Nous traversâmes White Bay de nuit et c'était une nuit de tempête ; quand nous
accostâmes enfin à Englee , nous jetâmes les amarres du Kritik derrière un grand
trois-mâts : le Pequod . Je n'avais jamais vu un bateau de cette taille . Il faisait nuit
encore .
Mais une lueur vacillait à une ouverture du château de poupe de ce géant des mers :
"Il est là" dit Krant . Il regardait la petite lumière qui , du pont du Kritik , paraissait
tomber du ciel noir où passaient d'énormes nuages noirs plus noirs que la nuit .
- Krant : "Allons-y ! … descendez l'échelle de coupée !" … puis , se tournant vers
moi : "Chef ! … vous m'accompagnez"
Nous longeâmes sur le quai la coque haute comme une muraille , plus noire que
les nuages noirs , plus noire que la nuit . Je suivis le capitaine dans un escalier à
incalculables volées ; il me sembla que nous allions toucher le sol de la lune qui , à
ce moment , dévoila sa blancheur arctique … puis ce fut un dédale de coursives
désertes où Krant s'orientait comme s'il était chez lui , jusqu'à une porte basse en
acier mangé de rouille .
Krant frappa .
Une voix aussi puissante que le souffle d'une baleine traversa la cloison . Nous
entrâmes en baissant la tête . Une lampe à huile éclairait ce carré et projetait sur le
plancher de teck une ombre prodigieuse et mythique .
Le capitaine Achab en chair et en os était debout devant nous , appuyé sur son pilon .
Une bible était ouverte sur la table .
- Achab : "Krant !"
dimanche 31 janvier 2016
samedi 30 janvier 2016
PARADIS 50 . GUERRE DES ÉTOILES
Ça barde au Paradis . A cause d'une chose pas encore nommée : un troupeau de
zèbres affolé zigzague dans le champ magnétique d'un cumulonimbus . C'est un
tintamarre sur l'horizon . Ève , surprise par la pluie , fait voler sur ses gonds la porte
de l'atelier .
- Ève : "Didi , qu'est-ce qui se passe !?"
- Dieu : "Ève ! … entre ! …" . Il tient dans ses mains deux pinces reliées à une
batterie d'accumulateurs … "Sèche-toi"
- Ève , emmitouflée ; elle a pris une serviette de bain sur le sèche-linge : "C'est quoi
ce truc ?"
- Dieu : "Ce truc ? … c'est une batterie … avec ça , je déclenche des arcs électriques …
entre les nuages on entre les nuages et la terre … tu as vu dehors ?"
- Ève : "C'est effrayant !"
- Dieu : "L'effroi , Ève ! … tu as raison : c'est effrayant … je crée de la crainte …
la Crainte de Dieu …"
- Ève : "……………………."
- Dieu : "Où est Adam ?"
- Ève : "Dans son champ"
- Dieu : "……….?………… par ce temps !?"
- Ève : "……………………."
- Dieu : "Il s'est pas mis à l'abri ?"
- Ève : "Il met au point un nouveau jouet …"
- Dieu : "……….?……….."
- Ève : "Il envoie des ondes dans le firmament … il m'a expliqué mais j'ai rien compris !"
- Dieu : "……….?……….."
- Ève : "Un canon anti-grêle qu'il m'a dit"
vendredi 29 janvier 2016
COTE 137 . 48 . L'ENFER DES TRANCHÉES
Incrédule en matière d'apparition , tel est notre aumônier comme tous les
hommes d'église .
- L'aumônier : "Ainsi , Martial , vous prétendez … vous avez vu le diable ?"
- Martial se beurrant une tartine : "Comme je vous vois , l'abbé !"
- L'aumônier : "………?……… que vous a-t-il dit ?"
- Martial : "Rien … c'est moi qui parlais"
- L'aumônier : "Vous lui avez parlé !?"
- Martial se versant un quart de vin : "C'est pas tous les jours qu'on rencontre
le diable !"
- L'aumônier : "Mais que lui avez vous dit ?"
- Martial : "Je me suis renseigné"
- L'aumônier : "……….?…….."
- Martial : "Comment c'est l'enfer ? … il fait chaud ?"
- L'aumônier : "Qu'est-ce qu'il a répondu ?"
- Martial . Il agite sa cuiller en direction de l'abbé : "Il m'a dit : non , Martial …
en enfer il fait froid , il pleut … on patauge dans la boue avec les rats … on
déterre les cadavres …"
hommes d'église .
- L'aumônier : "Ainsi , Martial , vous prétendez … vous avez vu le diable ?"
- Martial se beurrant une tartine : "Comme je vous vois , l'abbé !"
- L'aumônier : "………?……… que vous a-t-il dit ?"
- Martial : "Rien … c'est moi qui parlais"
- L'aumônier : "Vous lui avez parlé !?"
- Martial se versant un quart de vin : "C'est pas tous les jours qu'on rencontre
le diable !"
- L'aumônier : "Mais que lui avez vous dit ?"
- Martial : "Je me suis renseigné"
- L'aumônier : "……….?…….."
- Martial : "Comment c'est l'enfer ? … il fait chaud ?"
- L'aumônier : "Qu'est-ce qu'il a répondu ?"
- Martial . Il agite sa cuiller en direction de l'abbé : "Il m'a dit : non , Martial …
en enfer il fait froid , il pleut … on patauge dans la boue avec les rats … on
déterre les cadavres …"
jeudi 28 janvier 2016
TROIS MOUCHES 49 . CES VOILES LUI VONT SI BIEN
Nous poussions le filet dans le creux de la vague . Nos jambes
tendues par l'effort transparaissaient comme au travers d'un voile
entortillé . Berthe suait et trois mouches vermeilles et merveilleuses
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Trois mouches bourdonnaient en travers de la vague . Je poussais
le filet et suais sous mon chapeau quand Berthe , les jambes tendues
dans un voile vermeil , transparut sans effort comme au creux de
pailles entortillées .
Les pailles tendues comme des vagues transparurent dans un
filet de mouches . J'entortillai les jambes de Berthe et poussai . Sans
effort , je suais dans le creux de ses merveilleux voiles .
tendues par l'effort transparaissaient comme au travers d'un voile
entortillé . Berthe suait et trois mouches vermeilles et merveilleuses
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Trois mouches bourdonnaient en travers de la vague . Je poussais
le filet et suais sous mon chapeau quand Berthe , les jambes tendues
dans un voile vermeil , transparut sans effort comme au creux de
pailles entortillées .
Les pailles tendues comme des vagues transparurent dans un
filet de mouches . J'entortillai les jambes de Berthe et poussai . Sans
effort , je suais dans le creux de ses merveilleux voiles .
mercredi 27 janvier 2016
LEONOR
Je vois Leonor en coquillage , surtout au saut du lit
quand elle s'asseoit à califourchon sur la chaise Louis-
Philippe . Elle penche la tête et il me semble que - sans
le savoir et comme si je n'existais pas - elle élabore un
plan-calcaire ; que pour contrer le désordre du monde
et celui de notre appartement elle se fait mollusque et
sécrète une spirale à la géométrie parfaite . A 8 heures ,
elle rabat l'opercule sur sa tête et investit la salle de bain .
quand elle s'asseoit à califourchon sur la chaise Louis-
Philippe . Elle penche la tête et il me semble que - sans
le savoir et comme si je n'existais pas - elle élabore un
plan-calcaire ; que pour contrer le désordre du monde
et celui de notre appartement elle se fait mollusque et
sécrète une spirale à la géométrie parfaite . A 8 heures ,
elle rabat l'opercule sur sa tête et investit la salle de bain .
mardi 26 janvier 2016
DESMOND 44 . 2014
- "Écoutez ça , Desmond …"
Le Président est assis . Je suis assis en face de lui , de l'autre côté du bureau . Le Pré-
sident s'est renversé dans son fauteuil , il a croisé les jambes et il agite avec la main droite
une dizaine de feuillets reliés :
- "C'est une étude , Desmond … je l'ai commandée à nos spécialistes en prospective …
horizon 2014 … pourquoi 2014 , Desmond ? … parce que 2014 , c'est dans 40 ans …
ça paraît loin mais c'est demain !"
- Moi : "………………"
- Le Président . Il ouvre le rapport : "En 2014 … selon nos experts … nos experts ,
Desmond ! … c'est du sérieux … de la première classe ! … les meilleurs qu'on puisse
avoir … selon eux …" . Le Président ajuste ses lunettes . "Vous n'allez pas le croire , Des-
mond !"
- Moi : "………………"
- Le Président . Il me regarde par-dessus ses lunettes : "Vous êtes allé à Red River ? …
à l'arsenal de l'US Army ?"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président"
- Le Président : "Vous avez vu leur computer ? … IBM Ramac 305 … une tonne ! …
50000 dollars ! …"
- Moi : "………………"
- Le Président : "Et bien , mon cher Desmond , selon nos experts … les meilleurs du mon-
de …" . Il lit : "En 2014 , quelques citoyens parmi les plus fortunés disposeront à la mai-
son …" . Il souligne "à la maison" … "d'un computer personnel" … "Stupéfiant , non !? …
Desmond ! ... a personal computer at home ! … quelques milliardaires auront chez eux
un computer ! …"
- Moi : "Étonnant en effet , Monsieur le Président"
- Le Président : "Et ça n'est pas tout … écoutez la suite … En 2014 …" . Il tapote le rapport
avec l'index … "C'est écrit là-dedans … nos spécialistes , Desmond … des gars qui sortent
de Harvard comme vous … ou Yale … pas des rigolos … des "têtes d'oeuf" comme disent
les français , isn'it ? … en 2014 , les automobiles se déplaceront sur coussins d'air ! … vous
vous rendez compte , Desmond !?"
- Moi : "………?………"
- Le Président : "Harry a bien rigolé quand je lui ai dit ça"
- Moi : "Qui est Harry , Monsieur le Président ?"
- Le Président : "Le patron de Goodyear"
- Moi : "……………….."
- Le Président . Il secoue le rapport au-dessus de sa tête : "C'est des conneries , Desmond …
a piece of damned stupidities ! … je vais vous dire moi … en 2014 , n'importe qui … jusqu'au
plus crétin … jusqu'aux enfants de 2 ans … chacun aura sur sa table de salon ou dans son parc
à jouer un computer … et pour moins de 300 dollars ! … il sera minuscule … 1000 fois plus
puissant que le Ramac de l'US Army ! … il sera même portable et ils seront interconnectés …
et les automobiles auront toujours leurs quatre pneus idiots !"
Le rapport passe en planant au-dessus de ma tête et atterrit précisément dans la corbeille à
papier .
- Le Président : 'Il y a combien d'ânes au Service de la Prospective ?"
- Moi : "Aucune idée , Monsieur le Président …"
Le Président est assis . Je suis assis en face de lui , de l'autre côté du bureau . Le Pré-
sident s'est renversé dans son fauteuil , il a croisé les jambes et il agite avec la main droite
une dizaine de feuillets reliés :
- "C'est une étude , Desmond … je l'ai commandée à nos spécialistes en prospective …
horizon 2014 … pourquoi 2014 , Desmond ? … parce que 2014 , c'est dans 40 ans …
ça paraît loin mais c'est demain !"
- Moi : "………………"
- Le Président . Il ouvre le rapport : "En 2014 … selon nos experts … nos experts ,
Desmond ! … c'est du sérieux … de la première classe ! … les meilleurs qu'on puisse
avoir … selon eux …" . Le Président ajuste ses lunettes . "Vous n'allez pas le croire , Des-
mond !"
- Moi : "………………"
- Le Président . Il me regarde par-dessus ses lunettes : "Vous êtes allé à Red River ? …
à l'arsenal de l'US Army ?"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président"
- Le Président : "Vous avez vu leur computer ? … IBM Ramac 305 … une tonne ! …
50000 dollars ! …"
- Moi : "………………"
- Le Président : "Et bien , mon cher Desmond , selon nos experts … les meilleurs du mon-
de …" . Il lit : "En 2014 , quelques citoyens parmi les plus fortunés disposeront à la mai-
son …" . Il souligne "à la maison" … "d'un computer personnel" … "Stupéfiant , non !? …
Desmond ! ... a personal computer at home ! … quelques milliardaires auront chez eux
un computer ! …"
- Moi : "Étonnant en effet , Monsieur le Président"
- Le Président : "Et ça n'est pas tout … écoutez la suite … En 2014 …" . Il tapote le rapport
avec l'index … "C'est écrit là-dedans … nos spécialistes , Desmond … des gars qui sortent
de Harvard comme vous … ou Yale … pas des rigolos … des "têtes d'oeuf" comme disent
les français , isn'it ? … en 2014 , les automobiles se déplaceront sur coussins d'air ! … vous
vous rendez compte , Desmond !?"
- Moi : "………?………"
- Le Président : "Harry a bien rigolé quand je lui ai dit ça"
- Moi : "Qui est Harry , Monsieur le Président ?"
- Le Président : "Le patron de Goodyear"
- Moi : "……………….."
- Le Président . Il secoue le rapport au-dessus de sa tête : "C'est des conneries , Desmond …
a piece of damned stupidities ! … je vais vous dire moi … en 2014 , n'importe qui … jusqu'au
plus crétin … jusqu'aux enfants de 2 ans … chacun aura sur sa table de salon ou dans son parc
à jouer un computer … et pour moins de 300 dollars ! … il sera minuscule … 1000 fois plus
puissant que le Ramac de l'US Army ! … il sera même portable et ils seront interconnectés …
et les automobiles auront toujours leurs quatre pneus idiots !"
Le rapport passe en planant au-dessus de ma tête et atterrit précisément dans la corbeille à
papier .
- Le Président : 'Il y a combien d'ânes au Service de la Prospective ?"
- Moi : "Aucune idée , Monsieur le Président …"
lundi 25 janvier 2016
CYPRÈS DE TOSCANE
Leonardo occupe ce qu'on appelle un garni au sixième étage
d'un immeuble de Vinci . Mona , chatte blanche tachée de couleur
taupe , est sa colocataire et unique modèle . Entre deux séances
de pose , elle quitte la soupente par une lucarne et Leonardo monte
sur le tabouret à vis qui tient lieu de podium et il la suit des yeux .
Jetée dans la lumière , Mona se mue en papillon ; elle virevolte de
gouttières en pentes tuilées dans le bourdonnement des premières
mouches , et de balcons en minuscules terrasses où sont des fonds
de lait et des jasmins aux noms arabes ; puis sur l'acrotère d'un haut
pignon , en Joconde suspendue . Lui , inlassable et subjugué , taille
ses crayons .
Derrière , par-delà les toits , cyprès de Toscane et meules orangées .
d'un immeuble de Vinci . Mona , chatte blanche tachée de couleur
taupe , est sa colocataire et unique modèle . Entre deux séances
de pose , elle quitte la soupente par une lucarne et Leonardo monte
sur le tabouret à vis qui tient lieu de podium et il la suit des yeux .
Jetée dans la lumière , Mona se mue en papillon ; elle virevolte de
gouttières en pentes tuilées dans le bourdonnement des premières
mouches , et de balcons en minuscules terrasses où sont des fonds
de lait et des jasmins aux noms arabes ; puis sur l'acrotère d'un haut
pignon , en Joconde suspendue . Lui , inlassable et subjugué , taille
ses crayons .
Derrière , par-delà les toits , cyprès de Toscane et meules orangées .
KRANT 49 . MÉMOIRE DE POTAGER
Je suis un homme peu causant , mais quand le capitaine m'invitait à parler de ma
campagne - était-ce curiosité , amitié ou devoir prophylactique , je ne l'ai jamais su -
un flot de mots comme expulsés de mes chairs se pressaient dans ma gorge et contre
mes dents , et je peinais à endiguer cette crue imprévue .
Puis mon discours empruntait des détours indomptés , ceux que je prenais , gamin
d'air libre et tôt lâché de la maison , entre les haies vives et les chênes têtards . Je dis-
paraissais du pont du Kritik et me trouvais dans les roseaux en pêches interdites ; je
percevais avec netteté , au-delà du raffut des pistons Stirling , le frissonnement de
feuilles de nos bouleaux géants et , non moins précisément , je voyais l'éclat de leurs
troncs blancs sur le fond rougeoyant des hauts futs de pins , comme si ces arbres étaient
devant moi , au milieu de l'océan ; puis j'escamotais les vents de grand large pour la
brise assagie et débarrassée de son sel qui fait ondoyer chez moi les champs de seigle …
Mon père bine le potager … ma mère en sabots et tablier garde nos vaches … dans
le sillage de notre navire , l'écume des pommiers en fleurs …
Je pouvais même , par la force du souvenir , ressusciter l'odeur épaisse de la soupe
au potiron … tout cela , je le déversais sur le plastron du capitaine comme un vomisse-
ment . Oui , bien sûr , Krant me protégeait du mal de terre . Il n'y avait là ni curiosité
ni amitié .
Quand j'avais chassé de mon corps cette bonne vieille campagne , je me tournais
vers le large où nous allions et les larmes me montaient aux yeux . Je crachais entre mes
pieds car - vrai - j'étais un marin de fortune ...
campagne - était-ce curiosité , amitié ou devoir prophylactique , je ne l'ai jamais su -
un flot de mots comme expulsés de mes chairs se pressaient dans ma gorge et contre
mes dents , et je peinais à endiguer cette crue imprévue .
Puis mon discours empruntait des détours indomptés , ceux que je prenais , gamin
d'air libre et tôt lâché de la maison , entre les haies vives et les chênes têtards . Je dis-
paraissais du pont du Kritik et me trouvais dans les roseaux en pêches interdites ; je
percevais avec netteté , au-delà du raffut des pistons Stirling , le frissonnement de
feuilles de nos bouleaux géants et , non moins précisément , je voyais l'éclat de leurs
troncs blancs sur le fond rougeoyant des hauts futs de pins , comme si ces arbres étaient
devant moi , au milieu de l'océan ; puis j'escamotais les vents de grand large pour la
brise assagie et débarrassée de son sel qui fait ondoyer chez moi les champs de seigle …
Mon père bine le potager … ma mère en sabots et tablier garde nos vaches … dans
le sillage de notre navire , l'écume des pommiers en fleurs …
Je pouvais même , par la force du souvenir , ressusciter l'odeur épaisse de la soupe
au potiron … tout cela , je le déversais sur le plastron du capitaine comme un vomisse-
ment . Oui , bien sûr , Krant me protégeait du mal de terre . Il n'y avait là ni curiosité
ni amitié .
Quand j'avais chassé de mon corps cette bonne vieille campagne , je me tournais
vers le large où nous allions et les larmes me montaient aux yeux . Je crachais entre mes
pieds car - vrai - j'étais un marin de fortune ...
samedi 23 janvier 2016
PARADIS 49 . MARMELADE
Un journaliste prend contact avec Dieu ; il sollicite un entretien .
Dieu accepte car la demande vient d'une radio française culturelle
(la seule !) . Cependant , il prie le journaliste de garer sa voiture à
l'extérieur du Paradis à cause des particules fines . "Déjà que je me
bats avec les particules naturelles , celles des éruptions volcaniques -
elles sont l'oeuvre du Diable - aussi , cher Monsieur , épargnez-moi
la pollution automobile - l'automobile autre cadeau de Satan !" . Dieu
reçoit le reporter dans son atelier . Sur l'établi est disposée une matière
grise et molle branchée sur le secteur .
- Regard interrogateur du journaliste .
- Dieu : "Vous vous demandez … qu'est-ce que c'est que cette marmelade ?"
- Le journaliste : "Je n'osais …"
- Dieu : "C'est une invention ambitieuse … mais terriblement risquée …
je ne sais pas si je dois poursuivre … ça peut me péter à la figure …
l'inventeur peut y laisser sa peau … la mienne donc … mais … rien à
faire … créer , créer … c'est un dada …"
- Le journaliste : "Qu'est-ce que ? …"
- Dieu : "Qu'est-ce que c'est ? … dois-je vous le dire ? … c'est que j'hésite
à mettre le produit sur le marché … et si ça faisait tout foirer ? … toute ma
création ?"
- Le journaliste : "Comment ça marche ?"
- Dieu : "Comment ça marche ? … c'est des tas de connexions complexes …
moi-même , je m'y perds … j'ai testé la chose sur une musaraigne , ça n'est
pas au point"
- Le journaliste : "Ah ?"
- Dieu : "Pas au point du tout … une fois le système enclenché - bouton "on" ,
point vert allumé - la mignonne s'est mise à abstraire"
- Le journaliste : "A quoi ? …"
- Dieu : "A jouer avec des concepts … à raisonner … et je ne lui en ai mis
que 20% !"
- Le journaliste : "Mis quoi ? ... où ?"
- Dieu : "Dans le cerveau … en couche externe"
- Le journaliste : "Comment ça s'ap … ?"
- Dieu : "Comment ça s'appelle ? : un néocortex"
Dieu accepte car la demande vient d'une radio française culturelle
(la seule !) . Cependant , il prie le journaliste de garer sa voiture à
l'extérieur du Paradis à cause des particules fines . "Déjà que je me
bats avec les particules naturelles , celles des éruptions volcaniques -
elles sont l'oeuvre du Diable - aussi , cher Monsieur , épargnez-moi
la pollution automobile - l'automobile autre cadeau de Satan !" . Dieu
reçoit le reporter dans son atelier . Sur l'établi est disposée une matière
grise et molle branchée sur le secteur .
- Regard interrogateur du journaliste .
- Dieu : "Vous vous demandez … qu'est-ce que c'est que cette marmelade ?"
- Le journaliste : "Je n'osais …"
- Dieu : "C'est une invention ambitieuse … mais terriblement risquée …
je ne sais pas si je dois poursuivre … ça peut me péter à la figure …
l'inventeur peut y laisser sa peau … la mienne donc … mais … rien à
faire … créer , créer … c'est un dada …"
- Le journaliste : "Qu'est-ce que ? …"
- Dieu : "Qu'est-ce que c'est ? … dois-je vous le dire ? … c'est que j'hésite
à mettre le produit sur le marché … et si ça faisait tout foirer ? … toute ma
création ?"
- Le journaliste : "Comment ça marche ?"
- Dieu : "Comment ça marche ? … c'est des tas de connexions complexes …
moi-même , je m'y perds … j'ai testé la chose sur une musaraigne , ça n'est
pas au point"
- Le journaliste : "Ah ?"
- Dieu : "Pas au point du tout … une fois le système enclenché - bouton "on" ,
point vert allumé - la mignonne s'est mise à abstraire"
- Le journaliste : "A quoi ? …"
- Dieu : "A jouer avec des concepts … à raisonner … et je ne lui en ai mis
que 20% !"
- Le journaliste : "Mis quoi ? ... où ?"
- Dieu : "Dans le cerveau … en couche externe"
- Le journaliste : "Comment ça s'ap … ?"
- Dieu : "Comment ça s'appelle ? : un néocortex"
vendredi 22 janvier 2016
COTE 137 . 47 . IL EST PARTOUT
Martial est sonné .
Ce con est sorti de la tranchée en plein jour pour "prendre l'air" ! . Un obus de
mortier l'a renvoyé dans nos barbelés et c'est un Martial miraculé qu'on a récupéré .
Quand je dis miraculé , je pèse mes mots car c'en est vraiment un . Sonné , contu-
sionné , mais indemne ! . On l'a allongé dans un recoin du boyau , sur des caisses
de corned-beef .
- Martial : "C'é … c'était c … comme Ber … Ber …"
- Nous : "Qu'est-ce que tu racontes , Martial ?"
- Martial : "C … comme c … celle de Lour … Lourdes … Ber …"
- Nous : "Bernadette ?"
- Martial : "… oui … oui … Ber … Ber … Soubirou"
- Nous : "……..??………"
- Martial : "La lumière … la gr … grande lumière … c … c … comme … une …
une appapapa … apparition" . Il tombe dans les pommes .
- Nous . Nous sommes au moins quinze à lui tapoter les joues : "Martial … Martial !"
- Martial . Il revient à lui : "Une appaparition" . Il se met à claquer des dents .
- Nous : "Une apparition ?"
- Martial : "Cc … c … comme Bernadette … dans … dans la gr … grrrotte" . Il tremble
de la tête aux pieds … "La v … vierge … il … il était là …"
- Nous : "Il ? … qui c'est celui-là ?"
- Martial : "Lui … lui …"
- Nous . On lui file un cognac : "Qui t"as donc vu Martial ?"
- Martial : "……………………"
- Nous : "Qu'est-ce qu'il a vu ce vieux Martial ?"
- Martial : "Avec sa f … f … fourche"
- Nous : "La vierge avec sa fourche ? … qu'est-ce qu'elle faisait avec une fourche , la vierge ?"
- Martial : "Non … n … non … lui …"
- L'aumônier . Il est de passage dans notre tranchée . Il se penche sur Martial : "Qui
avez-vous vu , Martial ?"
- Martial : "Le Diable !"
Ce con est sorti de la tranchée en plein jour pour "prendre l'air" ! . Un obus de
mortier l'a renvoyé dans nos barbelés et c'est un Martial miraculé qu'on a récupéré .
Quand je dis miraculé , je pèse mes mots car c'en est vraiment un . Sonné , contu-
sionné , mais indemne ! . On l'a allongé dans un recoin du boyau , sur des caisses
de corned-beef .
- Martial : "C'é … c'était c … comme Ber … Ber …"
- Nous : "Qu'est-ce que tu racontes , Martial ?"
- Martial : "C … comme c … celle de Lour … Lourdes … Ber …"
- Nous : "Bernadette ?"
- Martial : "… oui … oui … Ber … Ber … Soubirou"
- Nous : "……..??………"
- Martial : "La lumière … la gr … grande lumière … c … c … comme … une …
une appapapa … apparition" . Il tombe dans les pommes .
- Nous . Nous sommes au moins quinze à lui tapoter les joues : "Martial … Martial !"
- Martial . Il revient à lui : "Une appaparition" . Il se met à claquer des dents .
- Nous : "Une apparition ?"
- Martial : "Cc … c … comme Bernadette … dans … dans la gr … grrrotte" . Il tremble
de la tête aux pieds … "La v … vierge … il … il était là …"
- Nous : "Il ? … qui c'est celui-là ?"
- Martial : "Lui … lui …"
- Nous . On lui file un cognac : "Qui t"as donc vu Martial ?"
- Martial : "……………………"
- Nous : "Qu'est-ce qu'il a vu ce vieux Martial ?"
- Martial : "Avec sa f … f … fourche"
- Nous : "La vierge avec sa fourche ? … qu'est-ce qu'elle faisait avec une fourche , la vierge ?"
- Martial : "Non … n … non … lui …"
- L'aumônier . Il est de passage dans notre tranchée . Il se penche sur Martial : "Qui
avez-vous vu , Martial ?"
- Martial : "Le Diable !"
TROIS MOUCHES 48 . THEO
Berthe et moi eûmes un fils : il fut unique . Le soir de sa venue ,
nous le couchâmes dans une grange . C'était l'été . Il faisait chaud
malgré l'heure . Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdon-
naient contre nos chapeaux de paille . Theo fut son nom .
Nous couchâmes Theo dans la paille . A cette heure chaude d'un
soir d'été , une mouche unique et vermeille bourdonnait dans la grange
où était notre fils à Berthe et moi .
Ce soir d'été , trois mouches vinrent sur nos chapeaux . Malgré l'heure ,
nous couchâmes notre fils Theo dans la grange . Sa venue bourdonnait
encore dans la paille chaude , unique et merveilleuse .
nous le couchâmes dans une grange . C'était l'été . Il faisait chaud
malgré l'heure . Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdon-
naient contre nos chapeaux de paille . Theo fut son nom .
Nous couchâmes Theo dans la paille . A cette heure chaude d'un
soir d'été , une mouche unique et vermeille bourdonnait dans la grange
où était notre fils à Berthe et moi .
Ce soir d'été , trois mouches vinrent sur nos chapeaux . Malgré l'heure ,
nous couchâmes notre fils Theo dans la grange . Sa venue bourdonnait
encore dans la paille chaude , unique et merveilleuse .
jeudi 21 janvier 2016
DESMOND 43 . CIA
- "Vous comprenez , Desmond , ces gars-là sont des clowns qui lisent les journaux !"
Le Président tempête . Il est debout et , en me parlant , il tripote les rapports posés
sur son bureau . Moi aussi je suis debout , face à lui .
- Moi : "Monsieur le Président … de qui parlez-vous ? … si je puis me permettre ..."
- Le Président : "Desmond ! … vous me demandez qui ? … enfin , Desmond ! … ces
types de la CIA … ce qu'ils pensent m'apprendre , mon laitier le sait !"
- Moi : "……………….."
- Le Président . Il s'asseoit , ou plutôt : il se laisse tomber dans son fauteuil : "… et je ne
parle pas des opérations secrètes à l'étranger ! … vous connaissez la dernière ?"
- Moi : "Euh … non , Monsieur le Président"
- Le Président , stupéfait : "Vous êtes pourtant le destructeur des potins … vous ne savez
pas ? … ils ont tenté de recruter un chanteur français !"
- Moi : "Un chanteur français , Monsieur le président !?"
- Le Président : "Oui … devinez qui ?"
- Moi : "Frank Alamo ? … Gilbert Bécaud … Hugues Auffray ?"
- Le Président : "Non … non …" . Il chante : "La-la-la … vous reconnaissez ?"
- Moi : "Non , Monsieur le Président …"
- Le Président : "… une fille comme toi …" . Il chante : "La-la-la … et ça , ça vous dit
quelque chose !? … Desmond !"
- Moi : "… N… non …"
- Le Président : "Dis-moi oui … Desmond , vous êtes nul !" . Il chante : "La-la-la"
- Moi : "… je suis désolé , Monsieur le Président"
- Le Président : "C'est le Mashed Potatoes ! … un tube , Desmond ! … et l'auteur , c'est … ?"
- Moi : "Vraiment , je ne vois pas , Monsieur le Président"
- Le Président : "Lucky Blondo ! … le rock français ! … la voix de velours !"
- Moi : "I'm sorry , Mister President … je ne connais pas ce monsieur …"
- Le Président , abasourdi : "Desmond ! … une des plus grandes stars françaises ! … vous
n'aimez pas la musique ?"
- Moi : "Monsieur le Président , je suis un fan de musique … j'en écoute tous les soirs"
- Le Président : "… mais pas celle-là … vous c'est Bach … Mozart ! … vous êtes snob ,
Desmond !"
- Moi : "………………"
- Le Président : "Ces cons ont essayé de le recruter …"
- Moi : "Dans quel but , Monsieur le Président ?"
- Le Président . Il hausse les épaules : "On leur demande de recruter … alors , ils recrutent !"
Le Président tempête . Il est debout et , en me parlant , il tripote les rapports posés
sur son bureau . Moi aussi je suis debout , face à lui .
- Moi : "Monsieur le Président … de qui parlez-vous ? … si je puis me permettre ..."
- Le Président : "Desmond ! … vous me demandez qui ? … enfin , Desmond ! … ces
types de la CIA … ce qu'ils pensent m'apprendre , mon laitier le sait !"
- Moi : "……………….."
- Le Président . Il s'asseoit , ou plutôt : il se laisse tomber dans son fauteuil : "… et je ne
parle pas des opérations secrètes à l'étranger ! … vous connaissez la dernière ?"
- Moi : "Euh … non , Monsieur le Président"
- Le Président , stupéfait : "Vous êtes pourtant le destructeur des potins … vous ne savez
pas ? … ils ont tenté de recruter un chanteur français !"
- Moi : "Un chanteur français , Monsieur le président !?"
- Le Président : "Oui … devinez qui ?"
- Moi : "Frank Alamo ? … Gilbert Bécaud … Hugues Auffray ?"
- Le Président : "Non … non …" . Il chante : "La-la-la … vous reconnaissez ?"
- Moi : "Non , Monsieur le Président …"
- Le Président : "… une fille comme toi …" . Il chante : "La-la-la … et ça , ça vous dit
quelque chose !? … Desmond !"
- Moi : "… N… non …"
- Le Président : "Dis-moi oui … Desmond , vous êtes nul !" . Il chante : "La-la-la"
- Moi : "… je suis désolé , Monsieur le Président"
- Le Président : "C'est le Mashed Potatoes ! … un tube , Desmond ! … et l'auteur , c'est … ?"
- Moi : "Vraiment , je ne vois pas , Monsieur le Président"
- Le Président : "Lucky Blondo ! … le rock français ! … la voix de velours !"
- Moi : "I'm sorry , Mister President … je ne connais pas ce monsieur …"
- Le Président , abasourdi : "Desmond ! … une des plus grandes stars françaises ! … vous
n'aimez pas la musique ?"
- Moi : "Monsieur le Président , je suis un fan de musique … j'en écoute tous les soirs"
- Le Président : "… mais pas celle-là … vous c'est Bach … Mozart ! … vous êtes snob ,
Desmond !"
- Moi : "………………"
- Le Président : "Ces cons ont essayé de le recruter …"
- Moi : "Dans quel but , Monsieur le Président ?"
- Le Président . Il hausse les épaules : "On leur demande de recruter … alors , ils recrutent !"
NIKI
Niki est une boîte …
J'ai beau l'interroger , elle reste fermée .
J'essaie de rentrer dans son jeu , rien à faire : elle est fermée
de l'intérieur . Chaque matin , elle s'asseoit devant moi dans
un coin du salon , m'infligeant l'incompréhensible présence
de son fard à paupières (Eye tint obsidian de Giorgio Armani).
"Niki , Niki ! …" , répondra-t-elle jamais ?
J'ai beau l'interroger , elle reste fermée .
J'essaie de rentrer dans son jeu , rien à faire : elle est fermée
de l'intérieur . Chaque matin , elle s'asseoit devant moi dans
un coin du salon , m'infligeant l'incompréhensible présence
de son fard à paupières (Eye tint obsidian de Giorgio Armani).
"Niki , Niki ! …" , répondra-t-elle jamais ?
mardi 19 janvier 2016
SALE TEMPS
Les nuages du week-end furent d'incontestables nuages bas mais de quel genre
et , dans leur genre , de quelle variété ? . Le premier qui se présenta , poussé par un
fort vent d'ouest , me sembla un cumulus congestus des plus classiques , conforme
à la photo 1 de la page 26 , puisque son extension verticale était forte et ses protubé-
rences avaient l'apparence de dômes . Je fis part à Simone de mes supputations …
Elle m'arracha le livre des mains et haussa les épaules . Ça , un cumulus congestus !?
et son regard sardonique allait de l'incarnation de nuage qui nous passait dessus à la
photo 1 de la page 26 . Elle objecta (Simone fait de l'objection un système) en tapo-
tant du dos de la main la photo 2 de la page 27 qu'on avait affaire ici à un cumulus
mediocris … jamais de la vie à un congestus ! …et que si j'inaugurais ma nouvelle
science avec une erreur aussi manifeste ! … mais bien sûr , un médiocris ! … où
avais-je vu des convections thermiques d'air chaud ? … un 14 novembre ! … pour-
quoi pas pendant que j'y étais un strato-cumulus stratiformis ou … ah , ah ! … un
altocumulus lenticularis ! … non , non … mediocris … cumulus mediocris … et
Simone me colla le livre ouvert en travers de l'estomac . Que c'est joli les nuages dans
le ciel mais il y a sur le sol les feuilles tombées des arbres et , dans l'abri de jardin , un
râteau parfaitement adapté à mes deux bras … que si je voulais bien faire parenthèses
de mes impayables rêveries … Je contrattaquai par le biais de la mécanique céleste …
qu'au bout d'une révolution tropique on est revenu au point de la mort des feuilles …
mortes de mort cyclique … on n'allait pas les ramasser et les raccrocher aux branches …
sommes-nous condamnés à la nécessité comme la bernache sur les routes de Sibérie ?
n'y a-t-il pas quelque part une tangente à ce temps rotatif ? …les nuages par exemple ,
congestus ou mediocris ! … leur majestueuse échappée … je clouai le bec à Simone .
Mais , bien que victorieux sur le plan théorique , j'empoignai le râteau pour la besogne
équinoxiale et , de la journée , je ne levai plus le nez . Passèrent sur mes arbres dévastés
des cumuli de toutes formes .
et , dans leur genre , de quelle variété ? . Le premier qui se présenta , poussé par un
fort vent d'ouest , me sembla un cumulus congestus des plus classiques , conforme
à la photo 1 de la page 26 , puisque son extension verticale était forte et ses protubé-
rences avaient l'apparence de dômes . Je fis part à Simone de mes supputations …
Elle m'arracha le livre des mains et haussa les épaules . Ça , un cumulus congestus !?
et son regard sardonique allait de l'incarnation de nuage qui nous passait dessus à la
photo 1 de la page 26 . Elle objecta (Simone fait de l'objection un système) en tapo-
tant du dos de la main la photo 2 de la page 27 qu'on avait affaire ici à un cumulus
mediocris … jamais de la vie à un congestus ! …et que si j'inaugurais ma nouvelle
science avec une erreur aussi manifeste ! … mais bien sûr , un médiocris ! … où
avais-je vu des convections thermiques d'air chaud ? … un 14 novembre ! … pour-
quoi pas pendant que j'y étais un strato-cumulus stratiformis ou … ah , ah ! … un
altocumulus lenticularis ! … non , non … mediocris … cumulus mediocris … et
Simone me colla le livre ouvert en travers de l'estomac . Que c'est joli les nuages dans
le ciel mais il y a sur le sol les feuilles tombées des arbres et , dans l'abri de jardin , un
râteau parfaitement adapté à mes deux bras … que si je voulais bien faire parenthèses
de mes impayables rêveries … Je contrattaquai par le biais de la mécanique céleste …
qu'au bout d'une révolution tropique on est revenu au point de la mort des feuilles …
mortes de mort cyclique … on n'allait pas les ramasser et les raccrocher aux branches …
sommes-nous condamnés à la nécessité comme la bernache sur les routes de Sibérie ?
n'y a-t-il pas quelque part une tangente à ce temps rotatif ? …les nuages par exemple ,
congestus ou mediocris ! … leur majestueuse échappée … je clouai le bec à Simone .
Mais , bien que victorieux sur le plan théorique , j'empoignai le râteau pour la besogne
équinoxiale et , de la journée , je ne levai plus le nez . Passèrent sur mes arbres dévastés
des cumuli de toutes formes .
lundi 18 janvier 2016
KRANT 48 . LOCKE
A la retraite , Krant (mais pouvait-il remplacer Hume ?) adopta un chat .
Son nom était Loch ; c'est ainsi que je l'orthographiais quand j'écrivais
mon journal . Mais , vérification faite à la source , le capitaine m'apprit que
son chat portait le nom d'un ami à lui , mort et enterré depuis à peu près
trois siècles (!?) et fondateur de l'école sensualiste : Locke .
Je lui demandai ce qu'on pouvait bien enseigner dans une telle école car ,
pour moi , une école est faite pour apprendre à lire et à compter .
- Krant : "Pensez-vous , chef , que l'idée de Beau est innée ?"
- Moi : "Euh , capitaine … je sais quand un bateau est beau … un nuage …
un coucher de soleil … une belle fille , je sais reconnaître ..;"
- Krant : "Alors , vous êtes de l'école sensualiste ..."
Et il me laissa en plan sur la darse n°5 ; Locke , le chat noir était sur ses talons ...
Son nom était Loch ; c'est ainsi que je l'orthographiais quand j'écrivais
mon journal . Mais , vérification faite à la source , le capitaine m'apprit que
son chat portait le nom d'un ami à lui , mort et enterré depuis à peu près
trois siècles (!?) et fondateur de l'école sensualiste : Locke .
Je lui demandai ce qu'on pouvait bien enseigner dans une telle école car ,
pour moi , une école est faite pour apprendre à lire et à compter .
- Krant : "Pensez-vous , chef , que l'idée de Beau est innée ?"
- Moi : "Euh , capitaine … je sais quand un bateau est beau … un nuage …
un coucher de soleil … une belle fille , je sais reconnaître ..;"
- Krant : "Alors , vous êtes de l'école sensualiste ..."
Et il me laissa en plan sur la darse n°5 ; Locke , le chat noir était sur ses talons ...
dimanche 17 janvier 2016
PARADIS 48 . MAUVAISE NOUVELLE
Dieu ne donne plus signe de vie … Ève frappe à la porte de son atelier .
- "Di-Di , tu es là ?" . Elle est inquiète . Pas de réponse . Elle actionne le loquet :
le vide résonne . La porte est fermée de l'intérieur . Ève tambourine .
- "Di-Di , réponds-moi !" . Elle fait le tour de l'atelier . Des herbes coupantes et
des vilaines ronces ont envahi les parterres . Les volets , derrière , sont pareil fermés .
Ève secoue les vantaux : "Di-Di ! … Di-Di ! … Di-Di !"
- Retour à la porte d'entrée . Elle prête l'oreille au silence des espaces infinis . Un
bruit à l'intérieur . "Di-Di ? … tu es là ?" . Glissement de savates .
- Ève : "Ouvre-moi !"
Bruit de serrure . Chaîne de sécurité . Dans l'entrebâillement , un visage blafard ,
barbe hirsute … voix blanche :
- Dieu : "Qui va là ?"
- Ève : "Mais c'est moi Di-Di ! … ça va pas ?"
- Dieu reconnaît sa créature . Soupir : "Ève …" . Il libère la chaîne et , sans ouvrir
la porte , il regagne le lit-pliant où il dort depuis une éternité . "Entre !"
- Ève entre . Capharnaüm . Désordre . Accablement . Vaisselle pas faite . Lessive
pas faite . Poussières pas faites . Création à l'arrêt . Dieu s'est recouché , en chien de
fusil , tourné vers le mur .
- Ève : "T'es malade ?"
- Dieu . Il bougonne : "T'as pas lu les nouvelles ?"
- Ève : "Non … je sais pas lire …"
- Dieu . Il marmonne .
- Ève : "Qu'est-ce que tu dis ? … j'ai pas compris"
- Dieu : "Adam"
- Ève : "Adam ? … qu'est-ce qu'il a fait ?"
- Dieu , se retournant à moitié : "Il a rien fait … il a dit quelque chose … il l'a même
écrit …"
- Ève : "Qu'est-ce qu'il a écrit ? … dis-moi …"
- Dieu : "Dieu est mort …"
- "Di-Di , tu es là ?" . Elle est inquiète . Pas de réponse . Elle actionne le loquet :
le vide résonne . La porte est fermée de l'intérieur . Ève tambourine .
- "Di-Di , réponds-moi !" . Elle fait le tour de l'atelier . Des herbes coupantes et
des vilaines ronces ont envahi les parterres . Les volets , derrière , sont pareil fermés .
Ève secoue les vantaux : "Di-Di ! … Di-Di ! … Di-Di !"
- Retour à la porte d'entrée . Elle prête l'oreille au silence des espaces infinis . Un
bruit à l'intérieur . "Di-Di ? … tu es là ?" . Glissement de savates .
- Ève : "Ouvre-moi !"
Bruit de serrure . Chaîne de sécurité . Dans l'entrebâillement , un visage blafard ,
barbe hirsute … voix blanche :
- Dieu : "Qui va là ?"
- Ève : "Mais c'est moi Di-Di ! … ça va pas ?"
- Dieu reconnaît sa créature . Soupir : "Ève …" . Il libère la chaîne et , sans ouvrir
la porte , il regagne le lit-pliant où il dort depuis une éternité . "Entre !"
- Ève entre . Capharnaüm . Désordre . Accablement . Vaisselle pas faite . Lessive
pas faite . Poussières pas faites . Création à l'arrêt . Dieu s'est recouché , en chien de
fusil , tourné vers le mur .
- Ève : "T'es malade ?"
- Dieu . Il bougonne : "T'as pas lu les nouvelles ?"
- Ève : "Non … je sais pas lire …"
- Dieu . Il marmonne .
- Ève : "Qu'est-ce que tu dis ? … j'ai pas compris"
- Dieu : "Adam"
- Ève : "Adam ? … qu'est-ce qu'il a fait ?"
- Dieu , se retournant à moitié : "Il a rien fait … il a dit quelque chose … il l'a même
écrit …"
- Ève : "Qu'est-ce qu'il a écrit ? … dis-moi …"
- Dieu : "Dieu est mort …"
samedi 16 janvier 2016
DESMOND 42 . DEUX MINUTES
- "Ah , mon cher Desmond … une fois de plus , vous allez me sauver la vie !"
Le Président me rattrape dans le couloir qui mène à l'ascenseur de l'incinérateur .
- Moi : "Monsieur le Président ?"
- Lui : "J'ai dans une demi-heure une réunion avec la crème de la physique fonda-
mentale … Desmond … je dois vous avouer que j'ai du mal avec la règle de trois"
- Moi : "Monsieur le Président … c'est assez simple … je peux vous expliquer"
- Lui : "Non , Desmond … pas le temps … une autre fois … la règle de trois peut
attendre … pouvez-vous m'exposer en deux minutes chrono les tenants et les
aboutissants de la relativité générale ?"
- Moi : "…….?…… Mister President !? … deux minutes , c'est un peu court"
- Lui : "… dans les grandes lignes , Desmond !"
- Moi . Je pose sur la moquette les documents à détruire : "Je dois avant toute chose
vous parler d'une des conclusions de la théorie de Maxwell"
- Lui : "… Maxwell ? … jamais entendu parler …"
- Moi : "La vitesse de la lumière , Mister President , est égale à 300.000 km/s quel
que soit le mouvement de celui qui l'observe"
- Lui . Il fronce les sourcils : "Vous voulez dire que la vitesse de la lumière est
constante ?"
- Moi : "Yes , Mister President … la loi d'addition des vitesses de Galilée ne vaut pas
pour la lumière !"
- Lui : "…………….?……………"
- Moi : "A partir de là , Einstein a introduit le concept d'espace-temps"
- Lui : "Ah , l'espace-temps … j'ai vu ça à la télé … dans des films de science-fiction !"
- Moi : "L'espace et le temps sont impossibles à démêler , Monsieur le Président …"
- Lui . Il consulte sa montre : "Il vous reste une minute , Desmond et je file … la
réunion est à 200 mètres par le couloir C et ces gars-là sont à l'heure !"
Le Président me rattrape dans le couloir qui mène à l'ascenseur de l'incinérateur .
- Moi : "Monsieur le Président ?"
- Lui : "J'ai dans une demi-heure une réunion avec la crème de la physique fonda-
mentale … Desmond … je dois vous avouer que j'ai du mal avec la règle de trois"
- Moi : "Monsieur le Président … c'est assez simple … je peux vous expliquer"
- Lui : "Non , Desmond … pas le temps … une autre fois … la règle de trois peut
attendre … pouvez-vous m'exposer en deux minutes chrono les tenants et les
aboutissants de la relativité générale ?"
- Moi : "…….?…… Mister President !? … deux minutes , c'est un peu court"
- Lui : "… dans les grandes lignes , Desmond !"
- Moi . Je pose sur la moquette les documents à détruire : "Je dois avant toute chose
vous parler d'une des conclusions de la théorie de Maxwell"
- Lui : "… Maxwell ? … jamais entendu parler …"
- Moi : "La vitesse de la lumière , Mister President , est égale à 300.000 km/s quel
que soit le mouvement de celui qui l'observe"
- Lui . Il fronce les sourcils : "Vous voulez dire que la vitesse de la lumière est
constante ?"
- Moi : "Yes , Mister President … la loi d'addition des vitesses de Galilée ne vaut pas
pour la lumière !"
- Lui : "…………….?……………"
- Moi : "A partir de là , Einstein a introduit le concept d'espace-temps"
- Lui : "Ah , l'espace-temps … j'ai vu ça à la télé … dans des films de science-fiction !"
- Moi : "L'espace et le temps sont impossibles à démêler , Monsieur le Président …"
- Lui . Il consulte sa montre : "Il vous reste une minute , Desmond et je file … la
réunion est à 200 mètres par le couloir C et ces gars-là sont à l'heure !"
vendredi 15 janvier 2016
COTE 137 . 46 . NOS MÉDAILLES
Un général vint . Il en venait parfois dans notre tranchée .
On nous fit nettoyer le boyau de fond en comble . Nous le débarassâmes de ce qui
l'encombrait : des ferrailles tordues , des sacs de sable éventrés , des éclats d'obus , des
rats gazés , des restes humains et des cadavres entiers . Mais il pleuvait , et quoique nous
eussions pelleté jusqu'à l'arrivée du général , notre tranchée n'avait rien du Boulevard
Malesherbes . C'était un cloaque et nous ne pûmes dérouler le tapis rouge .
Ce général était un grand homme sec , impeccable sur lui , moustache gominée et le
torse jeté en arrière . Une automobile à chenilles le déposa au bord de la casemate . Nous
étions alignés dans la tranchée . Le général nous passa en revue . Sur chacun il fixait son
beau regard bleu et hochait la tête d'un air grave et entendu : nous étions entre braves ...
Un obus de 105 passa très haut . Le général rentra la tête dans ses épaules luxueusement
galonnées et il ferma les yeux . Nous ne bougeâmes pas d'un poil car nous savions à
l'oreille que cet obus n'était pas pour nous mais peut-être (et probablement) destiné à nos
artilleurs . Le général reprit sa progression dans un bruit de succion . Il tenait ses gants
serrés derrière le dos .
Une marmite passa nettement plus bas en sifflant gravement . Le général s'accroupit au
fond de la tranchée . Il lâcha ses gants et mit les deux mains sur sa tête . Nul ne cilla ni ne
tressaillit car , dans cette octave , la marmite était une erreur de tir et elle s'écraserait 500
mètres derrière nos lignes . Le général se releva , fit demi-tour , ne ramassa pas ses beaux
gants de peau , salua promptement notre capitaine et s'engouffra dans son auto-chenilles .
Nous remarquâmes que le fond de sa culotte était tâché de boue .
Martial sortit de la tranchée et se mit à courir derrière l'automobile qui s'éloignait en
cahotant . Il criait :
"Mon général , mon général ! … nos médailles , nos médailles !? … vous oubliez nos
médailles !"
On nous fit nettoyer le boyau de fond en comble . Nous le débarassâmes de ce qui
l'encombrait : des ferrailles tordues , des sacs de sable éventrés , des éclats d'obus , des
rats gazés , des restes humains et des cadavres entiers . Mais il pleuvait , et quoique nous
eussions pelleté jusqu'à l'arrivée du général , notre tranchée n'avait rien du Boulevard
Malesherbes . C'était un cloaque et nous ne pûmes dérouler le tapis rouge .
Ce général était un grand homme sec , impeccable sur lui , moustache gominée et le
torse jeté en arrière . Une automobile à chenilles le déposa au bord de la casemate . Nous
étions alignés dans la tranchée . Le général nous passa en revue . Sur chacun il fixait son
beau regard bleu et hochait la tête d'un air grave et entendu : nous étions entre braves ...
Un obus de 105 passa très haut . Le général rentra la tête dans ses épaules luxueusement
galonnées et il ferma les yeux . Nous ne bougeâmes pas d'un poil car nous savions à
l'oreille que cet obus n'était pas pour nous mais peut-être (et probablement) destiné à nos
artilleurs . Le général reprit sa progression dans un bruit de succion . Il tenait ses gants
serrés derrière le dos .
Une marmite passa nettement plus bas en sifflant gravement . Le général s'accroupit au
fond de la tranchée . Il lâcha ses gants et mit les deux mains sur sa tête . Nul ne cilla ni ne
tressaillit car , dans cette octave , la marmite était une erreur de tir et elle s'écraserait 500
mètres derrière nos lignes . Le général se releva , fit demi-tour , ne ramassa pas ses beaux
gants de peau , salua promptement notre capitaine et s'engouffra dans son auto-chenilles .
Nous remarquâmes que le fond de sa culotte était tâché de boue .
Martial sortit de la tranchée et se mit à courir derrière l'automobile qui s'éloignait en
cahotant . Il criait :
"Mon général , mon général ! … nos médailles , nos médailles !? … vous oubliez nos
médailles !"
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