dimanche 18 décembre 2016

LE PARDON EN DIX LEÇONS . FOURTH LESSON

    J'ai mal dormi . Ainsi le Duc ne sera pas puni ; je lui accorderai mon pardon .
Or , le mal qu'il m'a fait , il l'a fait . "Le mal est fait" est-il dit à la forme impersonnelle ,
spécifiant que nul n'y peut revenir , ni l'offenseur , ni l'offensé , ni quiconque . Comme
va le temps , on ne revient pas sur une offense . Et je devrai me contenter de ce constat :
les conséquences des propos du Duc sont irréparables , je suis la risée de la Cour ! …
Moi , Bishop of Canterbury et lui moins encore n'avons en notre pouvoir de réparer .
Comme si ça n'était pas assez , en pardonnant je serai le malheureux créancier de l'affaire
et le Duc un débiteur impécunieux . Je serai doublement victime : offensé et spolié !
Donc obligé à un double pardon : remettre un affront et enregistrer une dette irrécouvrable !

    Seigneur Jésus , viens à mon secours ! ...

samedi 17 décembre 2016

L'ACCORD DU PARTICIPE PASSÉ EMPLOYÉ AVEC L'AUXILIAIRE AVOIR

- Exemple : "Berthe a pêché dans son filet au moins une livre de crevettes"

Pêché … "é" … (hé-hé !) car , bien que Berthe soit une fille et que le complément d'objet
direct (CDD … à ne pas confondre avec "contrat à durée …) qu'elle a pêché soit du genre
féminin : UNE livre , il n'y a pas ici d'accord parce que la livre de crevettes est placée
APRÈS la forme verbale ! … Ç'aurait été UN kilo de crevettes , (ou DEUX kilos ou UNE
tonne !) c'aurait été pareil : "é" .

- Exemple : "La livre de crevettes que Berthe a pêchée frétille dans le filet"

Ça s'complique ! : La livre de crevettes , non seulement frétille dans le filet de Berthe ,
mais elle précède maintenant la forme verbale sans perdre pour autant sa fonction de CDD !
Ben dis donc ! … l'accord du PP se fait donc en genre … "ée" … pas parce que Berthe
est UNE fille mais parce que Berthe a pêché UNE livre de crevettes ! (et pas UN kilo ou
UN quintal … dans ce cas , ç'aurait été "é" , non pas parce qu'il n'y aurait pas eu d'accord
mais parce que kilo et quintal sont des garçons ! … est-ce clair ? … et l'accord se fait aussi
en nombre ! … (c'est dingue !) : si Berthe avait trouvé dans son filet UNE tongue ou UNE
bouteille de Coca-Cola , c'aurait été "ée" , mais si elle avait trouvé les DEUX et quoiqu'une
tongue et une bouteille de Coca-Cola ne fussent en mesure de frétiller , c'aurait été "ées" !
… et , cas fort improbable où Berthe eut pêché UN flacon d'ambre solaire , UNE tongue et
UNE bouteille de Coca-Cola , c'eut été "és" !?? … ben oui : autre loi , aussi immémoriale
que naturelle, le masculin l'emporte sur le féminin .

- Demain : l'emploi des auxiliaires composés dans les formes pronominales intransitives
réfléchies .

LE PARDON EN DIX LEÇONS . THIRD LESSON

    Les propos du Duc forment-ils une offense ? . Qualifier la personne du Bishop of
Canterbury de grosse et flasque , et pesant de la sorte si peu qu'elle décrit autour des
femmes - au sens de la nouvelle cosmologie - une orbite si lointaine frôlant les tapis-
series de la salle de bal , ne contrevient pas à la vérité . Car enfin , je suis gros et flasque
et n'ai eu , malgré mes hautes fonctions , aucun succès féminin . La question est donc :
la vérité peut-elle faire office d'offense ? … ou , pour le dire autrement : toute vérité
est-elle bonne à dire ? . Si tel n'est pas le cas , c'est qu'il y a des vérités qui doivent
être tues et si des vérités qui doivent être tues sont dites , qui les dit déroge au devoir .
Le Duc avait-il manqué aux obligations de sa charge ? … certes oui ! . On imagine
mal qu'au cours d'une party , le Duc de Worcester raille son Archevêque conformément
à ses responsabilités . Le Duc avait sans nul doute failli ! . Cependant , faute et offense
sont-elles parfaitement adéquates ? . La réponse à cette délicate interrogation est peut-
être le socle sur lequel reposera mon pardon ...

jeudi 15 décembre 2016

KRANT 77 . LES CONJONCTIONS CONSTANTE

- "Chef !"

    C'est le timonier . Je vois sa tête hirsute par l'écoutille .

- "As-tu vu Hume ?"
- Moi : "Il n'est pas aux machines"
- Lui : "Où est donc cette sale bête ? . Ça fait bien deux jours qu'il a disparu"
- Moi : "Tu es inquiet , Timonier ?"
- Lui : "Moi ? … me faire du souci pour ce sac de corned-beef !"
- Moi : "Tu le nourris trop … il est repu … il dort quelque part , dans les entrailles de
ce rafiot …"
- Lui : "Deux jours ! … quand même ! … sans rien dire à personne ! … il sera tombé
à l'eau , crénom !"
- Moi : "Hume !? … tomber à l'eau !? … le plus marin des chats ! …"
- Lui : "Sacrebleu , Chef ! … j'en connais des marins , et des meilleurs que toi , qui font
pitance aux petits poissons ! ……………. Si tu trouves ce sacripant , amène-le moi par
la peau du cou ! …"
- Moi : "Je te l'amènerai , pattes liées …"

    La tête du timonier disparaît de l'écoutille . Je l'entends encore : "Par les clous du Christ ,
Hume … où es-tu fourré ?"

    Puis la voix lointaine de Krant , sur le pont supérieur :

- "Timonier , vous cherchez Hume ? … ne cherchez plus … il est dans ma cabine sur le
meilleur coussin … depuis deux jours … il dort … c'est sa manière de réfléchir … il ex-
plore les "conjonctions constantes" … la notion d'habitude , si vous voulez …"

mercredi 14 décembre 2016

LE PARDON EN DIX LEÇONS . SECOND LESSON

    Moi , Bishop of Canterbury , je dois pardonner au Duc . Mais comment
le ferais-je ? . Croira-t-il qu'avec le temps j'ai oublié son offense ? Et ne serait-ce
pas l'offenser à son tour que de réduire à si peu de chose qu'on l'a oubliée , la
force de son affront ? . La clémence a une odeur de mépris . En passant ses paroles
blessantes aux profits et pertes , c'est comme si je lui en adressais d'autres et est-ce
cela qu'on appelle pardon ? … Ou mon pardon consistera-t-il à excuser le Duc ?
Était-il dans son assiette le jour où il proféra ses infectes paroles ? . N'avait-il pas
abusé du cognac ? … Mais en décidant unilatéralement que le Duc n'a pas voulu
dire ce qu'il a dit , que donc il n'y a pas faute et , par ricochet , qu'il n'y a pas motif
à pardon , comment pourrais-je pardonner ? . Et si je faisais dire au Duc que je
reconnais son offense et la profonde blessure qu'il m'infligea , que la plaie est
ouverte et qu'il y a peu de chance qu'elle se referme , mais que néanmoins , pour
la bonne marche du Royaume , il convient que je fasse comme si j'avais oublié ,
ceci pourra-t-il passer sous la plume des chroniqueurs futurs pour un pardon ?

mardi 13 décembre 2016

LE PARDON EN DIX LEÇONS . FIRST LESSON

    Invités l'un et l'autre au bal de l'Amirauté , le Duc de Worcester et
le Bishop of Canterbury évoquent les trouvailles de Monsieur Newton .
Le Duc , légèrement ivre (il a abusé du cognac) , compare le Bishop ,
homme gros et flasque , à une planète de faible masse orbitant pour ces
raisons au ras des tapisseries , loin des dames les plus attirantes de la Cour .
C'est la risée . Le Bishop quitte le bal …

    S'ensuit , dans le clair-obscur de la cathédrale , une épuisante ratiocination .


                                                                   (à suivre)

lundi 12 décembre 2016

SABLES MOUVANTS

    J'allais , à une époque de ma vie , de fêtes en fêtes … Jamais assez d'alcool ,
de tournoiements et d'ivresse … une toupie dans le monde .

    Puis des sables ont accumulé leur apesanteur dans des recoins , d'abord en
minces rides superposées si légères qu'invisibles , assurant avec une patience
géologique des positions discrètes en des lieux d'apparence anodine . L'eau
aussi est montée . Certains ont fui mais moi , je ne voyais rien . Je buvais , je
riais , je contais des anecdotes croustillantes , je couchais énormément . La vis-
cosité ambiante augmentait , la nature de la zone changeait . Mes gestes deve-
naient plus lents , ma langue plus molle et j'ai compris qu'il se passait quelque
chose . J'ai agité le fluide pour me dégager mis l'effet était inverse : au lieu
d'émerger , je m'enfonçais . J'aurais dû faire des gestes lents , réduire mes
consommations de tout genre , parler moins , lâcher les dames … C'était trop
tard . Je me suis débattu à coups de discours sans queue ni tête , de bourbon ,
de voitures rapides et de filles de plus en plus faciles . Chacun de mes mouve-
mente m'entraînait vers le fond et quand la part sableuse de mes turpitudes eut
atteint 80% , j'étais pris dans le ciment .