlovien . La
Libre Belgique , quotidien humoristique et satirique (note pour mes lecteurs français)
faisait exception à cet automatisme . Elle titrait :
"Le Roi Couteau A Droite Ier a passé la fourchette à gauche !"
Avais-je des regrets ? que n'avais-je fait pour mon peuple ? . Je laissais une Belgique
plus opulente que jamais , où l'on vérifiait qu'elle se faisait aussi bien de l'absence de
gouvernement (je l'avais révoqué) que de la présence d'un monarque absolu . On appliquait
mes décrets avec désinvolture , on me léchait les pieds et on faisait semblant de conquérir le
Katanga . Pendant que je m'épuisais en desseins mirifiques , on faisait tourner la machine à
fric , on s'en foutait plein les poches . Sachant cela mais n'écoutant que les trompettes de la
renommée , le Grand Chambellan , Eric de la Jonquille devint Régent puis , comme tout
régent (à part les mal dégourdis dans le genre de Charles Prince de Saxe-Cobourg-Gotha) ,
il monta sur la première marche du podium et régna sous le nom d'Eric Ier de la Jonquille ,
9e Roi des Belges . La Reine était donc mon instructrice , Christine de la Jonquille . Elle
fut plus aimée encore qu'Astrid Sophie Louise Thyra Bernadotte et elle évita de circuler
en automobile sur les routes sinueuses du Canton de Schwytz (Suisse) .
jeudi 29 septembre 2016
L'ABBÉ TONIÈRES 9 . L'EXISTENCE PRÉCÈDE L'ESSENCE
Finalement , l'abbé est passé en Suisse de nuit par le col de Balme . Marie-Madeleine
l'accompagnait , porteuse de la mallette du Diocèse de Versailles et son contenu : la recet-
te de la quête des Rameaux . L'abbé a placé cette grosse somme sur un compte numéroté
qu'il détient dans une banque de Lausanne et gardé une partie pour s'offrir le joujou dont
il rêve depuis le petit séminaire : un cabriolet Porsche 911S . En France , sur la N5 entre
Évian et Thonon , le 6 cylindres hoquète . L'abbé : "Par les clous du Christ ! … l'essence !"
Marie-Madeleine joint les mains : "Mon Dieu , nous allons tomber en panne !" . Elle se met
à pleurnicher : "Beuh , beuh !" . L'abbé :"Là-bas ! … une église ! … faites , Seigneur , que
nous arrivions jusque-là !" . M-M : "Une église !? … mon Père , c'est d'une station-service
dont nous avons besoin ! … beuh , beuh ! …" . Sur le parvis , l'abbé coupe le moteur tres-
sautant :"Sauvés ! … Dieu soit loué ! … allons-y !" . Il sort du cabriolet . M-M : "Mais …
mon Père … vous savez bien … elle est fermée … beuh , beuh … avec les vols , les églises
sont fermées … beuh !" . L'abbé : "Oui , triste époque ! … sortez de là Marie-Madeleine !
et cessez vos jérémiades ! … action !" . Il se dirige vers l'église , gravit les marches , fouille
les poches de sa soutane d'où il extrait un instrument qui ressemble à un crochet , qui res-
semble si fort à un crochet que c'en est un . Après quelques pressions sur les goupilles et
une poussée de l'épaule , la porte cède . L'abbé à M-M qui est restée debout près du ca-
briolet : "Marie-Madeleine … dans le coffre … le pied de biche … maniez-vous ! …"
M-M : "Beuh , beuh … une biche !? … dans le coffre ?" . L'abbé : "Faites pas votre
gourde ! … un pied de biche , c'est un outil coudé en forme de sabot de cervidé … vous
pouvez pas vous tromper" . M-M se dirige vers l'arrière de la Porsche . L'abbé : "Marie-
Madeleine ! … le coffre d'une 911S , c'est à l'avant !" et il s'engouffre dans l'église . Quel-
ques minutes plus tard , M-M le rejoint . Elle tend à l'abbé un pied de biche de 90 cms :
"C'est ça ?" . L'abbé hausse les épaules en s'emparant de l'outil : "Non , Marie-Madeleine ,
ça c'est un crayon à yeux waterproof … suivez-moi , c'est par là …" . L'abbé et M-M
traversent l'église , font une génuflexion et se signent devant le maître-autel , puis …
M-M : "Mon Père !? … qu'est-ce que vous faites !?" . L'abbé : "Ça se voit pas ? … je
force ce satané tronc … aidez-moi , nom de … nom d'une pipe !" . M-M pèse de toutes
ses forces sur le pied de biche et le tronc rend l'âme dans un scandaleux craquement de
chêne . M-M : "Beuh , beuh ! …" . L'abbé , penché sur le tronc ouvert : "Ah , les pingres !
des pièces de 10 centimes ! … Marie-Madeleine ! … comptez … faites des piles !" . M-M
fait 10 piles de 10 pièces . L'abbé : "10 euros … on ira jusqu'à Marinel … il y a une église
charmante dans ce patelin …" . M-M : "Beuh , beuh !" . L'abbé : "Écoutez-moi , Marie-
Madeleine ! … c'est dans Marc 3-28 : "Tous les péchés seront pardonnés aux hommes
et les blasphèmes qu'ils auront proférés"
l'accompagnait , porteuse de la mallette du Diocèse de Versailles et son contenu : la recet-
te de la quête des Rameaux . L'abbé a placé cette grosse somme sur un compte numéroté
qu'il détient dans une banque de Lausanne et gardé une partie pour s'offrir le joujou dont
il rêve depuis le petit séminaire : un cabriolet Porsche 911S . En France , sur la N5 entre
Évian et Thonon , le 6 cylindres hoquète . L'abbé : "Par les clous du Christ ! … l'essence !"
Marie-Madeleine joint les mains : "Mon Dieu , nous allons tomber en panne !" . Elle se met
à pleurnicher : "Beuh , beuh !" . L'abbé :"Là-bas ! … une église ! … faites , Seigneur , que
nous arrivions jusque-là !" . M-M : "Une église !? … mon Père , c'est d'une station-service
dont nous avons besoin ! … beuh , beuh ! …" . Sur le parvis , l'abbé coupe le moteur tres-
sautant :"Sauvés ! … Dieu soit loué ! … allons-y !" . Il sort du cabriolet . M-M : "Mais …
mon Père … vous savez bien … elle est fermée … beuh , beuh … avec les vols , les églises
sont fermées … beuh !" . L'abbé : "Oui , triste époque ! … sortez de là Marie-Madeleine !
et cessez vos jérémiades ! … action !" . Il se dirige vers l'église , gravit les marches , fouille
les poches de sa soutane d'où il extrait un instrument qui ressemble à un crochet , qui res-
semble si fort à un crochet que c'en est un . Après quelques pressions sur les goupilles et
une poussée de l'épaule , la porte cède . L'abbé à M-M qui est restée debout près du ca-
briolet : "Marie-Madeleine … dans le coffre … le pied de biche … maniez-vous ! …"
M-M : "Beuh , beuh … une biche !? … dans le coffre ?" . L'abbé : "Faites pas votre
gourde ! … un pied de biche , c'est un outil coudé en forme de sabot de cervidé … vous
pouvez pas vous tromper" . M-M se dirige vers l'arrière de la Porsche . L'abbé : "Marie-
Madeleine ! … le coffre d'une 911S , c'est à l'avant !" et il s'engouffre dans l'église . Quel-
ques minutes plus tard , M-M le rejoint . Elle tend à l'abbé un pied de biche de 90 cms :
"C'est ça ?" . L'abbé hausse les épaules en s'emparant de l'outil : "Non , Marie-Madeleine ,
ça c'est un crayon à yeux waterproof … suivez-moi , c'est par là …" . L'abbé et M-M
traversent l'église , font une génuflexion et se signent devant le maître-autel , puis …
M-M : "Mon Père !? … qu'est-ce que vous faites !?" . L'abbé : "Ça se voit pas ? … je
force ce satané tronc … aidez-moi , nom de … nom d'une pipe !" . M-M pèse de toutes
ses forces sur le pied de biche et le tronc rend l'âme dans un scandaleux craquement de
chêne . M-M : "Beuh , beuh ! …" . L'abbé , penché sur le tronc ouvert : "Ah , les pingres !
des pièces de 10 centimes ! … Marie-Madeleine ! … comptez … faites des piles !" . M-M
fait 10 piles de 10 pièces . L'abbé : "10 euros … on ira jusqu'à Marinel … il y a une église
charmante dans ce patelin …" . M-M : "Beuh , beuh !" . L'abbé : "Écoutez-moi , Marie-
Madeleine ! … c'est dans Marc 3-28 : "Tous les péchés seront pardonnés aux hommes
et les blasphèmes qu'ils auront proférés"
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