Le chauffeur ferma les portes et prit place au volant . Berthe resta plantée au bord
du trottoir , presque au garde-à-vous , les bras le long du corps . Trois mouches vermeilles
et merveilleuses bourdonnaient contre son chapeau de paille . Elle fixait d'un air songeur
l'ambulance qui repartait lentement .
Le chauffeur songeait au corps de Berthe et à son chapeau de paille . Il fixait ses longs
bras vermeils quand elle prit sa place au volant . Presque au garde-à-vous , il ferma les
portes de l'ambulance qui , lentement , repartait . Il resta , planté là .
Sous les pailles vermeilles de son chapeau , plantée presque au garde-à-vous , Berthe
ferma lentement sa porte . Trois mouches bourdonnaient dans l'air le long de son corps .
Comme l'ambulance restait fixée contre le trottoir , elle songea à prendre place au volant
et repartir dans les bras de son merveilleux chauffeur .
mardi 31 décembre 2019
samedi 28 décembre 2019
PAISIBLE HALIFAX
Mes grands-parents paternels habitaient à Dartmouth , près d'Halifax en
Nouvelle-Écosse . Le 5 décembre , nous avions dormi chez eux . Le lendemain
matin , vers 8h , mon père m'a emmené voir les bateaux sur le port . J'étais sur
ses épaules . Il faisait froid . Comme j'apprenais à lire , mon père m'a demandé
si j'étais capable de dire le nom des cargos qui se trouvaient accostés de l'autre
côté des Narrows : le "Graville" , le "Rochambeau" , le "Marie Galante" et d'autres
qui manoeuvraient : le "Stella Maris" , un remorqueur qui remontait le chenal en
tirant deux barges , encore un cargo : le "Clara" … il y en avait un qui quittait le port ,
un gros cargo avec quatre mâts , l'"Imo" . "Tu as vu le drapeau" , dit mon père ,
"c'est un norvégien" . Plus loin , sur la mer , il y en avait d'autres , qui relâchaient
hors du port . "Regarde , il y a un bateau français … un steamer … comment s'appelle-
t-il ?" . Il était loin mais il venait vers nous . J'ai eu du mal à lire son nom : le "Mont-
Blanc" , m'exclamai-je joyeusement . Mon père : "Tu sais ce que c'est le Mont Blanc ?" .
"Non" . "C'est une très haute montagne en France … la plus haute !" . Le "Mont-
Blanc" , lentement , faisait mouvement pour entrer dans le port . Nous nous sommes
assis sur un banc , Papa et moi . "Ils vont se croiser" , dis-je . "Oui" , opina mon père :
"l'un sort et l'autre rentre" . Pendant dix minutes , nous avons regardé les deux cargos .
Ils se rapprochaient , ils allaient se croiser . "Tiens" , dit Papa, c'est bizarre … pourquoi
le norvégien passe à bâbord ? … ils vont … ils vont vraiment passer très près l'un de
l'autre …" . C'est alors que l'"Imo" a stoppé ses machines et qu'il a actionné sa sirène .
"Il n'a pas l'air content" a dit Papa en se soulevant légèrement du banc . Le "Mont-
Blanc" est arrivé à la hauteur de l'"Imo" . Il y a eu un grand bruit et une gerbe d'étin-
celles . Papa a jailli du banc : "Dieu du ciel , ils se sont touchés !" . Je suis resté assis .
Des flammes se sont élevées . Les gens sur le rivage se sont arrêtés . Des marins
couraient sur le pont des deux navires . Une colonne de fumée noire montait du pont
du "Mont-Blanc" . L'"Imo" essayait de s'écarter . Les habitants de Dartmouth sortaient
de chez eux et s'attroupaient sur le rivage . Les marins du "Mont-Blanc" ont mis deux
canots à l'eau et ils se sont mis à ramer à toute vitesse vers la côte . Le "Mont-Blanc"
a dérivé pendant vingt minutes . On l'a vu s'éloigner sous son énorme panache vers
Richmond où il a percuté un quai . Je me suis enfin levé de mon banc . Quelqu'un a
dit : "Il a touché le quai n° 6" . J'ai rejoint mon père qui discutait avec d'autres hommes
et , au moment où j'allais prendre sa main , l'air est devenu transparent , il s'est enflammé ,
mes tympans ont éclaté …
Quand je suis revenu à moi , l'air brûlait . J'étais tout nu et couvert de suie . Dartmouth
et Richmond se consumaient . Le ciel rougeoyait . Papa était à côté de moi , coupé en
deux et j'avais dans le corps cent esquilles d'acier et de verre . A 9h , 4mn et 35s ,
le 6 décembre 1917 , le "Mont-Blanc" chargé de 2400 tonnes de TNT , fulmicoton et
acide picrique venait d'exploser . Il s'était vaporisé . L'une de ses ancres pesant plus
d'une tonne fut retrouvée à quatre kilomètres du port .
3000 morts . 9000 blessés . 160 hectares de ville détruits .
Nouvelle-Écosse . Le 5 décembre , nous avions dormi chez eux . Le lendemain
matin , vers 8h , mon père m'a emmené voir les bateaux sur le port . J'étais sur
ses épaules . Il faisait froid . Comme j'apprenais à lire , mon père m'a demandé
si j'étais capable de dire le nom des cargos qui se trouvaient accostés de l'autre
côté des Narrows : le "Graville" , le "Rochambeau" , le "Marie Galante" et d'autres
qui manoeuvraient : le "Stella Maris" , un remorqueur qui remontait le chenal en
tirant deux barges , encore un cargo : le "Clara" … il y en avait un qui quittait le port ,
un gros cargo avec quatre mâts , l'"Imo" . "Tu as vu le drapeau" , dit mon père ,
"c'est un norvégien" . Plus loin , sur la mer , il y en avait d'autres , qui relâchaient
hors du port . "Regarde , il y a un bateau français … un steamer … comment s'appelle-
t-il ?" . Il était loin mais il venait vers nous . J'ai eu du mal à lire son nom : le "Mont-
Blanc" , m'exclamai-je joyeusement . Mon père : "Tu sais ce que c'est le Mont Blanc ?" .
"Non" . "C'est une très haute montagne en France … la plus haute !" . Le "Mont-
Blanc" , lentement , faisait mouvement pour entrer dans le port . Nous nous sommes
assis sur un banc , Papa et moi . "Ils vont se croiser" , dis-je . "Oui" , opina mon père :
"l'un sort et l'autre rentre" . Pendant dix minutes , nous avons regardé les deux cargos .
Ils se rapprochaient , ils allaient se croiser . "Tiens" , dit Papa, c'est bizarre … pourquoi
le norvégien passe à bâbord ? … ils vont … ils vont vraiment passer très près l'un de
l'autre …" . C'est alors que l'"Imo" a stoppé ses machines et qu'il a actionné sa sirène .
"Il n'a pas l'air content" a dit Papa en se soulevant légèrement du banc . Le "Mont-
Blanc" est arrivé à la hauteur de l'"Imo" . Il y a eu un grand bruit et une gerbe d'étin-
celles . Papa a jailli du banc : "Dieu du ciel , ils se sont touchés !" . Je suis resté assis .
Des flammes se sont élevées . Les gens sur le rivage se sont arrêtés . Des marins
couraient sur le pont des deux navires . Une colonne de fumée noire montait du pont
du "Mont-Blanc" . L'"Imo" essayait de s'écarter . Les habitants de Dartmouth sortaient
de chez eux et s'attroupaient sur le rivage . Les marins du "Mont-Blanc" ont mis deux
canots à l'eau et ils se sont mis à ramer à toute vitesse vers la côte . Le "Mont-Blanc"
a dérivé pendant vingt minutes . On l'a vu s'éloigner sous son énorme panache vers
Richmond où il a percuté un quai . Je me suis enfin levé de mon banc . Quelqu'un a
dit : "Il a touché le quai n° 6" . J'ai rejoint mon père qui discutait avec d'autres hommes
et , au moment où j'allais prendre sa main , l'air est devenu transparent , il s'est enflammé ,
mes tympans ont éclaté …
Quand je suis revenu à moi , l'air brûlait . J'étais tout nu et couvert de suie . Dartmouth
et Richmond se consumaient . Le ciel rougeoyait . Papa était à côté de moi , coupé en
deux et j'avais dans le corps cent esquilles d'acier et de verre . A 9h , 4mn et 35s ,
le 6 décembre 1917 , le "Mont-Blanc" chargé de 2400 tonnes de TNT , fulmicoton et
acide picrique venait d'exploser . Il s'était vaporisé . L'une de ses ancres pesant plus
d'une tonne fut retrouvée à quatre kilomètres du port .
3000 morts . 9000 blessés . 160 hectares de ville détruits .
vendredi 27 décembre 2019
KRANT 190 . WATA-HEPI
- Monsieur Lee : "Ainsi les Okakis vous auraient donné le nom de Wata-Hepi"
- Moi : "……?……"
- Monsieur Lee : "Ce qui signifie : Sur-le-Bateau"
- Moi : "……?……"
- Monsieur Lee : "Réfléchissez , chef … c'est le seul nom possible !"
- Moi : "……?……"
- Monsieur Lee : "Vous viviez avec Papa et Maman sur un lopin de terre … mais il vous
fallait gagner votre pain …"
- Moi : "…………."
- Monsieur Lee : "Vous vous êtes donc embarqué sur le Kritik … quoi faire d'autre ?"
- Moi : "…………."
- Monsieur Lee : "Chef … Quoi faire d'autre qu'embarquer ?"
- Moi : "…………."
- Monsieur Lee : "Wata-Hepi ! … cela vous va très bien , chef ! … hi , hi , hi …"
- Moi : "……?……"
- Monsieur Lee : "Ce qui signifie : Sur-le-Bateau"
- Moi : "……?……"
- Monsieur Lee : "Réfléchissez , chef … c'est le seul nom possible !"
- Moi : "……?……"
- Monsieur Lee : "Vous viviez avec Papa et Maman sur un lopin de terre … mais il vous
fallait gagner votre pain …"
- Moi : "…………."
- Monsieur Lee : "Vous vous êtes donc embarqué sur le Kritik … quoi faire d'autre ?"
- Moi : "…………."
- Monsieur Lee : "Chef … Quoi faire d'autre qu'embarquer ?"
- Moi : "…………."
- Monsieur Lee : "Wata-Hepi ! … cela vous va très bien , chef ! … hi , hi , hi …"
mercredi 25 décembre 2019
AUDIENCE PONTIFICALE 9
Audience pontificale ! … la neuvième … je commence à connaître les habitudes
vaticanes . Désormais , on me connaît là-bas . Les Gardes Suisses ne me croisent plus
les hallebardes devant le nez . Je les appelle par leur prénom : Martin , Andreas , Roland
… je leur tape sur l'épaule . Il est 7 heures . Soleil radieux sur Rome . Et le Saint-Père
a l'air en forme !
- Moi : "Saint-Père , vous m'avez l'air en super forme !"
- JPII : "Tu l'as dis , mon fils … du feu de …"
- Moi : "Ça tombe bien : j'ai quelques questions"
- JPII se rembrunit : "Des questions ?"
- Moi : "Oui … une ou deux …"
- JPII : "Une ou deux ?"
- Moi : "Au moins une"
- JPII se penche : "J'écoute mais fais vite"
- Moi : "Euh … c'est-à-dire … ça demande un développement"
- JPII : "Mon temps est compté , mon vieux … essaie de synthétiser"
- Moi : "C'est à propos des mystères"
- JPII : "Une question à propos des mystères ?"
- Moi : "Oui"
- JPII : "C'est paradoxal … vas-y … je t'écoute"
- Moi : "Est-ce que ..."
- JPII m'interrompt : "Quelle heure as-tu ?"
- Moi : "7h12"
- JPII : "7h12 !? … es-tu sûr ?"
- Moi : "Sûr et certain : 7h12 et 25 secondes"
- JPII se redresse vivement : "Bonté divine ! … mes deux gélules de Levodopa !"
vaticanes . Désormais , on me connaît là-bas . Les Gardes Suisses ne me croisent plus
les hallebardes devant le nez . Je les appelle par leur prénom : Martin , Andreas , Roland
… je leur tape sur l'épaule . Il est 7 heures . Soleil radieux sur Rome . Et le Saint-Père
a l'air en forme !
- Moi : "Saint-Père , vous m'avez l'air en super forme !"
- JPII : "Tu l'as dis , mon fils … du feu de …"
- Moi : "Ça tombe bien : j'ai quelques questions"
- JPII se rembrunit : "Des questions ?"
- Moi : "Oui … une ou deux …"
- JPII : "Une ou deux ?"
- Moi : "Au moins une"
- JPII se penche : "J'écoute mais fais vite"
- Moi : "Euh … c'est-à-dire … ça demande un développement"
- JPII : "Mon temps est compté , mon vieux … essaie de synthétiser"
- Moi : "C'est à propos des mystères"
- JPII : "Une question à propos des mystères ?"
- Moi : "Oui"
- JPII : "C'est paradoxal … vas-y … je t'écoute"
- Moi : "Est-ce que ..."
- JPII m'interrompt : "Quelle heure as-tu ?"
- Moi : "7h12"
- JPII : "7h12 !? … es-tu sûr ?"
- Moi : "Sûr et certain : 7h12 et 25 secondes"
- JPII se redresse vivement : "Bonté divine ! … mes deux gélules de Levodopa !"
DESMOND 123 . TROCTOLITE 2
Avec le Président , Kissinger et Maryline dans le Bureau Ovale . Un caillou est
posé sur le Wilson Desk . Il s'agit d'une roche lunaire ramenée de notre satellite par
Cernan et Schmitt (Apollo 17) .
- Le Président : "Maryline , vous allez m'emballer ce caillou dans un papier cadeau …
avec un ruban … vous avez ça ?"
- Maryline : "Oui , Monsieur le Président … j'ai quelques rouleaux dans mon bureau" .
Elle sort avec le caillou .
- Kissinger : "Euh … Monsieur le Président … vous allez offrir cette roche lunaire ?"
- Le Président : "Oui , Henry … ce caillou , je vais le donner"
- Kissinger : "C'est une roche magmatique , extraite par Schmitt dans la vallée du
Taurus-Littrow sur la bordure sud-est de la Mer de la Sérénité ! … c'est de la troctolite ,
Monsieur le Président … cette pierre coûte des millions de dollars au contribuable …
vous allez la donner !?"
- Le Président : "Vous êtes bien radin , Henry … c'est pour un ami"
- Kissinger : "……….?…….. pour un ami !? … un ami proche ?"
- Le Président : "A vol d'oiseau et à vue de nez : 8000 kms"
- Kissinger : "Moscou ?"
- Le Président : "Henry , on ne peut rien vous cacher ! … vous savez que Leonid est
mon ami"
- Kissinger joue la carte diplomatique ; "Monsieur le Président … si je puis me permettre
… je doute qu'il apprécie … vous savez , la course à la lune … le crash de Luna 15 en
1969 …"
- Le Président : "Je sais tout cela , Henry … it's a joke , une taquinerie … Leonid a de
l'humour"
- Kissinger , sombre : "J'en doute , Monsieur le Président … et le Politburo en a moins
encore"
- Le Président : "Vous pensez que je dois m'abstenir ?"
- Kissinger : "Je le pense sincèrement , Monsieur le Président"
Sur ce , Maryline revient . Elle a emballé le caillou dans un joli papier argenté entortillé
de bolduc rouge .
- Le Président : "Vous êtes une as , Maryline"
- Maryline : "Oh , merci Monsieur le Président !"
- Le Président : "C'est bientôt votre anniversaire , Maryline ?"
- Maryline : "Oh , non !"
- Le Président : "Tant pis … je vous fait d'avance ce cadeau … vous trouverez bien une
place sur la cheminée de votre studio pour poser ce caillou … c'est de la … de la …
comment dites-vous , Henry ?"
- Kissinger : "De la troctolite … et ça coûte pas mal d'argent !"
- Le Président : "Oui , Henry … vous l'avez dit : quelques millions de dollars …
prenez-le Maryline … il est à vous … je ne vois pas comment un caillou peut coûter
ce prix-là !"
posé sur le Wilson Desk . Il s'agit d'une roche lunaire ramenée de notre satellite par
Cernan et Schmitt (Apollo 17) .
- Le Président : "Maryline , vous allez m'emballer ce caillou dans un papier cadeau …
avec un ruban … vous avez ça ?"
- Maryline : "Oui , Monsieur le Président … j'ai quelques rouleaux dans mon bureau" .
Elle sort avec le caillou .
- Kissinger : "Euh … Monsieur le Président … vous allez offrir cette roche lunaire ?"
- Le Président : "Oui , Henry … ce caillou , je vais le donner"
- Kissinger : "C'est une roche magmatique , extraite par Schmitt dans la vallée du
Taurus-Littrow sur la bordure sud-est de la Mer de la Sérénité ! … c'est de la troctolite ,
Monsieur le Président … cette pierre coûte des millions de dollars au contribuable …
vous allez la donner !?"
- Le Président : "Vous êtes bien radin , Henry … c'est pour un ami"
- Kissinger : "……….?…….. pour un ami !? … un ami proche ?"
- Le Président : "A vol d'oiseau et à vue de nez : 8000 kms"
- Kissinger : "Moscou ?"
- Le Président : "Henry , on ne peut rien vous cacher ! … vous savez que Leonid est
mon ami"
- Kissinger joue la carte diplomatique ; "Monsieur le Président … si je puis me permettre
… je doute qu'il apprécie … vous savez , la course à la lune … le crash de Luna 15 en
1969 …"
- Le Président : "Je sais tout cela , Henry … it's a joke , une taquinerie … Leonid a de
l'humour"
- Kissinger , sombre : "J'en doute , Monsieur le Président … et le Politburo en a moins
encore"
- Le Président : "Vous pensez que je dois m'abstenir ?"
- Kissinger : "Je le pense sincèrement , Monsieur le Président"
Sur ce , Maryline revient . Elle a emballé le caillou dans un joli papier argenté entortillé
de bolduc rouge .
- Le Président : "Vous êtes une as , Maryline"
- Maryline : "Oh , merci Monsieur le Président !"
- Le Président : "C'est bientôt votre anniversaire , Maryline ?"
- Maryline : "Oh , non !"
- Le Président : "Tant pis … je vous fait d'avance ce cadeau … vous trouverez bien une
place sur la cheminée de votre studio pour poser ce caillou … c'est de la … de la …
comment dites-vous , Henry ?"
- Kissinger : "De la troctolite … et ça coûte pas mal d'argent !"
- Le Président : "Oui , Henry … vous l'avez dit : quelques millions de dollars …
prenez-le Maryline … il est à vous … je ne vois pas comment un caillou peut coûter
ce prix-là !"
lundi 23 décembre 2019
DESMOND 122 . TROCTOLITE 1
- Le Président au téléphone . Il est de très bonne humeur : "Ah , Desmond ! … je vais
vous en raconter une bien bonne ! … montez dans mon bureau , voulez-vous …"
Dans son bureau privé . Le Président lit le Washington Post . Il le replie et , guilleret ,
de sa main aux longs doigts fins , il m'invite à m'asseoir.
- "Ils sont râvis !"
- Moi : "Euh , Monsieur le Président … de qui parlez-vous ?"
- Lui : "Mais de Georges , bien entendu … Georges et Claude … ils sont râvis !"
- Moi : "Je … je suis content de l'apprendre … mais …"
- Lui , interdit , écarte les bras : "Mais quoi , Desmond !? … à leur place , vous ne seriez
pas enchanté ?"
- Moi : "Si … probablement … mais à quel propos ?"
- Lui s'énerve un peu : "Desmond ! … à propos du caillou ! … vous n'êtes pas au courant ?"
- Moi : "Monsieur le Président … je … quel caillou ? …"
- Lui : "Le caillou d'Harrison … de quel caillou voulez-vous que je parle !?"
- Moi . Je bafouille : "Le caillou d'Harrison ? … Harrison …"
- Lui s'impatiente : "Harrison … le géologue"
- Moi : "Monsieur le Président … veuillez m'excuser … Harrison ? … son caillou ? …"
- Lui est consterné : "C'est dingue , Desmond ! … vous ne lisez pas les journaux ? …
vous ne regardez pas la télé ? … vous n'écoutez pas la radio ? "
- Moi : "Si … parfois …"
- Lui : "Parfois !? … c'est votre petite amie qui prend tout votre temps ?"
- Moi , je nie bêtement : "Non … non …"
- Lui : "Harrison Schmitt , le géologue d'Apollo 17 … vous savez que nous sommes allés
sur la lune , Desmond …" . Puis , sarcastique et mécontent : " … ou vous êtes le dernier
humain à l'apprendre ?"
- Moi : "Ah , oui … euh … Schmitt ..."
- Lui : "Schmitt a ramassé des cailloux sur la lune … vous voyez ce que c'est des cailloux ?"
- Moi : "Oui … oui … des roches lunaires"
- Lui : "Bon … des cailloux quoi ! … j'en ai donné un à Georges Pom … Pimpi …
son nom est ? …"
- Moi : "Pompidou , Monsieur le Président"
- Lui : "Ils sont fous de joie … Georges ne sait pas comment me remercier … la Grande
Claude m'a embrassé au téléphone ! … je ne comprends pas ce qu'ils ont tous avec ces
cailloux ! … Georges va le mettre dans son Palais … je ne savais pas qu'il avait un Palais
… 25000m2 !! … rendez-vous compte , Desmond : 25000m2 !"
- Moi : "Ça doit être le Palais de la Découverte , Monsieur le Président"
vous en raconter une bien bonne ! … montez dans mon bureau , voulez-vous …"
Dans son bureau privé . Le Président lit le Washington Post . Il le replie et , guilleret ,
de sa main aux longs doigts fins , il m'invite à m'asseoir.
- "Ils sont râvis !"
- Moi : "Euh , Monsieur le Président … de qui parlez-vous ?"
- Lui : "Mais de Georges , bien entendu … Georges et Claude … ils sont râvis !"
- Moi : "Je … je suis content de l'apprendre … mais …"
- Lui , interdit , écarte les bras : "Mais quoi , Desmond !? … à leur place , vous ne seriez
pas enchanté ?"
- Moi : "Si … probablement … mais à quel propos ?"
- Lui s'énerve un peu : "Desmond ! … à propos du caillou ! … vous n'êtes pas au courant ?"
- Moi : "Monsieur le Président … je … quel caillou ? …"
- Lui : "Le caillou d'Harrison … de quel caillou voulez-vous que je parle !?"
- Moi . Je bafouille : "Le caillou d'Harrison ? … Harrison …"
- Lui s'impatiente : "Harrison … le géologue"
- Moi : "Monsieur le Président … veuillez m'excuser … Harrison ? … son caillou ? …"
- Lui est consterné : "C'est dingue , Desmond ! … vous ne lisez pas les journaux ? …
vous ne regardez pas la télé ? … vous n'écoutez pas la radio ? "
- Moi : "Si … parfois …"
- Lui : "Parfois !? … c'est votre petite amie qui prend tout votre temps ?"
- Moi , je nie bêtement : "Non … non …"
- Lui : "Harrison Schmitt , le géologue d'Apollo 17 … vous savez que nous sommes allés
sur la lune , Desmond …" . Puis , sarcastique et mécontent : " … ou vous êtes le dernier
humain à l'apprendre ?"
- Moi : "Ah , oui … euh … Schmitt ..."
- Lui : "Schmitt a ramassé des cailloux sur la lune … vous voyez ce que c'est des cailloux ?"
- Moi : "Oui … oui … des roches lunaires"
- Lui : "Bon … des cailloux quoi ! … j'en ai donné un à Georges Pom … Pimpi …
son nom est ? …"
- Moi : "Pompidou , Monsieur le Président"
- Lui : "Ils sont fous de joie … Georges ne sait pas comment me remercier … la Grande
Claude m'a embrassé au téléphone ! … je ne comprends pas ce qu'ils ont tous avec ces
cailloux ! … Georges va le mettre dans son Palais … je ne savais pas qu'il avait un Palais
… 25000m2 !! … rendez-vous compte , Desmond : 25000m2 !"
- Moi : "Ça doit être le Palais de la Découverte , Monsieur le Président"
dimanche 22 décembre 2019
COTE 137 . 142 . RAMA VI
Comme souvent , Martial est plongé dans un journal . C'est l'une de ses postures
coutumières : assis près de la cagna du capitaine sur un sac de sable ou sur tout siège
improvisé lui permettant de garder son cul au sec , genoux écartés , coudes appuyés
sur les cuisses , journal largement déployé . Sil pleut (il pleut) , il tire sa capote au-
dessus de sa tête , comme un auvent . Ce qui fait de Martial , en plus de ses multiples
rôles , une inépuisable gazette .
- Martial , au capitaine , lui aussi dans une figure quotidienne , observateur binoculaire
de la Cote 137 : "Mon capitaine , réjouissons-nous !"
- Le capitaine , sans lâcher ses jumelles : "Vous avez de bonnes nouvelles ?"
- Martial : "Au moins une …"
- Le capitaine , appuyé sur le parapet , écarte ses jumelles et se retourne à-demi :
"Ah bon ! … une bonne nouvelle ? … dites toujours …"
- Martial : "Rama VI est avec nous"
- Le capitaine : "Qui ?"
- Martial : "Rama VI … vous ne le connaissez pas ?"
- Le capitaine : "Non"
- Martial : "C'est un ami"
- Le capitaine : "Un de vos amis ?"
- Martial : "Mon capitaine ! … Rama VI est un roi , et je n'ai pas de roi dans mes
connaissances ! … c'est le Roi du Siam"
- Le capitaine : "Que nous veut-il ce roi ?"
- Martial : "Du bien … vous savez où se trouve ce pays ? … le Siam ?"
- Le capitaine : "Euh … pas exactement … en Asie du sud-est , je pense"
- Martial : "Le Roi nous envoie 1284 volontaires et 95 pilotes"
- Le capitaine : "Des pilotes siamois !?"
- Martial avise le capitaine par-dessus le journal qu'il a à-demi aplati sur ses cuisses :
"Oui , des Siamois … pas des bretons … vous pensez que les Siamois ne savent pas
voler ?"
- Le capitaine : "Non … non … les Siamois sont probablement capables de voler …
encore faut-il avoir des aéroplanes !"
- Martial : "Ils n'en ont pas ?"
- Le capitaine : "J'en doute"
- Martial reprend sa lecture : "Le journal ne dit pas s'ils viennent avec leurs aéroplanes
… on leur en prêtera"
- Le capitaine : "Notez cependant , Martial , que piloter ça s'apprend"
- Martial saisit son Lebel posé contre le parados : "Notez , mon capitaine , qu'avant la
guerre , je ne savais pas me servir de ça"
- Le capitaine a repris son observation .
- Martial : "Avant la guerre , je chassais le canard dans le marais , derrière chez moi …
avec une fronde"
samedi 21 décembre 2019
PARADIS 123 . 6 AOÛT
- 6 août . 2h35 . Tinian . Dieu est à son poste d'observation : "C'est pas vrai
qu'ils vont le faire !"
- Adam est à la porte de l'Atelier . Il est venu montrer à son Créateur sa dernière
invention , une avancée technologique incontestable : l'arc . "De qui tu parles ?"
- Dieu : "Des américains"
- Adam : "Les quoi ?"
- Dieu lève la main : "Tais-toi ! … c'est très grave"
- Adam : "Tu veux pas voir ce que j'ai inventé ?"
- Dieu , par égard pour sa Créature : "Tu as inventé quelque chose ?"
- Adam , fièrement brandit son arc : "Ça"
- Dieu : "Qu'est-ce que c'est ?"
- Adam : "Un arc"
- Dieu : "A quoi ça sert ?"
- Adam : "Avec ça , je lance des flèches"
- Dieu : "Bon , Adam , une minute … je suis occupé … c'est sérieux"
- Adam : "……..?………"
- Dieu . 3h10 : "Ils ont armé Little Boy ! . Ils ne vont quand même pas … non …
ça n'est pas possible ! … qu'est-ce que j'ai fait !?"
- Adam : "Quoi ? … qu'est-ce que t'as fait ?"
- Dieu tape du poing sur la table : "Une prouesse stupide ! … j'ai créé l'Homme , Adam !"
- Adam : "Tu veux que je fasse une démonstration ?"
- Dieu , rivé à son observation : "Une démonstration de quoi ? "
- Adam : "Mon arc … je voudrais que tu voies ce que je suis capable de faire"
- Dieu : "Plus tard , Adam … plus tard …"
- Adam : "Tu vas voir , c'est chouette"
- Dieu : "Où vont-ils ? … dans quel coin de mon Paradis vont-ils jeté leur saloperie ?"
- Adam s'approche de Dieu avec son arc et son carquois , il regarde par-dessus l'épaule
du Créateur : "Qu'est-ce que tu regardes ?"
- Dieu : "Je … je ne regarde pas … je … non … je ne peux rien faire ! … c'est trop tard
… je ne veux pas voir ça !"
- Adam saisit une flèche et bande son arc .
- Dieu . 9h : "Hiroshima ! … ils ont choisi Hiroshima !"
- Adam : "Regarde !"
- Dieu . 9h15mn15s (8h15 à Hiroshima) : "Les portes de la soute ! … ils ont ouvert
les portes de la soute ! … non ! … ils l'ont larguée !!!!"
- Adam libère sa flèche . Elle traverse l'Atelier en sifflant . Elle se fiche dans le plan
de la Création punaisée sur le mur : "Dans le mille !"
- Dieu laisse tomber son front sur le plateau de l'établi : "Ils l'ont fait !"
qu'ils vont le faire !"
- Adam est à la porte de l'Atelier . Il est venu montrer à son Créateur sa dernière
invention , une avancée technologique incontestable : l'arc . "De qui tu parles ?"
- Dieu : "Des américains"
- Adam : "Les quoi ?"
- Dieu lève la main : "Tais-toi ! … c'est très grave"
- Adam : "Tu veux pas voir ce que j'ai inventé ?"
- Dieu , par égard pour sa Créature : "Tu as inventé quelque chose ?"
- Adam , fièrement brandit son arc : "Ça"
- Dieu : "Qu'est-ce que c'est ?"
- Adam : "Un arc"
- Dieu : "A quoi ça sert ?"
- Adam : "Avec ça , je lance des flèches"
- Dieu : "Bon , Adam , une minute … je suis occupé … c'est sérieux"
- Adam : "……..?………"
- Dieu . 3h10 : "Ils ont armé Little Boy ! . Ils ne vont quand même pas … non …
ça n'est pas possible ! … qu'est-ce que j'ai fait !?"
- Adam : "Quoi ? … qu'est-ce que t'as fait ?"
- Dieu tape du poing sur la table : "Une prouesse stupide ! … j'ai créé l'Homme , Adam !"
- Adam : "Tu veux que je fasse une démonstration ?"
- Dieu , rivé à son observation : "Une démonstration de quoi ? "
- Adam : "Mon arc … je voudrais que tu voies ce que je suis capable de faire"
- Dieu : "Plus tard , Adam … plus tard …"
- Adam : "Tu vas voir , c'est chouette"
- Dieu : "Où vont-ils ? … dans quel coin de mon Paradis vont-ils jeté leur saloperie ?"
- Adam s'approche de Dieu avec son arc et son carquois , il regarde par-dessus l'épaule
du Créateur : "Qu'est-ce que tu regardes ?"
- Dieu : "Je … je ne regarde pas … je … non … je ne peux rien faire ! … c'est trop tard
… je ne veux pas voir ça !"
- Adam saisit une flèche et bande son arc .
- Dieu . 9h : "Hiroshima ! … ils ont choisi Hiroshima !"
- Adam : "Regarde !"
- Dieu . 9h15mn15s (8h15 à Hiroshima) : "Les portes de la soute ! … ils ont ouvert
les portes de la soute ! … non ! … ils l'ont larguée !!!!"
- Adam libère sa flèche . Elle traverse l'Atelier en sifflant . Elle se fiche dans le plan
de la Création punaisée sur le mur : "Dans le mille !"
- Dieu laisse tomber son front sur le plateau de l'établi : "Ils l'ont fait !"
vendredi 20 décembre 2019
L'AUTOMNE 6
Confessez-vous
Ô femmes
Aux prêtres de l'automne …
Qu'avez-vous fait ?
Quels péchés ,
Quelle affreuse trahison ?
Avouez !
Peut-être
Nous vous pardonnerons .
Peut-être …
Si , toutefois ,
Vous faites pénitence .
Ego te absolvo
In nomine patris ...
Ô femmes
Aux prêtres de l'automne …
Qu'avez-vous fait ?
Quels péchés ,
Quelle affreuse trahison ?
Avouez !
Peut-être
Nous vous pardonnerons .
Peut-être …
Si , toutefois ,
Vous faites pénitence .
Ego te absolvo
In nomine patris ...
jeudi 19 décembre 2019
TROIS MOUCHES 175 . AUTRES NOUVELLES DU PARADIS
Suis resté à la maison ce soir et ai mis à réchauffer une barquette de cannellonis
que j'ai trouvée dans le congélateur de Berthe . Pas assez longtemps , cependant ,
ou peut-être que la température du four n'était pas suffisante . Trois mouches vermeilles
et merveilleuses bourdonnaient contre mon chapeau de paille . Toujours est-il que les
cannellonis étaient inégalement cuits .
C'était un soir merveilleux , comme toujours . La maison bourdonnait de mouches .
Berthe s'était mise à réchauffer trois barquettes de cannellonis qu'elle avait trouvées dans
le congélateur . Les cannellonis cuisaient dans le four . La température était suffisante
mais pas assez cependant et , longtemps , ils étaient restés inégalement vermeils comme ,
peut-être la paille de mon chapeau .
Berthe avait trouvé une barquette . Mais comme la température était celle d'un four ,
nous nous sommes mis à cuire ; et cependant , c'était le soir . Toujours est-il que nous
sommes restés à la maison , à réchauffer longuement les cannellonis du congélateur .
Trois mouches , peut-être pas assez émerveillées par nos chapeaux de paille , bourdon-
naient inégalement .
que j'ai trouvée dans le congélateur de Berthe . Pas assez longtemps , cependant ,
ou peut-être que la température du four n'était pas suffisante . Trois mouches vermeilles
et merveilleuses bourdonnaient contre mon chapeau de paille . Toujours est-il que les
cannellonis étaient inégalement cuits .
C'était un soir merveilleux , comme toujours . La maison bourdonnait de mouches .
Berthe s'était mise à réchauffer trois barquettes de cannellonis qu'elle avait trouvées dans
le congélateur . Les cannellonis cuisaient dans le four . La température était suffisante
mais pas assez cependant et , longtemps , ils étaient restés inégalement vermeils comme ,
peut-être la paille de mon chapeau .
Berthe avait trouvé une barquette . Mais comme la température était celle d'un four ,
nous nous sommes mis à cuire ; et cependant , c'était le soir . Toujours est-il que nous
sommes restés à la maison , à réchauffer longuement les cannellonis du congélateur .
Trois mouches , peut-être pas assez émerveillées par nos chapeaux de paille , bourdon-
naient inégalement .
mercredi 18 décembre 2019
LA PHOTO DE MARIAGE
A 4 ans , j'ai pris conscience que les deux personnages de la photo en noir et blanc
posée sur la commode du salon dans un cadre en acier , c'était mes parents . Mes parents
le jour de leur mariage . Ma mère était assise sur quelque chose qu'on ne voyait pas à
cause de sa longue robe blanche . Au drapé de sa robe , on devinait qu'elle avait croisé
les jambes . A sa gauche un panier plein de roses était posé ; derrière , contre le mur ,
d'autres roses surélevées sur un meuble bas qu'on ne voyait pas non plus , d'autres roses
encore sur un guéridon en fer forgé , à gauche de la photo . Dans les mains de ma mère ,
un petit bouquet des mêmes roses et , sous son voile en mousseline , dans ses cheveux ,
une guirlande de roses blanches , blanches , blanches . Le mur du fond était blanc lui
aussi , mais légèrement cassé . Un éclat de soleil - c'était peut-être la lumière d'un réflec-
teur - y projetait la géométrie confuse d'une fenêtre et le piétement anamorphosé du gué-
ridon . Le sol était gris , était-ce du marbre ? , parsemé de ce qui me semblait des pétales
fanés , et se réverbérait là , la blancheur virginale de la robe . Le regard de ma mère
flottait . Il ne focalisait sur rien : ni sur la chambre noire du photographe ni sur quelque
autre personne ou aide qui eut pu se trouver près de lui . Au contraire , son regard se
disloquait . Elle ne souriait pas . Il y avait bien entendu sur cette photo une tache noire
négative : mon père . Lui non plus ne souriait pas . Il se tenait debout à côté de ma mère ,
de trois-quarts , le bras droit le long du corps , comme au garde-à-vous . Et , dans la main ,
une paire de gants . Ses yeux - gris sur la photo , je savais qu'ils étaient en réalité bleu
pâle - convergeaient vers un point derrière le photographe , à travers le photographe ,
à travers la porte du studio , à travers la ville de X , filaient sur la corniche atlantique
jusque dans le salon de notre maison . Ils fondaient de haut : du marbre gris de la com-
mode sur cette chose insignifiante et cependant préoccupante : moi .
posée sur la commode du salon dans un cadre en acier , c'était mes parents . Mes parents
le jour de leur mariage . Ma mère était assise sur quelque chose qu'on ne voyait pas à
cause de sa longue robe blanche . Au drapé de sa robe , on devinait qu'elle avait croisé
les jambes . A sa gauche un panier plein de roses était posé ; derrière , contre le mur ,
d'autres roses surélevées sur un meuble bas qu'on ne voyait pas non plus , d'autres roses
encore sur un guéridon en fer forgé , à gauche de la photo . Dans les mains de ma mère ,
un petit bouquet des mêmes roses et , sous son voile en mousseline , dans ses cheveux ,
une guirlande de roses blanches , blanches , blanches . Le mur du fond était blanc lui
aussi , mais légèrement cassé . Un éclat de soleil - c'était peut-être la lumière d'un réflec-
teur - y projetait la géométrie confuse d'une fenêtre et le piétement anamorphosé du gué-
ridon . Le sol était gris , était-ce du marbre ? , parsemé de ce qui me semblait des pétales
fanés , et se réverbérait là , la blancheur virginale de la robe . Le regard de ma mère
flottait . Il ne focalisait sur rien : ni sur la chambre noire du photographe ni sur quelque
autre personne ou aide qui eut pu se trouver près de lui . Au contraire , son regard se
disloquait . Elle ne souriait pas . Il y avait bien entendu sur cette photo une tache noire
négative : mon père . Lui non plus ne souriait pas . Il se tenait debout à côté de ma mère ,
de trois-quarts , le bras droit le long du corps , comme au garde-à-vous . Et , dans la main ,
une paire de gants . Ses yeux - gris sur la photo , je savais qu'ils étaient en réalité bleu
pâle - convergeaient vers un point derrière le photographe , à travers le photographe ,
à travers la porte du studio , à travers la ville de X , filaient sur la corniche atlantique
jusque dans le salon de notre maison . Ils fondaient de haut : du marbre gris de la com-
mode sur cette chose insignifiante et cependant préoccupante : moi .
KRANT 189 . PRÉDESTINATIONS
Monsieur Lee me dit un jour qu'il avait aimé une jeune fille okaki . Nous étions
assis dans sa cambuse , sur la coursive bâbord . Hume dormait en rond à nos pieds .
- "Comment s'appelait-elle ?" , osai-je lui demander . "Quel était son nom ?"
- Monsieur Lee : "Ha'Psti"
- Moi : "Comment traduisez-vous ce joli prénom en prussien ? … est-il possible de
le traduire ?"
- Monsieur Lee : "Sous-le-cocotier …"
- Moi : "Sous-le-cocotier ? … est-ce un nom ?"
- Monsieur Lee : "Elle avait deux amies : Wihake et Tat-Co"
- Moi : "Wihake et Tat-Co"
- Monsieur Lee : "Orée-du-bois et Au-milieu-du-fleuve"
- Moi : "Quels curieux prénoms ont vos Okakis !"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi …"
- Moi : "Qui les choisit ?"
- Monsieur Lee : "Personne"
- Moi : "……..?………"
- Monsieur Lee : "Ha'Psti ne pouvait s'appeler autrement que Ha'Psti … Sous-le-cocotier"
- Moi : "………………."
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi … Wihake était Wihake bien avant sa naissance …
et Tat-Co , Tat-Co"
- Moi : "………………."
- Monsieur Lee : "Ha'Psti est du clan Awak … son père est pêcheur … sa mère est
une Kô … son nom est Tiki-Dô … Sous-un-nuage … et le grand-père de Tiki-Dô ,
Kâ-Lana … A-l'avant-de-la-pirogue … il vivait sur le fleuve … comprenez-vous ,
chef ? … c'est pourquoi Ha'Psti ne pouvait porter d'autre nom que Ha'Psti …
Sous-le-cocotier"
- Moi : "………………."
- Monsieur Lee : "Quelle malséance qu'on l'eût appelée Wihake … Orée-de-la-forêt !
… quelle absurdité ! … quelle incohérence ! …"
- Moi : "………………."
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi …"
assis dans sa cambuse , sur la coursive bâbord . Hume dormait en rond à nos pieds .
- "Comment s'appelait-elle ?" , osai-je lui demander . "Quel était son nom ?"
- Monsieur Lee : "Ha'Psti"
- Moi : "Comment traduisez-vous ce joli prénom en prussien ? … est-il possible de
le traduire ?"
- Monsieur Lee : "Sous-le-cocotier …"
- Moi : "Sous-le-cocotier ? … est-ce un nom ?"
- Monsieur Lee : "Elle avait deux amies : Wihake et Tat-Co"
- Moi : "Wihake et Tat-Co"
- Monsieur Lee : "Orée-du-bois et Au-milieu-du-fleuve"
- Moi : "Quels curieux prénoms ont vos Okakis !"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi …"
- Moi : "Qui les choisit ?"
- Monsieur Lee : "Personne"
- Moi : "……..?………"
- Monsieur Lee : "Ha'Psti ne pouvait s'appeler autrement que Ha'Psti … Sous-le-cocotier"
- Moi : "………………."
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi … Wihake était Wihake bien avant sa naissance …
et Tat-Co , Tat-Co"
- Moi : "………………."
- Monsieur Lee : "Ha'Psti est du clan Awak … son père est pêcheur … sa mère est
une Kô … son nom est Tiki-Dô … Sous-un-nuage … et le grand-père de Tiki-Dô ,
Kâ-Lana … A-l'avant-de-la-pirogue … il vivait sur le fleuve … comprenez-vous ,
chef ? … c'est pourquoi Ha'Psti ne pouvait porter d'autre nom que Ha'Psti …
Sous-le-cocotier"
- Moi : "………………."
- Monsieur Lee : "Quelle malséance qu'on l'eût appelée Wihake … Orée-de-la-forêt !
… quelle absurdité ! … quelle incohérence ! …"
- Moi : "………………."
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi …"
mardi 17 décembre 2019
COREOPSIS GRANDIFLORA
- Madame Delplanque au téléphone : "Coreopsis Grandiflora … connaissez-vous
le langage des fleurs ?"
- Moi . Je fais l'idiot : "Les fleurs parlent ?"
- Elle : "Ne faites pas l'idiot … elle parlent à notre place … par exemple , si vous
offrez des zinnias à une dame , ça signifie que vous pensez à elle … du trèfle blanc ,
qu'au contraire vous aimeriez qu'elle pense à vous … par de la menthe poivrée ,
vous exprimez la chaleur de vos sentiments , etc …"
- Moi : "Vous croyez à ces trucs-là ?"
- Elle , après un moment , soupire : "Non"
- Moi : "Donc , ne perdons pas de temps à apprendre le langage des fleurs"
- Elle : "…………"
- Silence . Avons-nous été coupés ? . Moi : "Allo ?"
- Silence encore et , au moment où j'allais raccrocher , comme si elle appelait de
l'hémisphère sud : un "Je suis là" défaillant .
- Moi : "Vous êtes bizarre … vous n'êtes pas comme d'habitude … qu'est-ce qui
se passe ?"
- Elle soupire une deuxième fois : "Je vous parlais de Coreopsis Grandiflora"
- Moi : "Ne me dites pas que vous avez pris des billets pour une de ces jungles infectes …"
- Elle : "Non … Coreopsis Grandiflora , c'est au Canada … j'ai pris un aller-retour
pour vous … et j'ai retenu une voiture - une Opel comme d'habitude - à l'Agence
Hertz … l'Agence se trouve à l'Aéroport Jean Lesage . La fille m'a dit qu'elle vous
donnera toutes les informations sur Coreopsis"
- Moi : "Comment !? … j'y vais tout seul ? … vous ne venez pas ?"
- Elle . Petite voix tout à fait inhabituelle : "Non … pouvez-vous m'envoyer un
bouquet de ces fleurs quand vous les aurez cueillies ? … ça me ferait plaisir"
- Moi : "Hein !? … par avion !?"
- Elle : "Oui … ça peut se faire"
- Moi : "Mais !!?? … pourquoi ?"
- Elle : "N'oubliez pas que les fleurs parlent"
- Moi : "Et qu'est-ce qu'elle dit Coreopsis Grandiflora ?"
- Elle : "Je suis fou de vous !"
le langage des fleurs ?"
- Moi . Je fais l'idiot : "Les fleurs parlent ?"
- Elle : "Ne faites pas l'idiot … elle parlent à notre place … par exemple , si vous
offrez des zinnias à une dame , ça signifie que vous pensez à elle … du trèfle blanc ,
qu'au contraire vous aimeriez qu'elle pense à vous … par de la menthe poivrée ,
vous exprimez la chaleur de vos sentiments , etc …"
- Moi : "Vous croyez à ces trucs-là ?"
- Elle , après un moment , soupire : "Non"
- Moi : "Donc , ne perdons pas de temps à apprendre le langage des fleurs"
- Elle : "…………"
- Silence . Avons-nous été coupés ? . Moi : "Allo ?"
- Silence encore et , au moment où j'allais raccrocher , comme si elle appelait de
l'hémisphère sud : un "Je suis là" défaillant .
- Moi : "Vous êtes bizarre … vous n'êtes pas comme d'habitude … qu'est-ce qui
se passe ?"
- Elle soupire une deuxième fois : "Je vous parlais de Coreopsis Grandiflora"
- Moi : "Ne me dites pas que vous avez pris des billets pour une de ces jungles infectes …"
- Elle : "Non … Coreopsis Grandiflora , c'est au Canada … j'ai pris un aller-retour
pour vous … et j'ai retenu une voiture - une Opel comme d'habitude - à l'Agence
Hertz … l'Agence se trouve à l'Aéroport Jean Lesage . La fille m'a dit qu'elle vous
donnera toutes les informations sur Coreopsis"
- Moi : "Comment !? … j'y vais tout seul ? … vous ne venez pas ?"
- Elle . Petite voix tout à fait inhabituelle : "Non … pouvez-vous m'envoyer un
bouquet de ces fleurs quand vous les aurez cueillies ? … ça me ferait plaisir"
- Moi : "Hein !? … par avion !?"
- Elle : "Oui … ça peut se faire"
- Moi : "Mais !!?? … pourquoi ?"
- Elle : "N'oubliez pas que les fleurs parlent"
- Moi : "Et qu'est-ce qu'elle dit Coreopsis Grandiflora ?"
- Elle : "Je suis fou de vous !"
dimanche 15 décembre 2019
SANTA ISABEL
Santa Isabel s'enorgueillit d'une église démesurée . Je veux dire que , pour cette
ville dépeuplée du Pampeano Ouest , elle est hors de proportion . Le dimanche ,
bien que la quasi-totalité de la population en âge de croire en l'existence de Dieu et
de célébrer sa gloire se presse à l'Office , la nef est aux trois-quarts vide et la Parole
évangélique , par la voix excessivement aiguë du Padre Quinteros , se perd dans
ses architraves . Démesurée et surréaliste parce que les masures qui l'entourent se
sont agglutinées sur ses contreforts en dehors de tout contrôle et de toute raison ,
avec leurs basses-cours et leurs bétails ; et ce sont des caquetages et des meugle-
ments qui font contrepoint aux sublimes accents des Ave Maria car - il convient de
le noter - le Padre Quinteros compte parmi ses ouailles les choristes les plus doués
de la Pampa . Je ne parle pas des monceaux de foin entassés sur le parvis avec les
résidus générés par les activités agricoles et les rongeurs de toutes espèces qui vont
avec . Tout ceci n'entame en rien la ferveur des paroissiens de Santa Isabel , bien
au contraire .
ville dépeuplée du Pampeano Ouest , elle est hors de proportion . Le dimanche ,
bien que la quasi-totalité de la population en âge de croire en l'existence de Dieu et
de célébrer sa gloire se presse à l'Office , la nef est aux trois-quarts vide et la Parole
évangélique , par la voix excessivement aiguë du Padre Quinteros , se perd dans
ses architraves . Démesurée et surréaliste parce que les masures qui l'entourent se
sont agglutinées sur ses contreforts en dehors de tout contrôle et de toute raison ,
avec leurs basses-cours et leurs bétails ; et ce sont des caquetages et des meugle-
ments qui font contrepoint aux sublimes accents des Ave Maria car - il convient de
le noter - le Padre Quinteros compte parmi ses ouailles les choristes les plus doués
de la Pampa . Je ne parle pas des monceaux de foin entassés sur le parvis avec les
résidus générés par les activités agricoles et les rongeurs de toutes espèces qui vont
avec . Tout ceci n'entame en rien la ferveur des paroissiens de Santa Isabel , bien
au contraire .
DESMOND 121 . NOUVEAU CABINET
- "Desmond !" . C'est le Président . Il m'appelle de son bureau privé :
"J'ai ici , sur mon bureau , une note de service … elle émane d'un certain Moynihan …
Daniel P. Moynihan … vous connaissez ?"
- Moi : "Euh … ça doit être un Sénateur , Monsieur le Président … démocrate"
- Lui : "Il prétend que je n'ai pas nommé assez de femmes au Gouvernement"
- Moi : "Trois , Monsieur le Président"
- Lui : "Oui … trois … il en faut plus !"
- Moi : "Euh … oui … comment ?"
- Lui : "Vous allez organiser une réunion à la Maison Blanche … c'est vrai :
il nous faut des femmes !"
- Moi : "Moi , Monsieur le Président ?"
- Lui : "Desmond ! … vous êtes jeune , vous êtes mignon , vous allez plaire à
ces dames !"
- Moi : "Ces dames ? … quelles dames dois-je …"
- Lui : "Pas de panique , mon vieux … j'ai dressé une liste"
- Moi : "……….."
- Lui : "Vous avez de quoi noter ?"
- Je prends un bloc . Un stylo … : "Oui , Monsieur le Président"
- Lui : "Bon … voilà la composition du nouveau Cabinet"
- Moi : "……?…."
- Lui : "Au Trésor : Raquel Welch … elle va faire des merveilles au Trésor !"
- Moi : "….!!?? …"
- Lui : "A la Défense : Ursula Andress … vous l'avez vue dans "James Bond contre
Docteur No ?"
- Moi : "…!!!???…"
- Lui : "A l'Éducation : Élizabeth Taylor … c'est une intellectuelle"
- Moi : " ..??????…"
- Lui : "Fahrah Fawcett à l'Intérieur , Jane Fonda à l'Agriculture , Faye Dunaway
au Commerce , Jessica Lange aux Transports …"
- Moi : "………….."
- Lui : "Et , bien entendu , Charlotte Rampling comme Secrétaire d'État"
- Moi : "Euh … elle est britannique , Monsieur le Président"
- Lui : "Et Brigitte Bardot ?"
- Moi : "….????…."
"J'ai ici , sur mon bureau , une note de service … elle émane d'un certain Moynihan …
Daniel P. Moynihan … vous connaissez ?"
- Moi : "Euh … ça doit être un Sénateur , Monsieur le Président … démocrate"
- Lui : "Il prétend que je n'ai pas nommé assez de femmes au Gouvernement"
- Moi : "Trois , Monsieur le Président"
- Lui : "Oui … trois … il en faut plus !"
- Moi : "Euh … oui … comment ?"
- Lui : "Vous allez organiser une réunion à la Maison Blanche … c'est vrai :
il nous faut des femmes !"
- Moi : "Moi , Monsieur le Président ?"
- Lui : "Desmond ! … vous êtes jeune , vous êtes mignon , vous allez plaire à
ces dames !"
- Moi : "Ces dames ? … quelles dames dois-je …"
- Lui : "Pas de panique , mon vieux … j'ai dressé une liste"
- Moi : "……….."
- Lui : "Vous avez de quoi noter ?"
- Je prends un bloc . Un stylo … : "Oui , Monsieur le Président"
- Lui : "Bon … voilà la composition du nouveau Cabinet"
- Moi : "……?…."
- Lui : "Au Trésor : Raquel Welch … elle va faire des merveilles au Trésor !"
- Moi : "….!!?? …"
- Lui : "A la Défense : Ursula Andress … vous l'avez vue dans "James Bond contre
Docteur No ?"
- Moi : "…!!!???…"
- Lui : "A l'Éducation : Élizabeth Taylor … c'est une intellectuelle"
- Moi : " ..??????…"
- Lui : "Fahrah Fawcett à l'Intérieur , Jane Fonda à l'Agriculture , Faye Dunaway
au Commerce , Jessica Lange aux Transports …"
- Moi : "………….."
- Lui : "Et , bien entendu , Charlotte Rampling comme Secrétaire d'État"
- Moi : "Euh … elle est britannique , Monsieur le Président"
- Lui : "Et Brigitte Bardot ?"
- Moi : "….????…."
samedi 14 décembre 2019
COTE 137 . 141 . L'ÉCRIVAIN
Martial dans un recoin de la tranchée , assis sur une caisse de grenades . Il écrit
sur un de ses carnets minuscules avec un crayon à mine . Il pleut . Il a tiré sa capote
au-dessus de sa tête pour se protéger .
- Moi : "Qu'est-ce que tu fais ?"
- Martial fait le mystérieux : "Tu le vois bien : j'écris"
- Moi : "Ben oui que je le vois … mais qu'est-ce que tu écris ?"
- Martial ne répond pas .
- Moi . Je m'asseois à côté de lui : "Un poème ? … une pensée ? … un … comment
dit le capitaine ? … un apho … un …"
- Martial : "Un aphorisme"
- Moi : "C'est ça que t'écris ?"
- Martial : "Non"
- Moi . Je ne dis rien . Je sais que le poisson est ferré . Il sort de l'eau :
- Martial , sobrement : "Un roman"
- Moi : "Mazette ! … un roman ! … Bertin , viens par ici !"
- Bertin s'amène en claudiquant dans notre merdier .
- Moi : "Martial écrit un roman ! … nous avons un romancier dans la tranchée ,
tu te rends compte ?" , dis-je en tapant sur l'épaule de Martial .
- Martial : "Te fous pas de moi"
- Moi : "Je me fous pas de toi ! … qu'est-ce que ça raconte ?"
- Martial : "Oh , je ne sais pas encore très bien … j'ai des idées … plein !"
- Moi : "Tu as déjà écrit beaucoup de pages ?"
- Martial : "Non … je viens de commencer"
- Moi . Je jette un oeil sur son carnet : "Euh … c'est ces deux lignes ?"
- Martial : "Je te dis que je viens de commencer"
- Moi : "Ça sera un gros livre ?"
- Martial : "A peu près mille pages"
- Je siffle : "Mille pages ! … Bertin , ça t'épates , non ? … mille pages !"
- Le capitaine passe devant nous . Il a sous le bras des cartes d'état-major et des rapports .
- Moi : "Mon capitaine ! … Martial écrit un bouquin : mille pages ..."
- Martial : "Bon , arrête !"
- Le capitaine : "C'est vrai ça , Martial ? … une histoire d'amour ?"
- Martial : "Oui … si on veut"
- Le capitaine : "Vous avez le titre ?"
- Martial : "Oui : la Cote 137"
sur un de ses carnets minuscules avec un crayon à mine . Il pleut . Il a tiré sa capote
au-dessus de sa tête pour se protéger .
- Moi : "Qu'est-ce que tu fais ?"
- Martial fait le mystérieux : "Tu le vois bien : j'écris"
- Moi : "Ben oui que je le vois … mais qu'est-ce que tu écris ?"
- Martial ne répond pas .
- Moi . Je m'asseois à côté de lui : "Un poème ? … une pensée ? … un … comment
dit le capitaine ? … un apho … un …"
- Martial : "Un aphorisme"
- Moi : "C'est ça que t'écris ?"
- Martial : "Non"
- Moi . Je ne dis rien . Je sais que le poisson est ferré . Il sort de l'eau :
- Martial , sobrement : "Un roman"
- Moi : "Mazette ! … un roman ! … Bertin , viens par ici !"
- Bertin s'amène en claudiquant dans notre merdier .
- Moi : "Martial écrit un roman ! … nous avons un romancier dans la tranchée ,
tu te rends compte ?" , dis-je en tapant sur l'épaule de Martial .
- Martial : "Te fous pas de moi"
- Moi : "Je me fous pas de toi ! … qu'est-ce que ça raconte ?"
- Martial : "Oh , je ne sais pas encore très bien … j'ai des idées … plein !"
- Moi : "Tu as déjà écrit beaucoup de pages ?"
- Martial : "Non … je viens de commencer"
- Moi . Je jette un oeil sur son carnet : "Euh … c'est ces deux lignes ?"
- Martial : "Je te dis que je viens de commencer"
- Moi : "Ça sera un gros livre ?"
- Martial : "A peu près mille pages"
- Je siffle : "Mille pages ! … Bertin , ça t'épates , non ? … mille pages !"
- Le capitaine passe devant nous . Il a sous le bras des cartes d'état-major et des rapports .
- Moi : "Mon capitaine ! … Martial écrit un bouquin : mille pages ..."
- Martial : "Bon , arrête !"
- Le capitaine : "C'est vrai ça , Martial ? … une histoire d'amour ?"
- Martial : "Oui … si on veut"
- Le capitaine : "Vous avez le titre ?"
- Martial : "Oui : la Cote 137"
jeudi 12 décembre 2019
L'AUTOMNE 5
Ô femmes ,
Dans quel guêpier
M'avez-vous fourré ?
L'automne
S'est jeté par la fenêtre
Avec mon orchestre .
J'entends d'ici
Le fracas sonore
De ses cuivres
Et le tintamarre
De ses percussions
Couvre ma voix !
Dans quel guêpier
M'avez-vous fourré ?
L'automne
S'est jeté par la fenêtre
Avec mon orchestre .
J'entends d'ici
Le fracas sonore
De ses cuivres
Et le tintamarre
De ses percussions
Couvre ma voix !
TROIS MOUCHES 174 . NOUVELLES DU PARADIS
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux
de paille . La suspension , ramenée très bas au-dessus de la table , projetait un cercle
de lumière éclatant sur la flaque jaune du camembert qui coulait , mais le visage de
Berthe restait dans l'ombre . Nous étions seuls .
Berthe avait ramené très bas son chapeau de paille . La lumière de la suspension
projetait une merveilleuse flaque jaune sur son éclatant visage . Trois mouches
vermeilles bourdonnaient contre le camembert qui , seul , restait dans un cercle d'ombre
au-dessus de la table .
Trois mouches bourdonnaient en cercle contre la suspension dont la lumière projetait
l'ombre de la table sur nos chapeaux de paille . Comme un camembert éclatant ramené
très bas , elle coulait en flaque jaune sur le visage émerveillé de Berthe , restée seule .
de paille . La suspension , ramenée très bas au-dessus de la table , projetait un cercle
de lumière éclatant sur la flaque jaune du camembert qui coulait , mais le visage de
Berthe restait dans l'ombre . Nous étions seuls .
Berthe avait ramené très bas son chapeau de paille . La lumière de la suspension
projetait une merveilleuse flaque jaune sur son éclatant visage . Trois mouches
vermeilles bourdonnaient contre le camembert qui , seul , restait dans un cercle d'ombre
au-dessus de la table .
Trois mouches bourdonnaient en cercle contre la suspension dont la lumière projetait
l'ombre de la table sur nos chapeaux de paille . Comme un camembert éclatant ramené
très bas , elle coulait en flaque jaune sur le visage émerveillé de Berthe , restée seule .
mardi 10 décembre 2019
KRANT 188 . TOTEM
Quand nous revînmes à Membrano - nous y accostions tous les deux ans - c'était la
guerre . Le clan du Fleuve avait allumé des torches et incendié les récoltes aux portes
de la ville . Quelle était la cause de cette flambée ? . Les habitants d'ici ne sont-ils les
plus placides des îles de la Sonde ? . Abdul , notre interprète local , m'avoua :
"Un totem … les habitants de Membrano et ceux du Fleuve se disputent un totem …"
- Moi : "Un totem ?"
- Abdul : "Un objet protecteur … une source de richesse ..."
- Moi : "Quel est cet objet ?"
- Abdul : "Je ne peux te le dire"
- Moi : "Où se trouve-t-il ?"
- Abdul : "Pas loin d'ici … près du port …"
- Moi : "Le port de Membrano ?"
- Abdul haussa les épaules : "Vois-tu au bord de cette jungle un autre port que Membrano ?"
- Moi : "Me montreras-tu ce totem ?"
- Abdul : "Même à toi , mon ami , je ne le montrerai pas"
Je me demandai par quelle combinaison Abdul cependant contournerait le tabou .
Le lendemain , à l'aube , j'arpentais le quai en regardant les pêcheurs préparer leurs filets .
L'un d'eux , vieil homme ratatiné par le soleil et la rudesse de sa condition , me héla .
Il parlait un sabir teinté d'anglais à peine intelligible . Je compris qu'il voulait me montrer
quelque chose . Je le suivis au bout du quai . Nous descendîmes par une échelle de fer ,
longeâmes une grève étroite puis contournâmes une petite falaise où le ressac avait creusé
une anfractuosité . Là , sur un tapis de fleurs , entre deux rats égorgés , était posée une
bouteille vide . "Totem … totem …" répétait le vieux en se pliant et reculant et joignant
les mains … "Totem … totem …" . C'était une bouteille de schnaps qui - c'était incon-
testable puisqu'elle était marquée d'une croix à l'encre rouge pour qu'aucun marin du Kritik
ne put lui subtiliser - avait appartenu à Toms qui , ivre , l'avait abandonnée deux ans
auparavant sur cette grève .
guerre . Le clan du Fleuve avait allumé des torches et incendié les récoltes aux portes
de la ville . Quelle était la cause de cette flambée ? . Les habitants d'ici ne sont-ils les
plus placides des îles de la Sonde ? . Abdul , notre interprète local , m'avoua :
"Un totem … les habitants de Membrano et ceux du Fleuve se disputent un totem …"
- Moi : "Un totem ?"
- Abdul : "Un objet protecteur … une source de richesse ..."
- Moi : "Quel est cet objet ?"
- Abdul : "Je ne peux te le dire"
- Moi : "Où se trouve-t-il ?"
- Abdul : "Pas loin d'ici … près du port …"
- Moi : "Le port de Membrano ?"
- Abdul haussa les épaules : "Vois-tu au bord de cette jungle un autre port que Membrano ?"
- Moi : "Me montreras-tu ce totem ?"
- Abdul : "Même à toi , mon ami , je ne le montrerai pas"
Je me demandai par quelle combinaison Abdul cependant contournerait le tabou .
Le lendemain , à l'aube , j'arpentais le quai en regardant les pêcheurs préparer leurs filets .
L'un d'eux , vieil homme ratatiné par le soleil et la rudesse de sa condition , me héla .
Il parlait un sabir teinté d'anglais à peine intelligible . Je compris qu'il voulait me montrer
quelque chose . Je le suivis au bout du quai . Nous descendîmes par une échelle de fer ,
longeâmes une grève étroite puis contournâmes une petite falaise où le ressac avait creusé
une anfractuosité . Là , sur un tapis de fleurs , entre deux rats égorgés , était posée une
bouteille vide . "Totem … totem …" répétait le vieux en se pliant et reculant et joignant
les mains … "Totem … totem …" . C'était une bouteille de schnaps qui - c'était incon-
testable puisqu'elle était marquée d'une croix à l'encre rouge pour qu'aucun marin du Kritik
ne put lui subtiliser - avait appartenu à Toms qui , ivre , l'avait abandonnée deux ans
auparavant sur cette grève .
lundi 9 décembre 2019
PARADIS 122 . LE MERLE NOIR
- Ève entre en courant dans l'Atelier (et sans frapper !) avec une question brûlante
sur les lèvres . Dieu sursaute . Il composait le chant du merle noir .
- Dieu : "Ève ! … tu ne peux pas frapper avant s'entrer ! … je travaille … tu me
déranges …"
- Ève se précipite sur son Créateur et - par derrière - l'agrippe aux épaules :
"Où j'étais avant ?"
- Dieu replie sa partition : "Avant quoi ?"
- Ève : "Avant que j'étais bébé"
- Dieu répète : "Avant que j'étais bébé … qu'est-ce que c'est que ce charabia ?"
- Ève : "Ben … avant …"
- Dieu recouvre la main d'Ève posée sur son épaule : "Tu veux dire : avant ta naissance ?"
- Ève confirme : "Oui … avant que je suis née"
- Dieu rectifie : "Avant que je sois née … subjonctif … c'est le mode de l'éventualité …
tu pouvais être ou ne pas être … il fallait une cause … tu dépendais d'une volonté :
la mienne … mode subjonctif et optatif , marquant le souhait , parce qu'un jour ,
le sixième - je ne sais pas ce qui m'a pris , envie , caprice , foucade ? - j'ai créé l'Homme
avec de la poussière de la terre , j'ai soufflé dans ses narines et vous voilà , Adam et Ève ,
chez moi , dans mon Paradis !"
- Ève : "J'ai rien compris !" . Elle insiste : "J'étais quoi avant ?"
- Dieu : "Rien"
- Ève : "J'étais rien ?"
- Dieu : "Rien du tout"
- Ève : "C'est dingue ! … comment qu'on peut être rien ?"
- Dieu : "Tu n'as pas tort : on ne peut pas être rien"
- Ève : "Alors ?"
- Dieu : "Avant Ève , il n'y avait pas d'Ève … il n'y avait rien … je t'ai créée … tu connais
le chant du merle ?"
- Ève : "Un merle , ça chante ?"
- Dieu : "Non … pas encore … j'invente son répertoire … regarde" . Dieu ouvre la partition
où sont notés des tchink , des tchouk , des pök-pök-pök , des chink-chink … "Tu vois :
c'est le chant du merle noir … j'y travaille mais , pour le moment , il n'existe pas"
- Ève : "Souffle-lui dans le bec !"
- Dieu se met à siffler .
- Ève : "C'est drôlement joli !"
- Dieu : "Je te le fais pas dire !"
sur les lèvres . Dieu sursaute . Il composait le chant du merle noir .
- Dieu : "Ève ! … tu ne peux pas frapper avant s'entrer ! … je travaille … tu me
déranges …"
- Ève se précipite sur son Créateur et - par derrière - l'agrippe aux épaules :
"Où j'étais avant ?"
- Dieu replie sa partition : "Avant quoi ?"
- Ève : "Avant que j'étais bébé"
- Dieu répète : "Avant que j'étais bébé … qu'est-ce que c'est que ce charabia ?"
- Ève : "Ben … avant …"
- Dieu recouvre la main d'Ève posée sur son épaule : "Tu veux dire : avant ta naissance ?"
- Ève confirme : "Oui … avant que je suis née"
- Dieu rectifie : "Avant que je sois née … subjonctif … c'est le mode de l'éventualité …
tu pouvais être ou ne pas être … il fallait une cause … tu dépendais d'une volonté :
la mienne … mode subjonctif et optatif , marquant le souhait , parce qu'un jour ,
le sixième - je ne sais pas ce qui m'a pris , envie , caprice , foucade ? - j'ai créé l'Homme
avec de la poussière de la terre , j'ai soufflé dans ses narines et vous voilà , Adam et Ève ,
chez moi , dans mon Paradis !"
- Ève : "J'ai rien compris !" . Elle insiste : "J'étais quoi avant ?"
- Dieu : "Rien"
- Ève : "J'étais rien ?"
- Dieu : "Rien du tout"
- Ève : "C'est dingue ! … comment qu'on peut être rien ?"
- Dieu : "Tu n'as pas tort : on ne peut pas être rien"
- Ève : "Alors ?"
- Dieu : "Avant Ève , il n'y avait pas d'Ève … il n'y avait rien … je t'ai créée … tu connais
le chant du merle ?"
- Ève : "Un merle , ça chante ?"
- Dieu : "Non … pas encore … j'invente son répertoire … regarde" . Dieu ouvre la partition
où sont notés des tchink , des tchouk , des pök-pök-pök , des chink-chink … "Tu vois :
c'est le chant du merle noir … j'y travaille mais , pour le moment , il n'existe pas"
- Ève : "Souffle-lui dans le bec !"
- Dieu se met à siffler .
- Ève : "C'est drôlement joli !"
- Dieu : "Je te le fais pas dire !"
dimanche 8 décembre 2019
MICHELINE
Au mois de mai 1991 , il me semble que c'était en 1991 mais ce pourrait être en
1992 - j'ai jeté mes agendas et mes actes de mariage de cette époque - j'avais organisé
une sauterie dans mon appartement , rue des sablières à Niort , au 5e étage . C'est à
cette occasion que j'ai fait la connaissance de Micheline . Il y avait plus de cinquante
personnes dans mon 70 m2 , c'est peu dire si nous étions à l'étroit . C'est un ami qui
avait amené Micheline avec lui . Je ne l'avais jamais vue . Nous avons un peu parlé ,
pressés l'un contre l'autre , ne laissant entre nous que l'interstice minimal où caser nos
coupes de champagne . Elle prétendait descendre en ligne directe de Constantin
Drako-Soutzo , un grand logothète de l'Empire . "Un quoi ?" , hurlai-je contre son
oreille où pendait une boucle en forme d'anneau en or (c'était du plaqué , je l'appris par
la suite) car Zerline , ma copine de l'époque , avait mis à fond sur le pick-up : "Hit the
road Jack" . Micheline décolla sa poitrine de la mienne et prit un minuscule recul pour
accommoder de ses yeux bruns sur mon visage . Elle cria : "Un logothète !" . Je plaçai à
nouveau mes lèvres contre son oreille , je sentis sur le bout de mon nez le chatouillis de
ses petites mèches frisottées et beuglai : "Un logo-quoi ?" couvert par Ray : "… and
don't comme back , no more , no more …" . Alors , un nouvel arrivage d'invités provo-
qua un glissement tectonique des corps et je m'écrasai sur Micheline et nos coupes de
champagne . "Un logothète ! … qu'est-ce que c'est ?" . Je compris que c'était une sorte
de ministre byzantin . Mais elle , qu'est-ce qu'elle faisait dans la vie ? . "… no more ,
no more … hit the road Jack ..." . Elle travaillait sur une ligne de pizzas . Elle posait sur
chacune d'elles , à raison de 50 pizzas à la minute , trois olives et une pincée de gruyère . Immédiatement , je la demandai en mariage . Nous n'avons pas eu le temps de faire un
enfant car , très vite , elle est repartie à Byzance (Istambul aujourd'hui) .
1992 - j'ai jeté mes agendas et mes actes de mariage de cette époque - j'avais organisé
une sauterie dans mon appartement , rue des sablières à Niort , au 5e étage . C'est à
cette occasion que j'ai fait la connaissance de Micheline . Il y avait plus de cinquante
personnes dans mon 70 m2 , c'est peu dire si nous étions à l'étroit . C'est un ami qui
avait amené Micheline avec lui . Je ne l'avais jamais vue . Nous avons un peu parlé ,
pressés l'un contre l'autre , ne laissant entre nous que l'interstice minimal où caser nos
coupes de champagne . Elle prétendait descendre en ligne directe de Constantin
Drako-Soutzo , un grand logothète de l'Empire . "Un quoi ?" , hurlai-je contre son
oreille où pendait une boucle en forme d'anneau en or (c'était du plaqué , je l'appris par
la suite) car Zerline , ma copine de l'époque , avait mis à fond sur le pick-up : "Hit the
road Jack" . Micheline décolla sa poitrine de la mienne et prit un minuscule recul pour
accommoder de ses yeux bruns sur mon visage . Elle cria : "Un logothète !" . Je plaçai à
nouveau mes lèvres contre son oreille , je sentis sur le bout de mon nez le chatouillis de
ses petites mèches frisottées et beuglai : "Un logo-quoi ?" couvert par Ray : "… and
don't comme back , no more , no more …" . Alors , un nouvel arrivage d'invités provo-
qua un glissement tectonique des corps et je m'écrasai sur Micheline et nos coupes de
champagne . "Un logothète ! … qu'est-ce que c'est ?" . Je compris que c'était une sorte
de ministre byzantin . Mais elle , qu'est-ce qu'elle faisait dans la vie ? . "… no more ,
no more … hit the road Jack ..." . Elle travaillait sur une ligne de pizzas . Elle posait sur
chacune d'elles , à raison de 50 pizzas à la minute , trois olives et une pincée de gruyère . Immédiatement , je la demandai en mariage . Nous n'avons pas eu le temps de faire un
enfant car , très vite , elle est repartie à Byzance (Istambul aujourd'hui) .
DESMOND 120 . QUESTIONNAIRE
- "Desmond , pouvez-vous me rejoindre au bowling ?" . C'est le Président , au téléphone …
"Vous savez où ça se trouve ?"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président … au sous-sol"
- Lui : "Je vous attends"
Quand j'arrive (sous-sol de la Maison Blanche) , le Président vient de lancer une boule .
Il est à la limite de la ligne de faute dans la position classique du lanceur . Le bout de sa
cravate touche le sol . Il est seul . La boule roule sur la piste en bourdonnant … broooom ! :
les dix quilles sont renversées . Le Président se redresse et revient vers moi par la zone
d'approche . A travers une dentition radieuse , il lance un triomphal : "Strike ! … content
de vous voir , Desmond !"
- Moi : "Bonjour , Monsieur le Président"
- Lui , déjà , se remet en position . Il a saisi une nouvelle boule et se prépare au lancer :
"Savez-vous pourquoi je vous ai fait venir ici ?"
- Moi : "Euh , non , Monsieur le Président"
- Lui . Il s'élance , le bras droit tenant la boule tendue derrière lui . Mouvement pendulaire .
Il lâche la boule … "pour que vous me posiez des questions …" . La boule roule sur la piste
… brooooom … broum ! : les dix quilles s'abattent .
- Lui : "Strike !"
- Moi : "… Des questions , Monsieur le Président ?"
- Large sourire : "Ne faites pas cette tête-là , Desmond … je vais vous aider"
- Moi : "…….?………"
- Lui : "Je vais vous dire quelles questions vous devez me poser"
- Moi : "…….!………."
- Il desserre sa cravate : "Première question : Monsieur le Président , croyez-vous en Dieu ?"
- Moi : "Mais … je …"
- Lui : "Allez-y , Desmond … posez-moi cette question … n'ayez pas peur"
- Moi , embarrassé : "Euh , Monsieur le Président , croyez-vous en Dieu ?"
- Le Président s'est assis sur un banc . Il délace ses chaussures spéciales . Comme stupéfait ,
il lève la tête vers moi : "Bien entendu que j'y crois ! … quelle question !? … Desmond !"
- Moi : "Mais … Monsieur le ..."
- Lui , en se débarrassant maintenant de ses chaussures : "Deuxième question : le peuple
américain est-il le plus grand ?"
- Moi : "Je …"
- Lui : Posez-moi cette question , Desmond … c'est important"
- Moi . Je bredouille : "Euh , Monsieur le Président , je … je …"
- Lui : "Allez-y ! … lancez-vous ! … ça n'est quand même pas compliqué !"
- Moi : "Monsieur le Président , le peuple américain est-il le plus grand ?"
- Lui . Il redresse le torse , pose ses deux mains à plat sur le banc . Il est à pied de chaus-
settes . A côté de chacun de ses pieds , une chaussure spéciale , vide . Le Président a l'air
ébahi . "Mais enfin , Desmond , bien entendu que le peuple américain est le plus grand !
… vous en doutiez ? . Qu'est-ce qui vous prend de me poser des questions aussi … aussi …"
- Moi : "Monsieur le Président ! … je …"
- Lui m'interrompt : "Vous savez pourquoi je vous demande de me poser ces questions ?"
- Moi : "Non … je ..."
- Lui : "Parce que je me les pose moi-même" . Puis , ramassant ses chaussures :
"Que Dieu existe et que le peuple américain est le plus grand , ce sont des évidences , non ?"
"Vous savez où ça se trouve ?"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président … au sous-sol"
- Lui : "Je vous attends"
Quand j'arrive (sous-sol de la Maison Blanche) , le Président vient de lancer une boule .
Il est à la limite de la ligne de faute dans la position classique du lanceur . Le bout de sa
cravate touche le sol . Il est seul . La boule roule sur la piste en bourdonnant … broooom ! :
les dix quilles sont renversées . Le Président se redresse et revient vers moi par la zone
d'approche . A travers une dentition radieuse , il lance un triomphal : "Strike ! … content
de vous voir , Desmond !"
- Moi : "Bonjour , Monsieur le Président"
- Lui , déjà , se remet en position . Il a saisi une nouvelle boule et se prépare au lancer :
"Savez-vous pourquoi je vous ai fait venir ici ?"
- Moi : "Euh , non , Monsieur le Président"
- Lui . Il s'élance , le bras droit tenant la boule tendue derrière lui . Mouvement pendulaire .
Il lâche la boule … "pour que vous me posiez des questions …" . La boule roule sur la piste
… brooooom … broum ! : les dix quilles s'abattent .
- Lui : "Strike !"
- Moi : "… Des questions , Monsieur le Président ?"
- Large sourire : "Ne faites pas cette tête-là , Desmond … je vais vous aider"
- Moi : "…….?………"
- Lui : "Je vais vous dire quelles questions vous devez me poser"
- Moi : "…….!………."
- Il desserre sa cravate : "Première question : Monsieur le Président , croyez-vous en Dieu ?"
- Moi : "Mais … je …"
- Lui : "Allez-y , Desmond … posez-moi cette question … n'ayez pas peur"
- Moi , embarrassé : "Euh , Monsieur le Président , croyez-vous en Dieu ?"
- Le Président s'est assis sur un banc . Il délace ses chaussures spéciales . Comme stupéfait ,
il lève la tête vers moi : "Bien entendu que j'y crois ! … quelle question !? … Desmond !"
- Moi : "Mais … Monsieur le ..."
- Lui , en se débarrassant maintenant de ses chaussures : "Deuxième question : le peuple
américain est-il le plus grand ?"
- Moi : "Je …"
- Lui : Posez-moi cette question , Desmond … c'est important"
- Moi . Je bredouille : "Euh , Monsieur le Président , je … je …"
- Lui : "Allez-y ! … lancez-vous ! … ça n'est quand même pas compliqué !"
- Moi : "Monsieur le Président , le peuple américain est-il le plus grand ?"
- Lui . Il redresse le torse , pose ses deux mains à plat sur le banc . Il est à pied de chaus-
settes . A côté de chacun de ses pieds , une chaussure spéciale , vide . Le Président a l'air
ébahi . "Mais enfin , Desmond , bien entendu que le peuple américain est le plus grand !
… vous en doutiez ? . Qu'est-ce qui vous prend de me poser des questions aussi … aussi …"
- Moi : "Monsieur le Président ! … je …"
- Lui m'interrompt : "Vous savez pourquoi je vous demande de me poser ces questions ?"
- Moi : "Non … je ..."
- Lui : "Parce que je me les pose moi-même" . Puis , ramassant ses chaussures :
"Que Dieu existe et que le peuple américain est le plus grand , ce sont des évidences , non ?"
vendredi 6 décembre 2019
COTE 137 . 140 . WILLIAM CODY
- "Merde !" . Martial est assis sur une chaise bancale dont les pieds s'enfoncent
inégalement dans la boue de la tranchée . Le dossier lourdement appuyé contre
les rondins de l'abri où le capitaine étudie les cartes du secteur sauve Martial et
son siège d'un irrémédiable naufrage . Il fume son infect perlot et a déployé
devant lui les feuilles d'un journal : "Le Gaulois" .
- "Merde !" . Il abat son journal sur ses genoux et me regarde sans me regarder .
- Moi , vaguement inquiet . Quelle mauvaise nouvelle viendrait-elle de l'arrière ? :
"Quoi ? … qu'est-ce qui se passe ?"
- Martial : "William Cody est mort !"
- Moi : "Qui ?"
- Martial tourne la tête vers la porte ouverte du capitaine : "Mon capitaine ! …
William Cody est mort !"
- Le capitaine , de l'intérieur de l'abri : "Qui ?"
- Martial reprend la lecture de son article : "Comment !? … vous ne savez pas qui
est William Cody !?"
- Le capitaine et moi , à l'unisson : "Euh … non … qui est-ce ?"
- Martial : "Le Faroueste … les bisons … vous n'êtes pas allés voir le Ouildeouèstecho ?"
- Le capitaine passe la tête par la porte de la cagna : "Ah , vous voulez dire le Wild
West Show ?" , prononce-t-il dans un anglais impeccable .
- Martial : "Oui , mon capitaine … comme vous dites … vous l'avez vu ?
- Le capitaine : "Oui , je l'ai vu … au pied de la Tour Eiffel … quel spectacle !"
- Martial : "Vous savez donc qui est William Cody …"
- Le capitaine : "Oui … Buffalo Bill , bien entendu !"
- Moi : "Buffalo Bill !? … il est mort ?"
- Le capitaine , incrédule : "Buffalo Bill est mort ?"
- Martial : "C'est ce que je me tue à vous dire !" … soulevant les feuilles de son journal :
"C'est écrit là-dedans !"
- Le capitaine guigne la pipe de Martial : "Cancer du poumon ?"
- Martial replonge dans "Le Gaulois" : "Est-ce qu'ils le disent ? … ah , voilà : William
Cody est mort à Denver . Colorado . d'une insuffisance rénale"
- Le capitaine : "Une insuffisance rénale ?"
- Martial replie les feuilles du journal et propose son diagnostic : "Mangeais trop de bison"
inégalement dans la boue de la tranchée . Le dossier lourdement appuyé contre
les rondins de l'abri où le capitaine étudie les cartes du secteur sauve Martial et
son siège d'un irrémédiable naufrage . Il fume son infect perlot et a déployé
devant lui les feuilles d'un journal : "Le Gaulois" .
- "Merde !" . Il abat son journal sur ses genoux et me regarde sans me regarder .
- Moi , vaguement inquiet . Quelle mauvaise nouvelle viendrait-elle de l'arrière ? :
"Quoi ? … qu'est-ce qui se passe ?"
- Martial : "William Cody est mort !"
- Moi : "Qui ?"
- Martial tourne la tête vers la porte ouverte du capitaine : "Mon capitaine ! …
William Cody est mort !"
- Le capitaine , de l'intérieur de l'abri : "Qui ?"
- Martial reprend la lecture de son article : "Comment !? … vous ne savez pas qui
est William Cody !?"
- Le capitaine et moi , à l'unisson : "Euh … non … qui est-ce ?"
- Martial : "Le Faroueste … les bisons … vous n'êtes pas allés voir le Ouildeouèstecho ?"
- Le capitaine passe la tête par la porte de la cagna : "Ah , vous voulez dire le Wild
West Show ?" , prononce-t-il dans un anglais impeccable .
- Martial : "Oui , mon capitaine … comme vous dites … vous l'avez vu ?
- Le capitaine : "Oui , je l'ai vu … au pied de la Tour Eiffel … quel spectacle !"
- Martial : "Vous savez donc qui est William Cody …"
- Le capitaine : "Oui … Buffalo Bill , bien entendu !"
- Moi : "Buffalo Bill !? … il est mort ?"
- Le capitaine , incrédule : "Buffalo Bill est mort ?"
- Martial : "C'est ce que je me tue à vous dire !" … soulevant les feuilles de son journal :
"C'est écrit là-dedans !"
- Le capitaine guigne la pipe de Martial : "Cancer du poumon ?"
- Martial replonge dans "Le Gaulois" : "Est-ce qu'ils le disent ? … ah , voilà : William
Cody est mort à Denver . Colorado . d'une insuffisance rénale"
- Le capitaine : "Une insuffisance rénale ?"
- Martial replie les feuilles du journal et propose son diagnostic : "Mangeais trop de bison"
jeudi 5 décembre 2019
L'AUTOMNE 4
Enluminures automnales
Ornent de marges
Vos masques ,
Ô femmes …
Peinturlurent vos lèvres
D'amertume
Et vos paupières closes
De cils mordorés .
Marbrent de bleu
Vos fronts devenus froids
Et que dire
De vos mains ?
Ornent de marges
Vos masques ,
Ô femmes …
Peinturlurent vos lèvres
D'amertume
Et vos paupières closes
De cils mordorés .
Marbrent de bleu
Vos fronts devenus froids
Et que dire
De vos mains ?
mercredi 4 décembre 2019
TROIS MOUCHES 173 . MRS DALLOWAY
Comme la soirée était très chaude et que les vendeurs de journaux passaient avec
des panneaux proclamant en énormes lettres rouges qu'il y avait une vague de chaleur ,
que trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre leur chapeau de
paille , on avait mis des chaises en osier sur les marches de l'hôtel et là , sirotant , fumant ,
des messieurs à l'air indifférent étaient assis . Berthe également .
Trois messieurs sirotaient à la paille leur rouge vermeil , assis sur des chaises en osier ,
indifférents aux mouches en chaleur qui proclamaient en bourdonnements énormes que
la soirée était chaude . Sur les marches de l'hôtel , contre des panneaux qu'on avait mis là ,
l'air également vague et lettré , Berthe chapeautée vendait en fumant des journaux aux
passants .
Trois vendeurs de chapeaux de paille fumaient sur les marches de l'hôtel . La chaleur
passait comme une énorme vague sur leurs chaises qu'on avait mises là . En lettres rouges ,
les journaux proclamaient que la soirée serait chaude et qu'également , les messieurs assis
contre les panneaux d'osier auraient le bourdon . Berthe , l'air merveilleusement indif-
férent , sirotait .
des panneaux proclamant en énormes lettres rouges qu'il y avait une vague de chaleur ,
que trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre leur chapeau de
paille , on avait mis des chaises en osier sur les marches de l'hôtel et là , sirotant , fumant ,
des messieurs à l'air indifférent étaient assis . Berthe également .
Trois messieurs sirotaient à la paille leur rouge vermeil , assis sur des chaises en osier ,
indifférents aux mouches en chaleur qui proclamaient en bourdonnements énormes que
la soirée était chaude . Sur les marches de l'hôtel , contre des panneaux qu'on avait mis là ,
l'air également vague et lettré , Berthe chapeautée vendait en fumant des journaux aux
passants .
Trois vendeurs de chapeaux de paille fumaient sur les marches de l'hôtel . La chaleur
passait comme une énorme vague sur leurs chaises qu'on avait mises là . En lettres rouges ,
les journaux proclamaient que la soirée serait chaude et qu'également , les messieurs assis
contre les panneaux d'osier auraient le bourdon . Berthe , l'air merveilleusement indif-
férent , sirotait .
mardi 3 décembre 2019
KRANT 187 . LES DIEUX
Sur un quai de Lekir , nous trouvâmes un homme dépenaillé qui , semble-t-il ,
avait perdu la raison . C'était un européen . Il devait être anglais mais il avait perdu
avec la raison l'usage de sa langue maternelle . A ce que nous comprîmes , il avait
vécu 40 ans au milieu des marais qui bordent la rivière Perak dans la Province du
même nom . Il avait été missionnaire bredouilla-t-il . L'homme était assis sur une
bitte d'amarrage . Monsieur Lee s'accroupit à côté de lui et , posant sa main sur
celle de l'homme , il l'entreprit dans un malais local . Le regard mort de l'ex-mission-
naire sembla revivre un peu . Il se mit à répondre à Monsieur Lee par phrases
bégayantes mais les hochements de notre cuisinier signifiait qu'elles avaient une
cohérence .
Au bout d'une demi-heure de ce conciliabule qui nous était hermétique , Monsieur
Lee se releva , tapota l'épaule de l'homme comme un encouragement à aller jusqu'au
bout de son chemin de croix . Nous nous éloignâmes , laissant le malheureux prostré
sur son bollard . Au moment de monter par l'échelle de coupée du Kritik , Toms
demanda à Monsieur Lee :
- "Que vous a dit ce hère ?"
- Monsieur Lee sourit : "Ce hère est dans la confusion"
- Toms et moi : "……..?………"
- Monsieur Lee : "Cet homme est venu ici il y a 40 ans pour enseigner qu'il n'y a
qu'un Dieu"
- Toms : "N'est-ce pas le cas , Monsieur Lee ?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi …"
- Toms et moi : "……..?………"
- Monsieur Lee : "Il y a ici un dieu par plante … un dieu pour chaque insecte du marais
… pour chaque poisson de la rivière … il y a un dieu pour chaque animal de la forêt …"
avait perdu la raison . C'était un européen . Il devait être anglais mais il avait perdu
avec la raison l'usage de sa langue maternelle . A ce que nous comprîmes , il avait
vécu 40 ans au milieu des marais qui bordent la rivière Perak dans la Province du
même nom . Il avait été missionnaire bredouilla-t-il . L'homme était assis sur une
bitte d'amarrage . Monsieur Lee s'accroupit à côté de lui et , posant sa main sur
celle de l'homme , il l'entreprit dans un malais local . Le regard mort de l'ex-mission-
naire sembla revivre un peu . Il se mit à répondre à Monsieur Lee par phrases
bégayantes mais les hochements de notre cuisinier signifiait qu'elles avaient une
cohérence .
Au bout d'une demi-heure de ce conciliabule qui nous était hermétique , Monsieur
Lee se releva , tapota l'épaule de l'homme comme un encouragement à aller jusqu'au
bout de son chemin de croix . Nous nous éloignâmes , laissant le malheureux prostré
sur son bollard . Au moment de monter par l'échelle de coupée du Kritik , Toms
demanda à Monsieur Lee :
- "Que vous a dit ce hère ?"
- Monsieur Lee sourit : "Ce hère est dans la confusion"
- Toms et moi : "……..?………"
- Monsieur Lee : "Cet homme est venu ici il y a 40 ans pour enseigner qu'il n'y a
qu'un Dieu"
- Toms : "N'est-ce pas le cas , Monsieur Lee ?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi …"
- Toms et moi : "……..?………"
- Monsieur Lee : "Il y a ici un dieu par plante … un dieu pour chaque insecte du marais
… pour chaque poisson de la rivière … il y a un dieu pour chaque animal de la forêt …"
PARADIS 121 . BLANCHE 7.2
Dieu aurait fait l'Homme pour "sentir la terre" . C'est ce qu'il prétend : pour se
glisser dans ses créatures et jouir , à travers elles , de sa création . Ce n'est pas l'avis
d'Adam .
- Adam : "Je ne suis pas d'accord !"
- Dieu : "Pas d'accord avec quoi ?"
Dieu et l'Homme sont assis de part et d'autre de l'établi où - nous disent les Écritures -
toutes choses furent faites . Dieu a servi à l'Homme une blanche 7.2 (Kro) , preuve qu'il
est ouvert à un échange honnête , voire constructif . Ève est en retrait parce que ces
arguties , elle s'en fout .
- Adam : "Tu n'as pas créé l'Homme !"
- Dieu : Qu'est-ce que tu racontes !? …"
- Adam lève les yeux au ciel : "Soit disant pour "sentir la terre !"
- Dieu : "Exactement !"
- Adam : "Non-non ! … c'est l'Homme qui a créé Dieu , c'est bien connu !"
- Dieu : "Renversant ! … proprement renversant ! … tu entends ça , Ève !?"
- Ève : "Bof ! … où qui sont tes bonbons à la menthe ?"
- Dieu : "Tiroir de droite"
- Adam se met une gorgée de blanche derrière la pomme .
- Dieu : "M'expliqueras-tu pourquoi tu m'as créé ?"
- Adam , quelque peu solennel : "Pour accéder à la Transcendance"
- Dieu : "Mon pauvre vieux ! … c'est idiot ! … accéder à l'inaccessible !"
- Adam : "Je suis d'accord avec toi : c'est idiot !"
- Dieu : "Ah , tu l'admets !"
- Adam : "Mais c'est pas parce que c'est idiot que l'Homme ne t'as pas créé !"
- Dieu : "Je ne te suis pas , Adam ! … si c'est idiot , pourquoi l'a-t-il fait ?"
- Adam : "Parce que l'Homme peut faire des idioties"
- Dieu : "Ça , je te l'accorde volontiers"
- Adam : "Et s'il fait des idioties , c'est un peu de ta faute …"
- Dieu : "De ma faute !? … de quelle faute puis-je être l'auteur si je n'existe pas ?"
- Adam : "Tu existes !"
- Dieu : Ah , enfin … CQFD"
- Adam : "Tu existes comme existent les mirages"
- Ève : "Je les trouve pas"
- Dieu : "Je t'ai dit à droite , Ève ! … pas à gauche !"
- Adam : "Tu es … tu es une illusion d'optique … une déviation de la lumière …
une erreur … une aberration … une oasis fantôme …"
- Dieu : "Et cette blanche , elle existe ?"
- Ève : "Y a rien dans le tiroir de droite …"
glisser dans ses créatures et jouir , à travers elles , de sa création . Ce n'est pas l'avis
d'Adam .
- Adam : "Je ne suis pas d'accord !"
- Dieu : "Pas d'accord avec quoi ?"
Dieu et l'Homme sont assis de part et d'autre de l'établi où - nous disent les Écritures -
toutes choses furent faites . Dieu a servi à l'Homme une blanche 7.2 (Kro) , preuve qu'il
est ouvert à un échange honnête , voire constructif . Ève est en retrait parce que ces
arguties , elle s'en fout .
- Adam : "Tu n'as pas créé l'Homme !"
- Dieu : Qu'est-ce que tu racontes !? …"
- Adam lève les yeux au ciel : "Soit disant pour "sentir la terre !"
- Dieu : "Exactement !"
- Adam : "Non-non ! … c'est l'Homme qui a créé Dieu , c'est bien connu !"
- Dieu : "Renversant ! … proprement renversant ! … tu entends ça , Ève !?"
- Ève : "Bof ! … où qui sont tes bonbons à la menthe ?"
- Dieu : "Tiroir de droite"
- Adam se met une gorgée de blanche derrière la pomme .
- Dieu : "M'expliqueras-tu pourquoi tu m'as créé ?"
- Adam , quelque peu solennel : "Pour accéder à la Transcendance"
- Dieu : "Mon pauvre vieux ! … c'est idiot ! … accéder à l'inaccessible !"
- Adam : "Je suis d'accord avec toi : c'est idiot !"
- Dieu : "Ah , tu l'admets !"
- Adam : "Mais c'est pas parce que c'est idiot que l'Homme ne t'as pas créé !"
- Dieu : "Je ne te suis pas , Adam ! … si c'est idiot , pourquoi l'a-t-il fait ?"
- Adam : "Parce que l'Homme peut faire des idioties"
- Dieu : "Ça , je te l'accorde volontiers"
- Adam : "Et s'il fait des idioties , c'est un peu de ta faute …"
- Dieu : "De ma faute !? … de quelle faute puis-je être l'auteur si je n'existe pas ?"
- Adam : "Tu existes !"
- Dieu : Ah , enfin … CQFD"
- Adam : "Tu existes comme existent les mirages"
- Ève : "Je les trouve pas"
- Dieu : "Je t'ai dit à droite , Ève ! … pas à gauche !"
- Adam : "Tu es … tu es une illusion d'optique … une déviation de la lumière …
une erreur … une aberration … une oasis fantôme …"
- Dieu : "Et cette blanche , elle existe ?"
- Ève : "Y a rien dans le tiroir de droite …"
dimanche 1 décembre 2019
NÉNÉ
Elle s'est présentée un soir à la porte de l'appartement que j'occupais au 5e étage
dans une rue de Niort . Elle venait de Gorée . L'Île de Gorée , dans la baie de Dakar .
Ce qu'elle voulait : m'épouser . Je l'ai fait entrer , elle a posé ses valises , et j'ai débou-
ché la seule bouteille que j'avais au frigo : un cidre de Normandie brut bouché dont ,
je l'avoue , j'avais complètement oublié qui me l'avait offert . Monia ? … Gaby ? …
ou Zerline ? … Mais pour le moment , j'avais trois questions pour Néné , car elle me
l'apprit : elle se prénommait Néné . Aimait-elle le cidre ? , est-ce que ça l'embêtait si
celui-ci était largement passé de date (de fait , il ne pétillait plus) et pourquoi - nous ne
nous connaissions absolument pas , nous ne nous étions jamais rencontrés , nous
n'avions tenu aucune correspondance - elle voulait m'épouser ? . Elle me répondit
qu'elle adorait le cidre bouché de Normandie , surtout s'il ne pétillait plus , qu'en outre
elle avait vachement soif . Avant de répondre à la question subalterne du mariage , elle
tourna la tête , puis les épaules , puis le buste , le bassin et toujours sa tête tournait avec
un cran d'avance sur le reste de son corps , elle s'agenouilla sur le canapé pour retrouver
finalement sa position d'origine , assise en face de moi . "C'est vous qui avez tapissé ?" ,
dit-elle . J'acquiesçai puisque , en effet , j'avais couvert la totalité des murs de l'appar-
tement et les plafonds avec le même papier - 50 rouleaux ! - un imprimé de cactus
hilarant . "J'ai le même à la maison" . Moi : "A la maison ?" . Elle : "A Gorée" .
Bizarrement , notre mariage ne s'est pas fait ...
dans une rue de Niort . Elle venait de Gorée . L'Île de Gorée , dans la baie de Dakar .
Ce qu'elle voulait : m'épouser . Je l'ai fait entrer , elle a posé ses valises , et j'ai débou-
ché la seule bouteille que j'avais au frigo : un cidre de Normandie brut bouché dont ,
je l'avoue , j'avais complètement oublié qui me l'avait offert . Monia ? … Gaby ? …
ou Zerline ? … Mais pour le moment , j'avais trois questions pour Néné , car elle me
l'apprit : elle se prénommait Néné . Aimait-elle le cidre ? , est-ce que ça l'embêtait si
celui-ci était largement passé de date (de fait , il ne pétillait plus) et pourquoi - nous ne
nous connaissions absolument pas , nous ne nous étions jamais rencontrés , nous
n'avions tenu aucune correspondance - elle voulait m'épouser ? . Elle me répondit
qu'elle adorait le cidre bouché de Normandie , surtout s'il ne pétillait plus , qu'en outre
elle avait vachement soif . Avant de répondre à la question subalterne du mariage , elle
tourna la tête , puis les épaules , puis le buste , le bassin et toujours sa tête tournait avec
un cran d'avance sur le reste de son corps , elle s'agenouilla sur le canapé pour retrouver
finalement sa position d'origine , assise en face de moi . "C'est vous qui avez tapissé ?" ,
dit-elle . J'acquiesçai puisque , en effet , j'avais couvert la totalité des murs de l'appar-
tement et les plafonds avec le même papier - 50 rouleaux ! - un imprimé de cactus
hilarant . "J'ai le même à la maison" . Moi : "A la maison ?" . Elle : "A Gorée" .
Bizarrement , notre mariage ne s'est pas fait ...
DESMOND 119 . SURTENSION ET PERCOLATEUR
Petit déjeuner dans la Family Dining Room à l'invitation du Président . Au menu :
fruits frais , bouillie à la crème et café . Nous sommes trois : le Président , Kissinger
et moi .
- Le Président : "Dites donc , Henry , vous les usez vos collaborateurs : Eagleburger
à l'hôpital , Tony Lake essoré en moins d'un an et , maintenant , ce pauvre Winston
Lord vient pleurer dans mes jupes !"
- Kissinger : "Monsieur le Président , ils sont nuls !"
- Le Président : "Nuls !? … Lake ? … Lord ? … la fine fleur de notre diplomatie ?"
- Kissinger : "Mister President , si je ne fais pas tout moi-même …"
- Le Président : "N'exagérez pas , Henry … Winston est diplômé de Yale , primé par le
Pentagone , primé par le Département d'État … et avec un tel assistant , vous devez tout
faire !?"
- Kissinger : "Hélas , Monsieur le Président … vous savez que Lord m'a accompagné
pendant ce voyage secret à Pékin … il n'a dit que des conneries"
Le Président regarde les pendeloques du lustre suspendu au-dessus de la table comme
s'il y cherchait une explication ; puis il pointe de son long index une console dans un coin
de la salle à manger : "Voyez-vous ceci , Henry ?"
- Kissinger : "Yes , Mister President : c'est une console en acajou d'époque Louis XVI
… je dirais : vers 1780 … dans le goût de Roentgen …"
- Le Président : "Ah , Henry , je sais que vous êtes un fin connaisseur de ces vieilles
choses ! … ces vieilles choses françaises … je vous parle , moi , de l'appareil qui se
trouve sur la console … vous savez ce que c'est ?"
- Kissinger : "Non , je l'ignore , Monsieur le Président"
- Le Président : "Vous l'ignorez !? … c'est cependant un objet banal dont tout le monde
se sert … un percolateur"
- Kissinger : "Un ?"
- Le Président : "Un percolateur … en d'autres termes : une machine à café … pouvez-
vous nous faire trois tasses , Henry ?"
- Kissinger : "Je n'ai aucune compétence dans ce domaine"
- Le Président , à moi : "Desmond ! … démonstration !"
- Je me lève , je remplis le percolateur d'eau froide , je dispose un filtre , j'y verse du café
moulu et j'appuie sur le bouton ON"
- Le Président frappe dans ses deux mains : "Le tour est joué , Henry ! … voyez-vous ,
chez moi , mes collaborateurs s'occupent de tout … il me reste du temps pour le football
à la télévision … et eux sont en bonne santé !"
fruits frais , bouillie à la crème et café . Nous sommes trois : le Président , Kissinger
et moi .
- Le Président : "Dites donc , Henry , vous les usez vos collaborateurs : Eagleburger
à l'hôpital , Tony Lake essoré en moins d'un an et , maintenant , ce pauvre Winston
Lord vient pleurer dans mes jupes !"
- Kissinger : "Monsieur le Président , ils sont nuls !"
- Le Président : "Nuls !? … Lake ? … Lord ? … la fine fleur de notre diplomatie ?"
- Kissinger : "Mister President , si je ne fais pas tout moi-même …"
- Le Président : "N'exagérez pas , Henry … Winston est diplômé de Yale , primé par le
Pentagone , primé par le Département d'État … et avec un tel assistant , vous devez tout
faire !?"
- Kissinger : "Hélas , Monsieur le Président … vous savez que Lord m'a accompagné
pendant ce voyage secret à Pékin … il n'a dit que des conneries"
Le Président regarde les pendeloques du lustre suspendu au-dessus de la table comme
s'il y cherchait une explication ; puis il pointe de son long index une console dans un coin
de la salle à manger : "Voyez-vous ceci , Henry ?"
- Kissinger : "Yes , Mister President : c'est une console en acajou d'époque Louis XVI
… je dirais : vers 1780 … dans le goût de Roentgen …"
- Le Président : "Ah , Henry , je sais que vous êtes un fin connaisseur de ces vieilles
choses ! … ces vieilles choses françaises … je vous parle , moi , de l'appareil qui se
trouve sur la console … vous savez ce que c'est ?"
- Kissinger : "Non , je l'ignore , Monsieur le Président"
- Le Président : "Vous l'ignorez !? … c'est cependant un objet banal dont tout le monde
se sert … un percolateur"
- Kissinger : "Un ?"
- Le Président : "Un percolateur … en d'autres termes : une machine à café … pouvez-
vous nous faire trois tasses , Henry ?"
- Kissinger : "Je n'ai aucune compétence dans ce domaine"
- Le Président , à moi : "Desmond ! … démonstration !"
- Je me lève , je remplis le percolateur d'eau froide , je dispose un filtre , j'y verse du café
moulu et j'appuie sur le bouton ON"
- Le Président frappe dans ses deux mains : "Le tour est joué , Henry ! … voyez-vous ,
chez moi , mes collaborateurs s'occupent de tout … il me reste du temps pour le football
à la télévision … et eux sont en bonne santé !"
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