Berthe me téléphona vers minuit , me réveillant au plus profond d'un rêve
évanescent mais franchement désagréable : trois mouches vermeilles et mer-
veilleuses bourdonnaient contre mon chapeau de paille . Alors que d'une main
je soulevais le combiné , de l'autre je tâtonnais à la recherche de mes lunettes
pour lire sans lesquelles , par quelque fantaisie de la concordance des sens ,
je ne pouvais téléphoner correctement .
Trois mouches cherchaient à tâtons Berthe dans les pailles profondes de son
chapeau . C'était le sens du rêve fantaisiste qui concorda franchement , vers
minuit , avec le bourdonnement désagréable du téléphone . Je me réveillai ,
soulevai le combiné d'une main évanescente et de l'autre mes lunettes correctrices
sans lesquelles je ne peux pas lire .
Minuit . Le téléphone de Berthe est franchement désagréable . Dans une main
mon chapeau de paille et dans l'autre les lunettes correctrices sans lesquelles je ne
peux pas lire , je rêvais de mouches vermeilles et merveilleuses . Je me réveille et ,
par une concordance fantaisiste , en soulevant l'évanescent combiné , je tâtonne à la
recherche du sens profond de ce téléphone qui bourdonne .
mardi 30 avril 2019
lundi 29 avril 2019
KRANT 163 . KIZIMKAZI , UNE DERNIÈRE FOIS
Quand notre sillage prit son bouillonnement de croisière , les murs immaculés
de Kizimkazi vacillèrent . La ville que nous avions tant aimée allait s'arracher à la
courbure de Zanzibar . L'armateur l'avait assuré à Krant : plus jamais notre vapeur
n'irait râcler ses tôles contre le quai de Kizimkazi . Petit , malaisé , ce port ne con-
venait plus au Grand Commerce . Nous tous , équipage du Kritik , tournés vers la
ville qui disparaissait vivions en silence cette irrévocable séparation . Le timonier , dos
à la barre , clignait des yeux à la porte de sa timonerie : "C'est fini … jamais nous ne
reviendrons à Kizimkazi …" et , se référant à l'Écriture Sainte : "Tout est achevé ! …" .
Oui , nous avions au bord des lèvres une éponge de vinaigre . Dans nos poitrines , nos
coeurs se rétractaient . Cent fois nous avions abordé là ; nous y avions amis et amours .
Nos corps étaient ici sur le pont récuré du Kritik , et encore là-bas sur le ponton minus-
cule dans d'humides embrassades . Puis il y eut à faire les gestes de notre gagne-pain ,
nécessaires et qui nous semblaient pour l'heure futiles ; mais à quoi aurait servi de
bourrer nos cales de girofle et de bois ?
- Le capitaine haussa les épaules : "Bah ! … nous oublierons Kizimkazi …"
de Kizimkazi vacillèrent . La ville que nous avions tant aimée allait s'arracher à la
courbure de Zanzibar . L'armateur l'avait assuré à Krant : plus jamais notre vapeur
n'irait râcler ses tôles contre le quai de Kizimkazi . Petit , malaisé , ce port ne con-
venait plus au Grand Commerce . Nous tous , équipage du Kritik , tournés vers la
ville qui disparaissait vivions en silence cette irrévocable séparation . Le timonier , dos
à la barre , clignait des yeux à la porte de sa timonerie : "C'est fini … jamais nous ne
reviendrons à Kizimkazi …" et , se référant à l'Écriture Sainte : "Tout est achevé ! …" .
Oui , nous avions au bord des lèvres une éponge de vinaigre . Dans nos poitrines , nos
coeurs se rétractaient . Cent fois nous avions abordé là ; nous y avions amis et amours .
Nos corps étaient ici sur le pont récuré du Kritik , et encore là-bas sur le ponton minus-
cule dans d'humides embrassades . Puis il y eut à faire les gestes de notre gagne-pain ,
nécessaires et qui nous semblaient pour l'heure futiles ; mais à quoi aurait servi de
bourrer nos cales de girofle et de bois ?
- Le capitaine haussa les épaules : "Bah ! … nous oublierons Kizimkazi …"
dimanche 28 avril 2019
PARADIS 103 . LE PROGRÈS
- Dieu : "…!?… Qu'est-ce que c'est que ce machin ?
- Ève : "Une patinette"
- Dieu : "…!?… Une quoi ?"
- Ève : 'Une patinette"
- Dieu : "Ça sert à quoi ?"
- Ève fait dans l'atelier de Dieu une démonstration : "Tu vois ? … tu poses ton pied là …
tu pousses avec l'autre , tu tournes avec le guidon"
- Dieu : "Avec le quoi ?"
- Ève : "Ce truc-là ? … le guidon"
- Dieu , les mains sur les hanches , regarde les évolutions circulaires d'Ève :
"Ça sert à quoi ?"
- Ève : "A aller plus vite , pardi !"
- Dieu : "Ève ! … ça sert à quoi d'aller plus vite ?"
- Ève : "Mais pour gagner du temps , Didi !"
- Dieu : "Gagner du temps !!??"
- Ève . Elle explique sans s'arrêter de tourner : "Comme ça , tu peux faire plus de choses ..."
- Dieu : "Quelles choses ? … tu n'as rien à faire !"
- Ève : "Si … j'ai plein de choses à faire"
- Dieu : "A oui ? … quoi ? …"
- Ève : "Par exemple : faire un tour avec ma patinette"
- Dieu : "C'est Adam qui a fabriqué ta … ta …"
- Ève : "Ma patinette … oui , c'est Adam … pour gagner du temps qu'il a dit"
- Dieu : "C'est une obsession ! … et Adam , il en a une aussi ?"
- Ève : "Oui , mais avec quatre roues"
- Dieu : "Des roues ?"
- Ève : "Et un moteur à explosion …"
- Dieu : "A explosion !? … qu'est-ce que tu racontes ?"
- Ève : "Il m'a dit qu'avec sa nouvelle patinette il passe de 0 à 200km/h en 8 secondes …
y'a pas mieux … y met du pétrole dedans"
- Dieu : "Du pétrole !? … mais , ma chérie , le pétrole est dans la terre !"
- Ève : "C'est ce qu'il a dit Adam … il l'a pris dans la terre"
- Ève : "Une patinette"
- Dieu : "…!?… Une quoi ?"
- Ève : 'Une patinette"
- Dieu : "Ça sert à quoi ?"
- Ève fait dans l'atelier de Dieu une démonstration : "Tu vois ? … tu poses ton pied là …
tu pousses avec l'autre , tu tournes avec le guidon"
- Dieu : "Avec le quoi ?"
- Ève : "Ce truc-là ? … le guidon"
- Dieu , les mains sur les hanches , regarde les évolutions circulaires d'Ève :
"Ça sert à quoi ?"
- Ève : "A aller plus vite , pardi !"
- Dieu : "Ève ! … ça sert à quoi d'aller plus vite ?"
- Ève : "Mais pour gagner du temps , Didi !"
- Dieu : "Gagner du temps !!??"
- Ève . Elle explique sans s'arrêter de tourner : "Comme ça , tu peux faire plus de choses ..."
- Dieu : "Quelles choses ? … tu n'as rien à faire !"
- Ève : "Si … j'ai plein de choses à faire"
- Dieu : "A oui ? … quoi ? …"
- Ève : "Par exemple : faire un tour avec ma patinette"
- Dieu : "C'est Adam qui a fabriqué ta … ta …"
- Ève : "Ma patinette … oui , c'est Adam … pour gagner du temps qu'il a dit"
- Dieu : "C'est une obsession ! … et Adam , il en a une aussi ?"
- Ève : "Oui , mais avec quatre roues"
- Dieu : "Des roues ?"
- Ève : "Et un moteur à explosion …"
- Dieu : "A explosion !? … qu'est-ce que tu racontes ?"
- Ève : "Il m'a dit qu'avec sa nouvelle patinette il passe de 0 à 200km/h en 8 secondes …
y'a pas mieux … y met du pétrole dedans"
- Dieu : "Du pétrole !? … mais , ma chérie , le pétrole est dans la terre !"
- Ève : "C'est ce qu'il a dit Adam … il l'a pris dans la terre"
BATLOW
J'ai vécu à Batlow jusqu'à l'âge de 2 ans . Je n'en ai gardé aucun souvenir .
Je veux dire : aucun souvenir susceptible de ranimer une image à peu près distincte .
Aucun de mes proches , ceux qui ont partagé la maison que nous avions à Batlow
- ils ne sont plus de ce monde aujourd'hui - n'a jamais évoqué , au détour d'une
conversation , entre deux portes ou à l'occasion d'un repas de famille , un épisode de
notre vie là-bas . Jamais . Et je n'ai jamais posé de questions . J'ai peut-être à Batlow
des cousins . Savent-ils que j'existe ? . J'en doute . Et qu'auraient-ils à me dire de
Batlow ? . C'est un village , un simple village établi pas loin de la Gilmore Creek ,
ce que m'apprend l'atlas ouvert à la page 161 . Mary Gilmore est une poétesse qui a
donné son nom à cette rivière et à un cratère lunaire ! . Et c'est son effigie sur le billet
de 10 dollars . Elle a écrit entre autres , ça :
The moonlight flutters from the sky
To meet her at the door ,
A little ghost , whose steps have passed
Across the creaking floor .
Ça s'intitule : "A little ghost" . Un petit fantôme . Mais ça ne me dit rien de Batlow .
Des débris de souvenirs … peut-être … de la cendre … une trace au centre de mon
système limbique … l'odeur des pommes … de pommiers en fleurs et , au fond
(je n'en suis vraiment pas sûr) , la ligne brisée de la cordillère australienne ...
Je veux dire : aucun souvenir susceptible de ranimer une image à peu près distincte .
Aucun de mes proches , ceux qui ont partagé la maison que nous avions à Batlow
- ils ne sont plus de ce monde aujourd'hui - n'a jamais évoqué , au détour d'une
conversation , entre deux portes ou à l'occasion d'un repas de famille , un épisode de
notre vie là-bas . Jamais . Et je n'ai jamais posé de questions . J'ai peut-être à Batlow
des cousins . Savent-ils que j'existe ? . J'en doute . Et qu'auraient-ils à me dire de
Batlow ? . C'est un village , un simple village établi pas loin de la Gilmore Creek ,
ce que m'apprend l'atlas ouvert à la page 161 . Mary Gilmore est une poétesse qui a
donné son nom à cette rivière et à un cratère lunaire ! . Et c'est son effigie sur le billet
de 10 dollars . Elle a écrit entre autres , ça :
The moonlight flutters from the sky
To meet her at the door ,
A little ghost , whose steps have passed
Across the creaking floor .
Ça s'intitule : "A little ghost" . Un petit fantôme . Mais ça ne me dit rien de Batlow .
Des débris de souvenirs … peut-être … de la cendre … une trace au centre de mon
système limbique … l'odeur des pommes … de pommiers en fleurs et , au fond
(je n'en suis vraiment pas sûr) , la ligne brisée de la cordillère australienne ...
vendredi 26 avril 2019
COTE 137 . 124 . LA VISITE
Noël .
- Martial à l'aumônier qui , pour l'occasion , officiera dans notre tranchée :
"Alors , quand vient-il ?"
- L'aumônier : "Quand ? … qui ? … qui doit venir ?"
- Martial au capitaine : "Mon capitaine ! … l'aumônier ignore que nous attendons
quelqu'un !"
- L'aumônier au capitaine : "Qui attendez-vous ?"
Calme sur le front . Une sorte de trêve tacite .
- Le capitaine : "Personne que je sache … de qui parlez-vous , Martial ?"
- Martial : "Je pensais que vous étiez au courant … peut-être s'agit-il d'une rumeur"
- L'aumônier et le capitaine : "…….?………"
- Martial : "On entend tellement d'âneries …"
- L e capitaine : "Je ne vois pas de qui vous parlez … je n'ai pas connaissance d'une
visite … de quelque haut-gradé que ce soit"
- Martial à l'aumônier : "Vous êtes sûr que vous ne nous cachez pas quelque chose ,
l'abbé ?"
- L'aumônier : "…….?………"
- Martial . Clin d'oeil : "Vous voulez nous faire la surprise …"
- L'aumônier : "Non … je vous assure … je ne sais pas qui … je ne vois pas …"
- Martial : "Bon , n'en parlons plus"
Soudain , un obus (du gros) destiné à nos arrières passe en sifflant au-dessus de
nos têtes que nous rentrons dans nos épaules . Il explose à 500 mètres derrière la
tranchée , quelque part près du poste de secours .
- Marcel à l'aumônier : "Quel cachotier vous faites , l'abbé !"
- L'aumônier . Il a gardé la tête dans les épaules : "Pardon ?"
- Martial , rayonnant : "Il est né le Divin Enfant !"
- Martial à l'aumônier qui , pour l'occasion , officiera dans notre tranchée :
"Alors , quand vient-il ?"
- L'aumônier : "Quand ? … qui ? … qui doit venir ?"
- Martial au capitaine : "Mon capitaine ! … l'aumônier ignore que nous attendons
quelqu'un !"
- L'aumônier au capitaine : "Qui attendez-vous ?"
Calme sur le front . Une sorte de trêve tacite .
- Le capitaine : "Personne que je sache … de qui parlez-vous , Martial ?"
- Martial : "Je pensais que vous étiez au courant … peut-être s'agit-il d'une rumeur"
- L'aumônier et le capitaine : "…….?………"
- Martial : "On entend tellement d'âneries …"
- L e capitaine : "Je ne vois pas de qui vous parlez … je n'ai pas connaissance d'une
visite … de quelque haut-gradé que ce soit"
- Martial à l'aumônier : "Vous êtes sûr que vous ne nous cachez pas quelque chose ,
l'abbé ?"
- L'aumônier : "…….?………"
- Martial . Clin d'oeil : "Vous voulez nous faire la surprise …"
- L'aumônier : "Non … je vous assure … je ne sais pas qui … je ne vois pas …"
- Martial : "Bon , n'en parlons plus"
Soudain , un obus (du gros) destiné à nos arrières passe en sifflant au-dessus de
nos têtes que nous rentrons dans nos épaules . Il explose à 500 mètres derrière la
tranchée , quelque part près du poste de secours .
- Marcel à l'aumônier : "Quel cachotier vous faites , l'abbé !"
- L'aumônier . Il a gardé la tête dans les épaules : "Pardon ?"
- Martial , rayonnant : "Il est né le Divin Enfant !"
jeudi 25 avril 2019
LA TPR
Le trou de la Sécu ! … Mon Dieu , comment le boucher ? … et d'autres trous encore !
… ça prend l'eau de partout . Du haut des arches de Bercy , on presse les jeunes gens
sortis des Grandes Écoles de se remuer les méninges . En d'autres termes : d'inventer des
taxes nouvelles . La TPR est l'une de ces trouvailles . Taxe sur les Poissons Rouges .
Ah ? … comment ça marche ? . C'est simple . Simple sur le papier . Tout détenteur de
poisson(s) rouge(s) en aquarium ou en bassin est tenu de le(s) déclarer à l'Administration
Fiscale . Ensuite - c'est là évidemment que les choses se compliquent - sont pris en
compte pour le calcul de l'impôt l'ère géographique (densité piscicole) , les revenus des
contribuables , leur âge , leur régime matrimonial , la taille et le poids des poissons , leur
variété (on taxera plus lourdement le Céleste à double queue ou le Pompon que le poisson
rouge commun) et autres barèmes et finesses ponctionnelles . Prière de transmettre à
l'Administration les variables inconnues du Fisc . Les déclarations sont disponibles sur le
site www.impots.gouv.fr via le moteur de recherche . Saisir le code du formulaire :
PR-1225 . En vertu des articles 1406 et 1729C du Code Général des Impôts , le défaut de
déclaration donnera lieu à l'application d'amendes fiscales . Colère du SVPR (Syndicat des
Vendeurs de Poissons Rouges) : leur marchandise doublement taxée . La TVA (20%) et ,
par-dessus , cette TPR ! . Découragement des aquariophiles . Manifestation devant Bercy .
50 personnes selon le Ministère de l'Intérieur , 2000 selon les organisateurs . Manifestation
pacifique avec casseurs et gaz lacrymogènes subséquents . Le Ministre du Budget est
occupé (le problème récurent des cocottes en papier dans son Administration) ; les contes-
tataires sont reçus par un freluquet savant qui leur tient un discours abscons d'où il ressort
qu'il n'y a rien à voir , circulez ! . Dans la Seine et dans la Garonne , on n'a jamais tant vu
de petits compagnons dont les maîtres , la mort dans l'âme , se sont séparés . La Baronne
de Montaigu , interviewée , déclare avec son indéfectible franc-parler : "Déjà que je paie
l'Impôt Sur la Fortune ! … c'est la goutte d'eau qui fait déborder l'aquarium ! … je m'barre
en Suisse avec Titi !"
… ça prend l'eau de partout . Du haut des arches de Bercy , on presse les jeunes gens
sortis des Grandes Écoles de se remuer les méninges . En d'autres termes : d'inventer des
taxes nouvelles . La TPR est l'une de ces trouvailles . Taxe sur les Poissons Rouges .
Ah ? … comment ça marche ? . C'est simple . Simple sur le papier . Tout détenteur de
poisson(s) rouge(s) en aquarium ou en bassin est tenu de le(s) déclarer à l'Administration
Fiscale . Ensuite - c'est là évidemment que les choses se compliquent - sont pris en
compte pour le calcul de l'impôt l'ère géographique (densité piscicole) , les revenus des
contribuables , leur âge , leur régime matrimonial , la taille et le poids des poissons , leur
variété (on taxera plus lourdement le Céleste à double queue ou le Pompon que le poisson
rouge commun) et autres barèmes et finesses ponctionnelles . Prière de transmettre à
l'Administration les variables inconnues du Fisc . Les déclarations sont disponibles sur le
site www.impots.gouv.fr via le moteur de recherche . Saisir le code du formulaire :
PR-1225 . En vertu des articles 1406 et 1729C du Code Général des Impôts , le défaut de
déclaration donnera lieu à l'application d'amendes fiscales . Colère du SVPR (Syndicat des
Vendeurs de Poissons Rouges) : leur marchandise doublement taxée . La TVA (20%) et ,
par-dessus , cette TPR ! . Découragement des aquariophiles . Manifestation devant Bercy .
50 personnes selon le Ministère de l'Intérieur , 2000 selon les organisateurs . Manifestation
pacifique avec casseurs et gaz lacrymogènes subséquents . Le Ministre du Budget est
occupé (le problème récurent des cocottes en papier dans son Administration) ; les contes-
tataires sont reçus par un freluquet savant qui leur tient un discours abscons d'où il ressort
qu'il n'y a rien à voir , circulez ! . Dans la Seine et dans la Garonne , on n'a jamais tant vu
de petits compagnons dont les maîtres , la mort dans l'âme , se sont séparés . La Baronne
de Montaigu , interviewée , déclare avec son indéfectible franc-parler : "Déjà que je paie
l'Impôt Sur la Fortune ! … c'est la goutte d'eau qui fait déborder l'aquarium ! … je m'barre
en Suisse avec Titi !"
mercredi 24 avril 2019
UNE VILLE NOCTAMBULE
C'est une ville de la nuit . Le jour , elle n'existe pas ; ou si peu , livide et muette au
bord d'un lac aux eaux plombées . Le jour , un trolleybus - au mieux : deux - sillonne les
avenues désertes en tirant de ses caténaires des transports chuchotés . C'est tout . Mais
quand , à minuit , les candélabres (dans une ville normale , on parle de lampadaires) ,
branchés sur la Grande Ourse , embrasent d'un coup les toits d'ardoise , la ville s'éveille .
Ses citoyens repoussent en bâillant les draps qui les tenaient entortillés dans leurs songes .
Ils lèvent haut les jambes et leurs pieds nus , d'un coup de reins s'éjectent de leur lit , se
trouvent dans leurs pantoufles et la demi-conscience d'exister , d'avoir survécu à leur
léthargie , déjà nouant leur peignoir , projetant dans une glace un visage à reconstruire ,
malmenant rasoirs , jets dentaires , gel coiffant , peignes , fard et rouges à lèvres puis ,
dès lors lucides , farfouillent dans les penderies , agitent les cintres avec fièvre , vite ,
vite , s'affublant en hâte de vestes clownesques et pochettes du même cru , de pantalons
inattendus , les dames de robes et de chapeaux phénoménaux , vite car , dehors , les cafés
ont ouvert leurs portes , les garçons en livrée noir et blanc , serviette sur l'épaule , ont
traîné sur les terrasses tables et chaises dans un râclement de ferraille , les juke-boxes anti-
cipant la fête crachent leurs "Hound Dog" et leurs "Jailhouse Rock" et les flippers le grin-
cement singulier de leur lance-billes . La ville prend feu , quartier par quartier , et à l'ouest
du lac . Les murs de la ville peu à peu se retirent , se dissolvent dans un tourbillon de
couleurs , de flamboiements et de rondes électriques . Le pavé , le peu qu'on peut encore
en voir , luit entre les pas endiablés des danseurs . Bientôt , plus personne n'est dans son
corps , mais chacun dans les autres , dans tous les corps , dans le corps de la ville , à plat ,
puis penchée , puis retournée et toujours secouée . Les toits brûlent , le pavé brûle , on
s'égosille , on chante , des yeux se ferment . Seuls voyant clair dans ce délire , les garçons
en livrée noir et blanc , serviette sur l'épaule , versent , remplissent à ras bord , agitent
leurs shakers , vont , viennent , encaissent …
A cinq heures : aube . Tout s'éteint .
Je ne peux pas vous dire le nom de cette ville . Son alphabet m'est inconnu . Ce que
je sais , c'est qu'un lac la borde à l'ouest et que ses toits sont d'ardoise .
bord d'un lac aux eaux plombées . Le jour , un trolleybus - au mieux : deux - sillonne les
avenues désertes en tirant de ses caténaires des transports chuchotés . C'est tout . Mais
quand , à minuit , les candélabres (dans une ville normale , on parle de lampadaires) ,
branchés sur la Grande Ourse , embrasent d'un coup les toits d'ardoise , la ville s'éveille .
Ses citoyens repoussent en bâillant les draps qui les tenaient entortillés dans leurs songes .
Ils lèvent haut les jambes et leurs pieds nus , d'un coup de reins s'éjectent de leur lit , se
trouvent dans leurs pantoufles et la demi-conscience d'exister , d'avoir survécu à leur
léthargie , déjà nouant leur peignoir , projetant dans une glace un visage à reconstruire ,
malmenant rasoirs , jets dentaires , gel coiffant , peignes , fard et rouges à lèvres puis ,
dès lors lucides , farfouillent dans les penderies , agitent les cintres avec fièvre , vite ,
vite , s'affublant en hâte de vestes clownesques et pochettes du même cru , de pantalons
inattendus , les dames de robes et de chapeaux phénoménaux , vite car , dehors , les cafés
ont ouvert leurs portes , les garçons en livrée noir et blanc , serviette sur l'épaule , ont
traîné sur les terrasses tables et chaises dans un râclement de ferraille , les juke-boxes anti-
cipant la fête crachent leurs "Hound Dog" et leurs "Jailhouse Rock" et les flippers le grin-
cement singulier de leur lance-billes . La ville prend feu , quartier par quartier , et à l'ouest
du lac . Les murs de la ville peu à peu se retirent , se dissolvent dans un tourbillon de
couleurs , de flamboiements et de rondes électriques . Le pavé , le peu qu'on peut encore
en voir , luit entre les pas endiablés des danseurs . Bientôt , plus personne n'est dans son
corps , mais chacun dans les autres , dans tous les corps , dans le corps de la ville , à plat ,
puis penchée , puis retournée et toujours secouée . Les toits brûlent , le pavé brûle , on
s'égosille , on chante , des yeux se ferment . Seuls voyant clair dans ce délire , les garçons
en livrée noir et blanc , serviette sur l'épaule , versent , remplissent à ras bord , agitent
leurs shakers , vont , viennent , encaissent …
A cinq heures : aube . Tout s'éteint .
Je ne peux pas vous dire le nom de cette ville . Son alphabet m'est inconnu . Ce que
je sais , c'est qu'un lac la borde à l'ouest et que ses toits sont d'ardoise .
mardi 23 avril 2019
PETITS RÊVES DE CHATTES
Ce que j'admire chez mes chattes - admirable en effet ! - c'est la modicité de leur vie
et leur circularité ; circonscrite à leur home et au territoire miniature qui l'encercle . Elles
détestent les voyages . Elles leur préfèrent le circuit , cette distance qui fait le tour d'un
lieu : leur corps assoupi . Elles suivent alors un chemin compliqué et fermé sur lui-même ,
tournant sur une infinité d'axes et s'ajustant sur ce qu'en géométrie dans l'espace , on
appelle une sphère euclidienne . A l'intérieur de ce continuum topologique et quasi-mathé-
matique , elles rêvent . A quoi ? … on n'en sait rien . Certains - nos savants fouineurs -
cherchent à percer leur secret , mais leurs électrodes ne livrent aucune image interprétable
… et c'est tant mieux ! . Qu'irions nous faire dans ces songes lilliputiens ? . Laissons nos
chattes (et nos chats) en leurs enceintes minuscules , rondes et - en tout état de cause -
inexpugnables .
et leur circularité ; circonscrite à leur home et au territoire miniature qui l'encercle . Elles
détestent les voyages . Elles leur préfèrent le circuit , cette distance qui fait le tour d'un
lieu : leur corps assoupi . Elles suivent alors un chemin compliqué et fermé sur lui-même ,
tournant sur une infinité d'axes et s'ajustant sur ce qu'en géométrie dans l'espace , on
appelle une sphère euclidienne . A l'intérieur de ce continuum topologique et quasi-mathé-
matique , elles rêvent . A quoi ? … on n'en sait rien . Certains - nos savants fouineurs -
cherchent à percer leur secret , mais leurs électrodes ne livrent aucune image interprétable
… et c'est tant mieux ! . Qu'irions nous faire dans ces songes lilliputiens ? . Laissons nos
chattes (et nos chats) en leurs enceintes minuscules , rondes et - en tout état de cause -
inexpugnables .
TROIS MOUCHES 152 . LE PASSEPORT (la transparence des choses)
A la réception , en inscrivant son nom dans le registre et en remettant son passeport ,
Berthe demanda en français , en anglais , en allemand et encore en anglais , si le vieux
Kronig , le directeur dont elle se rappelait si bien la grosse figure et la fausse jovialité ,
était toujours là . On lui répondit que non . Trois mouches vermeilles et merveilleuses
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Trois mouches bourdonnaient contre le passeport que Berthe avait remis à Kronig ,
un allemand à la grosse jovialité . Dans son merveilleux anglais , elle lui demanda en
inscrivant son nom sur le registre s'il se rappelait comme était vermeille la figure du
directeur français sous son vieux chapeau de paille . Et c'est encore en anglais qu'il
lui répondit que non .
Berthe demanda à un gros anglais s'il se rappelait ce directeur jovial qui lui avait
remis un faux passeport français . L'anglais répondit que son nom - Kronig - était
inscrit sur le registre de la réception . Il était toujours là , vermeil et merveilleux ,
bourdonnant sous un chapeau de paille . C'était une vieille figure allemande .
samedi 20 avril 2019
KRANT 162 . LIRE
Échapper à ce fichu rafiot . A la chaleur , au ronflement de ses chaudières …
J'avais dans ma cantine deux ou trois livres . Hors quarts , il m'arrivait de m'étendre
sur ma couchette et de lire . J'abandonnais mon corps à l'océan et je filais par une
orthogonale dans l'autre monde , celui de la rocambole . Ou peut-être , à la fin de
mon quart , m'étais-je jeté dans le fourneau de la chaudière et , chairs et os brûlés
pour le profit du grand commerce , mon esprit s'esquivait par le conduit de la che-
minée sous forme de suie , d'abord épaisse au moment de s'extraire puis roulant en
volutes grises , comme de la mousseline de plus en plus transparente , puis encore ,
se dissipant et au bout de notre sillage s'anéantissant … je me trouvais galopant dans
un sous-bois , perçant à la pointe de l'épée des ventres de brigands , embrassant les
pieds d'une reine ou , au mieux de ma forme , baisant au fond d'une grange les seins
fondants d'une bergère ...
J'avais dans ma cantine deux ou trois livres . Hors quarts , il m'arrivait de m'étendre
sur ma couchette et de lire . J'abandonnais mon corps à l'océan et je filais par une
orthogonale dans l'autre monde , celui de la rocambole . Ou peut-être , à la fin de
mon quart , m'étais-je jeté dans le fourneau de la chaudière et , chairs et os brûlés
pour le profit du grand commerce , mon esprit s'esquivait par le conduit de la che-
minée sous forme de suie , d'abord épaisse au moment de s'extraire puis roulant en
volutes grises , comme de la mousseline de plus en plus transparente , puis encore ,
se dissipant et au bout de notre sillage s'anéantissant … je me trouvais galopant dans
un sous-bois , perçant à la pointe de l'épée des ventres de brigands , embrassant les
pieds d'une reine ou , au mieux de ma forme , baisant au fond d'une grange les seins
fondants d'une bergère ...
jeudi 18 avril 2019
SPIN ENTIER
Jules ne se sent pas bien . Il actionne la sonnette . Soeur Marie de la Croix accourt :
"Que se passe-t-il , Monsieur Jules ?"
- Jules : "Je crois que je vais mourir"
- Smdlc : "Taratata ! … vous voulez mourir maintenant ?"
- Jules : "Ma soeur , ce n'est pas que je veux mourir … c'est que je suis en train de
mourir !"
- Smdlc s'asseoit sur le bord du lit . Elle tape dans ses mains joyeusement et catapulte
sur les murs immaculés de la chambre son rire cristallin : "Mais , ce n'est pas le moment ,
Monsieur Jules ! …"
- Jules : "Ce n'est pas moi qui décide … je sens que je meurs … quelqu'un me tire par
les pieds … Dieu peut-être ?"
- Smdlc saisit le poignet de Jules . Elle le tance : "Cessez ces idioties , ça n'est pas drôle !"
- Jules : "Non , c'est vrai : ça n'est pas drôle"
- Smdlc se penche vers Jules : "Vous savez , j'ai les dernières nouvelles de la mécanique
quantique … pour changer de sujet … vous voulez savoir ?"
- Jules : "Euh …"
- Smdlc : "Vous savez que les photons , ces grains de lumière , sont des bosons …"
- Jules : "Ah ?"
- Smdlc : "Mais si ! … je vous l'ai dit mercredi , souvenez-vous !"
- Jules : "C'est possible … je ne m'en souviens pas"
- Smdlc : "Des bosons , c'est-à-dire des particules avec un spin entier , contrairement
aux grains de matière que sont les électrons , les quarks et les neutrinos"
- Jules : "Oui … c'est possible"
- Smdlc : "Ce n'est pas possible … c'est sûr … et bien , savez-vous ce que les chercheurs
viennent de démontrer ?"
- Jules : "Euh … non …"
- Smdlc : "Tenez-vous bien … dans certaines situations , les photons peuvent posséder
également un moment cinétique semi-entier ! … formidable , non ?"
- Jules : "………?………."
- Smdlc : "Et bien , Monsieur Jules , vous voulez toujours mourir ?"
"Que se passe-t-il , Monsieur Jules ?"
- Jules : "Je crois que je vais mourir"
- Smdlc : "Taratata ! … vous voulez mourir maintenant ?"
- Jules : "Ma soeur , ce n'est pas que je veux mourir … c'est que je suis en train de
mourir !"
- Smdlc s'asseoit sur le bord du lit . Elle tape dans ses mains joyeusement et catapulte
sur les murs immaculés de la chambre son rire cristallin : "Mais , ce n'est pas le moment ,
Monsieur Jules ! …"
- Jules : "Ce n'est pas moi qui décide … je sens que je meurs … quelqu'un me tire par
les pieds … Dieu peut-être ?"
- Smdlc saisit le poignet de Jules . Elle le tance : "Cessez ces idioties , ça n'est pas drôle !"
- Jules : "Non , c'est vrai : ça n'est pas drôle"
- Smdlc se penche vers Jules : "Vous savez , j'ai les dernières nouvelles de la mécanique
quantique … pour changer de sujet … vous voulez savoir ?"
- Jules : "Euh …"
- Smdlc : "Vous savez que les photons , ces grains de lumière , sont des bosons …"
- Jules : "Ah ?"
- Smdlc : "Mais si ! … je vous l'ai dit mercredi , souvenez-vous !"
- Jules : "C'est possible … je ne m'en souviens pas"
- Smdlc : "Des bosons , c'est-à-dire des particules avec un spin entier , contrairement
aux grains de matière que sont les électrons , les quarks et les neutrinos"
- Jules : "Oui … c'est possible"
- Smdlc : "Ce n'est pas possible … c'est sûr … et bien , savez-vous ce que les chercheurs
viennent de démontrer ?"
- Jules : "Euh … non …"
- Smdlc : "Tenez-vous bien … dans certaines situations , les photons peuvent posséder
également un moment cinétique semi-entier ! … formidable , non ?"
- Jules : "………?………."
- Smdlc : "Et bien , Monsieur Jules , vous voulez toujours mourir ?"
mercredi 17 avril 2019
PARADIS 102 . SEMAILLES
Adam est dans son champ . Il sème . Dieu survient comme survient Dieu en général
(il y a des cas particuliers) : sans prévenir .
- Adam sursaute : "Tu m'as fait peur ! … qu'est-ce que tu veux ? … tu ne vois pas que
je suis occupé ?"
- Dieu : "Tu entends cette petite voix ?"
- Adam : "Quelle voix ?"
- Dieu : "Ne fait pas l'idiot , Adam ! … cette voix , à l'intérieur de toi"
- Adam : "Je n'entends rien"
- Dieu : "Ne mens pas : je sais que tu l'entends"
- Adam , de mauvais gré : "Oui … parfois …"
- Dieu : "Non , Adam … elle t'accompagne à chaque minute de ta vie"
- Adam : "Qu'est-ce que tu veux savoir ? … tu veux savoir ce qu'elle me dit ?"
- Dieu glousse , puis : "Je ne veux rien savoir puisque je sais tout … n'inverse pas
les rôles !"
- Adam suspend son geste auguste .
- Dieu : "Elle cherche à te guider cette voix …"
- Adam se rembrunit .
- Dieu : "… elle t'indique le chemin à suivre .. le bon chemin …"
- Adam . Grognements . Il s'asseoit dans le sillon , aux pieds de Dieu mais il lui tourne
le dos .
- Dieu : "… chemin que - bien entendu - tu ne suis pas"
- Adam bougonne .
- Dieu : "Tu te trouves des excuses … mais la voix ne te laisse pas de repos …"
- Adam se relève et ramasse son sac de semences .
- Dieu : "Ne fais pas la sourde oreille , Adam … tu sais très bien que cette voix …"
- Adam hausse les épaules .
- Dieu : "… c'est la mienne"
(il y a des cas particuliers) : sans prévenir .
- Adam sursaute : "Tu m'as fait peur ! … qu'est-ce que tu veux ? … tu ne vois pas que
je suis occupé ?"
- Dieu : "Tu entends cette petite voix ?"
- Adam : "Quelle voix ?"
- Dieu : "Ne fait pas l'idiot , Adam ! … cette voix , à l'intérieur de toi"
- Adam : "Je n'entends rien"
- Dieu : "Ne mens pas : je sais que tu l'entends"
- Adam , de mauvais gré : "Oui … parfois …"
- Dieu : "Non , Adam … elle t'accompagne à chaque minute de ta vie"
- Adam : "Qu'est-ce que tu veux savoir ? … tu veux savoir ce qu'elle me dit ?"
- Dieu glousse , puis : "Je ne veux rien savoir puisque je sais tout … n'inverse pas
les rôles !"
- Adam suspend son geste auguste .
- Dieu : "Elle cherche à te guider cette voix …"
- Adam se rembrunit .
- Dieu : "… elle t'indique le chemin à suivre .. le bon chemin …"
- Adam . Grognements . Il s'asseoit dans le sillon , aux pieds de Dieu mais il lui tourne
le dos .
- Dieu : "… chemin que - bien entendu - tu ne suis pas"
- Adam bougonne .
- Dieu : "Tu te trouves des excuses … mais la voix ne te laisse pas de repos …"
- Adam se relève et ramasse son sac de semences .
- Dieu : "Ne fais pas la sourde oreille , Adam … tu sais très bien que cette voix …"
- Adam hausse les épaules .
- Dieu : "… c'est la mienne"
mardi 16 avril 2019
DIVAGATIONS PASCALIENNES IX
Néant et absence . Est-ce que l'absence de boîte à lettres au mur de ma maison
pourrait y faire venir du néant ? . Du néant de nouvelles , par exemple . Envoyées
par quelqu'un (ou quelqu'une) qui n'aurait idée ni de mon existence ni des nouvelles
que j'attends . Alors faudrait-il qu'une illusion de facteur ne vienne pas m'expliquer
pourquoi une boîte à lettres est absente au mur de ma maison .
pourrait y faire venir du néant ? . Du néant de nouvelles , par exemple . Envoyées
par quelqu'un (ou quelqu'une) qui n'aurait idée ni de mon existence ni des nouvelles
que j'attends . Alors faudrait-il qu'une illusion de facteur ne vienne pas m'expliquer
pourquoi une boîte à lettres est absente au mur de ma maison .
lundi 15 avril 2019
DEUX DÉPUTÉS À LA BUVETTE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE
- L'un : "Mon vieux , le premier auditeur d'un orateur , c'est lui-même , vous êtes
d'accord , puisqu'il sait avant tout le monde ce qu'il va dire et que ce que l'auditoire
suppute avec une marge d'erreur , sa grammaire intérieure l'a déjà agencé . Au moins ,
dans le cas du véritable orateur . Laissons de côté l'aboyeur dont nous connaissons
trop d'exemples ! . Je ne parle pas non plus de l'orateur-lecteur de son texte , mais de
l'improvisateur dans le feu de l'action , du tribun enflammé par ses convictions …
imaginez ce train de mots circonvolant dans l'Aire de Broca d'Antiphon …"
- L'autre : "Qui ?"
- L'un : "Antiphon , un sophiste athénien … imaginez cette suite de mots s'ordonnant
dans les circonvolutions de son hémisphère gauche , avant - juste avant - qu'elle trans-
mute en paroles . Je suppose que cette suite a , pour Antiphon et par avance , force de
paroles , vous me suivez … mais en amont , qu'en est-il ? . Vous ne vous figurez quand
même pas qu'il a dans son cortex , en réserve , la totalité d'une de ses tétralogies ! .
L'idée générale , une sorte de brouillon … à la rigueur … qu'en pensez-vous ?"
- L'autre , après dix secondes de réflexion et l'ingurgitation de la phase finale de son
expresso : "Rien"
d'accord , puisqu'il sait avant tout le monde ce qu'il va dire et que ce que l'auditoire
suppute avec une marge d'erreur , sa grammaire intérieure l'a déjà agencé . Au moins ,
dans le cas du véritable orateur . Laissons de côté l'aboyeur dont nous connaissons
trop d'exemples ! . Je ne parle pas non plus de l'orateur-lecteur de son texte , mais de
l'improvisateur dans le feu de l'action , du tribun enflammé par ses convictions …
imaginez ce train de mots circonvolant dans l'Aire de Broca d'Antiphon …"
- L'autre : "Qui ?"
- L'un : "Antiphon , un sophiste athénien … imaginez cette suite de mots s'ordonnant
dans les circonvolutions de son hémisphère gauche , avant - juste avant - qu'elle trans-
mute en paroles . Je suppose que cette suite a , pour Antiphon et par avance , force de
paroles , vous me suivez … mais en amont , qu'en est-il ? . Vous ne vous figurez quand
même pas qu'il a dans son cortex , en réserve , la totalité d'une de ses tétralogies ! .
L'idée générale , une sorte de brouillon … à la rigueur … qu'en pensez-vous ?"
- L'autre , après dix secondes de réflexion et l'ingurgitation de la phase finale de son
expresso : "Rien"
dimanche 14 avril 2019
DESMOND 99 . MONSIEUR MALRAUX
Bureau Ovale . Dans quelques jours , le Président s'envole pour la Chine . Avant
ce voyage , il a tenu à rencontrer l'écrivain français André Malraux . Le Président me
raconte leur entretien :
- "70 ans et toujours brillant ! … he's very sharp ! (très vif !)"
- Moi : "Monsieur Malraux est un grand écrivain"
- Le Président : "Vous avez lu ses livres ?"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président … "La Condition Humaine" , "L'Espoir" …
- Le Président : "Je n'en ai lu aucun … mais avant de le recevoir , Kissinger m'a prêté
"Les Anti-Mémoires" … je les ai parcourues en diagonale … très intéressant … j'ai lu
les passages sur les dirigeants chinois : Mao , Chou … j'ai bien fait , parce que … euh …"
- Moi : "………….."
- Le Président hésite : "Monsieur Malraux n'a-t-il pas un problème de … de …"
- Moi : ………?….."
- Le Président : "Comment dire ? … de … de … ne devrait-il pas consulter un
orthophoniste ?"
- Moi : "……..?….."
- Le Président : "Mon interprète n'a pas compris grand chose"
- Moi : "Qui était-ce , Monsieur le Président ? … si je puis me permettre "
- Le Président : "Faye … Faye Campbell … n'est-elle pas une excellente interprète ?"
- Moi : "C'est la meilleure , Monsieur le Président"
- Le Président : "Elle n'a rien compris … un gargouillis … et vos cours de français ne
m'ont pas aidé … pauvre Faye ! … elle a pleuré quand Monsieur Malraux est parti …
j'ai dû la consoler … ce Monsieur Malraux , what a strange man ! … très vif mais obscur
… agité …"
- Moi : "………….."
- Le Président appuie sur un bouton .
- Voix de Marilyne : "Monsieur le Président ?"
- Le Président : "Je suis avec Desmond … pouvez-vous nous rejoindre , babe ?" . A moi ,
en attendant Marilyne : "Après notre conversation , Monsieur Malraux a absolument tenu
à rencontrer Marilyne en tête à tête . Ces Français ! (clin d'oeil) . Je suis curieux de savoir
de quoi ils ont parlé"
- Marilyne entre . Robe incarnat deuxième peau .
- Le Président : "Ah , Marilyne ! … Monsieur Malraux … dites-nous tout !"
- Marilyne : "Cet horrible chinois !"
- Le Président éberlué : "Chinois !? … qu'est-ce que vous racontez , Marilyne ?"
- Marilyne : "Je n'ai rien compris … je ne parle pas le chinois … je suis nulle en langues …
juste un peu de français"
- Le Président , les yeux écarquillés : "Mais , Marilyne , Monsieur Malraux n' pas pu
vous parler en chinois ! … il est français"
- Marilyne . A son tour interloquée : "Français !? … avec ces yeux bridés !?"
- Le Président , hilare : "Marilyne ! … ne faites pas l'idiote !"
- Marilyne : "Mais en quoi parlait-il ?"
- Le Président : "En français , je suppose … il tenait absolument à vous saluer …
il a vu votre photo dans les pages people de l'"Enquirer" … je lui ai dit que vous
connaissiez deux-trois mots de français …"
- Marilyne : "……?…….."
- Le Président : "Il ne vous a pas tripotée au moins ?"
- Marilyne : "Oh , Monsieur le Président !"
ce voyage , il a tenu à rencontrer l'écrivain français André Malraux . Le Président me
raconte leur entretien :
- "70 ans et toujours brillant ! … he's very sharp ! (très vif !)"
- Moi : "Monsieur Malraux est un grand écrivain"
- Le Président : "Vous avez lu ses livres ?"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président … "La Condition Humaine" , "L'Espoir" …
- Le Président : "Je n'en ai lu aucun … mais avant de le recevoir , Kissinger m'a prêté
"Les Anti-Mémoires" … je les ai parcourues en diagonale … très intéressant … j'ai lu
les passages sur les dirigeants chinois : Mao , Chou … j'ai bien fait , parce que … euh …"
- Moi : "………….."
- Le Président hésite : "Monsieur Malraux n'a-t-il pas un problème de … de …"
- Moi : ………?….."
- Le Président : "Comment dire ? … de … de … ne devrait-il pas consulter un
orthophoniste ?"
- Moi : "……..?….."
- Le Président : "Mon interprète n'a pas compris grand chose"
- Moi : "Qui était-ce , Monsieur le Président ? … si je puis me permettre "
- Le Président : "Faye … Faye Campbell … n'est-elle pas une excellente interprète ?"
- Moi : "C'est la meilleure , Monsieur le Président"
- Le Président : "Elle n'a rien compris … un gargouillis … et vos cours de français ne
m'ont pas aidé … pauvre Faye ! … elle a pleuré quand Monsieur Malraux est parti …
j'ai dû la consoler … ce Monsieur Malraux , what a strange man ! … très vif mais obscur
… agité …"
- Moi : "………….."
- Le Président appuie sur un bouton .
- Voix de Marilyne : "Monsieur le Président ?"
- Le Président : "Je suis avec Desmond … pouvez-vous nous rejoindre , babe ?" . A moi ,
en attendant Marilyne : "Après notre conversation , Monsieur Malraux a absolument tenu
à rencontrer Marilyne en tête à tête . Ces Français ! (clin d'oeil) . Je suis curieux de savoir
de quoi ils ont parlé"
- Marilyne entre . Robe incarnat deuxième peau .
- Le Président : "Ah , Marilyne ! … Monsieur Malraux … dites-nous tout !"
- Marilyne : "Cet horrible chinois !"
- Le Président éberlué : "Chinois !? … qu'est-ce que vous racontez , Marilyne ?"
- Marilyne : "Je n'ai rien compris … je ne parle pas le chinois … je suis nulle en langues …
juste un peu de français"
- Le Président , les yeux écarquillés : "Mais , Marilyne , Monsieur Malraux n' pas pu
vous parler en chinois ! … il est français"
- Marilyne . A son tour interloquée : "Français !? … avec ces yeux bridés !?"
- Le Président , hilare : "Marilyne ! … ne faites pas l'idiote !"
- Marilyne : "Mais en quoi parlait-il ?"
- Le Président : "En français , je suppose … il tenait absolument à vous saluer …
il a vu votre photo dans les pages people de l'"Enquirer" … je lui ai dit que vous
connaissiez deux-trois mots de français …"
- Marilyne : "……?…….."
- Le Président : "Il ne vous a pas tripotée au moins ?"
- Marilyne : "Oh , Monsieur le Président !"
samedi 13 avril 2019
COTE 137 . 123 . LE COMPTE N'EST PAS BON
Les fridolins ont attaqué quatre fois en quatre jours et , chaque fois , nous avons
contre-attaqué . Grosses pertes .
- Martial : "Mon capitaine , comment appellent-ils ça à l'État-Major ?"
- Le capitaine : "A l'État-Major ?"
- Martial : "Oui , nos généraux aux moustaches cirées … ils ont une expression pour
ce genre de guerre"
- Le capitaine : "La guerre d'usure ?"
- Martial : "Oui , c'est ça : la guerre d'usure …"
Ça cogne à l'est . L'artillerie .
- Martial : "Vous avez des enfants , mon capitaine ?"
- Le capitaine : "Non … je devais me marier , mais la guerre … pourquoi cette question ?"
- Martial : "Pour mes comptes"
- Le capitaine : "Vos comptes ? … et vous-même , Martial , avez-vous des enfants ?"
- Martial : "Non" … A moi : "Tu n'as pas d'enfants toi non plus"
- Moi : "Non , tu le sais bien"
- Martial : "Et toi , Jambart ?"
- Jambart : "J'ai 18 ans"
- Martial : "Bertin , t'as des enfants ?"
- Bertin : "Oui … une fille"
- Martial : "Merde ! … une fille … ça ne compte pas"
- Le capitaine : "Martial ! … c'est très bien une fille … Bertin a raison d'avoir fait une fille"
- Martial : "Je ne dis pas … elle doit être jolie la fille à Bertin … mais le compte n'y est pas"
- Le capitaine : "Le compte ? … quel compte ?"
- Martial : "Le compte de la guerre d'usure"
contre-attaqué . Grosses pertes .
- Martial : "Mon capitaine , comment appellent-ils ça à l'État-Major ?"
- Le capitaine : "A l'État-Major ?"
- Martial : "Oui , nos généraux aux moustaches cirées … ils ont une expression pour
ce genre de guerre"
- Le capitaine : "La guerre d'usure ?"
- Martial : "Oui , c'est ça : la guerre d'usure …"
Ça cogne à l'est . L'artillerie .
- Martial : "Vous avez des enfants , mon capitaine ?"
- Le capitaine : "Non … je devais me marier , mais la guerre … pourquoi cette question ?"
- Martial : "Pour mes comptes"
- Le capitaine : "Vos comptes ? … et vous-même , Martial , avez-vous des enfants ?"
- Martial : "Non" … A moi : "Tu n'as pas d'enfants toi non plus"
- Moi : "Non , tu le sais bien"
- Martial : "Et toi , Jambart ?"
- Jambart : "J'ai 18 ans"
- Martial : "Bertin , t'as des enfants ?"
- Bertin : "Oui … une fille"
- Martial : "Merde ! … une fille … ça ne compte pas"
- Le capitaine : "Martial ! … c'est très bien une fille … Bertin a raison d'avoir fait une fille"
- Martial : "Je ne dis pas … elle doit être jolie la fille à Bertin … mais le compte n'y est pas"
- Le capitaine : "Le compte ? … quel compte ?"
- Martial : "Le compte de la guerre d'usure"
vendredi 12 avril 2019
KRANT 161 . MAUVAISE CONSCIENCE
Toms était dans sa cabine . La nuit , nous l'avions repêché ivre-mort dans les
bas-fonds de Balikpadan où , avant de sombrer , il avait dévasté un bar . La police
locale nous le remit contre le paiement d'une forte somme . Je le trouvai le lendemain
dans sa cabine où il était prostré . Or , nous devions appareiller et - à moins qu'un
quartier-maître n'eut d'autre utilité qu'ornementale sur une passerelle - nous avions
besoin de lui . Je fis rapport à Krant :
- "Capitaine , notre quartier-maître est mal en point"
- Krant : "Mauvaise conscience ?"
- Moi : "… Mauvaise conscience , capitaine ?"
- Krant : "Notre quartier-maître est un délicat"
- Moi : "Un délicat ?"
- Krant : "Peu d'hommes ont mauvaise conscience … la plupart s'exonèrent …
ce n'est pas leur faute … ils s'estiment largement au-dessus de ce qu'ils valent ,
et c'est tant mieux ! …"
- Moi : "Tant mieux ?"
- Krant : "L'aveuglement … la bonne conscience … font marcher le monde …"
- Moi : "……..?………."
- Krant : "… et la marine marchande en particulier"
- Moi : "………………."
- Krant : "Mais la conscience de notre quartier-maître monte en spirale au-dessus de
sa tête … et plus elle monte , plus elle se dégoûte d'elle même …"
- Moi : "………………."
- Krant , cherchant à travers ses jumelles je ne sais quelle vérité et ne la trouvant pas :
"Chef ! … allez me secouer cette mauviette !"
bas-fonds de Balikpadan où , avant de sombrer , il avait dévasté un bar . La police
locale nous le remit contre le paiement d'une forte somme . Je le trouvai le lendemain
dans sa cabine où il était prostré . Or , nous devions appareiller et - à moins qu'un
quartier-maître n'eut d'autre utilité qu'ornementale sur une passerelle - nous avions
besoin de lui . Je fis rapport à Krant :
- "Capitaine , notre quartier-maître est mal en point"
- Krant : "Mauvaise conscience ?"
- Moi : "… Mauvaise conscience , capitaine ?"
- Krant : "Notre quartier-maître est un délicat"
- Moi : "Un délicat ?"
- Krant : "Peu d'hommes ont mauvaise conscience … la plupart s'exonèrent …
ce n'est pas leur faute … ils s'estiment largement au-dessus de ce qu'ils valent ,
et c'est tant mieux ! …"
- Moi : "Tant mieux ?"
- Krant : "L'aveuglement … la bonne conscience … font marcher le monde …"
- Moi : "……..?………."
- Krant : "… et la marine marchande en particulier"
- Moi : "………………."
- Krant : "Mais la conscience de notre quartier-maître monte en spirale au-dessus de
sa tête … et plus elle monte , plus elle se dégoûte d'elle même …"
- Moi : "………………."
- Krant , cherchant à travers ses jumelles je ne sais quelle vérité et ne la trouvant pas :
"Chef ! … allez me secouer cette mauviette !"
jeudi 11 avril 2019
TROIS MOUCHES 151 . LA LONGUE HISTOIRE DE LA MATIÈRE
La matière est composée d'électrons , de neutrons et de protons qui sont en interactions
mutuelles et ces interactions sont responsables de la formation de systèmes appelés , selon
les cas , atome , molécule , cellule , chat , lune , voie lactée . "C'est épatant !" , applaudit
Berthe tandis que trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnent contre nos
chapeaux de paille .
Le chat dont les atomes bourdonnent de protons , la lune d'électrons et la voie lactée ,
composition merveilleuse de neutrons , interagissent à trois , mutuellement , pour former
un système épatant appelé : matière . "Interagissent aussi les cellules et les molécules
responsables des mouches vermeilles et de la paille de nos chapeaux !" , applaudit Berthe .
Un chat épatant , composé de cellules vermeilles interagissant mutuellement avec trois
mouches sous une lune merveilleuse comme ces électrons de matière avec , selon les cas ,
les neutrons et les protons de la voie lactée ou ceux de nos chapeaux de paille , forme ce bourdonnement d'atomes et de molécules responsables de ce système appelé : Berthe … applaudissements .
mutuelles et ces interactions sont responsables de la formation de systèmes appelés , selon
les cas , atome , molécule , cellule , chat , lune , voie lactée . "C'est épatant !" , applaudit
Berthe tandis que trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnent contre nos
chapeaux de paille .
Le chat dont les atomes bourdonnent de protons , la lune d'électrons et la voie lactée ,
composition merveilleuse de neutrons , interagissent à trois , mutuellement , pour former
un système épatant appelé : matière . "Interagissent aussi les cellules et les molécules
responsables des mouches vermeilles et de la paille de nos chapeaux !" , applaudit Berthe .
Un chat épatant , composé de cellules vermeilles interagissant mutuellement avec trois
mouches sous une lune merveilleuse comme ces électrons de matière avec , selon les cas ,
les neutrons et les protons de la voie lactée ou ceux de nos chapeaux de paille , forme ce bourdonnement d'atomes et de molécules responsables de ce système appelé : Berthe … applaudissements .
mercredi 10 avril 2019
LE JOURNAL DE VERNON CUNNINGHAM 4
Jeudi 10 juin 2010 . Une année a passé . Je n'ai plus le temps de tenir mon journal .
Le jardin de John et Betty est dans un état déplorable . Il va falloir que nous nous
installions ailleurs . John a des vues sur un terrain , dans la zone industrielle de Maiden
Rock . J'hésite . C'est un gros investissement .
Jeudi 10 mars 2011 . Avons passé le cap des cent salariés . Inauguré l'usine à Maiden
Rock en présence du Gouverneur de l'État .
Samedi 2 avril 2011 . Simone est retournée chez sa mère .
Samedi 4 mai 2013 . Deux ans ! . Deux ans que je n'ai pas touché à ce journal .
Je l'avais oublié . Je l'ai retrouvé par hasard dans un tiroir de mon bureau . "Betty Paillis"
(nom donné à notre société pour apaiser la femme de John) est cotée en Bourse . Nous
vendons notre paillis dans 30 pays . 4000 employés . 5 usines . Une plate-forme de
stockage de 20.000 m2 . Simone et moi avons divorcé . Elle m'a laissé la maison .
Je lui verse une pension alimentaire de milliardaire .
Mercredi 3 juillet 2013 . Infarctus du myocarde .
Vendredi 30 août 2013 . Sorti de l'hôpital . Triple pontage . J'ai jeté l'ancre de mon
bateau , une vedette Azimut 42 Fly Côte Atlantique , au beau milieu du lac . Je suis
seul . Je pêche , avec Bobby mon jeune labrador . Revendu mes parts à John . Touché
un sacré paquet de pognon . Il y a cinq minutes , j'ai attrapé un brochet du genre Esox
Lucius d'au moins cinq livres . Bobby tourne autour en jappant .
FIN
Le jardin de John et Betty est dans un état déplorable . Il va falloir que nous nous
installions ailleurs . John a des vues sur un terrain , dans la zone industrielle de Maiden
Rock . J'hésite . C'est un gros investissement .
Jeudi 10 mars 2011 . Avons passé le cap des cent salariés . Inauguré l'usine à Maiden
Rock en présence du Gouverneur de l'État .
Samedi 2 avril 2011 . Simone est retournée chez sa mère .
Samedi 4 mai 2013 . Deux ans ! . Deux ans que je n'ai pas touché à ce journal .
Je l'avais oublié . Je l'ai retrouvé par hasard dans un tiroir de mon bureau . "Betty Paillis"
(nom donné à notre société pour apaiser la femme de John) est cotée en Bourse . Nous
vendons notre paillis dans 30 pays . 4000 employés . 5 usines . Une plate-forme de
stockage de 20.000 m2 . Simone et moi avons divorcé . Elle m'a laissé la maison .
Je lui verse une pension alimentaire de milliardaire .
Mercredi 3 juillet 2013 . Infarctus du myocarde .
Vendredi 30 août 2013 . Sorti de l'hôpital . Triple pontage . J'ai jeté l'ancre de mon
bateau , une vedette Azimut 42 Fly Côte Atlantique , au beau milieu du lac . Je suis
seul . Je pêche , avec Bobby mon jeune labrador . Revendu mes parts à John . Touché
un sacré paquet de pognon . Il y a cinq minutes , j'ai attrapé un brochet du genre Esox
Lucius d'au moins cinq livres . Bobby tourne autour en jappant .
FIN
mardi 9 avril 2019
LE JOURNAL DE VERNON CUNNINGHAM 3
Lundi 25 août 2008 . Notre paillis est très efficace et d'une jolie teinte brune .
John pense que nous pourrions le vendre . Il y a un tas de propriétés dans le coin
où il a ses entrées . Des gens à l'aise .
Mercredi 10 septembre 2008 . Nous avons embauché une dizaine de gars .
Des descendants d'indiens dakotas et bien sûr indiens dakotas eux-mêmes .
Ils connaissent bien la forêt . John ira avec eux pendant que je monte un hangar
au fond de son jardin . Betty fait la gueule : ça lui coupe la vue sur le lac !
Mardi 30 septembre 2008 . C'est dingue ! . Nous avons écoulé notre production
de paillis , 20 tonnes en sacs de 30 kgs , en quelques jours . Aux gens du coin dans
un rayon de 10 kilomètres . Personne ne discute le prix : 3 dollars le kg . Je double
ma retraite . On a décidé d'acheter un concasseur performant et d'embaucher cinq
gars supplémentaires .
Dimanche 3 mai 2009 . Je reprends mon journal . John et moi sommes eupho-
riques . Simone s'inquiète : elle ne me voit plus guère à la maison et le travail du
jardin retombe sur elle . Mais elle est contente : nos revenus ont plus que triplé ! .
Elle qui s'alarmait du montant de ma retraite ! . Nous avons maintenant trente
ouvriers . Nous avons embauché un spécialiste en marketing et deux commerciaux ,
acheté un camion , un Bobcat , trois pick-up et deux véhicules pour les commerciaux ,
des trémies , des tapis roulants , un vibreur , deux trieuses et une ensacheuse . Et nous
avons agrandi le hangar . Betty est furieuse . Qu'est-ce qu'on avait besoin de ça ! ,
dit-elle . Nous sommes à la limite de la rupture de stock .
(à suivre …)
John pense que nous pourrions le vendre . Il y a un tas de propriétés dans le coin
où il a ses entrées . Des gens à l'aise .
Mercredi 10 septembre 2008 . Nous avons embauché une dizaine de gars .
Des descendants d'indiens dakotas et bien sûr indiens dakotas eux-mêmes .
Ils connaissent bien la forêt . John ira avec eux pendant que je monte un hangar
au fond de son jardin . Betty fait la gueule : ça lui coupe la vue sur le lac !
Mardi 30 septembre 2008 . C'est dingue ! . Nous avons écoulé notre production
de paillis , 20 tonnes en sacs de 30 kgs , en quelques jours . Aux gens du coin dans
un rayon de 10 kilomètres . Personne ne discute le prix : 3 dollars le kg . Je double
ma retraite . On a décidé d'acheter un concasseur performant et d'embaucher cinq
gars supplémentaires .
Dimanche 3 mai 2009 . Je reprends mon journal . John et moi sommes eupho-
riques . Simone s'inquiète : elle ne me voit plus guère à la maison et le travail du
jardin retombe sur elle . Mais elle est contente : nos revenus ont plus que triplé ! .
Elle qui s'alarmait du montant de ma retraite ! . Nous avons maintenant trente
ouvriers . Nous avons embauché un spécialiste en marketing et deux commerciaux ,
acheté un camion , un Bobcat , trois pick-up et deux véhicules pour les commerciaux ,
des trémies , des tapis roulants , un vibreur , deux trieuses et une ensacheuse . Et nous
avons agrandi le hangar . Betty est furieuse . Qu'est-ce qu'on avait besoin de ça ! ,
dit-elle . Nous sommes à la limite de la rupture de stock .
(à suivre …)
LE JOURNAL DE VERNON CUNNINGHAM 2
Dimanche 15 juillet 2008 . Tout est planté . C'est magnifique ! . Simone me dit qu'on
devrait mettre du paillis . Ça régule la température du sol , ça garde l'humidité et , surtout ,
ça empêche la pousse des mauvaises herbes . On ira en forêt chercher des aiguilles de pins .
Ça devrait faire l'affaire .
Mercredi 25 juillet 2008 . Les aiguilles de pins , c'est trop acide . Il faut y ajouter quelque
chose . Des pommes de pins , peut-être . C'est pas ça qui manque . Les concasser .
Samedi 28 juillet 2008 . J'ai acheté un broyeur . Concassé 100 kgs de pommes de pins .
Simone me donne une autre idée : adjoindre au mélange aiguilles / pommes de pins des
coques de noix écrasées . A l'ouest du lac , il y a des noyers noirs en pagaille . Ce n'est
pas la saison mais il doit en rester sur le sol . Qui s'amuserait à les ramasser ? . J'irai demain
avec le pick-up .
Mercredi 30 juillet 2008 . Ai fait mon mélange aiguilles / pommes de pins / coques de
noix . 300 kgs . Ai fait la connaissance de mon voisin , John . Ancien directeur d'une
grosse société . Rocky Rococco , la chaîne de pizzas . Il est aujourd'hui à la retraite ,
comme moi . Gros budget .
Dimanche 3 août 2008 . Apéro à la maison . John est très intéressé par mon paillis .
Il a un grand jardin : 2500 m2 .
Dimanche 10 août 2008 . Je suis crevé . Avec John , j'ai sillonné le Comté : forêts
de pins et de noyers . En deux jours , nous avons fait trois tonnes de paillis . Ça fait
un tas impressionnant près de sa véranda . On ne peut pas dire que Betty , sa femme ,
soit ravie !
(à suivre …)
devrait mettre du paillis . Ça régule la température du sol , ça garde l'humidité et , surtout ,
ça empêche la pousse des mauvaises herbes . On ira en forêt chercher des aiguilles de pins .
Ça devrait faire l'affaire .
Mercredi 25 juillet 2008 . Les aiguilles de pins , c'est trop acide . Il faut y ajouter quelque
chose . Des pommes de pins , peut-être . C'est pas ça qui manque . Les concasser .
Samedi 28 juillet 2008 . J'ai acheté un broyeur . Concassé 100 kgs de pommes de pins .
Simone me donne une autre idée : adjoindre au mélange aiguilles / pommes de pins des
coques de noix écrasées . A l'ouest du lac , il y a des noyers noirs en pagaille . Ce n'est
pas la saison mais il doit en rester sur le sol . Qui s'amuserait à les ramasser ? . J'irai demain
avec le pick-up .
Mercredi 30 juillet 2008 . Ai fait mon mélange aiguilles / pommes de pins / coques de
noix . 300 kgs . Ai fait la connaissance de mon voisin , John . Ancien directeur d'une
grosse société . Rocky Rococco , la chaîne de pizzas . Il est aujourd'hui à la retraite ,
comme moi . Gros budget .
Dimanche 3 août 2008 . Apéro à la maison . John est très intéressé par mon paillis .
Il a un grand jardin : 2500 m2 .
Dimanche 10 août 2008 . Je suis crevé . Avec John , j'ai sillonné le Comté : forêts
de pins et de noyers . En deux jours , nous avons fait trois tonnes de paillis . Ça fait
un tas impressionnant près de sa véranda . On ne peut pas dire que Betty , sa femme ,
soit ravie !
(à suivre …)
lundi 8 avril 2019
LE JOURNAL DE VERNON CUNNINGHAM 1
Mardi 15 avril 2008 . Pot de départ . Speech du patron . Il regrettera un bon
ingénieur : moi . Il rappelle quelques anecdotes de ma carrière largement mythifiées .
Elles font sourire les plus vieux . Ma secrétaire écrase une larme discrète . J'ai préparé
un laïus convenu : regrets de vous quitter , chers collègues et amis , remerciements ,
quelques traits d'humour à vrai dire assez plats . Je ne suis déjà plus là . Applaudisse-
ments polis . La fille de l'accueil , au nom de tous , me met dans les bras une boîte
fortement enrubannée . Je déballe et je m'entends dire que je suis enchanté : c'est une
tronçonneuse thermique Husqvarna . On a cru - à tort - que j'aime les travaux forestiers .
J'aime la forêt , c'est vrai , mais on a dû confondre avec quelqu'un d'autre . Je déteste
le bruit sonore de ces engins destructeurs .
Jeudi 29 mai 2008 . Nous avons quitté notre appartement de Madison . Simone est
contente , elle en avait marre de la ville . Avec ses économies , elle a acheté une petite
maison dans l'État voisin du Minnesota . Le jardin - 300 m2 - donne sur un lac . Région
boisée : pins rouges et noyers . Belles randonnées en perspective dans le pays des
indiens dakotas !
Lundi 30 juin 2008 . Ça fait un mois que nous vivons dans notre nouveau domaine .
Je suis en pleine forme . J'ai travaillé six heures par jour dans le jardin . Clapot sur le lac .
J'ai repéré des Plongeons Imbrins au beau plumage noir et blanc . Simone a passé son
temps à la jardinerie de Maiden Rock . Elle revient avec le pick-up bourré de plantes .
(à suivre …)
ingénieur : moi . Il rappelle quelques anecdotes de ma carrière largement mythifiées .
Elles font sourire les plus vieux . Ma secrétaire écrase une larme discrète . J'ai préparé
un laïus convenu : regrets de vous quitter , chers collègues et amis , remerciements ,
quelques traits d'humour à vrai dire assez plats . Je ne suis déjà plus là . Applaudisse-
ments polis . La fille de l'accueil , au nom de tous , me met dans les bras une boîte
fortement enrubannée . Je déballe et je m'entends dire que je suis enchanté : c'est une
tronçonneuse thermique Husqvarna . On a cru - à tort - que j'aime les travaux forestiers .
J'aime la forêt , c'est vrai , mais on a dû confondre avec quelqu'un d'autre . Je déteste
le bruit sonore de ces engins destructeurs .
Jeudi 29 mai 2008 . Nous avons quitté notre appartement de Madison . Simone est
contente , elle en avait marre de la ville . Avec ses économies , elle a acheté une petite
maison dans l'État voisin du Minnesota . Le jardin - 300 m2 - donne sur un lac . Région
boisée : pins rouges et noyers . Belles randonnées en perspective dans le pays des
indiens dakotas !
Lundi 30 juin 2008 . Ça fait un mois que nous vivons dans notre nouveau domaine .
Je suis en pleine forme . J'ai travaillé six heures par jour dans le jardin . Clapot sur le lac .
J'ai repéré des Plongeons Imbrins au beau plumage noir et blanc . Simone a passé son
temps à la jardinerie de Maiden Rock . Elle revient avec le pick-up bourré de plantes .
(à suivre …)
dimanche 7 avril 2019
UNE LIGNÉE DE CHEFS
Mon père , colonel de hussards (5e Régiment) , trouva sa cousine dans son lit .
Distraitement , sans amour et sans enlever ses bottes , il la pénétra . Je naquis neuf
mois plus tard . La famille me confia au sein d'une nourrice aussi sentimentale qu'un
tank à lait . Une fois sevré , mon géniteur me plaça dans une institution où la prière ,
l'ordre , la propreté et la ponctualité saturaient l'espace . Puis il y eut ce précepteur
prussien - Manfred Von Phull était son nom - armé d'une règle morale et d'une autre
dont je conserve l'ombre bleue sur le dos de la main . Quand je le quittai pour l'armée ,
la tête pleine de sciences dures , de latin et de psalmodie luthérienne , mon adolescence
solitaire et inhabitée avait pris fin . Parce que j'étais le fils de mon père , j'eus d'emblée
le grade de capitaine . Mes dents étaient longues , mon âme inexistante et ma brutalité
coutumière . La guerre permit à mon tempérament de s'exprimer . Je chargeai sabre au
clair en tête de ma compagnie , je gagnai l'estime de mes chefs , des balafres glorieuses ,
des victoires étincelantes ; je brûlai aussi quelques villages . La paix signée , colonel de
hussards comme mon père , je trouvai dans mon lit ma cousine ...
Distraitement , sans amour et sans enlever ses bottes , il la pénétra . Je naquis neuf
mois plus tard . La famille me confia au sein d'une nourrice aussi sentimentale qu'un
tank à lait . Une fois sevré , mon géniteur me plaça dans une institution où la prière ,
l'ordre , la propreté et la ponctualité saturaient l'espace . Puis il y eut ce précepteur
prussien - Manfred Von Phull était son nom - armé d'une règle morale et d'une autre
dont je conserve l'ombre bleue sur le dos de la main . Quand je le quittai pour l'armée ,
la tête pleine de sciences dures , de latin et de psalmodie luthérienne , mon adolescence
solitaire et inhabitée avait pris fin . Parce que j'étais le fils de mon père , j'eus d'emblée
le grade de capitaine . Mes dents étaient longues , mon âme inexistante et ma brutalité
coutumière . La guerre permit à mon tempérament de s'exprimer . Je chargeai sabre au
clair en tête de ma compagnie , je gagnai l'estime de mes chefs , des balafres glorieuses ,
des victoires étincelantes ; je brûlai aussi quelques villages . La paix signée , colonel de
hussards comme mon père , je trouvai dans mon lit ma cousine ...
vendredi 5 avril 2019
BRADERIE
- Combien ?
- Cette coupe ? … 10 €
- 9 €
- Non … 10 … c'est du cristal
- Du cristal !? … 8 €
- (Rire offusqué) … 10 , Monsieur …
- 7 ?
- Quoi ? … qu'est-ce que vous avez dit ?
- 7 … 7 €
- Non … vous plaisantez !?
- Alors : 6 ?
- 6 € pour cette belle coupe en cristal !?
- C'est pas du cristal … 5 €
- Pas du cristal !? … ma coupe ? … (il la retourne) … elle vient de mon grand-père …
et ça ? (il montre le dessous de la coupe où est gravé : "cristal véritable")
- C'est pas du cristal … 4 €
- Non , mon vieux … passez votre chemin …
- 3 ?
- (Rire contrarié , maintenant) … pourquoi pas 2 ?
- J'allais vous le proposer : 2 ?
- ………?………
- 1 ?
- Ok … 1 € … vous êtes le plus fort … elle est à vous pour 1 € cette coupe en cristal
véritable !
- C'est pas du cristal .
- Cette coupe ? … 10 €
- 9 €
- Non … 10 … c'est du cristal
- Du cristal !? … 8 €
- (Rire offusqué) … 10 , Monsieur …
- 7 ?
- Quoi ? … qu'est-ce que vous avez dit ?
- 7 … 7 €
- Non … vous plaisantez !?
- Alors : 6 ?
- 6 € pour cette belle coupe en cristal !?
- C'est pas du cristal … 5 €
- Pas du cristal !? … ma coupe ? … (il la retourne) … elle vient de mon grand-père …
et ça ? (il montre le dessous de la coupe où est gravé : "cristal véritable")
- C'est pas du cristal … 4 €
- Non , mon vieux … passez votre chemin …
- 3 ?
- (Rire contrarié , maintenant) … pourquoi pas 2 ?
- J'allais vous le proposer : 2 ?
- ………?………
- 1 ?
- Ok … 1 € … vous êtes le plus fort … elle est à vous pour 1 € cette coupe en cristal
véritable !
- C'est pas du cristal .
jeudi 4 avril 2019
L'ÉTÉ X
Avec un petit verre de vin
L'été
Je devrais être content …
Or le ciel s'agrippe à ma table :
Prends garde ! , dit-il
(C'est le ciel qui parle
Ou peut-être , à travers lui ,
L'été .
Ou l'oiseau descendu de son arbre ?)
Prends garde ,
Prends gaaaaarde !
L'été
Je devrais être content …
Or le ciel s'agrippe à ma table :
Prends garde ! , dit-il
(C'est le ciel qui parle
Ou peut-être , à travers lui ,
L'été .
Ou l'oiseau descendu de son arbre ?)
Prends garde ,
Prends gaaaaarde !
mercredi 3 avril 2019
CARTE POSTALE
Carte postale de Tomas de Torquemada adressée du Parc Disney Land de Marne la
Vallée au Doux Jésus :
Comme je ne suis plus rien pour Toi , Mon Doux Jésus (m'as-tu vraiment oublié ?) ,
j'ai fait des enfants . Ils me ressemblent (c'est incroyable comme ils me ressemblent !)
et ils t'adorent . Je vis ternement , sans éclat et sans gloire mais ils illuminent mon grand
âge . Ils portent le feu purificateur . Ils versent le sang du sacrifice . C'est pour Toi qu'ils
posent leurs bombes et égorgent les innocents et c'est à quoi je me raccroche pour ne
pas sombrer : la Tradition survit . On brûle ceux qui ne croient pas en Ton Amour et on
répand leur hémoglobine sur le pavé des villes . Voilà les dernières nouvelles de la famille .
Mes enfants , mes tendres , mes sanguinaires , mes enfants exaltés sont ma consolation .
Mais , Doux Jésus , que je suis malheureux ! . Je me morfonds dans Ta Banlieue . La
ligne B du RER est en grève perlée ; elle m'exclut de Ta Contemplation ! . Mes actions
de grâce , mes louanges se perdent dans l'interconnexion . Ô mon Bien-Aimé , je doute
que cette carte te parvienne car Tes cerbères veillent . Je t'embrasse .
Phantom Manor . Parc Disneyland . Marne la Vallée .
Vallée au Doux Jésus :
Comme je ne suis plus rien pour Toi , Mon Doux Jésus (m'as-tu vraiment oublié ?) ,
j'ai fait des enfants . Ils me ressemblent (c'est incroyable comme ils me ressemblent !)
et ils t'adorent . Je vis ternement , sans éclat et sans gloire mais ils illuminent mon grand
âge . Ils portent le feu purificateur . Ils versent le sang du sacrifice . C'est pour Toi qu'ils
posent leurs bombes et égorgent les innocents et c'est à quoi je me raccroche pour ne
pas sombrer : la Tradition survit . On brûle ceux qui ne croient pas en Ton Amour et on
répand leur hémoglobine sur le pavé des villes . Voilà les dernières nouvelles de la famille .
Mes enfants , mes tendres , mes sanguinaires , mes enfants exaltés sont ma consolation .
Mais , Doux Jésus , que je suis malheureux ! . Je me morfonds dans Ta Banlieue . La
ligne B du RER est en grève perlée ; elle m'exclut de Ta Contemplation ! . Mes actions
de grâce , mes louanges se perdent dans l'interconnexion . Ô mon Bien-Aimé , je doute
que cette carte te parvienne car Tes cerbères veillent . Je t'embrasse .
Phantom Manor . Parc Disneyland . Marne la Vallée .
5e AVENUE
New York . Vous avez déjeuné au Keens Steakhouse . Vous avez payé l'addition
(pas donnée mais bon rapport qualité-prix) . Prenez la Fifth Avenue en remontant vers
Central Park . Juste après le Rockfeller Center , il y a - il faut chercher , peu de gens
connaissent ce passage - une brèche dans un mur , entre la 51e et la 52e rue . Si vous
avez le sens (et le goût) de l'aventure , glissez-vous dans cet interstice . Ça n'est pas
facile , encore faut-il être mince et n'avoir pas abusé des côtelettes du Keens . Mais une
fois introduit , le passage s'élargit , il y a un coude à 90° assez aisément négociable .
Là débute ce qu'on peut appeler un sentier . Vous remarquez que la rumeur de la ville
s'est estompée , qu'elle s'estompe encore et que très vite vous ne l'entendez plus . C'est
que vous êtes dans une forêt de conifères , des sapins de Douglas principalement dont
les aiguilles molles et souples étouffent les sons . Avancez ! … ça sent la citronnelle ,
non ? . Un petit quart d'heure de marche entre les troncs géants , 60 mètres en moyenne
(qu'il est agréable ce tapis élastique !) et la forêt se diversifie : des feuillus , chênes ,
hêtres , bouleaux . Si vous passez par là la nuit avec une lampe frontale vous pourrez
peut-être surprendre un opossum se déplaçant lentement dans les arbres ou suspendu
à une branche par sa queue préhensile , mais qui irait s'aventurer la nuit entre la 51e et
la 52e rue !? . Puis une clairière de très vieux magnolias balançant au gré d'un courant
d'air leurs grandes feuilles alternes et leurs fleurs blanc rosé en forme de coupes ,
entracte bien venu de votre randonnée d'autant que deux abeilles , comme pour vous
distraire , se disputent le pollen d'un séneçon . Plus loin encore , marcher trois heures
d'un bon pas , le paysage s'éclaire . En route , vous n'aurez pas perdu votre temps ni
gâché votre plaisir : vous aurez observé des chardonnerets se goinfrant de monades
et admiré l'iridescense du plumage d'un colibri . Mais vous êtes maintenant à la fron-
tière des hautes plaines , le pays des prairies et vous devinez au-delà d'elles (si le temps
est clair) des étendues herbeuses immenses , plus loin encore (prévoir une paire de
fortes jumelles) des déserts parsemés d'arbustes ratatinés , de buissons épineux que
broutent quelques bisons , et d'euphorbes candélabres . Au fond , des montagnes et ,
encore , des forêts … est-ce que ça ne valait pas le coup de quitter la Cinquième
Avenue et ses boutiques de luxe ?
(pas donnée mais bon rapport qualité-prix) . Prenez la Fifth Avenue en remontant vers
Central Park . Juste après le Rockfeller Center , il y a - il faut chercher , peu de gens
connaissent ce passage - une brèche dans un mur , entre la 51e et la 52e rue . Si vous
avez le sens (et le goût) de l'aventure , glissez-vous dans cet interstice . Ça n'est pas
facile , encore faut-il être mince et n'avoir pas abusé des côtelettes du Keens . Mais une
fois introduit , le passage s'élargit , il y a un coude à 90° assez aisément négociable .
Là débute ce qu'on peut appeler un sentier . Vous remarquez que la rumeur de la ville
s'est estompée , qu'elle s'estompe encore et que très vite vous ne l'entendez plus . C'est
que vous êtes dans une forêt de conifères , des sapins de Douglas principalement dont
les aiguilles molles et souples étouffent les sons . Avancez ! … ça sent la citronnelle ,
non ? . Un petit quart d'heure de marche entre les troncs géants , 60 mètres en moyenne
(qu'il est agréable ce tapis élastique !) et la forêt se diversifie : des feuillus , chênes ,
hêtres , bouleaux . Si vous passez par là la nuit avec une lampe frontale vous pourrez
peut-être surprendre un opossum se déplaçant lentement dans les arbres ou suspendu
à une branche par sa queue préhensile , mais qui irait s'aventurer la nuit entre la 51e et
la 52e rue !? . Puis une clairière de très vieux magnolias balançant au gré d'un courant
d'air leurs grandes feuilles alternes et leurs fleurs blanc rosé en forme de coupes ,
entracte bien venu de votre randonnée d'autant que deux abeilles , comme pour vous
distraire , se disputent le pollen d'un séneçon . Plus loin encore , marcher trois heures
d'un bon pas , le paysage s'éclaire . En route , vous n'aurez pas perdu votre temps ni
gâché votre plaisir : vous aurez observé des chardonnerets se goinfrant de monades
et admiré l'iridescense du plumage d'un colibri . Mais vous êtes maintenant à la fron-
tière des hautes plaines , le pays des prairies et vous devinez au-delà d'elles (si le temps
est clair) des étendues herbeuses immenses , plus loin encore (prévoir une paire de
fortes jumelles) des déserts parsemés d'arbustes ratatinés , de buissons épineux que
broutent quelques bisons , et d'euphorbes candélabres . Au fond , des montagnes et ,
encore , des forêts … est-ce que ça ne valait pas le coup de quitter la Cinquième
Avenue et ses boutiques de luxe ?
mardi 2 avril 2019
KRANT 160 . DES PAPOUS À LA POUPE
A l'autre bout du monde , il nous arriva de devoir réparer une avarie . Nous n'avions
pas toujours les outils appropriés mais , chaque fois , nous trouvâmes sur place des
hommes habiles . Après avoir doublé Cape Ward Hunt sur le 8e parallèle , nous filions
vers le sud quand notre gouvernail accrocha une épave dérivante . Bien que le dommage
semblât bénin , il était prudent de procéder à des vérifications . Le capitaine décida de
mouiller devant Gona . A peine avions nous jeté l'ancre qu'une pirogue chargée de
quatre Papous complètement nus émergea de la mangrove . Quand elle fut contre
notre bordage , Monsieur Lee dit quelques mots à celui qui paraissait être le chef .
La pirogue glissa contre notre flanc jusqu'à la poupe . Deux des sauvages sautèrent à
l'eau . Nous pouvions voir de là-haut que la mèche du gouvernail avait pris un coup au
niveau de la jaumière . Sans dire un mot , les quatre Papous repartirent vers la terre .
"Nous réparerons à Tufi où il y a un bassin de radoub" dit le capitaine , mais avant
que je sois descendu aux machines , les Papous revenaient vers nous à toutes pagaies .
- Krant : "Attendez , chef !"
La pirogue approchait . Elle portait une sorte de forge de l'aube des temps .
Monsieur Lee palabra .
- Krant : "Que veulent-ils ?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi … ils vont réparer … ils savent faire …"
- Krant . Il me sembla que sa pipe souriait : "Ils savent faire ? … et bien , qu'ils fassent !"
- Le timonier : "Comment , capitaine ! … ces sauvages … tout nus ! … réparer mon
gouvernail !?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi !"
Groupé sur la poupe du Kritik , l'équipage assista à une métallurgie primitive .
Dix ans plus tard , la mèche de notre gouvernail est la pièce la plus sûre de notre steamer ...
pas toujours les outils appropriés mais , chaque fois , nous trouvâmes sur place des
hommes habiles . Après avoir doublé Cape Ward Hunt sur le 8e parallèle , nous filions
vers le sud quand notre gouvernail accrocha une épave dérivante . Bien que le dommage
semblât bénin , il était prudent de procéder à des vérifications . Le capitaine décida de
mouiller devant Gona . A peine avions nous jeté l'ancre qu'une pirogue chargée de
quatre Papous complètement nus émergea de la mangrove . Quand elle fut contre
notre bordage , Monsieur Lee dit quelques mots à celui qui paraissait être le chef .
La pirogue glissa contre notre flanc jusqu'à la poupe . Deux des sauvages sautèrent à
l'eau . Nous pouvions voir de là-haut que la mèche du gouvernail avait pris un coup au
niveau de la jaumière . Sans dire un mot , les quatre Papous repartirent vers la terre .
"Nous réparerons à Tufi où il y a un bassin de radoub" dit le capitaine , mais avant
que je sois descendu aux machines , les Papous revenaient vers nous à toutes pagaies .
- Krant : "Attendez , chef !"
La pirogue approchait . Elle portait une sorte de forge de l'aube des temps .
Monsieur Lee palabra .
- Krant : "Que veulent-ils ?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi … ils vont réparer … ils savent faire …"
- Krant . Il me sembla que sa pipe souriait : "Ils savent faire ? … et bien , qu'ils fassent !"
- Le timonier : "Comment , capitaine ! … ces sauvages … tout nus ! … réparer mon
gouvernail !?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi !"
Groupé sur la poupe du Kritik , l'équipage assista à une métallurgie primitive .
Dix ans plus tard , la mèche de notre gouvernail est la pièce la plus sûre de notre steamer ...
lundi 1 avril 2019
TROIS MOUCHES 150 . CARTES À JOUER (Pnine V)
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Le père de Berthe , qui portait une chemise très blanche ouverte sur le cou et un blazer très
noir , était assis derrière un vaste bureau et sa moitié supérieure réfléchie en jumeau
tête-bêche sur la surface polie à glace , le transformait en figure de carte à jouer .
Berthe , assise sur la surface polie de mon bureau , portait un vaste chapeau de paille .
Elle ouvrit le blazer et la chemise de mon jumeau et bourdonna dans son cou comme une
mouche . Elle ne réfléchissait qu'à moitié . A quoi jouait-elle ? . Un père blanc , à la figure
supérieure , noire et glacée , les transforma tête-bêche en carte à jouer .
Mon père portait un chapeau et jouait aux cartes avec son jumeau . Derrière , dans mon
bureau , une glace polie réfléchissait la merveilleuse figure de Berthe , son cou très blanc
et la moitié supérieure de sa chemise ouverte . Trois mouches , assises tête-bêche sur la
surface de mon blazer , transformaient en paille mes noirs bourdonnements .
Le père de Berthe , qui portait une chemise très blanche ouverte sur le cou et un blazer très
noir , était assis derrière un vaste bureau et sa moitié supérieure réfléchie en jumeau
tête-bêche sur la surface polie à glace , le transformait en figure de carte à jouer .
Berthe , assise sur la surface polie de mon bureau , portait un vaste chapeau de paille .
Elle ouvrit le blazer et la chemise de mon jumeau et bourdonna dans son cou comme une
mouche . Elle ne réfléchissait qu'à moitié . A quoi jouait-elle ? . Un père blanc , à la figure
supérieure , noire et glacée , les transforma tête-bêche en carte à jouer .
Mon père portait un chapeau et jouait aux cartes avec son jumeau . Derrière , dans mon
bureau , une glace polie réfléchissait la merveilleuse figure de Berthe , son cou très blanc
et la moitié supérieure de sa chemise ouverte . Trois mouches , assises tête-bêche sur la
surface de mon blazer , transformaient en paille mes noirs bourdonnements .
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