L'été plane au-dessus de nous
Comme d'un sanctuaire .
Lieu sacré , donc ,
Dont nous sommes
Les ministres du culte
Et lieu sacré
Interdit aux profanes .
Qui oserait d'ailleurs
Profaner ici l'été ?
dimanche 30 juin 2019
samedi 29 juin 2019
TROIS MOUCHES 158 . LOLITA , ENCORE
J'étais d'excellente humeur . Conduisant la voiture de Berthe d'un doigt , je repris
tout heureux le chemin de la maison . Les cigales stridulaient et trois mouches vermeilles
et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille . L'avenue venait tout
juste d'être arrosée .
Dans l'avenue , la voiture stridulait comme une cigale . Berthe était tout heureuse de
la conduire . Elle était d'excellente humeur et venait tout juste de reprendre son chapeau
d'un doigt quand , sur le chemin de la maison , nous fûmes arrosés par trois mouches
bourdonnantes .
Tout juste arrosée , l'Avenue des Trois Mouches bourdonnait de voitures . De son
doigt vermeil et merveilleux , Berthe conduisait . Nous venions de reprendre tout heureux
le chemin de la maison . Les cigales , d'excellente humeur , stridulaient contre nos cha-
peaux de paille .
tout heureux le chemin de la maison . Les cigales stridulaient et trois mouches vermeilles
et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille . L'avenue venait tout
juste d'être arrosée .
Dans l'avenue , la voiture stridulait comme une cigale . Berthe était tout heureuse de
la conduire . Elle était d'excellente humeur et venait tout juste de reprendre son chapeau
d'un doigt quand , sur le chemin de la maison , nous fûmes arrosés par trois mouches
bourdonnantes .
Tout juste arrosée , l'Avenue des Trois Mouches bourdonnait de voitures . De son
doigt vermeil et merveilleux , Berthe conduisait . Nous venions de reprendre tout heureux
le chemin de la maison . Les cigales , d'excellente humeur , stridulaient contre nos cha-
peaux de paille .
vendredi 28 juin 2019
PARADIS 108 . PHOTOSYNTHÈSE
- Dieu : "Eurêka !"
Ève se prélasse dans le Jardin d'Eden . Elle sursaute quand son Créateur ouvre
impétueusement la porte de son atelier .
- Dieu : "Je suis content … belle journée … j'ai enfin compris !"
- Ève : "Qu'est-ce que c'est ?"
- Dieu . C'est à peine s'il voit Ève : "Qu'est-ce que c'est … qu'est-ce que c'est …
ça n'a pas de nom" et il rebrousse chemin , refranchit le seuil de l'atelier en moulinant
des bras , pose les mains sur son établi où sont ouverts des cahiers noircis de calculs
et d'équations : "Génial ! … j'ai enfin compris !" . Puis , pivotant et déboulant à
nouveau dans la lumière du Paradis , il s'avise de la présence d'Ève et d'Adam qui fait
un break dans ses travaux agricoles .
- Dieu : "Les enfants , j'ai compris !"
- Adam : "T'as compris quoi ?"
- Dieu s'empêtre dans son explication : "Euh , rien … c'est un truc que j'ai initié …
mais après , ça s'est fait sans moi … enfin , pas tout à fait sans moi … mais …"
- Adam : "Quel truc ?"
- Dieu , évasif : "Oh , un truc avec les plantes …"
- Adam : "Ah , ça m'intéresse …"
- Dieu : "C'est complexe , Adam … moi-même , j'ai … je ne sais pas si …"
- Adam : "Si … si … l'agriculture , c'est mon job … j'ai soif de savoir …"
- Ève : "Oui , c'est vrai … on n'est pas idiots !"
- Dieu : "Bon … puisque vous insistez … c'est un système … je cherchais à créer un
système … en fait , il s'est développé tout seul … mais j'étais à l'origine …'
- Adam s'impatiente : "Oui , oui … alors , c'est quoi ce système ?"
- Ève : "Oui … c'est quoi ?"
- Dieu : "Vous n'êtes pas sans savoir qu'il y a du dioxyde de carbone dans l'atmosphère"
- Ève : "Non … j'le savais pas"
- Dieu : "Mon système … enfin , ce système consiste à le réduire par l'eau que les racines
absorbent …"
- Adam : "Oui … à l'aide de l'énergie solaire captée par les feuilles"
- Dieu : "Euh … oui … c'est à peu près ça"
- Adam : "C'est pas à peu près ça … c'est tout à fait ça ! … ça s'appelle la photosynthèse
ton truc !"
- Dieu : "C'est comme ça que ça s'appelle ?"
Ève se prélasse dans le Jardin d'Eden . Elle sursaute quand son Créateur ouvre
impétueusement la porte de son atelier .
- Dieu : "Je suis content … belle journée … j'ai enfin compris !"
- Ève : "Qu'est-ce que c'est ?"
- Dieu . C'est à peine s'il voit Ève : "Qu'est-ce que c'est … qu'est-ce que c'est …
ça n'a pas de nom" et il rebrousse chemin , refranchit le seuil de l'atelier en moulinant
des bras , pose les mains sur son établi où sont ouverts des cahiers noircis de calculs
et d'équations : "Génial ! … j'ai enfin compris !" . Puis , pivotant et déboulant à
nouveau dans la lumière du Paradis , il s'avise de la présence d'Ève et d'Adam qui fait
un break dans ses travaux agricoles .
- Dieu : "Les enfants , j'ai compris !"
- Adam : "T'as compris quoi ?"
- Dieu s'empêtre dans son explication : "Euh , rien … c'est un truc que j'ai initié …
mais après , ça s'est fait sans moi … enfin , pas tout à fait sans moi … mais …"
- Adam : "Quel truc ?"
- Dieu , évasif : "Oh , un truc avec les plantes …"
- Adam : "Ah , ça m'intéresse …"
- Dieu : "C'est complexe , Adam … moi-même , j'ai … je ne sais pas si …"
- Adam : "Si … si … l'agriculture , c'est mon job … j'ai soif de savoir …"
- Ève : "Oui , c'est vrai … on n'est pas idiots !"
- Dieu : "Bon … puisque vous insistez … c'est un système … je cherchais à créer un
système … en fait , il s'est développé tout seul … mais j'étais à l'origine …'
- Adam s'impatiente : "Oui , oui … alors , c'est quoi ce système ?"
- Ève : "Oui … c'est quoi ?"
- Dieu : "Vous n'êtes pas sans savoir qu'il y a du dioxyde de carbone dans l'atmosphère"
- Ève : "Non … j'le savais pas"
- Dieu : "Mon système … enfin , ce système consiste à le réduire par l'eau que les racines
absorbent …"
- Adam : "Oui … à l'aide de l'énergie solaire captée par les feuilles"
- Dieu : "Euh … oui … c'est à peu près ça"
- Adam : "C'est pas à peu près ça … c'est tout à fait ça ! … ça s'appelle la photosynthèse
ton truc !"
- Dieu : "C'est comme ça que ça s'appelle ?"
jeudi 27 juin 2019
L'ÉTÉ XIII
L'autre hémisphère ,
Au bout du compte
(A bout de souffle aussi)
Se souvient qu'existe
Sur nos appontements
Une saison qui en a presque fini :
L'été boréal .
Il (l'autre hémisphère)
L'imagine (l'été)
Ayant forme d'oiseau argentique .
Il (l'oiseau) prend son envol
Et moi ,
Penché du mauvais côté ,
Je ne vois rien !
Au bout du compte
(A bout de souffle aussi)
Se souvient qu'existe
Sur nos appontements
Une saison qui en a presque fini :
L'été boréal .
Il (l'autre hémisphère)
L'imagine (l'été)
Ayant forme d'oiseau argentique .
Il (l'oiseau) prend son envol
Et moi ,
Penché du mauvais côté ,
Je ne vois rien !
mercredi 26 juin 2019
COTE 137 . 128 . LA GUERRE DE CENT ANS
Calme soirée . Il me semble que nous sommes chez nous , le capitaine , Martial ,
Bertin , moi et quelques autres , assis en rond sur des caisses de singe , de biscuits ou
de cartouches , les guêtres plantées dans la gadoue . Il pleut faiblement , pluie tiède ,
c'est l'été . Le capitaine allume un cigarillo , Martial bourre sa pipe . Nous rêvassons
… oui , nous sommes ici chez nous . Soudain , Martial : "Est-ce qu'il vous arrive de
rêver , mon capitaine ?"
- Le capitaine : "Non , jamais … je ne rêve jamais"
- Martial , à moi : "Et toi , vieux ?"
- Moi : "Parfois … rarement …"
- Martial : "Moi , je rêve toutes les nuits"
- Moi . Je lui tends la perche parce que , bien entendu , il brûle de raconter :
"A quoi rêves-tu ?"
- Martial engrène illico : "Pas plus tard que cette nuit , je quittais la tranchée , droit
devant Cote 137 , je sautais par-dessus les entonnoirs , les barbelés - tu aurais vu comme
je sautais , et avec quelle facilité ! - et j'atterrissais sur le cul dans la cagna des boches …
Ils m'attendaient et pourtant je ne les avais pas prévenus … ils rigolaient , ils m'ont remis
sur mes pieds , ils me tapaient dans le dos et me félicitaient … ils m'ont offert un coup
de schnaps … nous avons trinqué : prosit !"
- Le capitaine : "Oh , Martial ! … c'est de la fraternisation !"
- Martial : "Mon capitaine , c'est un rêve !"
- Le capitaine : "Oui , on peut rêver … mais , s'il vous plaît , arrêtez ! … vos camarades
n'ont pas besoin d'entendre la suite"
- Martial , sur sa lancée : "Je me suis lié d'amitié avec deux grands types : Fritz et Konrad
… nous sommes partis bras-dessus-bras-dessous - j'étais au milieu - vers l'est … nous
avons traversé la Lorraine en chantant la Madelon à tue-tête … qu'est-ce que nous avons
braillé ! … et l'Alsace . On s'est arrêté dans une brasserie et là , sur une table , ils ont
déplié une carte : ils voulaient que j'aille avec eux à Berlin"
- Le capitaine : "Martial !"
- Martial : "Je pense qu'à l'État-Major , il y a aussi des grands rêveurs"
- Le capitaine : "Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?"
- Martial : "Mais , à l'État-Major , nos généraux rêvent que la guerre va durer … durer …"
- Nous : "……?…….."
- Martial : "… un grand rêve sans fin … ils sont contents …"
- Nous : "……?…….."
- Martial : "Ils rêvent d'une guerre de cent ans , nos généraux"
- Nous : "……?…….."
- Martial : "On en a déjà fait trois …"
Bertin , moi et quelques autres , assis en rond sur des caisses de singe , de biscuits ou
de cartouches , les guêtres plantées dans la gadoue . Il pleut faiblement , pluie tiède ,
c'est l'été . Le capitaine allume un cigarillo , Martial bourre sa pipe . Nous rêvassons
… oui , nous sommes ici chez nous . Soudain , Martial : "Est-ce qu'il vous arrive de
rêver , mon capitaine ?"
- Le capitaine : "Non , jamais … je ne rêve jamais"
- Martial , à moi : "Et toi , vieux ?"
- Moi : "Parfois … rarement …"
- Martial : "Moi , je rêve toutes les nuits"
- Moi . Je lui tends la perche parce que , bien entendu , il brûle de raconter :
"A quoi rêves-tu ?"
- Martial engrène illico : "Pas plus tard que cette nuit , je quittais la tranchée , droit
devant Cote 137 , je sautais par-dessus les entonnoirs , les barbelés - tu aurais vu comme
je sautais , et avec quelle facilité ! - et j'atterrissais sur le cul dans la cagna des boches …
Ils m'attendaient et pourtant je ne les avais pas prévenus … ils rigolaient , ils m'ont remis
sur mes pieds , ils me tapaient dans le dos et me félicitaient … ils m'ont offert un coup
de schnaps … nous avons trinqué : prosit !"
- Le capitaine : "Oh , Martial ! … c'est de la fraternisation !"
- Martial : "Mon capitaine , c'est un rêve !"
- Le capitaine : "Oui , on peut rêver … mais , s'il vous plaît , arrêtez ! … vos camarades
n'ont pas besoin d'entendre la suite"
- Martial , sur sa lancée : "Je me suis lié d'amitié avec deux grands types : Fritz et Konrad
… nous sommes partis bras-dessus-bras-dessous - j'étais au milieu - vers l'est … nous
avons traversé la Lorraine en chantant la Madelon à tue-tête … qu'est-ce que nous avons
braillé ! … et l'Alsace . On s'est arrêté dans une brasserie et là , sur une table , ils ont
déplié une carte : ils voulaient que j'aille avec eux à Berlin"
- Le capitaine : "Martial !"
- Martial : "Je pense qu'à l'État-Major , il y a aussi des grands rêveurs"
- Le capitaine : "Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?"
- Martial : "Mais , à l'État-Major , nos généraux rêvent que la guerre va durer … durer …"
- Nous : "……?…….."
- Martial : "… un grand rêve sans fin … ils sont contents …"
- Nous : "……?…….."
- Martial : "Ils rêvent d'une guerre de cent ans , nos généraux"
- Nous : "……?…….."
- Martial : "On en a déjà fait trois …"
A PROPOS DES PENSÉES
On compte 500 espèces de pensées dans le monde
et les formes hybrides sont incalculables .
Aussi le Sage n'en cultive aucune
et se garde du jardin .
Ses pensées sont sauvages ;
elles pullulent quand aux nuits froides succèdent les beaux jours .
et les formes hybrides sont incalculables .
Aussi le Sage n'en cultive aucune
et se garde du jardin .
Ses pensées sont sauvages ;
elles pullulent quand aux nuits froides succèdent les beaux jours .
mardi 25 juin 2019
VIOLA TRICOLOR
Sonnerie de mon téléphone portable .
- "Allo ?" . Zut , trop tard ! . Le nom s'affiche sur l'écran : Madame Delplanque .
Ça fait six mois qu'elle ne m'a pas cassé les pieds avec un de ses voyages à l'autre
bout du monde .
- Elle :"C'est moi"
- Moi , sèchement (je cache ma joie !) : "Oui , j'ai reconnu votre voix"
- Elle : "J'ai deux allers et retours"
- Moi : "Ah , non ! … non ! … non vraiment …"
- Elle : "Trop tard ! … c'est fait"
- Moi : "Trouvez quelqu'un d'autre … non … je n'ai pas le temps"
- Elle . Son ton insupportable de cheftaine : "Le temps , ça se trouve … suffit de le
prendre"
- Moi . Après tout , pourquoi pas … je m'encroûte . Cependant , par principe , je fais
de la résistance : "Non , pas en ce moment … trop de travail …"
- Elle : "Départ demain … 11h12 … Gare de Lille-Europe"
- Moi . Je flanche : "Quelle destination ?" . L'automne est pourri alors , une île lointaine ,
l'idée d'un bermuda , d'une crème solaire …
- Elle : "Paris"
- Moi : "Paris !?"
- Elle : "Versailles , pour être précise … j'ai loué une Opel chez Hertz Gare du Nord …
le jardin à l'anglaise du Petit Trianon"
- Moi : "…….?………"
- Elle : "Viola Tricolor"
- Moi : "Qu'est-ce que c'est ?"
- Elle : "Une pensée sauvage … j'en ai besoin pour ma terrasse"
- Moi : "Ils vendent des plantes au Petit Trianon ?"
- Elle : "Non"
- Moi : "……..?………"
- Elle : "Je compte prélever"
- Moi : "Vous êtes folle !? … on va se faire pincer"
- Elle : "J'ai repéré les lieux … il y en a près du Temple de l'Amour … il n'y a pas
grand monde en semaine … vous ferez le guet"
- Moi : "Il n'en est pas question ! … les pensées , on en trouve en godets dans toutes
les jardineries , non ? … ou dans les champs !"
- Elle : "Celles-ci sont tricolores : jaunes , blanches et violettes … et elles viennent du
Petit Trianon ! … Marie-Antoinette , rendez-vous compte !? … j'ai le matériel : un sac ,
une pelle à main , des boîtes en plastique"
- Moi : "Comment allez-vous faire ?"
- Elle : "Nous verrons sur place"
Nous avons vu , puisque les violettes de Marie-Antoinette bordent aujourd'hui la
terrasse de Madame Delplanque et qu'il ne s'en trouve plus guère près de la rivière où
l'Amour se taille un arc dans la massue d'Hercule .
- "Allo ?" . Zut , trop tard ! . Le nom s'affiche sur l'écran : Madame Delplanque .
Ça fait six mois qu'elle ne m'a pas cassé les pieds avec un de ses voyages à l'autre
bout du monde .
- Elle :"C'est moi"
- Moi , sèchement (je cache ma joie !) : "Oui , j'ai reconnu votre voix"
- Elle : "J'ai deux allers et retours"
- Moi : "Ah , non ! … non ! … non vraiment …"
- Elle : "Trop tard ! … c'est fait"
- Moi : "Trouvez quelqu'un d'autre … non … je n'ai pas le temps"
- Elle . Son ton insupportable de cheftaine : "Le temps , ça se trouve … suffit de le
prendre"
- Moi . Après tout , pourquoi pas … je m'encroûte . Cependant , par principe , je fais
de la résistance : "Non , pas en ce moment … trop de travail …"
- Elle : "Départ demain … 11h12 … Gare de Lille-Europe"
- Moi . Je flanche : "Quelle destination ?" . L'automne est pourri alors , une île lointaine ,
l'idée d'un bermuda , d'une crème solaire …
- Elle : "Paris"
- Moi : "Paris !?"
- Elle : "Versailles , pour être précise … j'ai loué une Opel chez Hertz Gare du Nord …
le jardin à l'anglaise du Petit Trianon"
- Moi : "…….?………"
- Elle : "Viola Tricolor"
- Moi : "Qu'est-ce que c'est ?"
- Elle : "Une pensée sauvage … j'en ai besoin pour ma terrasse"
- Moi : "Ils vendent des plantes au Petit Trianon ?"
- Elle : "Non"
- Moi : "……..?………"
- Elle : "Je compte prélever"
- Moi : "Vous êtes folle !? … on va se faire pincer"
- Elle : "J'ai repéré les lieux … il y en a près du Temple de l'Amour … il n'y a pas
grand monde en semaine … vous ferez le guet"
- Moi : "Il n'en est pas question ! … les pensées , on en trouve en godets dans toutes
les jardineries , non ? … ou dans les champs !"
- Elle : "Celles-ci sont tricolores : jaunes , blanches et violettes … et elles viennent du
Petit Trianon ! … Marie-Antoinette , rendez-vous compte !? … j'ai le matériel : un sac ,
une pelle à main , des boîtes en plastique"
- Moi : "Comment allez-vous faire ?"
- Elle : "Nous verrons sur place"
Nous avons vu , puisque les violettes de Marie-Antoinette bordent aujourd'hui la
terrasse de Madame Delplanque et qu'il ne s'en trouve plus guère près de la rivière où
l'Amour se taille un arc dans la massue d'Hercule .
lundi 24 juin 2019
PARADIS 107 . LE BOUTON
- Adam est fier de lui : il vient d'inventer la roue . Du plat de la main , il se frappe le front :
"Il y en a là-dedans !" , s'écrie-t-il au moment où Dieu - tournée hebdomadaire oblige -
passe devant le champ de blé du Premier Homme . C'est le 7e jour . Dieu délaisse la
Création et consacre son week-end à vérifier que ce qu'il a créé est bon .
- Dieu : "Ce qu'il y a là-dedans , comme tu dis , c'est moi qui l'y ai mis … n'oublie pas
cela , Adam"
- Adam : "Mais cette roue , c'est moi qui l'ai inventée , non ?"
- Dieu : "C'est vrai … tu as inventé la roue , mais c'est moi qui ai créé ce qu'il y a dans
ta tête … et d'abord : le striatum"
- Adam : "……..?……."
- Dieu : "Tu sais ce que c'est ?"
- Adam : "Non"
- Dieu : "J'ai mis ce truc au fond de ton crâne … de ton crâne et de tout ce qui grouille sur
la terre … ça vous donne envie de manger et de vous reproduire … la nourriture et le sexe …"
- Adam : "La bouffe et le cul ?"
- Dieu : "Oui … si tu veux … on peut (hélas !) le dire comme ça … j'aurais dû m'arrêter là"
- Adam ; "C'est une super-invention ce … ?"
- Dieu : "Ce striatum … ce n'est pas une invention , Adam … je n'invente rien … je crée"
- Adam : "……………."
- Dieu : "Tes inventions , ça vient d'une autre de mes créations … une bêtise … te sous-
traiter la création , c'était mon projet , et j'ai placé cette chose au-dessus du striatum :
le cortex"
- Adam : "Le quoi ?"
- Dieu : "Le cortex … c'est ce qui te permet d'inventer : la roue , par exemple"
- Adam : "Ben , c'est super !"
- Dieu : 'Non , c'était une erreur … mais tout bien pesé , c'est une sécurité"
- Adam : "Une sécurité ?"
- Dieu : "A force d'inventer , grâce au cortex : ta roue , ton araire , tes tracteurs ,
tes canons , tes avions , tes bombes nucléaires , tes derricks , ton plastique … tu te
détruiras . Je n'aurais même pas à appuyer sur le bouton …"
"Il y en a là-dedans !" , s'écrie-t-il au moment où Dieu - tournée hebdomadaire oblige -
passe devant le champ de blé du Premier Homme . C'est le 7e jour . Dieu délaisse la
Création et consacre son week-end à vérifier que ce qu'il a créé est bon .
- Dieu : "Ce qu'il y a là-dedans , comme tu dis , c'est moi qui l'y ai mis … n'oublie pas
cela , Adam"
- Adam : "Mais cette roue , c'est moi qui l'ai inventée , non ?"
- Dieu : "C'est vrai … tu as inventé la roue , mais c'est moi qui ai créé ce qu'il y a dans
ta tête … et d'abord : le striatum"
- Adam : "……..?……."
- Dieu : "Tu sais ce que c'est ?"
- Adam : "Non"
- Dieu : "J'ai mis ce truc au fond de ton crâne … de ton crâne et de tout ce qui grouille sur
la terre … ça vous donne envie de manger et de vous reproduire … la nourriture et le sexe …"
- Adam : "La bouffe et le cul ?"
- Dieu : "Oui … si tu veux … on peut (hélas !) le dire comme ça … j'aurais dû m'arrêter là"
- Adam ; "C'est une super-invention ce … ?"
- Dieu : "Ce striatum … ce n'est pas une invention , Adam … je n'invente rien … je crée"
- Adam : "……………."
- Dieu : "Tes inventions , ça vient d'une autre de mes créations … une bêtise … te sous-
traiter la création , c'était mon projet , et j'ai placé cette chose au-dessus du striatum :
le cortex"
- Adam : "Le quoi ?"
- Dieu : "Le cortex … c'est ce qui te permet d'inventer : la roue , par exemple"
- Adam : "Ben , c'est super !"
- Dieu : 'Non , c'était une erreur … mais tout bien pesé , c'est une sécurité"
- Adam : "Une sécurité ?"
- Dieu : "A force d'inventer , grâce au cortex : ta roue , ton araire , tes tracteurs ,
tes canons , tes avions , tes bombes nucléaires , tes derricks , ton plastique … tu te
détruiras . Je n'aurais même pas à appuyer sur le bouton …"
samedi 22 juin 2019
KRANT 168 . BIJGÖFN
La ville est en retrait de la côte ; nous y abordons en contournant ses bancs de sable .
C'est cette route malaisée qu'ont empruntée les descendants directs des Pères Fondateurs
pour remettre à l'Evêque le crucifix en or volé à Byzance et qui fait encore aujourd'hui
le renom de la cité . Décembre déjà ! . Bijgöfn est suspendue à un nuage translucide ,
le même chaque année , au travers duquel on voit le bleu glacé du ciel . Des étendards
claquent comme des tambours en haut du rempart mais , la porte passée , cette allure
martiale tombe au moment où nous réduisons la vapeur et le Kritik glisse sur son élan
entre deux quais serrés au milieu d'une foule affairée , les façades des boutiques si pro-
ches de notre bastingage et dressées au-dessus de lui . Pas de cris , mais un brouhaha
paisible enveloppé dans l'expiration de milliers de poumons . Il fait froid , diablement
froid ! . Notre arrivée semble ne susciter aucun intérêt et ne distrait quiconque de ses
occupations . Demain nous quitterons ce hâvre et sa rumeur studieuse . A peine sa mu-
raille franchie , Bijgöfn s'éteindra comme une flamme soufflée par le charivari du grand
large .
- Krant dira : "Où fichtre étions-nous il y a à peine une minute ?"
C'est cette route malaisée qu'ont empruntée les descendants directs des Pères Fondateurs
pour remettre à l'Evêque le crucifix en or volé à Byzance et qui fait encore aujourd'hui
le renom de la cité . Décembre déjà ! . Bijgöfn est suspendue à un nuage translucide ,
le même chaque année , au travers duquel on voit le bleu glacé du ciel . Des étendards
claquent comme des tambours en haut du rempart mais , la porte passée , cette allure
martiale tombe au moment où nous réduisons la vapeur et le Kritik glisse sur son élan
entre deux quais serrés au milieu d'une foule affairée , les façades des boutiques si pro-
ches de notre bastingage et dressées au-dessus de lui . Pas de cris , mais un brouhaha
paisible enveloppé dans l'expiration de milliers de poumons . Il fait froid , diablement
froid ! . Notre arrivée semble ne susciter aucun intérêt et ne distrait quiconque de ses
occupations . Demain nous quitterons ce hâvre et sa rumeur studieuse . A peine sa mu-
raille franchie , Bijgöfn s'éteindra comme une flamme soufflée par le charivari du grand
large .
- Krant dira : "Où fichtre étions-nous il y a à peine une minute ?"
vendredi 21 juin 2019
DESMOND 103 . SOUVENONS-NOUS DE JENNY
Center Hall , dans la résidence du Président . Il est debout , le coude négligem-
ment appuyé sur le dessus du secrétaire en acajou de style (de style ?) Louis XVI ,
placé sous les deux torchères en bronze d'époque Empire :
- "Rappelez-moi , Desmond … cette fille ..."
- Moi : "Quelle fille , Monsieur le Président ?"
- Lui : "Cette rousse aux yeux verts … c'est curieux , je ne la vois jamais dans les
bureaux …"
- Moi : "Jenny ?" (cf Desmond 37)
- Lui : "Oui , c'est ça : Jenny … elle travaille toujours dans votre service ?"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président"
- Lui : "Êtes-vous satisfait ?"
- Moi : "Oui , elle est très efficace"
- Lui : "Zut !"
- Moi : "……..?…….."
- Lui : "Je dois vous dire que …" (il hésite)
- Moi : "…………….."
- Lui : "Je pensais à elle pour mon Secrétariat … avec Maryline ça ferait une paire
sensationnelle , non ?"
- Moi : "Oh , Monsieur le Président , j'ai bien peur qu'elle … qu'elle n'ait aucune
compétence pour ce job"
- Lui : "Ah bon !? … qu'est-ce qui vous fait dire ça ?"
- Moi : "Euh , Monsieur le Président … je … je …"
- Lui . Il me serre le biceps : "Vous voulez la garder pour vous , c'est ça ? … vous
couchez ?"
- Moi : Non , Monsieur le Président , je vous assure !"
- Lui : "Quel est son poste exactement ?"
- Moi : "Les incinérateurs"
- Lui : "Oui , je sais … vous voulez dire : dans les bureaux … dans votre service …
pas évidemment à l'intérieur de ces affreux incinérateurs …"
- Moi : "Euh … si , Monsieur le Président … Jenny travaille dans les incinérateurs"
- Lui : "……!?….. Quoi !? … cette fille époustouflante !? … dans les incinérateurs !? …
vous n'avez pas honte , Desmond !"
- Moi : "Mais , Monsieur le Président … c'est elle … c'est le poste qu'elle désirait ! …
manutentionnaire à l'incinération …"
- Lui : "Elle se coltine nos balles de saloperies !? … elle !?"
- Moi : "C'est-à-dire , Monsieur le Président , que … pour tout vous dire …"
- Lui : "Quoi ? … parlez Desmond , à la fin ! … c'est très énervant !"
- Moi : "Monsieur le Président … euh … Jenny … à l'origine … Jenny est un homme"
- Lui . He grows quite white (en un mot : il blémit) : "Juste ciel !"
ment appuyé sur le dessus du secrétaire en acajou de style (de style ?) Louis XVI ,
placé sous les deux torchères en bronze d'époque Empire :
- "Rappelez-moi , Desmond … cette fille ..."
- Moi : "Quelle fille , Monsieur le Président ?"
- Lui : "Cette rousse aux yeux verts … c'est curieux , je ne la vois jamais dans les
bureaux …"
- Moi : "Jenny ?" (cf Desmond 37)
- Lui : "Oui , c'est ça : Jenny … elle travaille toujours dans votre service ?"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président"
- Lui : "Êtes-vous satisfait ?"
- Moi : "Oui , elle est très efficace"
- Lui : "Zut !"
- Moi : "……..?…….."
- Lui : "Je dois vous dire que …" (il hésite)
- Moi : "…………….."
- Lui : "Je pensais à elle pour mon Secrétariat … avec Maryline ça ferait une paire
sensationnelle , non ?"
- Moi : "Oh , Monsieur le Président , j'ai bien peur qu'elle … qu'elle n'ait aucune
compétence pour ce job"
- Lui : "Ah bon !? … qu'est-ce qui vous fait dire ça ?"
- Moi : "Euh , Monsieur le Président … je … je …"
- Lui . Il me serre le biceps : "Vous voulez la garder pour vous , c'est ça ? … vous
couchez ?"
- Moi : Non , Monsieur le Président , je vous assure !"
- Lui : "Quel est son poste exactement ?"
- Moi : "Les incinérateurs"
- Lui : "Oui , je sais … vous voulez dire : dans les bureaux … dans votre service …
pas évidemment à l'intérieur de ces affreux incinérateurs …"
- Moi : "Euh … si , Monsieur le Président … Jenny travaille dans les incinérateurs"
- Lui : "……!?….. Quoi !? … cette fille époustouflante !? … dans les incinérateurs !? …
vous n'avez pas honte , Desmond !"
- Moi : "Mais , Monsieur le Président … c'est elle … c'est le poste qu'elle désirait ! …
manutentionnaire à l'incinération …"
- Lui : "Elle se coltine nos balles de saloperies !? … elle !?"
- Moi : "C'est-à-dire , Monsieur le Président , que … pour tout vous dire …"
- Lui : "Quoi ? … parlez Desmond , à la fin ! … c'est très énervant !"
- Moi : "Monsieur le Président … euh … Jenny … à l'origine … Jenny est un homme"
- Lui . He grows quite white (en un mot : il blémit) : "Juste ciel !"
TROIS MOUCHES 157 . SENSATION (Arthur Rimbaud)
Par les soirs bleus d'été , j'irai dans les sentiers ,
Picoté par les blés , fouler l'herbe menue :
Rêveur , j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds .
Je laisserai le vent baigner ma tête nue .
Trois mouches , vermeilles et merveilleuses ,
Bourdonneront contre mon chapeau de paille .
----------------------------------------------------------
Je laisserai les mouches
Fouler l'été par les sentiers du soir
Et les bourdons menus
Se baigner dans les blés vermeils .
Ils rêveront de pailles
Et d'un vent merveilleux .
Je sentirai sur ma tête
Les picots d'un chapeau .
J'irai pieds nus
Dans la fraîcheur de l'herbe .
------------------------------------------------------------
J'irai
Par les blés picoté
Baigner de vent
Tes pieds menus .
Trois mouches bourdonnantes
Laisseront contre ta tête nue
La fraîcheur du soir .
Rêves de paille …
Dans les sentiers ,
Tu fouleras le chapeau bleu de l'été
Et l'herbe vermeille
Aux senteurs merveilleuses .
Picoté par les blés , fouler l'herbe menue :
Rêveur , j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds .
Je laisserai le vent baigner ma tête nue .
Trois mouches , vermeilles et merveilleuses ,
Bourdonneront contre mon chapeau de paille .
----------------------------------------------------------
Je laisserai les mouches
Fouler l'été par les sentiers du soir
Et les bourdons menus
Se baigner dans les blés vermeils .
Ils rêveront de pailles
Et d'un vent merveilleux .
Je sentirai sur ma tête
Les picots d'un chapeau .
J'irai pieds nus
Dans la fraîcheur de l'herbe .
------------------------------------------------------------
J'irai
Par les blés picoté
Baigner de vent
Tes pieds menus .
Trois mouches bourdonnantes
Laisseront contre ta tête nue
La fraîcheur du soir .
Rêves de paille …
Dans les sentiers ,
Tu fouleras le chapeau bleu de l'été
Et l'herbe vermeille
Aux senteurs merveilleuses .
mercredi 19 juin 2019
L'ÉTÉ XII
Certain matin ,
Je m'éveille
Et dehors ,
Sous ma fenêtre ouverte ,
L'été piétine de colère .
D'autres jours ,
Quand je bois mon café ,
Tel un chat souple et silencieux ,
Il avance à petit patapon .
Parfois ,
Si mes volets sont clos
Et que je dors à poings fermés ,
Il bâille …
L'été , ma foi ,
Est d'humeur changeante .
Je m'éveille
Et dehors ,
Sous ma fenêtre ouverte ,
L'été piétine de colère .
D'autres jours ,
Quand je bois mon café ,
Tel un chat souple et silencieux ,
Il avance à petit patapon .
Parfois ,
Si mes volets sont clos
Et que je dors à poings fermés ,
Il bâille …
L'été , ma foi ,
Est d'humeur changeante .
ANATUYA
Anatuya , il faut l'imaginer . Rien ne sert d'aller y voir . J'apprends qu'il y a là-bas
une cathédrale , c'est ce qu'on dit , et qu'un lac y aurait établi ses eaux , pas loin . Si
on connaissait le plan de cette ville , son histoire et comment sont ses maisons , cons-
truites avec quels matériaux et dans quel style - style colonial espagnol ? , style jésuite ? ,
baroque ? - si on savait de quoi vivent ses habitants et à quoi ils passent leur temps ,
s'il y a vraiment , pas loin , un lac (peut-être ce lac se trouve-t-il dans la ville même ?) ,
si on lisait dans le journal local , le matin à la terrasse d'un café , que l'équipe junior de
Tacanitas (un derby) s'est inclinée 2-0 devant celle d'Anatuya grâce à un doublé d'Agus-
tin Gonzalès , l'ailier droit à qui on prédit (bien imprudemment !) une carrière profession-
nelle (et même internationale !) et si on pouvait décrire dans le détail la fresque peinte
sur la façade de la cathédrale ou donner au kilo près le poids du battant de sa cloche ,
il n'y aurait pas lieu d'imaginer Anatuya . Je vois , moi , cette ville comme un vieux diable
(ou un raton laveur) à face grise - diable ou raton laveur guarani - ou diable portant un
masque de raton laveur - masque gris - masque dissimulant la face grise d'un vieux diable
guarani - parce qu'il s'agit pour Anatuya de dissimuler quelque chose et de guetter par ses
fausses orbites un éclat de soleil qui - si rarement - vient frapper la ville .
une cathédrale , c'est ce qu'on dit , et qu'un lac y aurait établi ses eaux , pas loin . Si
on connaissait le plan de cette ville , son histoire et comment sont ses maisons , cons-
truites avec quels matériaux et dans quel style - style colonial espagnol ? , style jésuite ? ,
baroque ? - si on savait de quoi vivent ses habitants et à quoi ils passent leur temps ,
s'il y a vraiment , pas loin , un lac (peut-être ce lac se trouve-t-il dans la ville même ?) ,
si on lisait dans le journal local , le matin à la terrasse d'un café , que l'équipe junior de
Tacanitas (un derby) s'est inclinée 2-0 devant celle d'Anatuya grâce à un doublé d'Agus-
tin Gonzalès , l'ailier droit à qui on prédit (bien imprudemment !) une carrière profession-
nelle (et même internationale !) et si on pouvait décrire dans le détail la fresque peinte
sur la façade de la cathédrale ou donner au kilo près le poids du battant de sa cloche ,
il n'y aurait pas lieu d'imaginer Anatuya . Je vois , moi , cette ville comme un vieux diable
(ou un raton laveur) à face grise - diable ou raton laveur guarani - ou diable portant un
masque de raton laveur - masque gris - masque dissimulant la face grise d'un vieux diable
guarani - parce qu'il s'agit pour Anatuya de dissimuler quelque chose et de guetter par ses
fausses orbites un éclat de soleil qui - si rarement - vient frapper la ville .
lundi 17 juin 2019
LE POTAGER
Le samedi après-midi , pour purger ses méninges des soucis de la banque ,
mon père bêchait son potager . Le jean baillait sur ses reins blancs de banquier et ,
de la terrasse où je me tenais appuyé sur le chambranle de la baie , je devinais sous
le T-shirt usé jusqu'à la trame le va-et-vient mécanique de ses épaules nerveuses .
J'avais 8 ans . Je m'ennuyais et mon père bêchait . Je pense aujourd'hui qu'il y avait
dans son acharnement des clients avides de placements fructueux , toujours insatisfaits ,
toujours plus cupides et toujours déçus , et cette place de directeur d'agence qu'en vain
il convoitait . Mon regard , bien que neutre (et maussade) , finissait par peser sur sa
nuque . Alors il se redressait , le pied droit posé sur le fer de son outil , a demi retourné
- son profil se découpait sur le fond embroussaillé du jardin - et de sa voix tranchante
de chef de service : "Qu'est-ce que tu fais là ?" . Je ne répondais pas et il se remettait à
l'ouvrage en haletant mais à ses préoccupations se mêlait maintenant mon enfantine et
inopportune présence : "Qu'est-ce que tu veux ?". Je ne voulais rien . A deux kilo-
mètres à vol d'oiseau , de l'autostrade , me parvenait le chant sauvage des camions ...
mon père bêchait son potager . Le jean baillait sur ses reins blancs de banquier et ,
de la terrasse où je me tenais appuyé sur le chambranle de la baie , je devinais sous
le T-shirt usé jusqu'à la trame le va-et-vient mécanique de ses épaules nerveuses .
J'avais 8 ans . Je m'ennuyais et mon père bêchait . Je pense aujourd'hui qu'il y avait
dans son acharnement des clients avides de placements fructueux , toujours insatisfaits ,
toujours plus cupides et toujours déçus , et cette place de directeur d'agence qu'en vain
il convoitait . Mon regard , bien que neutre (et maussade) , finissait par peser sur sa
nuque . Alors il se redressait , le pied droit posé sur le fer de son outil , a demi retourné
- son profil se découpait sur le fond embroussaillé du jardin - et de sa voix tranchante
de chef de service : "Qu'est-ce que tu fais là ?" . Je ne répondais pas et il se remettait à
l'ouvrage en haletant mais à ses préoccupations se mêlait maintenant mon enfantine et
inopportune présence : "Qu'est-ce que tu veux ?". Je ne voulais rien . A deux kilo-
mètres à vol d'oiseau , de l'autostrade , me parvenait le chant sauvage des camions ...
A PROPOS DES CARTES POSTALES , DES CARTES D'ANNIVERSAIRE
1/ La carte postale de trop :
On achète toujours une carte de trop : celle qu'on n'envoie pas parce que le peu
qu'il y avait à dire du temps vacant , on l'a écrit sur les cartes du premier jour quand
on n'avait pourtant rien à rapporter puisqu'on avait à peine débouclé les valises .
Aussi la carte surnuméraire , le sage la ramène vierge dans son bagage au lieu de
l'expédier , noircie de balivernes .
2/ La carte d'anniversaire en retard :
Celui qui sait (le sage) souhaite les anniversaires avec dix jours de retard . Ce temps
décalé est la preuve de sa sagesse . Les étourdis s'assurent-ils que le prétendant à l'âge
a survécu à l'an de plus ? . S'il a trépassé , ils auront mis le prix d'un timbre par la fenêtre .
3/ La carte d'anniversaire en double :
L'homme avisé fait les choses en double . Ça lui coûte deux fois plus cher mais il
divise par deux le risque d'omission . L'homme avisé est aussi comptable ; il connaît
le prix de l'oubli : c'est plus que le prix d'un timbre .
On achète toujours une carte de trop : celle qu'on n'envoie pas parce que le peu
qu'il y avait à dire du temps vacant , on l'a écrit sur les cartes du premier jour quand
on n'avait pourtant rien à rapporter puisqu'on avait à peine débouclé les valises .
Aussi la carte surnuméraire , le sage la ramène vierge dans son bagage au lieu de
l'expédier , noircie de balivernes .
2/ La carte d'anniversaire en retard :
Celui qui sait (le sage) souhaite les anniversaires avec dix jours de retard . Ce temps
décalé est la preuve de sa sagesse . Les étourdis s'assurent-ils que le prétendant à l'âge
a survécu à l'an de plus ? . S'il a trépassé , ils auront mis le prix d'un timbre par la fenêtre .
3/ La carte d'anniversaire en double :
L'homme avisé fait les choses en double . Ça lui coûte deux fois plus cher mais il
divise par deux le risque d'omission . L'homme avisé est aussi comptable ; il connaît
le prix de l'oubli : c'est plus que le prix d'un timbre .
samedi 15 juin 2019
KRANT 167 . QUELQUE CHOSE OU RIEN ?
Une nuit , Krant et moi penchés sur une carte … Des noms de ports , de villes ,
de balises et d'estuaires … Plus je considérais ses contours , plus une carte marine me
semblait décrire des lieux imaginaires quand , derrière le hublot , la mer était là déserte ,
murmurante mais ne délivrant aucun écho de la terre , aveugle comme une fenêtre
peinte en trompe-l'oeil et ne portant aucune lumière . Nous glissions sur le flanc de
continents inventés , doublions des îles rêvées n'ayant d'existence que celle que leur
aurait attribuée un cartographe inspiré et fantasque . Plus notre carte s'encombrait de
repères , plus les détroits semblaient s'élargir , l'humanité s'écarter de la route du Kritik
et s'anéantir dans son sillage . Krant pouvait décréter que nous franchissions un passage
de la Sonde et que Pulaumerak se trouvait à tribord , je finissais par prendre ses annonces
péremptoires pour des présages ou des hypothèses .
Aussi me permis-je cette nuit de poser à Krant une si stupide question :
"Capitaine , le monde existe-t-il ?"
Krant se redressa , les deux poings appuyés sur la table à cartes . Sa pipe fit un
aller-retour entre les deux commissures . Puis , regardant à travers moi : "Qu'en sais-je ?"
de balises et d'estuaires … Plus je considérais ses contours , plus une carte marine me
semblait décrire des lieux imaginaires quand , derrière le hublot , la mer était là déserte ,
murmurante mais ne délivrant aucun écho de la terre , aveugle comme une fenêtre
peinte en trompe-l'oeil et ne portant aucune lumière . Nous glissions sur le flanc de
continents inventés , doublions des îles rêvées n'ayant d'existence que celle que leur
aurait attribuée un cartographe inspiré et fantasque . Plus notre carte s'encombrait de
repères , plus les détroits semblaient s'élargir , l'humanité s'écarter de la route du Kritik
et s'anéantir dans son sillage . Krant pouvait décréter que nous franchissions un passage
de la Sonde et que Pulaumerak se trouvait à tribord , je finissais par prendre ses annonces
péremptoires pour des présages ou des hypothèses .
Aussi me permis-je cette nuit de poser à Krant une si stupide question :
"Capitaine , le monde existe-t-il ?"
Krant se redressa , les deux poings appuyés sur la table à cartes . Sa pipe fit un
aller-retour entre les deux commissures . Puis , regardant à travers moi : "Qu'en sais-je ?"
LE MONDE MERVEILLEUX DES INSECTES : LES NÉCROPHORES
En quatre poèmes :
1/ Petit cadavre
Au costume lamentable
Revêt de vert
Un enfant sans pitié
C'est un lézard
En vie
Qu'on va lapider
(Comme tant d'autres !)
Au pied d'une haie de perles .
2/ Les taupes de laboratoire
Méditent les spectacles immondes
Du printemps
Elles peuvent voir
Sous les belles choses
L'horreur morte .
3/ Chantier de silphes :
Le sol en deuil
Blottit dans les fissures
Ses élytres
Où miroitent
De larges soleils
Pendant que la blancheur ,
Polie comme l'ébène ,
Culbute
Les sombres déserts .
4/ Honorons le nécrophore ,
Portons haut ses pompons cinabre
Et , en écharpe ,
Ses pompes élégantes
D'employé .
1/ Petit cadavre
Au costume lamentable
Revêt de vert
Un enfant sans pitié
C'est un lézard
En vie
Qu'on va lapider
(Comme tant d'autres !)
Au pied d'une haie de perles .
2/ Les taupes de laboratoire
Méditent les spectacles immondes
Du printemps
Elles peuvent voir
Sous les belles choses
L'horreur morte .
3/ Chantier de silphes :
Le sol en deuil
Blottit dans les fissures
Ses élytres
Où miroitent
De larges soleils
Pendant que la blancheur ,
Polie comme l'ébène ,
Culbute
Les sombres déserts .
4/ Honorons le nécrophore ,
Portons haut ses pompons cinabre
Et , en écharpe ,
Ses pompes élégantes
D'employé .
jeudi 13 juin 2019
TROIS MOUCHES 156 . MÉROÉ
"Je crois que tu es fou" , me dit Berthe faisant avec son petit doigt des dessins
dans la mousse de son café , pendant que trois mouches vermeilles et merveilleuses
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille . "Qu'est-ce que ça peut te faire ?" ,
répondis-je avec une grossièreté dont aussitôt j'eus honte .
La paille du chapeau de Berthe se mit à bourdonner . Aussitôt , trois mouches
dessinèrent des grossièretés dans la mousse de mon café . "Je crois que tu es folle",
dis-je , honteux . "Mon petit doigt fait ce qu'il peut" , répondit-elle .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient dans la mousse de mon
café . "Je crois que vous êtes folles", dis-je . Aussitôt , elles me répondirent avec
grossièreté : "Qu'est-ce que ça peut vous faire ?" , pendant que Berthe faisait avec
son doigt un petit dessin de chapeau de paille .
dans la mousse de son café , pendant que trois mouches vermeilles et merveilleuses
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille . "Qu'est-ce que ça peut te faire ?" ,
répondis-je avec une grossièreté dont aussitôt j'eus honte .
La paille du chapeau de Berthe se mit à bourdonner . Aussitôt , trois mouches
dessinèrent des grossièretés dans la mousse de mon café . "Je crois que tu es folle",
dis-je , honteux . "Mon petit doigt fait ce qu'il peut" , répondit-elle .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient dans la mousse de mon
café . "Je crois que vous êtes folles", dis-je . Aussitôt , elles me répondirent avec
grossièreté : "Qu'est-ce que ça peut vous faire ?" , pendant que Berthe faisait avec
son doigt un petit dessin de chapeau de paille .
mercredi 12 juin 2019
PARADIS 106 . ANGES-MOUCHARDS
- Ève : "Qu'est-ce que tu fais ?"
- Dieu : "Un ange"
- Ève : "Qu'est-ce que c'est ?"
- Dieu : "C'est un pur esprit"
- Ève : "Avec des ailes ?"
- Dieu : "Oui … mais ce sont des ailes invisibles … les anges sont indécelables"
- Ève : "Tu veux dire : invisibles ?"
- Dieu : "J'y mettrai tellement de lumière que tu ne pourras pas les voir"
- Ève : "C'est pour me surveiller ?"
- Dieu : "Qu'est-ce que tu veux dire ?"
- Ève : "Des mouchards … tu vas envoyer tes anges pour nous surveiller , Adam
et moi ? … pour te dire ce qu'on fait derrière ton dos ?"
- Dieu : "Ève ! … on ne fait rien derrière mon dos ! … je vois tout"
- Ève : "Alors , ça sert à rien les anges !"
- Dieu : "Écoute , Ève ! … si j'ai envie de faire des anges , je fais des anges"
- Ève : "Tu perds ton temps … tes anges , c'est comme les cocottes en papier"
- Dieu : "Tu as raison : j'aurais pu faire des cocottes en papier"
- Ève : "C'est joli ces ailes … tu m'en feras ?"
- Dieu : "Non … j'en ai fait aux oiseaux , c'est déjà pas mal"
- Dieu : "Un ange"
- Ève : "Qu'est-ce que c'est ?"
- Dieu : "C'est un pur esprit"
- Ève : "Avec des ailes ?"
- Dieu : "Oui … mais ce sont des ailes invisibles … les anges sont indécelables"
- Ève : "Tu veux dire : invisibles ?"
- Dieu : "J'y mettrai tellement de lumière que tu ne pourras pas les voir"
- Ève : "C'est pour me surveiller ?"
- Dieu : "Qu'est-ce que tu veux dire ?"
- Ève : "Des mouchards … tu vas envoyer tes anges pour nous surveiller , Adam
et moi ? … pour te dire ce qu'on fait derrière ton dos ?"
- Dieu : "Ève ! … on ne fait rien derrière mon dos ! … je vois tout"
- Ève : "Alors , ça sert à rien les anges !"
- Dieu : "Écoute , Ève ! … si j'ai envie de faire des anges , je fais des anges"
- Ève : "Tu perds ton temps … tes anges , c'est comme les cocottes en papier"
- Dieu : "Tu as raison : j'aurais pu faire des cocottes en papier"
- Ève : "C'est joli ces ailes … tu m'en feras ?"
- Dieu : "Non … j'en ai fait aux oiseaux , c'est déjà pas mal"
mardi 11 juin 2019
L'ABBÉ TONIÈRES 19 . COMPTE-TOURS
- L'abbé : "Jeanne-Marie , je vous ai dit une connerie … le talon-pointe , c'est entre 7000
et 8000 tours … c'est un ami de Modène qui m'en fait la remarque"
- J-M : "Ah …"
- L'abbé : "Qu'est-ce que vous avez comme bagnole ?"
- J-M : "Une 2cv , mon Père … d'occasion"
- L'abbé : "Une bagnole de curé de campagne ! … bah ! : c'est mieux qu'un Solex …
n'oubliez pas : entre 7000 et 8000 tours !"
- J-M : "Des tours ?"
- L'abbé : "Des tours-minute , Jeanne-Marie … le régime moteur"
- J-M : "……?……"
- L'abbé : "Bon , je ne vais pas entrer dans les détails … tout ça est hors de votre portée …
c'est comme la Sainte-Trinité … ou l'Incarnation … pour comprendre les Mystères ,
il faut une disposition intérieure"
- J-M : "……?……."
- L'abbé : "La raison ne suffit pas"
- J-M : "Pour les tours-minute ?"
- L'abbé : "Oui , pour les tours-minute , c'est pareil … le talon-pointe , c'est à l'instinct ! …
7000 ! … 8000 ! … on n'a pas les yeux fixés sur le compte-tours !"
- J-M : "Le compte-tours ?"
- L'abbé : "Vous n'en avez pas sur votre bagnole ! … qu'importe : foncez , ayez la foi !"
et 8000 tours … c'est un ami de Modène qui m'en fait la remarque"
- J-M : "Ah …"
- L'abbé : "Qu'est-ce que vous avez comme bagnole ?"
- J-M : "Une 2cv , mon Père … d'occasion"
- L'abbé : "Une bagnole de curé de campagne ! … bah ! : c'est mieux qu'un Solex …
n'oubliez pas : entre 7000 et 8000 tours !"
- J-M : "Des tours ?"
- L'abbé : "Des tours-minute , Jeanne-Marie … le régime moteur"
- J-M : "……?……"
- L'abbé : "Bon , je ne vais pas entrer dans les détails … tout ça est hors de votre portée …
c'est comme la Sainte-Trinité … ou l'Incarnation … pour comprendre les Mystères ,
il faut une disposition intérieure"
- J-M : "……?……."
- L'abbé : "La raison ne suffit pas"
- J-M : "Pour les tours-minute ?"
- L'abbé : "Oui , pour les tours-minute , c'est pareil … le talon-pointe , c'est à l'instinct ! …
7000 ! … 8000 ! … on n'a pas les yeux fixés sur le compte-tours !"
- J-M : "Le compte-tours ?"
- L'abbé : "Vous n'en avez pas sur votre bagnole ! … qu'importe : foncez , ayez la foi !"
lundi 10 juin 2019
L'ÉTÉ XI
L'été
Est une mécanique
Symétrique ,
Palindromique ,
Réciproque ,
Parallèle ,
Identique
Et cependant inverse …
Allez comprendre !
Est une mécanique
Symétrique ,
Palindromique ,
Réciproque ,
Parallèle ,
Identique
Et cependant inverse …
Allez comprendre !
dimanche 9 juin 2019
COTE 137 . 127 . LA LITURGIE SELON MARTIAL
Service divin dans la tranchée . L'aumônier a posé sur l'autel de fortune , deux
tréteaux et trois planches arrachées à la banquette de tir , une valise . Il l'ouvre .
Elle contient les accessoires de base de la liturgie : calice , ciboire , patère , burettes ,
custode à hosties , mais aussi - faste suprême - une sonnette en laiton doré . Martial
se propose pour servir la messe , tâche dont - se vante-t-il - il s'est acquitté dans son
enfance tous les dimanches . Au moment de l'élévation - dans un silence relatif car ça
canonne à 20 kms comme le rappel de notre condition de poilus embourbés , Martial
actionne la sonnette … il l'actionne comme un forcené . Au bout des bras du prêtre ,
l'hostie est élevée . Le ciel est boursouflé de nuages , les têtes décasquées sont courbées
et quand l'aumônier repose les mains sur l'autel , Martial continue d'agiter la sonnette .
L'aumônier se retourne : "Mon ami , cessez donc …" mais Martial remue la sonnette
sans s'arrêter . Désappointé , le prêtre attaque la partie 2 de l'élévation . Il élève le calice
contre le ciel gorgé d'eau "Ceci est le sang du Christ" opiniâtre ding-ding-ding-ding …
puis le repose sur l'autel et Martial , malgré tout , secoue la sonnette … ding-ding-ding …
les hommes ont relevé la tête . L'aumônier : "Mon ami , s'il vous plaît , arrêtez donc !" .
Mais rien à faire , les quatre clochettes tourbillonnent furieusement sous le poignet de
Martial . L'aumônier au capitaine : "Mon capitaine , pouvez-vous demander à notre ami
de … de …" . Le capitaine , debout au premier rang , s'approche de Martial agenouillé
et toujours carillonnant . Il pose la main sur l'épaule de notre camarade : "Martial ,
qu'est-ce qui vous prend ?" . Mais lui , comme possédé , signifie de sa main libre qu'il
lui est impossible de s'arrêter . Le capitaine : "Donnez-moi cette p….. de sonnette ,
nom de …" . Martial suppliant dodeline de la tête et sonne , sonne , ding-ding-ding .
L'office est suspendu pendant un bon quart d'heure . Tous , l'aumônier , le capitaine ,
la compagnie au complet , impuissants et médusés , regardons Martial prosterné au milieu
de nous , agitant ses clochettes comme un enragé . La pluie se met à tomber . Après la
messe (l'aumônier y met fin en vitesse et quitte les lieux , furibond) , je m'approche de
Martial comme d'un fou dangereux ou un lépreux : "Martial , ça va ? … qu'est-ce qui t'a
pris ?" . Martial : "Ça m'a rappelé le bon vieux temps ! … un quart d'heure pris sur la
guerre , tu vas pas en faire un fromage !?"
tréteaux et trois planches arrachées à la banquette de tir , une valise . Il l'ouvre .
Elle contient les accessoires de base de la liturgie : calice , ciboire , patère , burettes ,
custode à hosties , mais aussi - faste suprême - une sonnette en laiton doré . Martial
se propose pour servir la messe , tâche dont - se vante-t-il - il s'est acquitté dans son
enfance tous les dimanches . Au moment de l'élévation - dans un silence relatif car ça
canonne à 20 kms comme le rappel de notre condition de poilus embourbés , Martial
actionne la sonnette … il l'actionne comme un forcené . Au bout des bras du prêtre ,
l'hostie est élevée . Le ciel est boursouflé de nuages , les têtes décasquées sont courbées
et quand l'aumônier repose les mains sur l'autel , Martial continue d'agiter la sonnette .
L'aumônier se retourne : "Mon ami , cessez donc …" mais Martial remue la sonnette
sans s'arrêter . Désappointé , le prêtre attaque la partie 2 de l'élévation . Il élève le calice
contre le ciel gorgé d'eau "Ceci est le sang du Christ" opiniâtre ding-ding-ding-ding …
puis le repose sur l'autel et Martial , malgré tout , secoue la sonnette … ding-ding-ding …
les hommes ont relevé la tête . L'aumônier : "Mon ami , s'il vous plaît , arrêtez donc !" .
Mais rien à faire , les quatre clochettes tourbillonnent furieusement sous le poignet de
Martial . L'aumônier au capitaine : "Mon capitaine , pouvez-vous demander à notre ami
de … de …" . Le capitaine , debout au premier rang , s'approche de Martial agenouillé
et toujours carillonnant . Il pose la main sur l'épaule de notre camarade : "Martial ,
qu'est-ce qui vous prend ?" . Mais lui , comme possédé , signifie de sa main libre qu'il
lui est impossible de s'arrêter . Le capitaine : "Donnez-moi cette p….. de sonnette ,
nom de …" . Martial suppliant dodeline de la tête et sonne , sonne , ding-ding-ding .
L'office est suspendu pendant un bon quart d'heure . Tous , l'aumônier , le capitaine ,
la compagnie au complet , impuissants et médusés , regardons Martial prosterné au milieu
de nous , agitant ses clochettes comme un enragé . La pluie se met à tomber . Après la
messe (l'aumônier y met fin en vitesse et quitte les lieux , furibond) , je m'approche de
Martial comme d'un fou dangereux ou un lépreux : "Martial , ça va ? … qu'est-ce qui t'a
pris ?" . Martial : "Ça m'a rappelé le bon vieux temps ! … un quart d'heure pris sur la
guerre , tu vas pas en faire un fromage !?"
DESMOND 102 . LES ACCORDS SALT , ENCORE
Le Président revient d'une rencontre au sommet avec Brejnev , à Moscou . Les Accords SALT . il a l'air râvi : "Ah , Desmond ! … quelle semaine épatante j'ai passé à Moscou !"
- Moi : "Content de l'apprendre , Monsieur le Président"
- Lui , encore sous le coup de l'émerveillement : "Savez-vous qu'à Moscou l'allée centrale
de toutes les rues principales est réservée aux officiels du Parti ? … nous avons traversé la
ville à toute vitesse !"
- Moi : "Les discussions ont-elles progressé ?"
- Lui : "Moscou ! … ville magnifique ! … la Place Rouge , le Kremlin ! … ah , Desmond !" .
Le Président est dans son fauteuil , les yeux levés vers le plafond du Bureau Ovale où les
bulbes multicolores de Saint Basile se dissipent comme la brume , un matin d'été .
- Moi : "…………"
- Lui , revenant sur notre continent , à Washington où se trouve ma modeste personne dans
un siège qui lui fait face : "Les discussions ? … quelles discussions ?
- Moi : "Euh … Monsieur le Président … les Accords SALT"
- Lui , geste élusif de la main : "Oh , nous avons parlé de tout ça … Kissinger surtout …
il est pointu sur ce dossier … avec Kossyguine , Podgorny … Gromyko aussi était là …"
- Moi : "… et le Secrétaire Général , je suppose"
- Lui : "Brejnev !? … oui , il était là … les Accords SALT , ça n'avait pas l'air de le
passionner … il servait les boissons"
- Moi : "…….?………"
- Lui : "A 15 heures , il a tout arrêté … il voulait me faire visiter sa datcha … le soir , il y
avait un repas prévu là-bas … tenez-vous bien , Desmond , nous y sommes allés avec un
hydroglisseur sur la Moskova , rien que nous deux ! … nous deux et le pilote"
- Moi : "Les Accords SALT , Monsieur le Président … vous avez pu en toucher deux
mots à ce moment-là ? … en tête à tête"
- Lui : "Non … tout ce qui l'intéressait , c'était le dîner … Desmond , somptueux dîner ! …
et la datcha ! … dommage que Pat n'ait pas été du voyage !"
- Moi : "………………"
- Lui : "Kossyguine a failli gâcher la soirée quand il a remis la question des SALT sur la
table … c'est une obsession chez ce type ! … Leonid l'a rabroué … il lui a demandé de se
taire … c'est une chance : Henry était complètement bourré !"
- Moi : "………?………"
- Lui : "Vous savez qu'il a une jolie voix , notre Leonid ! … "Kalinka" , vous connaissez ?" .
Le Président fredonne : "Kalinka , Kalinka , Kalinka maya , f sadu yagoda malinka , malinka
maya …"
- Moi : "……….?………"
- Lui , revenant à ma petite personne : "Je vous traduis ? … Petite baie , dans le jardin il y a
des petites framboises , ma petite framboise ! … quel duo nous avons fait Leonid et moi !" .
A ce souvenir , son regard s'embue .
- Moi . J'ose murmurer : "Et les Accords SALT ?"
- Lui , tendant l'oreille : "Articulez , Desmond ! … qu'est-ce que vous dites ?"
- Moi : "Content de l'apprendre , Monsieur le Président"
- Lui , encore sous le coup de l'émerveillement : "Savez-vous qu'à Moscou l'allée centrale
de toutes les rues principales est réservée aux officiels du Parti ? … nous avons traversé la
ville à toute vitesse !"
- Moi : "Les discussions ont-elles progressé ?"
- Lui : "Moscou ! … ville magnifique ! … la Place Rouge , le Kremlin ! … ah , Desmond !" .
Le Président est dans son fauteuil , les yeux levés vers le plafond du Bureau Ovale où les
bulbes multicolores de Saint Basile se dissipent comme la brume , un matin d'été .
- Moi : "…………"
- Lui , revenant sur notre continent , à Washington où se trouve ma modeste personne dans
un siège qui lui fait face : "Les discussions ? … quelles discussions ?
- Moi : "Euh … Monsieur le Président … les Accords SALT"
- Lui , geste élusif de la main : "Oh , nous avons parlé de tout ça … Kissinger surtout …
il est pointu sur ce dossier … avec Kossyguine , Podgorny … Gromyko aussi était là …"
- Moi : "… et le Secrétaire Général , je suppose"
- Lui : "Brejnev !? … oui , il était là … les Accords SALT , ça n'avait pas l'air de le
passionner … il servait les boissons"
- Moi : "…….?………"
- Lui : "A 15 heures , il a tout arrêté … il voulait me faire visiter sa datcha … le soir , il y
avait un repas prévu là-bas … tenez-vous bien , Desmond , nous y sommes allés avec un
hydroglisseur sur la Moskova , rien que nous deux ! … nous deux et le pilote"
- Moi : "Les Accords SALT , Monsieur le Président … vous avez pu en toucher deux
mots à ce moment-là ? … en tête à tête"
- Lui : "Non … tout ce qui l'intéressait , c'était le dîner … Desmond , somptueux dîner ! …
et la datcha ! … dommage que Pat n'ait pas été du voyage !"
- Moi : "………………"
- Lui : "Kossyguine a failli gâcher la soirée quand il a remis la question des SALT sur la
table … c'est une obsession chez ce type ! … Leonid l'a rabroué … il lui a demandé de se
taire … c'est une chance : Henry était complètement bourré !"
- Moi : "………?………"
- Lui : "Vous savez qu'il a une jolie voix , notre Leonid ! … "Kalinka" , vous connaissez ?" .
Le Président fredonne : "Kalinka , Kalinka , Kalinka maya , f sadu yagoda malinka , malinka
maya …"
- Moi : "……….?………"
- Lui , revenant à ma petite personne : "Je vous traduis ? … Petite baie , dans le jardin il y a
des petites framboises , ma petite framboise ! … quel duo nous avons fait Leonid et moi !" .
A ce souvenir , son regard s'embue .
- Moi . J'ose murmurer : "Et les Accords SALT ?"
- Lui , tendant l'oreille : "Articulez , Desmond ! … qu'est-ce que vous dites ?"
vendredi 7 juin 2019
A LA BOULANGERIE
- "Combien avez-vous de pains maison ?"
- "Combien ?"
- "Oui , combien ?"
- "Vous voulez dire : le nombre ?"
- "Oui "
- "Euh" (Il compte) … "dix-huit … pourquoi ?"
- "Mettez-moi les dix-huit"
- "Comment allez-vous …"
- "J'ai ma camionnette dehors"
- "…….?…….."
- (Elle montre les croissants dans la vitrine) : "Et mettez-moi des croissants aussi …
et des pains au chocolat …"
- "Combien ?"
- "Tous"
- "Tous !?"
- "Oui … tous …"
- (C'est dimanche matin . Juste après la messe . Les clients affluent) : "C'est tout ce
que vous avez comme baguettes ?"
- "Euh … là ? … sur le chariot ?"
- "Oui"
- "Je les prends toutes"
- "Mais …"
- "Et vos pâtisseries … elles sont du jour ?"
- "Oui … bien entendu"
- "Bon … écoutez … je prends tout ce qu'il y a dans votre magasin …
c'est très appétissant"
- "Madame, je ne …"
- (Les clients sont partis) : "Tout-tout-tout"
- "Bon … vous payez comment ?"
- "Ah !? … parce que c'est payant ?"
- "Combien ?"
- "Oui , combien ?"
- "Vous voulez dire : le nombre ?"
- "Oui "
- "Euh" (Il compte) … "dix-huit … pourquoi ?"
- "Mettez-moi les dix-huit"
- "Comment allez-vous …"
- "J'ai ma camionnette dehors"
- "…….?…….."
- (Elle montre les croissants dans la vitrine) : "Et mettez-moi des croissants aussi …
et des pains au chocolat …"
- "Combien ?"
- "Tous"
- "Tous !?"
- "Oui … tous …"
- (C'est dimanche matin . Juste après la messe . Les clients affluent) : "C'est tout ce
que vous avez comme baguettes ?"
- "Euh … là ? … sur le chariot ?"
- "Oui"
- "Je les prends toutes"
- "Mais …"
- "Et vos pâtisseries … elles sont du jour ?"
- "Oui … bien entendu"
- "Bon … écoutez … je prends tout ce qu'il y a dans votre magasin …
c'est très appétissant"
- "Madame, je ne …"
- (Les clients sont partis) : "Tout-tout-tout"
- "Bon … vous payez comment ?"
- "Ah !? … parce que c'est payant ?"
LES LIVRES
Parfois - rarement - mon père me convoquait dans la bibliothèque . Il était assis
sur un fauteuil au style indéfini au milieu de la pièce tapissée de volumes dont les
dos luisaient à la lumière enfumée qui rayonnait médiocrement de l'abat-jour trans-
lucide d'un lampadaire . Il avait les jambes croisées , un livre ouvert - un de ses
poètes grecs - posé sur le sommet de son genou . Il me regardait d'un air dubitatif
comme si j'avais été un chat dans une cage à oiseaux . Il était l'oiseau , squelette
aviaire et large ceinture scapulaire , conçu pour voler . J'étais le chat , méfiant et
habillé de fausse sournoiserie . Il me faisait signe d'approcher mais pas trop , écrasait
le mégot de son cigarillo dans un cendrier monumental , jetait le livre sur la table basse ,
décroisait les jambes , les recroisait dans l'autre sens et , du pied , me désignait un siège :
"Assieds-toi" . Puis , le coude calé sur le bras du fauteuil , le visage penché appuyé sur
sa main sèche et musclée , il considérait incrédule sa singulière progéniture : comment
avait-il fait ça ?
sur un fauteuil au style indéfini au milieu de la pièce tapissée de volumes dont les
dos luisaient à la lumière enfumée qui rayonnait médiocrement de l'abat-jour trans-
lucide d'un lampadaire . Il avait les jambes croisées , un livre ouvert - un de ses
poètes grecs - posé sur le sommet de son genou . Il me regardait d'un air dubitatif
comme si j'avais été un chat dans une cage à oiseaux . Il était l'oiseau , squelette
aviaire et large ceinture scapulaire , conçu pour voler . J'étais le chat , méfiant et
habillé de fausse sournoiserie . Il me faisait signe d'approcher mais pas trop , écrasait
le mégot de son cigarillo dans un cendrier monumental , jetait le livre sur la table basse ,
décroisait les jambes , les recroisait dans l'autre sens et , du pied , me désignait un siège :
"Assieds-toi" . Puis , le coude calé sur le bras du fauteuil , le visage penché appuyé sur
sa main sèche et musclée , il considérait incrédule sa singulière progéniture : comment
avait-il fait ça ?
mercredi 5 juin 2019
KRANT 166 . UNE PROFESSION DE SAGE
- "Ces hommes sont des brutes !"
Par d'étroites échelles de bambou , des dockers malais extirpaient de nos cales des sacs
pesants qu'ils portaient sur la nuque . De la passerelle de commandement , Krant , le timo-
nier et moi-même assistions à cette pénible manutention .
- "Ces hommes sont des brutes" , répéta le timonier .
- Krant , les mains agrippées à la rambarde : "Le croyez-vous ?"
- Le timonier : "… des brutes , capitaine !"
- Krant : "Voulez-vous dire qu'ils sont entièrement dans leurs muscles … incapables de
penser ?"
- Le timonier : "Penser ? … savent-ils ce que c'est que penser ?"
- Krant : "Il y a peut-être parmi ces hommes un sage ?"
- Le timonier : "Pensez-vous , capitaine !? … un sage !? … ah , ah !"
- Krant : "Voyez cet homme au turban rouge … sur le troisième échelon … le voyez-vous ?"
- Le timonier : "Je le vois …"
- Krant : "Kauris est son nom"
- Le timonier : "Le connaissez-vous !?"
- Krant : "… oui … il y a des années , j'étais dans son village … à Sukau … il y avait un
port sur le fleuve … c'était Sukau …"
- Le timonier : "……………"
- Krant : "Poète et guérisseur … on venait de loin pour écouter Kauris , et le consulter …
il exerçait un autre métier sur le fleuve , aujourd'hui impraticable … Kauris était le meilleur
de sa profession … les capitaines du monde entier quand ils remontaient le fleuve jusqu'à
Sukau réclamaient les services de Kauris"
- Le timonier : "Quel était son métier ?"
- Krant ne quittant pas des yeux l'homme au turban rouge qui avait progressé de deux
échelons : "Timonier"
Par d'étroites échelles de bambou , des dockers malais extirpaient de nos cales des sacs
pesants qu'ils portaient sur la nuque . De la passerelle de commandement , Krant , le timo-
nier et moi-même assistions à cette pénible manutention .
- "Ces hommes sont des brutes" , répéta le timonier .
- Krant , les mains agrippées à la rambarde : "Le croyez-vous ?"
- Le timonier : "… des brutes , capitaine !"
- Krant : "Voulez-vous dire qu'ils sont entièrement dans leurs muscles … incapables de
penser ?"
- Le timonier : "Penser ? … savent-ils ce que c'est que penser ?"
- Krant : "Il y a peut-être parmi ces hommes un sage ?"
- Le timonier : "Pensez-vous , capitaine !? … un sage !? … ah , ah !"
- Krant : "Voyez cet homme au turban rouge … sur le troisième échelon … le voyez-vous ?"
- Le timonier : "Je le vois …"
- Krant : "Kauris est son nom"
- Le timonier : "Le connaissez-vous !?"
- Krant : "… oui … il y a des années , j'étais dans son village … à Sukau … il y avait un
port sur le fleuve … c'était Sukau …"
- Le timonier : "……………"
- Krant : "Poète et guérisseur … on venait de loin pour écouter Kauris , et le consulter …
il exerçait un autre métier sur le fleuve , aujourd'hui impraticable … Kauris était le meilleur
de sa profession … les capitaines du monde entier quand ils remontaient le fleuve jusqu'à
Sukau réclamaient les services de Kauris"
- Le timonier : "Quel était son métier ?"
- Krant ne quittant pas des yeux l'homme au turban rouge qui avait progressé de deux
échelons : "Timonier"
mardi 4 juin 2019
TROIS MOUCHES 155 . LOLITA À BRICELAND
Le crépuscule imprégnait déjà la jolie petite ville de Briceland , son architecture
pseudo-coloniale , ses boutiques de souvenirs et ses arbres ombreux d'importation
lorsque trois mouches vermeilles et merveilleuses se mirent à bourdonner contre nos
chapeaux de paille .
Trois pseudo-mouches à l'architecture ombreuse se mirent à bourdonner contre
les arbres merveilleux de la ville coloniale de Briceland . Elles imprégnaient de
souvenirs les jolies petites boutiques de chapeaux et , déjà , elles importaient des
pailles de crépuscule .
Briceland au crépuscule : ses petites boutiques ombreuses bourdonnent de
pseudo-souvenirs et , déjà , on s'émerveille car les trois arbres importés des colonies
par un architecte de la ville se mettent à imprégner de mouches vermeilles les jolis
chapeaux de paille .
pseudo-coloniale , ses boutiques de souvenirs et ses arbres ombreux d'importation
lorsque trois mouches vermeilles et merveilleuses se mirent à bourdonner contre nos
chapeaux de paille .
Trois pseudo-mouches à l'architecture ombreuse se mirent à bourdonner contre
les arbres merveilleux de la ville coloniale de Briceland . Elles imprégnaient de
souvenirs les jolies petites boutiques de chapeaux et , déjà , elles importaient des
pailles de crépuscule .
Briceland au crépuscule : ses petites boutiques ombreuses bourdonnent de
pseudo-souvenirs et , déjà , on s'émerveille car les trois arbres importés des colonies
par un architecte de la ville se mettent à imprégner de mouches vermeilles les jolis
chapeaux de paille .
lundi 3 juin 2019
PARADIS 105 . A L'EST D'EDEN
Une fois n'est pas coutume , Adam et Ève se promènent main dans la main sur
les bords du Phison , du côté d'Hevilach , là où pousse l'or (le Phison est l'un des
quatre fleuves de l'Eden , ok ? . A ne pas confondre avec Bdellion Ge 2 . 12 où se
trouve la pierre onyx) . Ils ont l'air de bonne humeur , un joli couple ! . Or , voici
que Dieu vient à contre-sens (c'est souvent comme ça avec Dieu) . Il marche tête
baissée , semble-t-il accablé , traînant les pieds dont le va et vient soulève un peu
de la poussière aurifère du chemin .
- Ève à Adam : "Regarde ! … c'est Didi ! … l'a pas l'air de rigoler" . A Dieu qui ne
les a pas vus , tout plongé dans sa cafardeuse méditation : "Didi !"
- Dieu , surpris , s'arrête et relève la tête : "Adam et Ève !"
- Ève : "Qu'est-ce que tu fais là ?"
- Dieu : "Et vous ?"
- Ève : "Adam ne travaille pas … il fait le pont … on a décidé de passer quelques
jours au bord du Phison"
- Dieu : "Ça a l'air d'aller le ménage …"
- Ève : "Y'a des hauts et des bas … mais globalement … et toi : t'as des soucis ? …
t'es pâlot"
- Dieu : "Oh , tu sais … tous les voyants sont au rouge"
- Adam : "Quels voyants ?"
- Dieu : "Par où commencer ? … dans le désordre : au Botswana , ils chassent mes
éléphants , ils brûlent ma forêt au Brésil , ils infectent ma nature avec leur saloperie
de chimie , mes orangs-outans de Sumatra ne savent plus où se cacher , mon rhino-
céros blanc est un souvenir comme le tigre de Tasmanie … Minamata , Love Canal ,
Bhopal , l'Exxon Valdez , Tchernobyl , le Zyklon B , Monsanto … vous en voulez
d'autres ? ..;"
- Adam et Ève : "…….?…….."
- Dieu : "Et vous ?"
- Ève : "Oh , nous , c'est super i … La Petite Robe Noire , tu connais ?"
- Dieu : "Euh … non … qu'est-ce que c'est ?"
- Ève : "Le nouveau parfum de Guerlain … "Une arme de séduction" qui disent .
"Audacieux , féminin , sifistiqué"
- Dieu . Il corrige : "So-phis-ti-qué"
- Adam : "Et Kawazaki sort la nouvelle Ninja 1000 ZX-10R - il était temps ! - avec
nouvelle culasse … 203 cv , tu parles d'une bécane !"
- Dieu s'éloigne : "Bon , amusez-vous les enfants !"
les bords du Phison , du côté d'Hevilach , là où pousse l'or (le Phison est l'un des
quatre fleuves de l'Eden , ok ? . A ne pas confondre avec Bdellion Ge 2 . 12 où se
trouve la pierre onyx) . Ils ont l'air de bonne humeur , un joli couple ! . Or , voici
que Dieu vient à contre-sens (c'est souvent comme ça avec Dieu) . Il marche tête
baissée , semble-t-il accablé , traînant les pieds dont le va et vient soulève un peu
de la poussière aurifère du chemin .
- Ève à Adam : "Regarde ! … c'est Didi ! … l'a pas l'air de rigoler" . A Dieu qui ne
les a pas vus , tout plongé dans sa cafardeuse méditation : "Didi !"
- Dieu , surpris , s'arrête et relève la tête : "Adam et Ève !"
- Ève : "Qu'est-ce que tu fais là ?"
- Dieu : "Et vous ?"
- Ève : "Adam ne travaille pas … il fait le pont … on a décidé de passer quelques
jours au bord du Phison"
- Dieu : "Ça a l'air d'aller le ménage …"
- Ève : "Y'a des hauts et des bas … mais globalement … et toi : t'as des soucis ? …
t'es pâlot"
- Dieu : "Oh , tu sais … tous les voyants sont au rouge"
- Adam : "Quels voyants ?"
- Dieu : "Par où commencer ? … dans le désordre : au Botswana , ils chassent mes
éléphants , ils brûlent ma forêt au Brésil , ils infectent ma nature avec leur saloperie
de chimie , mes orangs-outans de Sumatra ne savent plus où se cacher , mon rhino-
céros blanc est un souvenir comme le tigre de Tasmanie … Minamata , Love Canal ,
Bhopal , l'Exxon Valdez , Tchernobyl , le Zyklon B , Monsanto … vous en voulez
d'autres ? ..;"
- Adam et Ève : "…….?…….."
- Dieu : "Et vous ?"
- Ève : "Oh , nous , c'est super i … La Petite Robe Noire , tu connais ?"
- Dieu : "Euh … non … qu'est-ce que c'est ?"
- Ève : "Le nouveau parfum de Guerlain … "Une arme de séduction" qui disent .
"Audacieux , féminin , sifistiqué"
- Dieu . Il corrige : "So-phis-ti-qué"
- Adam : "Et Kawazaki sort la nouvelle Ninja 1000 ZX-10R - il était temps ! - avec
nouvelle culasse … 203 cv , tu parles d'une bécane !"
- Dieu s'éloigne : "Bon , amusez-vous les enfants !"
COTE 137 . 126 . LES CHIENS
- Martial à la cantonade : "Quand il n'y aura plus d'hommes pour faire la guerre …"
Points de suspension …
- Moi : "Et bien , Martial , finis ta phrase … qu'est-ce qui se passera quand il n'y aura
plus d'hommes pour faire la guerre ? … ça nous intéresse de savoir"
- Martial : "On enverra les chiens"
Points de suspension . Là-bas , les artilleurs rechargent les culasses .
- Le capitaine , tout en observant les champignons de fumée , à l'est : "Qu'est-ce que les
chiens viennent faire là-dedans ?"
- Martial . Il explique : 'Il n'y aura plus d'hommes … la guerre les aura tous usés …"
- Le capitaine : "Alors ?"
- Martial : "L'État-Major enverra les chiens"
- Moi : "C'est idiot ! … les chiens ne savent pas se servir d'un Lebel"
Points de suspension … une lointaine canonnade reprend son rassurant tambourinement .
- Le capitaine , écartant de ses yeux sa sempiternelle paire de jumelles : "Il a raison ,
Martial … votre idée est tout à fait farfelue … demandez à un chien de recharger la culasse
d'un obusier ! … de régler la hausse d'un canon ! …"
- Dutertre , rigolard : "Tu es fou , Martial !"
- Morel , indigné : "Des cabots !? … tu n'y penses pas !?"
- Moi , condescendant : "Des chiens !? … se lancer sous la mitraille !?"
- Morel encore : "Pourquoi pas des canards ?"
- Dutertre , Morel , le capitaine et moi , levons les yeux au ciel : "Des chiens !"
Points de suspension … tout , en effet , à ce moment , est suspendu …
- Martial , comme s'il avait longuement ressassé nos objections :
"Ils se contenteraient d'aboyer …"
Points de suspension …
- Moi : "Et bien , Martial , finis ta phrase … qu'est-ce qui se passera quand il n'y aura
plus d'hommes pour faire la guerre ? … ça nous intéresse de savoir"
- Martial : "On enverra les chiens"
Points de suspension . Là-bas , les artilleurs rechargent les culasses .
- Le capitaine , tout en observant les champignons de fumée , à l'est : "Qu'est-ce que les
chiens viennent faire là-dedans ?"
- Martial . Il explique : 'Il n'y aura plus d'hommes … la guerre les aura tous usés …"
- Le capitaine : "Alors ?"
- Martial : "L'État-Major enverra les chiens"
- Moi : "C'est idiot ! … les chiens ne savent pas se servir d'un Lebel"
Points de suspension … une lointaine canonnade reprend son rassurant tambourinement .
- Le capitaine , écartant de ses yeux sa sempiternelle paire de jumelles : "Il a raison ,
Martial … votre idée est tout à fait farfelue … demandez à un chien de recharger la culasse
d'un obusier ! … de régler la hausse d'un canon ! …"
- Dutertre , rigolard : "Tu es fou , Martial !"
- Morel , indigné : "Des cabots !? … tu n'y penses pas !?"
- Moi , condescendant : "Des chiens !? … se lancer sous la mitraille !?"
- Morel encore : "Pourquoi pas des canards ?"
- Dutertre , Morel , le capitaine et moi , levons les yeux au ciel : "Des chiens !"
Points de suspension … tout , en effet , à ce moment , est suspendu …
- Martial , comme s'il avait longuement ressassé nos objections :
"Ils se contenteraient d'aboyer …"
samedi 1 juin 2019
DESMOND 101 . PAPEETE
- "Desmond !" . C'est le Président . Il m'intercepte dans le couloir que j'emprunte tous les
jours pour me rendre à l'incinérateur . "Desmond ! … devinez ce que j'ai là …" . Il agite
à bout de bras ce qui semble une carte postale . "Une carte postale ! … et devinez de
qui ?" . Il rayonne . Son sourire aux dents peroxydées illumine le sombre couloir .
- Moi : "Euh … Monsieur le Président …"
- Lui : "Cécile !"
- Moi : "Cécile ?"
- Lui : "Allons , Desmond ! … ne me dites pas que vous avez oublié Cécile ! … Cécile
Bescherelle ! … la sublime , la sensationnelle , la fascinante Cécile Bescherelle !" .
(Cf Épisode Desmond 9)
- Moi : "Cécile Bescherelle … oui , je me souviens"
- Lui : "Il se souvient ! … Desmond , on ne se souvient pas d'une déesse ! … on y pense
à chaque seconde ! … jour et nuit ! … qu'est-ce qu'elle raconte ?" . Il ajuste ses lunettes
et lit à haute voix : "Monsieur le Président , bonjour de Papeete où je passe des vacances
avec Louis . Beau temps . Bisous"
- Le Président : "Louis ?"
- Moi : "C'est son mari , je présume … l'auteur de L'Art de Conjuguer"
- Lui : "Ce vieux bouc !? … au moins 25 ans de plus ! … qu'est-ce qu'elle fout avec ce
gars-là ?" . Regardant la carte postale : "A Papeete … savez-vous , Desmond , où se
trouve Papeete ?" . Il retourne la carte : "Ça doit être à la mer"
- Moi : "C'est sur l'île de Tahiti , Monsieur le président … Papeete est la capitale de la
Polynésie française"
- Lui : "La quoi ? … c'est une île ?"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président … au sud de l'Océan Pacifique"
- Lui : "Venez dans mon bureau , Desmond … nous allons arranger un voyage là-bas
… demain …"
- Moi : "Monsieur le Président , Monsieur Pompidou vous attend à Paris demain"
- Lui , regagnant le Bureau Ovale à grands pas . Je le suis . "Je sais , je sais … mais on
peut peut-être faire un crochet par Papeete"
- Moi . Je le suis en trottinant : Ce n'est pas vraiment la route"
- Le Président entre dans le Bureau Ovale , fait le tour du Wilson Desk et appuie sur la
touche K du téléphone : "Henry ? … Dear Henry … pour demain …"
- Kissinger (au téléphone) : "…………….."
- Le Président : "Oui … oui … mais j'aurais bien fait un crochet par Papeete"
- K (au tel) : "……?……."
- Le Président : "… oui … Georges … la Grande Claude … oui … je sais …"
- K : "………………."
- Le Président : "Je sais bien que ça a un coût , Henry ! … oui … oui … l'Air Force One
… le kérosène … 130 conseillers … oui … juste un quart d'heure , le temps de lui faire
une bise … oui … 80.000 dollars !? … tant que ça !?"
- K : "………………."
- Le Président est déçu : "Vous me déconseillez … et Georges ne comprendrait pas …"
- K : "………………."
- Le Président : "Ah , Henry … vous ne comprenez rien à l'Amour !"
jours pour me rendre à l'incinérateur . "Desmond ! … devinez ce que j'ai là …" . Il agite
à bout de bras ce qui semble une carte postale . "Une carte postale ! … et devinez de
qui ?" . Il rayonne . Son sourire aux dents peroxydées illumine le sombre couloir .
- Moi : "Euh … Monsieur le Président …"
- Lui : "Cécile !"
- Moi : "Cécile ?"
- Lui : "Allons , Desmond ! … ne me dites pas que vous avez oublié Cécile ! … Cécile
Bescherelle ! … la sublime , la sensationnelle , la fascinante Cécile Bescherelle !" .
(Cf Épisode Desmond 9)
- Moi : "Cécile Bescherelle … oui , je me souviens"
- Lui : "Il se souvient ! … Desmond , on ne se souvient pas d'une déesse ! … on y pense
à chaque seconde ! … jour et nuit ! … qu'est-ce qu'elle raconte ?" . Il ajuste ses lunettes
et lit à haute voix : "Monsieur le Président , bonjour de Papeete où je passe des vacances
avec Louis . Beau temps . Bisous"
- Le Président : "Louis ?"
- Moi : "C'est son mari , je présume … l'auteur de L'Art de Conjuguer"
- Lui : "Ce vieux bouc !? … au moins 25 ans de plus ! … qu'est-ce qu'elle fout avec ce
gars-là ?" . Regardant la carte postale : "A Papeete … savez-vous , Desmond , où se
trouve Papeete ?" . Il retourne la carte : "Ça doit être à la mer"
- Moi : "C'est sur l'île de Tahiti , Monsieur le président … Papeete est la capitale de la
Polynésie française"
- Lui : "La quoi ? … c'est une île ?"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président … au sud de l'Océan Pacifique"
- Lui : "Venez dans mon bureau , Desmond … nous allons arranger un voyage là-bas
… demain …"
- Moi : "Monsieur le Président , Monsieur Pompidou vous attend à Paris demain"
- Lui , regagnant le Bureau Ovale à grands pas . Je le suis . "Je sais , je sais … mais on
peut peut-être faire un crochet par Papeete"
- Moi . Je le suis en trottinant : Ce n'est pas vraiment la route"
- Le Président entre dans le Bureau Ovale , fait le tour du Wilson Desk et appuie sur la
touche K du téléphone : "Henry ? … Dear Henry … pour demain …"
- Kissinger (au téléphone) : "…………….."
- Le Président : "Oui … oui … mais j'aurais bien fait un crochet par Papeete"
- K (au tel) : "……?……."
- Le Président : "… oui … Georges … la Grande Claude … oui … je sais …"
- K : "………………."
- Le Président : "Je sais bien que ça a un coût , Henry ! … oui … oui … l'Air Force One
… le kérosène … 130 conseillers … oui … juste un quart d'heure , le temps de lui faire
une bise … oui … 80.000 dollars !? … tant que ça !?"
- K : "………………."
- Le Président est déçu : "Vous me déconseillez … et Georges ne comprendrait pas …"
- K : "………………."
- Le Président : "Ah , Henry … vous ne comprenez rien à l'Amour !"
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