mardi 22 juillet 2014

PARADIS 11 . GRIPPE Z

- Adam : "Quel âge que j'ai ?"
- Dieu : "Euh … selon les paléontologues les plus sérieux , environ 7 millions
d'années avant Jésus-Christ …"
- Adam : "Jésus-Christ ? … qui c'est ?"
- Dieu : "C'est mon fils …"
- Adam : "C'est mon frère alors ?"
- Dieu . Çà l'embête qu'Adam lui pose des questions parce qu'à ce moment il
met au point un nouveau modèle de mouche . " … Oui Adam … si tu estimes
que tu es le fils de Dieu , oui … CQFD : Jésus-Christ , c'est ton frère …"
- Adam : "T'as de ses nouvelles ?"
- Dieu . A l'aide d'une seringue , il introduit dans le dard de la mouche le virus
de la grippe Z . "il est mort …"
- Adam : " … Ah …" . Il est désolé … il aurait aimé connaître son frère …
"Il est mort comment ?"
- Dieu : "Sur la croix … c'est les hommes …" . Il regarde Adam . "Les hommes
sont méchants et ils l'ont tué …"
- Adam : "………?…………."
- Dieu : "Mais je les ai eus … il est ressuscité …"
- Adam : "………?…………."
- Dieu . Il met la mouche chargée de virus dans une boîte en plastique percée de
trous et la pose sur l'étagère , au-dessus de l'établi .
- Adam . Il change de conversation . Celle sur Jésus-Christ le barbe et il n'y com-
prend rien . "Qu'est-ce que tu fais ?"
- Dieu : "Je mets au point une mouche qui , d'après mes calculs , devrait mettre
un terme à cette engeance .

lundi 21 juillet 2014

COTE 137 . 9 . ÉVANGILE SELON MARTIAL

Le poilu est un être délicat . Bien que les conditions de sa vie soient dures , pour ne
pas dire épouvantables , le poilu est affecté de pruderie et tant qu'il le peut , il se retient
de chier . Car les feuillées , creusées au début de la guerre dans les règles de l'art sani-
taire , ont été tant de fois prises et reprises à la baïonnette et tant de fois éventrées par
des obus de tout calibre que le poilu pose son colombin sur les guêtres de ses camarades ,
honteux et indigne .

Ce dimanche , l'aumônier disait une messe dans la tranchée où notre compagnie était
alignée . Martial demanda au prêtre qu'il le laissât dire l'Évangile et - consentement
donné - il repoussa les Saintes Écritures qu'il lui présentait à la date du jour .

- Martial : "Inutile , l'Abbé … c'est un épisode que je connais par-coeur"
- Martial , sur fond de canonnade lointaine : "Évangile selon Saint Luc" … Une batterie
d'artillerie lourde , à 10kms à l'est , se mit en action . Martial haussa le ton : "Jésus était
près de Jérusalem . Il revenait de Béthanie avec ses disciples . Or une foule nombreuse
vint à sa rencontre pour écouter sa Parole . Jésus dit : des jours viendront où il ne restera
pas pierre sur pierre . On se dressera nation contre nation , royaume contre royaume et
tout sera détruit" . Des mitrailleuses se mirent à tirer plus près . Martial reprit : "A midi ,
le peuple eut faim et Jésus multiplia les pains et les poissons pour le rassasier mais vers
14h30 , tous eurent envie de chier et comme il n'y avait plus de feuillées , ils chièrent
les uns sur les autres , honteux et indignes . Jésus eut pitié d'eux et il dit : quand ce qui
a été écrit devra s'accomplir , vous vous redresserez et lèverez la tête car votre déli-
vrance sera proche"

Ainsi parla Martial et l'aumônier le remercia car sa parole portait l'espoir . L'Évangile
des feuillées entra dans le canon de notre tranchée et chacun , quand il déchargeait son
ventre dans un recoin de boyau , cherchait dans le ciel un signe .

CHILECITO

Chilecito est une ville réelle . On s'y ennuie . Elle existe comme point sur
une carte , perdue dans la Province de la Rioja à 1080m d'altitude et concen-
tre ses immeubles et ses rues entre son vignoble et ses noyers . Qu'on serait
heureux de la transporter dans un autre paysage ; par exemple sur le trajet de
la route nationale 22 dans la haute vallée du Rio Negro ou à 375kms de
Buenos Aires dans la Province de Santé Fé ou encore - dans la même Pro-
vince - au bord de l'Arroyo Del Rei , un bras du Rio Parana . Elle prendrait
la place de Reconquista . On pourrait assister le dimanche aux offices somp-
tueux de la Cathédrale de l'Immaculée Conception et , le jour de la fête na-
tionale , au meeting de la base aérienne .

Or , rien n'y fait . Les villes n'existent que réellement et elles sont inaptes aux
transports . Des faubourgs de Chilecito , on est condamné in aeternam à subir
la beauté de la Sierra de Famatina et de ses neiges éternelles .

TROIS MOUCHES 14 . NOCES

T et Y se mariaient . Nous étions invités à la noce . Trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de
paille . Berthe avait mis sa robe rouge . On lança des grains de riz
sur les jeunes époux , on chanta . Mais , dans le fond de l'air , le
destin grommelait .

Nous fûmes invités à la noce : T et Y se mariaient . Chants et mer-
veilleux chapeaux de paille , jets de grains de riz . Mais au fond de
l'air trois mouches grommelaient . Énigmatique , Berthe dit :
"C'est le destin" .

Le destin grommelait . Nous fûmes à la noce . Trois mouches se
mariaient . On chanta , on dansa , on lança dans le fond de l'air des
chapeaux de paille , on bourdonna autour des époux . Le rouge à
lèvres vermeil de Berthe n'était pas merveilleux .

dimanche 20 juillet 2014

HASARD

Tout est affaire de hasard .

Que le Rio Lujàn débordât à ce point ce 16 juin 1630 , rien ne le laissait prévoir .

Qu'un convoi stationnât imprudemment sur sa berge le soir de ce jour-là est une
coïncidence et qu'il transportât des statuettes religieuses en est une autre .

Le convoi s'embourba et ne put repartir . Les habitants mâles de la ville s'arc-boutèrent
sur les rayons des chariots , en vain .

Parmi les statuettes il y en avait une , en terre cuite , de la Vierge Marie .

Elle parla . Elle désirait rester dans ce carré de fange .

D'où l'immense cathédrale au toit de cuivre , les marches en marbre blanc au milieu de
la jungle et le million de pèlerins , chaque année , pour baiser à Lujàn les pieds de
l'Immaculée .

samedi 19 juillet 2014

DESMOND 4 . EDITION 1842

- Desmond !"
C'est le Président . Je viens de passer devant la porte de son bureau avec des dossiers
top secret à détruire après lecture … Il est 6h30 du matin … "Desmond … posez
tout çà là et venez donc me voir"
- Moi : "Bien Monsieur le Président" . Je pose mes dossiers strictement confidentiels
classifiés "Très secrets" sur la moquette du couloir , contre le mur ovale et j'entre dans
le bureau du Président .
- Le Président : "Scotch ?"
- Moi : "Mister President … it's only half past six !"
- Le Président : "Je vous trouve grognon , Desmond … coca ?"
Telephone rouge . Le Président : "Hi ! … ya … Ah , Leonid ! … come va ?" .
Il met sa main sur le combiné : "Veuillez m'excuser , Desmond … c'est Leonid
Iliitch , ce porc ! … Allo , Leonid ! … yes …yes … ah , ah , ah ! …" . Le Président
pose sa main sur le combiné . "Il me raconte une cochonnerie ce salaud …… Ya
Leonid … it's quite good , ah , ah , ah … see you later … ya … bye ! …" . Il rac-
croche : "Obsédé !"
- Le Président : "Coca , Desmond ?"
- Moi : "Oui , Monsieur le Président … merci"
- Le Président : "Avez-vous trouvé quelque chose ?"
- Moi : "Non , hélas , Monsieur le Président … toute l'équipe est sur le coup"
- Le Président : "Well , Desmond … je n'en doute pas … trouvez-le moi !"
Nous trinquons . Lui double scotch . Moi coca . "Cheers !"
- Le President : "Quel plaisir vous me feriez , Desmond !"
- Moi : "Monsieur le Président , je le trouverai !"
- Le Président , en français dans le texte : "Je le trouverai … future or conditional ?"
- Moi : "Future , Mister President … I'll find it !"
- Le Président . Il pose son verre vide : "Good luck , Desmond " . Tape sur l'épaule .
Je sors .

- Moi . A Mélanie sur le portable sécurisé : "Mélanie … c'est Desmond … Edition 1842 …
"La science des conjugaisons mise à la portée de tout le monde" … Mélanie , trouvez-
moi ce putain de Bescherelle !" .

jeudi 17 juillet 2014

KRANT 9 . LA TABLE À CARTES

La nuit , parfois , sous les paisibles latitudes , je me glissais derrière
la table à cartes . Il n'était nullement interdit d'examiner l'atlas mais
l'insolite inactivité du pont et le ronflement lointain des machines ,
comme l'écho d'une épouse abandonnée , conféraient à cette manie
un air illicite et clandestin . Je devinais à travers la vitre de la timo-
nerie l'ombre immobile de l'homme de barre à qui nous avions livré
nos vies et notre cargaison comme si , le temps d'un quart , nous
faisions l'impasse sur nos corps et nos biens .

Les cartes , çà n'était pas mon métier ; je ne choisissais pas les routes ,
ces jugements étaient la compétence du capitaine .

C'est étrange comme , au pli extrême d'une nuit d'été , on n'a pas besoin
d'éclairage dans une chambre à cartes . Le cosmos , la lune et l'écume
y pourvoient . Je regardais l'atlas et me gardais de tourner une page car ,
là où il était ouvert , là nous étions , quelque part dans les fibres du
papier entre ces ilôts , à l'entrecroisement des lignes de compas , au
large de côtes où j'imaginais des paillotes pleines d'enfants endormis
et de cochons domestiques et nous étions là , traversant l'humanité ,
les cales pleines de sable …

- Krant : "Ventrebleu , Chef ! … que faites-vous ici à cette heure ?"