-"Entrez , Desmond !"
J'entre dans le Bureau Ovale . Le Président me fait signe d'avancer et me désigne
un siège de la main gauche ; dans la droite il tient le téléphone rouge appliqué à son oreille .
- "Ne criez pas Leonid Iliitch ! ... je ne suis pas sourd"
- Brejnev : "..............."
- Le Président masque de la main le microphone : "C'est Brejnev ... il est furieux"
- Brejnev : "..............."
- Le Président : "Oui ... oui ... je vous écoute ..."
- Brejnev : "..............."
- Le Président : "On l'a pas fait exprès ... c'est une erreur , Leonid ... ne vous mettez pas
dans cet état !"
- Brejnev : ".............."
- Le Président lève les yeux vers le plafond : "Leonid ... Leonid ... au nom du ciel !"
- Brejnev : ".............."
- Le Président : "... c'est ... c'est une malheureuse affaire"
- Brejnev : ".............."
- Le Président proteste : "Si , si , Leonid ... ce sont des professionnels , je vous assure"
- Brejnev : ".............."
- Le Président : "Des cornichons !? ... non ... Leonid , tout le monde peut se tromper ..."
- Brejnev : ".............."
- Le Président : "Mais qu'est-ce qu'ils faisaient là vos cargos ?"
- Brejnev : ".............."
- Le Président : "Ça ne me regarde pas !? ... mais , Leonid ..." . A moi , main sur le
microphone : "Il hurle ... il va nous déclencher une guerre cet idiot ! ... je ne l'ai jamais
vu comme ça !"
- Brejnev : ".............."
- Le Président : "Leonid ... vous écouter ... je ne fais que ça"
- Brejnev : ".............."
- Le Président : "Je vais vous envoyer Henry"
- Brejnev : ".............."
- Le Président : "Vous ne voulez pas le voir ?"
- Brejnev : ".............."
- Le Président éloigne le combiné de son oreille et grimace .
- Brejnev : ".............."
- Le Président : "Bon ... Leonid Iliitch ... on ne peut pas parler ... vous ne m'écoutez pas"
- Brejnev : ".............."
- Le Président soudain déconcerté : "Oui , Leonid , moi aussi je vous aime"
- Brejnev : ".............."
- Le Président : "Une tisane calmante ? ... oui , c'est une bonne idée !"
- Brejnev : ".............."
- Le Président : "Non ... non ... le karkadé , je vous déconseille ... c'est un excitant ...
et attention aux reflux gastriques , Leonid ... oui ... la menthe ... c'est antispasmodique"
- Brejnev : ".............."
- Le Président : "J'en prends le soir ... nous en avons de l'extra dans le jardin de la
Maison Blanche ... ok ... Henry vous en amène dix sachets"
- Brejnev : ".............."
- Le Président : "Bonne nuit , Leonid" . Il repose le combiné sur son socle : "Ouf !"
- Moi : "Que se passe-t-il , Monsieur le Président ?"
- Le Président : "Nos bombardiers ont touché par erreur quatre cargos de cet excité
sentimental ... dans le port de Haïphong ... pas de quoi fouetter une grenouille comme
disent les français , hein , Desmond !"
- Moi : "Un chat , Monsieur le Président"
- Le Président : "There's no need to dramatize it !"
mardi 11 août 2020
lundi 3 août 2020
KRANT 240 . AU CHARBON !
Au début de ma carrière , jeune officier sur le Kritik … Nous chargions du coton
sur un quai de Lourenço Marques . Ce port est au Mozambique , au fond de la baie de
Delagoa dans l'estuaire de Esperito Santo . Au capitaine Krant , j'avais fait un rapport
confus et imprécis de nos réserves de charbon . Je n'avais plus rien à faire et je rêvassais
sur le pont . Krant me fit appeler . Il était assis à la table à cartes .
- Krant : "Chef !" . Il me considéra de la tête aux pieds comme pour vérifier que j'étais
l'homme approprié à ma tâche et que j'étais bien celui qu'il avait embauché . Puis ses
yeux me quittèrent , il se renversa sur son fauteuil de moleskine et joignit en pyramide
l'extrémité de ses dix doigts. Si , à l'époque , j'avais mieux connu le capitaine , j'aurais
inféré de sa posture qu'une question était en cours de gestation et qu'elle aurait forme
philosophique … et je me serais trompé : celle-ci relevait de la géométrie : "Chef …
quelle figure géométrique vous inspire l'ensemble des savoirs humains ?"
- Moi : "……..?………"
- Krant , me contemplant comme il l'aurait fait d'un parfait imbécile : "Le savoir …
quelle forme géométrique vous inspire-t-il ? … s'il vous inspire quelque chose …"
- Moi : "……..?………"
- Krant : "Le cercle , chef ? … vous avez pensé au cercle , je le vois"
- Moi : "Euh , capitaine … le cercle … oui , le cercle", répondis-je comme ce parfait
imbécile que j'étais vraiment .
- Krant . J'étais figé sous son terrible regard : "Vous avez raison … le cercle est une
judicieuse représentation métaphorique du savoir"
- Moi . Terrorisé , je voyais par le hublot les misérables paillotes , les murs lézardés du
fort portugais , les appontements délabrés et il me semblait qu'avec Lourenço Marques ,
le monde s'écroulait . Je balbutiai : "Oui , capitaine … une métaphore" , sans connaître
le sens de ce mot .
- Krant : "Donc , vous voyez l'ensemble des savoirs humains comme un cercle …
c'est bien cela ? … au début de l'humanité , ce devait être un tout petit cercle mais ,
depuis , grâce à l'intelligence de l'homme , il s'est agrandi , non ?"
- Moi : "Oui , capitaine … c'est cela … il a grandi"
- Krant : "Mais au-delà de sa circonférence , c'est l'inconnu"
- Moi : "L'inconnu , capitaine … au-delà , on n'y voit goutte"
- Krant : "Quand la surface du cercle s'étend , sa circonférence s'accroit … c'est bien
cela votre théorie ? … dites-moi si je dis des bêtises …"
- Moi : "Non , capitaine … c'est juste comme cela … la circonférence s'accroit"
- Krant : "… et la circonférence est à la limite de ce qu'on sait et de ce qu'on ignore …
donc , si je suis votre raisonnement , plus on sait , plus on ignore … c'est bien cela ?"
- Moi : "Euh … capitaine … non … c'est-à-dire que … non, c'est impossible … plus
on sait , moins on ignore"
- Krant venant enfin à mon secours : "Disons , chef , que plus nous savons , plus nous
savons que nous ignorons"
- Moi : "……..?………"
- Krant : "Plutôt que de rêvasser sur le pont , allez vérifier l'état de notre circonférence :
faites-moi une évaluation exacte de nos réserves de charbon"
sur un quai de Lourenço Marques . Ce port est au Mozambique , au fond de la baie de
Delagoa dans l'estuaire de Esperito Santo . Au capitaine Krant , j'avais fait un rapport
confus et imprécis de nos réserves de charbon . Je n'avais plus rien à faire et je rêvassais
sur le pont . Krant me fit appeler . Il était assis à la table à cartes .
- Krant : "Chef !" . Il me considéra de la tête aux pieds comme pour vérifier que j'étais
l'homme approprié à ma tâche et que j'étais bien celui qu'il avait embauché . Puis ses
yeux me quittèrent , il se renversa sur son fauteuil de moleskine et joignit en pyramide
l'extrémité de ses dix doigts. Si , à l'époque , j'avais mieux connu le capitaine , j'aurais
inféré de sa posture qu'une question était en cours de gestation et qu'elle aurait forme
philosophique … et je me serais trompé : celle-ci relevait de la géométrie : "Chef …
quelle figure géométrique vous inspire l'ensemble des savoirs humains ?"
- Moi : "……..?………"
- Krant , me contemplant comme il l'aurait fait d'un parfait imbécile : "Le savoir …
quelle forme géométrique vous inspire-t-il ? … s'il vous inspire quelque chose …"
- Moi : "……..?………"
- Krant : "Le cercle , chef ? … vous avez pensé au cercle , je le vois"
- Moi : "Euh , capitaine … le cercle … oui , le cercle", répondis-je comme ce parfait
imbécile que j'étais vraiment .
- Krant . J'étais figé sous son terrible regard : "Vous avez raison … le cercle est une
judicieuse représentation métaphorique du savoir"
- Moi . Terrorisé , je voyais par le hublot les misérables paillotes , les murs lézardés du
fort portugais , les appontements délabrés et il me semblait qu'avec Lourenço Marques ,
le monde s'écroulait . Je balbutiai : "Oui , capitaine … une métaphore" , sans connaître
le sens de ce mot .
- Krant : "Donc , vous voyez l'ensemble des savoirs humains comme un cercle …
c'est bien cela ? … au début de l'humanité , ce devait être un tout petit cercle mais ,
depuis , grâce à l'intelligence de l'homme , il s'est agrandi , non ?"
- Moi : "Oui , capitaine … c'est cela … il a grandi"
- Krant : "Mais au-delà de sa circonférence , c'est l'inconnu"
- Moi : "L'inconnu , capitaine … au-delà , on n'y voit goutte"
- Krant : "Quand la surface du cercle s'étend , sa circonférence s'accroit … c'est bien
cela votre théorie ? … dites-moi si je dis des bêtises …"
- Moi : "Non , capitaine … c'est juste comme cela … la circonférence s'accroit"
- Krant : "… et la circonférence est à la limite de ce qu'on sait et de ce qu'on ignore …
donc , si je suis votre raisonnement , plus on sait , plus on ignore … c'est bien cela ?"
- Moi : "Euh … capitaine … non … c'est-à-dire que … non, c'est impossible … plus
on sait , moins on ignore"
- Krant venant enfin à mon secours : "Disons , chef , que plus nous savons , plus nous
savons que nous ignorons"
- Moi : "……..?………"
- Krant : "Plutôt que de rêvasser sur le pont , allez vérifier l'état de notre circonférence :
faites-moi une évaluation exacte de nos réserves de charbon"
ICI LONDRES ...
Les enclos blonds
Des apollons
De colonne
Pressent ma peur
D'une demi-heure
Autochtone .
Je répète . I repeat :
Les enclos blonds
Des apollons
De colonne
Pressent ma peur
D'une demi-heure
Autochtone .
Tout claudiquant
A terme , quand
Sonne le facteur ,
Je me souviens
Des tours kantiens
Et je meurs
Et je balaie
Au vent mauvais
Qui déporte
Par-ci , par-là
L'éveil de ma
Veine porte .
Des apollons
De colonne
Pressent ma peur
D'une demi-heure
Autochtone .
Je répète . I repeat :
Les enclos blonds
Des apollons
De colonne
Pressent ma peur
D'une demi-heure
Autochtone .
Tout claudiquant
A terme , quand
Sonne le facteur ,
Je me souviens
Des tours kantiens
Et je meurs
Et je balaie
Au vent mauvais
Qui déporte
Par-ci , par-là
L'éveil de ma
Veine porte .
samedi 1 août 2020
KRANT 239 . JONAS
- Je posai ma main à plat sur l'énorme coque : "Hanss … tâte-moi ça… c'est lisse et froid
comme le ventre d'une baleine"
Hanss est le contremaître du bassin de radoub . Nous sommes sur le radier où , pour
réparations et contrôles , repose le Kritik . J'ai posé la main sur son énorme panse , loin
sous la ligne de flottaison :
- "Mon vieux Hanss … c'est là-dedans que je gagne mon pain … dans ce ventre …
je suis Jonas depuis plus de 20 ans !"
- Mais Hanss connaît par-coeur les versets de sa Bible comme il connaît le dédale des
entrepôts et les secrets des darses les plus obscures : 'Non , camarade … Jonas est resté
trois jours et trois nuits dans les entrailles d'un grand poisson …"
- Moi : "………….."
- Hanss : "… avant que ce monstre le vomisse sur un rivage"
- Hanss remonte par l'escalier du bajoyer et je l'entends bougonner par-dessus ses larges
épaules : "Et Dieu ne t'a pas ordonné d'aller à Ninive et tu n'as pas fui à Tarsis , loin de
Yahvé , ha , ha !"
- Moi : "………….."
- Hanss : "Non , tu n'es pas Jonas … tu n'es pas un prophète" . Il me fait face et me
lance du haut des marches : "Juste un pauvre paysan à qui son lopin ne suffit pas pour
vivre … un cul-terreux perdu en mer !" . Il a sur les lèvres un sourire goguenard .
- Moi : "Tu as raison Hanns … et si la mer n'a pas ma peau et si ce veux rafiot ne la
vomit pas sur un rivage , au moins ils l'auront usée !"
comme le ventre d'une baleine"
Hanss est le contremaître du bassin de radoub . Nous sommes sur le radier où , pour
réparations et contrôles , repose le Kritik . J'ai posé la main sur son énorme panse , loin
sous la ligne de flottaison :
- "Mon vieux Hanss … c'est là-dedans que je gagne mon pain … dans ce ventre …
je suis Jonas depuis plus de 20 ans !"
- Mais Hanss connaît par-coeur les versets de sa Bible comme il connaît le dédale des
entrepôts et les secrets des darses les plus obscures : 'Non , camarade … Jonas est resté
trois jours et trois nuits dans les entrailles d'un grand poisson …"
- Moi : "………….."
- Hanss : "… avant que ce monstre le vomisse sur un rivage"
- Hanss remonte par l'escalier du bajoyer et je l'entends bougonner par-dessus ses larges
épaules : "Et Dieu ne t'a pas ordonné d'aller à Ninive et tu n'as pas fui à Tarsis , loin de
Yahvé , ha , ha !"
- Moi : "………….."
- Hanss : "Non , tu n'es pas Jonas … tu n'es pas un prophète" . Il me fait face et me
lance du haut des marches : "Juste un pauvre paysan à qui son lopin ne suffit pas pour
vivre … un cul-terreux perdu en mer !" . Il a sur les lèvres un sourire goguenard .
- Moi : "Tu as raison Hanns … et si la mer n'a pas ma peau et si ce veux rafiot ne la
vomit pas sur un rivage , au moins ils l'auront usée !"
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