Au soir d'une journée de création , Dieu prend sa douche .
- Ève entre : "J'ai trouvé ça … par-terre , dans l'atelier"
- Dieu : "………?………."
- Ève : "C'est la clé du Paradis ?"
- Dieu . Il passe la tête à travers le rideau : "Non , Ève … ça , c'est une clé de 15"
- Ève : "Ça sert à quoi ?"
- Dieu : "A serrer des boulons"
- Ève : "Par exemple , celui de la girafe ?"
- Dieu : "………?………."
- Ève : "Le cou long de la girafe ?"
- Dieu . Il se savonne : "Non Ève … les boulons … b-o-u-l-o-n-s … ce que tu as dans
la main , c'est une clé de 15 pour les boulons de 15 … faudrait peut-être te nettoyer les
oreilles"
- Ève , espiègle : "Je peux venir dans la douche avec Toi ?"
- Dieu : "Ah non , Ève ! … certainly not ! … ça jaserait"
vendredi 29 juin 2018
jeudi 28 juin 2018
KRANT 138 . PAS LE FRANÇAIS ?
Curieusement , Monsieur Lee n'entendait pas le français . C'est ce qui se disait
dans les coursives et lui-même me l'affirma à l'aube d'un jour pluvieux quand nous
croisions au large du Cap Barren entre la Tasmanie et le Promontoire de Wilson ,
à l'antipode de la France . Son mandarin était - sans que je puisse en juger mais des
chinois l'avaient assuré au capitaine - le plus pur et son letton était à l'oreille exquis .
Il brillait dans les conversations égyptiennes et donnait la réplique aux ambassadeurs
d'Ethiopie comme il advint à Massoua . Il connaissait assez de zoulou et de bas-breton
pour survivre dans ces pays sauvages et j'ai écrit ailleurs qu'il maniait quantité d'étranges
dialectes . Mais du français , rien , me dit-il , à part "oui" et "non" .
Je m'étonnai le soir du même jour - il avait plu sans discontinuer - qu'un tel polyglotte
fut à ce point imperméable à la plus belle langue du monde .
- "Hi , hi , hi " . Monsieur Lee tira de sa poche un petit livre et , avec l'accent de la
province d'Anjou , lut cette phrase : "Il m'emprunta un livre non coupé qu'il me rendit
TEL quel" . Notre cuisinier m'expliqua l'emploi adjectival du déterminatif "tel" comme
déterminatif complémentaire qui - ô merveille - a dans le cas cité la fonction de l'adjectif
qualificatif attribut de l'objet .
Je n'y compris goutte .
- Monsieur Lee conclut en français : "Le français est une langue facile …" . Puis ,
caressant le poil humide de Hume , des moustaches à la pointe extrême de la queue
tigrée : "Hi , hi , hi …"
dans les coursives et lui-même me l'affirma à l'aube d'un jour pluvieux quand nous
croisions au large du Cap Barren entre la Tasmanie et le Promontoire de Wilson ,
à l'antipode de la France . Son mandarin était - sans que je puisse en juger mais des
chinois l'avaient assuré au capitaine - le plus pur et son letton était à l'oreille exquis .
Il brillait dans les conversations égyptiennes et donnait la réplique aux ambassadeurs
d'Ethiopie comme il advint à Massoua . Il connaissait assez de zoulou et de bas-breton
pour survivre dans ces pays sauvages et j'ai écrit ailleurs qu'il maniait quantité d'étranges
dialectes . Mais du français , rien , me dit-il , à part "oui" et "non" .
Je m'étonnai le soir du même jour - il avait plu sans discontinuer - qu'un tel polyglotte
fut à ce point imperméable à la plus belle langue du monde .
- "Hi , hi , hi " . Monsieur Lee tira de sa poche un petit livre et , avec l'accent de la
province d'Anjou , lut cette phrase : "Il m'emprunta un livre non coupé qu'il me rendit
TEL quel" . Notre cuisinier m'expliqua l'emploi adjectival du déterminatif "tel" comme
déterminatif complémentaire qui - ô merveille - a dans le cas cité la fonction de l'adjectif
qualificatif attribut de l'objet .
Je n'y compris goutte .
- Monsieur Lee conclut en français : "Le français est une langue facile …" . Puis ,
caressant le poil humide de Hume , des moustaches à la pointe extrême de la queue
tigrée : "Hi , hi , hi …"
mercredi 27 juin 2018
COTE 137 . 110 . APHORISMES 2 (suite)
- Martial : "Ça y est ! … j'ai ma première aphorisme"
- Moi : "Déjà !?"
- Le capitaine : "Une vérité fondamentale , Martial ?"
- Martial : "Oui , mon capitaine , je pense que c'est fondamental … ma première
aphorisme ! … je vous la dit ?"
- Le capitaine en balayant la cote 137 avec ses jumelles , d'est en ouest : "C'est un
nom masculin , Martial … un aphorisme"
- Martial , sans se démonter : "Je vous le dit ?"
- Le capitaine : "On vous écoute"
- Martial , après un espace de silence théâtral : "Dieu est mort"
- Le capitaine bondit et , dans ce mouvement réflexe , laisse pendre ses jumelles au
bout de leur dragonne . Il tourne les talons et nous fait face : "Martial , ça n'est pas de
vous ! … c'est de Nietzsche !"
- Martial lui aussi sursaute , surpris par la réaction acerbe de notre capitaine : "Mon
capitaine , je vous assure que c'est de moi ! … je viens d'y penser ! … qui c'est ce gars ?"
- Le capitaine : "Nietzsche … un philosophe …"
- Martial rigole et me fiche un coup de coude : "Peut être que je suis un peu philosophe"
- Le capitaine : "Bon … admettons que vous ayez eu la même idée … il y en a d'autres
comme çà ?"
- Martial : "Oui … écoutez : Personne n'est méchant volontairement"
- Le capitaine , estomaqué : "Non Martial … je ne vous crois pas … ça , c'est Socrate :
Nul n'est méchant volontairement … dans le Gorgias si mes souvenirs sont bons …
vous n'avez pas pensé ça tout seul !?"
- Martial : "Ben si , mon capitaine … c'est pas fondamental ?"
- Le capitaine , médusé : "Si … si …"
- Moi . Je regarde mon camarade avec admiration : "T'en a d'autres ?"
- Martial , sur sa lancée : "J'en ai une … un autre … il m'a fait beaucoup réfléchir
celui-là …"
- Le capitaine , un peu crispé : "Dites toujours"
- Martial : "Tenez-vous bien … c'est pas parce qu'on meurt pour une cause qu'elle est
bonne"
- Le capitaine : "Je n'en crois pas mes oreilles , Martial ! … il y a un anglais qui a dit à
peu près ça … qui est-ce ? … non … un irlandais … Oscar Wilde , peut-être … vous
avez copié ?"
- Martial proteste : "Mais , mon capitaine … y'a rien de sorcier là-dedans ! … suffit
d'ouvrir les yeux : Dieu peut-il exister entre notre tranchée et la cote 137 ? … sommes-
nous méchants de notre plein gré ? … et est-ce qu'on fait bien de mourir pour ce tas de
boue ?"
- Le capitaine reprend son observation binoculaire là où il l'a laissée : "Vous avez raison ,
Martial … tout ça crève les yeux … mais , de grâce , arrêtez avec vos aphorismes …
je vous en prie …"
- Moi : "Déjà !?"
- Le capitaine : "Une vérité fondamentale , Martial ?"
- Martial : "Oui , mon capitaine , je pense que c'est fondamental … ma première
aphorisme ! … je vous la dit ?"
- Le capitaine en balayant la cote 137 avec ses jumelles , d'est en ouest : "C'est un
nom masculin , Martial … un aphorisme"
- Martial , sans se démonter : "Je vous le dit ?"
- Le capitaine : "On vous écoute"
- Martial , après un espace de silence théâtral : "Dieu est mort"
- Le capitaine bondit et , dans ce mouvement réflexe , laisse pendre ses jumelles au
bout de leur dragonne . Il tourne les talons et nous fait face : "Martial , ça n'est pas de
vous ! … c'est de Nietzsche !"
- Martial lui aussi sursaute , surpris par la réaction acerbe de notre capitaine : "Mon
capitaine , je vous assure que c'est de moi ! … je viens d'y penser ! … qui c'est ce gars ?"
- Le capitaine : "Nietzsche … un philosophe …"
- Martial rigole et me fiche un coup de coude : "Peut être que je suis un peu philosophe"
- Le capitaine : "Bon … admettons que vous ayez eu la même idée … il y en a d'autres
comme çà ?"
- Martial : "Oui … écoutez : Personne n'est méchant volontairement"
- Le capitaine , estomaqué : "Non Martial … je ne vous crois pas … ça , c'est Socrate :
Nul n'est méchant volontairement … dans le Gorgias si mes souvenirs sont bons …
vous n'avez pas pensé ça tout seul !?"
- Martial : "Ben si , mon capitaine … c'est pas fondamental ?"
- Le capitaine , médusé : "Si … si …"
- Moi . Je regarde mon camarade avec admiration : "T'en a d'autres ?"
- Martial , sur sa lancée : "J'en ai une … un autre … il m'a fait beaucoup réfléchir
celui-là …"
- Le capitaine , un peu crispé : "Dites toujours"
- Martial : "Tenez-vous bien … c'est pas parce qu'on meurt pour une cause qu'elle est
bonne"
- Le capitaine : "Je n'en crois pas mes oreilles , Martial ! … il y a un anglais qui a dit à
peu près ça … qui est-ce ? … non … un irlandais … Oscar Wilde , peut-être … vous
avez copié ?"
- Martial proteste : "Mais , mon capitaine … y'a rien de sorcier là-dedans ! … suffit
d'ouvrir les yeux : Dieu peut-il exister entre notre tranchée et la cote 137 ? … sommes-
nous méchants de notre plein gré ? … et est-ce qu'on fait bien de mourir pour ce tas de
boue ?"
- Le capitaine reprend son observation binoculaire là où il l'a laissée : "Vous avez raison ,
Martial … tout ça crève les yeux … mais , de grâce , arrêtez avec vos aphorismes …
je vous en prie …"
mardi 26 juin 2018
COTE 137 . 109 . APHORISMES 1
Martial et moi sommes assis côte à côte sur une caisse de biscuits de troupe . Nos
épaules se touchent . Martial a ouvert un carnet : il est vierge .
- Moi : "Tiens ! … je ne connais pas ce carnet-là …"
- Martial : Non … il est tout neuf … jamais servi" . Il fourrage dans son havresac :
"Crayon … couteau …"
- Moi : "Et tes autres carnets ?"
- Martial se met à tailler son crayon avec un savoir-faire épatant . Il pointe du menton son
havresac : "Ils sont là-dedans … celui-ci va servir à autre chose"
Silence . Martial attend que j'insiste . Je connais le loustic et je le fais lanterner .
- Martial , n'y tenant plus : "Tu ne me demandes pas à quoi ? … à quoi il va servir ?"
- Moi , bon camarade : "A quoi ? … à quoi il va servir ce nouveau carnet tout neuf ?"
Silence de quinze secondes . L'animal s'y entend pour entretenir la curiosité de ses
auditeurs .
- Martial : "Je vais noter là-dessus mes … mes ..." . Au capitaine : "Mon capitaine …
comment avez-vous appelé ces sentences pleines de vérité ?"
- Le capitaine , avec ses jumelles , est à l'affût du moindre mouvement suspect sur la
cote 137 : "Vous voulez parler des aphorismes , Martial ?"
- Martial : "Oui , merci mon capitaine … " . A moi : "Je vais noter dans ce carnet les
aforismes qui me passent par la tête . J'ai plein d'idées" . Il trace de son écriture appliquée :
"Les aforismes de Martial" . "C'est le titre" , dit-il .
- Moi : "Ça s'écrit comme ça "aforisme" ? … tu es sûr ?"
- Martial : "Comment veux-tu l'écrire ?" … le doute , soudain : "Mon capitaine , comment
écrivez-vous "aforisme" ?"
- Le capitaine épelle sans cesser d'observer : "A-p-h-o-r-i-s-m-e"
- Martial : "Merde !" . Extrayant une gomme du fond de son havresac : "Nom de nom ,
ça commence bien !"
(à suivre …)
épaules se touchent . Martial a ouvert un carnet : il est vierge .
- Moi : "Tiens ! … je ne connais pas ce carnet-là …"
- Martial : Non … il est tout neuf … jamais servi" . Il fourrage dans son havresac :
"Crayon … couteau …"
- Moi : "Et tes autres carnets ?"
- Martial se met à tailler son crayon avec un savoir-faire épatant . Il pointe du menton son
havresac : "Ils sont là-dedans … celui-ci va servir à autre chose"
Silence . Martial attend que j'insiste . Je connais le loustic et je le fais lanterner .
- Martial , n'y tenant plus : "Tu ne me demandes pas à quoi ? … à quoi il va servir ?"
- Moi , bon camarade : "A quoi ? … à quoi il va servir ce nouveau carnet tout neuf ?"
Silence de quinze secondes . L'animal s'y entend pour entretenir la curiosité de ses
auditeurs .
- Martial : "Je vais noter là-dessus mes … mes ..." . Au capitaine : "Mon capitaine …
comment avez-vous appelé ces sentences pleines de vérité ?"
- Le capitaine , avec ses jumelles , est à l'affût du moindre mouvement suspect sur la
cote 137 : "Vous voulez parler des aphorismes , Martial ?"
- Martial : "Oui , merci mon capitaine … " . A moi : "Je vais noter dans ce carnet les
aforismes qui me passent par la tête . J'ai plein d'idées" . Il trace de son écriture appliquée :
"Les aforismes de Martial" . "C'est le titre" , dit-il .
- Moi : "Ça s'écrit comme ça "aforisme" ? … tu es sûr ?"
- Martial : "Comment veux-tu l'écrire ?" … le doute , soudain : "Mon capitaine , comment
écrivez-vous "aforisme" ?"
- Le capitaine épelle sans cesser d'observer : "A-p-h-o-r-i-s-m-e"
- Martial : "Merde !" . Extrayant une gomme du fond de son havresac : "Nom de nom ,
ça commence bien !"
(à suivre …)
lundi 25 juin 2018
MIKE 1
C'était au bord de la Rivière Au Sable (Lac Huron . État du Michigan)
au mois d'août . Mike me photographiait et je le photographiais me photo-
graphiant . Il n'a pas aimé … car la photographie , disait-il , est un art à sens
unique .
Hier , Mike est mort . Tout ce qui me reste de lui est cette image 20x20
et son reflex Canon EOS 700D . Là-haut , dans le Michigan , le Lac Huron
poursuit sa vie sauvage .
L'art photographique est une mise à mort .
au mois d'août . Mike me photographiait et je le photographiais me photo-
graphiant . Il n'a pas aimé … car la photographie , disait-il , est un art à sens
unique .
Hier , Mike est mort . Tout ce qui me reste de lui est cette image 20x20
et son reflex Canon EOS 700D . Là-haut , dans le Michigan , le Lac Huron
poursuit sa vie sauvage .
L'art photographique est une mise à mort .
FRACASTORIUS 3 (suite et fin)
- Neil : "Un drapeau … c'est un drapeau …"
- CC : "… soviétique ? ..."
- Neil : "Non …"
- CC : "… chinois ? ... "
- Neil : "Non … je ne connais pas … Buzz non plus …"
- CC : "Neil … décrivez-le …"
- Neil : "Tricolore … de gauche à droite : noir - jaune - rouge … oh ! … sur le haut du
piquet : 1954 … une date ? …"
- CC : "Attendez … on fait des recherches …"
- Neil et Buzz : "…………………….."
- CC : "Neil ? … incompréhensible ! … il n'y a qu'une possibilité … belge … c'est un
drapeau belge !"
- Neil : "??"
- CC : "Neil … vous êtes sûr des couleurs ? … noir - jaune - rouge … de gauche à
droite ?"
- Neil : "Affirmatif … noir - jaune - rouge … de gauche à droite … black - yellow -
red … et la date … 1954"
- CC : "Une date ? … 1954 ? … vous plaisantez , Neil !?…"
- Neil : "Qu'est-ce qu'on fait ?"
- CC : "Neil ! … contrôlez votre oxygène … le LEM est à combien ?"
- Neil : "500 mètres ………………… Dieu du ciel !!! … là-bas !…"
- Neil (à Buzz) : "Buzz ! … Buzz ! … Buzz ! … là-bas ! …"
- Neil (à CC) : "Les gars ! … il y a un type là-bas … plein ouest … 800 mètres …
il vient vers nous !"
- CC : "?????????????"
- Neil : "Je zoome … je … vous l'avez ?"
- CC : "Oui … oui … dingue ! … c'est dingue !!!"
- Neil : "……………."
- CC : "Qu'est-ce qu'il tient dans sa pince droite ? … on dirait un pendule …"
FIN
- CC : "… soviétique ? ..."
- Neil : "Non …"
- CC : "… chinois ? ... "
- Neil : "Non … je ne connais pas … Buzz non plus …"
- CC : "Neil … décrivez-le …"
- Neil : "Tricolore … de gauche à droite : noir - jaune - rouge … oh ! … sur le haut du
piquet : 1954 … une date ? …"
- CC : "Attendez … on fait des recherches …"
- Neil et Buzz : "…………………….."
- CC : "Neil ? … incompréhensible ! … il n'y a qu'une possibilité … belge … c'est un
drapeau belge !"
- Neil : "??"
- CC : "Neil … vous êtes sûr des couleurs ? … noir - jaune - rouge … de gauche à
droite ?"
- Neil : "Affirmatif … noir - jaune - rouge … de gauche à droite … black - yellow -
red … et la date … 1954"
- CC : "Une date ? … 1954 ? … vous plaisantez , Neil !?…"
- Neil : "Qu'est-ce qu'on fait ?"
- CC : "Neil ! … contrôlez votre oxygène … le LEM est à combien ?"
- Neil : "500 mètres ………………… Dieu du ciel !!! … là-bas !…"
- Neil (à Buzz) : "Buzz ! … Buzz ! … Buzz ! … là-bas ! …"
- Neil (à CC) : "Les gars ! … il y a un type là-bas … plein ouest … 800 mètres …
il vient vers nous !"
- CC : "?????????????"
- Neil : "Je zoome … je … vous l'avez ?"
- CC : "Oui … oui … dingue ! … c'est dingue !!!"
- Neil : "……………."
- CC : "Qu'est-ce qu'il tient dans sa pince droite ? … on dirait un pendule …"
FIN
samedi 23 juin 2018
FRACASTORIUS 2 (suite)
- Neil : "Je n'y vois rien … il faudrait ouvrir la visière …"
- Neil (à Buzz) : "Buzz ! … donne-moi un coup de main … on va l'ouvrir …"
- CC : "… Incredible ! …"
- Neil : "Rien à faire … elle est coincée …"
- CC : "… Incredible ! … des russes ? …"
- Neil : "… Pas de CCCC … pas de drapeau … pas de marteau … de faucille …"
- CC : "Et l'autre ?"
- Neil : "On y va … il est un peu plus bas … plus propre on dirait …"
- CC : "Faites gaffe … take care !"
- Neil : "On y est …"
- Neil (à Buzz) : "Buzz ! … essaie d'ouvrir la visière …"
- Neil (à CC) : "Celui-là est sur le dos … rien à faire ! … coincée aussi …"
- CC : "…………….."
- Neil : "Ah ! … sur l'épaule … il y a quelque chose …"
- CC : "…….?………"
- Neil : "… Haddock … peut-être le nom du gars …"
- CC : "Comment dites-vous , Neil ?"
- Neil : "Haddock … H.a.d.d.o.c.k …"
- CC : "Haddock ? … c'est pas russe … et le petit scaphandre ? …"
- Neil : "Il est plus bas encore … à mi-pente … Buzz descend … j'y vais …"
- CC : "………………"
- Neil : "Allo ! … les gars … un scaphandre d'animal …"
- CC : "……..?……… Un singe ?" …"
- Neil : "Non … non … un quadrupède … un chien ?"
- CC : "Et alentours ?"
- Neil : "Rien … pas de module … pas de fusée … pas d'engin motorisé …"
- CC : "???? … Ba-ba-ba-ba-ba ! …?"
- Neil : "Ah ! … Buzz me fait signe … oui … à 200 mètres … sur la crête … il y a
un piquet … on y va …"
- CC : "………………."
(à suivre …)
- Neil (à Buzz) : "Buzz ! … donne-moi un coup de main … on va l'ouvrir …"
- CC : "… Incredible ! …"
- Neil : "Rien à faire … elle est coincée …"
- CC : "… Incredible ! … des russes ? …"
- Neil : "… Pas de CCCC … pas de drapeau … pas de marteau … de faucille …"
- CC : "Et l'autre ?"
- Neil : "On y va … il est un peu plus bas … plus propre on dirait …"
- CC : "Faites gaffe … take care !"
- Neil : "On y est …"
- Neil (à Buzz) : "Buzz ! … essaie d'ouvrir la visière …"
- Neil (à CC) : "Celui-là est sur le dos … rien à faire ! … coincée aussi …"
- CC : "…………….."
- Neil : "Ah ! … sur l'épaule … il y a quelque chose …"
- CC : "…….?………"
- Neil : "… Haddock … peut-être le nom du gars …"
- CC : "Comment dites-vous , Neil ?"
- Neil : "Haddock … H.a.d.d.o.c.k …"
- CC : "Haddock ? … c'est pas russe … et le petit scaphandre ? …"
- Neil : "Il est plus bas encore … à mi-pente … Buzz descend … j'y vais …"
- CC : "………………"
- Neil : "Allo ! … les gars … un scaphandre d'animal …"
- CC : "……..?……… Un singe ?" …"
- Neil : "Non … non … un quadrupède … un chien ?"
- CC : "Et alentours ?"
- Neil : "Rien … pas de module … pas de fusée … pas d'engin motorisé …"
- CC : "???? … Ba-ba-ba-ba-ba ! …?"
- Neil : "Ah ! … Buzz me fait signe … oui … à 200 mètres … sur la crête … il y a
un piquet … on y va …"
- CC : "………………."
(à suivre …)
vendredi 22 juin 2018
FRACASTORIUS 1
- Neil : "Allo ! … allo ! …
- Cap Canaveral : "Yes , Neil …"
- Neil : "C'est … c'est incroyable ! … incredible !"
- CC : "…??…"
- Neil : "Nous sommes au bord du Fracastorius … sur la crête nord du cratère …"
- CC : "Ouais"
- Neil : "Incroyable !!"
- CC : "…??…"
- Neil : "C'est … c'est …"
- CC : "Neil ?"
- Neil : "… Trois scaphandres …"
- CC : "…………….."
- Neil : "Deux … et un petit … plus loin …"
- CC : "…??…"
- Neil : "Sur la pente … à 20 mètres de la crête … Buzz s'est approché"
- CC : "C'est une blague !?"
- Neil : "Je descends"
- CC : "Neil !! … que se passe-t-il ? … contrôlez votre oxygène ! … Neil ! … répondez !"
- Neil : "Allo , Cap Canaveral … je suis près du premier scaphandre … il est sur le ventre
… face contre … face contre lune … enfoncé dans la poussière …"
- CC : "Neil ! … Neil ! …"
- Neil : "Attendez … je vous transmets l'image …"
- CC : "…?… Qu'est-ce que …"
- Neil : "Vous l'avez ? … vous voyez ? …"
- CC : "…???… Oui … damned ! … qu'est-ce que ? … hell ! …"
- Neil (à CC) : "Je le retourne ?"
- Neil (à Buzz) : "Buzz ! … retourne -le ! …"
- Neil (à CC) : "Buzz va le retourner"
D'un coup de pied , Buzz retourne le premier scaphandre . C'est facile : la gravité de la
lune est six fois inférieure à celle de la terre . Un nuage de poussière s'élève puis retombe .
Neil se penche sur la visière . Elle est réfléchissante .
(à suivre …)
- Cap Canaveral : "Yes , Neil …"
- Neil : "C'est … c'est incroyable ! … incredible !"
- CC : "…??…"
- Neil : "Nous sommes au bord du Fracastorius … sur la crête nord du cratère …"
- CC : "Ouais"
- Neil : "Incroyable !!"
- CC : "…??…"
- Neil : "C'est … c'est …"
- CC : "Neil ?"
- Neil : "… Trois scaphandres …"
- CC : "…………….."
- Neil : "Deux … et un petit … plus loin …"
- CC : "…??…"
- Neil : "Sur la pente … à 20 mètres de la crête … Buzz s'est approché"
- CC : "C'est une blague !?"
- Neil : "Je descends"
- CC : "Neil !! … que se passe-t-il ? … contrôlez votre oxygène ! … Neil ! … répondez !"
- Neil : "Allo , Cap Canaveral … je suis près du premier scaphandre … il est sur le ventre
… face contre … face contre lune … enfoncé dans la poussière …"
- CC : "Neil ! … Neil ! …"
- Neil : "Attendez … je vous transmets l'image …"
- CC : "…?… Qu'est-ce que …"
- Neil : "Vous l'avez ? … vous voyez ? …"
- CC : "…???… Oui … damned ! … qu'est-ce que ? … hell ! …"
- Neil (à CC) : "Je le retourne ?"
- Neil (à Buzz) : "Buzz ! … retourne -le ! …"
- Neil (à CC) : "Buzz va le retourner"
D'un coup de pied , Buzz retourne le premier scaphandre . C'est facile : la gravité de la
lune est six fois inférieure à celle de la terre . Un nuage de poussière s'élève puis retombe .
Neil se penche sur la visière . Elle est réfléchissante .
(à suivre …)
jeudi 21 juin 2018
TROIS MOUCHES 130 . CRITIQUE DE LA RAISON PURE
"C'est donc une question qui exige un examen plus approfondi et qu'on ne peut
expédier du premier coup , que celle de savoir s'il y a une connaissance indépendante
de l'expérience et même de toutes les impressions des sens" . Ainsi parlait Manu en
chassant de la main trois mouches qui bourdonnaient contre son chapeau de paille .
Berthe se mit à rire : "Tu nous barbes , Manu !"
Berthe a une connaissance bourdonnante des sens . Ainsi , elle expédia trois mouches
d'une main expérimentée dans la barbe de Manu , du premier coup ! . Si Manu exigeait
qu'elle examinât la paille de son chapeau , c'est une impression que je chassai en riant
sans l'approfondir . La question est de savoir , en toute indépendance , de quoi il parlait .
Quand Manu se met à rire , on a l'impression que sa barbe bourdonne mais ,
à l'examen , c'est quand il parle avec ses mains . La question est de savoir s'il a une
connaissance approfondie de la chasse aux mouches ou si , indépendamment de
l'expérience des sens , il exige de Berthe qu'elle l'expédie sous son merveilleux chapeau
de paille .
expédier du premier coup , que celle de savoir s'il y a une connaissance indépendante
de l'expérience et même de toutes les impressions des sens" . Ainsi parlait Manu en
chassant de la main trois mouches qui bourdonnaient contre son chapeau de paille .
Berthe se mit à rire : "Tu nous barbes , Manu !"
Berthe a une connaissance bourdonnante des sens . Ainsi , elle expédia trois mouches
d'une main expérimentée dans la barbe de Manu , du premier coup ! . Si Manu exigeait
qu'elle examinât la paille de son chapeau , c'est une impression que je chassai en riant
sans l'approfondir . La question est de savoir , en toute indépendance , de quoi il parlait .
Quand Manu se met à rire , on a l'impression que sa barbe bourdonne mais ,
à l'examen , c'est quand il parle avec ses mains . La question est de savoir s'il a une
connaissance approfondie de la chasse aux mouches ou si , indépendamment de
l'expérience des sens , il exige de Berthe qu'elle l'expédie sous son merveilleux chapeau
de paille .
mercredi 20 juin 2018
KRANT 137 . LE RAT ET L'HUÎTRE
La nuit , quand les chaudières poussaient le Kritik sur une route inflexible ,
je m'isolais dans un recoin de la salle des machines et prenais connaissance des
traductions de mon ami français . Je donnais mon imprimatur à pratiquement tout
parce que tout dépassait mes compétences mais , à certaines erreurs d'interprétation ,
je m'esclaffais .
Par exemple le timonier , grande gueule sous le soleil , était coi sur bien des sujets .
Je l'entretenais un jour en camarade sur une femme qu'il avait connue à Valparaiso .
Il répartit en ricanant ceci qu'il est impossible de traduire en français sans en perdre
le sel et que je consignai sur mon carnet dans son jus originel ; où il est question d'un
piège à rat , un traquenard , une bouche en forme de prison mais - en filigrane - un
locuteur letton sait de quoi il retourne : d'un nigaud pris par le sexe d'une femme .
Ce que mon ami français ignorait et traduisit naïvement par un proverbe de son pays :
en bouche close , n'entre mouche .
Or , non seulement le timonier - quoique de mauvaise grâce - répondit à mes
interrogations à propos de cette femme , mais il m'avoua qu'il y avait laissé la moitié
de sa paie !
je m'isolais dans un recoin de la salle des machines et prenais connaissance des
traductions de mon ami français . Je donnais mon imprimatur à pratiquement tout
parce que tout dépassait mes compétences mais , à certaines erreurs d'interprétation ,
je m'esclaffais .
Par exemple le timonier , grande gueule sous le soleil , était coi sur bien des sujets .
Je l'entretenais un jour en camarade sur une femme qu'il avait connue à Valparaiso .
Il répartit en ricanant ceci qu'il est impossible de traduire en français sans en perdre
le sel et que je consignai sur mon carnet dans son jus originel ; où il est question d'un
piège à rat , un traquenard , une bouche en forme de prison mais - en filigrane - un
locuteur letton sait de quoi il retourne : d'un nigaud pris par le sexe d'une femme .
Ce que mon ami français ignorait et traduisit naïvement par un proverbe de son pays :
en bouche close , n'entre mouche .
Or , non seulement le timonier - quoique de mauvaise grâce - répondit à mes
interrogations à propos de cette femme , mais il m'avoua qu'il y avait laissé la moitié
de sa paie !
COTE 137 .108 . LE TIGRE
Boum-boum-boum . Il y a dans le lointain une canonnade . A croire que les artilleurs
s'ennuient . Ils tuent le temps en tuant leur prochain . Le capitaine , Bertin , Martial et moi
formons , debout , un cercle étroit . Nous buvons l'excellent café de notre camarade dans
un total mutisme . Il tombe une petite pluie froide . Le ciel est gris pâle .
Silence donc . Soudain , Martial :
- "L'Homme est une bête féroce"
Silence . Soudain , le capitaine :
- "Encore un de vos aphorismes , Martial ?"
Silence , puis , Martial :
- "Un quoi , mon capitaine ?"
- Le capitaine : "Un aphorisme … une sentence qui résume une vérité éminente"
- Martial : "Eminente , en effet"
Silence . Puis , le capitaine :
- "Qu'en pensez-vous , Bertin ? … l'Homme est-il une bête féroce ?"
- Bertin hausse les épaules : "Bof ! "
Nous rions tristement .
- Le capitaine à moi , en regardant le fond de son quart maintenant vide : "Et vous ?"
- Moi : "Moi ?"
- Le capitaine : "Que pensez-vous de l'aphorisme de Martial ?"
- Moi : "Euh … mon capitaine … une bête féroce … je ne me sens ni bête , ni féroce …
je suis en général un gentil garçon"
- Martial proteste : "Non mais tu ne t'es pas vu !? … l'assaut de la cote 137 avant-hier ! …
tu hurlais … tu balançais tes grenades en beuglant des insultes ! … même à moi , tu faisais
peur !"
- Moi : "Jamais ! … jamais de la vie ! … hurler !? … beugler !? … moi !?"
- Martial : "Une bête féroce ! … un tigre ! …"
- Moi : "Tu me fais marcher , Martial"
- Martial : "Un tigre , je te dis !"
- Moi : "Tu me fais marcher"
Silence . Finalement :
- Le capitaine : "L'Homme serait donc un tigre qui s'ignore"
- Martial : "Et nos généraux ne l'ignorent pas "
mardi 19 juin 2018
KEPLER 186 f
Very Large Telescope (VLT) . Désert d'Atacama . Chili . A 500 années-lumière de la
Cordillère , cinq exoplanètes gravitent autour de la naine rouge Kepler 186 ; Kepler 186 f
est l'une d'elle , la cinquième puisque la dernière découverte , la plus éloignée de son
étoile , dans la zone dite "habitable" . Le professeur Tournorbite l'observe à travers l'objectif
du Sphere , le spectropolarimètre installé sur le télescope UT3 (Unit Telescope 3) du VLT .
Pendant que juché sur un siège aérien , l'astrophysicien évolue contre le dôme de l'obser-
vatoire dans le chuintement propre aux déplacements de haute précision , Tagua, la femme
de ménage affectée à l'UT3 , une indienne mapuche , pousse son chariot au centre de
l'Unité . Puis , après avoir jeté une serpillère humide sur le carrelage et y avoir enfoui les
franges de son balai , elle lève la tête vers le professeur qui , là-haut , tournoie .
- Tagua , dans un mauvais espagnol ; "Toi regarder Kepler 186 f ?"
- Tournorbite . Il coupe le coronographe et se penche au-dessus de l'accoudoir du siège : "Oui
… moi regarder … euh … j'observe en effet Kep… mais comment diable savez-vous ?"
- Tagua : "Moi regarder elle la nuit"
- Tournorbite : "Kepler 186 f !? … avec le télescope !?"
- Tagua . Elle rit : "Non ! … moi sortir … moi regarder dehors ... dans la nuit …"
- Tournorbite : "Dans la nuit !?"
- Tagua : "Kepler être dans la Constellation du Cygne …"
- Tournorbite : "Oui … oui … elle être … elle est dans la Constellation du Cygne … mais …
co … comment ?"
- Tagua . Elle frotte maintenant le sol avec une énergie mécanique : "Moi , mapuche …
mapuches voir loin … très loin …"
- Tournorbite : "Vous voir Kepler !!?? … comme ça ! … à l'oeil nu ?"
- Tagua : "Oui … dans Constellation du Cygne …"
- Tournorbite : "Mais … ??"
- Tagua . Elle plonge sa serpillière dans le seau et , en l'essorant : "Moi voir très loin … au
bout de la nuit … hier , moi regarder Galaxie UDF"
- Tournorbite : "UDF Y-38135539 ?"
- Tagua : "Oui … moi regarder elle hier"
- Tournorbite : "A 13 milliards d'années-lumière !!??"
- Tagua : "Oui … UDF très loin … très jolie … orangée comme lys inca …"
Le lendemain , le professeur Tournorbite au telephone :
- Tournorbite : "Allo , le LAM (Laboratoire d'Astrophysique de Marseille) ? … ici
Tournorbite …"
- LAM : "Salut … quel temps là-bas ?"
- Tournorbite : "Hyper-sec … comme d'habitude … dites-moi , cher collègue … le VLT …
ça coûte quoi ? … en gros … par jour"
- LAM : "Attendez … je calcule … j'arrondis … dans les 137.000"
- Tournorbite : "137.000 euros ?"
- LAM : "Oui … à peu près … pourquoi cette question ?"
- Tournorbite : "J'ai un programme à 5 euros de l'heure …"
- LAM : "??"
Cordillère , cinq exoplanètes gravitent autour de la naine rouge Kepler 186 ; Kepler 186 f
est l'une d'elle , la cinquième puisque la dernière découverte , la plus éloignée de son
étoile , dans la zone dite "habitable" . Le professeur Tournorbite l'observe à travers l'objectif
du Sphere , le spectropolarimètre installé sur le télescope UT3 (Unit Telescope 3) du VLT .
Pendant que juché sur un siège aérien , l'astrophysicien évolue contre le dôme de l'obser-
vatoire dans le chuintement propre aux déplacements de haute précision , Tagua, la femme
de ménage affectée à l'UT3 , une indienne mapuche , pousse son chariot au centre de
l'Unité . Puis , après avoir jeté une serpillère humide sur le carrelage et y avoir enfoui les
franges de son balai , elle lève la tête vers le professeur qui , là-haut , tournoie .
- Tagua , dans un mauvais espagnol ; "Toi regarder Kepler 186 f ?"
- Tournorbite . Il coupe le coronographe et se penche au-dessus de l'accoudoir du siège : "Oui
… moi regarder … euh … j'observe en effet Kep… mais comment diable savez-vous ?"
- Tagua : "Moi regarder elle la nuit"
- Tournorbite : "Kepler 186 f !? … avec le télescope !?"
- Tagua . Elle rit : "Non ! … moi sortir … moi regarder dehors ... dans la nuit …"
- Tournorbite : "Dans la nuit !?"
- Tagua : "Kepler être dans la Constellation du Cygne …"
- Tournorbite : "Oui … oui … elle être … elle est dans la Constellation du Cygne … mais …
co … comment ?"
- Tagua . Elle frotte maintenant le sol avec une énergie mécanique : "Moi , mapuche …
mapuches voir loin … très loin …"
- Tournorbite : "Vous voir Kepler !!?? … comme ça ! … à l'oeil nu ?"
- Tagua : "Oui … dans Constellation du Cygne …"
- Tournorbite : "Mais … ??"
- Tagua . Elle plonge sa serpillière dans le seau et , en l'essorant : "Moi voir très loin … au
bout de la nuit … hier , moi regarder Galaxie UDF"
- Tournorbite : "UDF Y-38135539 ?"
- Tagua : "Oui … moi regarder elle hier"
- Tournorbite : "A 13 milliards d'années-lumière !!??"
- Tagua : "Oui … UDF très loin … très jolie … orangée comme lys inca …"
Le lendemain , le professeur Tournorbite au telephone :
- Tournorbite : "Allo , le LAM (Laboratoire d'Astrophysique de Marseille) ? … ici
Tournorbite …"
- LAM : "Salut … quel temps là-bas ?"
- Tournorbite : "Hyper-sec … comme d'habitude … dites-moi , cher collègue … le VLT …
ça coûte quoi ? … en gros … par jour"
- LAM : "Attendez … je calcule … j'arrondis … dans les 137.000"
- Tournorbite : "137.000 euros ?"
- LAM : "Oui … à peu près … pourquoi cette question ?"
- Tournorbite : "J'ai un programme à 5 euros de l'heure …"
- LAM : "??"
dimanche 17 juin 2018
AL 288-1
Y.C. est mon papa . Quand je suis née , il était fou de joie . Tu étais , me dit-il ,
la rayure d'un diamant sur le ciel africain et tout ce que je savais , depuis qu'adoles-
cent je remuais des pierres sous les basses falaises de la presqu'île de Péchit , était
bouleversé . Il avait dansé autour de mon petit corps pendant que Rift , ma maman ,
me regardait d'un oeil effaré car elle n'en revenait pas de m'avoir enfin expulsée de
ses entrailles . Papa me donna le beau prénom de L. : Lumière . J'avais l'impression
d'être sous drogue douce , se rappelait-il . Quand il se fut calmé , il m'entoura de soins
méthodiques : comme j'avais gardé au sortir de maman une position foetale il aligna
mes membres avec d'infinies précautions ; puis il prit mes mesures : largeur de la face ,
longueur des membres jusqu'aux minuscules métatarses , longueur de l'ensemble et
tout cela , il le consigna dans un carnet . Ceci fait , il me décolla du lit où j'étais couchée
avec une douceur et des gestes techniques dont peu de pères peuvent s'enorgueillir .
Maman , libérée , s'était rendormie .
Coïncidence , je suis morte où je suis née : sur les bords de la Rivière Awash …
il y a bien longtemps .
la rayure d'un diamant sur le ciel africain et tout ce que je savais , depuis qu'adoles-
cent je remuais des pierres sous les basses falaises de la presqu'île de Péchit , était
bouleversé . Il avait dansé autour de mon petit corps pendant que Rift , ma maman ,
me regardait d'un oeil effaré car elle n'en revenait pas de m'avoir enfin expulsée de
ses entrailles . Papa me donna le beau prénom de L. : Lumière . J'avais l'impression
d'être sous drogue douce , se rappelait-il . Quand il se fut calmé , il m'entoura de soins
méthodiques : comme j'avais gardé au sortir de maman une position foetale il aligna
mes membres avec d'infinies précautions ; puis il prit mes mesures : largeur de la face ,
longueur des membres jusqu'aux minuscules métatarses , longueur de l'ensemble et
tout cela , il le consigna dans un carnet . Ceci fait , il me décolla du lit où j'étais couchée
avec une douceur et des gestes techniques dont peu de pères peuvent s'enorgueillir .
Maman , libérée , s'était rendormie .
Coïncidence , je suis morte où je suis née : sur les bords de la Rivière Awash …
il y a bien longtemps .
TROIS MOUCHES 129 . LE VOYAGEUR SECRET 2
Je m'aperçus que l'aube filtrait dans le bungalow . Je me tenais debout devant
la fenêtre , le regard perdu dans la nappe brumeuse de la mer . Trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille . Berthe
restait couchée sur le sofa , les yeux clos , la boîte vide de coca-cola à côté d'elle ,
la tête posée sur son bras .
Elle était couchée sur le sofa où l'aube avait clos ses yeux . J'avais posé ma tête
et mon chapeau sur son bras . La mer , à côté du bungalow , bourdonnait , merveil-
leusement vide et tenait une nappe de brume devant la fenêtre pendant que trois
mouches , aperçues dans la boîte de coca-cola , se perdaient dans le regard de Berthe
où filtrait un reste de paille .
Bourdonnantes , trois mouches filtraient l'aube dans une boîte de coca-cola . Berthe ,
debout à côté du sofa , posa son regard brumeux sur la nappe et la mer , près du bunga-
low , se coucha dans sa tête vide . J'aperçus son chapeau , contre ses yeux clos la fenêtre
et sur son bras un reste de paille .
la fenêtre , le regard perdu dans la nappe brumeuse de la mer . Trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille . Berthe
restait couchée sur le sofa , les yeux clos , la boîte vide de coca-cola à côté d'elle ,
la tête posée sur son bras .
Elle était couchée sur le sofa où l'aube avait clos ses yeux . J'avais posé ma tête
et mon chapeau sur son bras . La mer , à côté du bungalow , bourdonnait , merveil-
leusement vide et tenait une nappe de brume devant la fenêtre pendant que trois
mouches , aperçues dans la boîte de coca-cola , se perdaient dans le regard de Berthe
où filtrait un reste de paille .
Bourdonnantes , trois mouches filtraient l'aube dans une boîte de coca-cola . Berthe ,
debout à côté du sofa , posa son regard brumeux sur la nappe et la mer , près du bunga-
low , se coucha dans sa tête vide . J'aperçus son chapeau , contre ses yeux clos la fenêtre
et sur son bras un reste de paille .
samedi 16 juin 2018
KRANT 136 . LANGUE FRANÇAISE ET POTAGER
Qui aura lu mes Mémoires à Koenigsberg ? : personne !
Ces récits de voyage , je les ai consignés sur des carnets dans la langue de ma petite
mère : le bas letton . Or , c'est en France que j'ai touché quelques lecteurs et - parce que
je ne pratique la plus belle langue du monde que maladroitement - c'est un citoyen de ce
pays - et ami - qui a traduit mes souvenirs . J'ai participé à cette adaptation avec flamme .
- Krant sur la darse n°5 : "Chef , je n'ai jamais rien compris à cette langue : le français ! …
le français se perd en subordinations , accords complexes , conjonctives , subjonctifs et
autres ornementations … et autant de règles que d'exceptions à la règle ! … comment un
capitaine français peut-il joindre son port d'attache à une destination sans se perdre dans
sa grammaire ? … comment peut-il donner un ordre compréhensible à un quartier-maître ?"
- Moi : "Capitaine … cette complexité , quel plaisir ! … c'est comme un potager …"
- Krant , effet de sourcil , oeil capté : "Un potager !?"
- Moi : "Un potager , capitaine … c'est complexe … mais quel plaisir !"
- Krant : "Potager ? … complexe ? … plaisir ? … il me semble que ces mots ne vont pas
ensemble …"
Ces récits de voyage , je les ai consignés sur des carnets dans la langue de ma petite
mère : le bas letton . Or , c'est en France que j'ai touché quelques lecteurs et - parce que
je ne pratique la plus belle langue du monde que maladroitement - c'est un citoyen de ce
pays - et ami - qui a traduit mes souvenirs . J'ai participé à cette adaptation avec flamme .
- Krant sur la darse n°5 : "Chef , je n'ai jamais rien compris à cette langue : le français ! …
le français se perd en subordinations , accords complexes , conjonctives , subjonctifs et
autres ornementations … et autant de règles que d'exceptions à la règle ! … comment un
capitaine français peut-il joindre son port d'attache à une destination sans se perdre dans
sa grammaire ? … comment peut-il donner un ordre compréhensible à un quartier-maître ?"
- Moi : "Capitaine … cette complexité , quel plaisir ! … c'est comme un potager …"
- Krant , effet de sourcil , oeil capté : "Un potager !?"
- Moi : "Un potager , capitaine … c'est complexe … mais quel plaisir !"
- Krant : "Potager ? … complexe ? … plaisir ? … il me semble que ces mots ne vont pas
ensemble …"
jeudi 14 juin 2018
COTE 137 . 107 . COQUILLAGES
En patrouille avec Martial . Nous sommes accroupis dans une guitoune démantibulée .
Sous des poutres en partie calcinées , un cadavre qui ne l'est pas moins . Un des nôtres ?
… un boche ? … Calme dans le secteur . Orage lointain : on s'entretue à 10 kms à l'est .
Des artilleurs règlent l'angle des tubes et chargent des culasses . D'autres , en face , n'ont
plus que quelques secondes à vivre , clapis dans leurs trous , les mains sur les oreilles .
- Martial laisse aller sa tête contre la paroi de glaise tassée . Il ferme les yeux , face tournée
vers le ciel ; "On n'est pas bien , vieux ?"
- Moi : "………….."
- Martial : "Dis-moi qu'on est bien"
- Moi . Je fais la moue : "On est bien , Martial … drôlement bien …"
- Martial : "C'est bien ce que je pensais" . Il farfouille dans les poches de sa capote :
"Où je l'ai foutue ?"
- Moi : "…….?……"
- Martial : "Ah ! … la voilà ! …" , et il me tend triomphalement sa gourde : "Tiens ,
prends ça ! … de la gnôle …"
- Moi : "Non … merci Martial"
- Martial . Il débouche le bidon , se sert une rasade de cette saloperie et me tend à nouveau
sa gnôle . J'écarte sa main : "Non , je te dis" . "Tu as tort" , réplique-t-il en frappant sur le
bouchon .
On continue , à droite , de balancer du 220 sur des gens qu'on n'a jamais vus . On charge
les culasses , on règle les hausses pour affiner la tuerie .
- Martial , tête renversée contre le mur de glaise , yeux fermés . Il a ôté son casque :
"On ne peut pas être mieux qu'ici … y a-t-il quelqu'un de plus heureux sur terre ?"
- Moi : "Oui , Martial … un type ramasse des coquillages … au bord d'un océan"
Sous des poutres en partie calcinées , un cadavre qui ne l'est pas moins . Un des nôtres ?
… un boche ? … Calme dans le secteur . Orage lointain : on s'entretue à 10 kms à l'est .
Des artilleurs règlent l'angle des tubes et chargent des culasses . D'autres , en face , n'ont
plus que quelques secondes à vivre , clapis dans leurs trous , les mains sur les oreilles .
- Martial laisse aller sa tête contre la paroi de glaise tassée . Il ferme les yeux , face tournée
vers le ciel ; "On n'est pas bien , vieux ?"
- Moi : "………….."
- Martial : "Dis-moi qu'on est bien"
- Moi . Je fais la moue : "On est bien , Martial … drôlement bien …"
- Martial : "C'est bien ce que je pensais" . Il farfouille dans les poches de sa capote :
"Où je l'ai foutue ?"
- Moi : "…….?……"
- Martial : "Ah ! … la voilà ! …" , et il me tend triomphalement sa gourde : "Tiens ,
prends ça ! … de la gnôle …"
- Moi : "Non … merci Martial"
- Martial . Il débouche le bidon , se sert une rasade de cette saloperie et me tend à nouveau
sa gnôle . J'écarte sa main : "Non , je te dis" . "Tu as tort" , réplique-t-il en frappant sur le
bouchon .
On continue , à droite , de balancer du 220 sur des gens qu'on n'a jamais vus . On charge
les culasses , on règle les hausses pour affiner la tuerie .
- Martial , tête renversée contre le mur de glaise , yeux fermés . Il a ôté son casque :
"On ne peut pas être mieux qu'ici … y a-t-il quelqu'un de plus heureux sur terre ?"
- Moi : "Oui , Martial … un type ramasse des coquillages … au bord d'un océan"
mercredi 13 juin 2018
LA RAFFLÉSIE
Un typhon se formait en Mer de Chine ; la météo prévoyait qu'il toucherait l'Île
"sous peu" mais elle y tenait sans démordre : assister au Congrès International
d'Horticulture qui , cette année , avait lieu à Tarakan , sur la côte orientale . J'avais
réservé un véhicule à l'agence Hertz de Pontianak , ville où nous avions atterri la
veille par un vol Emirates (vol EK 0184) en provenance de Bruxelles . A l'escale
de Dubaï , nous nous étions relaxés au centre de soin Timeless Spa du terminal 3
où nous bénéficiâmes gratuitement des services réservés aux passagers de première
classe : massage du dos , mini-manucure , réflexologie express , brushing pour elle ,
barbier pour moi . C'est pendant la séance de massage que Madame Delplanque me
révéla le thème du Congrès comme s'il s'était agi d'une matière ultra-sensible : une
fleur sans tige , sans feuilles et sans racines , la rafflésie .
- "Entre Pontianak et Tarakan , il y a bien 300 kms", dis-je … "et la météo annonce
l'arrivée d'un typhon"
Bien qu'allongée sur le ventre et soumise à la pression du masseur , Madame
Delplanque haussa les épaules .
"sous peu" mais elle y tenait sans démordre : assister au Congrès International
d'Horticulture qui , cette année , avait lieu à Tarakan , sur la côte orientale . J'avais
réservé un véhicule à l'agence Hertz de Pontianak , ville où nous avions atterri la
veille par un vol Emirates (vol EK 0184) en provenance de Bruxelles . A l'escale
de Dubaï , nous nous étions relaxés au centre de soin Timeless Spa du terminal 3
où nous bénéficiâmes gratuitement des services réservés aux passagers de première
classe : massage du dos , mini-manucure , réflexologie express , brushing pour elle ,
barbier pour moi . C'est pendant la séance de massage que Madame Delplanque me
révéla le thème du Congrès comme s'il s'était agi d'une matière ultra-sensible : une
fleur sans tige , sans feuilles et sans racines , la rafflésie .
- "Entre Pontianak et Tarakan , il y a bien 300 kms", dis-je … "et la météo annonce
l'arrivée d'un typhon"
Bien qu'allongée sur le ventre et soumise à la pression du masseur , Madame
Delplanque haussa les épaules .
mardi 12 juin 2018
LA MÉDUSE DE BORNEO
Elle avait ouvert sur ses genoux une encyclopédie des plantes à fleurs . Nous roulions
lentement , traquant par les vitres baissées une plante épiphyte reproduite à la page 152 .
Plante épiphyte ? . J'avais profité d'une courte halte pour consulter Petit Robert sur la
banquette arrière . "Plante qui croît sur d'autres plantes sans en tirer sa subsistance" .
C'est en ces termes sobres - comme j'appréciais son aimable concision ! - qu'il me ren-
seigna . "Par exemple le lierre" , renchérit Madame Delplanque . Son chignon s'était
écroulé depuis que nous avions pénétré dans cet enfer vert et des gouttes de sueur à la
queue leu leu sur l'arête de son nez faisaient "ploc" sur la photo de la plante que nous
cherchions depuis deux jours , en vain . "Le lierre ? … le bête lierre de mon jardin …
sur le mur de mon voisin ?" . "Oui … le lierre est une plante épiphyte" , confirma-t-elle …
"Ce que nous espérons trouver ici , à Bornéo , c'est une Tête de Méduse" . "Une Tête de
Méduse ?" , dis-je en scrutant de chaque côté de la piste le mur de lianes intriquées .
"Cyrrhopetalum Medusae" , articula Madame Delplanque en détachant chaque syllabe .
"Nom de !! …" , hurlai-je . "La fille de chez Hertz , ne l'avez-vous pas entendue !!? …
la Cyrrho-je-ne-sais-quoi , c'est en Malaisie ! … il n'en existe plus à Bornéo !" . Sous
les roues de l'Opel , la latérite mêlée de temps perdu se transmua en fureur . J'entrepris
dans une clairière déprimante un demi-tour rageur .
lentement , traquant par les vitres baissées une plante épiphyte reproduite à la page 152 .
Plante épiphyte ? . J'avais profité d'une courte halte pour consulter Petit Robert sur la
banquette arrière . "Plante qui croît sur d'autres plantes sans en tirer sa subsistance" .
C'est en ces termes sobres - comme j'appréciais son aimable concision ! - qu'il me ren-
seigna . "Par exemple le lierre" , renchérit Madame Delplanque . Son chignon s'était
écroulé depuis que nous avions pénétré dans cet enfer vert et des gouttes de sueur à la
queue leu leu sur l'arête de son nez faisaient "ploc" sur la photo de la plante que nous
cherchions depuis deux jours , en vain . "Le lierre ? … le bête lierre de mon jardin …
sur le mur de mon voisin ?" . "Oui … le lierre est une plante épiphyte" , confirma-t-elle …
"Ce que nous espérons trouver ici , à Bornéo , c'est une Tête de Méduse" . "Une Tête de
Méduse ?" , dis-je en scrutant de chaque côté de la piste le mur de lianes intriquées .
"Cyrrhopetalum Medusae" , articula Madame Delplanque en détachant chaque syllabe .
"Nom de !! …" , hurlai-je . "La fille de chez Hertz , ne l'avez-vous pas entendue !!? …
la Cyrrho-je-ne-sais-quoi , c'est en Malaisie ! … il n'en existe plus à Bornéo !" . Sous
les roues de l'Opel , la latérite mêlée de temps perdu se transmua en fureur . J'entrepris
dans une clairière déprimante un demi-tour rageur .
lundi 11 juin 2018
PARADIS 87 . LA CALCULETTE
Dieu est dans son atelier . Sur l'établi : un cahier ouvert . Sur la page du cahier :
des calculs . A droite du cahier : une calculette . Au milieu du front divin : un pli .
Ce pli ajoute à l'alarmante présence de la machine à calculer .
- "J'ai un problème …"
- Ève qui vient d'entrer : "T'as un problème ?"
- Dieu , la main droite sur la calculette se masse la nuque avec la gauche : "Ouais …
un sérieux problème"
- Ève : "On dit pas ouais … c'est vilain"
- Dieu ne relève pas : "Un problème de turnover"
- Ève : "Qu'est-ce que tu dis ?"
- Dieu soupire et répète , mais c'est pour lui-même : "De turnover"
- Ève : "……….?………"
- Dieu fait pivoter son tabouret (c'est un tabouret tournant) : "Turnover , Ève , c'est
de l'anglais … en français : renouvellement … rotation …" . Dieu a l'air très , très
ennuyé . Retour giratoire à l'établi , aux calculs : "Et là , la rotation est insuffisante …
7.628.303.402 … plus de 7 milliards et demi ! … et ça galope !"
- Ève : "C'est beaucoup ! … c'est des grains de sable ?"
- Dieu : "Ça augmente … ça file … pfff !"
- Ève : "……….?………"
- Dieu . Il écarte les bras : impuissance de sa toute-puissance : "C'est pas des grains
de sable … c'est tes descendants , Ève : 7.628.303.105 … 106 …107 …120 …"
- Ève : "……….?………"
- Adam frappe à la porte , cependant grande ouverte sur le Paradis , mais c'est par
politesse : "Toc-toc-toc"
- Dieu : "Entre , Adam !" . C'est Adam . Sans se retourner , il l'a deviné . Ève est là ;
ça ne peut être qu'Adam … qui d'autre ? … deux humains sur terre en tout et pour tout …
Âge d'Or ! …"
- Adam sent la tension : "Qu'est ce qui s'passe ?"
- Dieu . L'afficheur de la calculette clignote de toutes ses diodes : "Mon Dieu , mon Dieu !"
- Adam s'est approché . Il est debout derrière le Créateur : "Qu'est-ce qu'y a ?"
- Dieu tend ses bras désarmés vers le clignement affolant des diodes : "Qu'est-ce qu'y a !? …
y a ce foutu décompte ! … regarde ! … je ne maîtrise plus rien !!"
- Adam : "C'est pourtant simple"
- Dieu : "Simple !?" . (Hyper désarroi) . "Qu'est ce que tu veux que je fasse ? … qu'est-ce
que je dois faire ?"
- Adam , par-dessus l'épaule divine , avance un doigt vers la calculette . Il appuie sur "off" .
La calculette s'éteint . "Voilà" , dit Adam , "c'est quand même pas compliqué !"
- Dieu : "……..!?…….."
- Adam : "Problème résolu"
des calculs . A droite du cahier : une calculette . Au milieu du front divin : un pli .
Ce pli ajoute à l'alarmante présence de la machine à calculer .
- "J'ai un problème …"
- Ève qui vient d'entrer : "T'as un problème ?"
- Dieu , la main droite sur la calculette se masse la nuque avec la gauche : "Ouais …
un sérieux problème"
- Ève : "On dit pas ouais … c'est vilain"
- Dieu ne relève pas : "Un problème de turnover"
- Ève : "Qu'est-ce que tu dis ?"
- Dieu soupire et répète , mais c'est pour lui-même : "De turnover"
- Ève : "……….?………"
- Dieu fait pivoter son tabouret (c'est un tabouret tournant) : "Turnover , Ève , c'est
de l'anglais … en français : renouvellement … rotation …" . Dieu a l'air très , très
ennuyé . Retour giratoire à l'établi , aux calculs : "Et là , la rotation est insuffisante …
7.628.303.402 … plus de 7 milliards et demi ! … et ça galope !"
- Ève : "C'est beaucoup ! … c'est des grains de sable ?"
- Dieu : "Ça augmente … ça file … pfff !"
- Ève : "……….?………"
- Dieu . Il écarte les bras : impuissance de sa toute-puissance : "C'est pas des grains
de sable … c'est tes descendants , Ève : 7.628.303.105 … 106 …107 …120 …"
- Ève : "……….?………"
- Adam frappe à la porte , cependant grande ouverte sur le Paradis , mais c'est par
politesse : "Toc-toc-toc"
- Dieu : "Entre , Adam !" . C'est Adam . Sans se retourner , il l'a deviné . Ève est là ;
ça ne peut être qu'Adam … qui d'autre ? … deux humains sur terre en tout et pour tout …
Âge d'Or ! …"
- Adam sent la tension : "Qu'est ce qui s'passe ?"
- Dieu . L'afficheur de la calculette clignote de toutes ses diodes : "Mon Dieu , mon Dieu !"
- Adam s'est approché . Il est debout derrière le Créateur : "Qu'est-ce qu'y a ?"
- Dieu tend ses bras désarmés vers le clignement affolant des diodes : "Qu'est-ce qu'y a !? …
y a ce foutu décompte ! … regarde ! … je ne maîtrise plus rien !!"
- Adam : "C'est pourtant simple"
- Dieu : "Simple !?" . (Hyper désarroi) . "Qu'est ce que tu veux que je fasse ? … qu'est-ce
que je dois faire ?"
- Adam , par-dessus l'épaule divine , avance un doigt vers la calculette . Il appuie sur "off" .
La calculette s'éteint . "Voilà" , dit Adam , "c'est quand même pas compliqué !"
- Dieu : "……..!?…….."
- Adam : "Problème résolu"
dimanche 10 juin 2018
TROIS MOUCHES 128 . LE VOYAGEUR SECRET 1
Tout le monde me regardait en souriant . Ils auraient souri quoique je dise .
Si j'avais annoncé que j'étais un agent double hongrois , ou la réincarnation du
frère cadet d'Adolf Hitler , ils auraient souri . Tous sauf Berthe . Trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
L'agent de Berthe , un hongrois au merveilleux chapeau , regardait Adolf mon
frère cadet en souriant . Il lui dit que le monde bourdonnait comme une mouche
annonçant que tous sauf Hitler s'étaient réincarnés en pailles vermeilles .
Trois mouches empaillées , quoique hongroises et tout sauf merveilleuses ,
annoncèrent la réincarnation du frère cadet de Berthe dans un monde où des
agents chapeautés et doublement bourdonnants regardaient Hitler sourire .
Si j'avais annoncé que j'étais un agent double hongrois , ou la réincarnation du
frère cadet d'Adolf Hitler , ils auraient souri . Tous sauf Berthe . Trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
L'agent de Berthe , un hongrois au merveilleux chapeau , regardait Adolf mon
frère cadet en souriant . Il lui dit que le monde bourdonnait comme une mouche
annonçant que tous sauf Hitler s'étaient réincarnés en pailles vermeilles .
Trois mouches empaillées , quoique hongroises et tout sauf merveilleuses ,
annoncèrent la réincarnation du frère cadet de Berthe dans un monde où des
agents chapeautés et doublement bourdonnants regardaient Hitler sourire .
samedi 9 juin 2018
KRANT 135 . LE GOÉLAND
Narvik commençait à fondre ses quais dans notre passé et l'entrée de l'Oloforden
s'estompait . Nous venions de doubler la pointe sud de Moskenesoya quand un coup
de vent polaire nous prit par le travers , si dur et inopiné qu'un goéland , déporté , se
prit les ailes dans les mailles d'un filet de sécurité à l'extrême avant du Kritik . C'était
le soir et la mer , houleuse et grise , avait "sa tête des mauvais jours" (c'est ainsi que
je pense approcher en français le sens de l'intraduisible expression lettonne marmonnée
par le timonier) . Nul , sur le pont , luttant contre l'infernal roulis , ne s'avisa de l'infor-
tuné qui jetait vers le ciel des cris lamentables . Or , de ce ciel où débutait une guerre
entre masses nuageuses , puissantes comme des cavaleries carapaçonnées , ne viendrait
aucun secours et cet oiseau , fut-il le roi des mers , était comme un moustique aux portes
ouvertes de mes chaudières . Mais moi , votre serviteur , capable de risquer ma peau
pour une coccinelle , agrippé au bastingage , je montai vers la proue , Golgotha où
gémissait le crucifié . Les paquets de mes giclaient sur mon ciré comme des coups de
fouet . Je vis le ciel , puis je plongeai sous l'horizon dans d'affreux creux , et encore le
ciel où les forces entraient en collision dans un bruit de cuirasses écrabouillées . Je me
penchai au-dessus de l'abîme et le torse , les bras , les mains et les doigts tendus , je
desserrai les mailles du filet . Le goéland , furieux , me donnait du bec . Je le tins un
moment par les pattes , à bout de bras . Ces ailes étaient déployées et gonflées de vent .
Il poussait des cris de frayeur et mes cris étaient d'allégresse . Merveille de sauvagerie ,
faite pour le vent , comme faite de vent , comme étant le vent même . Je la tenais dans
mes poings ; elle allait m'emporter , moi , pauvre marin survivant sur un tas de tôles ,
assujetti à elles , dans un monde d'oiseaux . Hilare et apeuré , je tenais de toutes mes
forces le cerf-volant de mon enfance , celui que m'avait construit mon père , et il allait
m'emporter !
- "Lâchez cet oiseau , chef ! … voulez-vous passer par-dessus bord ?" . La voix de
Krant atteignit le col de mon ciré comme un mugissement du vent . Je desserrai les doigts .
L'oiseau fut aspiré par une colonne d'air et je m'affalai sur le pont . Krant , debout près de
moi , attaché par les mains au bastingage , hurlait : "Voulez-vous voler , chef !? … je vous
voyais partir !"
- Moi , en me relevant : "Oui capitaine … voler !"
- Krant tourna les talons et haussa les épaules : "Les oiseaux volent … pas les marins !"
s'estompait . Nous venions de doubler la pointe sud de Moskenesoya quand un coup
de vent polaire nous prit par le travers , si dur et inopiné qu'un goéland , déporté , se
prit les ailes dans les mailles d'un filet de sécurité à l'extrême avant du Kritik . C'était
le soir et la mer , houleuse et grise , avait "sa tête des mauvais jours" (c'est ainsi que
je pense approcher en français le sens de l'intraduisible expression lettonne marmonnée
par le timonier) . Nul , sur le pont , luttant contre l'infernal roulis , ne s'avisa de l'infor-
tuné qui jetait vers le ciel des cris lamentables . Or , de ce ciel où débutait une guerre
entre masses nuageuses , puissantes comme des cavaleries carapaçonnées , ne viendrait
aucun secours et cet oiseau , fut-il le roi des mers , était comme un moustique aux portes
ouvertes de mes chaudières . Mais moi , votre serviteur , capable de risquer ma peau
pour une coccinelle , agrippé au bastingage , je montai vers la proue , Golgotha où
gémissait le crucifié . Les paquets de mes giclaient sur mon ciré comme des coups de
fouet . Je vis le ciel , puis je plongeai sous l'horizon dans d'affreux creux , et encore le
ciel où les forces entraient en collision dans un bruit de cuirasses écrabouillées . Je me
penchai au-dessus de l'abîme et le torse , les bras , les mains et les doigts tendus , je
desserrai les mailles du filet . Le goéland , furieux , me donnait du bec . Je le tins un
moment par les pattes , à bout de bras . Ces ailes étaient déployées et gonflées de vent .
Il poussait des cris de frayeur et mes cris étaient d'allégresse . Merveille de sauvagerie ,
faite pour le vent , comme faite de vent , comme étant le vent même . Je la tenais dans
mes poings ; elle allait m'emporter , moi , pauvre marin survivant sur un tas de tôles ,
assujetti à elles , dans un monde d'oiseaux . Hilare et apeuré , je tenais de toutes mes
forces le cerf-volant de mon enfance , celui que m'avait construit mon père , et il allait
m'emporter !
- "Lâchez cet oiseau , chef ! … voulez-vous passer par-dessus bord ?" . La voix de
Krant atteignit le col de mon ciré comme un mugissement du vent . Je desserrai les doigts .
L'oiseau fut aspiré par une colonne d'air et je m'affalai sur le pont . Krant , debout près de
moi , attaché par les mains au bastingage , hurlait : "Voulez-vous voler , chef !? … je vous
voyais partir !"
- Moi , en me relevant : "Oui capitaine … voler !"
- Krant tourna les talons et haussa les épaules : "Les oiseaux volent … pas les marins !"
vendredi 8 juin 2018
FIN ANNONCÉE DU TENNIS MASCULIN
Roland Garros . 3 juin 2032 . Quarts de finale hommes . Le Central est désert .
Pas de retransmission télévisée . Les juges de ligne , les ramasseurs de balles et
l'arbitre de chaise sont protégés par des grilles . Sur le court : l'américain Ted Tall ,
23 ans , 2.25m , 120 kgs . Numéro 1 mondial . Face à lui : Josef Kubik , tchèque ,
4e à l'ATP . 6-0 , 6-0 en faveur de Ted Tall . Depuis 2 ans , l'américain n'a pas
laissé un jeu à ses adversaires . Le score : 6-0 , 6-0 , 6-0 est invariable . Grâce à
(ou à cause de) sa (très) haute taille - 2.25m ! - et à son envergure , ses services
sont foudroyants (jamais de 2e balle !) et ses retours imparables . Des angles
invraisemblables : la balle fuse dans les gradins , elle s'écrase sur la terre battue
où elle laisse de vilaines traces , arrache des mottes de gazon à Wimbledon et ,
sur surfaces rapides (!) , il est quasi-impossible à un juge de ligne de dire où la
balle a touché le ciment . Sa vitesse moyenne (celle de la balle de service) est de
260 km/h , mais Tall dépasse couramment les 300 km/h . Record à battre : 312 km/h .
L 'entraînement de Tall se limite d'ailleurs au perfectionnement de ces deux armes :
services et retours de service . Avec Ted , pas d'échanges , pas de stratégie , pas de
suspens . Frapper fort . Le public a déclaré forfait .
6 morts . 6 morts sur sa jeune conscience . C'était avant les grillages . Un juge de
ligne à Stuttgart , un ramasseur de balles à l'Open d'Australie , deux spectateurs :
l'un au River Oaks Country Club de Houston , l'autre (une femme enceinte) à
Monte Carlo , un agent de sécurité à Cincinnati (la balle fatale l'a terrassé à l'entrée
des vestiaires) et une cliente (arrêt cardiaque) dans la Boutique de Roland Garros .
Et des blessés en pagaille , entre autres : un arbitre à Madrid (atteint au plexus) ,
un cameraman de CBS Sports Network à l'US Open , le basque Estebe Arriortùa ,
dit "le basque bondissant" , aujourd'hui Président des Handicapés de France , etc …
Au même moment , sur le Suzanne Lenglen , Varvara Glazatchiova affronte Alexis
Williams (fille de Serena) en demi-finale . 7-6 , 6-7 , tie-break dans la 3e manche
21-22 pour Mlle Williams , mais service à suivre pour Varvara . Le court est plein
à craquer . Match retransmis par 50 chaînes de télévision . 3 milliards de téléspec-
tateurs . La tension est à son comble .
Entre les murs du Central , la balle de Ted Tall résonne comme un glas . Kubik
est allé s'asseoir ...
Pas de retransmission télévisée . Les juges de ligne , les ramasseurs de balles et
l'arbitre de chaise sont protégés par des grilles . Sur le court : l'américain Ted Tall ,
23 ans , 2.25m , 120 kgs . Numéro 1 mondial . Face à lui : Josef Kubik , tchèque ,
4e à l'ATP . 6-0 , 6-0 en faveur de Ted Tall . Depuis 2 ans , l'américain n'a pas
laissé un jeu à ses adversaires . Le score : 6-0 , 6-0 , 6-0 est invariable . Grâce à
(ou à cause de) sa (très) haute taille - 2.25m ! - et à son envergure , ses services
sont foudroyants (jamais de 2e balle !) et ses retours imparables . Des angles
invraisemblables : la balle fuse dans les gradins , elle s'écrase sur la terre battue
où elle laisse de vilaines traces , arrache des mottes de gazon à Wimbledon et ,
sur surfaces rapides (!) , il est quasi-impossible à un juge de ligne de dire où la
balle a touché le ciment . Sa vitesse moyenne (celle de la balle de service) est de
260 km/h , mais Tall dépasse couramment les 300 km/h . Record à battre : 312 km/h .
L 'entraînement de Tall se limite d'ailleurs au perfectionnement de ces deux armes :
services et retours de service . Avec Ted , pas d'échanges , pas de stratégie , pas de
suspens . Frapper fort . Le public a déclaré forfait .
6 morts . 6 morts sur sa jeune conscience . C'était avant les grillages . Un juge de
ligne à Stuttgart , un ramasseur de balles à l'Open d'Australie , deux spectateurs :
l'un au River Oaks Country Club de Houston , l'autre (une femme enceinte) à
Monte Carlo , un agent de sécurité à Cincinnati (la balle fatale l'a terrassé à l'entrée
des vestiaires) et une cliente (arrêt cardiaque) dans la Boutique de Roland Garros .
Et des blessés en pagaille , entre autres : un arbitre à Madrid (atteint au plexus) ,
un cameraman de CBS Sports Network à l'US Open , le basque Estebe Arriortùa ,
dit "le basque bondissant" , aujourd'hui Président des Handicapés de France , etc …
Au même moment , sur le Suzanne Lenglen , Varvara Glazatchiova affronte Alexis
Williams (fille de Serena) en demi-finale . 7-6 , 6-7 , tie-break dans la 3e manche
21-22 pour Mlle Williams , mais service à suivre pour Varvara . Le court est plein
à craquer . Match retransmis par 50 chaînes de télévision . 3 milliards de téléspec-
tateurs . La tension est à son comble .
Entre les murs du Central , la balle de Ted Tall résonne comme un glas . Kubik
est allé s'asseoir ...
jeudi 7 juin 2018
LA JOUBARBE
"Ainsi donc" … j'employai à dessein cette forme pléonastique …
"pour toute fleur vous avez un nom latin !?" . La ville brillait durement
à l'horizon et sa courbure était , au-delà du pare-brise constellé de mous-
tiques , impeccable . A ma question , pas de réponse . "Joubarbe , par
exemple ?" . Pas de réponse . Boudait-elle ? . Comme me l'avait conseillé
la fille de Hertz , je pris la bretelle 13 et c'est à ce moment que Madame
Delplanque , brisant sa coquille , me demanda ce que nous allions faire à X ,
cette ville hypothétique . "X présente une courbure de ce type , l'avez-vous
remarqué ?" . "Non" , dis-je intimidé . J'arrêtai la voiture au stop avant de
l'engager à droite ; j'avais les mains moites . "A chaque point de sa courbe -
car cette ville est courbe , au moins l'avez-vous vu ? - correspond un point
prime et …" . J'ouvris les vitres électriques . A ras des blés , sous l'orage qui
menaçait , volaient les espaces vectoriels et , hors de portée de mes maigres
compétences mathématiques , le Théorème de Désargues . J'étais impressionné .
Un éclair à gauche déchira l'été . "… Et pour joubarbe", conclut Madame
Delplanque ,"le nom latin est Sempervivum Montanum … la joubarbe éloigne
la foudre …"
"pour toute fleur vous avez un nom latin !?" . La ville brillait durement
à l'horizon et sa courbure était , au-delà du pare-brise constellé de mous-
tiques , impeccable . A ma question , pas de réponse . "Joubarbe , par
exemple ?" . Pas de réponse . Boudait-elle ? . Comme me l'avait conseillé
la fille de Hertz , je pris la bretelle 13 et c'est à ce moment que Madame
Delplanque , brisant sa coquille , me demanda ce que nous allions faire à X ,
cette ville hypothétique . "X présente une courbure de ce type , l'avez-vous
remarqué ?" . "Non" , dis-je intimidé . J'arrêtai la voiture au stop avant de
l'engager à droite ; j'avais les mains moites . "A chaque point de sa courbe -
car cette ville est courbe , au moins l'avez-vous vu ? - correspond un point
prime et …" . J'ouvris les vitres électriques . A ras des blés , sous l'orage qui
menaçait , volaient les espaces vectoriels et , hors de portée de mes maigres
compétences mathématiques , le Théorème de Désargues . J'étais impressionné .
Un éclair à gauche déchira l'été . "… Et pour joubarbe", conclut Madame
Delplanque ,"le nom latin est Sempervivum Montanum … la joubarbe éloigne
la foudre …"
mercredi 6 juin 2018
TROIS MOUCHES 127 . LA MONTAGNE MAGIQUE
Il était quatre heures quand Berthe se retira brutalement sur le balcon .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos
chapeaux de paille et , tout d'un coup , avant qu'on s'en fut avisé , on
était au plein de l'après-midi qui , d'ailleurs , sans tarder , tournait peu
à peu au soir .
Le soir se retirait sur nos chapeaux lorsque je m'avisai brusquement
que trois mouches avaient bourdonné toute l'après-midi (quatre heures
pleines) sur le balcon . Il me tardait que Berthe d'un coup s'en fut ailleurs .
Le plein après-midi bourdonnait sur le balcon . Vers quatre heures ,
on s'avisa que la paille de nos chapeaux se retirait brusquement ailleurs .
Trois mouches s'attardaient et peu à peu se tournèrent vers le soir .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos
chapeaux de paille et , tout d'un coup , avant qu'on s'en fut avisé , on
était au plein de l'après-midi qui , d'ailleurs , sans tarder , tournait peu
à peu au soir .
Le soir se retirait sur nos chapeaux lorsque je m'avisai brusquement
que trois mouches avaient bourdonné toute l'après-midi (quatre heures
pleines) sur le balcon . Il me tardait que Berthe d'un coup s'en fut ailleurs .
Le plein après-midi bourdonnait sur le balcon . Vers quatre heures ,
on s'avisa que la paille de nos chapeaux se retirait brusquement ailleurs .
Trois mouches s'attardaient et peu à peu se tournèrent vers le soir .
mardi 5 juin 2018
KRANT 134 . TEMPS BOUCHÉ
Cox's Bay .
Vîmes-nous ciel plus blême qu'à Cox's Bay ?
J'avais passé la tête et les épaules par le trou d'homme .
Mon coeur tournait dans ma poitrine puis il se mit à battre
comme une porte mal fermée . Sous mes mains posées à plat ,
le pont était en caoutchouc . Le bastingage dégouttait . On n'y
voyait pas à vingt mètres et les mâts de charge ne portaient
aucune ombre . Un édredon de brume rabattait la fumée des
chaudières sur nos estomacs , les sons allaient à l'envers ,
nous glissions sur un vide nauséeux .
Je vis dans l'air vicié la silhouette du quartier-maître .
Ses jambes étaient molles ; elles donnaient le vertige . Son
ciré zigzagait sur le pont comme un chien jaune retourne à
son vomi .
- Moi : "Comment vas-tu , Toms ?"
- Toms : "… Très bien … mais la nature est malade ..."
Vîmes-nous ciel plus blême qu'à Cox's Bay ?
J'avais passé la tête et les épaules par le trou d'homme .
Mon coeur tournait dans ma poitrine puis il se mit à battre
comme une porte mal fermée . Sous mes mains posées à plat ,
le pont était en caoutchouc . Le bastingage dégouttait . On n'y
voyait pas à vingt mètres et les mâts de charge ne portaient
aucune ombre . Un édredon de brume rabattait la fumée des
chaudières sur nos estomacs , les sons allaient à l'envers ,
nous glissions sur un vide nauséeux .
Je vis dans l'air vicié la silhouette du quartier-maître .
Ses jambes étaient molles ; elles donnaient le vertige . Son
ciré zigzagait sur le pont comme un chien jaune retourne à
son vomi .
- Moi : "Comment vas-tu , Toms ?"
- Toms : "… Très bien … mais la nature est malade ..."
LES PAVOTS DE HONGRIE
Nous parlions d'Attila … le Hun .
Madame Delplanque prétendait qu'en droite ligne elle descendait de ce roi cruel .
"Or" , dis-je , car j'avais adopté un ton précieux , "je ne vois pas dans votre visage
ces hautes pommettes finno-ougriennes et ne décèle dans votre patronyme un déchet
proto-ouralien !" . La conversation aurait viré à l'aigre si notre chauffeur - un Magyar
d'outre-frontières - n'avait garé l'auto sur l'accotement et coupé le contact . Nous
venions de quitter Szolnok par la rive gauche de la Tisza . Arpàd - c'est son nom -
fit le tour de la voiture et ouvrit grande la portière arrière . Là , nous montra-t-il ,
frôlant le rail de sécurité cabossé , branlaient au léger vent du fleuve quatre fleurs
aux pétales satinés . Il se pencha sur Madame Delplanque et murmura en français :
"Pavots de Hongrie" . "Ne sont-ce" (en effet , je le confesse aujourd'hui , je dis
bêtement : "Ne sont-ce") des coquelicots ?" . Madame Delplanque , extirpant son
corps frémissant de la banquette - elle serrait les dents et trouva moyen en plus de
hausser les épaules - planta dans le bas-côté ses talons aiguilles .
Madame Delplanque prétendait qu'en droite ligne elle descendait de ce roi cruel .
"Or" , dis-je , car j'avais adopté un ton précieux , "je ne vois pas dans votre visage
ces hautes pommettes finno-ougriennes et ne décèle dans votre patronyme un déchet
proto-ouralien !" . La conversation aurait viré à l'aigre si notre chauffeur - un Magyar
d'outre-frontières - n'avait garé l'auto sur l'accotement et coupé le contact . Nous
venions de quitter Szolnok par la rive gauche de la Tisza . Arpàd - c'est son nom -
fit le tour de la voiture et ouvrit grande la portière arrière . Là , nous montra-t-il ,
frôlant le rail de sécurité cabossé , branlaient au léger vent du fleuve quatre fleurs
aux pétales satinés . Il se pencha sur Madame Delplanque et murmura en français :
"Pavots de Hongrie" . "Ne sont-ce" (en effet , je le confesse aujourd'hui , je dis
bêtement : "Ne sont-ce") des coquelicots ?" . Madame Delplanque , extirpant son
corps frémissant de la banquette - elle serrait les dents et trouva moyen en plus de
hausser les épaules - planta dans le bas-côté ses talons aiguilles .
dimanche 3 juin 2018
LE HARICOT D'ESPAGNE
- "Faites gaffe (Asegurate !) aux amortisseurs !" m'avait dit la fille .
Et maintenant nous gravissons en seconde le flanc de la montagne par une infinité
de lacets .
- "Il y a des paysages pleins de reliques" dit Madame Delplanque , et des nids de poule
il y en a plein la route . Portée sur la carte comme route mais c'est une piste . Aussi le
bavardage de ma passagère est-il la millième feuille de mon attention et son profil une
émergence discontinue .
- "Que voulez-vous dire ?"
- "Rien … je ne veux rien dire"
Toujours ce profil découpé sur l'autre sierra qui , à l'horizon , montre les dents .
- "Les reliques ?" . J'insiste , mais peu m'importe la réponse .
- "C'est à moi que je parlais"
- Moi , vengeur : "A moi , Madame , les choses paraissent sporadiques"
- "Sporadiques ? … qu'entendez-vous par sporadiques ?"
- Je réponds , évitant nids de poule , négociant lacets : "Sporadiques … éparpillées …
cahotantes …"
- "Vous avez raison … les choses sont sporadiques … et ce paysage plein de reliques"
Après une épingle à cheveux , soudain :
- "Très cher ! … là ! … ces fleurs en grappes !"
- "Où ?"
- "Mais là ! … là ! … bonté divine … papilionacées !"
- "Qu"est-ce que je fais ?"
- "On s'arrête … arrêtez-vous ! … une variété blanche !"
Je m'arrête … elle sort :
- "Haricot d'Espagne …"
Et maintenant nous gravissons en seconde le flanc de la montagne par une infinité
de lacets .
- "Il y a des paysages pleins de reliques" dit Madame Delplanque , et des nids de poule
il y en a plein la route . Portée sur la carte comme route mais c'est une piste . Aussi le
bavardage de ma passagère est-il la millième feuille de mon attention et son profil une
émergence discontinue .
- "Que voulez-vous dire ?"
- "Rien … je ne veux rien dire"
Toujours ce profil découpé sur l'autre sierra qui , à l'horizon , montre les dents .
- "Les reliques ?" . J'insiste , mais peu m'importe la réponse .
- "C'est à moi que je parlais"
- Moi , vengeur : "A moi , Madame , les choses paraissent sporadiques"
- "Sporadiques ? … qu'entendez-vous par sporadiques ?"
- Je réponds , évitant nids de poule , négociant lacets : "Sporadiques … éparpillées …
cahotantes …"
- "Vous avez raison … les choses sont sporadiques … et ce paysage plein de reliques"
Après une épingle à cheveux , soudain :
- "Très cher ! … là ! … ces fleurs en grappes !"
- "Où ?"
- "Mais là ! … là ! … bonté divine … papilionacées !"
- "Qu"est-ce que je fais ?"
- "On s'arrête … arrêtez-vous ! … une variété blanche !"
Je m'arrête … elle sort :
- "Haricot d'Espagne …"
samedi 2 juin 2018
TROIS MOUCHES 126 . HISTOIRE DE MAYTA
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnent contre nos chapeaux
de paille . On entend au loin une salve de coups de feu . Ou est-ce le tonnerre ?
Cela recommence quelques secondes après , et nous sommes muets , attentifs .
Des mouches de feu , attentives au tonnerre , bourdonnent quelques secondes .
Recommenceront-elles leurs salves muettes sur la paille de nos chapeaux ?
Un feu de tonnerre au loin , salves muettes … Qu'entend-on ? . Sont-ce les
secondes merveilleuses de trois mouches attentives ? , ou quelque bourdonnement
de paille ? , ou , contre nos chapeaux , le recommencement d'après ?
de paille . On entend au loin une salve de coups de feu . Ou est-ce le tonnerre ?
Cela recommence quelques secondes après , et nous sommes muets , attentifs .
Des mouches de feu , attentives au tonnerre , bourdonnent quelques secondes .
Recommenceront-elles leurs salves muettes sur la paille de nos chapeaux ?
Un feu de tonnerre au loin , salves muettes … Qu'entend-on ? . Sont-ce les
secondes merveilleuses de trois mouches attentives ? , ou quelque bourdonnement
de paille ? , ou , contre nos chapeaux , le recommencement d'après ?
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