- "Desmond … dans une heure , je reçois une délégation de biologistes"
C'est le Président . Au téléphone .
- "J'ai donc une heure pour parfaire mes connaissances dans ce domaine …
une heure ! … vous comprenez , Desmond , je ne veux pas avoir l'air idiot ,
et la biologie je n'y connais rien , mais alors , rien du tout !"
- Moi : "……..?….."
- Lui : "J'ai demandé à Henry de me tuyoter , mais il n'est pas beaucoup plus
fort que moi et il me dit qu'il n'a pas le temps … qu'il doit téléphoner à Chou"
- Moi : "………….."
- Lui : "Quant à Gerald , il ne sait pas qu'il faut un mâle et une femelle pour …
bon … enfin … il n'y a plus que vous …"
- Moi : "Moi ?"
- Lui : "Vous avez bien quelques notions ?"
- Moi : "Euh … ce que j'ai appris à l'école … ce qu'il en reste … mais ça
commence à dater"
- Lui : "Ta-ta-ta ! … vous êtes jeune … moi , la biologie c'était il y a 40 ans …
Madame Baker … Lizbeth Baker … une vieille fille … je chahutais … j'avais
des notes déplorables … je la détestais et , obviously , elle me détestait"
- Un blanc . Quelqu'un est entré dans le Bureau Ovale : "Just a minute , Desmond !" .
A son visiteur : "La liste … thank you , Paul" . A moi : "On vient de m'apporter la
liste des … DAMNED !"
- Moi : "What'up , Mister President ?"
- Lui . Il balbutie : "Non , non ! … I don't believe that !"
- Moi : "…….?….."
- Lui : "Lizbeth Baker ! …"
- Moi : "Mister President ?"
- Lui : "Lizbeth Baker ! … c'est elle qui conduit la délégation … I don't believe that !"
- Moi : "…………."
- Lui : "Desmond , vite ! … rassemblez quelques notions … des notions de base :
les cellules … l'ADN … la reproduction … l'embryon … le système parasympathique …
vite , montez !"
mercredi 26 décembre 2018
COTE 137 . 117 . BONNE TAMBOUILLE
Martial prétendait (nous ne sûmes jamais s'il avait inventé cette histoire) qu'il avait
hérité un service en porcelaine de Chine d'une vieille tante .
- Moi : "En porcelaine de Chine !?"
- Lui : "Oui , mon vieux ! … tu verrais la finesse des décors ! … pins parasols , dragons ,
pagodes … mais il y a deux inconvénients …"
- Moi : "Ah … lesquels ?"
- Lui : "C'est très fragile , tu comprends … délicat … et ça ne va pas au feu"
- Moi : "…………."
- Lui , un ton au-dessus : "Très décorée et ça ne va pas au feu !"
- Moi : "Oui , Martial … je ne suis pas sourd !"
Or , le capitaine revenait d'une inspection à l'autre bout de la tranchée . Déprimé car ,
au Quartier Général , on s'impatiente : qu'on la prenne cette Cote 137 , nom de … !"
- Martial : Vous devez savoir , mon capitaine , que la porcelaine de Chine , ça ne va pas
au feu …"
- Le capitaine , interdit : "Qu'est-ce que vient faire la porcelaine de Chine ici … dans
cette tranchée ?"
- Martial : "Rien , mon capitaine … vous avez raison : la porcelaine de Chine n'a rien à
faire dans cette tranchée puisqu'elle ne va pas au feu"
- Le capitaine et moi : "……..?………."
- Le capitaine : "Je suppose , Martial , qu'il y a un sens caché … qu'il s'agit encore de
l'une de vos paraboles ?"
- Martial : "Parabole !? … vous savez comme les porcelaines de Chine sont joliment
décorées ? …"
- Le capitaine , méfiant : "Oui … oui … de belles décorations , c'est vrai"
- Martial : "Il n'y en a pas ici … mais à l'arrière , dans les châteaux … au Quartier Général
par exemple … richement décorées et qui ne vont jamais au feu"
- Le capitaine passe devant nous . Son pas est pesant . En ouvrant la porte de la casemate :
"Martial , les choses sont ainsi faites : on ne fait pas de la bonne tambouille dans ces
châteaux-là"
hérité un service en porcelaine de Chine d'une vieille tante .
- Moi : "En porcelaine de Chine !?"
- Lui : "Oui , mon vieux ! … tu verrais la finesse des décors ! … pins parasols , dragons ,
pagodes … mais il y a deux inconvénients …"
- Moi : "Ah … lesquels ?"
- Lui : "C'est très fragile , tu comprends … délicat … et ça ne va pas au feu"
- Moi : "…………."
- Lui , un ton au-dessus : "Très décorée et ça ne va pas au feu !"
- Moi : "Oui , Martial … je ne suis pas sourd !"
Or , le capitaine revenait d'une inspection à l'autre bout de la tranchée . Déprimé car ,
au Quartier Général , on s'impatiente : qu'on la prenne cette Cote 137 , nom de … !"
- Martial : Vous devez savoir , mon capitaine , que la porcelaine de Chine , ça ne va pas
au feu …"
- Le capitaine , interdit : "Qu'est-ce que vient faire la porcelaine de Chine ici … dans
cette tranchée ?"
- Martial : "Rien , mon capitaine … vous avez raison : la porcelaine de Chine n'a rien à
faire dans cette tranchée puisqu'elle ne va pas au feu"
- Le capitaine et moi : "……..?………."
- Le capitaine : "Je suppose , Martial , qu'il y a un sens caché … qu'il s'agit encore de
l'une de vos paraboles ?"
- Martial : "Parabole !? … vous savez comme les porcelaines de Chine sont joliment
décorées ? …"
- Le capitaine , méfiant : "Oui … oui … de belles décorations , c'est vrai"
- Martial : "Il n'y en a pas ici … mais à l'arrière , dans les châteaux … au Quartier Général
par exemple … richement décorées et qui ne vont jamais au feu"
- Le capitaine passe devant nous . Son pas est pesant . En ouvrant la porte de la casemate :
"Martial , les choses sont ainsi faites : on ne fait pas de la bonne tambouille dans ces
châteaux-là"
lundi 24 décembre 2018
TROIS MOUCHES 143 . PNINE II : L'ORIENT-EXPRESS
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de
paille . On avait arrêté l'Orient-Express avec tous ses passagers , immobilisé dans une
gare de banlieue , sur le quai de laquelle se reflétaient dans les flaques des paysans
pittoresques qui se tenaient là et contemplaient les fenêtres à rideaux des longues et
mystérieuses voitures .
Des paysans contemplaient les merveilleuses voitures de l'Orient-Express qui
bourdonnaient comme des mouches dans les flaques où elles étaient arrêtées avec
tous leurs passagers . Les pailles vermeilles de leurs chapeaux pittoresques se reflé-
taient dans les fenêtres dont les longs et mystérieux rideaux se tenaient immobiles .
C'était contre un quai , dans la banlieue d'une gare .
Aux rideaux des fenêtres , des paysans aux chapeaux merveilleux contemplaient
les passagers des voitures de l'Orient-Express à l'arrêt . Ils se tenaient là , immobiles .
Les longues pailles contre le quai de la gare reflétaient le mystère de cette banlieue
où des mouches pittoresques bourdonnaient dans des flaques vermeilles .
paille . On avait arrêté l'Orient-Express avec tous ses passagers , immobilisé dans une
gare de banlieue , sur le quai de laquelle se reflétaient dans les flaques des paysans
pittoresques qui se tenaient là et contemplaient les fenêtres à rideaux des longues et
mystérieuses voitures .
Des paysans contemplaient les merveilleuses voitures de l'Orient-Express qui
bourdonnaient comme des mouches dans les flaques où elles étaient arrêtées avec
tous leurs passagers . Les pailles vermeilles de leurs chapeaux pittoresques se reflé-
taient dans les fenêtres dont les longs et mystérieux rideaux se tenaient immobiles .
C'était contre un quai , dans la banlieue d'une gare .
Aux rideaux des fenêtres , des paysans aux chapeaux merveilleux contemplaient
les passagers des voitures de l'Orient-Express à l'arrêt . Ils se tenaient là , immobiles .
Les longues pailles contre le quai de la gare reflétaient le mystère de cette banlieue
où des mouches pittoresques bourdonnaient dans des flaques vermeilles .
PARADIS 97 . PARENTÉS
- Ève . Elle est assise , les jambes ballantes , sur une chaise de l'Atelier . A l'établi ,
Dieu travaille . A quoi ? … "Ranunculus Repens" : Bouton d'Or … Affaire délicate .
L'assemblage des cinq pétales serrés requiert du Créateur une intense concentration :
"C'est qui ta maman ?"
- Dieu sursaute . Les cinq pétales tombent sur le plateau de l'établi . A celle-là , il ne
s'attendait pas : "Ma maman ? … je n'ai pas de maman …"
- Ève : "T'as pas de maman !?"
- Dieu : "Enfin si … si on veut … en un certain sens …"
- Ève : "Comment qu'elle s'appelle ?"
- Dieu . Il improvise en rassemblant les cinq pétales du tranchant de Sa Main :
"Euh … Energie … avec un grand E"
- Ève . Elle rit : "Quel drôle de nom !"
- Dieu . Ouf ! . Il a coupé court à la question fondamentale : "C'est son nom , Ève :
Energie" , et il réajuste sa loupe oculaire .
- Ève : "Et Marie , c'est qui ?"
- Dieu a repris les cinq pétales au bout de sa pince philatélique : "Marie ? …
quelle Marie ?"
- Ève : "Ben … la mère de ton fils !"
- Dieu : "Tu l'as dit : Marie est la mère de mon fils"
- Ève : "Donc , c'est ta femme"
- Dieu . Aïe-aïe , on n'en a pas fini : "Non , Ève … non …"
- Ève : "Ben Jésus , c'est ton fils"
- Dieu . Ça se précise : "Oui , tu as raison … Jésus est mon fils"
- Ève : "Donc …"
- Dieu se redresse et remet à plus tard la création du Bouton d'Or : "Ève … Jésus
est mon fils … Marie est sa mère … et Joseph est son père"
- Ève : "Joseph le charpentier ?"
- Dieu : "Lui-même"
- Ève : "J'y comprend pu rien !"
- Dieu : "………….."
- Ève : "T'es mon père , oui ou non ?"
- Dieu : "Bien sûr que je suis ton père !"
- Ève : "Et Energie est ma grand-mère ?"
- Dieu : "Oui , en quelque sorte …"
- Ève : "Et Jésus , c'est mon frère …"
- Dieu : "Euh … oui , on peut le dire comme ça … Jésus est ton frère … oui …"
- Ève : "T'aurais pas pu le dire plus tôt !?"
Dieu travaille . A quoi ? … "Ranunculus Repens" : Bouton d'Or … Affaire délicate .
L'assemblage des cinq pétales serrés requiert du Créateur une intense concentration :
"C'est qui ta maman ?"
- Dieu sursaute . Les cinq pétales tombent sur le plateau de l'établi . A celle-là , il ne
s'attendait pas : "Ma maman ? … je n'ai pas de maman …"
- Ève : "T'as pas de maman !?"
- Dieu : "Enfin si … si on veut … en un certain sens …"
- Ève : "Comment qu'elle s'appelle ?"
- Dieu . Il improvise en rassemblant les cinq pétales du tranchant de Sa Main :
"Euh … Energie … avec un grand E"
- Ève . Elle rit : "Quel drôle de nom !"
- Dieu . Ouf ! . Il a coupé court à la question fondamentale : "C'est son nom , Ève :
Energie" , et il réajuste sa loupe oculaire .
- Ève : "Et Marie , c'est qui ?"
- Dieu a repris les cinq pétales au bout de sa pince philatélique : "Marie ? …
quelle Marie ?"
- Ève : "Ben … la mère de ton fils !"
- Dieu : "Tu l'as dit : Marie est la mère de mon fils"
- Ève : "Donc , c'est ta femme"
- Dieu . Aïe-aïe , on n'en a pas fini : "Non , Ève … non …"
- Ève : "Ben Jésus , c'est ton fils"
- Dieu . Ça se précise : "Oui , tu as raison … Jésus est mon fils"
- Ève : "Donc …"
- Dieu se redresse et remet à plus tard la création du Bouton d'Or : "Ève … Jésus
est mon fils … Marie est sa mère … et Joseph est son père"
- Ève : "Joseph le charpentier ?"
- Dieu : "Lui-même"
- Ève : "J'y comprend pu rien !"
- Dieu : "………….."
- Ève : "T'es mon père , oui ou non ?"
- Dieu : "Bien sûr que je suis ton père !"
- Ève : "Et Energie est ma grand-mère ?"
- Dieu : "Oui , en quelque sorte …"
- Ève : "Et Jésus , c'est mon frère …"
- Dieu : "Euh … oui , on peut le dire comme ça … Jésus est ton frère … oui …"
- Ève : "T'aurais pas pu le dire plus tôt !?"
samedi 22 décembre 2018
AUX FEMMES . POÈME D'HIVER 2
Ignorez
Les beautés géométriques du coquillage
Et son architecture nécessaire .
Surtout ,
N'allez pas , ô femmes ,
Habiter ces maisons de calcaire !
Votre coquille ,
Il faut la secréter de l'intérieur
Afin que , seule , vous habitiez la vôtre :
Faites-vous , ô femmes , mollusques .
En sorte qu'au printemps
Le poète (par vocation conchyologue)
Découvre au détour de ses plages
Vos nacres vides , abandonnées ,
Mais si près du corps calculées ...
Les beautés géométriques du coquillage
Et son architecture nécessaire .
Surtout ,
N'allez pas , ô femmes ,
Habiter ces maisons de calcaire !
Votre coquille ,
Il faut la secréter de l'intérieur
Afin que , seule , vous habitiez la vôtre :
Faites-vous , ô femmes , mollusques .
En sorte qu'au printemps
Le poète (par vocation conchyologue)
Découvre au détour de ses plages
Vos nacres vides , abandonnées ,
Mais si près du corps calculées ...
vendredi 21 décembre 2018
ALICE
Pour moi , aujourd'hui , Alice n'a plus de secrets . Dieu sait si , jadis , quand je la
rencontrai pour la première fois et par la plus étrange des coïncidences à Budapest
sous les candélabres en bronze du Café Gerbeaud , elle n'était que mystère . Or , ce
que je prenais pour mystère était facticité , comme je le découvris deux ans plus tard
quand , tout à fait par hasard , je la trouvai attablée au Tiki-Ti sur Sunset Boulevard
à Los Angeles . Elle tournait une paille dans un milk-shake de fraise à la menthe
fraîche ; ses yeux bleu-lagon clignotèrent comme ceux d'une poupée en celluloïd et
sa petite bouche à peine entrouverte murmura : "Encore vous !? …"
rencontrai pour la première fois et par la plus étrange des coïncidences à Budapest
sous les candélabres en bronze du Café Gerbeaud , elle n'était que mystère . Or , ce
que je prenais pour mystère était facticité , comme je le découvris deux ans plus tard
quand , tout à fait par hasard , je la trouvai attablée au Tiki-Ti sur Sunset Boulevard
à Los Angeles . Elle tournait une paille dans un milk-shake de fraise à la menthe
fraîche ; ses yeux bleu-lagon clignotèrent comme ceux d'une poupée en celluloïd et
sa petite bouche à peine entrouverte murmura : "Encore vous !? …"
jeudi 20 décembre 2018
DIVAGATIONS PASCALIENNES I
Réponse à ce qui est à peine une question : pourquoi ai-je bâillé en regardant
les étoiles le 31 décembre 2018 à 23h58 ? . Il y a dans cette pseudo-question un
personnage central : Copernic . Avant lui , c'était sans façon : l'Homme était au
centre du Monde . C'était à son attention et pour son plaisir que les étoiles orbitaient
en lente majesté autour de son jardin . Comment pouvait-il penser que , des quatre
points cardinaux , cette chorégraphie n'était pas faite pour lui ? ; Copernic a foutu
par terre cette féerie : tout ça ne tourne pas autour de toi , imbécile ! ; c'est toi qui
tourne autour de ça . Ta vision est une illusion d'optique égocentrique ! . Depuis
Copernic , on en sait un peu plus , donc - règle sans exception - on n'en sait moins
qu'avant . Il est 23h58 le 31 décembre 2018 et je bâille ...
les étoiles le 31 décembre 2018 à 23h58 ? . Il y a dans cette pseudo-question un
personnage central : Copernic . Avant lui , c'était sans façon : l'Homme était au
centre du Monde . C'était à son attention et pour son plaisir que les étoiles orbitaient
en lente majesté autour de son jardin . Comment pouvait-il penser que , des quatre
points cardinaux , cette chorégraphie n'était pas faite pour lui ? ; Copernic a foutu
par terre cette féerie : tout ça ne tourne pas autour de toi , imbécile ! ; c'est toi qui
tourne autour de ça . Ta vision est une illusion d'optique égocentrique ! . Depuis
Copernic , on en sait un peu plus , donc - règle sans exception - on n'en sait moins
qu'avant . Il est 23h58 le 31 décembre 2018 et je bâille ...
mercredi 19 décembre 2018
AUX FEMMES . POÈME D'HIVER 1
Hou , hou !
Le vilain hiver a pointé son museau
Sans prévenir
Et le poète ne l'a pas vu venir .
L'été ,
Si rond (s'en souvient-on ?)
A roulé du fait de sa rondeur
Sur l'automne .
Le poète - inconséquent poète -
Léger et confiné en ses rimes ,
A oublié les femmes …
Femmes ,
Écoutez-moi ! :
Gagnez sans tarder (vite !) vos demeures ;
Pas la maison
Où s'infiltre l'air sauvage
Mais le nid douillet d'en vous-mêmes ,
Car votre nid , c'est votre corps
Et c'est là ,
Qu'endormies ou au moins en sommeil ,
Vous passerez l'hiver .
Le vilain hiver a pointé son museau
Sans prévenir
Et le poète ne l'a pas vu venir .
L'été ,
Si rond (s'en souvient-on ?)
A roulé du fait de sa rondeur
Sur l'automne .
Le poète - inconséquent poète -
Léger et confiné en ses rimes ,
A oublié les femmes …
Femmes ,
Écoutez-moi ! :
Gagnez sans tarder (vite !) vos demeures ;
Pas la maison
Où s'infiltre l'air sauvage
Mais le nid douillet d'en vous-mêmes ,
Car votre nid , c'est votre corps
Et c'est là ,
Qu'endormies ou au moins en sommeil ,
Vous passerez l'hiver .
mardi 18 décembre 2018
KRANT 151 . ZANZIBAR
Il arriva qu'au large de Zanzibar , Krant m'appela sur la passerelle : "Que pensez-
vous de Zanzibar , chef ?"
- Moi : "De Zanzibar , capitaine ? … que devrais-je penser de Zanzibar ?"
- Krant : "Telle est ma question … Zanzibar vous dit-elle quelque chose , bien que
jamais vous n'y accostâtes …"
- Moi : "N'est-ce pas un jeu de dés ? … trois dés … on le joue à trois dés … avec
un cornet … je crois … oui … il me semble …"
- Krant : "Il vous semble bien …"
Je quittai le capitaine et je croisai Toms dans la coursive :
"Que te dit Zanzibar , Toms ?"
- Toms : "Zanzibar ? … n'est-ce pas un jeu de dés … trois dés … et un cornet …
pourquoi cette question , chef ?"
Je ne répondis pas et entrai dans la timonerie . Le timonier était appuyé ,
nonchalant , sur la barre . Avant que j'eus ouvert la bouche : "Zanzibar , chef ,
ça te dit quelque chose ?"
- Moi : "Ventredieu , oui … c'est un jeu de dés ..;"
- Le timonier , éberlué : "Un jeu de dés !?" … tournant la tête vers tribord où
se profilait une côte dans le crépuscule : "Ces lumières … c'est Zanzibar"
vous de Zanzibar , chef ?"
- Moi : "De Zanzibar , capitaine ? … que devrais-je penser de Zanzibar ?"
- Krant : "Telle est ma question … Zanzibar vous dit-elle quelque chose , bien que
jamais vous n'y accostâtes …"
- Moi : "N'est-ce pas un jeu de dés ? … trois dés … on le joue à trois dés … avec
un cornet … je crois … oui … il me semble …"
- Krant : "Il vous semble bien …"
Je quittai le capitaine et je croisai Toms dans la coursive :
"Que te dit Zanzibar , Toms ?"
- Toms : "Zanzibar ? … n'est-ce pas un jeu de dés … trois dés … et un cornet …
pourquoi cette question , chef ?"
Je ne répondis pas et entrai dans la timonerie . Le timonier était appuyé ,
nonchalant , sur la barre . Avant que j'eus ouvert la bouche : "Zanzibar , chef ,
ça te dit quelque chose ?"
- Moi : "Ventredieu , oui … c'est un jeu de dés ..;"
- Le timonier , éberlué : "Un jeu de dés !?" … tournant la tête vers tribord où
se profilait une côte dans le crépuscule : "Ces lumières … c'est Zanzibar"
lundi 17 décembre 2018
DESMOND 94 . BRETTON WOODS
Maison Blanche . 4h du matin . Je sors de la Library où s'est tenue une réunion
nocturne sur la convertibilité du dollar en or . Faut-il la maintenir ? . J'accompagne
le Président . Nous traversons une salle de détente des personnels , évidemment
déserte à cette heure .
- Le Président : "Oh , qu'est-ce que c'est ?"
- Moi . Je me retourne . Le Président s'est arrêté près d'un baby-foot . Mains derrière
le dos et le buste penché sur les huit barres de joueurs , il l'examine , intrigué .
- Lui : "Desmond , qu'est-ce que c'est ?"
- Moi : "Euh … un baby-foot , Monsieur le Président"
- Lui : "Un quoi ?"
- Moi ; "Un baby-foot … un jeu de football"
- Lui . Il s'est redressé . Il tourne vers moi un visage intéressé et soucieux de s'instruire :
"De football ? … comment ça marche ?"
Deux autres participants à la réunion entrent dans la pièce : Henry K. et Bob H.
- Le Président : "Avez-vous vu cela , Henry ?"
- H.K. , interloqué (pour une fois , quelque chose l'interloque) par la candeur du Prési-
dent : "Ce baby-foot , Monsieur le Président ?"
- Le Président à nouveau penché sur l'objet dont il analyse les composants . Sa main
droite actionne la barre des trois avants bleus et la gauche , les cinq demis : "Il faut
une balle , non ?"
- H.K. fait le tour du baby-foot et se place en face du Président : "Oui , Monsieur le
Président … il y a un monnayeur là-dessous … je mets une pièce dans cette fente" …
il sort de sa poche de veste un quarter qu'il introduit dans le monnayeur , attrape une
balle qu'il jette sur le terrain . A Bob H. : "Bob , prenez le goal , je tiens les avants …
Monsieur le Président , les avants et les demis bleus" . D'un geste autoritaire et peu
aimable : "Desmond ! … gardez les arrières et le goal du Président !"
- Le Président s'approche , raide et intimidé . Il saisit mollement les deux poignées
signifiées par le Secrétaie d'État . La balle commence à circuler , elle fuse , elle vient
dans les pattes des avants rouges expertement maniées par H.K. … "BING !" sonore .
Le Secrétaire d'État vient de me mettre un but .
- H.K. : "Quand j'étais au City College à New-York , je n'allais pas souvent aux
cours …"
Cinq minutes plus tard : 8-0 , en faveur des rouges .
- Le Président : "Desmond , vous êtes une passoire !"
6 heures du matin . Le Président a posé la veste , desserré sa cravate et retroussé les
manches de sa chemise . Des auréoles se sont formées sous ses aisselles . 28-0 .
- "Mister President !" . C'est John Bowden Connaly , le Secrétaire du Trésor . Il passe
la tête par la porte : "Qu'est-ce qu'on fait pour la convertibilité ?"
- Le Président , ébouriffé et transpirant : "Attendez , John ! … une minute ,
voulez-vous ! … il faut que j'en mette au moins un !"
nocturne sur la convertibilité du dollar en or . Faut-il la maintenir ? . J'accompagne
le Président . Nous traversons une salle de détente des personnels , évidemment
déserte à cette heure .
- Le Président : "Oh , qu'est-ce que c'est ?"
- Moi . Je me retourne . Le Président s'est arrêté près d'un baby-foot . Mains derrière
le dos et le buste penché sur les huit barres de joueurs , il l'examine , intrigué .
- Lui : "Desmond , qu'est-ce que c'est ?"
- Moi : "Euh … un baby-foot , Monsieur le Président"
- Lui : "Un quoi ?"
- Moi ; "Un baby-foot … un jeu de football"
- Lui . Il s'est redressé . Il tourne vers moi un visage intéressé et soucieux de s'instruire :
"De football ? … comment ça marche ?"
Deux autres participants à la réunion entrent dans la pièce : Henry K. et Bob H.
- Le Président : "Avez-vous vu cela , Henry ?"
- H.K. , interloqué (pour une fois , quelque chose l'interloque) par la candeur du Prési-
dent : "Ce baby-foot , Monsieur le Président ?"
- Le Président à nouveau penché sur l'objet dont il analyse les composants . Sa main
droite actionne la barre des trois avants bleus et la gauche , les cinq demis : "Il faut
une balle , non ?"
- H.K. fait le tour du baby-foot et se place en face du Président : "Oui , Monsieur le
Président … il y a un monnayeur là-dessous … je mets une pièce dans cette fente" …
il sort de sa poche de veste un quarter qu'il introduit dans le monnayeur , attrape une
balle qu'il jette sur le terrain . A Bob H. : "Bob , prenez le goal , je tiens les avants …
Monsieur le Président , les avants et les demis bleus" . D'un geste autoritaire et peu
aimable : "Desmond ! … gardez les arrières et le goal du Président !"
- Le Président s'approche , raide et intimidé . Il saisit mollement les deux poignées
signifiées par le Secrétaie d'État . La balle commence à circuler , elle fuse , elle vient
dans les pattes des avants rouges expertement maniées par H.K. … "BING !" sonore .
Le Secrétaire d'État vient de me mettre un but .
- H.K. : "Quand j'étais au City College à New-York , je n'allais pas souvent aux
cours …"
Cinq minutes plus tard : 8-0 , en faveur des rouges .
- Le Président : "Desmond , vous êtes une passoire !"
6 heures du matin . Le Président a posé la veste , desserré sa cravate et retroussé les
manches de sa chemise . Des auréoles se sont formées sous ses aisselles . 28-0 .
- "Mister President !" . C'est John Bowden Connaly , le Secrétaire du Trésor . Il passe
la tête par la porte : "Qu'est-ce qu'on fait pour la convertibilité ?"
- Le Président , ébouriffé et transpirant : "Attendez , John ! … une minute ,
voulez-vous ! … il faut que j'en mette au moins un !"
dimanche 16 décembre 2018
TROIS MOUCHES 142 . PNINE I : CONTEMPLATION
Nous contemplions les étoiles .
- "Ce sont des mondes" , dis-je .
- "Ou alors" , fit Berthe en bâillant tandis que trois mouches vermeilles et merveilleuses
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille "c'est un épouvantable gâchis . Je soupçonne
qu'en réalité il s'agit d'un cadavre fluorescent , et nous , nous sommes à l'intérieur" .
Berthe contemplait l'intérieur de mon chapeau .
- "Des pailles étoilées" , fit-elle , "vermeilles et merveilleuses" . Tandis que les cadavres
de trois mouches fluorescentes bâillaient leur épouvantable gâchis , je soupçonnai que ce
monde bourdonne de réalité .
- "Le monde des mouches est une épouvantable réalité" , fis-je .
Nous contemplions le cadavre fluorescent de trois étoiles . Elles bourdonnaient .
- Berthe bâilla : "Je soupçonne que nous sommes à l'intérieur de nos chapeaux de paille .
Ou alors , il s'agit d'un merveilleux gâchis !"
- "Ce sont des mondes" , dis-je .
- "Ou alors" , fit Berthe en bâillant tandis que trois mouches vermeilles et merveilleuses
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille "c'est un épouvantable gâchis . Je soupçonne
qu'en réalité il s'agit d'un cadavre fluorescent , et nous , nous sommes à l'intérieur" .
Berthe contemplait l'intérieur de mon chapeau .
- "Des pailles étoilées" , fit-elle , "vermeilles et merveilleuses" . Tandis que les cadavres
de trois mouches fluorescentes bâillaient leur épouvantable gâchis , je soupçonnai que ce
monde bourdonne de réalité .
- "Le monde des mouches est une épouvantable réalité" , fis-je .
Nous contemplions le cadavre fluorescent de trois étoiles . Elles bourdonnaient .
- Berthe bâilla : "Je soupçonne que nous sommes à l'intérieur de nos chapeaux de paille .
Ou alors , il s'agit d'un merveilleux gâchis !"
samedi 15 décembre 2018
RHODODENDRON NAIN
- Madame Delplanque au téléphone : "Nous atterrirons à l'aéroport de Iélozovo"
- Moi : "Combien d'heures d'avion ?"
- Elle : "Dix"
- Moi : "Pffff ! … quelle compagnie ?"
- Elle : "Aeroflot"
- Moi : "Un sur dix s'écrase … vous le savez ?"
- Elle : "Ne soyez pas idiot !"
- Moi : "Nous arrivons à quelle heure ?"
- Elle : "Quatre heures"
- Moi : "Quatre heures ?"
- Elle : "Quatre heures du matin"
- Moi : "Du matin !?"
- Elle : "Oui"
- Moi (après quinze secondes) : "Vous avez réservé un hôtel ?"
- Elle : "Non … on avisera …"
- Moi : "Une voiture ?"
- Elle : "Oui … chez Hertz … une Opel … comme d'habitude"
- Moi : "On nous attend ?"
- Elle : "Oui … Nadezha Oustiojanine"
- Moi : "Qui est-ce ?"
- Elle : "Notre guide … elle sera aussi notre chauffeur … les routes sont piégeuses …"
- Moi : "………………"
- Elle : "Dans l'avion , ils servent un excellent goloubtis"
- Moi : "Qu'est-ce que c'est ?"
- Elle : "Je ne sais pas … des feuilles de chou farcies , avec du riz et de la viande hachée
… je n'en sais pas plus …"
- Moi : "Qu'est-ce que vous allez faire là-bas ?"
- Elle . Elle corrige : "Qu'est-ce que NOUS allons faire là-bas … j'ai les billets …
deux allers"
- Moi : "Comment s'appelle la ville ?"
- Elle : "Petropavlovsk … c'est au Kamtchatka"
- Moi :"Qu'est-ce que vous allez voir à Petro-machin ?"
- Elle : "Rhododendro Camtschaticum"
- Moi : "Un rhododendron ?"
- Elle : "Un rhododendron nain … 20 à 30 centimètres"
- Moi : "Vous comptez en ramener ?"
- Elle : "Oui … pour mon bassin … ce rhodo ne craint pas l'eau stagnante"
- Moi : "… et bien , chère Madame , vous irez seule à Petro-truc-machin ! … je déteste
l'avion - vous le savez - , je déteste le froid , le chou farci et les rhododendrons …
et je déteste les Opel"
- Elle : "Tant pis pour vous"
- Moi (interloqué) : "Vous n'insistez pas ?"
- Elle : "Non"
- Moi : "………?……….."
- Elle : "Mais vous ratez quelque chose : Nadezha , c'est Miss Kamtchatka … une blonde
sublime … super-sexy !" . Elle raccroche .
- Moi : "Allo , allo !"
- Moi : "Combien d'heures d'avion ?"
- Elle : "Dix"
- Moi : "Pffff ! … quelle compagnie ?"
- Elle : "Aeroflot"
- Moi : "Un sur dix s'écrase … vous le savez ?"
- Elle : "Ne soyez pas idiot !"
- Moi : "Nous arrivons à quelle heure ?"
- Elle : "Quatre heures"
- Moi : "Quatre heures ?"
- Elle : "Quatre heures du matin"
- Moi : "Du matin !?"
- Elle : "Oui"
- Moi (après quinze secondes) : "Vous avez réservé un hôtel ?"
- Elle : "Non … on avisera …"
- Moi : "Une voiture ?"
- Elle : "Oui … chez Hertz … une Opel … comme d'habitude"
- Moi : "On nous attend ?"
- Elle : "Oui … Nadezha Oustiojanine"
- Moi : "Qui est-ce ?"
- Elle : "Notre guide … elle sera aussi notre chauffeur … les routes sont piégeuses …"
- Moi : "………………"
- Elle : "Dans l'avion , ils servent un excellent goloubtis"
- Moi : "Qu'est-ce que c'est ?"
- Elle : "Je ne sais pas … des feuilles de chou farcies , avec du riz et de la viande hachée
… je n'en sais pas plus …"
- Moi : "Qu'est-ce que vous allez faire là-bas ?"
- Elle . Elle corrige : "Qu'est-ce que NOUS allons faire là-bas … j'ai les billets …
deux allers"
- Moi : "Comment s'appelle la ville ?"
- Elle : "Petropavlovsk … c'est au Kamtchatka"
- Moi :"Qu'est-ce que vous allez voir à Petro-machin ?"
- Elle : "Rhododendro Camtschaticum"
- Moi : "Un rhododendron ?"
- Elle : "Un rhododendron nain … 20 à 30 centimètres"
- Moi : "Vous comptez en ramener ?"
- Elle : "Oui … pour mon bassin … ce rhodo ne craint pas l'eau stagnante"
- Moi : "… et bien , chère Madame , vous irez seule à Petro-truc-machin ! … je déteste
l'avion - vous le savez - , je déteste le froid , le chou farci et les rhododendrons …
et je déteste les Opel"
- Elle : "Tant pis pour vous"
- Moi (interloqué) : "Vous n'insistez pas ?"
- Elle : "Non"
- Moi : "………?……….."
- Elle : "Mais vous ratez quelque chose : Nadezha , c'est Miss Kamtchatka … une blonde
sublime … super-sexy !" . Elle raccroche .
- Moi : "Allo , allo !"
vendredi 14 décembre 2018
ANNE-CAROLE
Anne-Carole fut l'une de mes épouses . Elle séparait , prétendait-elle , les ténèbres
de la lumière , besogne opiniâtre qu'elle poursuivait en continu jusque dans notre lit .
Elle pesait en toutes choses le pour et le contre , elle évaluait les avantages et les
inconvénients de chaque décision , décomposait en infinies parties la moindre de mes
objections , décortiquait nos projets à la recherche des points obscurs qui rendaient leur
réalisation illusoire , alléguant que ceci n'était pas conforme au bon sens , que cela
risquait - si l'on n'y prenait garde - de provoquer quelque désagrément , voire de virer
au drame , quoique , en prenant la chose sous une autre perspective … et je voyais de
profil son joli buste appuyé sur une pile d'oreillers et ses doigts touchant ses lèvres
quand une nouvelle supputation venait inscrire une ombre menaçante dans son
soliloque et qu'elle se mettait en demeure de couper en huit ce qui l'était déjà en quatre .
Et moi , je finissais par m'endormir . En dix ans de vie commune , jamais nous ne
changeâmes le papier peint de la salle à manger .
de la lumière , besogne opiniâtre qu'elle poursuivait en continu jusque dans notre lit .
Elle pesait en toutes choses le pour et le contre , elle évaluait les avantages et les
inconvénients de chaque décision , décomposait en infinies parties la moindre de mes
objections , décortiquait nos projets à la recherche des points obscurs qui rendaient leur
réalisation illusoire , alléguant que ceci n'était pas conforme au bon sens , que cela
risquait - si l'on n'y prenait garde - de provoquer quelque désagrément , voire de virer
au drame , quoique , en prenant la chose sous une autre perspective … et je voyais de
profil son joli buste appuyé sur une pile d'oreillers et ses doigts touchant ses lèvres
quand une nouvelle supputation venait inscrire une ombre menaçante dans son
soliloque et qu'elle se mettait en demeure de couper en huit ce qui l'était déjà en quatre .
Et moi , je finissais par m'endormir . En dix ans de vie commune , jamais nous ne
changeâmes le papier peint de la salle à manger .
jeudi 13 décembre 2018
MONIA
Elle est brune et je préfère les blondes . Elle a le port altier et j'aime , moi , le cou
dodu des femmes rondes . Elle est cultivée et j'abhorre chez les femmes la culture .
Je suis laid et je parle à tort et à travers . Mais elle m'aime . Qu'y faire ? . Je supporte
depuis vingt ans son amour , ses baisers , ses arguments , ses démonstrations et ses
syllogismes sans failles . Puis-je fuir ? . Je ne le peux pas . Il y a des femmes-pièges
et des pièges en fil de soie . Le sien , enduit de phéromone , m'encercle . L'écho de
mes mouvements vibre sur l'élégante géométrie de sa toile . Elle sait où je suis , où
me trouver , elle sait ce que je pense , il n'y a qu'une chose que j'ai su lui cacher :
c'est que je ne l'aime pas .
dodu des femmes rondes . Elle est cultivée et j'abhorre chez les femmes la culture .
Je suis laid et je parle à tort et à travers . Mais elle m'aime . Qu'y faire ? . Je supporte
depuis vingt ans son amour , ses baisers , ses arguments , ses démonstrations et ses
syllogismes sans failles . Puis-je fuir ? . Je ne le peux pas . Il y a des femmes-pièges
et des pièges en fil de soie . Le sien , enduit de phéromone , m'encercle . L'écho de
mes mouvements vibre sur l'élégante géométrie de sa toile . Elle sait où je suis , où
me trouver , elle sait ce que je pense , il n'y a qu'une chose que j'ai su lui cacher :
c'est que je ne l'aime pas .
mercredi 12 décembre 2018
KRANT 150 . TOHU-BOHU DU GRAND COMMERCE
Nous avions posé les bordages du Kritik contre un quai d'Heiligenhafen . Nos
madriers - ceux qui se trouveraient demain dans nos soutes - étaient là-bas , posés
sur des cales , mais les grues chargeaient devant nous un vraquier . Nous étions - loi
des ports actifs - contraints à l'attente . Krant avait tiré sur la passerelle une chaise du
carré . Il était assis . Hume était sur ses genoux et j'étais , appuyé sur la cloison , à côté
du capitaine . A terre , en-dessous de nous , une foule sans nombre bougeait et
palabrait , s'invectivait dans toutes sortes de parlers , gutturaux , angles et saxons ,
ornés d'accents , ou des langues mornes et sans timbre , gribouillait des contrats ,
faisait sur des bouts de papier des additions rapides et des comptes prometteurs , tirait
des plans sur la comète , bâtissait des châteaux en Espagne , escomptait des profits
aussi mirifiques que rapides , échangeait des monnaies , donnait des ordres , autorisait ,
signait , conseillait , menaçait , vantait ses produits , surestimait sa cargaison , disputait
à un autre chien une tête de hareng , entrait la main de l'un sur l'épaule de l'autre dans
une taverne du port, concluait devant un verre de bière , criait , protestait de sa bonne
foi , crachait sur le pavé sa chique , tombait dans les bras d'un camarade oublié ,
proposait ses services , louait sa force ou son corps car roulait sur des hanches la
grande affaire du sexe . Ce brouhaha montait jusqu'à nous avec ses couleurs , sa
sueur et ses odeurs et il semblait qu'on allait le hisser par-dessus le bastingage comme
un grand poisson vif et luisant , indomptable , impossible à maîtriser mais cependant
pris à l'hameçon .
- Krant : "Qu'est-ce que vous pensez de ceci ?"
Les oreilles de Hume , frangées de poil vibrionnants , étaient alertées , tournées
vers le tolu-bohu .
- Moi : "A quoi devrais-je penser , capitaine ?"
- Krant , tendant sa pipe vers le quai : "Que pensez-vous de cette multitude ? …
ce chaos … est-ce qu'on peut y comprendre quelque chose ?"
- Moi : "……..?………"
- Krant : "Est-ce qu'il y a dans tout cela un fil conducteur ? … quelque chose que
nous ne voyons pas et qui nous crève les yeux …"
- Moi : "……..?………"
- Krant : "N'est-ce pas la vie ?"
madriers - ceux qui se trouveraient demain dans nos soutes - étaient là-bas , posés
sur des cales , mais les grues chargeaient devant nous un vraquier . Nous étions - loi
des ports actifs - contraints à l'attente . Krant avait tiré sur la passerelle une chaise du
carré . Il était assis . Hume était sur ses genoux et j'étais , appuyé sur la cloison , à côté
du capitaine . A terre , en-dessous de nous , une foule sans nombre bougeait et
palabrait , s'invectivait dans toutes sortes de parlers , gutturaux , angles et saxons ,
ornés d'accents , ou des langues mornes et sans timbre , gribouillait des contrats ,
faisait sur des bouts de papier des additions rapides et des comptes prometteurs , tirait
des plans sur la comète , bâtissait des châteaux en Espagne , escomptait des profits
aussi mirifiques que rapides , échangeait des monnaies , donnait des ordres , autorisait ,
signait , conseillait , menaçait , vantait ses produits , surestimait sa cargaison , disputait
à un autre chien une tête de hareng , entrait la main de l'un sur l'épaule de l'autre dans
une taverne du port, concluait devant un verre de bière , criait , protestait de sa bonne
foi , crachait sur le pavé sa chique , tombait dans les bras d'un camarade oublié ,
proposait ses services , louait sa force ou son corps car roulait sur des hanches la
grande affaire du sexe . Ce brouhaha montait jusqu'à nous avec ses couleurs , sa
sueur et ses odeurs et il semblait qu'on allait le hisser par-dessus le bastingage comme
un grand poisson vif et luisant , indomptable , impossible à maîtriser mais cependant
pris à l'hameçon .
- Krant : "Qu'est-ce que vous pensez de ceci ?"
Les oreilles de Hume , frangées de poil vibrionnants , étaient alertées , tournées
vers le tolu-bohu .
- Moi : "A quoi devrais-je penser , capitaine ?"
- Krant , tendant sa pipe vers le quai : "Que pensez-vous de cette multitude ? …
ce chaos … est-ce qu'on peut y comprendre quelque chose ?"
- Moi : "……..?………"
- Krant : "Est-ce qu'il y a dans tout cela un fil conducteur ? … quelque chose que
nous ne voyons pas et qui nous crève les yeux …"
- Moi : "……..?………"
- Krant : "N'est-ce pas la vie ?"
mardi 11 décembre 2018
TROIS MOUCHES 142 . UN ÉTÉ À GRASSE (OU À CANNES ?) Berberova souligne
On aurait dit qu'elle était en porcelaine , alors que moi j'avais l'impression d'être en
fonte , à mon grand dépit . Vêtue de robes légères , bleu clair et blanches , Berthe était
particulièrement jolie en été , au bord de la mer à Cannes ou sur la terrasse de la maison
à Grasse quand trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos
chapeaux de paille .
Au bord de la maison de Grasse (ou Cannes ?) , la mer était en porcelaine , particu-
lièrement claire et bleue en été , en dépit des mouches qu'on aurait dit en fonte . Elles
bourdonnaient sur la terrasse contre la jolie robe blanche dont Berthe s'était vêtue et
j'avais , moi , l'impression merveilleuse que la paille de son grand chapeau était légère .
Une mer de fonte . Et Berthe dans sa jolie robe au bord de la terrasse . Elle m'émer-
veillait au grand dépit de trois mouches bleu porcelaine qui imprimaient la paille claire
de son chapeau . On aurait dit qu'elles étaient vêtues d'un été blanc et léger ; elles bour-
donnaient particulièrement contre la maison de Grasse (ou Cannes ?) .
fonte , à mon grand dépit . Vêtue de robes légères , bleu clair et blanches , Berthe était
particulièrement jolie en été , au bord de la mer à Cannes ou sur la terrasse de la maison
à Grasse quand trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos
chapeaux de paille .
Au bord de la maison de Grasse (ou Cannes ?) , la mer était en porcelaine , particu-
lièrement claire et bleue en été , en dépit des mouches qu'on aurait dit en fonte . Elles
bourdonnaient sur la terrasse contre la jolie robe blanche dont Berthe s'était vêtue et
j'avais , moi , l'impression merveilleuse que la paille de son grand chapeau était légère .
Une mer de fonte . Et Berthe dans sa jolie robe au bord de la terrasse . Elle m'émer-
veillait au grand dépit de trois mouches bleu porcelaine qui imprimaient la paille claire
de son chapeau . On aurait dit qu'elles étaient vêtues d'un été blanc et léger ; elles bour-
donnaient particulièrement contre la maison de Grasse (ou Cannes ?) .
lundi 10 décembre 2018
PARADIS 95 . UN TROU NOIR ÉGARÉ
- Ève fouine dans les tiroirs de l'établi : 'T'as pu des bonbons Haribo ? … tu sais …
ceux que j'aime bien : les Dragibus ."
- Dieu est à son bureau , plongé dans des calculs complexes (vitesse orbitale et rotation
rétrograde de Vénus) . Distraitement : "Non , Ève … je n'en ai plus … tu les as tous
mangés"
- Ève : "Oh ! … qu'est-ce que c'est ?"
- Dieu , sans se retourner mais d'une inlassable patience : "Tu as trouvé quelque chose ?"
- Ève : "Oui , regarde !" . Elle tient un petit carnet entre le pouce et l'index , à hauteur
des yeux . Elle le tient comme on tient , avec méfiance et un peu de dégoût , une chose
étrange dont on ignore comment elle s'est trouvée là . Par exemple : un crapaud entre les
draps d'un lit .
- Dieu se retourne : "Qu'est-ce que c'est ? … oh , nom de … !" . Il se lève "Mon carnet !
… je le cherche partout !" . C'est un carnet vert marbré de noir . "Où l'as-tu trouvé ?"
- Ève désigne le tiroir ouvert : "Là … tu l'avais perdu ?"
- Dieu : "Oui … oh , que je suis content !" . Il le prend des mains d'Ève , le pose sur
l'établi et caresse sa couverture .
- Ève : "C'est quoi ?"
- Dieu . De son index , il souligne le titre : "Sagittarius A"
- Ève : "Quès que c'est ?"
- Dieu : "C'est un carnet que j'ai perdu … après le Big-Bang … qu'est-ce qu'il faisait
dans ce tiroir ? … ah , je suis content !"
- Ève : "Pourquoi que t'es content ?"
- Dieu : "Parce que , Ève , j'ai là-dedans le calcul des ondes radio au centre de la
Voie Lactée ! … comprends-tu ?"
- Ève : "Non"
- Dieu : "Ça ne m'étonne pas …"
ceux que j'aime bien : les Dragibus ."
- Dieu est à son bureau , plongé dans des calculs complexes (vitesse orbitale et rotation
rétrograde de Vénus) . Distraitement : "Non , Ève … je n'en ai plus … tu les as tous
mangés"
- Ève : "Oh ! … qu'est-ce que c'est ?"
- Dieu , sans se retourner mais d'une inlassable patience : "Tu as trouvé quelque chose ?"
- Ève : "Oui , regarde !" . Elle tient un petit carnet entre le pouce et l'index , à hauteur
des yeux . Elle le tient comme on tient , avec méfiance et un peu de dégoût , une chose
étrange dont on ignore comment elle s'est trouvée là . Par exemple : un crapaud entre les
draps d'un lit .
- Dieu se retourne : "Qu'est-ce que c'est ? … oh , nom de … !" . Il se lève "Mon carnet !
… je le cherche partout !" . C'est un carnet vert marbré de noir . "Où l'as-tu trouvé ?"
- Ève désigne le tiroir ouvert : "Là … tu l'avais perdu ?"
- Dieu : "Oui … oh , que je suis content !" . Il le prend des mains d'Ève , le pose sur
l'établi et caresse sa couverture .
- Ève : "C'est quoi ?"
- Dieu . De son index , il souligne le titre : "Sagittarius A"
- Ève : "Quès que c'est ?"
- Dieu : "C'est un carnet que j'ai perdu … après le Big-Bang … qu'est-ce qu'il faisait
dans ce tiroir ? … ah , je suis content !"
- Ève : "Pourquoi que t'es content ?"
- Dieu : "Parce que , Ève , j'ai là-dedans le calcul des ondes radio au centre de la
Voie Lactée ! … comprends-tu ?"
- Ève : "Non"
- Dieu : "Ça ne m'étonne pas …"
dimanche 9 décembre 2018
COTE 137 . 116 . VON KLÜCK
Martial et moi sommes de permission . Nous avons pris le train pour Paris mais ,
à la gare de Crécy-la-Chapelle , Martial est descendu sur le quai : "Vieux , allons
voir les arbres , les champs , les fleurs ! … Paris peut attendre , non ?" . Et voilà
qu'au lieu de boire une bière à la terrasse d'un bistro de Montmartre , nous flânons
entre deux haies d'aubépine et caressons le museau des vaches aux abords de
Crécy-la-Chapelle . Martial est intarissable . Tout à coup :
- "Tu sais à quoi j'ai rêvé la nuit dernière ?"
- Moi : "Non , Martial … dis-moi"
- Lui : "J'ai rêvé que j'étais en patrouille et que je capturais le général Von Klück …
je le ramenais dans la tranchée" . Martial glousse ; "La tête du capitaine !"
- Moi : "Quel drôle de rêve !"
Vient vers nous sur le même sentier un homme moustachu , la cinquantaine , avec
un fusil de chasse en bandoulière . Un paysan du coin , supposai-je ou , peut-être ,
le garde-chasse , rubicond , ventru et bonhomme , portant casquette … oui , le
garde-chasse …
- Martial : "Ça alors !? … regarde qui vient !"
- Moi : "Tu le connais ?"
- Lui : "Bien entendu que je le connais ! … c'est Von Klück !"
- Moi : "…….?………"
L'homme s'approche . Il s'apprête à nous saluer . Saluer deux braves poilus retour
du front . Il touche sa casquette et sourit . Martial va droit sur lui : Hände hoch !" .
L'homme se fige , bouche bée . Il recule d'un pas . Martial saisit la bandoulière et tire
dessus , faisant tournoyer le malheureux . Il s'empare du fusil . L'homme recule d'un
autre pas mais Martial est sur lui . Il hurle : "Hände hoch ! … toi pas comprendre
allemand ?"
- Moi : "Martial ! … qu'est-ce qui te prend ? … tu es fou !?"
- L'homme : "Mais … Monsieur !" . Martial pointe le fusil de chasse sur la panse de
l'infortuné .
- Martial : "Ah , ah ! … Von Klück ! … lève les bras ! … schnell !"
- L'homme : "Mais …"
- Moi : "Arrête , Martial !"
- Martial : "Mains sur la tête ! … toi être fait , Von Klück !"
L'homme met les mains sur la tête . Sa casquette est à terre . Il recule , le canon de
son propre fusil enfoncé dans le bide .
- Martial : "Papier" (en allemand) … toi donner papiers !"
- L'homme : "Mais , mais …"
- Moi . J'attrape Martial par la manche : "Martial , arrête !"
- Martial soudain débonnaire , à l'homme : "C'est une blague , vieux … baisse les bras" .
Il lui rend son fusil et ramasse la casquette .
- L'homme , livide : "Mais , mais … qu'est-ce …"
- Martial lui tire la moustache : "Toi pas ressembler à Von Klück … toi pas prussien …
toi pas avoir l'air méchant … Von Klück plus mince … Von Klück hargneux …
non , toi pas être Von Klück"
- Moi . J'entraîne Martial : "Allez , viens ! … ça suffit !"
Nous nous éloignons . Nous laissons le pauvre gars pantelant sur le bord du chemin ,
le fusil dans une main , la casquette dans l'autre .
- Martial se retourne : "Bien le bonjour à Guillaume !"
à la gare de Crécy-la-Chapelle , Martial est descendu sur le quai : "Vieux , allons
voir les arbres , les champs , les fleurs ! … Paris peut attendre , non ?" . Et voilà
qu'au lieu de boire une bière à la terrasse d'un bistro de Montmartre , nous flânons
entre deux haies d'aubépine et caressons le museau des vaches aux abords de
Crécy-la-Chapelle . Martial est intarissable . Tout à coup :
- "Tu sais à quoi j'ai rêvé la nuit dernière ?"
- Moi : "Non , Martial … dis-moi"
- Lui : "J'ai rêvé que j'étais en patrouille et que je capturais le général Von Klück …
je le ramenais dans la tranchée" . Martial glousse ; "La tête du capitaine !"
- Moi : "Quel drôle de rêve !"
Vient vers nous sur le même sentier un homme moustachu , la cinquantaine , avec
un fusil de chasse en bandoulière . Un paysan du coin , supposai-je ou , peut-être ,
le garde-chasse , rubicond , ventru et bonhomme , portant casquette … oui , le
garde-chasse …
- Martial : "Ça alors !? … regarde qui vient !"
- Moi : "Tu le connais ?"
- Lui : "Bien entendu que je le connais ! … c'est Von Klück !"
- Moi : "…….?………"
L'homme s'approche . Il s'apprête à nous saluer . Saluer deux braves poilus retour
du front . Il touche sa casquette et sourit . Martial va droit sur lui : Hände hoch !" .
L'homme se fige , bouche bée . Il recule d'un pas . Martial saisit la bandoulière et tire
dessus , faisant tournoyer le malheureux . Il s'empare du fusil . L'homme recule d'un
autre pas mais Martial est sur lui . Il hurle : "Hände hoch ! … toi pas comprendre
allemand ?"
- Moi : "Martial ! … qu'est-ce qui te prend ? … tu es fou !?"
- L'homme : "Mais … Monsieur !" . Martial pointe le fusil de chasse sur la panse de
l'infortuné .
- Martial : "Ah , ah ! … Von Klück ! … lève les bras ! … schnell !"
- L'homme : "Mais …"
- Moi : "Arrête , Martial !"
- Martial : "Mains sur la tête ! … toi être fait , Von Klück !"
L'homme met les mains sur la tête . Sa casquette est à terre . Il recule , le canon de
son propre fusil enfoncé dans le bide .
- Martial : "Papier" (en allemand) … toi donner papiers !"
- L'homme : "Mais , mais …"
- Moi . J'attrape Martial par la manche : "Martial , arrête !"
- Martial soudain débonnaire , à l'homme : "C'est une blague , vieux … baisse les bras" .
Il lui rend son fusil et ramasse la casquette .
- L'homme , livide : "Mais , mais … qu'est-ce …"
- Martial lui tire la moustache : "Toi pas ressembler à Von Klück … toi pas prussien …
toi pas avoir l'air méchant … Von Klück plus mince … Von Klück hargneux …
non , toi pas être Von Klück"
- Moi . J'entraîne Martial : "Allez , viens ! … ça suffit !"
Nous nous éloignons . Nous laissons le pauvre gars pantelant sur le bord du chemin ,
le fusil dans une main , la casquette dans l'autre .
- Martial se retourne : "Bien le bonjour à Guillaume !"
samedi 8 décembre 2018
MARIAGE CHEZ DES APICULTEURS
Elle a mis sa robe à rayures d'abeille et mes parents , pour l'occasion (si rares occasions !)
ont délaissé leurs ruches ; aussi , l'air frémit-il comme un gâteau de miel . Comme Papa et
Maman sont beaux dans leur habit de cérémonie qu'ils arborent avec une modestie d'api-
culteurs ! . "Sous les meilleurs auspices" , voilà , dit mon père , féru d'antiquités romaines ,
comment s'annonce la soirée . Et , de fait , nous avons tout pour être heureux ; sauf que ,
sous le large bord de mon chapeau noir , stagne , légère mais entêtante , si peu perceptible
qu'elle semble une illusion mais plus j'essaie de la chasser , plus elle se tapit et s'installe
comme une fausse teigne dans l'obscurité d'un rucher , menace dérisoire et se faisant toute
petite pour le paraître , et j'entrevoie sans l'avouer qu'un jour elle me tuera : une odeur
de renard mort .
- Moi , chuchotant à son oreille : "Sens-tu ?"
- Elle prend la main que j'ai posée sur son épaule : "Tes parents …" . Elle rit de son petit
rire moqueur . "Ils sentent le miel , tu sais bien …"
- Moi : "Non , c'est autre chose … cette odeur fade"
- Elle , rassurante et sombre : "Ce n'est rien , mon chéri … l'odeur d'un renard mort …"
Ah , sur les épaules de belle-maman , ce col à la rousseur pathétique !
ont délaissé leurs ruches ; aussi , l'air frémit-il comme un gâteau de miel . Comme Papa et
Maman sont beaux dans leur habit de cérémonie qu'ils arborent avec une modestie d'api-
culteurs ! . "Sous les meilleurs auspices" , voilà , dit mon père , féru d'antiquités romaines ,
comment s'annonce la soirée . Et , de fait , nous avons tout pour être heureux ; sauf que ,
sous le large bord de mon chapeau noir , stagne , légère mais entêtante , si peu perceptible
qu'elle semble une illusion mais plus j'essaie de la chasser , plus elle se tapit et s'installe
comme une fausse teigne dans l'obscurité d'un rucher , menace dérisoire et se faisant toute
petite pour le paraître , et j'entrevoie sans l'avouer qu'un jour elle me tuera : une odeur
de renard mort .
- Moi , chuchotant à son oreille : "Sens-tu ?"
- Elle prend la main que j'ai posée sur son épaule : "Tes parents …" . Elle rit de son petit
rire moqueur . "Ils sentent le miel , tu sais bien …"
- Moi : "Non , c'est autre chose … cette odeur fade"
- Elle , rassurante et sombre : "Ce n'est rien , mon chéri … l'odeur d'un renard mort …"
Ah , sur les épaules de belle-maman , ce col à la rousseur pathétique !
vendredi 7 décembre 2018
L'ATTENTE
Fort à parier qu'elle attend quelqu'un , mais peut-être vient-il d'apparaître ce
quelqu'un - ou cette quelqu'une - sous le passage arqué des charmilles , essoufflé(e?) ,
car il (elle?) est en retard , on avait dit midi , non ? , il s'excusera (ou elle) , tu n'as pas
idée cette circulation ! ou , Machin , cet importun , ou , tu sais ce que c'est les affaires ! ,
il lui baisera la main , elle lui baisera les joues , il ou elle s'assoiera , ils se regarderont ,
elle droit dans les yeux avec le sourire de celle qui ne croit pas aux excuses , eux , l'oeil
vagabond , chercheront dans les tables alentours des raisons de croire à leur fable , puis
il lui prendra les doigts ou elle lui fera la moue pour - ma chérie , ne m'en veux pas -
et elle , gracieuse , posera son menton entre ses mains ; parleront-ils d'amour , de biens
immobiliers (un héritage?) , de "L'Inconnu du Nord-Express" qu'il faut avoir lu abso-
lument , proposera-t-il un apéritif - pour me faire pardonner - Martini ? ou elle , Super
Étoile ou Coquelicot quand le garçon , noeud papillon : et pour ces (Messieurs ?)-Dames ?
quelqu'un - ou cette quelqu'une - sous le passage arqué des charmilles , essoufflé(e?) ,
car il (elle?) est en retard , on avait dit midi , non ? , il s'excusera (ou elle) , tu n'as pas
idée cette circulation ! ou , Machin , cet importun , ou , tu sais ce que c'est les affaires ! ,
il lui baisera la main , elle lui baisera les joues , il ou elle s'assoiera , ils se regarderont ,
elle droit dans les yeux avec le sourire de celle qui ne croit pas aux excuses , eux , l'oeil
vagabond , chercheront dans les tables alentours des raisons de croire à leur fable , puis
il lui prendra les doigts ou elle lui fera la moue pour - ma chérie , ne m'en veux pas -
et elle , gracieuse , posera son menton entre ses mains ; parleront-ils d'amour , de biens
immobiliers (un héritage?) , de "L'Inconnu du Nord-Express" qu'il faut avoir lu abso-
lument , proposera-t-il un apéritif - pour me faire pardonner - Martini ? ou elle , Super
Étoile ou Coquelicot quand le garçon , noeud papillon : et pour ces (Messieurs ?)-Dames ?
jeudi 6 décembre 2018
KRANT 149 . RÊVE ET RÉALITÉ
Ce que j'ai vu - les entrepôts de Zonguldak , les pauvres hères de Liverpool ,
les palmiers de Broken Bay - j'aurais pu l'imaginer . Je me serais épargné ces milliers
de miles marins , ces mers sans fin et ces escales puantes . Mais je devais gagner ma
vie et il y a fort à parier que j'aurais , binant mon potager , imaginé autre chose et
j'aurais fait un autre voyage .
Voilà ce que je disais ce soir-là au capitaine , comme nous dominions la foule
criarde de Manakara , accoudés au bastingage du Kritik .
- Krant : "Vous êtes un rêveur , chef !"
A la porte d'un baraquement , deux indigènes étaient au bord d'en venir aux mains .
L'un , à demi-nu , découvrait une dentition féroce et disproportionnée ; l'autre agitait
au-dessus de son maigre corps des bras si mobiles qu'on aurait dit les pattes d'une
araignée . Leurs paroles étaient noyées dans le flot des milliers d'autres proférées par
des centaines de langues roulant les R contre leurs dents , crachées par d'innombrables
gosiers , articulées par le claquement des lèvres de cette humanité affairée et qui frap-
paient la coque du Kritik comme un clapot .
- Moi : "Ces deux-là se disputent une femme"
- Krant , sourcils arqués : "Qu'en savez-vous ?"
- Moi : "Je n'en sais rien , capitaine … peut-être s'agit-il d'une dette … un conflit com-
mercial … ou une histoire de famille … mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a
une femme là-dessous …"
Un attroupement s'était formé . Les deux gesticulaient . Autour on riait ou on cherchait
à comprendre . Soudain , l'un des protagonistes plongea le bras derrière la cloison du
baraquement et en extirpa une jeune fille voilée qu'il jeta aux pieds de l'autre avant de
quitter la place en invoquant les cieux et la malédiction .
- Krant : "Vous aviez raison , chef … c'est une femme … vous rêvez juste …
les voyages que vous auriez imaginés en binant votre potager sont ceux que vous avez
faits … croyez-moi …"
les palmiers de Broken Bay - j'aurais pu l'imaginer . Je me serais épargné ces milliers
de miles marins , ces mers sans fin et ces escales puantes . Mais je devais gagner ma
vie et il y a fort à parier que j'aurais , binant mon potager , imaginé autre chose et
j'aurais fait un autre voyage .
Voilà ce que je disais ce soir-là au capitaine , comme nous dominions la foule
criarde de Manakara , accoudés au bastingage du Kritik .
- Krant : "Vous êtes un rêveur , chef !"
A la porte d'un baraquement , deux indigènes étaient au bord d'en venir aux mains .
L'un , à demi-nu , découvrait une dentition féroce et disproportionnée ; l'autre agitait
au-dessus de son maigre corps des bras si mobiles qu'on aurait dit les pattes d'une
araignée . Leurs paroles étaient noyées dans le flot des milliers d'autres proférées par
des centaines de langues roulant les R contre leurs dents , crachées par d'innombrables
gosiers , articulées par le claquement des lèvres de cette humanité affairée et qui frap-
paient la coque du Kritik comme un clapot .
- Moi : "Ces deux-là se disputent une femme"
- Krant , sourcils arqués : "Qu'en savez-vous ?"
- Moi : "Je n'en sais rien , capitaine … peut-être s'agit-il d'une dette … un conflit com-
mercial … ou une histoire de famille … mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a
une femme là-dessous …"
Un attroupement s'était formé . Les deux gesticulaient . Autour on riait ou on cherchait
à comprendre . Soudain , l'un des protagonistes plongea le bras derrière la cloison du
baraquement et en extirpa une jeune fille voilée qu'il jeta aux pieds de l'autre avant de
quitter la place en invoquant les cieux et la malédiction .
- Krant : "Vous aviez raison , chef … c'est une femme … vous rêvez juste …
les voyages que vous auriez imaginés en binant votre potager sont ceux que vous avez
faits … croyez-moi …"
DESMOND 93 . L'ART DE CONJUGUER
Octobre 1972 . Bureau Ovale . Je donne son cours de français au Président . Il a
ouvert devant lui le Bescherelle que je lui ai offert .
- Le Président : "La grammaire française ouvre des perspectives enthousiasmantes , non ?"
- Moi : "Euh … que voulez-vous dire , Monsieur le Président ? … à quoi pensez-vous ?"
- Lui : "La conjugaison … la nôtre n'est pas à la hauteur" dit-il en tapotant son "Art de
conjuguer" … peut-être que je me trompe , Desmond … le spécialiste c'est vous …"
- Moi : "……….."
- Lui : "J'étais dans mon lit cette nuit … je n'arrivais pas à dormir … Pat ronfle et les négo-
ciations sur la limitation des armes stratégiques tournent en rond … alors , j'ai feuilleté mon
Bescherelle … c'est extraordinaire ! … ces temps … ces modes … ces formes …"
- Moi : "……….."
- Lui : "Je dois avouer que je m'y perds … ces français sont devilishly (diablement)
compliqués ! … mais quelle maestria !"
- Moi : "……….."
- Lui . Il tourne les pages : "Ceci par exemple : le futur antérieur ! … vous connaissez !"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président … oui …"
- Lui : "Bien sûr , suis-je bête ! … nous n'avons pas ce truc-la chez nous …"
- Moi : "C'est exact , Monsieur le Président … ce temps n'existe pas dans la langue
anglaise"
- Lui : "Rendez-vous compte : si j'ai bien compris , ça permet de considérer comme
accompli un événement qui ne s'est pas encore produit ! … it's fantastic !"
- Moi : "……….."
- Lui : "Par exemple : dans quinze jours , je serai élu pour un deuxième mandat !"
- Moi : "……….."
- Lui . Il brandit son Bescherelle : "Damn'it , Desmond ! … on devrait leur piquer l'idée
aux frenchies !"
ouvert devant lui le Bescherelle que je lui ai offert .
- Le Président : "La grammaire française ouvre des perspectives enthousiasmantes , non ?"
- Moi : "Euh … que voulez-vous dire , Monsieur le Président ? … à quoi pensez-vous ?"
- Lui : "La conjugaison … la nôtre n'est pas à la hauteur" dit-il en tapotant son "Art de
conjuguer" … peut-être que je me trompe , Desmond … le spécialiste c'est vous …"
- Moi : "……….."
- Lui : "J'étais dans mon lit cette nuit … je n'arrivais pas à dormir … Pat ronfle et les négo-
ciations sur la limitation des armes stratégiques tournent en rond … alors , j'ai feuilleté mon
Bescherelle … c'est extraordinaire ! … ces temps … ces modes … ces formes …"
- Moi : "……….."
- Lui : "Je dois avouer que je m'y perds … ces français sont devilishly (diablement)
compliqués ! … mais quelle maestria !"
- Moi : "……….."
- Lui . Il tourne les pages : "Ceci par exemple : le futur antérieur ! … vous connaissez !"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président … oui …"
- Lui : "Bien sûr , suis-je bête ! … nous n'avons pas ce truc-la chez nous …"
- Moi : "C'est exact , Monsieur le Président … ce temps n'existe pas dans la langue
anglaise"
- Lui : "Rendez-vous compte : si j'ai bien compris , ça permet de considérer comme
accompli un événement qui ne s'est pas encore produit ! … it's fantastic !"
- Moi : "……….."
- Lui : "Par exemple : dans quinze jours , je serai élu pour un deuxième mandat !"
- Moi : "……….."
- Lui . Il brandit son Bescherelle : "Damn'it , Desmond ! … on devrait leur piquer l'idée
aux frenchies !"
mardi 4 décembre 2018
TROIS MOUCHES 141 . CREVAISON A GREENVILLE ("Entre eux" . R.F)
Il y a eu cette crevaison qui nous a surpris tous trois au milieu du pont sur le Mississipi ,
à Greenville . Là-haut , au-dessus du fleuve . Ma mère est restée dans la voiture et mon
père est sorti changer le pneu ; elle me serrait si fort que je n'arrivais plus à respirer .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Trois mouches ont surpris ma mère au milieu du pont , au-dessus du fleuve qui bour-
donnait comme un pneu crevé . Le Mississipi serrait si fort Greenville que mon père est
sorti de la voiture pour changer de chapeau . Là-haut , les pailles vermeilles n'arrivaient
plus à respirer .
Le Mississipi respirait contre la voiture de mon père . Il nous serrait si fort que ma
mère sortit et changea le pneu crevé . Là-haut , trois mouches vermeilles restées au milieu
du pont de Greenville bourdonnaient comme un fleuve sur nos chapeaux de paille .
à Greenville . Là-haut , au-dessus du fleuve . Ma mère est restée dans la voiture et mon
père est sorti changer le pneu ; elle me serrait si fort que je n'arrivais plus à respirer .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Trois mouches ont surpris ma mère au milieu du pont , au-dessus du fleuve qui bour-
donnait comme un pneu crevé . Le Mississipi serrait si fort Greenville que mon père est
sorti de la voiture pour changer de chapeau . Là-haut , les pailles vermeilles n'arrivaient
plus à respirer .
Le Mississipi respirait contre la voiture de mon père . Il nous serrait si fort que ma
mère sortit et changea le pneu crevé . Là-haut , trois mouches vermeilles restées au milieu
du pont de Greenville bourdonnaient comme un fleuve sur nos chapeaux de paille .
lundi 3 décembre 2018
PARADIS 94 . BABEL
- "Professeur Baratine ? … ici Dieu … Dieu le Père …"
- "Buongiorno"
- "Buongiorno , Monsieur le Professeur … dites-moi … il y a une chose qui me
turlupine …"
- "Si"
- "Peut-être pouvez-vous m'éclairer"
- "Si"
- "Je ne suis pas spécialiste en la matière … c'est une des choses indépendantes
de Ma Volonté …"
- "Qual è il problema adesso ?"
- "Les langues"
- "Lingue … si …"
- "Moi-même je n'en parle couramment qu'une … une sorte de latin compréhensible
par tous"
- "Si"
- "J'apprends qu'il y a de par le monde environ 5000 langues ! … voire plus ! …"
- "Esatto"
- "C'est stupéfiant !!"
- "Si"
- "Quelle est la cause de ce désordre , Professeur ?"
- "Non è un disastro"
- "Excusez-moi , Professeur , je ne parle pas un mot d'italien !"
- Le Professeur , en latin : "Probe novamus omnes turbationem peccato importatam
in homines ipsius congruentiam" *
- "You're right , Professor !"
- "Haben sie sonst noch fragen ?"
- "No , gratias"
- "Speek je nederlands ?"
- "Een betje"
- "Zweeds ?"
- "Jag gör det . Au revoir , Professeur et encore merci"
- "Non c'é di che"
- "My tailor is rich !"
* Pour ceux qui ont perdu leur latin : "Nous connaissons bien le désordre que le péché
a introduit dans l'harmonie de l'être humain"
- "Buongiorno"
- "Buongiorno , Monsieur le Professeur … dites-moi … il y a une chose qui me
turlupine …"
- "Si"
- "Peut-être pouvez-vous m'éclairer"
- "Si"
- "Je ne suis pas spécialiste en la matière … c'est une des choses indépendantes
de Ma Volonté …"
- "Qual è il problema adesso ?"
- "Les langues"
- "Lingue … si …"
- "Moi-même je n'en parle couramment qu'une … une sorte de latin compréhensible
par tous"
- "Si"
- "J'apprends qu'il y a de par le monde environ 5000 langues ! … voire plus ! …"
- "Esatto"
- "C'est stupéfiant !!"
- "Si"
- "Quelle est la cause de ce désordre , Professeur ?"
- "Non è un disastro"
- "Excusez-moi , Professeur , je ne parle pas un mot d'italien !"
- Le Professeur , en latin : "Probe novamus omnes turbationem peccato importatam
in homines ipsius congruentiam" *
- "You're right , Professor !"
- "Haben sie sonst noch fragen ?"
- "No , gratias"
- "Speek je nederlands ?"
- "Een betje"
- "Zweeds ?"
- "Jag gör det . Au revoir , Professeur et encore merci"
- "Non c'é di che"
- "My tailor is rich !"
* Pour ceux qui ont perdu leur latin : "Nous connaissons bien le désordre que le péché
a introduit dans l'harmonie de l'être humain"
dimanche 2 décembre 2018
COTE 137 . 115 . HOMOLOGIE
Patrouille . Avec Martial . Patrouille et trouille . Je ne m'y ferai jamais .
- "Tu as remarqué ?" , dit Martial
- Moi : "Quoi ?"
- Lui : "Patrouille …"
- Moi : "Quoi , patrouille ?"
- lui : "Patrouille et trouille … tu as remarqué ?"
- Moi : "Oui"
Nous nous asseyons au fond d'un trou , pas loin de la cote 137 . Les gouttes d''une
pluie lourde font sur la boue des impacts ronds .
- Martial : "J'ai un truc pour la trouille"
- Moi . Je claque des dents . De froid . De peur . De tension : "Tu crois que c'est l'endroit
pour … on ferait mieux de …"
- Lui : "Laisse-moi t'expliquer"
- Moi : "……….."
- Lui : "Patrouille et trouille ont une similitude regrettable , tu l'admets ?"
- Moi : "Oui … bon … alors ?"
- Lui : "Quand tu prononces l'un , tu penses à l'autre … et vice-versa"
- Moi : "Oui … peut-être …"
- Lui . Il a posé son fusil en travers de ses genoux : "J'ai un truc"
- Moi : "…..?….."
- Lui : "Ça t'intéresse ?"
- Moi : "Non … enfin , oui …"
- Lui : "Il suffit de changer les mots … trouver des nouvelles ressemblances"
- Moi : "Bon , Martial … grouille ! … on va se faire repérer"
- Lui : "Une patrouille , c'est quoi ? … est-ce qu'on peut remplacer "patrouille" par un
autre mot ? … par exemple : "ronde" … "faire une ronde" … c'est à peu près la même
chose , non ?"
- Moi : "Oui … et alors ? … qu'est-ce que ça change ?"
- Lui : "Comment qu'est-ce que ça change !? … ça change tout !"
- Moi : "Je ne vois pas"
- Lui : "Ronde" , ça te fait penser à quoi ?"
- Moi : "A rien … allez , viens ! … tirons-nous d'ici !"
Nous nous levons péniblement , sucés par la boue . Je me hisse au bord du cratère .
Martial me suit .
- "Moi" , dit-il "ça me fait penser à "blonde" .
- "Tu as remarqué ?" , dit Martial
- Moi : "Quoi ?"
- Lui : "Patrouille …"
- Moi : "Quoi , patrouille ?"
- lui : "Patrouille et trouille … tu as remarqué ?"
- Moi : "Oui"
Nous nous asseyons au fond d'un trou , pas loin de la cote 137 . Les gouttes d''une
pluie lourde font sur la boue des impacts ronds .
- Martial : "J'ai un truc pour la trouille"
- Moi . Je claque des dents . De froid . De peur . De tension : "Tu crois que c'est l'endroit
pour … on ferait mieux de …"
- Lui : "Laisse-moi t'expliquer"
- Moi : "……….."
- Lui : "Patrouille et trouille ont une similitude regrettable , tu l'admets ?"
- Moi : "Oui … bon … alors ?"
- Lui : "Quand tu prononces l'un , tu penses à l'autre … et vice-versa"
- Moi : "Oui … peut-être …"
- Lui . Il a posé son fusil en travers de ses genoux : "J'ai un truc"
- Moi : "…..?….."
- Lui : "Ça t'intéresse ?"
- Moi : "Non … enfin , oui …"
- Lui : "Il suffit de changer les mots … trouver des nouvelles ressemblances"
- Moi : "Bon , Martial … grouille ! … on va se faire repérer"
- Lui : "Une patrouille , c'est quoi ? … est-ce qu'on peut remplacer "patrouille" par un
autre mot ? … par exemple : "ronde" … "faire une ronde" … c'est à peu près la même
chose , non ?"
- Moi : "Oui … et alors ? … qu'est-ce que ça change ?"
- Lui : "Comment qu'est-ce que ça change !? … ça change tout !"
- Moi : "Je ne vois pas"
- Lui : "Ronde" , ça te fait penser à quoi ?"
- Moi : "A rien … allez , viens ! … tirons-nous d'ici !"
Nous nous levons péniblement , sucés par la boue . Je me hisse au bord du cratère .
Martial me suit .
- "Moi" , dit-il "ça me fait penser à "blonde" .
samedi 1 décembre 2018
LES AMIS DU CONSERVATOIRE
C'était une idée de Mike ;
La température était descendue à moins 35° ,
Pourquoi pas une photo de groupe sur le lac
(Huron . Etat du Michigan)
A l'embouchure de la Rivière au Sable ?
Mes amis du Conservatoire étaient d'accord
Et même enthousiastes
Mais nous avons attendu Mike
Au moins une demi-heure .
Quand il s'est pointé avec un Rolleiflex 6x6
A 2 objectifs et visée par-dessus
Nous étions transis , et si transis
Que nous n'eûmes pas le courage de le maudire .
La température était descendue à moins 35° ,
Pourquoi pas une photo de groupe sur le lac
(Huron . Etat du Michigan)
A l'embouchure de la Rivière au Sable ?
Mes amis du Conservatoire étaient d'accord
Et même enthousiastes
Mais nous avons attendu Mike
Au moins une demi-heure .
Quand il s'est pointé avec un Rolleiflex 6x6
A 2 objectifs et visée par-dessus
Nous étions transis , et si transis
Que nous n'eûmes pas le courage de le maudire .
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