- "Ne vous semble-t-il pas , Chef , que tout cela est obscur ?"
L'avant-bras du capitaine et sa pipe décrivirent sur la passerelle un demi-cercle
comme s'ils ouvraient sur une carte l'angle d'un compas .
Je regardais la mer ; ce devait être l'Iroise avant le passage Fromveur . Nous
revenions d'Afrique chargés du bois de difou pour nos chantiers navals …
- "Il y a les choses , comprenez-vous ?"
- "Oui , Capitaine , ces écueils sont là , devant nous , et nous les aurons dépassés
dans une bonne heure …"
Le capitaine s'accouda au bastingage , pipe au bec , et resta silencieux . Puis :
- "Il y a les choses , c'est tout … il n'y a pas ici et là … il n'y a pas avant et après …
que les écueils soient là et pas ici , c'est une idée … et que nous les aurons dépassés
dans une heure , c'en est une autre …"
Et Krant rentra dans sa cabine .
Je regardai la mer et ce que j'y voyais ne m'était pas obscur mais , à coup sûr ,
plein de risques et d'incertitudes .
Le capitaine revint sur la passerelle :
- "Mais vous avez raison , Chef … organisons les choses ! …"
mardi 20 janvier 2015
samedi 17 janvier 2015
LOTO
Si j'étais milliardaire , j'achèterais un château en ruines au nord-ouest de
l'Écosse , où on ne peut pas aller plus au nord et plus à l'ouest et où il pleut
360 jours par an . Je passerais mon temps à remuer des bassines sous les
fuites du toit et , bien entendu , je logerais dans la tour de noroît , celle qui
fait face aux tempêtes . Je serais une sorte de vigie : j'annoncerais à mes
contemporains leurs dépressions futures , un job paisible qui n'aurait besoin
d'autre outil qu'une flasque de Caol Ilo 18 ans d'âge . J"adosserais mon uni-
vers à une énorme cheminée où brûleraient pour l'éternité des briquettes de
tourbe . Les murs de mon donjon seraient tapissés d'oeuvres de fiction et de
portraits d'ancêtres . Je vivrais de fantasmes et de rêves impossibles .
Pendant les cinq jours que dure ici l'été , j'inviterais mes amis milliardaires .
Je serais à l'heure dite sur le quai de Killargray où accoste le ferry d'Ascrik
Bay et je les emmènerais avec leurs valises dans un Landcruiser hors d'âge .
Sur la corniche , nous pourrions admirer mes immenses ciels de traîne ; ça
les changerait de ces mers d'Égypte , idiotes et toujours bleues .
l'Écosse , où on ne peut pas aller plus au nord et plus à l'ouest et où il pleut
360 jours par an . Je passerais mon temps à remuer des bassines sous les
fuites du toit et , bien entendu , je logerais dans la tour de noroît , celle qui
fait face aux tempêtes . Je serais une sorte de vigie : j'annoncerais à mes
contemporains leurs dépressions futures , un job paisible qui n'aurait besoin
d'autre outil qu'une flasque de Caol Ilo 18 ans d'âge . J"adosserais mon uni-
vers à une énorme cheminée où brûleraient pour l'éternité des briquettes de
tourbe . Les murs de mon donjon seraient tapissés d'oeuvres de fiction et de
portraits d'ancêtres . Je vivrais de fantasmes et de rêves impossibles .
Pendant les cinq jours que dure ici l'été , j'inviterais mes amis milliardaires .
Je serais à l'heure dite sur le quai de Killargray où accoste le ferry d'Ascrik
Bay et je les emmènerais avec leurs valises dans un Landcruiser hors d'âge .
Sur la corniche , nous pourrions admirer mes immenses ciels de traîne ; ça
les changerait de ces mers d'Égypte , idiotes et toujours bleues .
PARADIS 24 . N10H10
- "Eve , peux-tu garder un secret ?" … Dieu parle .
- Eve . Elle ment : "Ben oui … c'est quoi ?"
- Dieu . Il prend les mains d'Eve entre les siennes : "C'est un très grand secret"
- Eve : "……………?……………."
- Dieu : "J'ai mis la chose au point … un virus sélectif …"
- Eve : "……………?……………."
- Dieu : "J'ai l'intention d'en saupoudrer la terre en l'an 2030 après mon fils"
- Eve : "C'est quoi un virus ? … c'est quoi saupoudrer ?"
- Dieu , en lui-même : ("Qu'elle est belle ! … la plus réussie de mes créatures !")
"Un virus , Eve , c'est une sorte de germe …"
- Eve : "Germe ?"
- Dieu , en lui-même : ("Dieu , qu'elle est belle ! … mais question vocabulaire ,
y a du boulot ") . "C'est une sorte de petite bête … si petite qu'on ne la voit pas …
elle entre en toi et tu es malade …"
- Eve : "Pouah ! … c'est dégoûtant … pourquoi t'as inventé ce …"
- Dieu : "… ce virus" . Il soupire : "Je m'en serais bien passé , ma chérie …
j'ai rien trouvé d'autre … mais ne t'inquiète pas … ce virus-là , je l'ai appelé
N10H10 … Il devrait mettre fin à l'engeance des mâles …"
- Eve : "C'est quoi engeance ? … c'est quoi mâle ?"
- Dieu . Il lâche les mains d'Eve , un brin découragé : "J'esplique ?"
- Eve : "Ben oui … je comprends rien"
- Dieu . Il reprend dans les siennes les mains d'Eve : "Ma chérie … les hommes …
je veux dire : les mâles … tu sais bien : ceux qui ont un drôle de truc entre les
pattes … c'est plus possible … ils me sabotent la Création … regarde Adam …
avec sa pelle … ces trous partout … il repique mes poireaux ! … de quoi il se
mêle ? … et ce matin , il a tué un agneau pour me l'offrir !"
- Eve . Elle a les larmes aux yeux : "Ah , quel salaud !"
- Dieu . Le moral de Dieu est dans ses divines chaussettes : "Veux-tu bien
parier qu'il va trouver une parade au H10N10 !"
- Eve . Elle ment : "Ben oui … c'est quoi ?"
- Dieu . Il prend les mains d'Eve entre les siennes : "C'est un très grand secret"
- Eve : "……………?……………."
- Dieu : "J'ai mis la chose au point … un virus sélectif …"
- Eve : "……………?……………."
- Dieu : "J'ai l'intention d'en saupoudrer la terre en l'an 2030 après mon fils"
- Eve : "C'est quoi un virus ? … c'est quoi saupoudrer ?"
- Dieu , en lui-même : ("Qu'elle est belle ! … la plus réussie de mes créatures !")
"Un virus , Eve , c'est une sorte de germe …"
- Eve : "Germe ?"
- Dieu , en lui-même : ("Dieu , qu'elle est belle ! … mais question vocabulaire ,
y a du boulot ") . "C'est une sorte de petite bête … si petite qu'on ne la voit pas …
elle entre en toi et tu es malade …"
- Eve : "Pouah ! … c'est dégoûtant … pourquoi t'as inventé ce …"
- Dieu : "… ce virus" . Il soupire : "Je m'en serais bien passé , ma chérie …
j'ai rien trouvé d'autre … mais ne t'inquiète pas … ce virus-là , je l'ai appelé
N10H10 … Il devrait mettre fin à l'engeance des mâles …"
- Eve : "C'est quoi engeance ? … c'est quoi mâle ?"
- Dieu . Il lâche les mains d'Eve , un brin découragé : "J'esplique ?"
- Eve : "Ben oui … je comprends rien"
- Dieu . Il reprend dans les siennes les mains d'Eve : "Ma chérie … les hommes …
je veux dire : les mâles … tu sais bien : ceux qui ont un drôle de truc entre les
pattes … c'est plus possible … ils me sabotent la Création … regarde Adam …
avec sa pelle … ces trous partout … il repique mes poireaux ! … de quoi il se
mêle ? … et ce matin , il a tué un agneau pour me l'offrir !"
- Eve . Elle a les larmes aux yeux : "Ah , quel salaud !"
- Dieu . Le moral de Dieu est dans ses divines chaussettes : "Veux-tu bien
parier qu'il va trouver une parade au H10N10 !"
vendredi 16 janvier 2015
COTE 137 . 22 . LE POTAGER , SUITE
Juste avant d'attaquer … Martial claque des dents .
- Moi : "Arrête ça , Martial !"
- Martial . Gestes d'impuissance .
Au signal du capitaine - un coup de sifflet - Martial est le premier hors de la
tranchée , baïonnette au canon . Il produit un horrible bruit de castagnettes .
Je peine à le suivre . Il prend cinq , dix - saute trois rangs de barbelés - vingt
mètres à la compagnie . Je le rejoins dans le boyau le plus proche de la cote
137 . Il a déjà balancé deux grenades . Je me jette à ses côtés .
- Moi : "Qu'est-ce qui te prend ?"
- Martial claque des dents . Il me regarde sans comprendre .
- Moi : "Tu es devenu fou ?"
Le capitaine nous rejoint . Martial veut sortir du trou et attaquer . Nous l'agrippons .
- Moi : "Martial , t'es dingue !"
- Le capitaine : "Martial , arrêtez … c'est un ordre !" . Il siffle . Deux fois . On se
replie . Nous traînons Martial dans la tranchée .
- Moi : "Qu'est-ce qui t'a pris ?"
- Martial . Il claque des dents .
- Moi : "Martial !"
- Martial : "Les dents ? … mon potager … les salauds !"
- Moi : "Arrête ça , Martial !"
- Martial . Gestes d'impuissance .
Au signal du capitaine - un coup de sifflet - Martial est le premier hors de la
tranchée , baïonnette au canon . Il produit un horrible bruit de castagnettes .
Je peine à le suivre . Il prend cinq , dix - saute trois rangs de barbelés - vingt
mètres à la compagnie . Je le rejoins dans le boyau le plus proche de la cote
137 . Il a déjà balancé deux grenades . Je me jette à ses côtés .
- Moi : "Qu'est-ce qui te prend ?"
- Martial claque des dents . Il me regarde sans comprendre .
- Moi : "Tu es devenu fou ?"
Le capitaine nous rejoint . Martial veut sortir du trou et attaquer . Nous l'agrippons .
- Moi : "Martial , t'es dingue !"
- Le capitaine : "Martial , arrêtez … c'est un ordre !" . Il siffle . Deux fois . On se
replie . Nous traînons Martial dans la tranchée .
- Moi : "Qu'est-ce qui t'a pris ?"
- Martial . Il claque des dents .
- Moi : "Martial !"
- Martial : "Les dents ? … mon potager … les salauds !"
TROIS MOUCHES 26 . DANSONS !
Au moyen-âge , on dansait , on buvait , on riait , on se battait .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre
nos chapeaux de paille . On n'allait pas attendre l'an 2000 pour se
fendre la pêche !
Trois mouches dansaient sur une pêche . Elles n'allaient pas attendre
l'âge moyen d'une mouche pour butiner nos pailles ! Nous non plus
d'ailleurs en l'an 2000 !
Un butin de merveilles - mouches vermeilles ! - dansait à l'an moyen
autour de nos chapeaux de paille ...
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre
nos chapeaux de paille . On n'allait pas attendre l'an 2000 pour se
fendre la pêche !
Trois mouches dansaient sur une pêche . Elles n'allaient pas attendre
l'âge moyen d'une mouche pour butiner nos pailles ! Nous non plus
d'ailleurs en l'an 2000 !
Un butin de merveilles - mouches vermeilles ! - dansait à l'an moyen
autour de nos chapeaux de paille ...
jeudi 15 janvier 2015
AUTOMNE
Le feu prend en bas du boulevard
Dans les grands marronniers
Et , de ramure en ramure ,
Léchant les façades
Qui bientôt se déforment ,
Il vient sous mon balcon et crépite …
Les feuilles gonflées de gaz se tordent .
Elles suffoquent dans la fournaise
Qui ronfle et rougeoie .
J'ouvre mes fenêtres :
C'est l'automne .
Dans les grands marronniers
Et , de ramure en ramure ,
Léchant les façades
Qui bientôt se déforment ,
Il vient sous mon balcon et crépite …
Les feuilles gonflées de gaz se tordent .
Elles suffoquent dans la fournaise
Qui ronfle et rougeoie .
J'ouvre mes fenêtres :
C'est l'automne .
DESMOND 17 . M. MATHIEUGATE
- Dear Henry : "Il faut le faire , Monsieur le Président !"
- Le Président : "Croyez-vous , Henry ? … c'est un peu dégueulasse , non ?"
Je viens d'entrer dans le Bureau Ovale . Je me fais tout petit .
- Dear Henry . Il cite : "Le bien public exige qu'on trahisse et qu'on mente" …
"Ce n'est pas de moi" .
- Le Président : "Qui a dit ça ?"
- Dear Henry : "Un français , Monsieur le Président … Montaigne"
- Le Président . Il se tourne vers moi : "Vous connaissez ce gars , Desmond ?"
- Moi : "Euh , Monsieur le Président … c'est que Montaigne est mort en 1591 …
ou 1592 …"
- Dear Henry : "1592 … 12 mai 1592 à 16h15"
- Le Président : "1592 !? … l'âge de pierre … Henry , nous sommes en 1973 !"
- Dear Henry : "Certes , Monsieur le Président … en 1592 , trahison et mensonge
étaient à la mode … c'est toujours le cas …"
- Le Président : "Quand même Henry ! … ce que vous me demandez , c'est une
saloperie ! … qu'en pensez-vous Desmond ?"
- Moi : "Euh … Monsieur le Président … de quoi s'agit-il ?"
- Dear Henry . Il intervient : "Permettez , Monsieur le Président , ceci doit rester
entre vous et moi !"
- Le Président . Il soupire : "Pauvre Mireille !"
- Le Président : "Croyez-vous , Henry ? … c'est un peu dégueulasse , non ?"
Je viens d'entrer dans le Bureau Ovale . Je me fais tout petit .
- Dear Henry . Il cite : "Le bien public exige qu'on trahisse et qu'on mente" …
"Ce n'est pas de moi" .
- Le Président : "Qui a dit ça ?"
- Dear Henry : "Un français , Monsieur le Président … Montaigne"
- Le Président . Il se tourne vers moi : "Vous connaissez ce gars , Desmond ?"
- Moi : "Euh , Monsieur le Président … c'est que Montaigne est mort en 1591 …
ou 1592 …"
- Dear Henry : "1592 … 12 mai 1592 à 16h15"
- Le Président : "1592 !? … l'âge de pierre … Henry , nous sommes en 1973 !"
- Dear Henry : "Certes , Monsieur le Président … en 1592 , trahison et mensonge
étaient à la mode … c'est toujours le cas …"
- Le Président : "Quand même Henry ! … ce que vous me demandez , c'est une
saloperie ! … qu'en pensez-vous Desmond ?"
- Moi : "Euh … Monsieur le Président … de quoi s'agit-il ?"
- Dear Henry . Il intervient : "Permettez , Monsieur le Président , ceci doit rester
entre vous et moi !"
- Le Président . Il soupire : "Pauvre Mireille !"
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