- Ève entre dans l'Atelier de Dieu . Elle pleurniche . Dans ses bras : un chaton .
- Dieu : "Qu'est-ce qui se passe , Ève ? … pourquoi tu pleures ?"
- Ève hoquète : "C'est … c'est … beuh-beuh …"
- Dieu pose ses deux mains sur les joues de sa créature préférée : "Allons , allons …
cesse de pleurer … explique-moi … c'est quoi ce gros chagrin ?"
- Ève : "Beuh … beuh … c'est … c'est Adam"
- Dieu : "Adam ? … qu'est-ce qu'il a encore fait ce bousilleur ?"
- Ève : "Il veut" … les larmes coulent , le petit menton d'Ève tremble … "il veut …"
- Dieu : "Calme-toi … dis-moi … dis-moi ce qu'il veut … et mouche-toi" . Il sort de
la poche ventrale de sa salopette (il était en pleine création) une feuille de figuier ,
très pratique en cas d'émonctions diluviennes .
- Ève se mouche .
- Dieu : "Alors ? … qu'est-ce qui se passe avec Adam ? … vous vous êtes disputés ?"
- Ève de plus belle : "Beuh-beuh-beuh"
- Dieu : "Ève , arrête ! … explique-moi" . Il la serre contre Lui , la Force , l'Unique ,
le Réconfort .
- Ève : "Snif … Adam … il veut couper les coucougnettes à Bidule"
- Dieu : "Hein !? … quoi !? … qu'est-ce que tu racontes ? … qu'est-ce que j'entends ?"
- Ève répète dans un torrent lacrymal : "Adam … il veut couper les coucougnettes
à Bidule"
- Dieu corrige : "Les coucougnettes DE Bidule"
- Ève … et c'est reparti : "Beuh-beuh … beuh …"
- Dieu : "Il est fou !? … qu'est-ce qui lui prend ?"
- Ève a posé sa tête sur la poitrine du Créateur . Elle sanglote : "Il dit que les chats
ça pullule … que tu t'en fous … il en a plein son champ … ils font des crottes plein
son potager … ils lui bouffent tout … et dans son poulailler"
- Dieu caresse le chaton : "Et alors? … je l'ai dit : multipliez-vous ! … ça copule
partout , sur la terre , dans les airs et sous la mer … le Paradis est immense !"
- Ève : "Beuh … beuh-beuh … beuh …"
- Dieu : "Laisse-moi ton Bidule et cours chercher Adam … tu le ramènes par
la peau du cou"
- Ève confie Bidule aux bras du Créateur : "Tu lui donnes sa pâtée :
Purina Proplan Junior … beuh … n'oublie pas …"
- Dieu : Ne t'inquiète pas"
- Ève sort : "Beuh-beuh"
- Dieu , à Bidule : "Petit Bidule , c'est à Adam que j'envisage de couper
les coucougnettes … à l'humanité mâle …………….. sauf peut-être à ce
type d'Assise …….. François …"
jeudi 31 janvier 2019
mercredi 30 janvier 2019
KRANT 154 . PAS DE POÈTES À BORD
- Moi : "A Mangalore , nous chargerons du charbon . Il en faudra une demi-soute
jusqu'à Jaffna"
- Krant : "Bien chef … vous êtes un homme sérieux … prévoyant , expérimenté ..."
- Moi : "………….."
- Krant : "Dieu merci , vous n'êtes pas un poète … le morne quotidien vous soucie …
vous êtes comptable du charbon … pourrais-je confier mes chaudières à un poète ?"
Krant me regardait en coin . Son oeil narquois vérifiait que les flèches atteignaient
leur cible .
- Moi : "………….."
- Krant : "Le poète goûte l'instant … l'aventurier le vertige de ce qui n'est jamais advenu …
il risque sa vie … vous n'êtes pas de cette étoffe… vous êtes un paysan égaré sur la mer ..."
- Moi : "………….."
- Krant : "Croyez-moi chef … j'apprécie que vous attendiez si peu de la vie … l'incer-
titude est la bête noire d'un officier mécanicien … vous écrivez en prose ..."
- Moi : "………….."
- Krant : "Imaginez que nos chauffeurs composent des sonnets … nous ne tournerions
même pas en rond …"
- Moi : "………….."
- Krant : "Combien disiez-vous ?"
- Moi : "Une demi-soute"
- Krant : "Cela me paraît judicieux"
jusqu'à Jaffna"
- Krant : "Bien chef … vous êtes un homme sérieux … prévoyant , expérimenté ..."
- Moi : "………….."
- Krant : "Dieu merci , vous n'êtes pas un poète … le morne quotidien vous soucie …
vous êtes comptable du charbon … pourrais-je confier mes chaudières à un poète ?"
Krant me regardait en coin . Son oeil narquois vérifiait que les flèches atteignaient
leur cible .
- Moi : "………….."
- Krant : "Le poète goûte l'instant … l'aventurier le vertige de ce qui n'est jamais advenu …
il risque sa vie … vous n'êtes pas de cette étoffe… vous êtes un paysan égaré sur la mer ..."
- Moi : "………….."
- Krant : "Croyez-moi chef … j'apprécie que vous attendiez si peu de la vie … l'incer-
titude est la bête noire d'un officier mécanicien … vous écrivez en prose ..."
- Moi : "………….."
- Krant : "Imaginez que nos chauffeurs composent des sonnets … nous ne tournerions
même pas en rond …"
- Moi : "………….."
- Krant : "Combien disiez-vous ?"
- Moi : "Une demi-soute"
- Krant : "Cela me paraît judicieux"
LORETTE
- Elle . Elle est assise dans le salon . Elle tripote son collier . Je dois avoir l'air de
penser parce qu'elle me dit : "A quoi tu penses ?"
- Moi . Je regarde son collier . Qu'est-ce qu'il m'a coûté ? . Six mois de salaire ? :
"A la première méditation de Descartes" (c'est faux . Je pensais à Matisse , à ce petit
dessin au crayon , femme assise au collier … elle lui ressemble tant !)
- Elle : "Descartes !! … c'est pas possible!"
- Moi : "Tu sais bien … le philosophe"
- Elle : "Ah , c'est incroyable ! … je ne sais pas pourquoi mais je croyais que tu
pensais à Matisse"
- Moi : "A Matisse ? … pourquoi ?"
- Elle : "Parce qu'il a fait un dessin de moi"
- Moi : "…….?……"
- Elle : "Je veux dire … de quelqu'un qui me ressemble … une femme assise …
elle caresse son collier"
- Moi : "Non . Je pensais à Descartes , à sa première méditation"
- Elle : "C'est vraiment incroyable ! … figure-toi que moi aussi je pensais à Descartes …
à la première méditation … en fait , à Descartes et à Matisse"
- Moi : "Tu plaisantes !?"
- Elle : "Non , je t'assure … c'est en jouant avec mon collier … je doutais de l'avoir au cou"
- Moi : "Quel rapport avec Descartes ?"
- Elle : "Tu sais , quand il dit qu'il éprouve que ses sens le trompent … qu'il est prudent
de ne pas se fier à eux" . Elle esquisse un sourire timide . Elle penche légèrement la tête
sur son épaule , comme la femme assise du petit dessin .
- Moi : "Oui , tu as raison … Descartes dit quelque chose comme çà …"
- Elle . Des deux mains , elle cherche le fermoir perdu dans sa chevelure , sur sa nuque .
- Moi : "Tu l'enlèves ?"
- Elle : "Non … je vérifie le fermoir"
- Moi . Je calcule . Au moins cinq mois et demi plus ma prime de fin d'année : "Il te plaît ?"
- Elle : "Beaucoup"
- Moi . Je dis : "Je t'aime" (et je pense : "Tu me coûtes cher") .
penser parce qu'elle me dit : "A quoi tu penses ?"
- Moi . Je regarde son collier . Qu'est-ce qu'il m'a coûté ? . Six mois de salaire ? :
"A la première méditation de Descartes" (c'est faux . Je pensais à Matisse , à ce petit
dessin au crayon , femme assise au collier … elle lui ressemble tant !)
- Elle : "Descartes !! … c'est pas possible!"
- Moi : "Tu sais bien … le philosophe"
- Elle : "Ah , c'est incroyable ! … je ne sais pas pourquoi mais je croyais que tu
pensais à Matisse"
- Moi : "A Matisse ? … pourquoi ?"
- Elle : "Parce qu'il a fait un dessin de moi"
- Moi : "…….?……"
- Elle : "Je veux dire … de quelqu'un qui me ressemble … une femme assise …
elle caresse son collier"
- Moi : "Non . Je pensais à Descartes , à sa première méditation"
- Elle : "C'est vraiment incroyable ! … figure-toi que moi aussi je pensais à Descartes …
à la première méditation … en fait , à Descartes et à Matisse"
- Moi : "Tu plaisantes !?"
- Elle : "Non , je t'assure … c'est en jouant avec mon collier … je doutais de l'avoir au cou"
- Moi : "Quel rapport avec Descartes ?"
- Elle : "Tu sais , quand il dit qu'il éprouve que ses sens le trompent … qu'il est prudent
de ne pas se fier à eux" . Elle esquisse un sourire timide . Elle penche légèrement la tête
sur son épaule , comme la femme assise du petit dessin .
- Moi : "Oui , tu as raison … Descartes dit quelque chose comme çà …"
- Elle . Des deux mains , elle cherche le fermoir perdu dans sa chevelure , sur sa nuque .
- Moi : "Tu l'enlèves ?"
- Elle : "Non … je vérifie le fermoir"
- Moi . Je calcule . Au moins cinq mois et demi plus ma prime de fin d'année : "Il te plaît ?"
- Elle : "Beaucoup"
- Moi . Je dis : "Je t'aime" (et je pense : "Tu me coûtes cher") .
lundi 28 janvier 2019
AUX FEMMES . POÈME D'HIVER 5
L'idée d'armoire ,
Le sentiment (la sensation ?) d'armoire .
L'odeur de l'armoire ,
Être à l'intérieur , être l'intérieur
Être son odeur , sa patine , ses draps ,
Le grincement de ses gonds ,
Le craquement de ses bois ,
Le bruit de sa serrure .
Être dans une armoire ,
Être l'intérieur d'une armoire …
(L'Être , c'est une obsession , ô poète ?)
Et dehors ,
L'hiver .
Le sentiment (la sensation ?) d'armoire .
L'odeur de l'armoire ,
Être à l'intérieur , être l'intérieur
Être son odeur , sa patine , ses draps ,
Le grincement de ses gonds ,
Le craquement de ses bois ,
Le bruit de sa serrure .
Être dans une armoire ,
Être l'intérieur d'une armoire …
(L'Être , c'est une obsession , ô poète ?)
Et dehors ,
L'hiver .
dimanche 27 janvier 2019
MAVRA
Mavra parle une langue que je ne comprends pas . Qui la comprend d'ailleurs ? .
Ses paroles , du balcon de notre appartement , enflamment les soirs de canicule et si ,
d'aventure , si un de ces vents désaltérants et porteurs d'énigmatiques palabres vient
par la colline , elle me tourne le dos et fredonne d'une voix au timbre fêlé une chanson
triste . Qu'est-ce qu'elle raconte cette chanson ? . Elle me répond mais ce qu'elle dit ,
je ne le comprend pas . Je tire sur ses tresses , je lui enserre les épaules , je l'embrasse
dans le cou ; elle se dégage et , cramponnée à la rambarde du balcon , elle jette sur les
rares passants de notre rue un regard de reproche .
Ses paroles , du balcon de notre appartement , enflamment les soirs de canicule et si ,
d'aventure , si un de ces vents désaltérants et porteurs d'énigmatiques palabres vient
par la colline , elle me tourne le dos et fredonne d'une voix au timbre fêlé une chanson
triste . Qu'est-ce qu'elle raconte cette chanson ? . Elle me répond mais ce qu'elle dit ,
je ne le comprend pas . Je tire sur ses tresses , je lui enserre les épaules , je l'embrasse
dans le cou ; elle se dégage et , cramponnée à la rambarde du balcon , elle jette sur les
rares passants de notre rue un regard de reproche .
samedi 26 janvier 2019
DIVAGATIONS PASCALIENNES IV
Supposons l'univers fini , avec à ses marges , un truc étrange qu'il faut bien identifier
par un mot : le néant . Et , en dehors de l'univers fini - donc dans le néant (!?) , Dieu .
Car Dieu , en sa qualité de Créateur , ne peut être dans sa propre Création ! . Dieu ne
s'est pas créé lui-même . Ça serait un comble , non !? … et ça renverrait au décourageant
effet-miroir : qui , en effet , aurait créé Dieu et qui aurait créé le créateur de Dieu , etc …
etc … Donc , supposons l'univers fini , avec des bords . Aussi loin qu'on puisse voir
(Hubble et VLT) , rien qui pense ; rien qui ait un point de vue . Nous serions les seuls
à penser le monde . Ce qui , chers patients lecteurs , nous remet au centre du jeu . C'est
la nique à Copernic ! . Avouez-le , c'est plutôt une bonne nouvelle ! … à moins que Dieu ,
du fond de son néant , donc de son inexistence , pense pour nous ...
par un mot : le néant . Et , en dehors de l'univers fini - donc dans le néant (!?) , Dieu .
Car Dieu , en sa qualité de Créateur , ne peut être dans sa propre Création ! . Dieu ne
s'est pas créé lui-même . Ça serait un comble , non !? … et ça renverrait au décourageant
effet-miroir : qui , en effet , aurait créé Dieu et qui aurait créé le créateur de Dieu , etc …
etc … Donc , supposons l'univers fini , avec des bords . Aussi loin qu'on puisse voir
(Hubble et VLT) , rien qui pense ; rien qui ait un point de vue . Nous serions les seuls
à penser le monde . Ce qui , chers patients lecteurs , nous remet au centre du jeu . C'est
la nique à Copernic ! . Avouez-le , c'est plutôt une bonne nouvelle ! … à moins que Dieu ,
du fond de son néant , donc de son inexistence , pense pour nous ...
vendredi 25 janvier 2019
TROIS MOUCHES 145 . SUR D'AUTRES RIVAGES
Sur la véranda où nos parents et amis se réunissaient , alors que trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille , le gramo-
phone lançait par son pavillon de cuivre les prétendues romance tziganes aimées
de Berthe .
Berthe prétendait à trois amis de mes parents que les tziganes qui se réunissaient
sous le pavillon vermeil de la véranda aimaient les mouches cuivrées et les merveilleuses
romances que le gramophone bourdonnait sous leurs chapeaux de paille .
Trois tziganes lançaient leurs merveilleux chapeaux sur la véranda où s'étaient réunis
mes parents et leurs amis . Le pavillon du gramophone bourdonnait de leurs romances
empaillées qui prétendaient que Berthe aimait les mouches .
vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille , le gramo-
phone lançait par son pavillon de cuivre les prétendues romance tziganes aimées
de Berthe .
Berthe prétendait à trois amis de mes parents que les tziganes qui se réunissaient
sous le pavillon vermeil de la véranda aimaient les mouches cuivrées et les merveilleuses
romances que le gramophone bourdonnait sous leurs chapeaux de paille .
Trois tziganes lançaient leurs merveilleux chapeaux sur la véranda où s'étaient réunis
mes parents et leurs amis . Le pavillon du gramophone bourdonnait de leurs romances
empaillées qui prétendaient que Berthe aimait les mouches .
jeudi 24 janvier 2019
ROMEO ET JULIETTE . W. SHAKESPEARE . SCÈNE V
- Romeo . Il tient les mains de Juliette entre les siennes :
"Permets-moi de faire pénitence , Juliette , si par mes indignes
mains j'ai profané ta châsse sacrée"
- Juliette , en elle-même : "Qu'est-ce qu'il raconte ?"
- Romeo approche ses lèvres des mains de Juliette :
"Permets à mes lèvres d'effacer ce grossier attouchement par
un tendre baiser"
- Juliette fait mine de retirer ses mains .
- Romeo : "Mes lèvres te prient , exauce-les , de peur que leur
foi ne se change en désespoir"
- Juliette . Elle n'a pas l'intention d'exaucer les lèvres de Romeo .
- Romeo : "Reste immobile , tandis que je recueillerai l'effet de
ma prière" . Il l'embrasse sur la bouche .
- Juliette se recule : "Mais il est fou , ce mec !"
- Romeo : "Tes lèvres ont effacé le péché des miennes"
- Juliette : "Lâche-moi !"
- Il l'embrasse encore .
- Juliette : "Au secours !"
"Permets-moi de faire pénitence , Juliette , si par mes indignes
mains j'ai profané ta châsse sacrée"
- Juliette , en elle-même : "Qu'est-ce qu'il raconte ?"
- Romeo approche ses lèvres des mains de Juliette :
"Permets à mes lèvres d'effacer ce grossier attouchement par
un tendre baiser"
- Juliette fait mine de retirer ses mains .
- Romeo : "Mes lèvres te prient , exauce-les , de peur que leur
foi ne se change en désespoir"
- Juliette . Elle n'a pas l'intention d'exaucer les lèvres de Romeo .
- Romeo : "Reste immobile , tandis que je recueillerai l'effet de
ma prière" . Il l'embrasse sur la bouche .
- Juliette se recule : "Mais il est fou , ce mec !"
- Romeo : "Tes lèvres ont effacé le péché des miennes"
- Juliette : "Lâche-moi !"
- Il l'embrasse encore .
- Juliette : "Au secours !"
mercredi 23 janvier 2019
KRANT 153 . PETITE MÈRE
L'humble visage me souriait . C'était celui de ma petite mère . Il effleurait le globe
somptueux d'une nuit équatoriale , de bâbord à tribord , parfois jusqu'au ras de l'eau
puis filait par l'arrière du Kritik comme pour m'échapper mais une simple action du
souvenir suffisait à le ramener à la verticale du pont où j'étais allongé . La nuit était
chaude et propice à l'exercice de la mémoire . Hume , couché sur mes cuisses , sem-
blait absorbé tout entier par un rêve comme si sa vie antérieure s'était diluée dans un
inéluctable oubli . Il n'émanait de ses rayures ni regrets , ni désir d'un autre compagnon
que moi . La chaleur de nos corps associait nos paisibles présences pendant que le visage
de ma petite mère tournait dans le ciel .
somptueux d'une nuit équatoriale , de bâbord à tribord , parfois jusqu'au ras de l'eau
puis filait par l'arrière du Kritik comme pour m'échapper mais une simple action du
souvenir suffisait à le ramener à la verticale du pont où j'étais allongé . La nuit était
chaude et propice à l'exercice de la mémoire . Hume , couché sur mes cuisses , sem-
blait absorbé tout entier par un rêve comme si sa vie antérieure s'était diluée dans un
inéluctable oubli . Il n'émanait de ses rayures ni regrets , ni désir d'un autre compagnon
que moi . La chaleur de nos corps associait nos paisibles présences pendant que le visage
de ma petite mère tournait dans le ciel .
MOI
Le moi est une représentation .
C'est un spectacle créé par un auteur (moi) pour des spectateurs (eux) .
Parfois l'auteur s'asseoit dans un fauteuil d'orchestre pour vérifier qu'on (eux)
rit aux bons moments et qu'il n'y a pas lieu de modifier la mise en scène .
C'est un spectacle créé par un auteur (moi) pour des spectateurs (eux) .
Parfois l'auteur s'asseoit dans un fauteuil d'orchestre pour vérifier qu'on (eux)
rit aux bons moments et qu'il n'y a pas lieu de modifier la mise en scène .
mardi 22 janvier 2019
BÉNÉDICTE
Bénédicte ne m'aime pas … elle fait semblant . Pourquoi ? … pour mon argent ? :
je n'en ai pas … je joins juste les deux bouts … pour mon nom ? : c'est un nom à parti-
cule , c'est vrai , mais assez ridicule et je n'ai aucune relation dans le Grand Monde …
pourquoi fait-elle semblant de m'aimer ? … mon appartement ? … non , c'est idiot :
un F2 modeste à Denain , et avec son salaire , elle pourrait se payer beaucoup mieux …
ma chaîne hi-fi , mes CD de jazz ? … le jazz , je sens bien que ça n'est pas son truc ,
elle fait semblant et d'ailleurs elle n'y connait rien (elle m'a soutenu hier que Count
Basie est un trompettiste !) et je l'ai surprise plusieurs fois à écouter sur son smartphone
Céline Dion ou une connerie du même genre ! … alors ? … qu'est-ce qu'elle cherche ? …
je ne l'emmène pas en voyage , nous n'allons pas en boîte , au restaurant c'est elle qui
paie , au cinéma … le cinéma ! : une fois par an et encore ! …………….. si … il y a
un truc qu'elle adore et je pense que c'est tout à fait sincère , c'est le lustre à pendeloques
dans l'entrée . Je l'ai hérité de ma grand-mère … mais enfin , elle ne peut pas se taper un
type sinistre comme moi pour un lustre à pendeloques ! … je ne comprends pas …………
…. le sexe ? … peut-être le sexe ...
je n'en ai pas … je joins juste les deux bouts … pour mon nom ? : c'est un nom à parti-
cule , c'est vrai , mais assez ridicule et je n'ai aucune relation dans le Grand Monde …
pourquoi fait-elle semblant de m'aimer ? … mon appartement ? … non , c'est idiot :
un F2 modeste à Denain , et avec son salaire , elle pourrait se payer beaucoup mieux …
ma chaîne hi-fi , mes CD de jazz ? … le jazz , je sens bien que ça n'est pas son truc ,
elle fait semblant et d'ailleurs elle n'y connait rien (elle m'a soutenu hier que Count
Basie est un trompettiste !) et je l'ai surprise plusieurs fois à écouter sur son smartphone
Céline Dion ou une connerie du même genre ! … alors ? … qu'est-ce qu'elle cherche ? …
je ne l'emmène pas en voyage , nous n'allons pas en boîte , au restaurant c'est elle qui
paie , au cinéma … le cinéma ! : une fois par an et encore ! …………….. si … il y a
un truc qu'elle adore et je pense que c'est tout à fait sincère , c'est le lustre à pendeloques
dans l'entrée . Je l'ai hérité de ma grand-mère … mais enfin , elle ne peut pas se taper un
type sinistre comme moi pour un lustre à pendeloques ! … je ne comprends pas …………
…. le sexe ? … peut-être le sexe ...
lundi 21 janvier 2019
AUX FEMMES . POÈME D'HIVER 4
Ô femmes ,
Regardez les fleurs ,
Si possible à la loupe .
Voyez comme sont grossis
Pétales , étamines et calice :
Vous entrez dans le monde convexe du tout petit .
Faites silence …
Respirez doucement ,
Tirez sur l'élastique du temps …
Concentrez-vous sur l'oculaire …
………………………………….
………………………………….
Dehors ,
L'hiver est si vide ,
L'hiver est si plat .
Regardez les fleurs ,
Si possible à la loupe .
Voyez comme sont grossis
Pétales , étamines et calice :
Vous entrez dans le monde convexe du tout petit .
Faites silence …
Respirez doucement ,
Tirez sur l'élastique du temps …
Concentrez-vous sur l'oculaire …
………………………………….
………………………………….
Dehors ,
L'hiver est si vide ,
L'hiver est si plat .
dimanche 20 janvier 2019
DIVAGATIONS PASCALIENNES III
Grâce à Hubble et au Very Large Telescop (VLT) du désert d'Atacama , nous voyons
de plus en plus loin . Et aussi loin que nous voyons , il y a quelque chose mais rien qui
pense et - simplement - rien qui vit . Pas de vie et pas de vie pensante . Nous , tout seuls .
Il n'y a qu'ici , dans la feuille de papier à cigarette - l'atmosphère - que ça cogite . Le lundi
31 décembre 2018 à 24h , au moment de basculer dans une nouvelle année , sept milliards
d'humains avaient , veillant ou sommeillant , un point de vue sur le monde et , ailleurs ,
dans l'immensité observable , pas un seul système apte à penser . Je me suis dit (parfois
je me dis des choses) que si l'univers est infini , les possibilités de ses formes le sont aussi ,
qu'aucune imagination , la plus débridée soit-elle , ne peut concevoir , d'autres formes de
vivre et de penser où tout existerait même ce qui n'existe pas . Dieu , par exemple . Bon ,
d'accord , cette pensée n'ajoute rien à la compréhension d'un ciel étoilé !
de plus en plus loin . Et aussi loin que nous voyons , il y a quelque chose mais rien qui
pense et - simplement - rien qui vit . Pas de vie et pas de vie pensante . Nous , tout seuls .
Il n'y a qu'ici , dans la feuille de papier à cigarette - l'atmosphère - que ça cogite . Le lundi
31 décembre 2018 à 24h , au moment de basculer dans une nouvelle année , sept milliards
d'humains avaient , veillant ou sommeillant , un point de vue sur le monde et , ailleurs ,
dans l'immensité observable , pas un seul système apte à penser . Je me suis dit (parfois
je me dis des choses) que si l'univers est infini , les possibilités de ses formes le sont aussi ,
qu'aucune imagination , la plus débridée soit-elle , ne peut concevoir , d'autres formes de
vivre et de penser où tout existerait même ce qui n'existe pas . Dieu , par exemple . Bon ,
d'accord , cette pensée n'ajoute rien à la compréhension d'un ciel étoilé !
COTE 137 . 118 . LES MERLES
Je revenais de patrouille avec Martial . Bertin tenait prête pour nous sa cafetière
fumante . Au contraire de son laconisme accoutumé , il parlait avec entrain au capitaine .
- Le capitaine , admiratif : "Vous en savez , Bertin , sur les merles ! … quelle science !"
- Bertin , modeste indéfectible : "Bof !"
- Martial : "Les merles !? … rappelle-nous ce que c'est qu'un merle , Bertin … nous
avons oublié … c'est un oiseau ? … il devait y en avoir ici , avant la guerre , quand
il y avait des arbres , des buissons … du houx , de l'aubépine , du chèvrefeuille"
- Le capitaine : "Bertin prétend que le merle est capable d'improviser !"
- Martial , songeur : "Oui , je me souviens … le merle sur mon appui de fenêtre …
il improvisait"
- Bertin se met à siffler : "Sriii … sriii …"
- Le capitaine : "Et , selon Bertin , c'est par le chant que le merle circonscrit son territoire"
- Bertin : "Sriii … sriii …"
- Martial : "Par le chant !?"
- Le capitaine : "C'est bien ça , Bertin ?"
- Bertin : "Oui , mon capitaine " … et il se lance dans un nouveau trille : "Chink-chink …"
- Martial : "Arrête ! tu vas me faire pleurer"
- Bertin : "Chink-chink … chink-chink … " et il précise : "quand le soir tombe , c'est ce
qu'il fait : chink-chink … chink-chink …"
- Martial : "Les oiseaux sont plus malins que nous , mon capitaine … plus économes …"
- Le capitaine : "Comment cela ?"
- Martial : "On devrait prendre exemple"
- Bertin : "Sriii … sriii … tchik-tchik … tchik-tchik ..."
- Martial : "La compagnie a de jolies voix … Lejeune (note : Lejeune est un gars du nord ,
chanteur d'opérette … amateur mais quelle voix ! . Une bille de shrapnel lui clouera le bec
deux mois avant la fin de la guerre) … Lambert fait un bon ténor , et Fontaine n'est pas
mal , avez-vous entendu sa Madelon ?"
- Le capitaine : "Voulez-vous dire , Martial , qu'ils chantent comme des merles ?"
- Bertin, toujours sifflant : "Sriii … sriii …"
- Martial : "… et en face , il doit bien y avoir des Müller , des Schmidt vocalisateurs …
peut-être un Schulz chanteur de brasserie …"
- Bertin : "Sriii … sriii … tchink-tchink … sriii …"
- Le capitaine : "Et bien ?"
- Martial : "On se passerait des artilleurs … des barbelés et des chevaux de frise … des
tranchées … on se contenterait de chanter pour circonscrire nos territoires … on ferait ça
en canon , si j'ose dire"
- Bertin s'essayant à des variations : "Tjuk-tjuk-tjuk … sriii … djih-djih-djih … sriii"
- Le capitaine : "Mon pauvre Martial , n'est-ce pas ce que nous faisons ? : la Marseillaise
ici et Deutschland über alles sur la cote 137 ?"
- Bertin dans un final mélancolique : "Sriii … sriii …"
Martial dut admettre qu'il y a bien longtemps qu'on imitait les merles .
fumante . Au contraire de son laconisme accoutumé , il parlait avec entrain au capitaine .
- Le capitaine , admiratif : "Vous en savez , Bertin , sur les merles ! … quelle science !"
- Bertin , modeste indéfectible : "Bof !"
- Martial : "Les merles !? … rappelle-nous ce que c'est qu'un merle , Bertin … nous
avons oublié … c'est un oiseau ? … il devait y en avoir ici , avant la guerre , quand
il y avait des arbres , des buissons … du houx , de l'aubépine , du chèvrefeuille"
- Le capitaine : "Bertin prétend que le merle est capable d'improviser !"
- Martial , songeur : "Oui , je me souviens … le merle sur mon appui de fenêtre …
il improvisait"
- Bertin se met à siffler : "Sriii … sriii …"
- Le capitaine : "Et , selon Bertin , c'est par le chant que le merle circonscrit son territoire"
- Bertin : "Sriii … sriii …"
- Martial : "Par le chant !?"
- Le capitaine : "C'est bien ça , Bertin ?"
- Bertin : "Oui , mon capitaine " … et il se lance dans un nouveau trille : "Chink-chink …"
- Martial : "Arrête ! tu vas me faire pleurer"
- Bertin : "Chink-chink … chink-chink … " et il précise : "quand le soir tombe , c'est ce
qu'il fait : chink-chink … chink-chink …"
- Martial : "Les oiseaux sont plus malins que nous , mon capitaine … plus économes …"
- Le capitaine : "Comment cela ?"
- Martial : "On devrait prendre exemple"
- Bertin : "Sriii … sriii … tchik-tchik … tchik-tchik ..."
- Martial : "La compagnie a de jolies voix … Lejeune (note : Lejeune est un gars du nord ,
chanteur d'opérette … amateur mais quelle voix ! . Une bille de shrapnel lui clouera le bec
deux mois avant la fin de la guerre) … Lambert fait un bon ténor , et Fontaine n'est pas
mal , avez-vous entendu sa Madelon ?"
- Le capitaine : "Voulez-vous dire , Martial , qu'ils chantent comme des merles ?"
- Bertin, toujours sifflant : "Sriii … sriii …"
- Martial : "… et en face , il doit bien y avoir des Müller , des Schmidt vocalisateurs …
peut-être un Schulz chanteur de brasserie …"
- Bertin : "Sriii … sriii … tchink-tchink … sriii …"
- Le capitaine : "Et bien ?"
- Martial : "On se passerait des artilleurs … des barbelés et des chevaux de frise … des
tranchées … on se contenterait de chanter pour circonscrire nos territoires … on ferait ça
en canon , si j'ose dire"
- Bertin s'essayant à des variations : "Tjuk-tjuk-tjuk … sriii … djih-djih-djih … sriii"
- Le capitaine : "Mon pauvre Martial , n'est-ce pas ce que nous faisons ? : la Marseillaise
ici et Deutschland über alles sur la cote 137 ?"
- Bertin dans un final mélancolique : "Sriii … sriii …"
Martial dut admettre qu'il y a bien longtemps qu'on imitait les merles .
vendredi 18 janvier 2019
TROIS MOUCHES 144 . MADEMOISELLE X (autres rivages)
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux
de paille , mais comme aucune conversation n'était possible du fait de la surdité de
Mademoiselle X , Berthe et moi décidâmes de lui apporter le lendemain l'appareil
que , à ce que nous comprîmes , elle n'avait pas les moyens de s'offrir .
Les trois appareils de Mademoiselle X bourdonnaient contre nos chapeaux .
Il n'y avait pas moyen de converser et , à ce que nous comprîmes Berthe et moi ,
il n'était aucunement possible , du fait de notre surdité , de lui offrir ces merveilleuses
mouches en paille vermeille que nous avions décidé de lui apporter le lendemain .
Mademoiselle X , du fait de sa merveilleuse surdité , nous apporta à Berthe et à moi ,
trois appareils offrant la possibilité d'une conversation moyenne aucunement bour-
donnante . Le lendemain , sous nos chapeaux de paille , même les mouches nous
comprenaient .
de paille , mais comme aucune conversation n'était possible du fait de la surdité de
Mademoiselle X , Berthe et moi décidâmes de lui apporter le lendemain l'appareil
que , à ce que nous comprîmes , elle n'avait pas les moyens de s'offrir .
Les trois appareils de Mademoiselle X bourdonnaient contre nos chapeaux .
Il n'y avait pas moyen de converser et , à ce que nous comprîmes Berthe et moi ,
il n'était aucunement possible , du fait de notre surdité , de lui offrir ces merveilleuses
mouches en paille vermeille que nous avions décidé de lui apporter le lendemain .
Mademoiselle X , du fait de sa merveilleuse surdité , nous apporta à Berthe et à moi ,
trois appareils offrant la possibilité d'une conversation moyenne aucunement bour-
donnante . Le lendemain , sous nos chapeaux de paille , même les mouches nous
comprenaient .
jeudi 17 janvier 2019
AUX FEMMES . POÈME D'HIVER 3
Femmes , si alertes aux beaux jours ,
Rencoignez-vous !
Ou , pour le dire autrement , soyez coin .
… Et vous interrogez le poète :
Qu'est-ce qu'être coin ?
C'est être , répond celui-ci ,
Tout bonnement : être .
Pas occuper l'espace où vous êtes , immobiles ,
Mais être cet espace , à l'angle de deux murs
Rencoignées …
Quel froid viendrait là , piquer vos joues ?
Rencoignez-vous !
Ou , pour le dire autrement , soyez coin .
… Et vous interrogez le poète :
Qu'est-ce qu'être coin ?
C'est être , répond celui-ci ,
Tout bonnement : être .
Pas occuper l'espace où vous êtes , immobiles ,
Mais être cet espace , à l'angle de deux murs
Rencoignées …
Quel froid viendrait là , piquer vos joues ?
DIVAGATIONS PASCALIENNES II
De deux choses l'une : l'univers est fini ou il est infini . Vous avez une autre idée ? .
S'il est fini , deux possibilités :
1°/ Il est fini-fini et , à sa frontière , il y a le néant .
2°/ Il s'expanse et , dans ce cas , quelque chose entre dans rien .
C'est pourquoi le 31 décembre 2018 à 23h58 , j'ai tant bâillé en regardant les étoiles .
Avec un peu d'imagination (faut se concentrer quand même) on peut se représenter
l'univers fini-fini et l'univers en expansion dont toutes les parties s'éloignent les unes
des autres . La difficulté est au-delà de leur frontière , fixe ou mobile , où commence
- si j'ose dire (et j'ose) - quelque chose qui n'est pas : le néant . Grâce à (ou à cause de ?)
un reflux gastro-oesophagien de foie gras à 23h59 , la deuxième option , celle de l'univers
infini , bien qu'irreprésentable , m'apparut comme susceptible de régler son compte au
néant : s'il y a quelque chose partout et infiniment , il rejoint sa nature , celle de n'être pas
C'est pas bien joué ?
S'il est fini , deux possibilités :
1°/ Il est fini-fini et , à sa frontière , il y a le néant .
2°/ Il s'expanse et , dans ce cas , quelque chose entre dans rien .
C'est pourquoi le 31 décembre 2018 à 23h58 , j'ai tant bâillé en regardant les étoiles .
Avec un peu d'imagination (faut se concentrer quand même) on peut se représenter
l'univers fini-fini et l'univers en expansion dont toutes les parties s'éloignent les unes
des autres . La difficulté est au-delà de leur frontière , fixe ou mobile , où commence
- si j'ose dire (et j'ose) - quelque chose qui n'est pas : le néant . Grâce à (ou à cause de ?)
un reflux gastro-oesophagien de foie gras à 23h59 , la deuxième option , celle de l'univers
infini , bien qu'irreprésentable , m'apparut comme susceptible de régler son compte au
néant : s'il y a quelque chose partout et infiniment , il rejoint sa nature , celle de n'être pas
C'est pas bien joué ?
mercredi 16 janvier 2019
KRANT 152 . DIEU EST PARTOUT (ET NULLE PART)
En mer de Chine , nous évitâmes de deux doigts le pire qui puisse arriver à un marin :
une collision en pleine nuit . C'était une nuit calme mais noire comme l'encre . Le timonier
embarda si brutalement le Kritik par tribord que les hommes , expulsés de leur bannette ,
se trouvèrent sur le pont les yeux bouffis et le cheveu hirsute , pieds et torse nus , prêts à
sauter dans les chaloupes . Krant , le quartier-maître et moi nous jetâmes d'un seul coup
de porte dans la timonerie . Le timonier tenait la barre à droite toute d'une main et tendait
le poing gauche vers un bâbord opaque , éructant en letton tout ce qu'il savait de noms
d'oiseaux , du cormoran au pingouin torda et du bécasseau cocorli au foulque macroule ,
associant à ce dictionnaire ornithologique quelque rare spécimen des îles qui probablement
n'existe pas dans la nature , comme le cacatoès à bec bleu …
- Krant : "Que se … ?"
- Le timonier , hurlant : "Un cargo , capitaine … tous feux éteints !!! … un hollandais …
par le travers … son pavillon , capitaine ! … à cinq pieds de notre étrave !!! … n'eut été
le chat … et ces deux mains" . Il ouvrit ses deux énormes paumes et chacun savait qu'elles
avaient secoué plus d'un marin espagnol dans le port d'Anvers et cassé pas mal de tables
et de chaises sous toutes les latitudes .
- Krant : "Le chat !? … Hume ?"
Hume dormait en boule aux pieds du timonier comme si nous n'avions pas frôlé le
naufrage . Il reposait dans ce carton où notre homme jetait gants et bonnet à la fin de son
quart ; c'était l'un des lieux élus par Hume pour exercer contre vents et marées son activité
favorite : dormir . Cela , je l'ai écrit il me semble dans un épisode lointain de ces mémoires .
- Le timonier : "Capitaine ! … le chat a miaulé … non , il ne miaulait pas … il sifflait ! …
il était comme fou … un chat sauvage agrippé à la barre par toutes ses griffes ! … alors
j'ai vu le hollandais … tous feux éteints , capitaine !!! … vanneau huppé ! … gorge
bleue ! … tournepierre ! … par le travers , capitaine ! …"
- Le quartier-maître : "Dieu soit loué !"
- Le timonier , l'air mauvais : "Dieu !? … que vient faire Dieu là-dedans , Toms !?"
- Toms . Krant . Moi : "……………."
- Le timonier : "N'étaient ce chat … et ces deux mains" . Il tendit pour la deuxième fois
ses énormes battoirs …
- Krant : "Dieu était dans le chat … et dans vos mains …"
Toms et Krant quittèrent la timonerie . Je restai seul avec le timonier et le chat dans
ses rêves de chat . Le timonier regardait Hume et regardait ses mains et tentait de percer
les ténèbres où divaguait le hollandais . Il marmonnait : "Dieu dans ce chat !? … Dieu
dans mes mains !?"
une collision en pleine nuit . C'était une nuit calme mais noire comme l'encre . Le timonier
embarda si brutalement le Kritik par tribord que les hommes , expulsés de leur bannette ,
se trouvèrent sur le pont les yeux bouffis et le cheveu hirsute , pieds et torse nus , prêts à
sauter dans les chaloupes . Krant , le quartier-maître et moi nous jetâmes d'un seul coup
de porte dans la timonerie . Le timonier tenait la barre à droite toute d'une main et tendait
le poing gauche vers un bâbord opaque , éructant en letton tout ce qu'il savait de noms
d'oiseaux , du cormoran au pingouin torda et du bécasseau cocorli au foulque macroule ,
associant à ce dictionnaire ornithologique quelque rare spécimen des îles qui probablement
n'existe pas dans la nature , comme le cacatoès à bec bleu …
- Krant : "Que se … ?"
- Le timonier , hurlant : "Un cargo , capitaine … tous feux éteints !!! … un hollandais …
par le travers … son pavillon , capitaine ! … à cinq pieds de notre étrave !!! … n'eut été
le chat … et ces deux mains" . Il ouvrit ses deux énormes paumes et chacun savait qu'elles
avaient secoué plus d'un marin espagnol dans le port d'Anvers et cassé pas mal de tables
et de chaises sous toutes les latitudes .
- Krant : "Le chat !? … Hume ?"
Hume dormait en boule aux pieds du timonier comme si nous n'avions pas frôlé le
naufrage . Il reposait dans ce carton où notre homme jetait gants et bonnet à la fin de son
quart ; c'était l'un des lieux élus par Hume pour exercer contre vents et marées son activité
favorite : dormir . Cela , je l'ai écrit il me semble dans un épisode lointain de ces mémoires .
- Le timonier : "Capitaine ! … le chat a miaulé … non , il ne miaulait pas … il sifflait ! …
il était comme fou … un chat sauvage agrippé à la barre par toutes ses griffes ! … alors
j'ai vu le hollandais … tous feux éteints , capitaine !!! … vanneau huppé ! … gorge
bleue ! … tournepierre ! … par le travers , capitaine ! …"
- Le quartier-maître : "Dieu soit loué !"
- Le timonier , l'air mauvais : "Dieu !? … que vient faire Dieu là-dedans , Toms !?"
- Toms . Krant . Moi : "……………."
- Le timonier : "N'étaient ce chat … et ces deux mains" . Il tendit pour la deuxième fois
ses énormes battoirs …
- Krant : "Dieu était dans le chat … et dans vos mains …"
Toms et Krant quittèrent la timonerie . Je restai seul avec le timonier et le chat dans
ses rêves de chat . Le timonier regardait Hume et regardait ses mains et tentait de percer
les ténèbres où divaguait le hollandais . Il marmonnait : "Dieu dans ce chat !? … Dieu
dans mes mains !?"
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