dimanche 31 juillet 2016

L'ABBÉ TONIÈRES 7 . A LA FRONTIÈRE SUISSE

    Le douanier suisse demanda à l'abbé sa carte d'identité .

- L'abbé : "Et quoi encore mon pote ? … cette soutane ne te suffit pas ?"
- Le douanier : "Veuillez m'excuser , mon Père … c'est la loi"
- L'abbé : "Mon nom est John Wayne , curé de Saint-Foutre Dieu" et ,
poussant Jeanne-Marie dans les bras du fonctionnaire : "et celle-ci , c'est
Greta Garbo"
- Le douanier , imperturbable suisse : "Votre carte d'identité , mon Père"
- L'abbé : "Trou du cul de … !!! … je viens planquer le pognon de la paroisse
dans tes saloperies de banques et tu …"
- Marie-Madeleine : "Mon Père ! … taisez-vous … on va se faire repérer … 
mon Père ... pour l'amour de Dieu !"
- L'abbé , soudain calme , mains en supination , oeil sulpicien braqué sur le ciel :
"Mon doux Jésus , vois ce qu'il me font …" . Puis , joignant les paumes aux ailes de 
son nez : "Prions"

    Or une queue conséquente se formait derrière la compagnie des jeannettes et le vol
2392 pour Zurich , c'était dans cinq minutes .

- Le douanier : "Mon Père … je vais vous demander de vous mettre sur le côté …
les passagers attendent"
- L'abbé , à nouveau en position d'oblat : "Doux Jésus , les passagers du vol 2392
te prient d'intervenir"
- Le douanier : "Mon Père !"
- L'abbé : "Tais-toi mon fils … la terre est pleine de violence à cause des hommes 
et je vais les faire disparaître de la terre !" . Et se tournant vers les voyageurs du
vol 2392 : "Faites vous une arche en roseaux … de 300 coudées … je vais amener
le déluge pour exterminer de dessous le ciel toute chair ayant souffle de vie"

    Les services de sécurité firent à l'abbé une piqûre hypo-dermique .

L'ABBÉ TON!ÈRES 6 . LA TOURISTE AUTRICHIENNE

    Il y avait dans la pension une petite femme , une touriste autrichienne minuscule ,
1m40 à tout casser , que nous croisions le matin au petit déjeuner . L'abbé la saluait
d'un tonitruant : "Hello , femme de peu de poids !"

- Marie-Madeleine : "Mon Père ! … enfin !!"
- L'abbé : "Quoi ? … n'est-elle pas minuscule ? … on dirait un bibelot …"
- Marie-Madeleine : "Mon Père , c'est une personne !"
- L'abbé , jetant un coup d'oeil étonné à l'autrichienne : "Une personne ? … n'ai-je
pas dit : "Femme de peu de poids" ? … cette formule ne prend-elle en compte la
personnalité de cette femme ou me cherchez-vous des poux ?"

    Puis se levant et traversant la salle de restaurant , il allait tâter aux épaules la
touriste lilliputienne .

- "Il y a en effet de la personne là-dessous , Marie-Madeleine , mais à peine perceptible
et c'est mon grand mérite , voyez-vous , d'avoir décelé qu'il y a sur cette chaise , non
pas une théière , mais une personne de peu de poids"

    L'abbé se rasseyait et s'enfilait deux baguettes de pain beurré .

L'ABBÉ TONIÈRES 5 . LA CRÈCHE

    Au rez-de-chaussée de la pension , il y a une crèche . L'abbé s'est assis dans le hall
d'entrée avec un paquet de bonbons dans le creux de sa soutane :

- "Petits , petits , petits …" susurre-t-il , comme s'il appelait des canards .
- Marie-Madeleine : "Que faites-vous , mon Père ?"
- L'abbé : " … la paix , Marie-Madeleine ! … laissez venir à moi les petits enfants …"
- Marie-Madeleine : "Mon Père ! … que vont dire les parents !?"
- L'abbé : "Les parents !? … ils s'en foutent les parents ! … ils ont casé leur marmaille
et se sont tirés sur les pistes … vous n'y comprenez rien … vous êtes trop conne … les
moutards , c'est pour les allocs … ça paie les forfaits ..."
- Marie-Madeleine . Elle tire l'abbé par la manche : "Venez , mon Père … avec tout ce
qu'on raconte sur les curés ..."
- L'abbé : "Qu'est-ce qu'on raconte sur les curés , Marie-Madeleine ?"
- Marie-Madeleine : "Enfin , mon Père , vous savez bien … ces histoires de … de …"
- L'abbé : "De pédophilie … osez le mot , Marie-Madeleine … de pédophilie ! …"
- Marie-Madeleine : "Quelle horreur !"
- L'abbé : "Je ne mange pas de ce pain là ! . Je ne tripote pas en-dessous de 13 ans …
et seulement les filles ! … petits , petits , petits …"
- Marie-Madeleine : "Mon Père ! ..."
- L'abbé : "Ah , foutez-moi la paix ! ..."

    Une skieuse passe , serrant contre sa combinaison deux fillettes emmitouflées . Elle
décrit un grand cercle d'évitement .

- L'abbé : "Regardez-moi cette dinde !" . Il tonne : "On dirait que je vais lui manger
ses dindonneaux !"
- Marie-Madeleine : "Mon Père , je vous en supplie !"
- L'abbé se lève et passe la tête par la porte de la crèche . Il éructe : "Pipi , caca ! …
croupissez , bébés !"

L'ABBÉ TONIÈRES 4 . AU BOBSLEIGH

    Le 31 décembre , l'abbé nous a emmenées au Bobsleigh , la boîte de La Mongie .
Un grand nègre en costard , à l'entrée , a regardé la soutane d'un air tout à fait catho-
lique : "Serait-ce un déguisement , mon Père ?"

- L'abbé : "Ça , mon pote ? … c'est une soutane conquise au petit séminaire de
Versailles ! … négro … sept ans de masturbation !" … et il fit au nègre un doigt
avant de planter sa personne et son habit clérical en haut d'un tabouret de bar en
peau de léopard . "Garçon ! … scotch , double dose , j'ai soif ! … du bon et du cher …
j'ai le pognon !"

    Madame Desmaecker , récente miraculée , nous a entraînées sur la piste car le DJ
donnait la version longue de Shapira Waka Waka . C'était super . Jeanne-Marie s'est
fait peloter par deux skieurs ; faut dire qu'elle donnait envie ! …

    Puis nous nous sommes tassées dans une alcôve et Marie-Madeleine nous a passé un
joint de sa composition .

    Au bout du bar , l'abbé perché sur son tabouret avait desserré son col romain et il se
lançait dans ses premières invectives . Il gesticulait et levait haut sa bouteille de bourbon
15 ans d'âge . La musique couvrait le son de sa voix . Le barman tentait de le calmer .
Marie-Madeleine vint à la rescousse . L'abbé , nous dit-elle , l'a traitée de salope … il
hurlait qu'il n'épouserait pas Madame Desmaecker … qu'elle était nulle en skis … qu'il
avait fait voeu de … de quoi ? …" . "Chasteté ? …" , proposa Marie-Madeleine mais
l'abbé trop saoûl fut incapable de prononcer ce mot … "et il en avait sa claque de ce
camp de jeannettes à la con …"

    Deux videurs d'un quintal ont pris l'abbé sous les aisselles . Quand ils sont passés
près de notre table , l'abbé a dit : "Voyez passer le Christ crucifié et ses deux larrons"

    Les larrons l'ont jeté dans la neige au moment où minuit sonnait .

samedi 30 juillet 2016

L'ABBÉ TONIÈRES 3 . UN POSTE TANT ATTENDU

    A midi , l'abbé est arrivé dans la salle à manger où nous l'attendions pour le repas .
Sa soutane tournait autour de lui et il agitait au-dessus de sa tête une lettre . "Ça y est !"
jubilait-il … "j'ai le poste ! … je l'ai !" et , s'asseyant , "c'est ma tournée ! … whisky ! …
c'est ma tournée !" . Au garçon : "Petit pédé" (le garçon est un homosexuel) , "whisky
pour tout le monde !"

- Marie-Madeleine : "Le Bénédicité , mon Père" . Toutes , nous étions debout autour
de la table et nous avons joint les mains . Sans se lever , l'abbé produisit un vague
murmure et un imperceptible signe de croix . "Ça va comme ça , ma petite chatte ? …" .
Puis : "Je l'ai le poste , je l'ai ! … ça vient ces whiskies ?" . Entonnant un Kyrie Eleison :
"Je l'ai ! … je l'ai ! … Sainte Marie des Anges ! … je l'ai ! …"
- Marie-Madeleine : "Qu'avez-vous mon Père ?"
- L'abbé : "Le poste , ma jolie ! … je l'ai !"
- Marie-Madeleine : "Quel poste ?"
- L'abbé : "Le Poste avec un grand P !" et il agitait la lettre devant lui : "Sainte Marie
des Anges ! … la hiérarchie … on me fait confiance en haut lieu !" et il embrassait la
lettre et avec la lettre il s'essuyait les yeux et pleurnichait : "Sainte Marie des Anges …
Directeur de conscience … un établissement de grande tenue … plein de petites salopes ! …"

LE ROI DES BELGES (suite) . LES 27e MUSICALES DE BELOEIL

    Le public mélomane découvrit la symphonie de Oualfgang Ahmed Bozart aux
27e Musicales du Château de Beloeil :

                                   Cacophonie en Si sauteuse et plein de Do
                                   Pour 1 pipeau , 2 cordes à sauter
                                   et 200 perceuses à percussion ,
                                   Dite "Cacophonie Pastorale"

    L'oeuvre se jouait sans partitions et sans chef d'orchestre . L'art rejoignait ainsi les
principes d'une saine économie . Les perceurs faisaient du mode d'emploi de leur
instrument la source de leur inspiration et les sauteurs à la corde expérimentaient les
variations du freestyle . Quant au soliste , sa partie consistait à jeter au plafond son
pipeau et à le rattraper l'air de rien . L'interprétation était très libre mais pas totalement ,
comme quoi les limites de l'avant-gardisme sont aussi celles du possible . Le 6 septembre
2015 , le Prince de Ligne engagea dans l'affaire le reste de sa fortune et comme il avait
grassement doté le compositeur , celui-ci recommanda aux artistes qu'en plus de s'acco-
moder au subjonctif imparfait ils se conformassent aussi à l'horaire fixé par ses généreux
mécènes , Son Altesse Michel et son épouse Eléanore d'Orléans Bragance , afin que les
prestations de l'ODB coïncidassent (à une vache près , dit-il) avec la présence du public .
On distribua à l'entrée du Château de Beloeil une triple protection auditive : serre-tête à
coquilles , bouchons d'oreille et boules Quies , à quoi l'on ajouta mais exclusivement
pour les VIP une assistance psychologique car , lors des répétitions , le Grand Chambellan
avait enregistré sur son décibelmètre à l'apogée du fortissimo la pression acoustique de
191 décibels , soit la valeur d'une onde de choc !

LE ROI DES BELGES (suite) . COMMENT SAUVER L'ODB ?

    J'avais (Moi , Couteau A Droite Ier) accordé aux titulaires de l'Orchestre
Dysharmonique de Bruxelles (ODB) toute latitude dans l'emploi de leur temps .
Par voie de conséquence , si les musiciens étaient libres de leur horaire , c'était
pareil pour le public . Il accédait à l'Auditorium de façon aléatoire , par épisodes ,
et dans l'espoir très mince d'entendre ses interprètes favoris . C'était possible pour
les accros de perceuses à percussion parce qu'il y avait toujours l'un ou l'autre des
200 percussionnistes en cours de perçage . Il était beaucoup plus difficile aux
amateurs de corde à sauter de caler leur planning sur l'intervention stochastique
des sauteurs et si un amoureux du pipeau entendait trois notes dans des condi-
tions supportables , c'était un vrai coup de pot . Cette manière décousue d'aborder
les oeuvres dégoûta les mélomanes et détourna nombre des béotiens de ce genre
de loisir à quoi ils préférèrent des formules plus accessibles comme le juke-box et
les saoûleries collectives . En somme , j'avais sacrifié l'art sur l'autel du droit syn-
dical . Pour sortir de cette impasse , je commandai une symphonie au plus grand
compositeur de notre temps : Oualfgang Ahmed Bozart .

jeudi 28 juillet 2016

TROIS MOUCHES 66 . DREAM AND SEX

    Berthe faisait sous ses draps toutes sortes de mauvais rêves . Clark et moi étions
couchés le long de ses hanches et , par des caresses , nous tentions de la calmer .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de
paille posés sur les tables de nuit .

    J'étais couché contre de longues et merveilleuses hanches : celles de Berthe .
Trois mouches rêvaient de moi ; elles caressaient nos draps vermeils puis , au plus
calme de la nuit , se posaient sur nos tables .

    C'était une mauvaise nuit , calme pourtant , mais posée sur les hanches de Berthe .
Elle rêvait de Clark et de caresses ; elle bourdonnait comme ces longues tentations
couchées dans la paille … ou dans des draps vermeils .

mercredi 27 juillet 2016

L'ABBÉ TONIÈRES 2 . A LA MONGIE

    Nous sommes arrivées (les filles du groupe) à La Mongie . Madame Desmaecker
nous a rejoints en stop . "C'est un miracle !" , répétait Marie-Madeleine . L'abbé s'est
foutu d'elle . Il nous a expliqué que la gaine de myéline - c'est cette substance blanche
qui entoure les axones - est générée par des cellules dites de Schwann dans le système
nerveux périphérique et qu'à la suite d'un choc - mécanique ou émotionnel - etc …
etc … . Nous n'avons rien compris et il nous semblait que l'hypothèse du miracle
était plus probante . L'abbé nous a traitées de connes .

    D'entrée de jeu , Madame Desmaecker s'est attaquée à la piste noire . Elle a épaté
les moniteurs avec son style coulé et il y avait peu d'hommes à la station qui osait
prendre tout schuss le "mur de la mort" . Même l'abbé a calé et il était super-vexé .

    L'ambiance s'est dégradée . La nuit , l'abbé a fait des siennes . Il a essayé de forcer
la porte de Jeanne-Marie , mais Jeanne-Marie couchait avec un moniteur . L'abbé a
pris des paires de baffes et il est descendu au bar . Il est remonté à deux heures du
matin avec la soutane souillée . Il s'est mis à chanter des chansons de cul . Marie-
Madeleine est sortie de sa chambre en suppliant : "Non , mon Père … pour l'Amour
de Dieu !" . Elle était en nuisette transparente et l'abbé s'est jeté sur elle . Il a fallu toute
l'escouade des moniteurs pour le traîner par les pieds et l'enfermer dans le placard à
skis .

    Je me suis agenouillée au pied de mon lit et j'ai prié .

LE ROI DES BELGES (suite) . L'ODB

    Nul grand règne sans statuaire téléphonique , nul grand règne non plus sans un
orchestre symphonique : je créai l'ODB , Orchestre Dysharmonique de Bruxelles
et j'enjoignis au Grand Chambellan de recruter sur le champ . Sur le champ mais
pas n'importe comment . La moisson devait suivre des sillons assurés : l'ODB
interprèterait des oeuvres résolument contemporaines et , dis-je , plus que des
oeuvres d'aujourd'hui , celles d'après-demain , de sorte que notre orchestre ait sur
toute autre formation trois symphonies d'avance ; les oeuvres seraient belges mais on
serait perméable aux influences katangaises ; enfin , je voulais que les musiciens
fussent heureux et je leur octroyai par avance le droit de venir jouer quand bon
leur semblerait .

    Les cordes furent le parent pauvre ; on comptait une guimbarde mouldouk et une
corde à sauter avec trois pinces à linge , et les instruments à vent n'étaient pas mieux
lotis : on y trouvait un quarteron de pipeaux et , en soutien , un biniou du pays bigou-
den .

    C'est avec les percussions que l'Orchestre Dysharmonique de Bruxelles donnait
sa mesure : pas moins de vingt hochets à grelots menés par les meilleurs Gilles de
Binche , quarante planches à laver grattées par des lavandières triées sur le volet ,
chacune équipée de dix dés à coudre , des racles imitant avec autant de réalisme
le coassement du crapaud et le croassement de la corneille et , pour rythmer le chant
des femmes , l'indispensable kpanouhoun , des timbales et des cymbales , des gongs
de toutes sortes , des calebasses , des crécelles , un balafon , un pain de dynamite ,
des lessiveuses , des casseroles par séries de douze et ce qui fait la batterie de cuisine
d'un honnête restaurant .

    Plus les perceuses à percussion …

    J'exigeai que cet ensemble fut opérationnel pour les 27e Musicales de Beloeil ,
bouclant ainsi la boucle .

                                                                                          (à suivre)

lundi 25 juillet 2016

L'ABBÉ TONIÈRES 1 . MIRACLE A LA GARE DE LOURDES

    Nous avions pris le TGV à Paris-Montparnasse . Ligne Paris-Bordeaux-Tarbes .
C'est en descendant du train à Lourdes que l'abbé est devenu fou . Il a essayé d'em-
brasser Jeanne-Marie . Elle s'est débattue . Il l'a giflée . Elle lui a décoché un coup de
Patogas dans les … . Nous devons à la vérité que Jeanne-Marie a osé cette parade
sans lâcher le fauteuil roulant de Madame Desmaecker . L'abbé est revenu à la charge
dans un ample mouvement de soutane toute ornée de filets de bave . Son visage tirait
sur le violet à cause du coup reçu et d'un afflux de sang dans ses corps creux . Marie-
Jeanne s'est enfuie dans la foule avec Madame Desmaecker . Elle zigzagait entre les
pèlerins , les tracteurs de bagages et les bornes à composter , mais elle s'est trouvée
coincée à la porte tournante automatique où il y avait un embouteillage de handicapés .
L'abbé l'a agrippée par le corsage et cependant Jeanne-Marie ne lâchait pas le fauteuil
de Madame Desmaecker . L'abbé secouait Jeanne-Marie et la secousse passait dans les
tubes du fauteuil et , par voie de conséquence , dans Madame Desmaecker elle-même .
La pauvre s'est mise à hurler . Un contrôleur a tiré l'abbé par les épaules mais l'abbé ne
lâchait pas le chemisier de Jeanne-Marie dont la boutonnière était tiraillée au point que
les boutons ont sauté les uns après les autres . Le contrôleur a volé sur le dos , empor-
tant l'abbé et le chemisier de Jeanne-Marie . Jeanne-Marie en a profité pour s'engouffrer
dans la porte automatique qui - entretemps - avait retrouvé un semblant de fluidité .
L'abbé s'est relevé et quand il a compris que jamais il ne pourrait rattraper Jeanne-Marie
avant l'Office de Tourisme où nous devions nous rendre pour connaître le prix forfait
des remontées mécaniques , il est revenu vers notre groupe et s'est jeté sur Marie-
Madeleine en la traitant de salope .

    Dans l'après-midi , quand nous avons retrouvé Jeanne-Marie , elle était assise sur le
seuil de l'Office de Tourisme . Elle pleurait et le fauteuil de Madame Desmaecker était
vide . "Elle est partie en courant" , nous dit-elle .

- "Miracle !" , s'est écriée Marie-Madeleine en tombant à genoux .

    L'abbé a haussé les épaules .

   

dimanche 24 juillet 2016

KRANT 66 . A KUCHING

    Je regardais les dockers malais de Kuching rouler les tonneaux d'huile de palme
sur le quai , les fixer aux crochets de levage par des cordages puis nos soutiers les
halaient sur le pont au cabestan pour les poser avec méthode au fond des cales .
Les corps demi-nus ruisselaient et la vapeur qui émanait des torses était confinée
dans ce port minuscule que la jungle , débordant la montagne et comme suspendue
au-dessus de nos têtes , semblait sur le point d'engloutir . Le quartier-maître dans
une combinaison largement auréolée me rejoignit sur le palier de passerelle . Il se
mit derrière moi et posa ses paumes moites sur mes yeux .

- Moi : "Qu'est-ce que tu me joues-là , Toms ?"
- Lui : "Chef ! … c'est Noël aujourd'hui … Noël dans cette sacrebleu foutue poêle
à frire ! … qu'est-ce que je te joue-là ? … je te ferme les yeux pour un grand voya-
ge … Koenigsberg … chez nous … à cette minute … allez chef ! … raconte ! …"
- Moi : "Ah , Toms !" . Il gardait serrées ses mains sur mes yeux et la rougeur inté-
rieure de mes paupières se mit à rosir , puis à pâlir , puis y vinrent des points blancs
comme neige … "Toms ! … il neige ! … il neige à Koenigsberg !"
- Lui : "Tudieu ! … il neige à Koenigsberg ! … allez , allez , raconte !"
- Moi : "Les flocons sont énormes … larges comme des boîtes de corned-beef …
je marche à la lisière de la forêt derrière chez moi … les basses branches des pins
touchent la neige … les troncs noirs sont blanchis de gel à l'est … est-ce que tu les
vois , Toms ?"
- Lui : "Attends … je ferme les yeux … oui , je les vois tes pins … vas-y chef ,
raconte! …"
- Moi : "Le silence Toms ! … tu entends le crissement de mes bottes sur la neige ?"
- Lui : "… oui …"
- Moi : "Et les lampes à huile … les petites familles au chaud , derrière les fenêtres
des maisons basses … Toms … tu les vois ?"
- Lui : "Oui …"
- Moi : "Le froid … tu le sens ? …"
- Lui : "… oui … oui ! …"
- Moi : "… un chien aboie … très loin … ça doit être du côté de Braunsberg …
tu l'entends ?"
- Lui : "… oui …"
- Moi : "J'ai le nez pris de froid … Toms ! … j'ai froid !"
- Lui : "J'ai froid moi aussi … quel délice !"
- Krant : "Messieurs , c'est à colin-maillard que vous jouez ?"

vendredi 22 juillet 2016

COTE 137 . 64 . LE MOT PERDU

    Il pleut sur Montrepont . il pleut sur la cote 137 . La même pluie . Martial et moi
sommes de garde .

- Martial : "Vieux … j'ai perdu un mot …"

    Nous sommes appuyés sur les sacs de la tranchée . A dix mètres devant nous , un
bras déchiqueté sort de terre .

- Moi : "Un mot ? … quel mot ? …"
- Martial : "Je ne me souviens pas ... j'ai oublié …"
- Moi : "……….?……….."
- Martial , le nez posé sur la culasse de son Lebel : "Bon sang … j'ai oublié le mot …
aide-moi !"
- Moi : "T'aider ? … des mots , il y en a plein le dictionnaire … si tu as perdu celui-là ,
comment veux-tu ?"
- Martial de fort mauvaise humeur : "Bon sang de bon sang !" . Se tournant vers la
casemate : "Mon capitaine !"
- La voix du capitaine : "C'est Martial ? … oui … Martial ?"
- Martial : "Je cherche un mot , mon capitaine !"
- Le capitaine passant la tête par l'ouverture de son abri : "Un mot ? … quel mot ?"
- Martial : "Si je le savais !"
- Le capitaine : "Ça a rapport à quoi ? … mettez-nous sur la voie …"
- Martial , le nez maintenant enfoncé dans la culasse : "Quelque chose de fuselé ..."
- Le capitaine : "Canon ?"
- Martial : "Non … non … quelque chose qui vous tombe sur la tête ..."
- Le capitaine : "Marmite ?"
- Martial . Il s"énerve : "Non … non … c'est tout en courbes …"
- Le capitaine : "Obus ?"
- Martial : "Non ! … une chose qui vous éparpille …"
- Moi : "Marmite ? … le capitaine a raison … ça doit être marmite le mot que tu
cherches …"
- Martial : "Non … sacrebleu , je l'ai sur le bout de la langue" . Martial fixe sans le voir
le bras déchiqueté à dix mètres de la tranchée .
- Bertin :"C'est pas "amour" le mot que tu cherches ?"
- Martial tourne vers Bertin un visage radieux et illuminé de larmes : "Amour"! …
Bertin , tu me sauves la vie !"

mercredi 20 juillet 2016

LE ROI DES BELGES (suite) . QUE FAIRE DE NOS TÉLÉPHONES FILAIRES ?

    A tout grand règne , sa monumentale statuaire …

    Je commandai au Grand Chambellan d'ériger sur la Grand-Place de Bruxelles
(Gruute Met) une statue équestre de Couteau A Droite Ier , Roi des Belges : moi .
J'ordonnai aux Services Secrets d'enquêter préalablement : y avait-il de par le monde
un biographe assez farfouilleur pour découvrir que j'avais pissé dans ma culotte au
club de poneys ? . Rassuré , je mis en branle ma formidable imagination . J'avais
en tête des précédents flatteurs : Colleoni à Venise , le Cavalier de Bamberg ,
Louis XIV Place de Bellecour à Paris . Je me voyais en grande figure de marbre
de Carrare ou de pierre de Tournai , cheval cabré sur un socle ouvragé dans le
style Grand Siècle . Mais le Grand Chambellan défendit la cause de l'Art Contem-
porain . Je devais , disait-il , trangresser les codes et laisser aux ploucs le porphyre
rouge et le cipolin vert , je devais imprimer dans la glaise de l'Histoire la marque de
mon passage (!) ; surtout , je devais oser .

- Moi : "Mais quoi , Monsieur le Grand Chambellan … diantre … que me proposez-
vous ?"
- Lui : "Sire , j'étais ce soir à l'Académie … la pierre , le bronze , l'acier , le béton ,
le durable … c'est fini !"
- Moi : "Diable … comme vous y allez , mon cher"
- Lui : "L'heure , Majesté , est à la consommation … doncques , au jetable … au
recyclage"
- Moi : " … ???????? …"
- Lui : "Qu'avez-vous fait , Sire , de votre téléphone fixe ?"
- Moi , haussant les épaules : "Enfin , Monsieur le Grand Chambellan , quelle
question ! … j'ai comme tous mes sujets un Smart (i) phone … mon téléphone fixe ,
je l'ai jeté !"
- Lui : "Vous l'avez jeté , Sire ! … ne les jetons plus : recyclons-les . Je propose à
Votre Majesté d'organiser une collecte … envoyons nos sbires par tout le Royaume"
- Moi : "Palsambleu , Monsieur le Grand Chambellan ! … que ferons-nous de cet
énorme tas ? … vous n'y pensez pas ! … 11 millions de téléphones empilés dans la
Cour du Palais !?"
- Lui : "Qu'en ferons-nous , Sire ? … ils seront compressés , puis sculptés en 3D sous
Zbrush et nous appliquerons sur l'objet final - votre statue équestre - une peinture
céramique haute température (PCHT)"
- Moi : "Sera-ce joli ?"
- Lui : "Sire , ça aura de la gueule …"

TROIS MOUCHES 65 . INGRES

    Elle avait acheté un minuscule maillot de bain . "Je n'aime pas la couleur " ,
dis-je . "Je m'en fous !" , répondit-elle en attachant ses boucles d'oreilles . Clark
et moi la regardions tandis que trois mouches vermeilles et merveilleuses
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .

    Clark lui avait acheté un maillot de bain . Elle disait en boucle (et sous nos
chapeaux de paille nos oreilles bourdonnaient) : "Je n'aime pas la couleur !" .
"Je m'en fous , il est merveilleusement minuscule" , répondait Clark .

    Je lui avais acheté des boucles d'oreilles . "Elles sont minuscules" , dis-je .
"Je m'en fous … elles sont vermeilles comme je les aime" , répondit-elle en les
attachant . Son maillot couleur paille bourdonnait .

dimanche 3 juillet 2016

ÉTUDE DES TEXTES SACRÉS . CONFÉRENCE

    A propos de "Quand lama pas content , lama faire ça !"
            (in "Le Temple du Soleil" P2 et ibid P21)

    La question exégétique formelle est de savoir si , à l'anacoluthe figurée par la virgule
et fortifiée par l'anaphore "Lama-lama" (elles sont en réalité consubstantielles) , Hergé
a associé une asyndèle ou un zeugma .

    Ni l'une , ni l'autre répond l'exégèse historico-critique (ses spécialistes ont entre 7 et
77 ans) puisque dans la première éventualité , les mots supprimés sont un déterminant ,
une forme verbale et la moitié d'une négation , non pas une conjonction de coordination
ou un adverbe et que le zeugma tend à créer un effet de surprise , ce qui n'est pas le cas
ici . L'exégèse penche pour un pur et simple solécisme et on a envie de lui donner raison
car le locuteur de l'aphorisme est un latino qui n'a pas fréquenté l'école communale de
Moulinsart .

    Des iconoclastes prétendent par ailleurs que le "Lama" du premier hémistiche est un
lama de chair et d'os et que le "lama" du second est une métaphore (ou diaphore) de lama
ou l'extension d'un lama particulier à son espèce ; donc , que la formule est une sorte de
forme rhétorique catachréstique (ou catachrèse , chers collègues) , signe que le lama de la
P21 n'est pas un lama schizoïdique ou autiste mais qu'il atteste les comportements de son
espèce en crachant et ses formes prodromiques quand le capitaine Hadocq l'invective .
En passant de la partie au tout , Hergé aurait commis rien moins qu'une synecdoque !

    La moutarde est montée au nez de l'exégèse historico-critique qui conteste absolument
cette version : le "Lama pas content" et le "lama qui fait ça" , c'est bien le même lama . Il
n'y a pas un lama-ci et un lama-là ! . Quant au fond de l'affaire , il y a vraisemblablement
à voir avec le concept de causalité ; quand lama pas content , alors lama faire ça . S'agit-il
d'une causalité de nature pavlovienne , c'est-à-dire relative à des stimuli simples tels que
"Bachi-Bouzouk" , "Imitation de chameau" ou "Espèce de jet d'eau ambulant" , ou -
comme l'affirment des anachorètes particulièrement isolés - d'une causalité de nature cultu-
relle ? . Auquel cas , chers amis , vu la complexité des paramètres , cette dernière hypothèse
ferait l'objet d'un prochain débat avec approches pluridisciplinaires .

    Je vous remercie .

    (Place aux questions)

samedi 2 juillet 2016

KRANT 65 . TOLKMICKO

    Après un périple qui nous avait mené jusqu'aux Indes , le Kritik était en cale sèche
à Baltisjk .

    Je profitai de ce temps oisif pour rendre visite au timonier qui possédait une baraque
en planches à Tolkmicko sur la Vislinskij Zaliv . Il avait érigé cet abri bizarre sur la
dune avec des bois échoués sur la grève et l'avait assuré contre les vents du nord-ouest
par un astucieux système de haubans . Le confort était spartiate et pour tout dire marin :
un foyer en fonte au milieu de l'unique pièce , trois fauteuils disparates et défoncés , une
cuisinière à bois , pour toute batterie de cuisine des boîtes de conserve , et un paddock
replié le jour contre le mur . Sur les étagères , le timonier avait disposé ses oeuvres de
voyage : bricks , baleinières , vraquiers et goélettes en bouteilles .

    Les seules fenêtres , grandes , étaient ouvertes sur le large et , quand nous étions assis
dans les fauteuils avec une chope de bière lettonne , il semblait que les nuages de la Mer
Baltique défilaient sur le Baltijskaja Kosa rien que pour nous .

- Alors , invariablement , le timonier : "Tudieu (et il crachait) , quand partons-nous ,
chef ?"
- Moi : "Mais , timonier , nous rentrons à peine au pays !"

    Il balançait sa grosse tête d'homme intranquille et ses yeux couleur de marée haute
étaient à la fois plantés dans ses orbites broussailleuses et jetés sur les routes maritimes
futures . Que faire à terre d'un homme inventé par Dieu tout-puissant pour défier Sa
Création ?

- Lui : "Par les clous du Christ , je m'ennuie !"
- Moi : "Timonier ! A Madras , tu pleures ton paradis de Tolkmicko !"
- Lui , ingurgitant une goulée de bière : "Madras , c'est Madras … ici , c'est ici …"