dimanche 8 février 2015

FERLEC . COMPOSITION FRANÇAISE

    Rentrée des classes : racontez votre plus beau souvenir de vacances .

    Mon plus beau souvenir de vacances , c'est le dimanche 12 Août . Papa sort du
garage la 4 CV . Maman s'asseoit sur le siège à côté de lui et mes quatre frères et
moi nous entassons à l'arrière . Cette voiture est un modèle 1959 . Elle est équipée
d'un embrayage électromagnétique Ferlec . C'est une nouveauté et , comme dit
papa , un progrès "incontestable" : il n'y a plus de pédale d'embrayage . Elle est
remplacée par un interrupteur sous le levier de vitesses . Papa gare la voiture le long
du trottoir et , aussitôt , les promeneurs et les gens qui ont assisté à la grand messe
de Saint Joseph font cercle autour de nous car il est écrit sur le capot arrière : "Em-
brayage Automatique Ferlec" . Papa explique que le serrage du disque de friction
entre les deux plateaux se fait au moyen d'un électro-aimant alimenté par la dynamo .
Il n'y a plus de pédale d'embrayage ! . "Oh !" dit la foule . Un bouton inverseur est
placé sous le tableau de bord . Papa montre le bouton inverseur par le carreau baissé
et la foule se penche . Ce bouton permet de brancher l'embrayage sur la batterie pour
profiter du frein moteur dans une descente ou pour immobiliser le véhicule dans une
côte . A part ça , dit papa , le moteur est un 748 cm3 à 4 cylindres placé en porte-à-
faux arrière à 3 paliers . Il fait chaud . Maman sourit . C'est le plus beau souvenir de
mes vacances .

    Note de l'institutrice : Votre copie est nulle ! . Elle mérite un 2 sur 20 pour payer
l'encre … Vous ne racontez rien d'intéressant . Vous auriez dû évoquer les châteaux
de sable et toutes ces choses qui font de belles vacances ! … Mon ami , votre rentrée
est mal engagée !

vendredi 6 février 2015

TROIS MOUCHES 29 . DANS LA PAILLE

Je tirai à bout portant . Trois mouches vermeilles et merveilleuses
bourdonnaient contre nos chapeaux de paille . L'impact projeta Berthe
dans le tourniquet du jardin public .

C'est drôle ! … Berthe me tire dans le tourniquet et nous rions . La
paille de son chapeau est un jardin où un public merveilleux nous
porte à bout de bras .

Berthe tira son chapeau et je projetai le mien dans la paille . Un tour-
niquet de mouches bourdonnait quand je la pris dans mes bras .

jeudi 5 février 2015

DESMOND 20 . MOSHE

    Je croise le Président dans l'escalier . Il descend les marches que je monte ,
les bras chargés de documents à détruire .

- Le Président : "Ah , Desmond … Moshe vous fait ses amitiés"
- Moi : "Moshe ?"
- Le Président : "Dayan , Desmond … Moshe Dayan , bien sûr … vous
connaissez un autre Moshe ?"
- Moi : "Euh … non , Monsieur le Président … mais je ne connais pas Monsieur
Dayan personnellement … je ne l'ai jamais rencontré …"
- Le Président : "Vous plaisantez ? … Moshe m'a dit : faites mes amitiés à
Desmond … il m'a parlé d'une super partie de poker …"
- Moi : "Je ne joue pas au poker , Monsieur le Président … peut-être s'agit-il
d'un autre Desmond …"
- Le Président . Il croise les bras et se pince les lèvres : "Un autre Desmond ? …
je ne connais pas d'autre Desmond que vous , Desmond …"

    Dear Henry passe sur le palier .

- Le Président : "Henry ! … connaissez-vous à la Maison Blanche un Desmond ?"
- Dear Henry : "Vous l'avez devant vous , Mister President … si je puis me permettre"
- Le Président : "Voyez-vous , Desmond … Henry est mon plus proche collabora-
teur … a genius … une mémoire éléphantesque ! … si Henry me dit qu'il n'y a qu'un
Desmond à la Maison Blanche , je suis bien forcé de le croire … si Moshe me dit de
vous faire ses amitiés , c'est donc bien à vous qu'il les fait … n'est-ce pas bien
raisonné ? …"
- Moi : "………………………"
- Le Président : "Vous me cachez quelque chose , Desmond ?"

KRANT 25 . SUR LE QUAI N°3

- "Si vous trouviez sur le quai n°3 …" Le Kritik avait accosté là vers minuit
et lorsque Krant posa cette question , c'était aux premières heures du matin ;
des dockers indigènes chargeaient nos soutes de riz décortiqué "… 100 marks-or
tombés de la poche d'un marin , chercheriez-vous à rendre son bien à celui qui
se sera échiné à l'amasser ?"

- Le Quartier-Maître : "Certainement pas Capitaine ! … j'ai sept gosses à nourrir
à Koenigsberg … et une femme ! … 100 marks ! … il sera bien coupable ce
marin-là de n'avoir cousu sa fortune dans la doublure de son paletot ! …
100 marks-or ! …"

    Krant se tourna vers le timonier au comble de l'excitation comme si une bourse
de 100 marks était à ses pieds …
- "Moi , Capitaine ? … une pareille aubaine ? … 100 marks-or à l'effigie de
l'Empereur !! … sacré bon Dieu ! … ce marin est un sot et son bien , j'irais le
boire dans les tavernes d'ici … jusqu'à la dernière once ! … et je me taperais
toutes les femmes de Fort-Dauphin ! …"

    Les petits yeux de Krant maintenant m'interrogeaient .
- "Euh , Capitaine … 100 marks ! … c'est une somme ! … voyez ce qu'on peut
faire avec 100 marks … agrandir le potager … acheter une vache … des poules …
acquérir de la terre … une ferme ! … mais le bien d'autrui , c'est le bien d'autrui …
à la vérité , Capitaine , qu'est-ce que je ferais ? … je n'en sais rien …"

    Le Capitaine nous congédia .

- "C'est pour mes statistiques" dit-il , comme nous franchissions la porte .

AU ZOO

Au zoo …
Moi , chimpanzé .

Ce que vous venez voir dans mes yeux pour 6€ le ticket d'entrée
(2.50€ pour les enfants de moins de 10 ans) :

Les savanes de la préhistoire que nous partagions en cousins germains ,
ces lacs où - voisins suspicieux - nous nous abreuvions .

L'odeur des espaces anciens , le sifflement des lianes , le claquement de
bec du cacatoès dans la forêt primaire , des barrissements lointains , l'extase
des premiers matins , les jungles qu'ont décrites les explorateurs dans des
livres où vous avez appris à lire , les légendes parvenues à vos oreilles par
d'indémélables détours …

Paradis perdu . Paradis encagé .

Vous sonderez un bras mort de votre âme . Quelle faute inavouée ? … Ne
te tracasses pas mon fils , ça te coûtera un acte de contrition bâclé , mais
c'est trop tard … le mal est fait .

Vous chercherez dans mon regard ce monde fantôme , pour 6€ la place
(gratuit sur présentation de la carte enseignant) .

mardi 3 février 2015

PARADIS 26 . MACHINE INFERNALE

- Dieu est sombre : "Ève … l'Homme a trouvé un nouveau dieu et partout il
l'érige . Partout ces pierres dressées et ces danses !!"
- Ève : "……………………….."
- Dieu : "L'Homme ne croit plus qu'en lui … je suis mort , te rends-tu compte ,
Ève !? … l'Homme m'a tuer …"
- Ève . Elle corrige : " … m'a tué …" . Elle pose sa main exquise sur l'épaule
de Dieu .
- Dieu : "Je suis mort et fautif … un petit appendice de rien du tout … un acces-
soire technique … faute de mieux … je n'étais pas fier , tu sais … je n'ai rien
trouvé d'autre que ce bout de tuyau … et lui … ce crétin … il l'érige , il le caline ,
il en émaille ses propos … il en a fait un dieu … n'est-ce pas désolant , Ève !? …
faire d'un pauvre raccord un dieu !?"
- Ève . Elle crispe sa main sur l'épaule divine .
- Dieu : "Quelle déception ! " . Il se cale la tête dans les mains et pleure … "J'avais
une telle ambition !" . Il sanglote … "et ce crétin se prend pour un créateur … des
lances , des canons … des automobiles … des perceuses électriques … des déca-
peurs thermiques … et j'en passe … des pierres dressées … à l'image de son sexe !!!"
- Ève . Elle se penche et chuchote à l'oreille de Dieu : " Ne pleure pas … je te ven-
gerai … j'ai une machine infernale !"


COTE 137 . 24 . BERTIN EST TOUCHÉ

    Bertin est touché . Rien de grave . Un petit éclat d'obus s'est fiché dans son
mollet gauche . Le capitaine fait appeler un médecin . Par chance , il y a un major
dans les parages .

- Le capitaine , au téléphone : "J'ai un blessé"

    Dix minutes plus tard , un major se penche sur Bertin .

- Le major , après examen : "Rien de grave , mon gars … une égratignure …" .

    Bertin cependant beugle .

- Martial : "Vous allez lui couper la jambe droite , toubib ?"
- Le major : "La jambe droite ? … c'est au mollet gauche qu'il est blessé , votre
camarade …"
- Martial : "La patte gauche , le mal est fait … la droite , on peut encore la sauver …"
- Le major : "……………..?…………….."
- Bertin : "Ta gueule , Martial ! … je souffre …"
- Martial au capitaine : "Mon capitaine , vous vous souvenez de Mangin ?"
- Le capitaine : "Dieu ait son âme !"

    Le major entreprend de couper les bandes molletières de Bertin .

- Martial au major : "Mangin a reçu un obus de 120 en pleine poire … pulvérisé ! …
on n'a rien retrouvé de Mangin , hein capitaine … volatilisé … tous ses morceaux
en sécurité … on lui fera plus jamais de mal à Mangin …"
- Le major : "……………………….."
- Martial : "C'est pourquoi je vous suggère de couper la jambe droite de Bertin …
elle est intacte … il faut la mettre de côté … ici , dans le secteur , elle est en danger ."
- Bertin : "Quel con !"
- Le major au capitaine , désignant Martial avec sa paire de ciseaux : "Capitaine ! …
cet homme est-il sérieux ? … se moque-t-il ?"
- Le capitaine : "Martial ? … il est absolument sérieux !"