Dong Moi . Quai nord . Un docker annamite est étendu sur un tréteau . Il est mort .
Ce matin , on chargeait devant nous les soutes d'un cargo scandinave . Une poulie ,
tournoyant au bout d'un cordage largué par mégarde , a traversé l'air en sifflant et
écrasé l'occiput du malheureux . Des femmes veillent le corps . Elles l'ont couvert de
fleurs et l'ont bordé de lampions . Du pont du Kritik , Toms , le quartier-maître ,
contemple la scène . Je le rejoins .
- Toms , sans quitter des yeux la veillée funèbre : "Crois-tu que l'âme existe ?"
- Moi : "… l'âme ? …"
- Toms : "Oui … ce type … ce docker … a-t-il une âme ?"
- Moi : "Qu'en sais-je , Toms ? … il est mort …"
- Toms , agacé : "Je vois bien qu'il est mort ! … mais qu'est-ce qui le tenait vivant
ce matin ?"
- Moi : "………?………"
- Toms : "N'est-ce pas son âme ?"
La nuit vient . Des ombres muettes s'affairent autour du tréteau . Une femme pique
des bâtons d'encens contre les bras du défunt ; une autre allume les lampions .
- Moi : "Si l'âme existe et si c'est elle qui le tenait vivant ce matin , Toms , c'est qu'elle
s'en est allée …"
- Toms : "Pour aller où ?"
- Moi : "……….?………"
- Toms . Il rigole : "Où l'âme peut-elle s'envoler ?"
- Moi : "Pourtant tu as raison … il manque bien quelque chose à ce docker ce soir "
- Toms : "Ce que ces femmes pleurent , c'est une peau de serpent … l'âme est dedans …
elle est morte avec elle"
- Moi : "……………….."
- Toms : "L'âme et le corps … la poulie a tué les deux d'un coup !" . Puis , quittant
le bastingage , s'éloignant et me laissant coi : "Mon âme , c'est moi … c'est ma vie …
c'est ce que je vais faire dans cinq minutes … me jeter un verre de kvas dans la
cambuse de Monsieur Lee …"
Krant a surpris notre conversation du haut de sa passerelle :
- "Chef ! … notre quartier-maître serait-il philosophe ? … moniste à ce qu'il semble …"
dimanche 31 mai 2020
samedi 30 mai 2020
KRANT 219 . DUNES IMMOBILES
Avec Vinc un matin de septembre sur le cordon dunaire . Vinc et , suspendu
à ses bretelles , l'accordéon . Des vagues nonchalantes évoquent par leur rumeur
les nappes jetées sur les tables du matin ou l'expiration tranquille des enfants
endormis . Elles s'affalent sur le sable où , finissantes , elles pétillent . Nous sommes
assis , Vinc et moi , au milieu des oyats . "Joue-nous quelque chose , Vinc !" et ,
tirant sur moi le ciel léger de la Baltique , je m'allonge sur le dos , mains nouées
derrière la nuque . Vinc , à son habitude , comme il a fait sur toutes les mers du
monde , hasarde cinq ou six notes pour questionner la qualité de l'air et chercher
dans les plus minuscules turbulences le murmure à vous retourner le coeur . Je ferme
les yeux et , soudain , dans ces dunes immobiles , le temps , le cri d'une mouette
dans l'altitude et le chuchotement du rivage sont sur le point de s'arrêter : la mécanique
hésite sur le bord de l'espace . Est-ce là l'éternité , y a-t-il quelque chose à comprendre
et pourquoi , absurdement , le monde reprend-il son cours quand la voix de Vinc conclut :
"Que feras-tu , Dieu , tout seul ,
Quand nous serons tous morts ,
Quand nous serons tous endormis
Sous l'herbe verdoyante ?"
à ses bretelles , l'accordéon . Des vagues nonchalantes évoquent par leur rumeur
les nappes jetées sur les tables du matin ou l'expiration tranquille des enfants
endormis . Elles s'affalent sur le sable où , finissantes , elles pétillent . Nous sommes
assis , Vinc et moi , au milieu des oyats . "Joue-nous quelque chose , Vinc !" et ,
tirant sur moi le ciel léger de la Baltique , je m'allonge sur le dos , mains nouées
derrière la nuque . Vinc , à son habitude , comme il a fait sur toutes les mers du
monde , hasarde cinq ou six notes pour questionner la qualité de l'air et chercher
dans les plus minuscules turbulences le murmure à vous retourner le coeur . Je ferme
les yeux et , soudain , dans ces dunes immobiles , le temps , le cri d'une mouette
dans l'altitude et le chuchotement du rivage sont sur le point de s'arrêter : la mécanique
hésite sur le bord de l'espace . Est-ce là l'éternité , y a-t-il quelque chose à comprendre
et pourquoi , absurdement , le monde reprend-il son cours quand la voix de Vinc conclut :
"Que feras-tu , Dieu , tout seul ,
Quand nous serons tous morts ,
Quand nous serons tous endormis
Sous l'herbe verdoyante ?"
jeudi 28 mai 2020
KRANT 218 . LE GRAND SPECTACLE
- "C'est l'heure majestueuse , Messieurs , n'est-ce pas ?"
La nuit tombait . Le soleil avait disparu derrière les basses collines vert tendre qui ,
insensiblement , avaient bleui et n'étaient plus maintenant que l'ombre d'elles-mêmes .
Vinc et moi étions accoudés au bastingage du Kritik . Combien de fois ce bordage
a-t-il servi d'appui à nos contemplations ? . C'était ce soir-là à une encâblure de la côte
ouest du Grand Duché de Finlande où nous avions jeté nos ancres . C'est la voix de
Krant qui , de la passerelle supérieure , nous tombait sur la nuque et semblait émaner
du fameux rougeoiement de sa pipe .
- "Nous entrons dans le cosmos … nous ne l'avons jamais quitté , mais les lois du monde
sont telles que c'est au crépuscule que l'infini installe son décor"
Les mots de Krant et leur fervente intonation métamorphosaient ce phénomène anodin
qu'est la chute d'un jour dans les ténèbres illuminées de la nuit en spectacle grandiose où
Vinc et moi , jusqu'alors témoins indifférents , devenions les invités privilégiés .
- "L'Étoile Polaire … la voyez-vous ? … droit devant vous … la plus brillante de la Petite
Ourse … la voyez-vous ? …"
Nous acquiesçâmes d'un timide signe de tête comme si , tout à coup , la majesté de
l'univers entrait en scène et que le moindre son ou une parole dissonante eussent pu
l'écorner . Seule , la voix de notre capitaine , solennelle , planait sur les eaux :
- "Polaris , notre phare …"
La nuit tombait . Le soleil avait disparu derrière les basses collines vert tendre qui ,
insensiblement , avaient bleui et n'étaient plus maintenant que l'ombre d'elles-mêmes .
Vinc et moi étions accoudés au bastingage du Kritik . Combien de fois ce bordage
a-t-il servi d'appui à nos contemplations ? . C'était ce soir-là à une encâblure de la côte
ouest du Grand Duché de Finlande où nous avions jeté nos ancres . C'est la voix de
Krant qui , de la passerelle supérieure , nous tombait sur la nuque et semblait émaner
du fameux rougeoiement de sa pipe .
- "Nous entrons dans le cosmos … nous ne l'avons jamais quitté , mais les lois du monde
sont telles que c'est au crépuscule que l'infini installe son décor"
Les mots de Krant et leur fervente intonation métamorphosaient ce phénomène anodin
qu'est la chute d'un jour dans les ténèbres illuminées de la nuit en spectacle grandiose où
Vinc et moi , jusqu'alors témoins indifférents , devenions les invités privilégiés .
- "L'Étoile Polaire … la voyez-vous ? … droit devant vous … la plus brillante de la Petite
Ourse … la voyez-vous ? …"
Nous acquiesçâmes d'un timide signe de tête comme si , tout à coup , la majesté de
l'univers entrait en scène et que le moindre son ou une parole dissonante eussent pu
l'écorner . Seule , la voix de notre capitaine , solennelle , planait sur les eaux :
- "Polaris , notre phare …"
mercredi 27 mai 2020
TROIS MOUCHES 190 . LA PROIE DES FLAMMES
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de
paille . "Je sais" , dit Berthe , songeuse , en se grattant le menton . "J'aimerais …" .
Mais , de nouveau , comme frappée brusquement par un chagrin intime , secret , son
visage s'assombrit , et elle resta silencieuse .
Berthe songeait à trois secrets intimes et , brusquement , un chagrin silencieux avait
assombri son visage . "Je sais" , dit-elle en se frappant et en grattant son merveilleux
menton "que les mouches vermeilles , de nouveau , bourdonnent … mais , j'aimerais
qu'elles restent contre ton chapeau de paille"
De nouveau , trois mouches bourdonnaient contre le visage songeur de Berthe .
"Ça me gratte" , dit-elle et , brusquement , elle les frappa avec son chapeau de paille .
J'aurais aimé qu'elle reste silencieuse mais , intimement , je savais qu'un chagrin secret
assombrirait son merveilleux menton .
paille . "Je sais" , dit Berthe , songeuse , en se grattant le menton . "J'aimerais …" .
Mais , de nouveau , comme frappée brusquement par un chagrin intime , secret , son
visage s'assombrit , et elle resta silencieuse .
Berthe songeait à trois secrets intimes et , brusquement , un chagrin silencieux avait
assombri son visage . "Je sais" , dit-elle en se frappant et en grattant son merveilleux
menton "que les mouches vermeilles , de nouveau , bourdonnent … mais , j'aimerais
qu'elles restent contre ton chapeau de paille"
De nouveau , trois mouches bourdonnaient contre le visage songeur de Berthe .
"Ça me gratte" , dit-elle et , brusquement , elle les frappa avec son chapeau de paille .
J'aurais aimé qu'elle reste silencieuse mais , intimement , je savais qu'un chagrin secret
assombrirait son merveilleux menton .
mardi 26 mai 2020
COTE 137 . 152 . GUIGNOL 2
Une vingtaine de spectateurs . Oui , nous étions à peu près vingt , en tailleur à
même le caillebotis ou assis sur des caisses , sur des sacs de sable ou sur la banquette
de tir ou , debout , appuyés contre le parados . Le capitaine trônait sur la seule chaise
de la tranchée - propriété de Martial - et semblait occuper une loge de balcon . Les trois
coups retentirent , clairs et nets , sur le fond lointain du pilonnement de Montrepont en
ruines . Martial , invisible derrière le castelet , présenta son spectacle , drame - c'est de
drame qu'il qualifiait sa création - à deux personnages bien connus : Guignol et Gnafron .
Gnafron d'abord parut . L'auteur l'avait confectionné sur une douille de 75 mm , articulée
par une ingénieuse tringlerie de fil de fer et affublée d'un assez fidèle uniforme bleu
horizon d'officier français où les plus subtils d'entre nous pressentirent l'image affable de
notre capitaine . Puis Guignol gicla du cadre de scène dans un violent soulevé de rideau .
Le marionnettiste agitait avec frénésie ce pantin fait d'une même douille de 75 , les yeux
percés d'éclats de verre , le front biaisé d'une mèche brune , la lèvre supérieure hérissée
d'une moustache , des flamboiements de laiton criblaient ses noirs oripeaux .
- Voix grondante du dramaturge : "Tremblez , poilus ! … voici le pire des Guignols ,
le nouvel Empereur de Barbarie , bouture de Guillaume , graine de Kronprinz : le cruel
Adolph Fritzler ! … Guignol de l'espèce démoniaque ! "
L'histoire était assez confuse , obscurcie par les vociférations d'Adolph Fritzler qui
faisait tournoyer son bâton au-dessus de nos casques . L'aimable Gnafron tentait sans
succès d'endiguer l'effroyable logorrhée de son comparse qui éructait des ach , des
schnütz , des raus , des schnell , postillonnait sa haine , hoquetait de fureur , sa main
droite se tendait au-dessus de nos têtes - heil ! - puis il croisait les bras , se retirait au
fond de la scène , enflé de fulminations captives , ses yeux de verre exorbités , avant de
se jeter en avant et débonder sur nos capotes ses imprécations teutonnes : acht , grosse
schnütz , schwein , plikch , verdammt !! …
Le spectacle dura dix minutes et le rideau tomba . Quand l'artiste parut , s'extirpant
en nage de l'étroit castelet , les mains gantées de ses deux figurines inertes (mais Guignol-
Fritzlzer tremblait encore de soubresauts nerveux) , nous avons applaudi , nous avons
sifflé , nous nous tordions de rire , et nous avons jeté en l'air nos calots . Martial , lessivé ,
s'inclina .
- Le capitaine : "Bravo , Martial ! … formidable ! … votre Adolph Fritzler est très amusant !"
- Martial : "Ah !? … vous trouvez ?"
même le caillebotis ou assis sur des caisses , sur des sacs de sable ou sur la banquette
de tir ou , debout , appuyés contre le parados . Le capitaine trônait sur la seule chaise
de la tranchée - propriété de Martial - et semblait occuper une loge de balcon . Les trois
coups retentirent , clairs et nets , sur le fond lointain du pilonnement de Montrepont en
ruines . Martial , invisible derrière le castelet , présenta son spectacle , drame - c'est de
drame qu'il qualifiait sa création - à deux personnages bien connus : Guignol et Gnafron .
Gnafron d'abord parut . L'auteur l'avait confectionné sur une douille de 75 mm , articulée
par une ingénieuse tringlerie de fil de fer et affublée d'un assez fidèle uniforme bleu
horizon d'officier français où les plus subtils d'entre nous pressentirent l'image affable de
notre capitaine . Puis Guignol gicla du cadre de scène dans un violent soulevé de rideau .
Le marionnettiste agitait avec frénésie ce pantin fait d'une même douille de 75 , les yeux
percés d'éclats de verre , le front biaisé d'une mèche brune , la lèvre supérieure hérissée
d'une moustache , des flamboiements de laiton criblaient ses noirs oripeaux .
- Voix grondante du dramaturge : "Tremblez , poilus ! … voici le pire des Guignols ,
le nouvel Empereur de Barbarie , bouture de Guillaume , graine de Kronprinz : le cruel
Adolph Fritzler ! … Guignol de l'espèce démoniaque ! "
L'histoire était assez confuse , obscurcie par les vociférations d'Adolph Fritzler qui
faisait tournoyer son bâton au-dessus de nos casques . L'aimable Gnafron tentait sans
succès d'endiguer l'effroyable logorrhée de son comparse qui éructait des ach , des
schnütz , des raus , des schnell , postillonnait sa haine , hoquetait de fureur , sa main
droite se tendait au-dessus de nos têtes - heil ! - puis il croisait les bras , se retirait au
fond de la scène , enflé de fulminations captives , ses yeux de verre exorbités , avant de
se jeter en avant et débonder sur nos capotes ses imprécations teutonnes : acht , grosse
schnütz , schwein , plikch , verdammt !! …
Le spectacle dura dix minutes et le rideau tomba . Quand l'artiste parut , s'extirpant
en nage de l'étroit castelet , les mains gantées de ses deux figurines inertes (mais Guignol-
Fritzlzer tremblait encore de soubresauts nerveux) , nous avons applaudi , nous avons
sifflé , nous nous tordions de rire , et nous avons jeté en l'air nos calots . Martial , lessivé ,
s'inclina .
- Le capitaine : "Bravo , Martial ! … formidable ! … votre Adolph Fritzler est très amusant !"
- Martial : "Ah !? … vous trouvez ?"
lundi 25 mai 2020
COTE 137 . 151 . GUIGNOL 1
Martial revint d'une permission à Paris , enthousiaste : il avait vu Guignol au Parc
des Buttes Chaumont . A peine nous avait-il serré dans ses bras - il embrassa même
le capitaine , sacré Martial ! - qu'un nouveau projet irradiant de ses méninges , déjà il
le mettait en oeuvre . Nous fîmes cercle autour de lui ; son excitation ranimait notre
morne vie . Le capitaine , un peu en retrait , alluma une cigarette et Bertin fit ronronner
sa cafetière .
- Martial : "Un castelet et deux marionnettes , voilà ce qu'il nous faut"
Bertin tendit à Martial un quart de café fumant , le meilleur de la ligne de front .
- Prigent : "Un castelet ?"
- Martial : "Oui , un castelet … je t'expliquerai , Prigent … j'ai le plan dans la tête" ,
dit-il en se frappant la tempe .
- Moi : "Des marionnettes !? … tu retombes en enfance ?"
- L'oeil bleu de Martial me transperça : "Des marionnettes , mon vieux ! … deux !"
Il y eut pendant trois ou quatre jours une intense activité créatrice dans ce secteur
de la tranchée . Prigent et Riou , sur les plans de Martial (il avait fait un dessin enluminé
sur une feuille arrachée à l'un de ses fameux carnets) et sous sa conduite pointilleuse ,
érigèrent un castelet fait avec le monceau de débris qu'une équipe de prospecteurs
enfiévrés avaient extrait de notre gangue terreuse , tout ce que la guerre charriait de
fragments , limaille , rognures , miettes qui , astiqués , polis , ciselés , travaillés , incisés ,
trouvèrent dans leur nouvel assemblage la rutilance d'un décor de théâtre . De son côté ,
dans un repli discret et une solitude inventive , Martial donnait naissance à ses deux
personnages : Guignol et son compère Gnafron . Puis il noircit des pages et des pages
de carnet .
- Moi : "Qu'est-ce que tu écris ?"
- Martial , comme s'il m'en voulait : "Une histoire pour grandes personnes ! … tu peux
l'annoncer au public : la représentation c'est demain et c'est gratuit …"
des Buttes Chaumont . A peine nous avait-il serré dans ses bras - il embrassa même
le capitaine , sacré Martial ! - qu'un nouveau projet irradiant de ses méninges , déjà il
le mettait en oeuvre . Nous fîmes cercle autour de lui ; son excitation ranimait notre
morne vie . Le capitaine , un peu en retrait , alluma une cigarette et Bertin fit ronronner
sa cafetière .
- Martial : "Un castelet et deux marionnettes , voilà ce qu'il nous faut"
Bertin tendit à Martial un quart de café fumant , le meilleur de la ligne de front .
- Prigent : "Un castelet ?"
- Martial : "Oui , un castelet … je t'expliquerai , Prigent … j'ai le plan dans la tête" ,
dit-il en se frappant la tempe .
- Moi : "Des marionnettes !? … tu retombes en enfance ?"
- L'oeil bleu de Martial me transperça : "Des marionnettes , mon vieux ! … deux !"
Il y eut pendant trois ou quatre jours une intense activité créatrice dans ce secteur
de la tranchée . Prigent et Riou , sur les plans de Martial (il avait fait un dessin enluminé
sur une feuille arrachée à l'un de ses fameux carnets) et sous sa conduite pointilleuse ,
érigèrent un castelet fait avec le monceau de débris qu'une équipe de prospecteurs
enfiévrés avaient extrait de notre gangue terreuse , tout ce que la guerre charriait de
fragments , limaille , rognures , miettes qui , astiqués , polis , ciselés , travaillés , incisés ,
trouvèrent dans leur nouvel assemblage la rutilance d'un décor de théâtre . De son côté ,
dans un repli discret et une solitude inventive , Martial donnait naissance à ses deux
personnages : Guignol et son compère Gnafron . Puis il noircit des pages et des pages
de carnet .
- Moi : "Qu'est-ce que tu écris ?"
- Martial , comme s'il m'en voulait : "Une histoire pour grandes personnes ! … tu peux
l'annoncer au public : la représentation c'est demain et c'est gratuit …"
dimanche 24 mai 2020
KRANT 217 . AMOUR HUMAIN
Jablah .
Deux dockers se battent sur le quai . L'un prend sur l'autre le dessus . L'un vocifère
en frappant et l'autre , à terre , glapit . Le capitaine , le timonier et moi sommes sur la
passerelle . Pendant que des matelots séparent les deux indigènes , Krant dit :
- "Que voyons-nous ?"
- Moi : "Deux hommes se battent , capitaine … deux bêtes …"
- Krant : "En effet … ne sommes-nous pas des bêtes ?"
- Le timonier et moi : "…………"
- Krant : "… des tigres … des antilopes …"
- Le timonier : "Capitaine !"
- Krant : "Les animaux ne sont-ils pas nos cousins ?"
- Le timonier : "Nos cousins !?"
- Krant : "La colère et la peur … nous les avons en commun"
- Moi : "… et la douleur"
- Krant : "La douleur ? … oui , chef , vous avez raison … la douleur aussi"
- Le timonier : "… et l'amour"
- Krant : "… l'amour !? …"
- Moi : "Qu'est-ce que tu racontes , timonier … nous aimons comme des animaux ?"
- Le timonier : "… je veux dire : l'acte d'amour … la copulation …"
- Krant , tapotant sa pipe sur le bastingage pour vider le fourneau : "Ah ! … bon …
vous me rassurez , timonier"
Deux dockers se battent sur le quai . L'un prend sur l'autre le dessus . L'un vocifère
en frappant et l'autre , à terre , glapit . Le capitaine , le timonier et moi sommes sur la
passerelle . Pendant que des matelots séparent les deux indigènes , Krant dit :
- "Que voyons-nous ?"
- Moi : "Deux hommes se battent , capitaine … deux bêtes …"
- Krant : "En effet … ne sommes-nous pas des bêtes ?"
- Le timonier et moi : "…………"
- Krant : "… des tigres … des antilopes …"
- Le timonier : "Capitaine !"
- Krant : "Les animaux ne sont-ils pas nos cousins ?"
- Le timonier : "Nos cousins !?"
- Krant : "La colère et la peur … nous les avons en commun"
- Moi : "… et la douleur"
- Krant : "La douleur ? … oui , chef , vous avez raison … la douleur aussi"
- Le timonier : "… et l'amour"
- Krant : "… l'amour !? …"
- Moi : "Qu'est-ce que tu racontes , timonier … nous aimons comme des animaux ?"
- Le timonier : "… je veux dire : l'acte d'amour … la copulation …"
- Krant , tapotant sa pipe sur le bastingage pour vider le fourneau : "Ah ! … bon …
vous me rassurez , timonier"
samedi 23 mai 2020
KRANT 216 . MÉDUSÉS
Au cours d'une promenade avec Krant et le quartier-maître sur le cordon littoral
près de Baltijsk . Il y avait sur le sable une énorme méduse échouée .
- Toms , le quartier-maître : "Quelles saletés , capitaine , que ces bestioles !"
Nos six pieds encadraient le cadavre .
- Krant : "C'est ainsi que vous parlez de vos ancêtres ?"
La Mer Baltique , calme ce jour-là , battait faiblement sur le sable comme un coeur
primitif qui ne s'arrêterait jamais .
- Toms : "Ce corps flasque !? … mon ancêtre ?"
- Krant , se tournant vers moi : "Chef , ne voyez-vous pas quelque ressemblance avec
notre ami ? … avec moi ? … avec vous ? …"
- Moi : "……..?………"
- Krant : "C'est quelqu'un de la famille … penchez-vous"
Nous nous penchâmes sur cet effarant ascendant .
- Krant : "Voyez à travers l'ombelle … cette ombre en forme de trèfle à quatre feuilles …
la voyez-vous ?"
- Toms et moi , d'une seule voix : "Si , si , nous la voyons"
- Krant : "C'est un estomac"
- Toms : "Un estomac !? … cet animal … cette chose mange-t-elle ?"
- Krant : "Et là" … à nouveau , nous nous penchâmes . "Voyez-vous ces canaux ?"
Nous devinions , rayonnant sous l'ombelle , une multitude de filaments .
- Krant : "Dans ces canaux circule la nourriture … l'intestin …"
- Toms et moi : "…………."
Krant , accroupi près du cadavre , regardait maintenant la mer : "C'est de là que
nous sortons tous les trois"
près de Baltijsk . Il y avait sur le sable une énorme méduse échouée .
- Toms , le quartier-maître : "Quelles saletés , capitaine , que ces bestioles !"
Nos six pieds encadraient le cadavre .
- Krant : "C'est ainsi que vous parlez de vos ancêtres ?"
La Mer Baltique , calme ce jour-là , battait faiblement sur le sable comme un coeur
primitif qui ne s'arrêterait jamais .
- Toms : "Ce corps flasque !? … mon ancêtre ?"
- Krant , se tournant vers moi : "Chef , ne voyez-vous pas quelque ressemblance avec
notre ami ? … avec moi ? … avec vous ? …"
- Moi : "……..?………"
- Krant : "C'est quelqu'un de la famille … penchez-vous"
Nous nous penchâmes sur cet effarant ascendant .
- Krant : "Voyez à travers l'ombelle … cette ombre en forme de trèfle à quatre feuilles …
la voyez-vous ?"
- Toms et moi , d'une seule voix : "Si , si , nous la voyons"
- Krant : "C'est un estomac"
- Toms : "Un estomac !? … cet animal … cette chose mange-t-elle ?"
- Krant : "Et là" … à nouveau , nous nous penchâmes . "Voyez-vous ces canaux ?"
Nous devinions , rayonnant sous l'ombelle , une multitude de filaments .
- Krant : "Dans ces canaux circule la nourriture … l'intestin …"
- Toms et moi : "…………."
Krant , accroupi près du cadavre , regardait maintenant la mer : "C'est de là que
nous sortons tous les trois"
mercredi 20 mai 2020
PARADIS 140 . SONDAGES
Dieu consulte ses résultats sur son Mac :
- "Finalement , c'est pas si mauvais … 51% des humains croient en une entité
supérieure"
- Ève : "Une quoi ?"
- Dieu : "Une entité supérieure … euh … comment t'expliquer ? … avec des
mots simples …"
- Ève : "Me prends pas pour une idiote !"
- Dieu : "Excuse-moi , ma chérie mais , moi-même , entité supérieure je vois
pas bien ce que c'est"
- Ève : "C'est toi , non , l'entité supérieure ?"
- Dieu : "Ben non … 51% des humains croient en une entité supérieure dont
33% en Dieu … en moi …"
- Ève : "…….?….."
- Dieu : "Ce qui veut dire que … 51-33 = 18 … ce qui veut dire que 18% des
humains croient en une entité supérieure qui n'est pas moi …"
- Ève : "C'est qui alors ?"
- Dieu tapote sur son clavier , à la recherche d'une explication : "J'en sais rien ,
Ève … je cherche … ah ! … ici , peut-être : 24% des scientifiques américains
croient en une quelconque entité supérieure"
- Ève : "Une quelconque entité supérieure ?"
- Dieu : "Ouais … où je suis là-dedans ? … une quelconque entité , qu'est-ce
que ça signifie ? … attends ! … peut-être là : 15% des 50-64 ans croient en une
entité supérieure … merde !"
- Ève : "C'est un gros mot , ça !"
- Dieu : "Zut ! … 15% seulement !? … 15% des vieux croient en moi !?"
- Ève corrige : "Croient en une entité supérieure"
- Dieu : "Tu sais , Ève , entité supérieure et moi , c'est du pareil au même !"
- Ève soudain spécialiste en enquêtes statistiques : "Ah non ! … 51% des humains
dont 33% … tu l'as dit tout à l'heure !"
- Dieu tente de se rassurer : "Ça veut pas dire grand chose les sondages …
les questions sont mal posées : croyez-vous en Dieu ? … un tas de gens croient en moi
et ils n'osent pas le dire"
- Ève : "… et d'autres qui n'osent pas dire qu'ils ne croient pas en toi … ça équilibre"
- Dieu : "Tu veux me saper le moral ?" . Il appuie sur "off" (Voulez-vous éteindre
votre ordinateur maintenant ? … Ok) . "D'ailleurs je m'en fous de qui croit en moi !"
- "Finalement , c'est pas si mauvais … 51% des humains croient en une entité
supérieure"
- Ève : "Une quoi ?"
- Dieu : "Une entité supérieure … euh … comment t'expliquer ? … avec des
mots simples …"
- Ève : "Me prends pas pour une idiote !"
- Dieu : "Excuse-moi , ma chérie mais , moi-même , entité supérieure je vois
pas bien ce que c'est"
- Ève : "C'est toi , non , l'entité supérieure ?"
- Dieu : "Ben non … 51% des humains croient en une entité supérieure dont
33% en Dieu … en moi …"
- Ève : "…….?….."
- Dieu : "Ce qui veut dire que … 51-33 = 18 … ce qui veut dire que 18% des
humains croient en une entité supérieure qui n'est pas moi …"
- Ève : "C'est qui alors ?"
- Dieu tapote sur son clavier , à la recherche d'une explication : "J'en sais rien ,
Ève … je cherche … ah ! … ici , peut-être : 24% des scientifiques américains
croient en une quelconque entité supérieure"
- Ève : "Une quelconque entité supérieure ?"
- Dieu : "Ouais … où je suis là-dedans ? … une quelconque entité , qu'est-ce
que ça signifie ? … attends ! … peut-être là : 15% des 50-64 ans croient en une
entité supérieure … merde !"
- Ève : "C'est un gros mot , ça !"
- Dieu : "Zut ! … 15% seulement !? … 15% des vieux croient en moi !?"
- Ève corrige : "Croient en une entité supérieure"
- Dieu : "Tu sais , Ève , entité supérieure et moi , c'est du pareil au même !"
- Ève soudain spécialiste en enquêtes statistiques : "Ah non ! … 51% des humains
dont 33% … tu l'as dit tout à l'heure !"
- Dieu tente de se rassurer : "Ça veut pas dire grand chose les sondages …
les questions sont mal posées : croyez-vous en Dieu ? … un tas de gens croient en moi
et ils n'osent pas le dire"
- Ève : "… et d'autres qui n'osent pas dire qu'ils ne croient pas en toi … ça équilibre"
- Dieu : "Tu veux me saper le moral ?" . Il appuie sur "off" (Voulez-vous éteindre
votre ordinateur maintenant ? … Ok) . "D'ailleurs je m'en fous de qui croit en moi !"
mardi 19 mai 2020
TROIS MOUCHES 189 . LE RIVAGE DES SYRTES , ENCORE
Un incident de route retarda la voiture . Trois mouches vermeilles et merveilleuses
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille . L'Amirauté , quand Berthe et moi
l'atteignîmes à l'heure de la sieste , portes et fenêtres closes dans le flamboiement de
l'arrière-été , semblait abandonnée .
Notre voiture flamboyait sur la route abandonnée de l'Amirauté . De ses portes et
fenêtres , à l'arrière , un bourdonnement de mouches sembla retarder l'été . A l'heure
de la sieste , cet incident atteignit nos chapeaux de paille , à Berthe et à moi .
Aux heures incidentes , l'été flamboyait contre nos chapeaux de paille . La voiture
de Berthe - une merveille ! - bourdonnait sur la route de l'Amirauté . A l'arrière , par
la fenêtre , les mouches semblaient s'abandonner sans retard à une sieste close .
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille . L'Amirauté , quand Berthe et moi
l'atteignîmes à l'heure de la sieste , portes et fenêtres closes dans le flamboiement de
l'arrière-été , semblait abandonnée .
Notre voiture flamboyait sur la route abandonnée de l'Amirauté . De ses portes et
fenêtres , à l'arrière , un bourdonnement de mouches sembla retarder l'été . A l'heure
de la sieste , cet incident atteignit nos chapeaux de paille , à Berthe et à moi .
Aux heures incidentes , l'été flamboyait contre nos chapeaux de paille . La voiture
de Berthe - une merveille ! - bourdonnait sur la route de l'Amirauté . A l'arrière , par
la fenêtre , les mouches semblaient s'abandonner sans retard à une sieste close .
lundi 18 mai 2020
ECHEC AUX DAMES
Mon père était un bon joueur d'échecs . L'un des meilleurs du Comté mais ,
je ne sais pas pourquoi - perdait-il ses moyens dans les grandes occasions ? -
il ne dépassa jamais les quarts de finale des tournois qui se tenaient une fois
par an à X . A la maison , dans la bibliothèque , mon père m'enseignait les
principes et les coups classiques de ce jeu que je détestais autant que l'arithmétique .
"Il fallait jouer 2Cc6 ! … combien de fois te l'ai-je dit ! … tu ne m'écoutes pas ! …
tu ne fais pas attention ! … tu n'en fais qu'à ta tête ! … tu ne réfléchis pas ! …
le gambit du roi !? … tu te prends pour un grand maître ? … etc … etc …"
Moi , je préférais les dames . J'étais bon . Je jouais à toute vitesse . Quelquefois
avec mon père , "ce jeu idiot" disait-il . Je le battais à plate couture . Il fonctionnait
avec son cerveau , moi avec ma moelle épinière . Il se perdait dans des combinaisons
infinies ; j'étais traversé d'arcs réflexes . Le temps s'abrogeait : la partie était un point
lumineux , elle se jouait en un éclair , à peine entamée , déjà conclue . Quand mon
père avançait un doigt indécis vers un pion , de l'autre côté du damier , je trépignais
à le voir tomber dans mes pièges irraisonnés . Une minuscule musaraigne tremblotante ,
mon père , et j'étais ce chat élastique et énorme fixant sa proie dans la fente longitu-
dinale de ma pupille et , comme projeté dans le temps bondissant , par avance la
démantibulant . Je terminais l'affaire par une cascade de clic-clic sur le damier sonore :
les pions noirs - les siens - se débandaient entre mes griffes pendant que l'armée des
beiges - les miens - triomphale et presque intacte , occupait le terrain . Mon père ,
apeuré comme une proie à qui , finalement , un chat dédaigneux aurait laissé la vie
sauve , se levait brusquement et piochait au hasard un livre dans les rayons de la
bibliothèque . "Range tout ça et laisse-moi !" , disait-il en feuilletant nerveusement son
bouquin . Un à un , je disposais méticuleusement (ma tension était retombée) chaque
pion noir dans le logement à fond incurvé , puis les pions beiges dans le leur , guettant
du coin de l'oeil mon père qui longeait la bibliothèque en ne lisant rien des pages qui
tournaillaient entre ses mains . Puis il s'arrêtait et ses yeux bleus de sicaire m'apostro-
phaient (car c'est eux qui parlaient) par-dessus les verres de sa monture demi-lune :
"Tu as bientôt fini ? … tu en mets un temps !"
je ne sais pas pourquoi - perdait-il ses moyens dans les grandes occasions ? -
il ne dépassa jamais les quarts de finale des tournois qui se tenaient une fois
par an à X . A la maison , dans la bibliothèque , mon père m'enseignait les
principes et les coups classiques de ce jeu que je détestais autant que l'arithmétique .
"Il fallait jouer 2Cc6 ! … combien de fois te l'ai-je dit ! … tu ne m'écoutes pas ! …
tu ne fais pas attention ! … tu n'en fais qu'à ta tête ! … tu ne réfléchis pas ! …
le gambit du roi !? … tu te prends pour un grand maître ? … etc … etc …"
Moi , je préférais les dames . J'étais bon . Je jouais à toute vitesse . Quelquefois
avec mon père , "ce jeu idiot" disait-il . Je le battais à plate couture . Il fonctionnait
avec son cerveau , moi avec ma moelle épinière . Il se perdait dans des combinaisons
infinies ; j'étais traversé d'arcs réflexes . Le temps s'abrogeait : la partie était un point
lumineux , elle se jouait en un éclair , à peine entamée , déjà conclue . Quand mon
père avançait un doigt indécis vers un pion , de l'autre côté du damier , je trépignais
à le voir tomber dans mes pièges irraisonnés . Une minuscule musaraigne tremblotante ,
mon père , et j'étais ce chat élastique et énorme fixant sa proie dans la fente longitu-
dinale de ma pupille et , comme projeté dans le temps bondissant , par avance la
démantibulant . Je terminais l'affaire par une cascade de clic-clic sur le damier sonore :
les pions noirs - les siens - se débandaient entre mes griffes pendant que l'armée des
beiges - les miens - triomphale et presque intacte , occupait le terrain . Mon père ,
apeuré comme une proie à qui , finalement , un chat dédaigneux aurait laissé la vie
sauve , se levait brusquement et piochait au hasard un livre dans les rayons de la
bibliothèque . "Range tout ça et laisse-moi !" , disait-il en feuilletant nerveusement son
bouquin . Un à un , je disposais méticuleusement (ma tension était retombée) chaque
pion noir dans le logement à fond incurvé , puis les pions beiges dans le leur , guettant
du coin de l'oeil mon père qui longeait la bibliothèque en ne lisant rien des pages qui
tournaillaient entre ses mains . Puis il s'arrêtait et ses yeux bleus de sicaire m'apostro-
phaient (car c'est eux qui parlaient) par-dessus les verres de sa monture demi-lune :
"Tu as bientôt fini ? … tu en mets un temps !"
dimanche 17 mai 2020
KRANT 215 . LE MASQUE
L'océan palpitait de lumière et l'air avait cette douceur si rare en pleine mer . J'entrai
dans la cambuse de Monsieur Lee . Notre cuisinier me tournait le dos .
- Moi : "Bonjour , Monsieur Lee !"
Monsieur Lee me fit face . Il portait un masque , un masque de chat .
- Moi : "…….?………"
- Monsieur Lee : "Bonjour Monsieur le chef mécanicien … n'est-ce pas une belle journée ?"
- Moi : "Ce masque , Monsieur Lee ?"
- Monsieur Lee : "Quel masque ? … de quoi parlez-vous ?"
- Moi : "Ce masque , Monsieur Lee … n'est-ce pas un chat ?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi … êtes-vous encore dans vos rêves ? … quel masque ? …
quel chat ? …"
Monsieur Lee se tourna vers son fourneau et je voyais maintenant sa natte :
"Voulez-vous un café , chef ? … il faut vous réveiller"
Je sentis dans mon dos l'inhabituelle tiédeur de ce matin pendant que devant moi , entre
ses flancs de fonte , ronronnait le feu du fourneau .
- Moi : "Un masque de chat ?"
Monsieur Lee revint vers moi avec une tasse dans une main , la cafetière brûlante dans
l'autre et , sous sa toque , le visage de tous les jours qui souriait pour l'éternité .
- Moi : "Ça alors , Monsieur Lee , j'aurais juré que … !?"
- Monsieur Lee : "Vous dormiez , chef … le sommeil est peuplé de chimères … ai-je l'air
d'un chat ?"
dans la cambuse de Monsieur Lee . Notre cuisinier me tournait le dos .
- Moi : "Bonjour , Monsieur Lee !"
Monsieur Lee me fit face . Il portait un masque , un masque de chat .
- Moi : "…….?………"
- Monsieur Lee : "Bonjour Monsieur le chef mécanicien … n'est-ce pas une belle journée ?"
- Moi : "Ce masque , Monsieur Lee ?"
- Monsieur Lee : "Quel masque ? … de quoi parlez-vous ?"
- Moi : "Ce masque , Monsieur Lee … n'est-ce pas un chat ?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi … êtes-vous encore dans vos rêves ? … quel masque ? …
quel chat ? …"
Monsieur Lee se tourna vers son fourneau et je voyais maintenant sa natte :
"Voulez-vous un café , chef ? … il faut vous réveiller"
Je sentis dans mon dos l'inhabituelle tiédeur de ce matin pendant que devant moi , entre
ses flancs de fonte , ronronnait le feu du fourneau .
- Moi : "Un masque de chat ?"
Monsieur Lee revint vers moi avec une tasse dans une main , la cafetière brûlante dans
l'autre et , sous sa toque , le visage de tous les jours qui souriait pour l'éternité .
- Moi : "Ça alors , Monsieur Lee , j'aurais juré que … !?"
- Monsieur Lee : "Vous dormiez , chef … le sommeil est peuplé de chimères … ai-je l'air
d'un chat ?"
KRANT 214 . UNE PENSÉE D'AVANCE
- "A quoi pensez-vous , chef ?"
Combien de fois cette question m'avait-elle frappé la nuque ? . A vrai dire , elle ne
me faisait plus sursauter …
- Moi : "A notre escale du Havre , capitaine"
- Krant : "Vous êtes donc là-bas … déjà …"
- Moi : "C'est que j'ai à y faire , capitaine … le charbon … quelques réparations ..."
- Krant , empoignant le bastingage : "Vous arpentez en ce moment un quai du Havre …
vous cherchez un charbonnier et un atelier qui conviendra …"
- Moi : "Oui , capitaine … c'est comme si j'étais déjà là-bas"
- Krant : "Et cependant nous venons à peine d'entrer dans ce bras de mer"
Pour Krant , l'estuaire de la Seine , ce fleuve qui mène à la formidable ville française
de Paris , c'était un bras de mer , ni plus ni moins , sur les cartes une pénétration de houle
et d'embruns à l'intérieur des terres , un moyen de livrer la marchandise et peu importait
que ces eaux fussent celles de la Seine , du Zambèse ou du Yangsi Jiang .
- Krant : "Vous êtes un homme de futur … d'avenir … de projets …"
- Moi . Puisque Hume le chat du bord passait par là , je bravai l'ironie du capitaine :
"Certes , capitaine , je ne suis pas ce chat … je pense par avance"
- Krant : "Croyez-vous que ce chat , notre Hume , soit si stupide ?"
- Moi : "………?………"
- Krant : "A quoi pense-t-il ici et maintenant ?"
- Moi : "……………….."
- Krant : "… à sa pâtée … à celle que notre timonier , quand il pourra détacher ses mains
de la barre , lui servira dès que nous serons à quai … au Havre"
Combien de fois cette question m'avait-elle frappé la nuque ? . A vrai dire , elle ne
me faisait plus sursauter …
- Moi : "A notre escale du Havre , capitaine"
- Krant : "Vous êtes donc là-bas … déjà …"
- Moi : "C'est que j'ai à y faire , capitaine … le charbon … quelques réparations ..."
- Krant , empoignant le bastingage : "Vous arpentez en ce moment un quai du Havre …
vous cherchez un charbonnier et un atelier qui conviendra …"
- Moi : "Oui , capitaine … c'est comme si j'étais déjà là-bas"
- Krant : "Et cependant nous venons à peine d'entrer dans ce bras de mer"
Pour Krant , l'estuaire de la Seine , ce fleuve qui mène à la formidable ville française
de Paris , c'était un bras de mer , ni plus ni moins , sur les cartes une pénétration de houle
et d'embruns à l'intérieur des terres , un moyen de livrer la marchandise et peu importait
que ces eaux fussent celles de la Seine , du Zambèse ou du Yangsi Jiang .
- Krant : "Vous êtes un homme de futur … d'avenir … de projets …"
- Moi . Puisque Hume le chat du bord passait par là , je bravai l'ironie du capitaine :
"Certes , capitaine , je ne suis pas ce chat … je pense par avance"
- Krant : "Croyez-vous que ce chat , notre Hume , soit si stupide ?"
- Moi : "………?………"
- Krant : "A quoi pense-t-il ici et maintenant ?"
- Moi : "……………….."
- Krant : "… à sa pâtée … à celle que notre timonier , quand il pourra détacher ses mains
de la barre , lui servira dès que nous serons à quai … au Havre"
vendredi 15 mai 2020
LES LOUPS-GAROUS 3
Résumé : Luis , à la poursuite de prétendus loups-garous , a arrêté son 4x4 sur
le bord de la piste . Il fait nuit . Il va ouvrir son carnet de notes .
Un faix de rondins que l'herbe couleur de parse agriffait dans l'orbe brasillante
des phares lui fit un siège fortuit . Luis ouvrit son carnet dont la page de garde opaline
faseya au souffle chaud de l'harmattan . Aïe , mon dos ! … trop d'inspections sur des
routes défoncées (face camarde du pandémonium !) et trop de ripostes vermiculaires
aux brimbalements induits présageaient cette antienne déprimante : vertèbres moulues
(les cahots les avaient brésiller comme le cuir d'un vieux sofa) , ensellure dolente et ,
quintessence de ses maux : dilacération du nerf sciatique . De sa poche revolver , Luis
extirpa un flacon pour une soulageante libation , mais auparavant mâchouilla une fleur
d'hibiscus dont il aspira la lymphe cinabre , whisky et jus de bissap , concubitus conso-
latoire . Provisoirement anesthésié , Luis compulsa son carnet dont les feuillets tournail-
lèrent dans la pénombre spectrale comme un banc de poissons en ses battements nata-
toires . Qu'avait-il écrit là , à la page 12 ? . Quelque chose à propos des lycantropes
anoures . Car il arrive qu'à potron-minet , on observe , clabaudant dans les andins leur
tourment , des loups-garous sans queue prêts à mettre flamberge au vent ! . Danger donc
si toutefois tel spécimen défectif vadrouillait sous les remparts suburbains . Soit dit en
passant , on sait qu'anoure ou caudal le lycantrope est d'humeur byzantine , ce qu'on
aperçoit clairement quand les chasseurs ayant crié hourvari sur leurs chiens , le loup-
garou apparie d'oiseuses subtilités aux nutations de sa tête . Luis assimila le suc médul-
laire (la substantifique moelle) de cette observation et , en ayant pris bonne note , il
remonta dans son automobile .
Ces mots rares , quel plaisir !
(à suivre …)
le bord de la piste . Il fait nuit . Il va ouvrir son carnet de notes .
Un faix de rondins que l'herbe couleur de parse agriffait dans l'orbe brasillante
des phares lui fit un siège fortuit . Luis ouvrit son carnet dont la page de garde opaline
faseya au souffle chaud de l'harmattan . Aïe , mon dos ! … trop d'inspections sur des
routes défoncées (face camarde du pandémonium !) et trop de ripostes vermiculaires
aux brimbalements induits présageaient cette antienne déprimante : vertèbres moulues
(les cahots les avaient brésiller comme le cuir d'un vieux sofa) , ensellure dolente et ,
quintessence de ses maux : dilacération du nerf sciatique . De sa poche revolver , Luis
extirpa un flacon pour une soulageante libation , mais auparavant mâchouilla une fleur
d'hibiscus dont il aspira la lymphe cinabre , whisky et jus de bissap , concubitus conso-
latoire . Provisoirement anesthésié , Luis compulsa son carnet dont les feuillets tournail-
lèrent dans la pénombre spectrale comme un banc de poissons en ses battements nata-
toires . Qu'avait-il écrit là , à la page 12 ? . Quelque chose à propos des lycantropes
anoures . Car il arrive qu'à potron-minet , on observe , clabaudant dans les andins leur
tourment , des loups-garous sans queue prêts à mettre flamberge au vent ! . Danger donc
si toutefois tel spécimen défectif vadrouillait sous les remparts suburbains . Soit dit en
passant , on sait qu'anoure ou caudal le lycantrope est d'humeur byzantine , ce qu'on
aperçoit clairement quand les chasseurs ayant crié hourvari sur leurs chiens , le loup-
garou apparie d'oiseuses subtilités aux nutations de sa tête . Luis assimila le suc médul-
laire (la substantifique moelle) de cette observation et , en ayant pris bonne note , il
remonta dans son automobile .
Ces mots rares , quel plaisir !
(à suivre …)
mercredi 13 mai 2020
ACCURRATS
Il y aurait , parallèlement au nôtre , d'autres univers : ceux qui auraient pu advenir ou
ceux qui , peut-être , sont advenus en des mondes contigus . Ne peut-on conclure avec
raison que ces existences hypothétiques existent au moins comme hypothèses ?
Ainsi , la ville d'Accurrats existe bel et bien dans notre univers , plantée sur la rive
droite de la Fairy River , à 30 miles de X , la capitale du Comté . Ses cent cheminées
grésillent à l'ombre d'un immense viaduc en pierre de taille , mais il s'en est fallu d'un
piétinement de mule , la mule d'Eli Conner , fondateur de la cité à l'existence historique-
ment attestée , qu'Accurrats connaisse un tout autre destin .
Destin de bourgade assoupie , sur la rive gauche , entre les faibles ondoiements de
collines silencieuses , quelques chèvres malingres paissant entre les planches disjointes
de baraquements peinturlurés à la va-vite : Kabrette - c'est la mule - mule bai brun au
fort caractère , refusa de traverser le gué de la Fairy River si maigrichonne en été ,
pourtant … Rien n'y fit : ni les objurgations , ni les coups de bâton .
L'hiver passa , puis l'automne … Vint le printemps et les eaux de fonte virginales se
ruèrent dans la vallée . Eli devait se rendre à l'évidence : la Fairy River était infranchis-
sable .
… et il s'installa définitivement sur la rive droite .
L'or était de ce côté-là .
ceux qui , peut-être , sont advenus en des mondes contigus . Ne peut-on conclure avec
raison que ces existences hypothétiques existent au moins comme hypothèses ?
Ainsi , la ville d'Accurrats existe bel et bien dans notre univers , plantée sur la rive
droite de la Fairy River , à 30 miles de X , la capitale du Comté . Ses cent cheminées
grésillent à l'ombre d'un immense viaduc en pierre de taille , mais il s'en est fallu d'un
piétinement de mule , la mule d'Eli Conner , fondateur de la cité à l'existence historique-
ment attestée , qu'Accurrats connaisse un tout autre destin .
Destin de bourgade assoupie , sur la rive gauche , entre les faibles ondoiements de
collines silencieuses , quelques chèvres malingres paissant entre les planches disjointes
de baraquements peinturlurés à la va-vite : Kabrette - c'est la mule - mule bai brun au
fort caractère , refusa de traverser le gué de la Fairy River si maigrichonne en été ,
pourtant … Rien n'y fit : ni les objurgations , ni les coups de bâton .
L'hiver passa , puis l'automne … Vint le printemps et les eaux de fonte virginales se
ruèrent dans la vallée . Eli devait se rendre à l'évidence : la Fairy River était infranchis-
sable .
… et il s'installa définitivement sur la rive droite .
L'or était de ce côté-là .
mardi 12 mai 2020
JULES 16 . UN TEMPS GÉNÉRALEMENT RESTREINT
Soeur Marie de la Sainte Croix touche l'épaule de Jules . Il a les yeux grands ouverts
et fixes . Elle le secoue : "Monsieur Jules , Monsieur Jules !"
- Jules sursaute . Il revient dans son moi . Il l'avait quitté depuis un quart d'heure :
"Oh , que se passe-t-il !?"
- Smdlsc : Vous m'avez fait peur , Monsieur Jules ! … vous dormiez les yeux ouverts !"
- Jules : "Je ne dormais pas … j'avais , comment dire ? … je m'étais mis en dehors de moi"
- Smdlsc : "Ah ? … qu'entendez-vous par là ?"
- Jules : "Je réfléchissais"
- Smdlsc : "Regardez ce que je vous ai apporté … votre goûter" . Elle redresse Jules ,
le cale sur ses trois oreillers et pose le plateau sur la table de lit : thé , brioche , confiture
de framboise (cf plus haut) : "… et à quoi réfléchissiez-vous ?"
- Jules : "Au temps"
- Smdlsc : "Hier au réel , aujourd'hui au temps ! … juste ciel !"
- Jules : "Le temps ne s'écoule pas …"
- Smdlsc : "Vous avez parfaitement raison … le temps est une sorte de gelée de framboise"
- Jules : "Pourtant le passé existe … le présent existe , ça va de soi … mais le futur aussi ! …
ça défie le sens commun , non ?"
- Smdlsc : "Oui , ça défie le sens commun , mais pas la réalité"
- Jules : "Tout est écrit : le passé , le présent , le futur … est-ce possible ?"
- Smdlsc : "C'est ce que nous apprend Albert avec sa Relativité"
- Jules , le regard angoissé , agrippe le poignet de Soeur Marie de la Sainte Croix :
"Ma soeur , je dois vous avouer quelque chose"
- Smdlsc se penche vers Jules : "Je vous écoute"
- Jules : "Je suis bien aise de vivre dans l'illusion newtonienne"
et fixes . Elle le secoue : "Monsieur Jules , Monsieur Jules !"
- Jules sursaute . Il revient dans son moi . Il l'avait quitté depuis un quart d'heure :
"Oh , que se passe-t-il !?"
- Smdlsc : Vous m'avez fait peur , Monsieur Jules ! … vous dormiez les yeux ouverts !"
- Jules : "Je ne dormais pas … j'avais , comment dire ? … je m'étais mis en dehors de moi"
- Smdlsc : "Ah ? … qu'entendez-vous par là ?"
- Jules : "Je réfléchissais"
- Smdlsc : "Regardez ce que je vous ai apporté … votre goûter" . Elle redresse Jules ,
le cale sur ses trois oreillers et pose le plateau sur la table de lit : thé , brioche , confiture
de framboise (cf plus haut) : "… et à quoi réfléchissiez-vous ?"
- Jules : "Au temps"
- Smdlsc : "Hier au réel , aujourd'hui au temps ! … juste ciel !"
- Jules : "Le temps ne s'écoule pas …"
- Smdlsc : "Vous avez parfaitement raison … le temps est une sorte de gelée de framboise"
- Jules : "Pourtant le passé existe … le présent existe , ça va de soi … mais le futur aussi ! …
ça défie le sens commun , non ?"
- Smdlsc : "Oui , ça défie le sens commun , mais pas la réalité"
- Jules : "Tout est écrit : le passé , le présent , le futur … est-ce possible ?"
- Smdlsc : "C'est ce que nous apprend Albert avec sa Relativité"
- Jules , le regard angoissé , agrippe le poignet de Soeur Marie de la Sainte Croix :
"Ma soeur , je dois vous avouer quelque chose"
- Smdlsc se penche vers Jules : "Je vous écoute"
- Jules : "Je suis bien aise de vivre dans l'illusion newtonienne"
lundi 11 mai 2020
HIBISCUS ROSA SINENSIS
Partie de ping-pong chez Madame Delplanque , dans son garage . Elle joue mieux
que moi (beaucoup mieux !) . 2-12 . Elle sert . Ping-pong-ping-pong-ping-pong . Elle
tient sa raquette en porte-plume et m'inflige un side-spin "à la chinoise" impossible à
rattraper … ploc-ploc-ploc fait la balle sur le sol en ciment .
- Elle : "2-13 … Hibiscus Rosa Sinensis"
- Moi : "Hein ? … c'est à moi de servir ?"
- Elle contourne la table et tend la main "Donnez-moi votre raquette et ramassez la balle ,
là-bas …" Elle pointe l'index vers la tondeuse à gazon "… derrière la tondeuse"
- Moi : "Mais … 2-13 … la partie n'est pas terminée ! … c'est à moi de servir … je peux
remonter !"
- Elle , impérieuse : "Donnez-moi cette raquette ! … vous n'avez aucune chance … je joue
en senior au MTT"
- Moi : "Au MTT ?"
- Elle : "Marcq-en-Baroeul-Tennis-de-Table … et nous devons faire notre valise … notre
avion , c'est dans une heure , à Lesquin"
- Moi : "Vous partez ?"
- Elle range les raquettes dans leur housse et la balle de celluloïd réintègre sa boîte de 6 :
"Nous partons … savez-vous qu'ils peuvent atteindre cinq mètres de haut ?"
- Moi . Je proteste : "Non-non-non ! … pas question ! … en Chine !? … vous rigolez ?"
- Elle me pousse hors du garage . J'entends derrière moi le grondement de la porte section-
nelle à quoi j'associe les trois cascades du Mont Luhan tombant du neuvième ciel comme
une Voie Lactée , telles que chantées par Li Bai dans un poème magnifique .
- Elle : "Li Bai , vous connaissez ?"
- Moi , boudeur : "C'est un poète de l'Epoque Tang"
- Toujours elle me pousse , dans l'allée de son jardin , vers sa maison bourgeoise , vers
notre valise et nos deux allers-retours : "Il a écrit un poème magnifique : les trois cascades
du Mont Luhan" . Elle cite : "De 3000 pieds , rapides , elles se jettent et descendent ,
droites comme des flèches …"
- Je complète , maussade : "… on dirait la Voie Lactée tombant du neuvième ciel"
- Elle , tapotant mon occiput : "L'Hibiscus de Chine … allons de ce pas admirer ses roses
pétales éclaboussés de perles d'eau …"
que moi (beaucoup mieux !) . 2-12 . Elle sert . Ping-pong-ping-pong-ping-pong . Elle
tient sa raquette en porte-plume et m'inflige un side-spin "à la chinoise" impossible à
rattraper … ploc-ploc-ploc fait la balle sur le sol en ciment .
- Elle : "2-13 … Hibiscus Rosa Sinensis"
- Moi : "Hein ? … c'est à moi de servir ?"
- Elle contourne la table et tend la main "Donnez-moi votre raquette et ramassez la balle ,
là-bas …" Elle pointe l'index vers la tondeuse à gazon "… derrière la tondeuse"
- Moi : "Mais … 2-13 … la partie n'est pas terminée ! … c'est à moi de servir … je peux
remonter !"
- Elle , impérieuse : "Donnez-moi cette raquette ! … vous n'avez aucune chance … je joue
en senior au MTT"
- Moi : "Au MTT ?"
- Elle : "Marcq-en-Baroeul-Tennis-de-Table … et nous devons faire notre valise … notre
avion , c'est dans une heure , à Lesquin"
- Moi : "Vous partez ?"
- Elle range les raquettes dans leur housse et la balle de celluloïd réintègre sa boîte de 6 :
"Nous partons … savez-vous qu'ils peuvent atteindre cinq mètres de haut ?"
- Moi . Je proteste : "Non-non-non ! … pas question ! … en Chine !? … vous rigolez ?"
- Elle me pousse hors du garage . J'entends derrière moi le grondement de la porte section-
nelle à quoi j'associe les trois cascades du Mont Luhan tombant du neuvième ciel comme
une Voie Lactée , telles que chantées par Li Bai dans un poème magnifique .
- Elle : "Li Bai , vous connaissez ?"
- Moi , boudeur : "C'est un poète de l'Epoque Tang"
- Toujours elle me pousse , dans l'allée de son jardin , vers sa maison bourgeoise , vers
notre valise et nos deux allers-retours : "Il a écrit un poème magnifique : les trois cascades
du Mont Luhan" . Elle cite : "De 3000 pieds , rapides , elles se jettent et descendent ,
droites comme des flèches …"
- Je complète , maussade : "… on dirait la Voie Lactée tombant du neuvième ciel"
- Elle , tapotant mon occiput : "L'Hibiscus de Chine … allons de ce pas admirer ses roses
pétales éclaboussés de perles d'eau …"
dimanche 10 mai 2020
TROIS MOUCHES 188 . DE LA CASSE À ROCK SPRINGS
"J'ai cassé un plat" , dit Berthe quand Bonnie et moi sommes retournés au salon .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre son chapeau de paille .
"Vous m'avez sans doute entendue le casser . J'ai trouvé de la colle magique dans le tiroir ,
et maintenant il est bien mieux qu'avant" .
Les mouches du salon bourdonnaient leur magie dans les plats quand Bonnie dit :
"J'ai retourné le tiroir à chapeaux" . Tous trois , nous l'avions bien entendue le casser
mais Berthe sans doute a trouvé de la colle et maintenant il est merveilleusement mieux
qu'avant .
"Maintenant que le tiroir est cassé" , dit Berthe , "il est bien mieux qu'avant . Bonnie est
retournée au salon pour le casser en trois . Mais j'ai trouvé contre son chapeau de paille ,
dans un plat , une colle merveilleuse et des mouches qui bourdonnaient magiquement et
que , sans doute , elle n'entendait pas " .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre son chapeau de paille .
"Vous m'avez sans doute entendue le casser . J'ai trouvé de la colle magique dans le tiroir ,
et maintenant il est bien mieux qu'avant" .
Les mouches du salon bourdonnaient leur magie dans les plats quand Bonnie dit :
"J'ai retourné le tiroir à chapeaux" . Tous trois , nous l'avions bien entendue le casser
mais Berthe sans doute a trouvé de la colle et maintenant il est merveilleusement mieux
qu'avant .
"Maintenant que le tiroir est cassé" , dit Berthe , "il est bien mieux qu'avant . Bonnie est
retournée au salon pour le casser en trois . Mais j'ai trouvé contre son chapeau de paille ,
dans un plat , une colle merveilleuse et des mouches qui bourdonnaient magiquement et
que , sans doute , elle n'entendait pas " .
vendredi 8 mai 2020
KRANT 213 . NUITS GÉOMÉTRIQUES
Parfois , le soir , je voyais la mer comme un cercle : elle projetait une ombre elliptique
sur la voie lactée où les corps célestes gravitaient mécaniquement en d'immuables trajec-
toires et s'accordaient aux non moins perpétuels va-et-vient des pistons Stirling . L'univers
- ou était-ce la géométrie ? - m'emportait vers le sommeil et toute chose me semblait alors
un cycle ; les éléments s'emboitaient les uns dans les autres en un jeu nécessaire où l'instal-
lation rituelle de Hume sur mes genoux quand je laissais mon quart et le déclenchement de
ses ronronnements avaient le premier rôle . J'étais le foyer de cette courbe plane , à l'inter-
section du ciel et de la mer , dormeur au centre du monde . Pouvais-je être ailleurs qu'au
centre du monde dans ce fauteuil de toile porté par un océan à des milliers de miles de la
première terre ?
Un matin , Krant me surprit au sortir d'une de ces nuits à forme ovale : "Il me semble ,
chef , que vous dormiez dans un cône …"
sur la voie lactée où les corps célestes gravitaient mécaniquement en d'immuables trajec-
toires et s'accordaient aux non moins perpétuels va-et-vient des pistons Stirling . L'univers
- ou était-ce la géométrie ? - m'emportait vers le sommeil et toute chose me semblait alors
un cycle ; les éléments s'emboitaient les uns dans les autres en un jeu nécessaire où l'instal-
lation rituelle de Hume sur mes genoux quand je laissais mon quart et le déclenchement de
ses ronronnements avaient le premier rôle . J'étais le foyer de cette courbe plane , à l'inter-
section du ciel et de la mer , dormeur au centre du monde . Pouvais-je être ailleurs qu'au
centre du monde dans ce fauteuil de toile porté par un océan à des milliers de miles de la
première terre ?
Un matin , Krant me surprit au sortir d'une de ces nuits à forme ovale : "Il me semble ,
chef , que vous dormiez dans un cône …"
mercredi 6 mai 2020
KRANT 212 . AU COEUR DES CHOSES
Combien de fois ai-je décrit dans mes carnets le rougeoiement de cette pipe ? .
Ce soir-là - c'était en hiver quelque part dans l'Atlantique Nord - sur la passerelle
de commandement , deux coudées au-dessus du bastingage , aussi immuable que
la Constellation du Taureau entre Bélier et Gémeaux , aussi nécessaire que notre
fanal de poupe , la pipe de Krant rougeoyait . La trajectoire de ses braises s'accordait
à la perfection au mouvement de la houle mais l'intensité de leur embrasement variait
comme l'éclat d'une étoile dans les turbulences de l'air et les escarbilles qui s'échap-
paient du fourneau zébraient la noirceur du ciel comme une troupe de diables protec-
teurs . Alors , et ce soir comme bien d'autres soirs , engoncé dans mon duffle-coat et
percé d'embruns , je montais par l'échelle de fer vers ce point incandescent où , pour
moi , était concentrée la substance du Kritik .
Ce soir-là - c'était en hiver quelque part dans l'Atlantique Nord - sur la passerelle
de commandement , deux coudées au-dessus du bastingage , aussi immuable que
la Constellation du Taureau entre Bélier et Gémeaux , aussi nécessaire que notre
fanal de poupe , la pipe de Krant rougeoyait . La trajectoire de ses braises s'accordait
à la perfection au mouvement de la houle mais l'intensité de leur embrasement variait
comme l'éclat d'une étoile dans les turbulences de l'air et les escarbilles qui s'échap-
paient du fourneau zébraient la noirceur du ciel comme une troupe de diables protec-
teurs . Alors , et ce soir comme bien d'autres soirs , engoncé dans mon duffle-coat et
percé d'embruns , je montais par l'échelle de fer vers ce point incandescent où , pour
moi , était concentrée la substance du Kritik .
lundi 4 mai 2020
AUDIENCE PONTIFICALE 13
- Moi : "Les Mystères"
- JP II : "Quoi , les Mystères ?"
- Moi : "Juste une question"
- JP II : "Ah , c'est toi , le quidam quidopathe ! … le fanatique du point d'interrogation …
combien d'auditions t'ai-je accordées ?"
- Moi : "Euh … douze , Très Saint-Père … c'est la 13e"
- JP II : "Et tu n'es pas guéri ?"
- Moi : "Je suis curieux de nature"
- JP II : "Que veux-tu connaître des Mystères ?"
- Moi : "Ben … euh … d'abord , qu'est-ce qu'un Mystère ?"
- JP II : "Hum … tu vois ce gros livre au pied de mon trône"
- Moi : "Oui … c'est la Bible ?"
- JP II : "Non … la Bible , je l'ai dans la tête … ce gros livre , c'est le Petit Robert …
prends-le … ouvre-le à la page 1230"
- Moi . J'étais agenouillé . Je me traîne à quatre pattes vers le dictionnaire que j'ouvre
à la page dite .
- JP II : "Lis !"
- Moi : "Mystère : qui est inaccessible à la raison humaine"
- JP II : "Qu'est-ce que tu veux de plus ?"
- Moi : "Mais …"
- JP II : "Inaccessible à ta raison … et inaccessible à la mienne"
- Moi : "Je pensais que …"
- JP II : "Tu pensais mal … pourquoi faire ces kilomètres ? … d'où viens-tu ?"
- Moi : "De France … un village du nord de la France … Sailly lez Lannoy … 59390 …"
- JP II : "Tu n'as pas de Petit Robert ?"
- Moi : "Si, bien entendu … tout le monde en a un"
- JP II : "Suffisait de l'ouvrir … Deus te benedicat"
- JP II : "Quoi , les Mystères ?"
- Moi : "Juste une question"
- JP II : "Ah , c'est toi , le quidam quidopathe ! … le fanatique du point d'interrogation …
combien d'auditions t'ai-je accordées ?"
- Moi : "Euh … douze , Très Saint-Père … c'est la 13e"
- JP II : "Et tu n'es pas guéri ?"
- Moi : "Je suis curieux de nature"
- JP II : "Que veux-tu connaître des Mystères ?"
- Moi : "Ben … euh … d'abord , qu'est-ce qu'un Mystère ?"
- JP II : "Hum … tu vois ce gros livre au pied de mon trône"
- Moi : "Oui … c'est la Bible ?"
- JP II : "Non … la Bible , je l'ai dans la tête … ce gros livre , c'est le Petit Robert …
prends-le … ouvre-le à la page 1230"
- Moi . J'étais agenouillé . Je me traîne à quatre pattes vers le dictionnaire que j'ouvre
à la page dite .
- JP II : "Lis !"
- Moi : "Mystère : qui est inaccessible à la raison humaine"
- JP II : "Qu'est-ce que tu veux de plus ?"
- Moi : "Mais …"
- JP II : "Inaccessible à ta raison … et inaccessible à la mienne"
- Moi : "Je pensais que …"
- JP II : "Tu pensais mal … pourquoi faire ces kilomètres ? … d'où viens-tu ?"
- Moi : "De France … un village du nord de la France … Sailly lez Lannoy … 59390 …"
- JP II : "Tu n'as pas de Petit Robert ?"
- Moi : "Si, bien entendu … tout le monde en a un"
- JP II : "Suffisait de l'ouvrir … Deus te benedicat"
dimanche 3 mai 2020
HAÏKUS 5-7-5
- Rêve : Aimable est la nuit
Quand sous mes paupières tu viens .
Vertige des draps .
- Fable : Locataire frivole
Partie sans laisser d'adresse .
La cigale a fui .
- Roissy : Blancs aéroplanes
En bout de piste lâchés .
Mouchoirs envolés .
- Eros : Tes thons églantine
Balbutient dans l'onde pâle ,
ô Ève , mère liquide !
Quand sous mes paupières tu viens .
Vertige des draps .
- Fable : Locataire frivole
Partie sans laisser d'adresse .
La cigale a fui .
- Roissy : Blancs aéroplanes
En bout de piste lâchés .
Mouchoirs envolés .
- Eros : Tes thons églantine
Balbutient dans l'onde pâle ,
ô Ève , mère liquide !
G-J A.
Mais-si , mais-si , je connais G-J A. ! .Je le connais intimement ! … 403 livres
exactement … 403 manuscrits puisqu'aucun n'a trouvé son éditeur . Il y eut bien
cette approche des P.U.F pour sa collection "Le Noeud Gordien" qui envisage de
publier "des sujets originaux et peu étudiés" , mais l'affaire a capoté . Dommage ! .
G-J comptait sur son étude "Comment ouvrir une pièce jointe" pour percer dans
le monde littéraire . Le Comité de Lecture a calé : 657 pages , c'était trop et trop peu .
Trop parce qu'au jour d'aujourd'hui , n'importe qui sait ouvrir une pièce jointe .
Trop peu parce que … parce que quoi ? … ben … euh … le Comité était à court
d'arguments . G-J fit valoir qu'il visait le lectorat de Saint Frézal d'Albuges . 48151 .
Lozères . Village de 74 habitants situé dans une zone blanche particulièrement
immaculée . Le Comité rétorqua qu'il connaissait bien cette part de marché (le samedi
matin . Place Tartempion . Produits du terroir) , que la population de Saint Frézal
d'Albuges est constituée pour l'essentiel de cultivateurs très-très occupés n'ayant ni
pièces à joindre , ni substrat à quoi joindre une pièce quelconque et , qu'en dernière
analyse (car le Comité avait fait plusieurs analyses) , grâce à ses produits du terroir ,
elle jouissait d'une extraordinaire santé et d'une bonne humeur à toute épreuve . G-J
fut très affecté par ce camouflet . Qu'allait-il faire de sa production ? . La reléguer
sous les ruines de nos villes en espérant qu'un archéologue du XXXe siècle - génial
Champollion ! - décrypte les ratiocinations quantiques de certaine bonne soeur ,
démêle les ailes froissées de l'Archange Gabriel , décode les hiéroglyphes d'une
campagne d'Égypte ? … ou l'abandonner aux rongeurs les plus érudits ou - tout de
suite - y foutre le feu ?
exactement … 403 manuscrits puisqu'aucun n'a trouvé son éditeur . Il y eut bien
cette approche des P.U.F pour sa collection "Le Noeud Gordien" qui envisage de
publier "des sujets originaux et peu étudiés" , mais l'affaire a capoté . Dommage ! .
G-J comptait sur son étude "Comment ouvrir une pièce jointe" pour percer dans
le monde littéraire . Le Comité de Lecture a calé : 657 pages , c'était trop et trop peu .
Trop parce qu'au jour d'aujourd'hui , n'importe qui sait ouvrir une pièce jointe .
Trop peu parce que … parce que quoi ? … ben … euh … le Comité était à court
d'arguments . G-J fit valoir qu'il visait le lectorat de Saint Frézal d'Albuges . 48151 .
Lozères . Village de 74 habitants situé dans une zone blanche particulièrement
immaculée . Le Comité rétorqua qu'il connaissait bien cette part de marché (le samedi
matin . Place Tartempion . Produits du terroir) , que la population de Saint Frézal
d'Albuges est constituée pour l'essentiel de cultivateurs très-très occupés n'ayant ni
pièces à joindre , ni substrat à quoi joindre une pièce quelconque et , qu'en dernière
analyse (car le Comité avait fait plusieurs analyses) , grâce à ses produits du terroir ,
elle jouissait d'une extraordinaire santé et d'une bonne humeur à toute épreuve . G-J
fut très affecté par ce camouflet . Qu'allait-il faire de sa production ? . La reléguer
sous les ruines de nos villes en espérant qu'un archéologue du XXXe siècle - génial
Champollion ! - décrypte les ratiocinations quantiques de certaine bonne soeur ,
démêle les ailes froissées de l'Archange Gabriel , décode les hiéroglyphes d'une
campagne d'Égypte ? … ou l'abandonner aux rongeurs les plus érudits ou - tout de
suite - y foutre le feu ?
samedi 2 mai 2020
IRINA
Elles étaient trois soeurs : Olga , Macha et Irina . Russes comme le dit assez leurs
prénoms . Dans l'ordre : une prof , une pianiste et une inconsciente . Bien entendu ,
c'est de l'inconsciente que je suis tombé amoureux . Irina était la plus jeune , la plus
petite aussi , elle est à droite sur la photo . Je n'ai jamais pu encaisser les deux autres :
Olga , abusive et maternante , Macha , chimérique (et son amant , ce lieutenant-colonel
Verchinine !) . C'est pendant une fête organisée en l'honneur de celle qui allait partager
ma vie (et mon appartement et mes économies) pendant tout un été (1969 ou 1970 ? .
Mon carnet n'est pas clair) que j'ai fait sa connaissance , mais pas du tout dans la cam-
pagne profonde de la Russie , pas non plus à Moscou . A Niort où , à l'époque , je pour-
suivais de vagues études de … de quoi d'ailleurs ? . Irina suivait les mêmes cours que
moi avec la même indolence . Elle était dans l'amphi toujours à la même place , ne
prenant aucune note et jouant avec son crayon , quatre gradins plus bas . Son chignon .
J'ai passé des heures dans ce chignon ! . Les cours , ça me revient , étaient donnés par
une lépidoptérologue américaine . A la fin des années soixante , je m'étais passionné
pour les papillons . Chignon très russe , très XIXe siècle , très tchékovien : blond ,
dénoué , glissant sur la nuque . Un peigne d'ambre y parodiait les ocelles bruns d'un
Tircis . A la fac , je n'ai jamais adressé la parole à Irina . J'aurais dû . Je me serais rendu
compte qu'avant d'avoir commencé , notre amour était condamné . Il a duré la courte vie
d'un papillon ...
prénoms . Dans l'ordre : une prof , une pianiste et une inconsciente . Bien entendu ,
c'est de l'inconsciente que je suis tombé amoureux . Irina était la plus jeune , la plus
petite aussi , elle est à droite sur la photo . Je n'ai jamais pu encaisser les deux autres :
Olga , abusive et maternante , Macha , chimérique (et son amant , ce lieutenant-colonel
Verchinine !) . C'est pendant une fête organisée en l'honneur de celle qui allait partager
ma vie (et mon appartement et mes économies) pendant tout un été (1969 ou 1970 ? .
Mon carnet n'est pas clair) que j'ai fait sa connaissance , mais pas du tout dans la cam-
pagne profonde de la Russie , pas non plus à Moscou . A Niort où , à l'époque , je pour-
suivais de vagues études de … de quoi d'ailleurs ? . Irina suivait les mêmes cours que
moi avec la même indolence . Elle était dans l'amphi toujours à la même place , ne
prenant aucune note et jouant avec son crayon , quatre gradins plus bas . Son chignon .
J'ai passé des heures dans ce chignon ! . Les cours , ça me revient , étaient donnés par
une lépidoptérologue américaine . A la fin des années soixante , je m'étais passionné
pour les papillons . Chignon très russe , très XIXe siècle , très tchékovien : blond ,
dénoué , glissant sur la nuque . Un peigne d'ambre y parodiait les ocelles bruns d'un
Tircis . A la fac , je n'ai jamais adressé la parole à Irina . J'aurais dû . Je me serais rendu
compte qu'avant d'avoir commencé , notre amour était condamné . Il a duré la courte vie
d'un papillon ...
LE ROI DES BELGES . FIN (PROVISOIRE ?)
Alain J. n'avait pas échappé au carnage . Quant à FF , je n'eus pas le loisir de l'abattre :
il le fit à ma place c'est-à-dire qu'il le fit lui-même , par suicide , dans un costume hors de
prix . Faute de combattants , bien que M. - une blonde irascible et mégalomaniaque -
convoitât le trône , EM fut élu Président de la Résidence du Prêt Public , organisme qui
dispense aux riches l'argent des pauvres et dont le recrutement se fait avec une exclusion
inflexible dans les couloirs de la Haute Administration . J'étais donc au chômage technique ,
confiné dans le tunnel à protons de tueur à gages . Roi des Belges et sicaire , ces deux
expériences quantiques - non dénuées d'enseignements (leur leçon substantifique était que
je n'étais pas fait pour elles) - m'avaient convaincu de revenir à celle , newtonienne , de
retraité du Régime Général .
il le fit à ma place c'est-à-dire qu'il le fit lui-même , par suicide , dans un costume hors de
prix . Faute de combattants , bien que M. - une blonde irascible et mégalomaniaque -
convoitât le trône , EM fut élu Président de la Résidence du Prêt Public , organisme qui
dispense aux riches l'argent des pauvres et dont le recrutement se fait avec une exclusion
inflexible dans les couloirs de la Haute Administration . J'étais donc au chômage technique ,
confiné dans le tunnel à protons de tueur à gages . Roi des Belges et sicaire , ces deux
expériences quantiques - non dénuées d'enseignements (leur leçon substantifique était que
je n'étais pas fait pour elles) - m'avaient convaincu de revenir à celle , newtonienne , de
retraité du Régime Général .
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