- Voix pâteuse du Président . Au téléphone : "Desmond … mon cours de français ,
c'est ce matin ?"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président … à 10 heures … comment allez-vous ?"
- Lui : "So-so (comme ci-comme ça , pour mes lecteurs français)"
- Moi : "………….."
- Lui : "Good heavens ! … je suis crevé"
- Moi : "………….."
- Lui : "J'ai un peu bu … couché à 4 heures … beaucoup bu …"
- Moi : "………….."
- Lui : "Poker avec Bebe et Carlos" . (note : Bebe , c'est Charles Rebozzo)
- Moi : "Carlos ?"
- Lui , de plus en plus cotonneux : "Marcello … Carlos Marcello … vous les connaissez …"
- Moi : "Euh … non , Monsieur le Président"
- Lui , pâteux-pâteux : "Enfin , vous les connaissez de réputation …"
- Moi : "………….."
- Lui : "… boivent pas de la grenadine …"
- Moi : "………….."
- Lui : "Alors , notre cours c'est à 10 heures … c'est ça ?"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président"
- Lui : "Vous jouez au poker ?"
- Moi : "Non , Monsieur le Président"
- Lui : "Et vous ne buvez que du Coca light , c'est bien ça ? …"
- Moi : "C'est exact , Monsieur le Président"
- Lui , pâteux-pâteux-pâteux : "A 11 heures le cours de français ?"
- Moi : "Euh , non , Monsieur le Président … nous avions dit 10 heures … mais si vous
préférez 11 heures , c'est …"
- Lui : "Non … non … 10 heures …….. qu'est-ce que j'allais dire ?"
- Moi : "……………"
- Lui . Épais-chargé-mou : "Oui … il y a une expression française … je ne me souviens
plus … good God ! … être une tête en bois ? … avoir une tête en bois ? …"
- Moi : "Euh ……. je ne vois pas , Monsieur le Président"
- Lui . Confus-collant-filandreux : "Du bois dans la tête … dans la gueule …"
- Moi : "Ah , j'y suis : avoir la gueule de bois"
- Lui , tout à coup fluide : "Oui ! … c'est ça Desmond ! … j'ai ma gueule en bois !"
- Moi . Je corrige ; "Vous avez la gueule de bois"
- Lui , retour à la poisse : "Ah ? … vous croyez ? … ça se voit tant que ça ?"
- Moi : "Euh , non , Monsieur le Président … je voulais dire que …"
- Lui : "Bon … à quelle heure le cours ?"
- Moi : "10 heures , Monsieur le Président"
- Lui : "Quelle heure est-il ?"
- Moi : "10 heures cinq , Monsieur le Président"
- Lui : "What a bore !"
mardi 26 décembre 2017
KRANT 111 . LES LECTURES DE MONSIEUR LEE
Au large de l'Île Fanning , Krant mit le Kritik au mouillage . Nous avions plus d'un
jour d'avance sur notre route et le capitaine comptait profiter de ce temps gagné pour
procéder à des travaux de maintenance . Monsieur Lee , le timonier , Hume et moi-même
nous trouvâmes au chômage et , avec la bénédiction de Krant , nous mîmes une chaloupe
à l'eau pour une journée de pêche . En moins d'une demi-heure , nous avions franchi à la
rame l'étroite passe du nord et nous fûmes au milieu de la lagune où , à l'endroit propice
face à Cable South , le timonier jeta l'ancre que nous vîmes filer au bout de sa chaîne avant
qu'elle touchât le fond , à six pieds . L'eau était si claire qu'elle paraissait retenir notre cha-
loupe dans la transparence de l'air et sa surface était aussi pure que celles que figurent nos
livres de géométrie . Des poissons argentés étaient suspendus entre la pâleur jaune du sable
et les inoffensifs nuages blancs qui stationnaient très haut au-dessus de l'atoll . Je confec-
tionnai nos appâts avec le timonier pendant que Monsieur Lee sortait du sac où il gardait
nos casse-croûtes un énorme livre écorné qu'il ouvrit en son milieu et où il plongea nez et
lorgnon . Hume renifla d'abord les hameçons que le timonier garnissait d'ancestrale mixture
dont - sous le sceau du secret - il lui dévoilait la composition . Mais notre chat se désinté-
ressa de l'affaire car à ce mélange puant de blé , de pain ranci et de vers blancs il préférait
le corned-beef ; dédaigneux , il se roula en boule contre un plat-bord et dormit cinq heures
d'affilée . Nous mîmes nos lignes à l'eau et , en un clin d'oeil , cent poissons vifs et luisants
vinrent y mordre .
Monsieur Lee lisait . Hume dormait . Nous rejetions à l'eau nos prises stupéfaites . Puis
Monsieur Lee distribua les casse-croûtes et ouvrit avec son canif une boîte de corned-beef .
Hume fit un somnambulique repas , le timonier rota , nous nous assoupîmes et Monsieur
Lee reprit sa lecture . Vers trois heures de l'après-midi , de l'abîme de sommeil où j'étais ,
j'entendis la voix pâteuse du timonier :
- "Mais que lisez-vous donc , Lee ?" . Seul , le timonier escamotait le titre de "Monsieur"
quand il s'adressait à notre cuisinier .
- Le regard de Monsieur Lee lâcha son texte et s'ajusta par dessus la fine monture de son
binocle à la grossière personne du timonier : "Kritik der Reinen Verkunft"
- Le timonier : "Qu'est-ce que ce charabia ? … est-ce de l'allemand ?"
- Monsieur Lee : "De l'allemand , en effet …"
- Le timonier : "Quel allemand peut écrire un si gros livre ?"
- Monsieur Lee : "Un ami du capitaine … mort depuis longtemps … un concitoyen …"
- Le timonier : "Un concitoyen ? … de Koenigsberg ?"
- Monsieur Lee : "C'est exact …"
- Le timonier : "J'entends un peu d'allemand" . Il tendit le bras et Monsieur Lee tendit le
livre .
Je naufrageai dans les abysses voluptueux du sommeil où le clapot léger contre la coque
d'une chaloupe transforme sa substance en bruissement de ramures : j'étais endormi dans
mon verger de Koenigsberg .
- Le timonier . Sa voix me parvint au bout d'un long tube : "Lee ! … je n'ai rien compris
à cette histoire de jugement a priori …"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi ! …"
jour d'avance sur notre route et le capitaine comptait profiter de ce temps gagné pour
procéder à des travaux de maintenance . Monsieur Lee , le timonier , Hume et moi-même
nous trouvâmes au chômage et , avec la bénédiction de Krant , nous mîmes une chaloupe
à l'eau pour une journée de pêche . En moins d'une demi-heure , nous avions franchi à la
rame l'étroite passe du nord et nous fûmes au milieu de la lagune où , à l'endroit propice
face à Cable South , le timonier jeta l'ancre que nous vîmes filer au bout de sa chaîne avant
qu'elle touchât le fond , à six pieds . L'eau était si claire qu'elle paraissait retenir notre cha-
loupe dans la transparence de l'air et sa surface était aussi pure que celles que figurent nos
livres de géométrie . Des poissons argentés étaient suspendus entre la pâleur jaune du sable
et les inoffensifs nuages blancs qui stationnaient très haut au-dessus de l'atoll . Je confec-
tionnai nos appâts avec le timonier pendant que Monsieur Lee sortait du sac où il gardait
nos casse-croûtes un énorme livre écorné qu'il ouvrit en son milieu et où il plongea nez et
lorgnon . Hume renifla d'abord les hameçons que le timonier garnissait d'ancestrale mixture
dont - sous le sceau du secret - il lui dévoilait la composition . Mais notre chat se désinté-
ressa de l'affaire car à ce mélange puant de blé , de pain ranci et de vers blancs il préférait
le corned-beef ; dédaigneux , il se roula en boule contre un plat-bord et dormit cinq heures
d'affilée . Nous mîmes nos lignes à l'eau et , en un clin d'oeil , cent poissons vifs et luisants
vinrent y mordre .
Monsieur Lee lisait . Hume dormait . Nous rejetions à l'eau nos prises stupéfaites . Puis
Monsieur Lee distribua les casse-croûtes et ouvrit avec son canif une boîte de corned-beef .
Hume fit un somnambulique repas , le timonier rota , nous nous assoupîmes et Monsieur
Lee reprit sa lecture . Vers trois heures de l'après-midi , de l'abîme de sommeil où j'étais ,
j'entendis la voix pâteuse du timonier :
- "Mais que lisez-vous donc , Lee ?" . Seul , le timonier escamotait le titre de "Monsieur"
quand il s'adressait à notre cuisinier .
- Le regard de Monsieur Lee lâcha son texte et s'ajusta par dessus la fine monture de son
binocle à la grossière personne du timonier : "Kritik der Reinen Verkunft"
- Le timonier : "Qu'est-ce que ce charabia ? … est-ce de l'allemand ?"
- Monsieur Lee : "De l'allemand , en effet …"
- Le timonier : "Quel allemand peut écrire un si gros livre ?"
- Monsieur Lee : "Un ami du capitaine … mort depuis longtemps … un concitoyen …"
- Le timonier : "Un concitoyen ? … de Koenigsberg ?"
- Monsieur Lee : "C'est exact …"
- Le timonier : "J'entends un peu d'allemand" . Il tendit le bras et Monsieur Lee tendit le
livre .
Je naufrageai dans les abysses voluptueux du sommeil où le clapot léger contre la coque
d'une chaloupe transforme sa substance en bruissement de ramures : j'étais endormi dans
mon verger de Koenigsberg .
- Le timonier . Sa voix me parvint au bout d'un long tube : "Lee ! … je n'ai rien compris
à cette histoire de jugement a priori …"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi ! …"
lundi 25 décembre 2017
LE SCEPTRE D'OTTOKAR
Je fus reçu au Château .
Le motif officiel : les 35 heures …
En réalité , Sarkozykcz Ier n'aborda pas cette question . Ce qui nous préoccupait , lui
et moi , c'était la tension grandissante sur la frontière bordure-syldave … . "La Saint-Wla-
dimir , c'est dans quinze jours , mon vieux !" dit Sarkozykcz Ier … "Il faut agir !" …….
Il me dit qu'il avait tenté de joindre au téléphone Muskar XII , en vain . Sa secrétaire pré-
tendait que le Roi était au lit avec une forte kokosa . "Vous savez ce que c'est la kokosa ?"
me demanda le Prince . Je n'en avais aucune idée . "J'ai regardé dans le Vidal … c'est le
nez qui tourne en nougat … le pauvre ! ……. j'ai eu le Colonel Boris , son aide de camp
… ce type est une ordure" … . "Oui , Sire , c'est un fourbe" confirmai-je . Le Prince
m'apprit que le Ministre avait convoqué au Quai d'Orsay les deux ambassadeurs - Sprbodj ,
le bordure et Wiszkiszek , le syldave - pour une réunion de concertation . Or ces deux-là
ne concerteront rien du tout sans la présence du Professeur Halambique , une sommité de
la sigillographie . "Je ne vous l'apprend pas" ajouta le Prince . Il me l'apprenait . "Bsdyzxwd ,
notre traducteur y perdait son bordure …" . "Bref" concluait Sarkozykcz Ier "l'affaire est
mal engagée … c'est un siège , comme disent les sages-femmes … Halambique a disparu et -
semble-t-il - personne ne sait où on a rangé ce putain (sic) de Sceptre d'Ottokar … et la
Saint-Wladimir , c'est dans quinze jours !" tonna -t-il .
Il fallait que je me rende à Klow toutes affaires cessantes ...
Le motif officiel : les 35 heures …
En réalité , Sarkozykcz Ier n'aborda pas cette question . Ce qui nous préoccupait , lui
et moi , c'était la tension grandissante sur la frontière bordure-syldave … . "La Saint-Wla-
dimir , c'est dans quinze jours , mon vieux !" dit Sarkozykcz Ier … "Il faut agir !" …….
Il me dit qu'il avait tenté de joindre au téléphone Muskar XII , en vain . Sa secrétaire pré-
tendait que le Roi était au lit avec une forte kokosa . "Vous savez ce que c'est la kokosa ?"
me demanda le Prince . Je n'en avais aucune idée . "J'ai regardé dans le Vidal … c'est le
nez qui tourne en nougat … le pauvre ! ……. j'ai eu le Colonel Boris , son aide de camp
… ce type est une ordure" … . "Oui , Sire , c'est un fourbe" confirmai-je . Le Prince
m'apprit que le Ministre avait convoqué au Quai d'Orsay les deux ambassadeurs - Sprbodj ,
le bordure et Wiszkiszek , le syldave - pour une réunion de concertation . Or ces deux-là
ne concerteront rien du tout sans la présence du Professeur Halambique , une sommité de
la sigillographie . "Je ne vous l'apprend pas" ajouta le Prince . Il me l'apprenait . "Bsdyzxwd ,
notre traducteur y perdait son bordure …" . "Bref" concluait Sarkozykcz Ier "l'affaire est
mal engagée … c'est un siège , comme disent les sages-femmes … Halambique a disparu et -
semble-t-il - personne ne sait où on a rangé ce putain (sic) de Sceptre d'Ottokar … et la
Saint-Wladimir , c'est dans quinze jours !" tonna -t-il .
Il fallait que je me rende à Klow toutes affaires cessantes ...
dimanche 24 décembre 2017
LE CONTRÔLEUR DE LA LIGNE 2
- Croyez-vous en Dieu ?
- Non ……... je vais rue Roger Salengro .
- Vous ne croyez en rien ?
- Pas en Dieu …
- Si pas en Dieu , à quoi peut-on croire ?
- Je crois que cet autobus va rue Roger Salengro .
- Le croyez-vous ?
- Oui , je le crois .
- Vous avez foi en cet autobus ?
- Cet autobus ne va-t-il pas rue Roger Salengro ?
- Il y va .
- N'ai-je donc pas raison d'avoir foi en lui ?
- Raison … raison … vous n'avez que ce mot à la bouche !
- Je n'ai que ça pour me défendre .
- Triste époque ! …….. deux euros …
- C'est pas donné .
- Vous ne voudriez pas aller rue Roger Salengro pour rien !?
- Non … mais entre rien et deux euros , il y a une marge .
- Je ne peux rien y faire … les tarifs , c'est pas moi …
- Un euro 90 ?
- Désolé , Monsieur , c'est deux euros .
- C'est à deux kilomètres à peine !
- Ça fait un euro du kilomètre .
- Ça changerait quelque chose si je croyais en Dieu ?
- Non , rien du tout … c'est le même prix pour tout le monde … croyants ou incroyants …
- Je n'en crois pas mes oreilles !
- Il y aurait un tarif pour les uns et un autre pour les autres ? … une sorte d'apartheid ?…
- Vous me faites douter … vous êtes sûr que cet autobus va rue Roger Salengro ?
- Oui … pour deux euros .
- Cette histoire d'apartheid , c'est pas idiot … pour les non-croyants , il y a une part de
risque … cette part , on devrait la monnayer …
- J'en parlerai à la Direction … mais vous savez … là-haut , ils sont butés …
- Vous y croyez , vous ?
- A quoi ?
- A la rue Roger Salengro .
- Ben … mon pauvre vieux … faut bien y croire ...
- Non ……... je vais rue Roger Salengro .
- Vous ne croyez en rien ?
- Pas en Dieu …
- Si pas en Dieu , à quoi peut-on croire ?
- Je crois que cet autobus va rue Roger Salengro .
- Le croyez-vous ?
- Oui , je le crois .
- Vous avez foi en cet autobus ?
- Cet autobus ne va-t-il pas rue Roger Salengro ?
- Il y va .
- N'ai-je donc pas raison d'avoir foi en lui ?
- Raison … raison … vous n'avez que ce mot à la bouche !
- Je n'ai que ça pour me défendre .
- Triste époque ! …….. deux euros …
- C'est pas donné .
- Vous ne voudriez pas aller rue Roger Salengro pour rien !?
- Non … mais entre rien et deux euros , il y a une marge .
- Je ne peux rien y faire … les tarifs , c'est pas moi …
- Un euro 90 ?
- Désolé , Monsieur , c'est deux euros .
- C'est à deux kilomètres à peine !
- Ça fait un euro du kilomètre .
- Ça changerait quelque chose si je croyais en Dieu ?
- Non , rien du tout … c'est le même prix pour tout le monde … croyants ou incroyants …
- Je n'en crois pas mes oreilles !
- Il y aurait un tarif pour les uns et un autre pour les autres ? … une sorte d'apartheid ?…
- Vous me faites douter … vous êtes sûr que cet autobus va rue Roger Salengro ?
- Oui … pour deux euros .
- Cette histoire d'apartheid , c'est pas idiot … pour les non-croyants , il y a une part de
risque … cette part , on devrait la monnayer …
- J'en parlerai à la Direction … mais vous savez … là-haut , ils sont butés …
- Vous y croyez , vous ?
- A quoi ?
- A la rue Roger Salengro .
- Ben … mon pauvre vieux … faut bien y croire ...
vendredi 22 décembre 2017
COTE 137 . 103 . UNE SI JOLIE CAMPAGNE
On allait recevoir une huile dans nos rangs et elle serait fortement galonnée .
Le capitaine , soucieux d'éviter un nouvel esclandre , fait venir Martial .
- Le capitaine : "Nous allons recevoir le général X … je dis "X" parce que je ne connais
pas son nom … on ne me l'a pas dit"
- Martial , au garde-à-vous : "Je suis très content de recevoir le général X , mon capitaine
… c'est un honneur …"
- Le capitaine : "Martial ! … déjà votre ironie affleure … cette moitié de sourire … c'est
insupportable !"
- Martial : "C'est le plaisir , mon capitaine ! … je suis tellement content !"
- Le capitaine , accablé : "Pendant l'entretien , Martial , vous fermez votre gueule !"
- Martial , enthousiaste : "Parce que je serai de l'entretien , mon capitaine ?"
- Le capitaine : "Bien entendu … c'est vous qui connaissez le mieux le secteur … vous
êtes volontaire pour toutes les patrouilles , non ? … vous adorez vous balader …"
- Martial : "C'est exact mon capitaine"
- Le capitaine : "Capote et molletières impeccables … compris ?"
- Martial : "Y aura-t-il des petits fours ?"
- Le capitaine , atterré : "Non … autre question ?"
- Martial : "Est-il utile que je participe à cet entretien , mon capitaine ? … si je puis me
permettre …"
- Le capitaine : "Je vous l'ai dit , Martial … je …"
- Martial : "Si je dois fermer ma gueule , je ne vois pas l'utilité de …"
- Le capitaine : "Martial , ce sera comme j'ai dit : vous vous tenez derrière le général et
vous la bouclez"
- Martial : "……………."
- Le capitaine : "Vous parlez si on vous demande votre avis … pas d'initiatives …"
- Martial : "C'est que … mon capitaine … j'ai du mal à …"
- Le capitaine : "Suffit , Martial ! … c'est un ordre !"
- Martial : "Je dirai bien un mot sur la jolie campagne qu'il y avait ici … avant …"
- Le capitaine , consterné : "… Martial …"
Le capitaine , soucieux d'éviter un nouvel esclandre , fait venir Martial .
- Le capitaine : "Nous allons recevoir le général X … je dis "X" parce que je ne connais
pas son nom … on ne me l'a pas dit"
- Martial , au garde-à-vous : "Je suis très content de recevoir le général X , mon capitaine
… c'est un honneur …"
- Le capitaine : "Martial ! … déjà votre ironie affleure … cette moitié de sourire … c'est
insupportable !"
- Martial : "C'est le plaisir , mon capitaine ! … je suis tellement content !"
- Le capitaine , accablé : "Pendant l'entretien , Martial , vous fermez votre gueule !"
- Martial , enthousiaste : "Parce que je serai de l'entretien , mon capitaine ?"
- Le capitaine : "Bien entendu … c'est vous qui connaissez le mieux le secteur … vous
êtes volontaire pour toutes les patrouilles , non ? … vous adorez vous balader …"
- Martial : "C'est exact mon capitaine"
- Le capitaine : "Capote et molletières impeccables … compris ?"
- Martial : "Y aura-t-il des petits fours ?"
- Le capitaine , atterré : "Non … autre question ?"
- Martial : "Est-il utile que je participe à cet entretien , mon capitaine ? … si je puis me
permettre …"
- Le capitaine : "Je vous l'ai dit , Martial … je …"
- Martial : "Si je dois fermer ma gueule , je ne vois pas l'utilité de …"
- Le capitaine : "Martial , ce sera comme j'ai dit : vous vous tenez derrière le général et
vous la bouclez"
- Martial : "……………."
- Le capitaine : "Vous parlez si on vous demande votre avis … pas d'initiatives …"
- Martial : "C'est que … mon capitaine … j'ai du mal à …"
- Le capitaine : "Suffit , Martial ! … c'est un ordre !"
- Martial : "Je dirai bien un mot sur la jolie campagne qu'il y avait ici … avant …"
- Le capitaine , consterné : "… Martial …"
jeudi 21 décembre 2017
TROIS MOUCHES 104 . PRÉSAGE
J'offris à Berthe un dahlia noir . "Un dahlia noir !?" , dit-elle . "Est-ce un présage ?"
"C'est un mauvais présage" , répondis-je férocement . Trois mouches vermeilles et mer-
veilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille , une contre le sien et deux autour
du mien .
Un noir offrit à Berthe un dahlia . "C'est un présage" , me dit-elle . Je répondis que
c'était un mauvais présage . Deux mouches féroces bourdonnaient autour de nos chapeaux
et une troisième , vermeille et merveilleuse , sur le dahlia du noir .
Trois mouches féroces bourdonnaient sur un dahlia vermeil . "C'est un merveilleux pré-
sage" , dis-je . Berthe répondit qu'offrir un dahlia est un présage aussi noir que la paille
noire d'un mauvais chapeau .
"C'est un mauvais présage" , répondis-je férocement . Trois mouches vermeilles et mer-
veilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille , une contre le sien et deux autour
du mien .
Un noir offrit à Berthe un dahlia . "C'est un présage" , me dit-elle . Je répondis que
c'était un mauvais présage . Deux mouches féroces bourdonnaient autour de nos chapeaux
et une troisième , vermeille et merveilleuse , sur le dahlia du noir .
Trois mouches féroces bourdonnaient sur un dahlia vermeil . "C'est un merveilleux pré-
sage" , dis-je . Berthe répondit qu'offrir un dahlia est un présage aussi noir que la paille
noire d'un mauvais chapeau .
mercredi 20 décembre 2017
DESMOND 77 . BOWLING
- Maryline par l'interphone : "Desmond … le Président … je te le passe"
- "Une partie de bowling , ça vous dit Desmond ?"
- Moi : "Monsieur le Président … euh … maintenant ?"
- Lui : "Ça n'a pas l'air de vous emballer"
- Moi : "C'est que … Monsieur le Président , je n'ai …"
- Lui : "Vous n'avez pas le temps … je sais que vous êtes surchargé de travail , mais …"
- Moi : "Non , Monsieur le Président … enfin , si … mais c'est que …"
- Lui : "Quoi , Desmond ?"
- Moi : "… je ne sais pas jouer"
- Lui : "Et alors ? … où est le problème ?"
- Moi : "Et bien … je …"
- Lui : "Desmond , il faut se lancer dans la vie ! … piloter un B52 , j'en suis bien incapable
… ça ne m'empêche pas de … de …"
- Moi : "De ?"
- Lui : "Enfin , vous voyez Desmond … on ne peut pas savoir tout faire … ça ne m'empêche
pas de bomb … euh … de … de … d'essayer !"
- Moi : "…………."
- Lui : "Qu'est-ce que je raconte !? … ça n'a pas de sens … qu'est-ce que je disais ? … oui ,
le bowling … une partie … dix carreaux et je vous laisse tranquille"
- Moi . La seule salle ouverte dans l'après-midi , c'est le Lucky Strike à Chinatown …
Gallery Place : "En ville , Monsieur le président ?"
- Lui . Rire : "En ville ? … vous plaisantez ! … au Lucky Strike pendant que vous y êtes !!
… vous me voyez débouler là-bas en plein après-midi ! … Desmond ! … j'ai fait construire
une piste ici … à la Maison Blanche … au sous-sol … une piste avec pinspotter , tout ce
qu'il y a de moderne … vous ne le saviez pas , Desmond ?"
- Moi : "Euh … je l'ignorais , Monsieur le Président"
- Lui , incrédule : "Il l'ignorait !! … ah , cher Desmond , vous êtes un poète !"
- Moi : "………….."
- Lui : "Desmond ?"
- Moi : "Monsieur le Président ?"
- Lui : "Bon … oubliez cette histoire de B52 … pas un mot là-dessus … c'est ridicule …
ça n'a rien à voir avec le bowling"
- Moi : "Oui , oui … bien entendu … je veux dire , non … je … ça n'a …"
- Lui : "Au sous-sol dans quinze minutes … la piste est sous l'allée qui mène au Portique
Nord … vous savez , Desmond , le bowling c'est pas sorcier … et moins risqué que …
que bomb … que … euh … je suis un quilleur tout à fait acceptable … je vous apprendrai"
- "Une partie de bowling , ça vous dit Desmond ?"
- Moi : "Monsieur le Président … euh … maintenant ?"
- Lui : "Ça n'a pas l'air de vous emballer"
- Moi : "C'est que … Monsieur le Président , je n'ai …"
- Lui : "Vous n'avez pas le temps … je sais que vous êtes surchargé de travail , mais …"
- Moi : "Non , Monsieur le Président … enfin , si … mais c'est que …"
- Lui : "Quoi , Desmond ?"
- Moi : "… je ne sais pas jouer"
- Lui : "Et alors ? … où est le problème ?"
- Moi : "Et bien … je …"
- Lui : "Desmond , il faut se lancer dans la vie ! … piloter un B52 , j'en suis bien incapable
… ça ne m'empêche pas de … de …"
- Moi : "De ?"
- Lui : "Enfin , vous voyez Desmond … on ne peut pas savoir tout faire … ça ne m'empêche
pas de bomb … euh … de … de … d'essayer !"
- Moi : "…………."
- Lui : "Qu'est-ce que je raconte !? … ça n'a pas de sens … qu'est-ce que je disais ? … oui ,
le bowling … une partie … dix carreaux et je vous laisse tranquille"
- Moi . La seule salle ouverte dans l'après-midi , c'est le Lucky Strike à Chinatown …
Gallery Place : "En ville , Monsieur le président ?"
- Lui . Rire : "En ville ? … vous plaisantez ! … au Lucky Strike pendant que vous y êtes !!
… vous me voyez débouler là-bas en plein après-midi ! … Desmond ! … j'ai fait construire
une piste ici … à la Maison Blanche … au sous-sol … une piste avec pinspotter , tout ce
qu'il y a de moderne … vous ne le saviez pas , Desmond ?"
- Moi : "Euh … je l'ignorais , Monsieur le Président"
- Lui , incrédule : "Il l'ignorait !! … ah , cher Desmond , vous êtes un poète !"
- Moi : "………….."
- Lui : "Desmond ?"
- Moi : "Monsieur le Président ?"
- Lui : "Bon … oubliez cette histoire de B52 … pas un mot là-dessus … c'est ridicule …
ça n'a rien à voir avec le bowling"
- Moi : "Oui , oui … bien entendu … je veux dire , non … je … ça n'a …"
- Lui : "Au sous-sol dans quinze minutes … la piste est sous l'allée qui mène au Portique
Nord … vous savez , Desmond , le bowling c'est pas sorcier … et moins risqué que …
que bomb … que … euh … je suis un quilleur tout à fait acceptable … je vous apprendrai"
PARADIS 82 . EXÉGÈSE
- Adam : "Soumettez la terre !"
Dieu est face à Adam , à la limite du Jardin d'Eden , Lui à l'intérieur sous les branches
paisiblement bercées d'un cerisier , l'autre , le Premier Homme , à l'extérieur , dans un
champ aux labours bruns et luisants .
- Adam : "Tu l'as dit ! … Gn1, 28"
- Dieu pose ses mains sur ses hanches en signe de dénégation énergique : "Je n'ai jamais
dit ça !"
- Adam : "C'est écrit dans Le Livre"
- Dieu : "Adam ! … je n'ai jamais écrit une ligne ! … à quoi me servirait d'écrire , je te le
demande !? …"
- Adam s'enflamme : "C'est écrit ! … j'ai Le Livre à la maison … je te montrerai …
Gn1, 28 !"
- Dieu : "Tu as raison , Adam … c'est écrit dans Le Livre … je te l'accorde … et ta réfé-
rence est exacte : Gn1, 28"
- Adam : "Tu vois ! … tu le reconnais !"
- Dieu : "Je l'ai Ce Livre , dans ma bibliothèque … c'est même l'original dédicacé"
- Adam : "Tu t'es dédicacé Ton Propre Livre !?"
- Dieu : "Ce n'est pas Mon Livre Adam ! … Qu'est-ce que tu racontes !?"
- Adam : "T'as pas écrit La Bible !?"
- Dieu : "Pas une ligne !"
- Adam : "Qui alors ?"
- Dieu . A nouveau il chemine , mains derrière le dos : "Ils s'y sont mis à plusieurs"
- Adam suit Son Créateur en parallèle , de l'autre côté de la clôture : "Qui ? … qui ? …"
- Dieu : "Oh , je ne peux pas les citer tous … Moïse , Josué , Samuel , Nathan , Gad …
Jérémie … Jérémie et ses lamentations … Esdras a rédigé des chroniques … Salomon
a dû participer … Mardochée aussi … peut-être Esaïe … ils sont si nombreux … Ezechiel ,
Daniel … Amos … Nahum … la liste est longue , il y avait du monde … mais Moi :
pas une ligne !"
- Adam : "………..?…………"
- Dieu s'éloigne sous les branches basses du Paradis chargées de fleurs si blanches et si
prometteuses : "… et jamais je n'ai ordonné de soumettre la terre !"
- Adam , les bras ballants , regarde ses bottes lourdes de paquets d'argile .
Dieu est face à Adam , à la limite du Jardin d'Eden , Lui à l'intérieur sous les branches
paisiblement bercées d'un cerisier , l'autre , le Premier Homme , à l'extérieur , dans un
champ aux labours bruns et luisants .
- Adam : "Tu l'as dit ! … Gn1, 28"
- Dieu pose ses mains sur ses hanches en signe de dénégation énergique : "Je n'ai jamais
dit ça !"
- Adam : "C'est écrit dans Le Livre"
- Dieu : "Adam ! … je n'ai jamais écrit une ligne ! … à quoi me servirait d'écrire , je te le
demande !? …"
- Adam s'enflamme : "C'est écrit ! … j'ai Le Livre à la maison … je te montrerai …
Gn1, 28 !"
- Dieu : "Tu as raison , Adam … c'est écrit dans Le Livre … je te l'accorde … et ta réfé-
rence est exacte : Gn1, 28"
- Adam : "Tu vois ! … tu le reconnais !"
- Dieu : "Je l'ai Ce Livre , dans ma bibliothèque … c'est même l'original dédicacé"
- Adam : "Tu t'es dédicacé Ton Propre Livre !?"
- Dieu : "Ce n'est pas Mon Livre Adam ! … Qu'est-ce que tu racontes !?"
- Adam : "T'as pas écrit La Bible !?"
- Dieu : "Pas une ligne !"
- Adam : "Qui alors ?"
- Dieu . A nouveau il chemine , mains derrière le dos : "Ils s'y sont mis à plusieurs"
- Adam suit Son Créateur en parallèle , de l'autre côté de la clôture : "Qui ? … qui ? …"
- Dieu : "Oh , je ne peux pas les citer tous … Moïse , Josué , Samuel , Nathan , Gad …
Jérémie … Jérémie et ses lamentations … Esdras a rédigé des chroniques … Salomon
a dû participer … Mardochée aussi … peut-être Esaïe … ils sont si nombreux … Ezechiel ,
Daniel … Amos … Nahum … la liste est longue , il y avait du monde … mais Moi :
pas une ligne !"
- Adam : "………..?…………"
- Dieu s'éloigne sous les branches basses du Paradis chargées de fleurs si blanches et si
prometteuses : "… et jamais je n'ai ordonné de soumettre la terre !"
- Adam , les bras ballants , regarde ses bottes lourdes de paquets d'argile .
mardi 19 décembre 2017
KRANT 110 . UN HOMME À LA MER
Jamais nous n'avons perdu un homme en mer .
Les seuls corps que nous ayons concédés à l'océan sont ceux de Hume et de Monsieur
Lee . Un mauvais soir , en Mer d'Iroise , nous faillîmes perdre Danil , un mousse dont j'ai
déjà parlé . La mer était dure mais nous avions connu pires conditions . Une lame de tra-
vers , traitresse , balaya le pont et les hommes qui s'y trouvaient furent projetés contre le
bastingage dans un tortillon de cirés jaunes . Danil - il avait à peine dix ans et était aussi
léger qu'une plume de goéland - est passé par-dessus bord . Toms , s'extrayant du groupe
fauché par la vague , jeta une bouée dans le fouillis d'écume où le mousse avait disparu
pendant que le timonier du haut de son poste élevé témoin du drame hurlait : "Tudieu ! …
tudieu ! … Danil !" et , sans attendre qu'un tel ordre vint de la hiérarchie , il mit la barre à
droite toute .
Krant , ignorant les faits , entra en trombe dans la timonerie : "Que diable signi…"
Le timonier l'interrompit en vociférant : "Danil , capitaine ! … Danil ! … à la mer !"
Se ruant sur la passerelle , Krant : "Par le sang du Christ !" . Le timonier me certifia
que le capitaine avait juré , ce que jamais il n'avait entendu et ce que jamais plus il n'en-
tendit … Les hommes , agrippés au bastingage tribord qui leur avait sauvé la vie , ten-
daient le torse hors du Kritik et jetaient leurs yeux dans la mer pour la fouiller . Le capi-
taine retraversa la cloison de la timonerie comme si la porte eut été un simulacre de porte .
Il m'ordonna par le chadburn : "Toute la pression , chef !" , puis au timonier : "Barre à
10° … il doit se trouver là" . A nouveau balançant son corps massif hors de la timonerie
et ajustant ses jumelles puis enfonçant cette malheureuse porte : "15° , timonier !" . A moi ,
par le chadburn : "Doucement , chef !"
La nuit tombait comme sur un cimetière . C'était fini . Nous le cherchâmes vingt minu-
tes . Le capitaine usait les gonds de la porte mais sur le pont , les hommes désespérés
allaient les bras ballants dans d'ineptes va-et-vient . Toms cachait son visage dans ses
mains .
Soudain , un dernier éclat du jour illumina la mer écartelée et la voix tonnant du
capitaine , telle la clémence qu'un Dieu bougon accorde aux hommes de peu de foi :
"Chaloupe !" … à moi , par le chadburn , voix étale : "Réduisez , chef … puis stoppez …
à un quart de mile …"
Ainsi fut fait et notre bonhomme sauvé . Danil fut mis aux fers car les mousses sont
interdits de pont par gros temps … Aux fers à la mode Krant : Danil fut déchargé de travail
pendant quatre jours , soigné aux petits oignons par Monsieur Lee et , à la table du capitaine
où il fut convié dans le temps de sa peine , il acquit les trois-quarts des savoirs maritimes
qui feront de ce moussaillon un fameux commandant de notre marine marchande .
Les seuls corps que nous ayons concédés à l'océan sont ceux de Hume et de Monsieur
Lee . Un mauvais soir , en Mer d'Iroise , nous faillîmes perdre Danil , un mousse dont j'ai
déjà parlé . La mer était dure mais nous avions connu pires conditions . Une lame de tra-
vers , traitresse , balaya le pont et les hommes qui s'y trouvaient furent projetés contre le
bastingage dans un tortillon de cirés jaunes . Danil - il avait à peine dix ans et était aussi
léger qu'une plume de goéland - est passé par-dessus bord . Toms , s'extrayant du groupe
fauché par la vague , jeta une bouée dans le fouillis d'écume où le mousse avait disparu
pendant que le timonier du haut de son poste élevé témoin du drame hurlait : "Tudieu ! …
tudieu ! … Danil !" et , sans attendre qu'un tel ordre vint de la hiérarchie , il mit la barre à
droite toute .
Krant , ignorant les faits , entra en trombe dans la timonerie : "Que diable signi…"
Le timonier l'interrompit en vociférant : "Danil , capitaine ! … Danil ! … à la mer !"
Se ruant sur la passerelle , Krant : "Par le sang du Christ !" . Le timonier me certifia
que le capitaine avait juré , ce que jamais il n'avait entendu et ce que jamais plus il n'en-
tendit … Les hommes , agrippés au bastingage tribord qui leur avait sauvé la vie , ten-
daient le torse hors du Kritik et jetaient leurs yeux dans la mer pour la fouiller . Le capi-
taine retraversa la cloison de la timonerie comme si la porte eut été un simulacre de porte .
Il m'ordonna par le chadburn : "Toute la pression , chef !" , puis au timonier : "Barre à
10° … il doit se trouver là" . A nouveau balançant son corps massif hors de la timonerie
et ajustant ses jumelles puis enfonçant cette malheureuse porte : "15° , timonier !" . A moi ,
par le chadburn : "Doucement , chef !"
La nuit tombait comme sur un cimetière . C'était fini . Nous le cherchâmes vingt minu-
tes . Le capitaine usait les gonds de la porte mais sur le pont , les hommes désespérés
allaient les bras ballants dans d'ineptes va-et-vient . Toms cachait son visage dans ses
mains .
Soudain , un dernier éclat du jour illumina la mer écartelée et la voix tonnant du
capitaine , telle la clémence qu'un Dieu bougon accorde aux hommes de peu de foi :
"Chaloupe !" … à moi , par le chadburn , voix étale : "Réduisez , chef … puis stoppez …
à un quart de mile …"
Ainsi fut fait et notre bonhomme sauvé . Danil fut mis aux fers car les mousses sont
interdits de pont par gros temps … Aux fers à la mode Krant : Danil fut déchargé de travail
pendant quatre jours , soigné aux petits oignons par Monsieur Lee et , à la table du capitaine
où il fut convié dans le temps de sa peine , il acquit les trois-quarts des savoirs maritimes
qui feront de ce moussaillon un fameux commandant de notre marine marchande .
lundi 18 décembre 2017
LE TUEUR DE BLANKENBERGE
J'ai vécu 20 ans à Blankenberge .
Je me souviens du carnaval , 49 jours avant Pâques .
C'est tout .
La jetée , les hommes étaient saoûls , un rideau noir tombait … la fanfare ,
la grosse caisse …
Mais à part ça , rien …
Je me souviens très bien de Zeebruges .
Pourtant , je n'y est jamais mis les pieds .
Zeebruges … son port … ses ferries … le Canal Baudouin … la plage …
le festival de sculpture sur sable .
La main découverte mardi soir dans les dunes de Zeebruges est bien celle
d'une femme . Les restes du corps ont été mis au jour mercredi .
J'avais rendez-vous avec Hilde à la friterie 'T Kastaartje 102 Kustlaan .
Mais , vu les circonstances ...
Je me souviens du carnaval , 49 jours avant Pâques .
C'est tout .
La jetée , les hommes étaient saoûls , un rideau noir tombait … la fanfare ,
la grosse caisse …
Mais à part ça , rien …
Je me souviens très bien de Zeebruges .
Pourtant , je n'y est jamais mis les pieds .
Zeebruges … son port … ses ferries … le Canal Baudouin … la plage …
le festival de sculpture sur sable .
La main découverte mardi soir dans les dunes de Zeebruges est bien celle
d'une femme . Les restes du corps ont été mis au jour mercredi .
J'avais rendez-vous avec Hilde à la friterie 'T Kastaartje 102 Kustlaan .
Mais , vu les circonstances ...
dimanche 17 décembre 2017
LES SPÉCIALISTES
- Moi : "L'hôte est introuvable ………….
Si je me place dans le contexte , il semble que la passerelle n'a pas trouvé
l'adresse IP du site …
Comprenez-vous ?"
- Lui : "Sans doute un manque d'informations sur DNS …
A quelle heure cet incident ?"
- Moi : "05 . 40 . 48 (GMT)
- Lui (pour lui-même) : "Serveur : tmfw . tm . local …
Source : erreur DNS …"
- Lui (à moi) : "Il s'ensuit que l'hôte est introuvable"
- Moi : "Ça ne m'a pas échappé"
- Lui : "……………….. vérifiez que vous avez bien rentré l'adresse …"
- Moi : "J'ai vérifié"
- Lui : "………..?……….. . Il se peut que vous ayez fait une erreur dans votre saisie"
- Moi : "Non"
- Lui : "Try again"
- Moi : "Pardon ?"
- Lui : "Essayez à nouveau"
- Moi . Je saisis l'adresse . Réponse : "L'hôte est introuvable"
- Lui : "………..?……….."
- Moi : "…………………………."
- Lui : "On est dans la merde …"
- Moi : "…………………………."
- Lui : "Sautez !"
Si je me place dans le contexte , il semble que la passerelle n'a pas trouvé
l'adresse IP du site …
Comprenez-vous ?"
- Lui : "Sans doute un manque d'informations sur DNS …
A quelle heure cet incident ?"
- Moi : "05 . 40 . 48 (GMT)
- Lui (pour lui-même) : "Serveur : tmfw . tm . local …
Source : erreur DNS …"
- Lui (à moi) : "Il s'ensuit que l'hôte est introuvable"
- Moi : "Ça ne m'a pas échappé"
- Lui : "……………….. vérifiez que vous avez bien rentré l'adresse …"
- Moi : "J'ai vérifié"
- Lui : "………..?……….. . Il se peut que vous ayez fait une erreur dans votre saisie"
- Moi : "Non"
- Lui : "Try again"
- Moi : "Pardon ?"
- Lui : "Essayez à nouveau"
- Moi . Je saisis l'adresse . Réponse : "L'hôte est introuvable"
- Lui : "………..?……….."
- Moi : "…………………………."
- Lui : "On est dans la merde …"
- Moi : "…………………………."
- Lui : "Sautez !"
vendredi 15 décembre 2017
COTE 137 . 102 . LE CHIEN
- Le capitaine : "Qu'est-ce que c'est ?"
- Martial : "Un chien , mon capitaine"
Martial revient de mission . Le capitaine l'a envoyé en estafette auprès du commandant
du bataillon . Il patauge dans la boue de la tranchée pour faire son rapport , le Lebel en
bandoulière . Un grand chien le suit aussi crotté que lui .
- Le capitaine : "Je vois bien que c'est un chien , Martial !"
- Martial , avisant le chien qui trottine derrière lui : "Oui , mon capitaine … on voit bien
que c'est pas un poisson rouge"
- Le capitaine : "Où l'avez-vous trouvé ?"
- Martial : "Je ne l'ai pas trouvé … c'est lui qui m'a suivi"
- Le capitaine : "Où êtes-vous allé , Martial ? … pas en face quand même !? … je vous
ai envoyé chez le commandant"
- Martial : "Oh , j'ai vu le commandant … et sur le chemin du retour , je me suis égaré"
- Le capitaine : "Égaré !? … nom de nom ! … je répète : où avez-vous trouvé ce cabot ?"
- Martial : "Un cabot , mon capitaine !? " . Il caresse l'animal derrière l'oreille : "C'est un
gentil chien-chien … hein , mon toutou … un cabot , toi ? … qu'est-ce qu'il dit le méchant
capitaine ?"
- Le capitaine : "Ça serait pas un berger allemand ?"
- Martial : "Vous croyez ? … avec des oreilles pendantes ?"
- Le capitaine : "Je vous dit , moi , que c'est un berger allemand" . A Bertin : "Qu'est-ce
que vous en pensez , Bertin ?"
- Bertin : "Bof …"
- Martial , au chien : "Komm her !" … et le chien vient lui lécher les bandes molletières en
agitant la queue .
- Le capitaine : "Martial , sapristi ! … où êtes-vous allé ?"
- Martial , à Bertin , ignorant la question du capitaine : "Bertin , t'as pas une ration pour
Wilhelm ? … il a faim ce pauvre clébard"
- Le capitaine : "Wilhelm !? … c'est son nom ?"
- Martial : "C'est bien possible mon capitaine"
- Martial : "Un chien , mon capitaine"
Martial revient de mission . Le capitaine l'a envoyé en estafette auprès du commandant
du bataillon . Il patauge dans la boue de la tranchée pour faire son rapport , le Lebel en
bandoulière . Un grand chien le suit aussi crotté que lui .
- Le capitaine : "Je vois bien que c'est un chien , Martial !"
- Martial , avisant le chien qui trottine derrière lui : "Oui , mon capitaine … on voit bien
que c'est pas un poisson rouge"
- Le capitaine : "Où l'avez-vous trouvé ?"
- Martial : "Je ne l'ai pas trouvé … c'est lui qui m'a suivi"
- Le capitaine : "Où êtes-vous allé , Martial ? … pas en face quand même !? … je vous
ai envoyé chez le commandant"
- Martial : "Oh , j'ai vu le commandant … et sur le chemin du retour , je me suis égaré"
- Le capitaine : "Égaré !? … nom de nom ! … je répète : où avez-vous trouvé ce cabot ?"
- Martial : "Un cabot , mon capitaine !? " . Il caresse l'animal derrière l'oreille : "C'est un
gentil chien-chien … hein , mon toutou … un cabot , toi ? … qu'est-ce qu'il dit le méchant
capitaine ?"
- Le capitaine : "Ça serait pas un berger allemand ?"
- Martial : "Vous croyez ? … avec des oreilles pendantes ?"
- Le capitaine : "Je vous dit , moi , que c'est un berger allemand" . A Bertin : "Qu'est-ce
que vous en pensez , Bertin ?"
- Bertin : "Bof …"
- Martial , au chien : "Komm her !" … et le chien vient lui lécher les bandes molletières en
agitant la queue .
- Le capitaine : "Martial , sapristi ! … où êtes-vous allé ?"
- Martial , à Bertin , ignorant la question du capitaine : "Bertin , t'as pas une ration pour
Wilhelm ? … il a faim ce pauvre clébard"
- Le capitaine : "Wilhelm !? … c'est son nom ?"
- Martial : "C'est bien possible mon capitaine"
jeudi 14 décembre 2017
TROIS MOUCHES 103 . NICKEL CREEK . TEXAS
Une infinité désespérante de nuages et de papiers gras passaient en travers du
parking : le motel où Berthe et moi avions fait l'amour pour la première fois était
fermé . Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos
chapeaux de paille .
Trois mouches traversées d'amour passaient leur désespoir en d'infinis nuages .
C'était bien le première fois que le parking bourdonnait de papiers gras !
Des parkings à nuages désespérant d'amour passaient , infinis , sur le motel
où Berthe et moi ……… c'était la première fois .
parking : le motel où Berthe et moi avions fait l'amour pour la première fois était
fermé . Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos
chapeaux de paille .
Trois mouches traversées d'amour passaient leur désespoir en d'infinis nuages .
C'était bien le première fois que le parking bourdonnait de papiers gras !
Des parkings à nuages désespérant d'amour passaient , infinis , sur le motel
où Berthe et moi ……… c'était la première fois .
mercredi 13 décembre 2017
DU PROFESSEUR DESHERBES À SES ACTIONNAIRES
C'est l'hiver .
Nous avons quelque répit
Mais ne nous laissons pas abuser :
L'ennemie hiberne , elle fait la morte ,
Elle arbore ses feuilles marcescentes ,
Elle se décharne ,
Elle dévoile ses os .
Chers amis des parkings impeccables ,
C'est pour nous tromper .
Préparons la contre-offensive !
Applaudissements .
Merci … merci …
Amis actionnaires ,
J'ai l'honneur (et le plaisir)
De vous présenter notre nouvelle trouvaille :
(Entrée en action de l'écran géant 10m2
Ultra-plat
Animé par un clip de quatre laborantines ex-claudettes)
Le Gueratomix (Formule N24HC…XX)
L'arme absolue mise au point par notre laboratoire
Dont vous touchez une part si confortable des bénéfices .
Retrouvons enfin
La netteté de nos macadam ,
L'éclat de nos gazons en plastique
Et le lustre de nos plantes artificielles .
Dieu , amis , est mort .
Utilisons à hautes doses le Gueratomix ,
Conditionné en flacons de 10 - 20 et 50 cl pour les particuliers ,
En bidons de 5 à 35 litres pour les professionnels ,
En citerne de 1000 litres pour les collectivités ,
Sans craindre qu'il nous tombe sur la tête
Un mètre cube de colère divine .
Nous avons quelque répit
Mais ne nous laissons pas abuser :
L'ennemie hiberne , elle fait la morte ,
Elle arbore ses feuilles marcescentes ,
Elle se décharne ,
Elle dévoile ses os .
Chers amis des parkings impeccables ,
C'est pour nous tromper .
Préparons la contre-offensive !
Applaudissements .
Merci … merci …
Amis actionnaires ,
J'ai l'honneur (et le plaisir)
De vous présenter notre nouvelle trouvaille :
(Entrée en action de l'écran géant 10m2
Ultra-plat
Animé par un clip de quatre laborantines ex-claudettes)
Le Gueratomix (Formule N24HC…XX)
L'arme absolue mise au point par notre laboratoire
Dont vous touchez une part si confortable des bénéfices .
Retrouvons enfin
La netteté de nos macadam ,
L'éclat de nos gazons en plastique
Et le lustre de nos plantes artificielles .
Dieu , amis , est mort .
Utilisons à hautes doses le Gueratomix ,
Conditionné en flacons de 10 - 20 et 50 cl pour les particuliers ,
En bidons de 5 à 35 litres pour les professionnels ,
En citerne de 1000 litres pour les collectivités ,
Sans craindre qu'il nous tombe sur la tête
Un mètre cube de colère divine .
mardi 12 décembre 2017
PARADIS 81 . HUMEUR NOIRE
Visite d'Adam chez Dieu . Ça lui arrive ; à contre-coeur . Certes , il ravale sa fierté
mais , s'il veut en savoir plus , pourquoi ne pas se payer le culot d'interviewer le Créateur ?
Il n'y a pas de honte , même s'il croit si peu en Son Existence .
- Adam , de but en blanc : "Les trous noirs , tu sais ce que c'est ?
- Dieu : "Les trous noirs !? … si je sais ce que c'est !? … mais , mon pauvre Adam , je les
ai créés" . Soudain méfiant : "Tu t'intéresses à ces trucs-là ?"
- Adam a-t-il parlé trop vite ? a-t-il engagé la conversation avec étourderie ? . Faire l'idiot :
"Euh … non … enfin , oui … c'est amusant les trous noirs"
- Dieu : "Ah , bon !? … je ne vois pas ce que ça … c'est une affaire sérieuse … j'ai eu un
mal de chien à les mettre au point … presque autant que la bête à bon Dieu … j'ai dû bri-
coler … des problèmes avec les champs gravitationnels … et puis , c'est invisible un trou
noir … d'où la difficulté …"
- Adam , diablement (!) interéssé , approche son tabouret de celui de Dieu , au bord de
l'Établi où furent conçues toutes choses .
- Dieu : "Tu ne chercherais pas à me tirer les vers du nez ?"
- Adam se fait cauteleux : "Non … non … bien entendu … qu'est-ce que tu vas chercher là ?"
- Dieu , dubitatif : "Tu fouilles dans mes dossiers ?"
- Adam : "… non … non … penses-tu ! … les trous noirs : je m'en fous !"
- Dieu . Sa colère monte : "Qui t'a parlé de ces trous ? … Ève ?"
- Adam s'esclaffe et se tape sur les cuisses : "Ève !"
- Dieu , maintenant , est suprêmement remonté . Il se lève et Son Être , bien qu'immatériel ,
occupe l'espace comme une mousse expansive , ne laissant à l'Homme qu'un recoin à peine
respirable : "Je suis le Tout et tu es , misérable , le Presque Rien . Ta science est à une infi-
nité de milliards d'années-lumière de la Grande Explication … et quand bien même tu épui-
serais le Comment , il y a ce mystère que jamais … tu entends , Adam : jamais ! … tu ne
perceras … Mon Secret : le Pourquoi !"
- Adam se protège de l'avant-bras : "Te fâche pas ! … les trous noirs , c'était pour rigoler !"
mais , s'il veut en savoir plus , pourquoi ne pas se payer le culot d'interviewer le Créateur ?
Il n'y a pas de honte , même s'il croit si peu en Son Existence .
- Adam , de but en blanc : "Les trous noirs , tu sais ce que c'est ?
- Dieu : "Les trous noirs !? … si je sais ce que c'est !? … mais , mon pauvre Adam , je les
ai créés" . Soudain méfiant : "Tu t'intéresses à ces trucs-là ?"
- Adam a-t-il parlé trop vite ? a-t-il engagé la conversation avec étourderie ? . Faire l'idiot :
"Euh … non … enfin , oui … c'est amusant les trous noirs"
- Dieu : "Ah , bon !? … je ne vois pas ce que ça … c'est une affaire sérieuse … j'ai eu un
mal de chien à les mettre au point … presque autant que la bête à bon Dieu … j'ai dû bri-
coler … des problèmes avec les champs gravitationnels … et puis , c'est invisible un trou
noir … d'où la difficulté …"
- Adam , diablement (!) interéssé , approche son tabouret de celui de Dieu , au bord de
l'Établi où furent conçues toutes choses .
- Dieu : "Tu ne chercherais pas à me tirer les vers du nez ?"
- Adam se fait cauteleux : "Non … non … bien entendu … qu'est-ce que tu vas chercher là ?"
- Dieu , dubitatif : "Tu fouilles dans mes dossiers ?"
- Adam : "… non … non … penses-tu ! … les trous noirs : je m'en fous !"
- Dieu . Sa colère monte : "Qui t'a parlé de ces trous ? … Ève ?"
- Adam s'esclaffe et se tape sur les cuisses : "Ève !"
- Dieu , maintenant , est suprêmement remonté . Il se lève et Son Être , bien qu'immatériel ,
occupe l'espace comme une mousse expansive , ne laissant à l'Homme qu'un recoin à peine
respirable : "Je suis le Tout et tu es , misérable , le Presque Rien . Ta science est à une infi-
nité de milliards d'années-lumière de la Grande Explication … et quand bien même tu épui-
serais le Comment , il y a ce mystère que jamais … tu entends , Adam : jamais ! … tu ne
perceras … Mon Secret : le Pourquoi !"
- Adam se protège de l'avant-bras : "Te fâche pas ! … les trous noirs , c'était pour rigoler !"
lundi 11 décembre 2017
KRANT 109 . MUSIQUE
Le vent s'était levé et la mer croisait ses flots comme il est d'usage quand on double
les îles frisonnes . Vinc était au bastingage . Je posai un bras amical autour de ses épaules .
- Moi : "Qu'est-ce que tu regardes ?"
- Vinc : "Rien , chef … je ne regarde rien … j'écoute …"
Désert marin bouclé dans quatre murs de brume .
- Moi , considérant ce charivari où j'avais usé ma jeunesse : "Cette foutue mer ! … et ce
foutu vent !?"
- Vinc : "J'écoute la musique , pardieu !"
- Moi : "La musique !? … quelle musique ?"
- Vinc : "Le Kritik , chef … le Kritik est notre instrument …"
- Moi : "Notre instrument ?"
- Vinc : "Écoute ! … tu n'entends pas ?"
- Moi . Je fermai les yeux : "… Le ronron des pistons Stirling … une porte bat à fond de
cale … un mécanicien l'aura mal fermée … le vent , Vinc … ce foutu vent …"
- Vinc : "C'est tout ?"
- Moi , fermant à nouveau les yeux : "Un davier grince sur son axe … un filin couine
dans la gorge d'un palan … à bâbord … la mer , Vinc , partout … quelque part un mous-
queton … ça doit être un mousqueton … il frappe une tôle … ce satané vent siffle dans
les rabans … la toile du taud roule comme un tambour ………………………………..
Il y a un bruit de fond , Vinc … qu'est-ce que c'est ? …"
- Vinc : "Les membrures du Kritik … elles craquent sous l'effet de la houle … elles sont
notre table d'harmonie …"
- Moi , plaisantant : "Mais quelle musique jouons-nous ce soir ?"
- Vinc , sans rire : "Celle de la Mer du Nord , chef …"
les îles frisonnes . Vinc était au bastingage . Je posai un bras amical autour de ses épaules .
- Moi : "Qu'est-ce que tu regardes ?"
- Vinc : "Rien , chef … je ne regarde rien … j'écoute …"
Désert marin bouclé dans quatre murs de brume .
- Moi , considérant ce charivari où j'avais usé ma jeunesse : "Cette foutue mer ! … et ce
foutu vent !?"
- Vinc : "J'écoute la musique , pardieu !"
- Moi : "La musique !? … quelle musique ?"
- Vinc : "Le Kritik , chef … le Kritik est notre instrument …"
- Moi : "Notre instrument ?"
- Vinc : "Écoute ! … tu n'entends pas ?"
- Moi . Je fermai les yeux : "… Le ronron des pistons Stirling … une porte bat à fond de
cale … un mécanicien l'aura mal fermée … le vent , Vinc … ce foutu vent …"
- Vinc : "C'est tout ?"
- Moi , fermant à nouveau les yeux : "Un davier grince sur son axe … un filin couine
dans la gorge d'un palan … à bâbord … la mer , Vinc , partout … quelque part un mous-
queton … ça doit être un mousqueton … il frappe une tôle … ce satané vent siffle dans
les rabans … la toile du taud roule comme un tambour ………………………………..
Il y a un bruit de fond , Vinc … qu'est-ce que c'est ? …"
- Vinc : "Les membrures du Kritik … elles craquent sous l'effet de la houle … elles sont
notre table d'harmonie …"
- Moi , plaisantant : "Mais quelle musique jouons-nous ce soir ?"
- Vinc , sans rire : "Celle de la Mer du Nord , chef …"
dimanche 10 décembre 2017
X
Un dont personne n'a jamais parlé , dont personne ne se souvient , c'est X .
Car X n'a rien écrit . X n'a rien fait . X n'a laissé aucune trace .
X , comme la presque totalité des humains , a frôlé notre terre , arrangeant
dans ce passage tangent un paquet d'atomes en forme de lui-même , puis a
disparu sans faire d'histoires …
C'est comme mon chat . Quand il aura rejoint le cimetière des chats , qu'est-
ce qui lui survivra , sinon la lacération de mon canapé et l'inconsolation de son
maître ?
Car X n'a rien écrit . X n'a rien fait . X n'a laissé aucune trace .
X , comme la presque totalité des humains , a frôlé notre terre , arrangeant
dans ce passage tangent un paquet d'atomes en forme de lui-même , puis a
disparu sans faire d'histoires …
C'est comme mon chat . Quand il aura rejoint le cimetière des chats , qu'est-
ce qui lui survivra , sinon la lacération de mon canapé et l'inconsolation de son
maître ?
samedi 9 décembre 2017
INSTRUCTIONS POUR NE PAS LIRE SUR UNE PLAGE
- Prendre un livre .
- N'importe lequel .
- Et une paire de lunettes noires .
- S'allonger sur le sable , chausser la paire de lunettes .
- Ouvrir le livre .
- A n'importe quelle page .
- Fermer les yeux .
- Écouter .
….. "Mamie … où t'as mis mon maillot de bain ? …" . C'est à gauche … à droite , voix
d'homme … "mets ton chapeau , Kevin …………." . Protestations … "non … fais atten-
tion ! …" . Un groupe , de droite à gauche avec (on devine) poussette : "… l'ai laissée à
Belfort … oui , quatre roues … non … c'est pratique" . Crissement de sable … "à Belfort
… on aurait dû ……………… . Gauche : "Mamie ! … plein de crabes ! … Noémie ! ……..
montre à Mamie … (rires)" … droite , derrière (à 30°) "Kevin … ton chapeau !" … . A
gauche : "Elle en a capturé cinq ! …" . De gauche à droite , couple : "… je lui ai dit :
achète-le …" . Deuxième voix : "Et qu'est-ce qu'elle a dit ?" … gauche : "Cinq crabes ,
Mamie" … droite : "Kevin !" … du parking vers la mer : "… Parasol … avec des rayures
…" gauche : "Mamie !" … droite : "Kevin , ça suffit ! …" . Bruit de vagues … vers la mer :
"Tu comprends , 40 euros pour un parasol ! …" . "Noémie ! … je t'ai dit de …" . "… moins
cher à Auchan ……… . Vague . "Non ! plein ma serviette ! …" . Ressac ……. "Mamie !" ………..
…… vague ……….. "Non , Kevin !" …………… ressac ………….vague ……………..
"Ton chapeau" ………………. vague …………… "24 euros 50 ……….. vague …………ressac ……………….
……….. vague ……………………………………………………………….
- Simone : "Tu lis ?"
- "Euh … oui …"
- Simone : "Avec ton livre sur la figure !?"
- N'importe lequel .
- Et une paire de lunettes noires .
- S'allonger sur le sable , chausser la paire de lunettes .
- Ouvrir le livre .
- A n'importe quelle page .
- Fermer les yeux .
- Écouter .
….. "Mamie … où t'as mis mon maillot de bain ? …" . C'est à gauche … à droite , voix
d'homme … "mets ton chapeau , Kevin …………." . Protestations … "non … fais atten-
tion ! …" . Un groupe , de droite à gauche avec (on devine) poussette : "… l'ai laissée à
Belfort … oui , quatre roues … non … c'est pratique" . Crissement de sable … "à Belfort
… on aurait dû ……………… . Gauche : "Mamie ! … plein de crabes ! … Noémie ! ……..
montre à Mamie … (rires)" … droite , derrière (à 30°) "Kevin … ton chapeau !" … . A
gauche : "Elle en a capturé cinq ! …" . De gauche à droite , couple : "… je lui ai dit :
achète-le …" . Deuxième voix : "Et qu'est-ce qu'elle a dit ?" … gauche : "Cinq crabes ,
Mamie" … droite : "Kevin !" … du parking vers la mer : "… Parasol … avec des rayures
…" gauche : "Mamie !" … droite : "Kevin , ça suffit ! …" . Bruit de vagues … vers la mer :
"Tu comprends , 40 euros pour un parasol ! …" . "Noémie ! … je t'ai dit de …" . "… moins
cher à Auchan ……… . Vague . "Non ! plein ma serviette ! …" . Ressac ……. "Mamie !" ………..
…… vague ……….. "Non , Kevin !" …………… ressac ………….vague ……………..
"Ton chapeau" ………………. vague …………… "24 euros 50 ……….. vague …………ressac ……………….
……….. vague ……………………………………………………………….
- Simone : "Tu lis ?"
- "Euh … oui …"
- Simone : "Avec ton livre sur la figure !?"
vendredi 8 décembre 2017
COTE 137 . 101 . INTERLUDE
- Soudain , Martial : "Vous n'avez rien remarqué , mon capitaine ?"
Nous sommes assis en rang d'oignons , adossés au talus de la tranchée , les bottes
plantées dans la boue . La pluie tombe , faible , lente et indifférente . Calme sur le front ;
à peine une canonnade lointaine parce qu'il faut bien détruire quelque chose quelque part .
C'est devenu une manie chez les artilleurs … une seconde nature .
- Le capitaine , debout à l'entrée de la casemate , dans notre alignement , boit un café :
"Non … quoi ? … remarqué quoi ?"
- Martial , à nous ses camarades : "Et vous … vous avez remarqué ?"
- Moi , pour nous tous : "Non , Martial … qu'est-ce qu'il y a de remarquable ?"
- Martial , mollement irrité : "C'est pourtant évident …"
- Nous : "………?………."
- Martial marmonne : "Cette stabilité "
- Le capitaine se tourne vers Martial : "Expliquez-vous , Martial … de quelle stabilité
parlez-vous ? … qu'est-ce qui est stable ?"
- Martial , après un long silence , comme s'il avait pesamment remué ses méninges :
"Tout est en équilibre"
Nous restons silencieux . La pluie tombe sur nos capotes en faisant des ploc-ploc .
L'observation de Martial nous pénètre sans nous atteindre : elle est incompréhensible .
- Cependant , le capitaine soucieux d'en savoir plus : "En équilibre ? … qu'est-ce que
vous voulez dire ?"
- Martial : "Rien …"
Nous sommes assis en rang d'oignons , adossés au talus de la tranchée , les bottes
plantées dans la boue . La pluie tombe , faible , lente et indifférente . Calme sur le front ;
à peine une canonnade lointaine parce qu'il faut bien détruire quelque chose quelque part .
C'est devenu une manie chez les artilleurs … une seconde nature .
- Le capitaine , debout à l'entrée de la casemate , dans notre alignement , boit un café :
"Non … quoi ? … remarqué quoi ?"
- Martial , à nous ses camarades : "Et vous … vous avez remarqué ?"
- Moi , pour nous tous : "Non , Martial … qu'est-ce qu'il y a de remarquable ?"
- Martial , mollement irrité : "C'est pourtant évident …"
- Nous : "………?………."
- Martial marmonne : "Cette stabilité "
- Le capitaine se tourne vers Martial : "Expliquez-vous , Martial … de quelle stabilité
parlez-vous ? … qu'est-ce qui est stable ?"
- Martial , après un long silence , comme s'il avait pesamment remué ses méninges :
"Tout est en équilibre"
Nous restons silencieux . La pluie tombe sur nos capotes en faisant des ploc-ploc .
L'observation de Martial nous pénètre sans nous atteindre : elle est incompréhensible .
- Cependant , le capitaine soucieux d'en savoir plus : "En équilibre ? … qu'est-ce que
vous voulez dire ?"
- Martial : "Rien …"
jeudi 7 décembre 2017
TROIS MOUCHES 102 . VEUVE CLICQUOT
Berthe éclata de rire , mais d'un rire léger , comme si la coupe de champagne
portée à ses lèvres avait heurté les trois mouches vermeilles et merveilleuses qui
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Des rires merveilleux portés par les lèvres de Berthe bourdonnaient . On heurtait
les coupes et le champagne , léger comme trois mouches , éclatait en pailles vermeilles
contre mon chapeau .
Trois mouches bourdonnaient dans le champagne quand Berthe porta ses lèvres
si merveilleuses contre ma coupe . Comme nos chapeaux de paille se heurtèrent
légèrement , nous éclatâmes de rire .
portée à ses lèvres avait heurté les trois mouches vermeilles et merveilleuses qui
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Des rires merveilleux portés par les lèvres de Berthe bourdonnaient . On heurtait
les coupes et le champagne , léger comme trois mouches , éclatait en pailles vermeilles
contre mon chapeau .
Trois mouches bourdonnaient dans le champagne quand Berthe porta ses lèvres
si merveilleuses contre ma coupe . Comme nos chapeaux de paille se heurtèrent
légèrement , nous éclatâmes de rire .
mercredi 6 décembre 2017
DESMOND 76 . C'EST L'AUTOMNE
- Au téléphone : "Desmond …" . Je reconnais la voix de Dear Henry .
- La voix : "Kissinger"
- Moi : "Bonjour Monsieur le Secrétaire d'État … que puis-je ? …"
- Kissinger : "J'ai demandé à Bryan Lopez de vous préparer deux râteaux"
- Moi : "Des râteaux !?"
- Kissinger : "Oui , Desmond , des râteaux … vous savez bien … ce truc avec des dents
et un manche … ça sert à ramasser les feuilles mortes … regardez par la fenêtre de votre
bureau … c'est l'automne , Desmond , et le Lafayette Park est plein de feuilles"
- Moi : "………?……….."
- Kissinger : "Voyez Bryan … il est prévenu"
- Moi : "Qui est Bryan , Monsieur le Secrétaire d'État ?"
- Kissinger , agacé : "C'est le jardinier en chef , vous devriez le savoir"
- Moi : "Euh … bien , Monsieur le Secrétaire d'État … que dois-je faire de ces deux
râteaux ?"
- Kissinger : "Ramasser les feuilles , pardi ! … qu'est-ce que vous voulez faire avec un
râteau ?"
- Moi : "Je dois ramasser les feuilles !?"
- Kissinger : "Oui … le Parc Lafayette en est plein"
- Moi : "Mais … Monsieur le Secrétaire d'État … c'est immense !!"
- Kissinger , manifestement râvi de me l'apprendre : "En effet … 30.000 m2"
- Moi : "Je ratisse avec Bryan ?"
- Kissinger : "Vous n'y pensez pas !!"
- Moi : "Deux râteaux"
- Kissinger : "Le Président désire se changer les idées … cette stupide histoire de micros
au Watergate …"
- Moi : "… Alors ? …"
- Kissinger : "Vous êtes lent de la comprenure , Desmond … il y a un râteau pour lui et
l'autre pour vous … il avait d'abord pensé à moi mais j'ai bien d'autres choses à faire …
je rencontre Chou dans trois jours"
- Moi : "……………."
- Kissinger : "Alors , j'ai pensé à vous"
- Moi : "……………."
- Kissinger : "Le patron vous aime bien"
- La voix : "Kissinger"
- Moi : "Bonjour Monsieur le Secrétaire d'État … que puis-je ? …"
- Kissinger : "J'ai demandé à Bryan Lopez de vous préparer deux râteaux"
- Moi : "Des râteaux !?"
- Kissinger : "Oui , Desmond , des râteaux … vous savez bien … ce truc avec des dents
et un manche … ça sert à ramasser les feuilles mortes … regardez par la fenêtre de votre
bureau … c'est l'automne , Desmond , et le Lafayette Park est plein de feuilles"
- Moi : "………?……….."
- Kissinger : "Voyez Bryan … il est prévenu"
- Moi : "Qui est Bryan , Monsieur le Secrétaire d'État ?"
- Kissinger , agacé : "C'est le jardinier en chef , vous devriez le savoir"
- Moi : "Euh … bien , Monsieur le Secrétaire d'État … que dois-je faire de ces deux
râteaux ?"
- Kissinger : "Ramasser les feuilles , pardi ! … qu'est-ce que vous voulez faire avec un
râteau ?"
- Moi : "Je dois ramasser les feuilles !?"
- Kissinger : "Oui … le Parc Lafayette en est plein"
- Moi : "Mais … Monsieur le Secrétaire d'État … c'est immense !!"
- Kissinger , manifestement râvi de me l'apprendre : "En effet … 30.000 m2"
- Moi : "Je ratisse avec Bryan ?"
- Kissinger : "Vous n'y pensez pas !!"
- Moi : "Deux râteaux"
- Kissinger : "Le Président désire se changer les idées … cette stupide histoire de micros
au Watergate …"
- Moi : "… Alors ? …"
- Kissinger : "Vous êtes lent de la comprenure , Desmond … il y a un râteau pour lui et
l'autre pour vous … il avait d'abord pensé à moi mais j'ai bien d'autres choses à faire …
je rencontre Chou dans trois jours"
- Moi : "……………."
- Kissinger : "Alors , j'ai pensé à vous"
- Moi : "……………."
- Kissinger : "Le patron vous aime bien"
mardi 5 décembre 2017
PARADIS 80 . UN P'TIT QUÈQUE CHOSE
Dieu inspecte le chemin de l'Arbre de Vie , à l'orient du Paradis . Il écarte d'une
voix joyeuse les chérubins qui agitent leurs épées flamboyantes . Adam est à ses
côtés . Paraît Ève , nue comme il est d'usage ici (à l'exclusion de Dieu en tant que
Substance) . Elle mâchouille un brin d'herbe . Moqueuse et quelque peu jalouse :
- "Ah , les inséparables !"
- Dieu : "Tu vois , Ève … malgré nos discordes , il nous arrive à Adam et à moi
de flâner ensemble"
- Ève : "………….."
- Dieu : "Tu ne trouves pas que nous nous ressemblons ?"
- Ève : "Non … toi , tu as une barbe"
- Dieu : "Fais comme si je n'en avais pas" . Il approche Son Visage de celui d'Adam
jusqu'à ce que leurs joues s'effleurent . Émotion ? défiance ? crainte ? : Adam recule
mais Dieu , de son bras tout-puissant , lui enserre les épaules : "Il y a bien un air de
famille , non ?"
- Ève . Elle compare les deux figures , et dans les figures : les yeux , et , dans les
yeux : l'écho .
- Dieu : "Alors ?"
- Ève : "Oui … tu as raison Di-Di … y a un p'tit quèque chose …"
- Dieu : "Qu'est-ce que c'est ?"
- Ève : "Je … je sais pas …"
- Dieu : "Moi , je sais"
voix joyeuse les chérubins qui agitent leurs épées flamboyantes . Adam est à ses
côtés . Paraît Ève , nue comme il est d'usage ici (à l'exclusion de Dieu en tant que
Substance) . Elle mâchouille un brin d'herbe . Moqueuse et quelque peu jalouse :
- "Ah , les inséparables !"
- Dieu : "Tu vois , Ève … malgré nos discordes , il nous arrive à Adam et à moi
de flâner ensemble"
- Ève : "………….."
- Dieu : "Tu ne trouves pas que nous nous ressemblons ?"
- Ève : "Non … toi , tu as une barbe"
- Dieu : "Fais comme si je n'en avais pas" . Il approche Son Visage de celui d'Adam
jusqu'à ce que leurs joues s'effleurent . Émotion ? défiance ? crainte ? : Adam recule
mais Dieu , de son bras tout-puissant , lui enserre les épaules : "Il y a bien un air de
famille , non ?"
- Ève . Elle compare les deux figures , et dans les figures : les yeux , et , dans les
yeux : l'écho .
- Dieu : "Alors ?"
- Ève : "Oui … tu as raison Di-Di … y a un p'tit quèque chose …"
- Dieu : "Qu'est-ce que c'est ?"
- Ève : "Je … je sais pas …"
- Dieu : "Moi , je sais"
lundi 4 décembre 2017
KRANT 108 . AU PAYS DE KALIMANTAN
Nous accédions au tendre pays de Kalimantan par une baie largement ouverte
mais qui semblait inabordable . Encastré dans l'estuaire , le Palais du Roi , comme
le feu intermittent d'une balise , renvoyait vers nous l'éclat de sa muraille où , pro-
fitant de la conjonction de l'ombre et de la brise de haute mer portée par le fleuve ,
se prélassaient d'innombrables chats . L'unique quai où pouvaient se serrer tout au
plus trois navires de moyen tonnage était dépourvu de grues et c'est là , cependant ,
que nous allions charger des grumes de Keruing .
Tendre pays de Kalimantan … des jeunes filles aux yeux baissés offraient aux
matelots des mangues et des belettes noires pendant que des hommes approchaient
de nos flancs une potence où pendait une antique poulie . Nous avons ri la première
fois . Nous connaissions les ponts-roulants de Rotterdam , les drops de Plymouth ,
nous avions assisté au chargement des vraquiers à Hambourg et des minéraliers à
Marseille et cette poulie à grumes nous faisait rire .
Or , les billes de teck furent en nos cales en moins d'un jour .
- Le timonier : "Morbleu , chef … puis-je croire pareil miracle ?"
mais qui semblait inabordable . Encastré dans l'estuaire , le Palais du Roi , comme
le feu intermittent d'une balise , renvoyait vers nous l'éclat de sa muraille où , pro-
fitant de la conjonction de l'ombre et de la brise de haute mer portée par le fleuve ,
se prélassaient d'innombrables chats . L'unique quai où pouvaient se serrer tout au
plus trois navires de moyen tonnage était dépourvu de grues et c'est là , cependant ,
que nous allions charger des grumes de Keruing .
Tendre pays de Kalimantan … des jeunes filles aux yeux baissés offraient aux
matelots des mangues et des belettes noires pendant que des hommes approchaient
de nos flancs une potence où pendait une antique poulie . Nous avons ri la première
fois . Nous connaissions les ponts-roulants de Rotterdam , les drops de Plymouth ,
nous avions assisté au chargement des vraquiers à Hambourg et des minéraliers à
Marseille et cette poulie à grumes nous faisait rire .
Or , les billes de teck furent en nos cales en moins d'un jour .
- Le timonier : "Morbleu , chef … puis-je croire pareil miracle ?"
dimanche 3 décembre 2017
CONFÉRENCE DU PROFESSEUR DESHERBES
Extrait de la conférence du Professeur Desherbes (15/06/10) .
Où il est question d'une nouvelle offensive de la nature et de ses conséquences .
De l'enfer des cycles et des moyens d'en sortir .
"Devrons-nous , chers auditeurs , nous conformer ad vitam aeternam aux cycles
impérieux de la nature ? . Chaque équinoxe accroche à nos vergers leurs fleurs blanches
et ses bourgeons à la tige de nos rosiers , comme une nécessité et comme si nos croisades
défoliantes valaient à peine un haussement d'épaules . Aussi voit-on vers le 20 mars les
adeptes des anciennes religions célébrer au coeur d nos villes des terrains vagues où
débordent les violettes . Que par manque de savoirs et de moyens , nos ancêtres eussent
autorisé ces fleurs sauvages à longer leurs villas , les carrés de leurs monastères , les
jardins de la Sublime Porte ou de Parme , et à proliférer , c'est l'effet de l'irréversible
Histoire mais - amis du Progrès et de l'Esprit Humain - nous avons aujourd'hui entre nos
mains ce sésame : la Chimie !"
A ce moment du discours , le Professeur Desherbes boit un verre de benzine de pétrole
(densité : 0,65 . Point d'inflammation : 40° C) pour lubrifier son larynx et les cordes
vocales y afférentes .
"Briser ces cycles odieux , comme le Prophète a brisé les Tables de la Loi et sceller
une Nouvelle Alliance où l'Homme - auditeurs phosphatés - aura la plus belle part .
Avancer enfin sur la route lumineuse et droite de l'Avenir" .
Le Professeur Desherbes se tourne vers le tableau noir . Ses équations projettent sur
l'estrade la poussière de la craie … Axe de rotation , plan de l'écliptique , repère équa-
torial géocentrique , ligne des solstices , longitude apparente , révolution tropique , pré-
cession des équinoxes … dans l'auditoire , on suit ou on ne suit pas …
Le Professeur fait face à son cher public :
"Oui , Mesdames et Messieurs , il faut détruire les saisons !"
Applaudissements .
Où il est question d'une nouvelle offensive de la nature et de ses conséquences .
De l'enfer des cycles et des moyens d'en sortir .
"Devrons-nous , chers auditeurs , nous conformer ad vitam aeternam aux cycles
impérieux de la nature ? . Chaque équinoxe accroche à nos vergers leurs fleurs blanches
et ses bourgeons à la tige de nos rosiers , comme une nécessité et comme si nos croisades
défoliantes valaient à peine un haussement d'épaules . Aussi voit-on vers le 20 mars les
adeptes des anciennes religions célébrer au coeur d nos villes des terrains vagues où
débordent les violettes . Que par manque de savoirs et de moyens , nos ancêtres eussent
autorisé ces fleurs sauvages à longer leurs villas , les carrés de leurs monastères , les
jardins de la Sublime Porte ou de Parme , et à proliférer , c'est l'effet de l'irréversible
Histoire mais - amis du Progrès et de l'Esprit Humain - nous avons aujourd'hui entre nos
mains ce sésame : la Chimie !"
A ce moment du discours , le Professeur Desherbes boit un verre de benzine de pétrole
(densité : 0,65 . Point d'inflammation : 40° C) pour lubrifier son larynx et les cordes
vocales y afférentes .
"Briser ces cycles odieux , comme le Prophète a brisé les Tables de la Loi et sceller
une Nouvelle Alliance où l'Homme - auditeurs phosphatés - aura la plus belle part .
Avancer enfin sur la route lumineuse et droite de l'Avenir" .
Le Professeur Desherbes se tourne vers le tableau noir . Ses équations projettent sur
l'estrade la poussière de la craie … Axe de rotation , plan de l'écliptique , repère équa-
torial géocentrique , ligne des solstices , longitude apparente , révolution tropique , pré-
cession des équinoxes … dans l'auditoire , on suit ou on ne suit pas …
Le Professeur fait face à son cher public :
"Oui , Mesdames et Messieurs , il faut détruire les saisons !"
Applaudissements .
samedi 2 décembre 2017
TCHÉTCHÉNIE
On a sorti Youri par la tourelle .
Par le trou causé par la mine à l'avant du tank , c'était impossible : les bords étaient
dentelés , l'orifice trop petit et - vu leur état et ce qu'il en restait - on n'a pas pu agripper
Youri par les jambes .
On l'a donc hissé par la tourelle et sorti par la trappe …
Puis on l'a tiré sur le blindage où ses jambes ont fait un drôle de bruit .
J'ai regardé la ligne mauve du Caucase et derrière , il y avait la mer et , derrière la
mer , ma ville : Novorossiik …
Novorossiik , c'est des cimenteries et des usines d'éléments en béton armé … mais
c'est aussi un port de pêche .
Ses jambes ont fait un drôle de bruit quand on l'a allongé sur le blindage .
J'ai dit : "On dirait une limande fraîche jetée sur l'étal du poissonnier"
Andreï : "… ou une claque sur la cuisse d'une femme"
Sasha , le mitrailleur : "Non … c'est le bruit que font les juments kustanaï quand elles
mettent bas …"
Alors , Youri a murmuré : "Vatrouchka …" et un filet de sang a coulé de ses lèvres et
il souriait . (Note de l'auteur : le vatrouchka est un gâteau au fromage blanc garni de rai-
sins secs ou de morceaux de fruits) .
On a étendu Youri sur le talus et Andreï a sorti du tank une bouteille de vodka .
Il faisait chaud . Andreï était en maillot de corps et il avait autour du cou une chaîne en
or où pendait une croix .
"Za zdorobic ! (à ta santé !)" a-t-il dit à Youri en vidant un quart de la bouteille avant
de la tendre à Sasha …
Quand l'hélicoptère est arrivé , il y avait bien deux heures que nous étions saouls et
que Youri avait cessé de vivre .
Par le trou causé par la mine à l'avant du tank , c'était impossible : les bords étaient
dentelés , l'orifice trop petit et - vu leur état et ce qu'il en restait - on n'a pas pu agripper
Youri par les jambes .
On l'a donc hissé par la tourelle et sorti par la trappe …
Puis on l'a tiré sur le blindage où ses jambes ont fait un drôle de bruit .
J'ai regardé la ligne mauve du Caucase et derrière , il y avait la mer et , derrière la
mer , ma ville : Novorossiik …
Novorossiik , c'est des cimenteries et des usines d'éléments en béton armé … mais
c'est aussi un port de pêche .
Ses jambes ont fait un drôle de bruit quand on l'a allongé sur le blindage .
J'ai dit : "On dirait une limande fraîche jetée sur l'étal du poissonnier"
Andreï : "… ou une claque sur la cuisse d'une femme"
Sasha , le mitrailleur : "Non … c'est le bruit que font les juments kustanaï quand elles
mettent bas …"
Alors , Youri a murmuré : "Vatrouchka …" et un filet de sang a coulé de ses lèvres et
il souriait . (Note de l'auteur : le vatrouchka est un gâteau au fromage blanc garni de rai-
sins secs ou de morceaux de fruits) .
On a étendu Youri sur le talus et Andreï a sorti du tank une bouteille de vodka .
Il faisait chaud . Andreï était en maillot de corps et il avait autour du cou une chaîne en
or où pendait une croix .
"Za zdorobic ! (à ta santé !)" a-t-il dit à Youri en vidant un quart de la bouteille avant
de la tendre à Sasha …
Quand l'hélicoptère est arrivé , il y avait bien deux heures que nous étions saouls et
que Youri avait cessé de vivre .
COTE 137 . 100 . L'ARRESTATION .
Deux gendarmes se présentent au capitaine : un brigadier et un simple gendarme .
- Le brigadier : "Mon capitaine , vous avez dans votre compagnie un dénommé Martial X"
- Le capitaine : "Que lui voulez-vous ?"
- Le brigadier : "Nous avons l'ordre de l'arrêter"
- Le capitaine : "……..!?………"
- Le brigadier : "Où est-il ?"
- Le capitaine : "Que lui reproche-t-on ?"
- Le brigadier : "Cet homme a tenu des propos séditieux"
- Le capitaine : "Des propos séditieux !?"
- Le brigadier consulte un document qu'il sort de sa poche : "C'est bien ce que j'ai sur mon
ordre de mission … des propos séditieux"
- Le capitaine : "Il doit y avoir une erreur"
- Le brigadier : "Mon capitaine , il n'y a jamais d'erreur dans nos ordres de mission . S'il y
est écrit que cet homme a tenu des propos séditieux , c'est qu'il les a tenus … mais la Cour
Martiale jugera"
- Le capitaine : "……………."
- Le brigadier : "Où est-il ?"
- Le capitaine désigne par-dessus le parapet la cote 137 : "Là-bas"
- Les deux gendarmes tournent la tête vers la ligne ennemie . Le brigadier interloqué : "Il
est passé à l'ennemi ? … il s'est rendu ? …"
- Le capitaine , sombre : "Non … il n'est pas arrivé jusque-là …"
- Les gendarmes : "…….?….."
- Le capitaine : "Avant-hier … nous avons attaqué sous le feu de l'ennemi … l'artillerie …
jusqu'à du 380 … Martial X était à la tête de la compagnie , comme d'habitude …"
- Les gendarmes : "…………."
- Le capitaine : "Je l'ai proposé à la Croix de Guerre à titre posthume , mais …"
- Le brigadier : "Mais ?"
- Le capitaine : "… mais il l'a déjà … j'avais oublié"
- Le brigadier : "…….?…….. . Vous avez récupéré ses plaques ?"
- Le capitaine . Il montre le no man's land : "Elles doivent être là-dedans . On n'a pas
retrouvé le corps … vous pensez : du 380 !"
Le brigadier prend note , remet son document dans sa poche de poitrine . Les deux gen-
darmes saluent en claquant les talons et quittent la tranchée .
……………………………………………………………………………………………….
- Martial sort de la casemate : "Deux Croix de Guerre , mon capitaine ! … vous n'en faites
pas trop ?"
- Le capitaine , furibard : "Fermez votre gueule , Martial !"
- Le brigadier : "Mon capitaine , vous avez dans votre compagnie un dénommé Martial X"
- Le capitaine : "Que lui voulez-vous ?"
- Le brigadier : "Nous avons l'ordre de l'arrêter"
- Le capitaine : "……..!?………"
- Le brigadier : "Où est-il ?"
- Le capitaine : "Que lui reproche-t-on ?"
- Le brigadier : "Cet homme a tenu des propos séditieux"
- Le capitaine : "Des propos séditieux !?"
- Le brigadier consulte un document qu'il sort de sa poche : "C'est bien ce que j'ai sur mon
ordre de mission … des propos séditieux"
- Le capitaine : "Il doit y avoir une erreur"
- Le brigadier : "Mon capitaine , il n'y a jamais d'erreur dans nos ordres de mission . S'il y
est écrit que cet homme a tenu des propos séditieux , c'est qu'il les a tenus … mais la Cour
Martiale jugera"
- Le capitaine : "……………."
- Le brigadier : "Où est-il ?"
- Le capitaine désigne par-dessus le parapet la cote 137 : "Là-bas"
- Les deux gendarmes tournent la tête vers la ligne ennemie . Le brigadier interloqué : "Il
est passé à l'ennemi ? … il s'est rendu ? …"
- Le capitaine , sombre : "Non … il n'est pas arrivé jusque-là …"
- Les gendarmes : "…….?….."
- Le capitaine : "Avant-hier … nous avons attaqué sous le feu de l'ennemi … l'artillerie …
jusqu'à du 380 … Martial X était à la tête de la compagnie , comme d'habitude …"
- Les gendarmes : "…………."
- Le capitaine : "Je l'ai proposé à la Croix de Guerre à titre posthume , mais …"
- Le brigadier : "Mais ?"
- Le capitaine : "… mais il l'a déjà … j'avais oublié"
- Le brigadier : "…….?…….. . Vous avez récupéré ses plaques ?"
- Le capitaine . Il montre le no man's land : "Elles doivent être là-dedans . On n'a pas
retrouvé le corps … vous pensez : du 380 !"
Le brigadier prend note , remet son document dans sa poche de poitrine . Les deux gen-
darmes saluent en claquant les talons et quittent la tranchée .
……………………………………………………………………………………………….
- Martial sort de la casemate : "Deux Croix de Guerre , mon capitaine ! … vous n'en faites
pas trop ?"
- Le capitaine , furibard : "Fermez votre gueule , Martial !"
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