jeudi 25 octobre 2018

LES FLEURS DE GYPSE

    La Société Hertz m'a licencié . Motif : manque de résistance physique . Je n'ai pas insisté .
Madame Delplanque prétend que je ne suis pas fait pour un boulot sédentaire . Qu'est-ce
qu'elle en sait ? . Je suis sûr que ça m'aurait convenu et Mélanie , ma collègue , était très
attirante . Bon , n'en parlons plus ! . Elle ne me lâche pas , la mère Delplanque ; je l'ai au
téléphone dix fois par jour pour des projets de voyages insensés : avant-hier au Yemen -
ignore-t-elle qu'il y a là-bas une guerre ? et une autre - ça c'était hier - dans la jungle de
Kachin en Birmanie et , aujourd'hui , elle s'est mis en tête d'explorer les gouffres de l'Île
Diego de Almagro au Chili ! . La spéléo , très peu pour moi ! . J'ai éclaté d'un rire mauvais :
"Il n'y a pas de fleurs dans les grottes ! Les plantes ne peuvent vivre sans lumière , vous le
savez bien !" . "Et les fleurs de gypse !?" , a-t-elle rétorqué . Les bras m'en sont tombés :
"Les fleurs de gypse !! … Madame Delplanque , les fleurs de gypse !!" . "Quoi , les fleurs
de gypse ? … qu'est-ce qu'elles ont les fleurs de gypse ?" . Puisant dans mon savoir géolo-
gique (je ne suis pas mauvais dans ce domaine … disons : un amateur éclairé) , j'ai pris un
ton ironico-didactique : "Les fleurs de gypse , Madame Delplanque , sont des concrétions
de gypse … Ca So4 2H2O … des spéléothèmes , si vous voulez" , ajoutai-je , Trissotin .
"Des quoi ?" . "Des concrétions … des agrégats …" . Suivit un silence navré , puis : "Zut !"
… Moi : "Quoi , zut ?" … "Zut , j'ai commandé une Opel à l'agence Hertz de Puerto
Natales et deux équipements de spéléo au bazar du coin" (note de l'auteur : nous sommes
déjà allés à Puerto Natales . Souvenez-vous : les Lampourdes de Magellan) . Moi : "Décom-
mandez !" . Elle : "Vous êtes sûr de ce que vous dites ? … les fleurs de gypse ne sont pas
des fleurs ?"

    J'ai raccroché .

mercredi 24 octobre 2018

DESMOND 89 . SUCRE D'ORGE 2

- Sonnerie . La ligne sécurisée : "Allo ?" (c'est moi) .
- "Hi , Desmond !" . Le Président . "J'ai vu Henry hier …"
- Je blêmis .
- Le Président : "Il m'a dit pour Maryline" . Rire badin .
- Moi . Voile noir . Je vais tomber dans les pommes .
- Lui : "Ça va fort pour vous … félicitations … Sucre d'Orge , c'est mignon , non ? … 
un peu osé , certes"
- Moi : "………….."
- Lui : "Allo , Desmond ? … vous êtes là ?"
- Moi : "………….."
- Lui : "Desmond !? … Desmond !? … je ne vous ai pas froissé au moins ? … Desmond ?"
- Moi : "… Monsieur le Président …"
- Lui : "Oh , Desmond ! … je sens que vous êtes offensé … I'm really sorry …je ne vou-
lais pas …"
- Moi : "Oh , Monsieur le Président … je ne …"
- Lui : "Well ! … vous savez , Maryline est comme ça … moi-même , elle m'a gratifié 
d'un surnom … quel surnom ! … ah , ah ! … vous voulez savoir ?"
- Moi : "Euh , Monsieur le Président … c'est peut-être indiscret …"
- Lui : "Indiscret ?"
- Moi : "Non … enfin … je"
- Lui : "Il est vrai que Sucre d'Orge … oui … c'est scabreux , je vous l'accorde … le mien , 
c'est pire … et vous avez mille fois raison , je ne peux pas vous le dire …" . Rire polisson . 
"Non , vraiment , je ne peux pas le dire … sacrée Maryline ! … elle n'a pas froid aux yeux , 
hein ?"
- Moi . Ma voix à peine audible : "Non … non ..."
- Lui : "Hein ? … qu'est-ce que vous dites ?"
- Moi : "Non , Monsieur le Président … en effet , elle n'a pas …"
- Lui : "Vous savez comment elle appelle Henry ?"
- Moi : "Euh … non , Monsieur le Président"
- Lui . Rire carrément égrillard : "Ah non , celui-là encore moins … et le Vice-Président … 
Gerald" . (Là , franchement graveleux) . "Ah , Gerald ! … (faussement offusqué) … là ,
elle passe les bornes !! . Non , Desmond , Sucre d'Orge , c'est mignon … vous ne devriez
pas vous formaliser" .
- Il raccroche .

- J'appelle Maryline .
- Elle : "Alloooo ?"
- Moi : "Maryline … c'est Desmond … le Secrétaire d'État , cette vieille fripouille … 
Henry K. … il m'a cafté , c'est malin ! … c'est quoi son surnom ?"
- Elle : "C'est un secret , Sucre d'Orge"

mardi 23 octobre 2018

TROIS MOUCHES 138 . AU RESTAURANT (d'après Amos Oz)

    Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Mais , arrivés au restaurant , Berthe et moi trouvâmes notre place habituelle occupée par un
couple de personnes âgées , emmitouflées dans leur manteau , les lunettes sur le nez .

    Un couple de mouches âgées , emmitouflées dans un merveilleux manteau de paille ,
bourdonnaient contre les lunettes qu'elles avaient trouvées sur le nez de Berthe . Avant
qu'elles s'occupent de moi , trois personnes en chapeau , arrivèrent au restaurant à notre
place . C'était des habitués .

    Une mouche habituée du restaurant où Berthe et moi avions notre place s'occupa des
trois personnes âgées au nez vermeil et d'un couple à lunettes arrivés avant nous . Elle les
emmitoufla dans leur manteau et bourdonna si merveilleusement qu'ils ne trouvaient plus
leur chapeau de paille .

lundi 22 octobre 2018

L'ANGÉLIQUE OFFICINALE

    J'ai trouvé un boulot chez Hertz à Arras , 58 Boulevard Carnot (tel 03 21 24 17 06) .
Accueil de la clientèle . Pas de période d'essai , un CDI direct . On a reconnu ma grande
expérience . Comme client , j'apparais dans les fichiers Hertz de la terre entière .

    Premier jour . Lundi 8h . Je prends mon service avec ma jolie collègue : Mélanie . Appel téléphonique . Je décroche : "Allo , Agence Hertz Arras à votre service … je vous écoute"

- "Ah , vous êtes là ! ? … je vous cherche partout ! …"

    Mes cheveux se dressent sur ma tête , je me vide de mon sang , la vitrine de l'Agence
fait un looping , entraînant avec elle le Boulevard Carnot , ses trottoirs , ses piétons , le bus
express de la ligne 4 , la façade de la boulangerie d'en face avec ses baguettes , ses crois-
sants et ses pains au chocolat et ce lent mouvement circulaire s'arrête sur le plafond de
l'Agence , son luminaire fonctionnel et le visage alarmé de Mélanie penchée sur moi :
"Monsieur , Monsieur , ça va ?" , puis celui du Directeur , contrarié : "Qu'est-ce qui lui
prend ?" . On m'allonge sur une banquette . Le Directeur : "Mélanie , appelez un méde-
cin ! … et prenez le téléphone , il y a un client !" . Le téléphone pend au bout de son fil ,
derrière le comptoir . Une voix lointaine , une voix d'un autre monde : "Allo ? Allo ? …" .
"Allo" , voix tremblante de Mélanie "Agence Hertz Arras … je vous écoute … oui …
un incident … oui … il s'est trouvé mal … oui … si , si , il est là , mais … non … l'Agence
de ? … je n'ai pas compris … oui , épelez , je note … Q-a-q-o-r-t-o-q … Qaqortoq … ça se
situe où ? … au Groenland !? … attendez , je me renseigne" . Au Directeur : "Une dame …
Madame Delplanque … elle veut savoir s'il y a une Agence Hertz au Groenland …" . "Au
Groenland !? … comment voulez-vous … je n'en sais rien … raccrochez , Mélanie et appe-
lez un médecin …" . A moi : "Ben mon vieux , ça commence bien !" . Mélanie au télépho-
ne : "Oui , Madame Delplanque … la quoi ? … l'angélique … l'angélique officinale … oui
… excusez-moi , nous avons une urgence"

    Je souffle : "Elle a retrouvé ma trace"

dimanche 21 octobre 2018

PARADIS 92 . COUP DE BALAI

    Dieu range son atelier . Une fois n'est pas coutume . Mais il était temps ! . Quel chaos
c'était ! . Ève entre (combien de fois a-t-elle poussé cette porte ? … dix fois par jour ?) .
"Quès c'que tu fais !?" , s'écrie -t-elle .
- Dieu : "Je range"
- Ève avise l'établi : "Ben dis donc , y a pu rien d'sus !"
- Dieu , appliqué à son balayage : "Rien … pas de création aujourd'hui"
- Ève : "J'ai vu Adam en v'nant"
- Dieu , dans Son Nuage de Poussière : "Il va bien ?"
- Ève , d'un coup de reins - hop ! - s'asseoit sur l'établi , jambes pendantes : "Ç'avait pas l'air"
- Dieu : "Il travaillait ?"
- Ève : "Non … i'était assis au bord du champ"
- Dieu . Balai-balai dans les coins .
- Ève : "I t'en veut"
- Dieu , sans cesser de pousser le balai : "Il m'en veut ? … et de quoi ?"
- Ève : "i'dit que t'l'as foutu à la porte"
- Dieu : "Ttt-ttt … c'est lui qui est parti"
- Ève . Elle balance sa jolie paire de guibolles dans le vide : "C'est pas c'qui dit"
- Dieu balaie-balaie , ploc-ploc .
- Ève : "I'dit qu'tu t'mêles de tout"
- Dieu balaie-balaie , ploc-ploc .
- Ève : "I'dit qu't'es partout"
- Dieu balaie-balaie , ploc-ploc … ploc-ploc …
- Ève : "I'dit qu'i en peut pu"
- Dieu cesse d'agiter son balai . Au contraire , il s'appuie sur le bout de son manche et
regarde sa chère créature assise sur l'établi , à l'endroit même où , singulièrement inspiré ,
il la créa : "Je trouve , Ève , que ta façon de parler se dégrade … c'est quoi ces "quès que",
ces "tl'as" , ces "qu't'es" ?" . Il se remet au travail . Ploc-ploc .
- Ève : "I'dit qu'tu l'aimes pu … i'dit qu'tu l'abandonnes … qu't'en as rien à foutre de lui"
- Dieu se redresse brusquement . Ploc-ploc !? (il était penché sur son ouvrage , sur ce coin
de l'atelier très-très sale) : "Ah non , Ève ! … surveille ton langage !"
- Ève : "…………….."
- Dieu , enroule une serpillère autour de la brosse de son balai : "Adam , Adam ! … faudrait
savoir ! … je suis trop là ou pas assez ?"

samedi 20 octobre 2018

DESMOND 88 . SUCRE D'ORGE 1

    Je suis à la machine à café .

- "Sucre d'orge !"

    C'est cette peste de Maryline ! .

- Moi : "Maryline ! … pas dans le couloir !"
- Elle : "Quoi ? … what's up ?"
- Moi : "On pourrait vous entendre … Sucre d'Orge ! … you realize ?"
- Elle : "Vous êtes catholique , Desmond ?"
- Moi : "Catholique ? … quel rapport ? …….. grand ou petit ?"
- Elle : "Eh ?"
- Moi : "Grand ou petit café ?"
- Elle : "Petit , Darling"

    J'appuie sur le bouton correspondant .

- Moi : "Maryline , please ! … ne m'appelez plus Sucre d'Orge dans le couloir !"
- Elle s'approche de moi , roucoulante . Sa cuisse touche (frotte) ma hanche . Avec ses
talons-aiguilles et son 1m80 , elle me dépasse de vingt centimètres … au moins … et
me toise d'un oeil enjôleur (aguicheur ? racoleur ?) , la paupière érotiquement (il faut
l'avouer) fardée : "Mais je peux ailleurs … dans votre bureau par exemple" . Clin d'oeil
et tirage de langue .
- La machine à café : "Pschuuut"
- Moi . Je lui tends le gobelet brûlant : "Careful , Maryline ! … it's hot !"
- Elle le prend entre ses doigts superbement manucurés : "Ouch ! … you're right !" et le
pose prestement sur le mange-debout .
- Moi : "Sugar ?"
- Elle : "No thanks …… Desmond , are you catholic ? … I think you're a practicing catholic
… a practicing integrist catholic … conservative … fundamentalist …"
- Moi : "… et moi je pense que vous êtes une peste"
- Elle rit : "Cher Sucre d'Orge !"
- Moi : "Maryline , je vous interdis ! … ça va finir par se savoir !"

    Quelqu'un au bout du couloir ! … c'est Dear Henry … il vient vers nous .

- Moi : "Good Lord , Maryline ! … taisez-vous !"
- Henry K. , à dix pas , jovial : "Hi , Maryline !"
- Maryline : "Bonjour , Monsieur le Secrétaire d'État"
- Henry K. : "… Ah who do I see ? … mais c'est ce cher Sucre d'Orge !"

vendredi 19 octobre 2018

SUBTILE ÉGYPTE

C'est très compliqué , l'Egypte .

Il y a les Empires , les Périodes , les Dynasties et ,
Avant notre ère , les comptes à rebours

… et ce qui n'est pas pour simplifier ,
Il y a une Basse et une Haute Égypte !

Un beau jour , Seqénenrê Taâ , roi thébain
Chasse les Hyksôs …
Thoutmosis Ier et son petit-fils Thoutmosis III
Font la guerre aux Nubiens .

Le Nil , lui , suit son cours
Et sur une plage , des dromadaires inépuisables
Longent la Mer Rouge .

Plus tard , bien plus tard ,
Allenby ,
Haut-Commissaire du Protectorat britannique .

L'Égypte , c'est subtil .

jeudi 18 octobre 2018

KRANT 145 . DANS TROIS JOURS À ZANZIBAR

   Les nuits de latitude sud me donnaient le vertige . Leurs ciels sans nuages bruissaient
de quelque chose d'immense . Je renversais la nuque sur les 360° tous azimuts d'une
demi-sphère . Le crissement des os de mon crâne , le gargouillis de mon estomac me
tenaient en suspension molle sur le pont . Le grincement des drisses et le ronron des
pistons Stirling m'étaient consubstantiels (existe-t-il en français un équivalent à ce mot
letton ?) . Je ne les entendais pas . La nuit bruissait d'autre chose et j'allais devenir elle
ou peut-être le gaz d'une étoile … ou un effet de marée entre deux galaxies . Le Kritik
filait sans moi . La fumée des chaudières se dissipait …

- "Chef !"

    Je sursautais . Krant était sur la passerelle . Le fourneau de sa pipe rougeoyait …

- Krant : "Il était temps ! … vous alliez vous envoler …"
- Moi : "……………"
- Krant : "J'ai besoin de vous … dans trois jours , nous serons à Zanzibar"

mercredi 17 octobre 2018

L'INTÉRÊT DE L'ENDROIT , C'EST L'ENVERS

J'ai vécu , enfant , dans une maison
Que le soleil aplatissait sur un dédale de marches .
Mais , de ce lieu aveuglant ,
Je n'ai que le souvenir d'un centre obscur
Où je formais des rêves de forêts .

Primitive était ma cabane
Et c'est elle que j'habitais , autour d'un feu .

mardi 16 octobre 2018

KEVIN

Un cliché de ce crétin de Kevin
Dans sa propriété du Lac Huron (Michigan)
A l'embouchure de la Rivière au Sable .

Mike a pris cette photo en 1970
Avec un des premiers appareils Polaroïd :
Le Polaroïd Automatic 340 .

Mêmes caractéristiques que les 320 et 330
Mais le 340 a en plus quatre gammes d'exposition
Et quatre réglages de sensibilité .

Kevin est un plouc accroché à sa fierté .

lundi 15 octobre 2018

TROIS MOUCHES 137 . C'EST ENCORE MOI QUI SOULIGNE

    J'aperçois Berthe de temps à autres , toujours entre chien et loup au moment où trois
mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnent contre les chapeaux de paille . Elle
balance sa balalaïka au rythme de ses pas , puis elle fond dans la nuit comme du papier
à cigarette mouillé que le vent emporte .

    Trois mouches aperçues entre chien et loup : elles emportent les pas de Berthe dans la
nuit vermeille . Au rythme d'une balalaïka , elles se fondent en merveilleux bourdonne-
ments comme des pailles de papier . En d'autres temps , j'aurais balancé mon chapeau et
ma cigarette contre le vent mouillé .

    Les chiens sont comme des loups quand , dans ces nuits merveilleuses où bourdonnent
les balalaïkas , j'aperçois Berthe . A ce moment , le papier mouillé de ma cigarette fond sur
ses pas et , toujours , trois mouches se balancent au rythme du temps et le vent emporte
mon chapeau de paille .

dimanche 14 octobre 2018

UNE CARRIÈRE AVORTÉE

Maire de Périgny la Rose (10400 . Aube) ,
Élu au premier tour (55,16% des voix . Liste RPF-MRP-CNIP)
Le 26 avril 1953 ,
J'ai démissionné le soir même …

A 17h ,
Au cours des jeux intervillages qui ,
Par pure coïncidence ,
Avaient lieu chez nous le jour du scrutin ,
L'équipe de Montpothier nous a battu à plate couture
Au tir à la corde .

La restitution de la coupe
(Nous la détenons depuis le Moyen-Âge . 1314)
A ces gros lourdauds
Aurait été le premier acte de mon mandat .

samedi 13 octobre 2018

COTE 137 . 112 bis. LE LAIT D'HÉRA

    Une des rares nuits claires de la guerre . Voie lactée . Martial s'y entend , on peut dire
qu'il s'y promène . Ailleurs , un obusier de 120 mm s'occupe mollement de réduire
Montrepont en les plus petits morceaux possibles .

- Martial : "La Grande Ourse , la Petite Ourse et , là-bas , Cassiopée avec ses cinq étoiles
… tu vois ?"
- Moi : "Euh …"
- Martial : "La Grande Ourse , merde , tu ne la vois pas !? … la casserole !"
- Moi : "Ah oui , la casserole , oui , je la vois"
- Martial : "La Petite Ourse avec l'Etoile Polaire"
- Moi : "Oui , je la vois … c'est la plus brillante"
- Martial , doctoral : "Alpha Ursae Minoris"
- Moi : "Hein ? … qu'est-ce que tu dis ?"
- Martial : "C'est l'Etoile Polaire"
- Moi : "D'où tiens-tu cette science , Martial ?"
- Martial . Le voilà qui fait le mystérieux : "Ah , c'est une belle histoire !"
- Moi : "………….."
- Martial : "Une très belle histoire !"
- Moi : "………….."

    Nous sommes assis au fond de la tranchée , le cou démonté vers le ciel .

- Martial : "Tu ne veux pas savoir ?"
- Moi . Je me tourne vers lui . Son profil est éclairé par cette giclée de lait qui , je l'appren-
drai bien plus tard et bien après la guerre en lisant un livre de mythologie , jaillit du sein
d'Héra : "Savoir quoi ?"
- Martial : "N'as-tu pas dit à l'instant : d'où tiens-tu cette science , Martial ?"
- Moi : "Oui , tu as raison … j'ai dit ça , et alors ?"
- Martial : "Ça n'a pas l'air de t'intéresser"
- Moi . Je proteste faiblement : "Si-si"
- Martial , vexé : "Bon , n'en parlons plus"

    Il m'a fait la gueule pendant deux jours .

vendredi 12 octobre 2018

PARADIS 91 . UN NOUVEAU TRUC

- "Youp-la-boum , youp-la-boum !" . Dieu danse dans son atelier , sur un pied , puis sur
l'autre et lance en l'air une pince multiprise comme un bâton de majorette .
- Ève entre , comme elle entre là dix fois par jour au moins : "……..?…….."
- Dieu : "Youp-la-boum !" , au risque de prendre la pince sur son nez divin .
- Ève : "Quès qui s'passe !? … quès qui t'arrive !? … fais attention , tu vas te la prendre
sur le nez !"
- La pince tombe sur le sol . Dieu cesse de s'agiter , tourne vers Ève un visage radieux ,
s'approche de Sa Créature préférée et l'entraîne dans une valse à cinq temps : "Droite-
gauche-droite , Ève , droite , gauche , droite-gauche-droite , comme je t'ai appris"
- Ève : "Mais t'es fou ! … quès qui t'prend ?"
- Dieu lâche Ève et tourne sur lui-même comme un derviche mevievi : "J'ai mis au point
un truc sensass … finie la Création à plein temps … Ève , Ève , des vacances , enfin ! …
du repos !"
- Ève : "Arrête de tourner ! … c'est fatigant ! … c'est quoi ce truc que t'as inventé ?"
- Stop . Dieu s'immobilise , face râvie , bras écartés : "Ma chère Ève … les choses vont
se faire d'elles-mêmes … au gré du hasard … du hasard et de la nécessité …"
- Ève : "…….?………"
- Dieu , dans une dernière rotation suivie de peu par une nuée d'anges , derechef face à
Ève : "Tu comprends ?"
- Ève : "Non"
- Dieu se met à marcher de long en large (de l'établi au panneau mural où sont rangées
ses clés plates de 6 à 22) : "Il y a longtemps que j'ai ça en tête … bla-bla-bla … bases
moléculaires … bla-bla-bla … séquence des gènes … structure des chromosomes …
bla-bla-bla …" et Dieu de droite à gauche puis de gauche à droite … "mutations …
bla-bla-bla … changements phénotypiques … bla-bla-bla …"
- Ève : "…….?………"
- Dieu . Arrêt soudain : "Tu comprends ?"
- Ève : "Rien ! … mais alors , rien du tout !!"
- Mais Dieu n'entend pas Ève : "Ah , comme je suis content !"
- Ève : "Comment ça s'appelle ton invention ? … moi , j'ai rien compris … c'est embrouillé
… c'est des mots compliqués … comment ça s'appelle ?"
- Dieu . Ève est là devant lui . Il l'avait oubliée : "Hein ? … qu'est-ce que tu veux dire ?"
- Ève : "Comment ça s'appelle ce truc incompréhensible que t'as inventé ? … que t'as l'air
tout content"
- Dieu . L'Esprit-Saint souffle pas loin : "Euh … attends … on pourrait appeler ça … euh
… oui … oui , c'est ça : l'évolution"

jeudi 11 octobre 2018

KRANT 144 . GORGONE MÉDUSÉE

    Tropique du Capricorne .

    Nous assistions à l'un de ces "merveilleux" couchers de soleil .

- "Quelle merveille !" dit Toms , notre quartier- maître .

    En letton , le mot "merveille" est une boîte à prodiges ; seuls les dieux la manipulent et
c'est à leur bon vouloir qu'elle est ouverte aux hommes .

- Krant : "Merveille !? … il n'y a rien de prodigieux là-dedans … c'est un coucher de soleil
… pas un miracle !"
- Toms , sur sa lancée d'esthète : "... une cascade de lumière ! …"
- Krant : "Comme vous y allez ! … une cascade est une chute d'eau que je sache !"
- Toms : "…………"
- Krant : "Ce que nous voyons , c'est un phénomène particulier de réfractions …"
- Toms : "Mais …"
- Krant : "Pourquoi ne pas dire les choses comme elles sont ? … pourquoi ces métaphores ?
… pourquoi tourner autour du pot ? …"

    A mes lecteurs de langue française (y en a-t-il ?) , c'est ainsi que je traduis l'expression
lettonne du capitaine .

- Moi : "Tourner autour du pot" , capitaine … n'est-ce pas une autre métaphore ?"

    La pipe du capitaine qui passait d'un coin de sa bouche à l'autre se figea . Ma remarque
l'avait-elle médusé ? . Qui dit "médusé" dans toutes les langues du monde se réfère à l'une
des trois gorgones , celle qui changeait en pierre qui la regardait .

- Krant : "Médusé , avez-vous pensé ?" . Il tamponna son fourneau de devin contre le bastin-
gage . "Voyez -vous , chef , nous ne pouvons nous empêcher de dire … ou de penser … les
choses autrement qu'elles sont … peut-être fus-je simplement "surpris" par votre remarque …
quoique "surprise" est aussi une image "

    Le mot "surprise" , son équivalent en letton , induit l'idée d'embuscade . Avais-je pris au
piège un Krant pétrifié ?

mercredi 10 octobre 2018

LA MÈRE DE MIKE : MICHÈLE

Michèle , la mère de Mike .

Elle déteste qu'on la prenne en photo
Et elle déteste Mike .

Il le lui rend bien .
Chaque fois qu'il la voit , il lui tire le portrait
(Ici - vous ne voyez pas la photo mais vous pouvez l'imaginer -
Avec un Nikon D 3200 + AF-S DX VR)
Et elle nous fait une crise d'urticaire cholinergique .

La seule chose qui la calme ,
C'est un week-end à l'embouchure de la Rivière au Sable
(Lac Huron . Michigan) .

mardi 9 octobre 2018

MARIA 4

    Mais qui est cette gamine ? . Une fillette est montée sur l'estrade . "Qu'est-ce que tu
veux ?" . Parker se penche . Elle , réservée , grosse fille aux immenses yeux noirs , pas
vraiment américaine : "J'ai eu combien de voix ?" . Parker : "Hein … qu'est-ce que tu
dis ?" . La Présidente du jury : "Talbott … cette petite a chanté … elle veut savoir com-
bien elle a eu de voix" . Parker se redresse . Il sort de la même poche la même liste et
d'une même autre poche (la poche de poitrine) la paire de lunettes dont il écarte les bran-
ches du même coup sec du poignet . "Je vais te dire ça , petite" , et installe sur son nez
l'instrument optique de ce qui n'est plus une révélation car Leslie a gagné . "Comment
t'appelles-tu ?" . "Maria" . "Maria comment ?" . "Kalogeropoulos … Maria Kalogero-
poulos" . "Comment ?" . Parker cherche sur sa liste . "Comment as-tu dit ?" . "Maria
Kalogeropoulos" . "Maria comment ? … Kalo … Kalo avec un K ?" . A la Présidente :
"Comment s'appelle-t-elle ? … je n'ai pas compris" . La Présidente pose sa main gantée
sur l'épaule de Maria : "Comment t'appelles-tu , ma chérie ? … ton nom … j'ai oublié" .
Maria Kalogeropoulos" . Parker : "C'est pas américain … c'est quoi ? … grec ?" . "Oui ,
c'est grec" , dit Maria . "Ah , j'ai trouvé … Maria Kalo … Karo … poulos … c'est com-
pliqué ton nom" . Soudain réticent : "Tu veux savoir ? … tu veux vraiment ?" . "Oui" .
"Euh … personne n'a voté pour toi , pauvre Maria ! … zéro voix …" . La Présidente
descend de l'estrade avec précaution , ces acrobaties ne sont plus de son âge . Les techni-
ciens entassent le matériel dans un camion . Talbott est seul maintenant avec Maria sur
l'estrade . "Qu'est-ce que tu as chanté ?" . "Norma … casta diva" . "C'est pas américain
… c'est peut-être pour ça … ton nom , c'est ?" . Ka-lo-ge-ro-pou-los" , articule Maria .
"C'est difficile à dire … Kaloge …" , tente Parker . "Mais on peut dire Callas , c'est plus
facile" , dit Maria . L'ange est en vol stationnaire au-dessus de l'estrade .

    "Maria Callas" , répète pensif Talbott Parker ...

MARIA 3

    C'est fait : Leslie White est la diva . Les longues Chevrolet , Cadillac et Chrysler ont
emporté les fillettes . Le menton et les mains posés sur le dossier de la banquette avant ,
elles redisent à leurs parents quel merveilleux après-midi ça a été . "Leslie a gagné" ,
admettent-elles . Par-dessus leur épaule , les mères posent la main sur celle de leur fille ,
consolation , baume au coeur "Tu as été formidable , Stacy … Pearle ou Blondie …
tu étais très bien ma chérie ..." . Le public s'est dispersé dans un tintamarre de chaises ,
sitôt empilées , les piles traînées en un pressant remue-ménage . Sur un lampadaire ,
un couple de pigeons roucoule et là-bas , au sixième étage d'un immeuble de rapport ,
un teckel arlequin jappe . Personne n'a entendu l'ange . Talbott Parker sur l'estrade boit
une bière . Il a desserré sa cravate . Un homme et une dame (la Présidente du jury) con-
versent avec lui . On commente , on épilogue , on se congratule . "Ça s'est bien passé …
la petite Leslie a du talent !" . "Ouais , c'est vrai …" , dit Parker pour dire quelque chose .
D'avoir gueulé toute l'après-midi , ça l'a … il est crevé , il a hâte de rentrer chez lui .
Alentours , les techniciens roulent des câbles et rangent les hauts-parleurs dans leurs
coffres . L'ombre gagne Harrison Street . Il fait plus frais . Talbott Parker tourne le dos
à ses interlocuteurs . Il regarde le soleil qui , dans l'axe de la rue , descend entre les im-
meubles . On n'est pas animateur si on n'aime pas les gens , mais il en a sa claque , Talbott
… vraiment marre ! … et la voiture est garée à deux pâtés de maison , 300 mètres au moins
à se taper à pieds ! … 55 ans … encore pas mal d'années à tirer , des centaines d'animations ,
des fillettes en quête de gloire , des tombolas , des mauvais orchestres , des élections de
miss , des Présidentes parfumées au Youth Dew … oh , my God ! … crevé , je suis crevé !
… enfin , ça s'est bien passé , tout le monde est content … Il regarde la marque de sa bière
sur la bouteille … pas mal … rafraîchissante … un peu pesante sur l'estomac …

                                                                                           (à suivre …)

dimanche 7 octobre 2018

MARIA 2

    Parker déplie le papier blanc (plié en quatre) . Silence dans Harrison Street . Talbott ,
Talbott ! … délivre-nous , dis-nous ! … le papier est à l'envers … retourne-le , Talbott ! …
Talbott Parker retourne le papier . Il décrypte , il hésite … Le nom de l'élue est-il illisible ?
… ou imprononçable ? … Mais déjà Parker , animateur professionnel , avant d'avoir démêlé
les pleins et les déliés de Madame la Présidente , cette dame en robe à fleurs au premier
rang , inquiète ("Nous sommes-nous trompés , avons-nous bien jugé , y avait-il un ange
parmi ces fillettes que nous n'avons pas entendu , cet idiot de Parker sait-il lire ?) , clairon-
ne : "La gagnante est … est … (au bord du dévoilement , le drap glisse mais couvre encore
le nom de l'élue , le coeur de chaque fillette prêt à basculer , cinquante flèches pointées sur
cinquante coeurs) est ……….. Leeeesliiiiie Whiiiite ! … Leslie White …" . Il se tourne vers
les fillettes percées , déçues mais délivrées ("Leslie , où es-tu ? … viens me rejoindre sur
l'estrade !) d'où émerge - rose , blonde , enrobée de volants , Leslie si typiquement améri-
caine , sûre d'elle-même , de sa blondeur , des aigus de sa voix , de son sex-appeal , elle
s'avance , enfant-roi . Elle triomphe évidemment , elle n'a jamais douté , elle agite haut les
mains et envoie à la foule ses baisers (Personne n'a entendu l'ange . Quel ange ?) . Une
dame chapeautée , sortie de la coulisse , lui offre un bouquet . "Qu"est-ce que tu as chanté ,
Leslie , rappelle-nous" , Parker tend son micro à Leslie et sort une fiche de sa veste (le pa-
pier au blanc secret a disparu) , maid Leslie le devance : "Down in the Valley" . "Down in
the Valley" , confirme l'animateur . "Leslie , tu es formidable ! … on l'applaudit !" et lui-
même , bien que tenant son micro et sa fiche , bat des mains . Personne n'a entendu l'ange .
Les longues Chevrolet s'engagent dans Harrison Street .

                                                                                                       (à suivre …)

samedi 6 octobre 2018

MARIA 1

    New York . Harrison Street . 3 juillet 1930 . Concours de chant . 17h . 32° à l'ombre .
"Les résultats !" hurle Talbott Parker , l'animateur . Il agite , agite , sa manche roulée ,
son avant-bras , agite très haut dans le courant d'air étouffant d'Harrison Street le papier
blanc plié en quatre sur le nom de celle "celle , Mesdames et Messieurs , que notre presti-
gieux jury …" avant-bras maintenant tendu à l'horizontale et le papier blanc agité vers
des dames et des messieurs d'âge très mûr , ils s'éventent , ils sont pressés d'en finir mais
témoignent par leurs sourires approbatifs qu'ils sont le prestigieux jury (qui a entendu
l'ange ? : personne) et que c'est de leur débat et de leurs controverses secrètes que résulte
le verdict , "celle que notre jury a élue parmi les cinquante talentueuses jeunes filles …
elles ont si bien chanté ces demoiselles , on les applaudit !" , les cinquante concurrentes
alignées en un cordon convulsif face au jury , de l'autre côté de l'estrade . Le papier blanc
tourne dans le ciel , au bout du bras de Parker . Il enferme dans sa blancheur terrible un
nom , le nom d'une seule (incognito mais déjà paré de gloire) et les espoirs et illusions de
toutes les autres . Cinquante paires d'yeux suivent , exorbités , la zigzagante et aléatoire
trajectoire du papier blanc . Parker sort de la poche de sa chemise une paire de lunettes .
D'un coup sec du poignet , il écarte les branches puis il ajuste sur son nez cet instrument
optique de la révélation . Les choses et les êtres , alors , suspendent leurs productions :
la foule des parents , amis et voisins son brouhaha , les hauts-parleurs leurs grésillements ,
ses vibrations le métro aérien , sur un lampadaire un couple de pigeons ses roucoulements ,
les postes de radio dans les appartements les plus élevés leurs sinueuses et instables récep-
tions , la chaleur son rayonnement et l'univers lui-même son bruit fossile . Toutefois relève-
t-on l'aboiement lointain d'un teckel arlequin dans l'ondoyant voilage d'un sixième étage ,
sanctionné par une porte claquée . Silence donc dans Harrison Street , enfin …

                                                                                                       (à suivre …)

vendredi 5 octobre 2018

LA COMTESSE

Moi ,
Comtesse Amélie de la Folye ,
Blasonnée d'azur à trois roseaux d'or rangés en pal
Et chargés d'une merlette de sable ,
Admets que le temps a passé .

Sur ma jeunesse ,
Sur mon rimmel (London . Stay Matte . 7€99 le tube)

Aussi sur mon château de Saint-André-les-Vergers (10120 . Aube) ,
Délabré .

C'est pour me consoler que ,
Les jours de fête ,
J'orne mon bibi d'une coiffe burlesque en plumes noires et rouges
(15€25 TTC . Déguiz Fêtes . Offres d'hiver : - 50%)

Total : 15€61 , remise comprise .

jeudi 4 octobre 2018

TROIS MOUCHES 136 . RÉCEPTION CHEZ TONIO KROGER

    Quand trois mouches vermeilles et merveilleuses se mirent à bourdonner contre nos
chapeaux de paille , la musique se tut . Il y eut une pause et l'on passa des rafraîchisse-
ments . Le commis principal s'empressait en personne , avec un plateau de salade aux
harengs , et servait les dames . Devant Berthe il mit même un genou en terre en lui pré-
sentant la petite coupe , ce qui la fit rougir de plaisir .

    Berthe servait les rafraîchissements aux dames dans des coupes vermeilles avec pailles .
Elle avait de la terre sur les genoux , ce qui la fit rougir . Elle présenta même le plateau
au commis principal en personne . Une petite musique se mit à bourdonner et trois mou-
ches qui passaient s'empressèrent autour de la salade de harengs . Il y eut une pause et ,
de plaisir , nous nous tûmes et mîmes nos chapeaux .

    La musique bourdonnante des mouches fit une pause . Quand elles se turent , le commis
principal s'empressa autour des dames et de leurs chapeaux . C'est avec plaisir que Berthe
lui présenta ses merveilleux genoux quand il passa devant elle chargé d'un plateau de
rafraîchissements avec pailles , de salades et de petites coupes en terre où les harengs eux-
mêmes se mirent à rougir .

mercredi 3 octobre 2018

KRANT 143 . SOUCIS , BAUME AU COEUR

    Il y a sur les océans des lieux cousins germains de nos terrains vagues , mais ceux-là
aussi éloignés des continents que ceux-ci sont au coeur de nos villes , si intriqués qu'on
les a oubliés et abandonnés aux ronces . Entre deux courants ou deux familles de vent
sont ces espaces marins où il ne se passe rien et où il n'y a à faire qu'à attendre . On bas-
cule d'un système dans un autre comme un pendule au bout de son oscillation , quand
mouvement et temps s'annulent . A certains êtres , l'inaction est insupportable et l'absence
de préoccupations , la porte ouverte à l'angoisse .

    Toms était prostré sur un banc de la coursive .

- Moi : "Toms , as-tu des soucis ?"
- Lui : "Non … j'aimerais tant en avoir …"
- Moi "……..?…….."
- Lui : "… je m'ennuie … je n'ai rien à faire … qu'est-ce que je peux faire ?"
- Moi : "Dans deux jours ça ira mieux … nous serons à Saint-Georges … un tas de
tracas t'attendent là-bas …"
- Toms , maussade : "…………."
- Moi , à court d'arguments : "Dors !"
- Toms : "Dormir !? … c'est comme mourir …"
- Moi : "…….?……."
- Toms : "Sais-tu que nous allons mourir ?"
- Moi : "Toms ! … est-ce un souci ?"
- Toms : "Non … c'est le contraire d'un souci … l'angoisse"
- Moi : "…….?……."
- Toms . Il soupire : "Qu'est-ce que je pourrais bien faire ? …"

mardi 2 octobre 2018

LE PÈRE DE MIKE : NEIL

Imaginez la photo .

Ici , en robe de chambre ,
Dans la maison qu'il a construite de ses propres mains
A l'embouchure de la Rivière au Sable
(Lac Huron . Michigan)

Sur la table basse ,
Une théière et une tasse en porcelaine de Chine .
C'est pour Neil un rituel :
Le thé avant la toilette .

Rien de bien passionnant dans sa vie ,
A part qu'il fut le premier homme à poser le pied sur la lune …

Mike a pris cette photo
Avec un Hasselblad Lunar Mahogany Hand Grip .

lundi 1 octobre 2018

VUE SUR MER

Les bords de mer ,
Ce sont ces inévitables bateaux .

Au loin . Ennui .

Quand ils passent
Sur la ligne qu'on appelle horizon ,
Chargés dont ne sait qui
Dont ne sait quoi

Pareils d'un jour sur l'autre

Et puis un soir ,
A la fin du mois d'août ,
Les vacances sont finies .

DESMOND 87 . ARLINGTON 3

- "Donc , comme je vous le disais hier , Pat est allée vendredi au marché aux puces
d'Arlington …"

   Je marche aux côtés du Président . Il m'a convoqué dans le Parc Lafayette ("A cause
des micros")  provisoirement et pour l'occasion interdit au public .

- Lui : "C'est bien vendredi , n'est-ce pas ?"
- Moi : "Euh … Monsieur le Président … il me semble que c'est le samedi … le premier
samedi de chaque mois"
- Lui . Il s'arrête : "Vous êtes sûr ?" . Puis , visant un point à l'extrémité du Parc : "Heck !
… Gerald !" .

    Effectivement , le Vice-Président vient vers nous avec son large et perpétuel sourire .

- Le Président : "He's a real nuisance ! … no way to be quiet !"
- Le Vice-Président , à dix mètres : "Hi , Mister President ! … hi , Desmond !"
- Le Président , sourire glacial : "Hello Gerald"
- Moi : "Bonjour , Monsieur le Vice-Président"
- Le V-P : "Monsieur le Président , vous n'avez pas oublié ?"
- Le Président : "Oublié quoi , Gerald ?"
- Le V-P : "Leonid …"
- Le Président : "Quoi , Leonid ?"
- Le V-P : "Son anniversaire … c'est aujourd'hui … 6 décembre …"
- Le Président , exaspéré : "Gerald , are you kidding me with this ?" (Pour les non-
anglophones : "Vous vous foutez de moi ou quoi ?")
- Le Vice-Président pâlit : "Did I say something stupid ?"
- Le Président : "Yeah ! … a bullshit ! … the gregorian calendar , does it mean anything
to you ?"
- Le V-P : "Uh … no …"
- Le Président : "L'anniversaire de ce bastard , c'est le 19 décembre , mon vieux …
depuis 1918 !"
- Le V-P : "Le 19 décembre ?"
- Le Président : "Pas de boulette avec Leonid , hein ! … pas envie de déclencher une
guerre mondiale !"

    Nous laissons le Vice-Président panteler au milieu de l'allée .

- Le Président , pour lui-même et un peu pour moi : "What a bloody stupid Vice-President !"
- Moi : "…………"
- Lui : "Revenons-en à Pat … elle est allée vendredi au marché aux puces d'Arlington …
et devinez Desmond ce qu'elle a acheté ?"
- Moi : "Euh …"
- Lui : "Vous ne devinerez jamais … ne cherchez pas … vous savez dans quelle histoire
nous sommes …"
- Moi : "……?….."
- Lui . Il s'arrête et pose sa main sur mon avant-bras . Il est livide : "Un magnétophone !!"