Dieu est dans Son bureau . Il a posé devant Lui la thèse du Professeur Baratine
entrelardée de signets , preuve qu'Il a lu l'oeuvre à fond . Retournée sur les branches
ouvertes , une paire de lunettes pour vue de près car Dieu , pour apparaître , s'est
glissé dans l'enveloppe corporelle d'un homme de 43 ans , âge critique s'il en est
en matière de cristallin . Ne perdons pas de vue que ce détours par une forme
humaine est un procédé littéraire car Dieu ne peut avoir 43 ans puisqu'Il est le Temps
et qu'Il investit si parfaitement le Néant qu'Il est tout l'Être ( ? )
Dieu compose un numéro de téléphone … sonnerie …
- Allo ?
- Si ?
- Pronto … Professeur Baratine ?
- Si
- Ici , Dieu le Père … Je viens de terminer votre thèse , Professeur … dites-Moi ,
3000 pages ! … Je dois dire que Je n'ai pas tout compris … aussi Me permets-Je
d'abuser de votre temps
- Si
- Vous Me mettez en cause , semble-t-il ?
- Si
- Cependant , vous ne pouvez nier que l'inventeur des sons , c'est Moi . L'air , les
ondes , les vibrations , les fréquences , c'est Moi …
- Si
- Les poumons , le larynx , les cordes vocales … ne sont-ce là des merveilles créatrices ?
- Si
- Les consonnes , Professeur Baratine ! … ces allophones que nous nommons consonnes ,
c'est bien Moi ?
- Si
- Les voyelles ! … c'est vrai , J'ai buté sur les voyelles …
- Si
- Il est vrai que Je n'étais pas tout à fait innocent … peut-être devrais-Je consulter votre
Docteur Freud …
- Si
- Vous comprenez … sans voyelles , pas de syllabes … et sans syllabes , pas de paroles …
déjà , les consonnes , c'était un pas de trop … Je n'aurais pas dû … J'aurais dû M'arrêter
au miaou des chats et au cui-cui des oiseaux … vous n'imaginez pas les emmerdements
avec la parole …
- Si
- C'était plus fort que Moi , Je Me suis lancé dans cette aventure absurde … et pourtant ,
la nasalité , l'antériorité , l'aperture et l'arrondissement des voyelles croyez-Moi , c'est
un sacré casse-tête !
- Si
- Professeur , Je vous remercie infiniment … cette conversation M'a remonté le moral …
ciao …
- Si
jeudi 17 juillet 2014
mardi 15 juillet 2014
KAMIKAZE 4
J'avais un joli tableau de chasse :
douze dragueurs de mines , deux destroyers
et - cerise sur le gâteau - le porte-hélicoptères "Oregon" .
J'avais aussi une baraka insensée : je me tirais de ces attaques
sans égratignures . Conséquence mondaine : je nouais des contacts
amicaux avec mes adversaires ; à l'amirauté américaine , on commençait
à me connaître . On ne m'en voulait pas trop pour la casse matérielle mais
certains me reprochaient les 3000 morts que je n'avais pas sur la conscience .
Cependant , les mêmes me repêchaient et , après m'avoir enveloppé dans une
couverture , ils m'offraient un café .
douze dragueurs de mines , deux destroyers
et - cerise sur le gâteau - le porte-hélicoptères "Oregon" .
J'avais aussi une baraka insensée : je me tirais de ces attaques
sans égratignures . Conséquence mondaine : je nouais des contacts
amicaux avec mes adversaires ; à l'amirauté américaine , on commençait
à me connaître . On ne m'en voulait pas trop pour la casse matérielle mais
certains me reprochaient les 3000 morts que je n'avais pas sur la conscience .
Cependant , les mêmes me repêchaient et , après m'avoir enveloppé dans une
couverture , ils m'offraient un café .
BUS 29 . 4
Ceux qui vont à Sacapulas jusqu'au terminus
fermeront les yeux car on ne regarde pas une
reine franchir une porte à commande pneuma-
tique sans risquer gravement sa santé ; puis ils
sentiront passer sur le flanc droit de l'autocar
l'incompréhensible brûlure de l'amour et le
chauffeur , archange des transports en commun ,
privilégié d'entre les privilégiés , tiendra le plus
longtemps qu'il pourra , dans le cadre fini du
rétroviseur , la silhouette rouge de Zulma aux
hanches formidables .
fermeront les yeux car on ne regarde pas une
reine franchir une porte à commande pneuma-
tique sans risquer gravement sa santé ; puis ils
sentiront passer sur le flanc droit de l'autocar
l'incompréhensible brûlure de l'amour et le
chauffeur , archange des transports en commun ,
privilégié d'entre les privilégiés , tiendra le plus
longtemps qu'il pourra , dans le cadre fini du
rétroviseur , la silhouette rouge de Zulma aux
hanches formidables .
COTE 137 . 8 . CADEAU
1er janvier . 4e heure de l'année 1918 . Nous attaquons . Martial est avec moi ,
allongé sous les barbelés que les boches ont posés pendant la nuit de la Saint-Sylvestre .
Nous cisaillons . La mitrailleuse nous balance ses frelons à ras des casques .
- Martial : "Bonne année , mon vieux !"
- Moi : "……………………………"
- Martial . Il pose sa pince et fournaque dans la poche de sa capote :
"J'ai quelque chose pour toi"
- Moi : "………….?………." . Je cisaille … je cisaille … tac-tac-tac … bzz …bzz … les frelons …
- Martial . Il sort de sa poche un petit paquet emballé dans un papier chiotte et ficelé par
une jolie cocarde rouge . Il me le tend : "C'est pour toi …"
- Moi : "… Pour moi ?? … tac-tac-tac …bzz …"Qu'est-ce que c'est ? …"
- Martial : "Ben , regarde ! … c'est un cadeau …"
- Moi : "Martial !? … tu veux que je déballe ce machin !? … ici … maintenant ? …???…"
- Martial : "Ce machin !"
- Moi . J'essaie de dénouer la ficelle … Martial me file son couteau … je coupe … j'arrache …
tac-tac bzz … un petit objet tombe dans la boue … tac-tac-tac … nous baissons encore la
tête si c'est possible , le menton dans la terre … on s'étripe à gauche … cris … sifflet du capitaine …
- Moi : "Qu'est-ce que c'est ?" je ramasse l'objet : un poilu en barbelé torsadé … " Martial …
çà me touche beaucoup , tu sais … j'avais pensé t'offrir des fleurs … j'en n'ai pas trouvé" .
Quelqu'un s'abat près de nous . C'est le capitaine : "Qu'est-ce que vous foutez ?"
- Moi : "Martial m'a fait un cadeau , mon capitaine"
- Le capitaine : "………………………" . Il regarde le papier d'emballage , tac-tac-tac ,
la ficelle rouge , le poilu en barbelé que je lui mets sous le nez . "Qu'est-ce que c'est que ce
truc là !?"
- Martial : "Ben , çà se voit pas mon capitaine !? … c'est pas une coccinelle … un poilu en
barbelés …"
- Le capitaine : "…………………..?…………………"
- Moi : "C'est bien fait , non ?"
- Le capitaine : "Pas mal … vous êtes doué , Martial !"
- Martial : "Bon … je sers le thé ?"
- Le capitaine : "Martial ! … est-ce bien le moment ?"
- Martial : "Ben quoi , mon capitaine … c'est-y pas le 1er janvier ? … on peut pas attendre
le 2 pour embrocher les boches ?"
- Le capitaine , abasourdi puis revenant à une sorte de réalité : "Oui … vous avez raison Martial …
on se replie …"
Deux coups de sifflet .
allongé sous les barbelés que les boches ont posés pendant la nuit de la Saint-Sylvestre .
Nous cisaillons . La mitrailleuse nous balance ses frelons à ras des casques .
- Martial : "Bonne année , mon vieux !"
- Moi : "……………………………"
- Martial . Il pose sa pince et fournaque dans la poche de sa capote :
"J'ai quelque chose pour toi"
- Moi : "………….?………." . Je cisaille … je cisaille … tac-tac-tac … bzz …bzz … les frelons …
- Martial . Il sort de sa poche un petit paquet emballé dans un papier chiotte et ficelé par
une jolie cocarde rouge . Il me le tend : "C'est pour toi …"
- Moi : "… Pour moi ?? … tac-tac-tac …bzz …"Qu'est-ce que c'est ? …"
- Martial : "Ben , regarde ! … c'est un cadeau …"
- Moi : "Martial !? … tu veux que je déballe ce machin !? … ici … maintenant ? …???…"
- Martial : "Ce machin !"
- Moi . J'essaie de dénouer la ficelle … Martial me file son couteau … je coupe … j'arrache …
tac-tac bzz … un petit objet tombe dans la boue … tac-tac-tac … nous baissons encore la
tête si c'est possible , le menton dans la terre … on s'étripe à gauche … cris … sifflet du capitaine …
- Moi : "Qu'est-ce que c'est ?" je ramasse l'objet : un poilu en barbelé torsadé … " Martial …
çà me touche beaucoup , tu sais … j'avais pensé t'offrir des fleurs … j'en n'ai pas trouvé" .
Quelqu'un s'abat près de nous . C'est le capitaine : "Qu'est-ce que vous foutez ?"
- Moi : "Martial m'a fait un cadeau , mon capitaine"
- Le capitaine : "………………………" . Il regarde le papier d'emballage , tac-tac-tac ,
la ficelle rouge , le poilu en barbelé que je lui mets sous le nez . "Qu'est-ce que c'est que ce
truc là !?"
- Martial : "Ben , çà se voit pas mon capitaine !? … c'est pas une coccinelle … un poilu en
barbelés …"
- Le capitaine : "…………………..?…………………"
- Moi : "C'est bien fait , non ?"
- Le capitaine : "Pas mal … vous êtes doué , Martial !"
- Martial : "Bon … je sers le thé ?"
- Le capitaine : "Martial ! … est-ce bien le moment ?"
- Martial : "Ben quoi , mon capitaine … c'est-y pas le 1er janvier ? … on peut pas attendre
le 2 pour embrocher les boches ?"
- Le capitaine , abasourdi puis revenant à une sorte de réalité : "Oui … vous avez raison Martial …
on se replie …"
Deux coups de sifflet .
vendredi 11 juillet 2014
KRANT 8 . 64e PARALLÈLE . deuxième partie
Les jours qui suivirent , ce que nous traversâmes n'est pas un océan .
Il semblait que les éléments eussent retrouvé leur vieille connivence
et se fussent juré d'envoyer le Kritik par le fond . La mer était en-dessous
mais aussi au-dessus du bateau , intriquée dans un blizzard de création
du monde , aux temps incohérents où le Verbe n'avait pas fait ses partages ,
et soudés l'une à l'autre par des rafales hurlantes et des bourrasques de
neige ; on vit ( j'étais , moi , aux machines et c'est ce qu'on me conta )
des morceaux de glace gros comme des bittes d'amarrage glisser sur le
pont par tribord , raboter la ferraille et rebondir sur le bordé métallique
de babord .
Quand nous sortîmes de ce chaos , le bruit entêtant des pistons Stirling
me parut un murmure , une harmonieuse mélodie … et je me mis à siffler
un air du pays .
Je rejoignis Krant sur le pont où les hommes cassaient les manchons de
glace à coups de masse .
- Krant : "Vous voyez Chef … c'était comme avant que l'Homme parle" .
Il semblait que les éléments eussent retrouvé leur vieille connivence
et se fussent juré d'envoyer le Kritik par le fond . La mer était en-dessous
mais aussi au-dessus du bateau , intriquée dans un blizzard de création
du monde , aux temps incohérents où le Verbe n'avait pas fait ses partages ,
et soudés l'une à l'autre par des rafales hurlantes et des bourrasques de
neige ; on vit ( j'étais , moi , aux machines et c'est ce qu'on me conta )
des morceaux de glace gros comme des bittes d'amarrage glisser sur le
pont par tribord , raboter la ferraille et rebondir sur le bordé métallique
de babord .
Quand nous sortîmes de ce chaos , le bruit entêtant des pistons Stirling
me parut un murmure , une harmonieuse mélodie … et je me mis à siffler
un air du pays .
Je rejoignis Krant sur le pont où les hommes cassaient les manchons de
glace à coups de masse .
- Krant : "Vous voyez Chef … c'était comme avant que l'Homme parle" .
KRANT 8 . 64e PARALLÈLE . Première partie
Il nous est arrivé de quitter notre mer intérieure pour en gagner d'autres ,
ouvertes et dures . Telles sont les exigences de la marine marchande .
Les plus belles morues ( et les plus coûteuses ) pendent dans les séchoirs
d'Heimaey et c'est à Vikna que les grands négociants ont établi leurs
comptoirs .
De ce fait , nous nous trouvâmes naviguer au nord du 64e parallèle et je
me souviens de ce jour où , à peine doublée la balise de Vikna , l'étrave
du Kritik percuta des vagues hautes comme des maisons de capitaine ,
grises et montrant leurs dents d'écume , au moment qu'un froid de clous du
Christ porté par les courants polaires embrochait nos cirés par la capuche
et l'ourlet du bas .
Krant fit obturer les écoutilles et ordonna aux hommes qu'aucun d'eux ne
s'aventurât sur le pont et offrît aux déferlantes sa peau et le peu de pensées
qu'elle retenait . Nos hommes en effet , et en particulier ceux que nous
recrutions pour ces voyages hauturiers , pensaient peu et c'est à la pauvreté
de leur imagination qu'ils devaient leur embauche . Krant se méfiait des
créatifs et il n'aurait souffert qu'un poète élucubrât sur ses passerelles .
( à suivre )
ouvertes et dures . Telles sont les exigences de la marine marchande .
Les plus belles morues ( et les plus coûteuses ) pendent dans les séchoirs
d'Heimaey et c'est à Vikna que les grands négociants ont établi leurs
comptoirs .
De ce fait , nous nous trouvâmes naviguer au nord du 64e parallèle et je
me souviens de ce jour où , à peine doublée la balise de Vikna , l'étrave
du Kritik percuta des vagues hautes comme des maisons de capitaine ,
grises et montrant leurs dents d'écume , au moment qu'un froid de clous du
Christ porté par les courants polaires embrochait nos cirés par la capuche
et l'ourlet du bas .
Krant fit obturer les écoutilles et ordonna aux hommes qu'aucun d'eux ne
s'aventurât sur le pont et offrît aux déferlantes sa peau et le peu de pensées
qu'elle retenait . Nos hommes en effet , et en particulier ceux que nous
recrutions pour ces voyages hauturiers , pensaient peu et c'est à la pauvreté
de leur imagination qu'ils devaient leur embauche . Krant se méfiait des
créatifs et il n'aurait souffert qu'un poète élucubrât sur ses passerelles .
( à suivre )
mercredi 9 juillet 2014
CLOCHETTE HUYSMANS
En 1932 , Clochette et moi étions fiancés . J'étais une valeur montante
de la nouvelle physique . Planck , Rutherford et Einstein avaient ouvert
devant nous des voies immenses . A mes collègues , comment pouvais-
je décrire mon amour pour Clochette ?
J'eus d'abord l'idée de transposer l'espace et le temps absolus de notre
couple dans le système traditionnel d'abscisses et d'ordonnées , mais
c'était une mauvaise idée . J'aurais été la risée du laboratoire si j'avais
présenté à mes pairs un graphique aussi démodé .
Je me devais , au nom de la science nouvelle , d'introduire dans l'exposé
de notre amour l'Energie , la Masse et la Vitesse de la lumière . Mais
comment figurer ces ébouriffants concepts ?
J'envisageai une jarretière spatio-temporelle de diam. spatial 1.50m où
Clochette et moi nous serions glissés et de longueur temporelle
10 puissance 27 points de distance-durée et , ma foi , cette interminable
bande molle dépeignait assez bien notre attraction réciproque et elle
prenait en compte les développements ultimes de la physique .
Malheureusement , je me donnais beaucoup de mal pour rien car , avec
Clochette , j'avais peu d'atomes crochus ( elle ne s'intéressait qu'au tricot )
et la gravitation courba à tel point notre Espace-Temps qu'il finit par se
rompre .
de la nouvelle physique . Planck , Rutherford et Einstein avaient ouvert
devant nous des voies immenses . A mes collègues , comment pouvais-
je décrire mon amour pour Clochette ?
J'eus d'abord l'idée de transposer l'espace et le temps absolus de notre
couple dans le système traditionnel d'abscisses et d'ordonnées , mais
c'était une mauvaise idée . J'aurais été la risée du laboratoire si j'avais
présenté à mes pairs un graphique aussi démodé .
Je me devais , au nom de la science nouvelle , d'introduire dans l'exposé
de notre amour l'Energie , la Masse et la Vitesse de la lumière . Mais
comment figurer ces ébouriffants concepts ?
J'envisageai une jarretière spatio-temporelle de diam. spatial 1.50m où
Clochette et moi nous serions glissés et de longueur temporelle
10 puissance 27 points de distance-durée et , ma foi , cette interminable
bande molle dépeignait assez bien notre attraction réciproque et elle
prenait en compte les développements ultimes de la physique .
Malheureusement , je me donnais beaucoup de mal pour rien car , avec
Clochette , j'avais peu d'atomes crochus ( elle ne s'intéressait qu'au tricot )
et la gravitation courba à tel point notre Espace-Temps qu'il finit par se
rompre .
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