Mon premier contrat fut d'abattre Nicolas S. . Je rencontrai mon commanditaire à
Bordeaux , dans l'arrière salle d'un bar à vin , le "Wine Bar" . Je ne peux évidemment
vous dévoiler son identité . Sachez qu'il se prénomme Alain , que ses initiales sont AJ
et qu'il a dans les 70 ans . Il vint à notre rendez-vous sur un vélo-patinette jaune et gris .
- "C'est un Pibal dessiné par Philippe Starck" me dit-il en le posant sur sa béquille .
"Qu'est-ce que vous prendrez ? . Pour moi" lança-t-il au garçon "comme d'habitude :
Lafite Rotschild au verre et tapas" . A moi : "Et vous ?"
- Moi : "Euh … Coca" . Je m'étais mis au Coca-Cola pour deux raisons profession-
nelles : mon nouveau job m'interdit le moindre tremblement de l'index sur la gachette
et oblige à une vision binoculaire parfaite et , deuzio , la caféine des noix de kola stimule
l'activité cérébrale .
Quand nous fûmes hors de portée d'oreille du garçon qui venait de nous servir ,
Alain J. leva son verre : "CAD (j'avais conservé mon pseudo de Roi des Belges) ,
trinquons !" et nous trinquâmes .
- AJ : "A ce que vous savez !"
- Moi : "Euh … oui … bien … mais vous pouvez préciser ?"
- AJ . Il releva ses Ray Ban Aviator Classic sur son large front de normalien et me re-
garda dans les yeux : "Il y a à droite des primaires"
- Moi . Je jetai un oeil à droite , prêt à dégainer . Deux élèves de l'école primaire Jacques
Prévert sirotaient leur Sex on the Beach : "Oui … je vous l'accorde … c'est navrant !"
- AL : "Bah ! … c'est la mode … tout le monde fait ça … à droite … à gauche …"
- Moi . A gauche , deux fillettes de CM1 agitaient les glaçons de leur Kamikaze :
"C'est un scandale !"
- AJ , rabaissant sur ses yeux ses Ray Ban : "Bien au contraire … c'est une formidable
opportunité !"
- Moi : "……….?…………"
- AJ : "… à condition de savoir s'y prendre …"
- Moi : "Dois-je les abattre ? … ils sont un peu tendres , non ?"
- Lui : "Non , non … pas tous !" . Il eut l'air un peu effrayé et s'écarta de la table .
"Non … un seul … les autres c'est moins de 10% … des enfants !"
- Moi : "……….?…………"
- AJ , relevant à nouveau ses Ray Ban et à nouveau plongeant ses yeux d'énarque dans
les miens : "Vous , c'est plutôt à droite ou à gauche ? … c'est important … je dois savoir"
- Moi . Je ne voyais pas ce que ça pouvait lui faire que je flingue de la main droite ou de
la gauche , du moment que les balles d'un 357 Magnum s'enfoncent au centre : "Je suis
ambidextre" . C'est faux , mais ça faisait bien .
- AJ . Il s'esclaffa : "Ah , ah , elle est bonne ! … CAD , vous êtes un marrant … c'est
pas si fréquent dans votre gagne-pain" . Puis , après un instant de réflexion : "Bon …
vous êtes l'homme qu'il me faut"
mercredi 23 novembre 2016
mardi 22 novembre 2016
LE ROI DES BELGES (suite) . CONFUCIUS
Rentrer dans le rang . Réintégrer le tunnel de protons que le destin m'a assigné :
un corridor exclusif dont les parois rétrécissent comme les artères coronaires d'un
hypertendu . Or , je suis - dans le volume que le hasard ou une autorité supérieure
m'a imparti - un retraité plein de vie , curieux de prédestinations insolites . Celle de
Roi des Belges , bien que consommée par mon suicide , m'a exalté et je suis volon-
taire pour en vivre d'autres . Je cochai dans l'ordre de préférence les étoiles que j'au-
rais pu suivre si on n'avait pas qu'une vie : tueur à gages , instituteur de maternelle ,
joueur de castagnettes , transsexuel MtF … etc et , en dernière position : piqueur
dans une mine de charbon car , si j'ai le goût des activités manuelles , j'aime les
pratiquer à l'air libre . Mais , provisoirement , entre deux voyages où la fiction
dépasserait la réalité , je suis assis dans mon bureau et je vérifie sur un extrait de
compte que la Caisse m'a bien versé ma pension . Je me souviens que , le temps d'un
règne bref , je fus Roi des Belges et que , si je laisse libre cours à mon inspiration ,
je pourrais accepter ce contrat : abattre Nicolas S. . Car , dit Confucius : "On a deux
vies , et la deuxième commence quand on se rend compte qu'on n'en a qu'une"
un corridor exclusif dont les parois rétrécissent comme les artères coronaires d'un
hypertendu . Or , je suis - dans le volume que le hasard ou une autorité supérieure
m'a imparti - un retraité plein de vie , curieux de prédestinations insolites . Celle de
Roi des Belges , bien que consommée par mon suicide , m'a exalté et je suis volon-
taire pour en vivre d'autres . Je cochai dans l'ordre de préférence les étoiles que j'au-
rais pu suivre si on n'avait pas qu'une vie : tueur à gages , instituteur de maternelle ,
joueur de castagnettes , transsexuel MtF … etc et , en dernière position : piqueur
dans une mine de charbon car , si j'ai le goût des activités manuelles , j'aime les
pratiquer à l'air libre . Mais , provisoirement , entre deux voyages où la fiction
dépasserait la réalité , je suis assis dans mon bureau et je vérifie sur un extrait de
compte que la Caisse m'a bien versé ma pension . Je me souviens que , le temps d'un
règne bref , je fus Roi des Belges et que , si je laisse libre cours à mon inspiration ,
je pourrais accepter ce contrat : abattre Nicolas S. . Car , dit Confucius : "On a deux
vies , et la deuxième commence quand on se rend compte qu'on n'en a qu'une"
lundi 21 novembre 2016
LE ROI DES BELGES (suite) . L'OEIL DE JUDAS
Partout , dans les salons , les escaliers , dans la Maison Militaire , dans mon propre
Cabinet et dans celui de la Reine , dans la Grande Antichambre , dans la Salle de Bal ,
dans leurs boiseries , des rayures de dents . Partout , intaillées dans les plâtres , les
faïences et les pavements , ces griffures prophétiques que , bercé de louanges , je ne
voyais pas . J'aurais dû me méfier , le Grand Chambellan usait des majuscules avec
intempérance : "Si Votre Majesté Veut Bien de Son Royal Paraphe Certifier Son Gé-
nial Décret Dit E 42" . Et comme si cette surabondance de lettres capitales n'empestait
pas assez la trahison , le Chambellan la doublait de sempiternelles courbettes : la cire
des parquets de la Grande Galerie maculait ses chausses , son pourpoint et jusqu'aux
plumes d'autruche qui empanachaient son couvre-chef (il avait adopté la coiffe des
Gilles de Binche) . A force , ses lèvres avaient pris la forme de ces majuscules cursives
que jadis (au Moyen-Age semble-t-il !) les enfants de première maternelle calligraphiaient
sur leur cahier d'écriture . "Sire , Votre Nescafé … Votre Splendeur Prendra-t-Elle une
Rawette de Lait ?" et ses plumes plongeaient vers les plinthes illuminées par les 41 lustres
de la Salle du Trône . "Je vous en prie , Monsieur le Grand Chambellan ! … assez
d'époussetage ! … Astrid passe la loque à houit heure quart" . Rien n'y faisait : la for-
faiture à l'oeuvre , voilà ce que je n'entendais pas sous les flatteries d'Eric de la Jonquille ,
comme je ne voyais pas dans l'oeil cajoleur des courtisans celui de Judas , "Altesse ,
Votre Croix Si Belle est Dressée …"
Cabinet et dans celui de la Reine , dans la Grande Antichambre , dans la Salle de Bal ,
dans leurs boiseries , des rayures de dents . Partout , intaillées dans les plâtres , les
faïences et les pavements , ces griffures prophétiques que , bercé de louanges , je ne
voyais pas . J'aurais dû me méfier , le Grand Chambellan usait des majuscules avec
intempérance : "Si Votre Majesté Veut Bien de Son Royal Paraphe Certifier Son Gé-
nial Décret Dit E 42" . Et comme si cette surabondance de lettres capitales n'empestait
pas assez la trahison , le Chambellan la doublait de sempiternelles courbettes : la cire
des parquets de la Grande Galerie maculait ses chausses , son pourpoint et jusqu'aux
plumes d'autruche qui empanachaient son couvre-chef (il avait adopté la coiffe des
Gilles de Binche) . A force , ses lèvres avaient pris la forme de ces majuscules cursives
que jadis (au Moyen-Age semble-t-il !) les enfants de première maternelle calligraphiaient
sur leur cahier d'écriture . "Sire , Votre Nescafé … Votre Splendeur Prendra-t-Elle une
Rawette de Lait ?" et ses plumes plongeaient vers les plinthes illuminées par les 41 lustres
de la Salle du Trône . "Je vous en prie , Monsieur le Grand Chambellan ! … assez
d'époussetage ! … Astrid passe la loque à houit heure quart" . Rien n'y faisait : la for-
faiture à l'oeuvre , voilà ce que je n'entendais pas sous les flatteries d'Eric de la Jonquille ,
comme je ne voyais pas dans l'oeil cajoleur des courtisans celui de Judas , "Altesse ,
Votre Croix Si Belle est Dressée …"
dimanche 20 novembre 2016
L'ÉTÉ , C'EST FINI
Enroulons nos fantômes
Aux épis d'un morne pays .
Apaisons nos sens ,
Tirons sur nos visages le drap de l'hiver ,
Sous les chaumes , brûlons nos humeurs
Car la moisson est faite ...
Aux épis d'un morne pays .
Apaisons nos sens ,
Tirons sur nos visages le drap de l'hiver ,
Sous les chaumes , brûlons nos humeurs
Car la moisson est faite ...
samedi 19 novembre 2016
L'ABBÉ TONIÈRES 16 . CROIRE OU NE PAS CROIRE , IL FAUT CHOISIR
- Le gendarme : "Gendarmerie nationale"
- L'abbé : "Encore vous !? … deux fois dans la même semaine !"
- Le gendarme : "Papiers du véhicule … permis de conduire , Monsieur"
- L'abbé . Il corrige et insiste : "MONSIEUR L'ABBÉ , mon fils … crois-tu que je
m'encombre de ce genre de papiers ?"
- Le gendarme : "………?……"
- L'abbé . Il explique : "Cette voiture n'est pas à moi . Je n'ai pas les moyens de me
payer une Ferrari de ce modèle … F430 Spider … 490 CV … moteur V8 à 90° …
une merveille ! …" . Il tape du plat de la main sur le volant gainé de peau de serpent .
"Et j'ai fait voeu de pauvreté … vois l'immatriculation … elle est immatriculée au
Vatican , mon fils … elle appartient à la Banca Di Vaticano … et la Banca Di Vati-
cano la loue au Conclave des Cardinaux sous forme de crédit-bail … pourquoi veux-
tu que j'aie dans ma soutane les papiers d'un véhicule qui m'appartient si peu ?"
- Le gendarme : "Permis de conduire ?"
- L'abbé : "Il est chez toi … un de tes frères me l'a confisqué la semaine dernière !"
- Le gendarme : "232 km/h aujourd'hui !"
- L'abbé : "Record battu !" . Il se signe .
- Le gendarme : "Veuillez me suivre dans le fourgon"
- L'abbé : "Pas question , mon fils ! … j'ai une messe dans un quart d'heure à
Genève ! … crois-tu en Dieu ?"
- Le gendarme : "Non , Monsieur"
- L'abbé : "Tu remontes dans mon estime , mon fils"
- L'abbé : "Encore vous !? … deux fois dans la même semaine !"
- Le gendarme : "Papiers du véhicule … permis de conduire , Monsieur"
- L'abbé . Il corrige et insiste : "MONSIEUR L'ABBÉ , mon fils … crois-tu que je
m'encombre de ce genre de papiers ?"
- Le gendarme : "………?……"
- L'abbé . Il explique : "Cette voiture n'est pas à moi . Je n'ai pas les moyens de me
payer une Ferrari de ce modèle … F430 Spider … 490 CV … moteur V8 à 90° …
une merveille ! …" . Il tape du plat de la main sur le volant gainé de peau de serpent .
"Et j'ai fait voeu de pauvreté … vois l'immatriculation … elle est immatriculée au
Vatican , mon fils … elle appartient à la Banca Di Vaticano … et la Banca Di Vati-
cano la loue au Conclave des Cardinaux sous forme de crédit-bail … pourquoi veux-
tu que j'aie dans ma soutane les papiers d'un véhicule qui m'appartient si peu ?"
- Le gendarme : "Permis de conduire ?"
- L'abbé : "Il est chez toi … un de tes frères me l'a confisqué la semaine dernière !"
- Le gendarme : "232 km/h aujourd'hui !"
- L'abbé : "Record battu !" . Il se signe .
- Le gendarme : "Veuillez me suivre dans le fourgon"
- L'abbé : "Pas question , mon fils ! … j'ai une messe dans un quart d'heure à
Genève ! … crois-tu en Dieu ?"
- Le gendarme : "Non , Monsieur"
- L'abbé : "Tu remontes dans mon estime , mon fils"
KRANT 73 . LE GRAND VOYAGE
Le Kritik ne fut pas démantelé à Koenigsberg . Les armateurs , sans le savoir
puisqu'il était question dans cette affaire de finances , nous épargnèrent un long
tourment car nous , matelots et officiers , nous serions rendus chaque jour sur la
cale de Baltijsk pour tenir la main d'un mourant dont les bords , grignotés par les
chalumeaux découpeurs , seraient déposés un à un au fond du bassin . Et ce qu'on
réduirait en un tas de ferraille , c'était notre vie .
Au lieu de cela , nous eûmes droit à un ébranlement de l'âme quand le Kritik
s'arracha du quai principal de Koenigsberg devant une foule nombreuse . Le Kritik
quittait son port d'attache pour toujours vers une destination que nous ne voulions
pas connaître - un port espagnol disait la rumeur que ni le timonier qui était du voyage
ni Krant ne confirmèrent jamais - où il serait détruit . Le Kritik passa entre les deux
môles et le son grave de sa corne de brume qu'indifférents nous avions si souvent
entendu nous serra la gorge comme un filin d'acier . Cher vieux Kritik ! . La veille ,
le timonier m'avait dit avec cette voix étranglée qu'il avait à la mort de Hume :
"Chef ! … demain je conduis cette saleté de vapeur au cimetière !" . Le Kritik
s'éloigna et sa coque était frangée de lames noires comme un catafalque . Bientôt ,
il ne fut qu'un fin trait à l'ouest , dans la clarté jaunâtre du crépuscule puis on ne vit
plus que la fumée qu'exhalaient ses chaudières où , pendant trente ans , j'avais sué
sang et eau . "Par les clous du Christ !" , et je crachai sept fois dans l'eau du port .
Krant était là . "Chef … qu'est-ce que c'était que le Kritik ?" . (Difficile de traduire
en français , il employa un prétérit letton où s'exprime - avec plus de cruauté qu'en
aucune autre langue - la corruption du temps) … ": Un ensemble de tôles …"
puisqu'il était question dans cette affaire de finances , nous épargnèrent un long
tourment car nous , matelots et officiers , nous serions rendus chaque jour sur la
cale de Baltijsk pour tenir la main d'un mourant dont les bords , grignotés par les
chalumeaux découpeurs , seraient déposés un à un au fond du bassin . Et ce qu'on
réduirait en un tas de ferraille , c'était notre vie .
Au lieu de cela , nous eûmes droit à un ébranlement de l'âme quand le Kritik
s'arracha du quai principal de Koenigsberg devant une foule nombreuse . Le Kritik
quittait son port d'attache pour toujours vers une destination que nous ne voulions
pas connaître - un port espagnol disait la rumeur que ni le timonier qui était du voyage
ni Krant ne confirmèrent jamais - où il serait détruit . Le Kritik passa entre les deux
môles et le son grave de sa corne de brume qu'indifférents nous avions si souvent
entendu nous serra la gorge comme un filin d'acier . Cher vieux Kritik ! . La veille ,
le timonier m'avait dit avec cette voix étranglée qu'il avait à la mort de Hume :
"Chef ! … demain je conduis cette saleté de vapeur au cimetière !" . Le Kritik
s'éloigna et sa coque était frangée de lames noires comme un catafalque . Bientôt ,
il ne fut qu'un fin trait à l'ouest , dans la clarté jaunâtre du crépuscule puis on ne vit
plus que la fumée qu'exhalaient ses chaudières où , pendant trente ans , j'avais sué
sang et eau . "Par les clous du Christ !" , et je crachai sept fois dans l'eau du port .
Krant était là . "Chef … qu'est-ce que c'était que le Kritik ?" . (Difficile de traduire
en français , il employa un prétérit letton où s'exprime - avec plus de cruauté qu'en
aucune autre langue - la corruption du temps) … ": Un ensemble de tôles …"
mardi 1 novembre 2016
L'ABBÉ TONIÈRES 15 . ENZO
L'abbé a garé sa voiture sur le parvis de l'église Maria Dolorosa . Il la lave à grande
eau . Elle rutile . Jeanne-Marie astique les chromes .
- L'abbé : "Mon Dieu , quelle belle journée !" . Il se signe . Le soleil a passé la crête des
Apennins et inonde la plaine d'Ombrie , englobant dans son rayonnement la nouvelle
Ferrari de l'abbé .
- L'abbé : "Quelle belle automobile !" . Il se signe puis replonge son éponge dans le seau
d'eau mousseuse .
- L'abbé à Jeanne-Marie : "Jeanne-Marie … qui a créé cette automobile ? … à votre
avis …"
- J-M . Elle est accroupie près des quatre pots d'échappement : "Le Bon Dieu ,
mon Père ?"
- L'abbé . Il soupire en retroussant les manches de sa soutane : "C'est idiot ce que vous
dites … Dieu aurait-il créé une bagnole ?" . Il hausse les épaules . "Vous n'êtes pas sans
savoir , Jeanne-Marie , que l'automobile esquinte la Création … et celle-ci plus qu'une
autre ! …"
- J-M : "………………."
- L'abbé . Il asperge de mousse le vaste pare-brise : "Vous imaginez le Bon Dieu sur une
chaîne d'assemblage ? … réfléchissez , Jeanne-Marie , avant de dire des conneries ! …"
- J-M : "………………."
- L'abbé : "Dieu a créé Enzo Ferrari !"
- J-M : "………………."
- L'abbé : "Vous ne dites rien ?"
- J-M : "Je réfléchis"
- L'abbé : "……….?………"
- J-M : "Je pensais que c'était une histoire de sperme et d'ovule"
- L'abbé . Il jette l'éponge : "Ah ! … enfin un bon point , Jeanne-Marie ! …"
eau . Elle rutile . Jeanne-Marie astique les chromes .
- L'abbé : "Mon Dieu , quelle belle journée !" . Il se signe . Le soleil a passé la crête des
Apennins et inonde la plaine d'Ombrie , englobant dans son rayonnement la nouvelle
Ferrari de l'abbé .
- L'abbé : "Quelle belle automobile !" . Il se signe puis replonge son éponge dans le seau
d'eau mousseuse .
- L'abbé à Jeanne-Marie : "Jeanne-Marie … qui a créé cette automobile ? … à votre
avis …"
- J-M . Elle est accroupie près des quatre pots d'échappement : "Le Bon Dieu ,
mon Père ?"
- L'abbé . Il soupire en retroussant les manches de sa soutane : "C'est idiot ce que vous
dites … Dieu aurait-il créé une bagnole ?" . Il hausse les épaules . "Vous n'êtes pas sans
savoir , Jeanne-Marie , que l'automobile esquinte la Création … et celle-ci plus qu'une
autre ! …"
- J-M : "………………."
- L'abbé . Il asperge de mousse le vaste pare-brise : "Vous imaginez le Bon Dieu sur une
chaîne d'assemblage ? … réfléchissez , Jeanne-Marie , avant de dire des conneries ! …"
- J-M : "………………."
- L'abbé : "Dieu a créé Enzo Ferrari !"
- J-M : "………………."
- L'abbé : "Vous ne dites rien ?"
- J-M : "Je réfléchis"
- L'abbé : "……….?………"
- J-M : "Je pensais que c'était une histoire de sperme et d'ovule"
- L'abbé . Il jette l'éponge : "Ah ! … enfin un bon point , Jeanne-Marie ! …"
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