- Krant : "Messieurs , n'est-ce pas admirable ?"
La mer autour de nous était grise et , aussi loin que portait le regard , elle l'était
encore , frangée de blanc , et elle emportait des nuages , énormes baleines aériennes ,
vers le Détroit de Bass que nous avions franchi une heure plus tôt , entre l'Île King et
le Cap Wilson . La pluie se mit à cingler nos cirés ; ses gouttes avaient la taille et le
poids de clous de charpentier .
- Le quartier-maître : "Tudieu , capitaine ! … cette mer affreuse , vous la trouvez belle !?"
- Krant se tournant vers moi : "Qu'en pensez-vous , chef ?"
- Moi : "Capitaine , cette mer est admirable comme est admirable un dieu terrible !"
Un coup de vent chargé d'eau arracha de ma bouche la moitié de la phrase .
- Krant se penchant : "Que dites-vous , chef ?"
- Moi . Je criais . De la neige fondue perlait dans les sourcils froncés du capitaine :
"Je dis , capitaine … je dis … je dis que cette mer est … c'est un dieu terrible ! …"
- Krant m'approuvant : "Terrible et admirable en effet !" … puis , profitant d'un calme
passager : "Le quartier-maître n'est pas de cet avis … c'est pourtant le même paysage , là" …
et il montrait avec sa pipe éteinte l'infini clapot gris . "Le même paysage entre par nos
yeux et nous le triturons chacun à notre manière … cela ne pose-t-il pas question , chef ?"
Quelle question ? . Je me le demande encore ...
dimanche 22 janvier 2017
samedi 21 janvier 2017
TROIS MOUCHES 75 . MATERNITÉ
Je ne porte plus ma croix . C'est elle qui m'enlève , glorieux et sanglant ,
au milieu des miens . Berthe est à mes pieds avec notre enfant ; trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnent contre nos chapeaux de paille .
Berthe porta son enfant dans la paille . Elle m'avait enlevé les miens et leurs
pieds sanglants bourdonnaient sur la croix au milieu des mouches .
Gloire et merveille !
Glorieuse croix qu'un enfant que l'on porte !
Berthe était à mes pieds avec le sien ; elle avait enlevé son chapeau où bour-
donnaient trois mouches sanglantes .
au milieu des miens . Berthe est à mes pieds avec notre enfant ; trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnent contre nos chapeaux de paille .
Berthe porta son enfant dans la paille . Elle m'avait enlevé les miens et leurs
pieds sanglants bourdonnaient sur la croix au milieu des mouches .
Gloire et merveille !
Glorieuse croix qu'un enfant que l'on porte !
Berthe était à mes pieds avec le sien ; elle avait enlevé son chapeau où bour-
donnaient trois mouches sanglantes .
vendredi 20 janvier 2017
COTE 137 . 71 . BEL AUBÉPIN … (Pierre de Ronsard)
Jour de pluie ; il n'y en a pas d'autres dans ce coin de terre . Était-ce l'automne ,
était-ce au printemps ? . Il pleuvait . Nous attaquions la cote 137 baïonnette au canon .
C'était un matin . La préparation de l'artillerie - la nôtre - avait occupé une bonne heure
de l'aube . Je pataugeai derrière le capitaine puis tombai à plat ventre dans la boue
devant les chevaux de frise de ces cochons d'en face . On les avait écrabouillé avant-hier ,
on avait remis ça hier et encore aujourd'hui et leurs barbelés avaient un air neuf , comme
tout juste livrés par un quincailler . Comme je saisissais ma pince , je vis que mon voisin ,
pareillement enfoncé dans le bourbier sous la mitraille et les tirs de mortier , tenait avec
délicatesse entre le pouce et l'index une pointe de cet horrible fil . Il la regardait d'un oeil
fixe , la bouche bée . Il était immobile et la boue maculait son visage ; je crus qu'il était
mort jusqu'à ce qu'il me frappe l'épaule tandis que je m'escrimais à couper cette saloperie
de ronce . C'était Martial .
- Moi . Je hurlai : "Qu'est-ce que tu fous , Martial !? … coupe avant qu'ils nous cisaillent !
Nom de Dieu , Martial !!"
- Lui , me recouvrant pratiquement et beuglant à mon oreille : "Tu as vu ces pointes ? …
regarde-les ! …"
- Moi : "Coupe , Martial ! … coupe ! …"
- Lui : "C'est merveilleux !"
- Moi : "………….?…………."
- Lui : "On dirait de l'aubépine !"
était-ce au printemps ? . Il pleuvait . Nous attaquions la cote 137 baïonnette au canon .
C'était un matin . La préparation de l'artillerie - la nôtre - avait occupé une bonne heure
de l'aube . Je pataugeai derrière le capitaine puis tombai à plat ventre dans la boue
devant les chevaux de frise de ces cochons d'en face . On les avait écrabouillé avant-hier ,
on avait remis ça hier et encore aujourd'hui et leurs barbelés avaient un air neuf , comme
tout juste livrés par un quincailler . Comme je saisissais ma pince , je vis que mon voisin ,
pareillement enfoncé dans le bourbier sous la mitraille et les tirs de mortier , tenait avec
délicatesse entre le pouce et l'index une pointe de cet horrible fil . Il la regardait d'un oeil
fixe , la bouche bée . Il était immobile et la boue maculait son visage ; je crus qu'il était
mort jusqu'à ce qu'il me frappe l'épaule tandis que je m'escrimais à couper cette saloperie
de ronce . C'était Martial .
- Moi . Je hurlai : "Qu'est-ce que tu fous , Martial !? … coupe avant qu'ils nous cisaillent !
Nom de Dieu , Martial !!"
- Lui , me recouvrant pratiquement et beuglant à mon oreille : "Tu as vu ces pointes ? …
regarde-les ! …"
- Moi : "Coupe , Martial ! … coupe ! …"
- Lui : "C'est merveilleux !"
- Moi : "………….?…………."
- Lui : "On dirait de l'aubépine !"
jeudi 19 janvier 2017
NOIR EST-CE NOIR , Y A-T-IL DE L'ESPOIR ? (JH)
Sous ta nuque , par endroits sur ton corps
Enfouis dans les draps
Les jeux éblouis de l'enfance .
Dans le coin de tes paupières aussi .
Mais ailleurs ,
C'est la nuit qui noircit .
Enfouis dans les draps
Les jeux éblouis de l'enfance .
Dans le coin de tes paupières aussi .
Mais ailleurs ,
C'est la nuit qui noircit .
mercredi 18 janvier 2017
PARADIS 68 . AQUARELLE
Dieu a installé son chevalet au bord d'un chemin de l'Eden . L'aquarelle est son
hobby . Foin de la Création et de ses tracas ! . C'est le 7e jour . Week-end . Repos .
Au moment où Dieu pose ses lavis d'un geste large , sa feuille - papier Canson à grain
satiné - frémit : dans le ciel bleu azur s'élance une nuée d'anges … quelle beauté ! .
Six jours d'angoisse , de fatigue , la lumière , les eaux , les plantes herbacées , les mises
au point , mais le résultat est là , non ?
Passe Adam . Il porte serpe et sécateur car aujourd'hui il doit tailler sa vigne .
- Adam : "Qu'est-ce que tu fais ?"
- Dieu , surpris : "Adam ! … je te croyais mort … aucune nouvelle … tu ne m'as donné
aucune nouvelle … comme si je n'existais plus" . Dieu pose sur le papier une petite touche
de vert .
- Adam : "……………….."
- Dieu : "Qu'est-ce que je fais ? … tu le vois : je peins"
- Adam . Il s'approche . Il est debout derrière Dieu et suit des yeux le déplacement du pin-
ceau : "C'est quoi ?"
- Dieu , englobant d'un mouvement du bras sa Création : "C'est ça"
- Adam : "……..?……….."
- Dieu : "… ma Création …"
- Adam . Il réfléchit puis livre le résultat de sa délibération : "Ça sert à rien !"
- Dieu : "Tu as raison : ça sert à rien"
- Adam : "Alors , pourquoi tu le fais ?"
- Dieu : "Parce que ça sert à rien"
- Adam : "……?……….."
- Dieu : "Toi , bien entendu , tu ne fais que des choses qui servent à quelque chose"
- Adam . Confronté à la Nécessité , il hausse les épaules : "Bien obligé ! … faut que je
gagne mon pain"
- Dieu , effleurant du pinceau le godet jaune de cadmium : "… à la sueur de ton front …"
- Adam , devant l'Évidence : "Ouais"
- Dieu , tenant dans la main droite le pinceau et dans la gauche sa palette , se tourne vers
Adam : "Je t'avais prévenu … pas touche à l'arbre de la Connaissance … mais tu voulais
savoir … maintenant , tu sais …"
- Adam : "Y'a pas d'soucis"
- Dieu . Nuance d'outremer , là : "Et tu vas où comme ça ? … en plein week-end …"
- Adam : "Tailler ma vigne"
- Dieu : "Tailler ta vigne !? … ça sert à rien ! … les raisins n'ont pas besoin de toi pour
pousser !"
hobby . Foin de la Création et de ses tracas ! . C'est le 7e jour . Week-end . Repos .
Au moment où Dieu pose ses lavis d'un geste large , sa feuille - papier Canson à grain
satiné - frémit : dans le ciel bleu azur s'élance une nuée d'anges … quelle beauté ! .
Six jours d'angoisse , de fatigue , la lumière , les eaux , les plantes herbacées , les mises
au point , mais le résultat est là , non ?
Passe Adam . Il porte serpe et sécateur car aujourd'hui il doit tailler sa vigne .
- Adam : "Qu'est-ce que tu fais ?"
- Dieu , surpris : "Adam ! … je te croyais mort … aucune nouvelle … tu ne m'as donné
aucune nouvelle … comme si je n'existais plus" . Dieu pose sur le papier une petite touche
de vert .
- Adam : "……………….."
- Dieu : "Qu'est-ce que je fais ? … tu le vois : je peins"
- Adam . Il s'approche . Il est debout derrière Dieu et suit des yeux le déplacement du pin-
ceau : "C'est quoi ?"
- Dieu , englobant d'un mouvement du bras sa Création : "C'est ça"
- Adam : "……..?……….."
- Dieu : "… ma Création …"
- Adam . Il réfléchit puis livre le résultat de sa délibération : "Ça sert à rien !"
- Dieu : "Tu as raison : ça sert à rien"
- Adam : "Alors , pourquoi tu le fais ?"
- Dieu : "Parce que ça sert à rien"
- Adam : "……?……….."
- Dieu : "Toi , bien entendu , tu ne fais que des choses qui servent à quelque chose"
- Adam . Confronté à la Nécessité , il hausse les épaules : "Bien obligé ! … faut que je
gagne mon pain"
- Dieu , effleurant du pinceau le godet jaune de cadmium : "… à la sueur de ton front …"
- Adam , devant l'Évidence : "Ouais"
- Dieu , tenant dans la main droite le pinceau et dans la gauche sa palette , se tourne vers
Adam : "Je t'avais prévenu … pas touche à l'arbre de la Connaissance … mais tu voulais
savoir … maintenant , tu sais …"
- Adam : "Y'a pas d'soucis"
- Dieu . Nuance d'outremer , là : "Et tu vas où comme ça ? … en plein week-end …"
- Adam : "Tailler ma vigne"
- Dieu : "Tailler ta vigne !? … ça sert à rien ! … les raisins n'ont pas besoin de toi pour
pousser !"
DESMOND 61 . BULLEIT BOURBON
Je gravis les marches du Grand Escalier au moment où le Président les descend .
Il est sorti en bras de chemise de la State Dining Room où il déjeune avec Brejnev ,
Kossyguyne et Gromiko . Les Accords Salt sont l'affaire du jour . Henry K. est le
cinquième convive . Le Président n'est pas dans son assiette . Il titube et s'accroche
à la rampe .
- Lui : "Desmond ! … Desmond … aidez-moi … je ne me sens pas bien"
- Moi : "Oh , Monsieur le Président !" … Il passe son bras autour de mes épaules .
Son haleine sent l'alcool à brûler . Sous son poids , je manque de m'affaler .
- Lui : "Ça tourne … je dois m'asseoir"
- Moi . Je l'aide à s'asseoir sur une marche : "Euh … voulez-vous un verre d'eau ? …
dois-je appeler quelqu'un ? … le Service de Sécurité ?"
- Lui , très pâle : "Non , non … pfffff … ils m'ont eu … vous les entendez ?" . En effet ,
la State Dining Room résonne de tintements de verres et d'éclats de voix soviétiques .
- Lui : "26 toasts ! … je les ai comptés … vashe zdorovié … vashe zdorovié ! … je
n'en peux plus ! …"
- Moi . Je me surprends , comme un geste de premier secours , à desserrer la cravate
du Président .
- Lui : "Henry commence à dire des conneries …"
- Moi : "………………"
- Lui : "Ils ont apporté leurs bouteilles … vous comprenez … de la Balkan 176 …
vodka Balkan … de la 176 … 88° …"
- Moi : "88° !!?"
- Lui . Des gouttes de sueur perlent sur son front et l'une suit l'arête de son nez . Il est
maintenant livide : "Pffffff … vous … vous avez bien entendu , Desmond … Desmond ,
mon cher Desmond … 88°! …"
- Moi . Je me suis assis à côté du Président , sur la même marche : "Qu'est-ce que je peux
faire , Monsieur le Président ?"
- Lui : "Un scotch … apportez-moi un scotch … du bon … dans le bar du Bureau Ovale ,
il y a un Bulleit Bourbon 45° …"
- Moi : "Monsieur le Président … peut-être qu'un verre d'eau ferait …"
- Lui : "Un Bulleit … ça me paraîtra de l'eau , Desmond … pour l'amour du ciel !" . Ses
yeux se révulsent . Il va tomber dans les pommes .
- Moi : "Tout de suite , Monsieur le Président … Bulleit Bourbon ?"
- Lui . Il confirme d'un hochement de tête : "Dans le bar … Bulleit Bourbon … faites vite !"
- Moi . Je dégringole l'Escalier et je reviens dare-dare avec un verre et la bouteille de
bourbon . Je remplis le verre . Il le vide d'un trait , secoue la tête comme un cheval qui
s'ébroue , expire avec force , me tend à nouveau son verre qu'à nouveau je remplis et
qu'il liquide aussi sec .
- Lui : "Ah … ça va mieux … donnez-moi la bouteille" . Il se relève et remonte l'Escalier .
Son pan de chemise est sorti du pantalon .
- Moi : "Monsieur le Président , votre chemise !" . Mais il ne m'écoute pas .
- Lui , offensif et brandissant la bouteille : "Merci pour votre aide , Desmond ! …
les Accords Salt … je vais les atomiser ces buveurs de vodka !" et il disparaît , pourchassé
par le pan de sa chemise ...
Il est sorti en bras de chemise de la State Dining Room où il déjeune avec Brejnev ,
Kossyguyne et Gromiko . Les Accords Salt sont l'affaire du jour . Henry K. est le
cinquième convive . Le Président n'est pas dans son assiette . Il titube et s'accroche
à la rampe .
- Lui : "Desmond ! … Desmond … aidez-moi … je ne me sens pas bien"
- Moi : "Oh , Monsieur le Président !" … Il passe son bras autour de mes épaules .
Son haleine sent l'alcool à brûler . Sous son poids , je manque de m'affaler .
- Lui : "Ça tourne … je dois m'asseoir"
- Moi . Je l'aide à s'asseoir sur une marche : "Euh … voulez-vous un verre d'eau ? …
dois-je appeler quelqu'un ? … le Service de Sécurité ?"
- Lui , très pâle : "Non , non … pfffff … ils m'ont eu … vous les entendez ?" . En effet ,
la State Dining Room résonne de tintements de verres et d'éclats de voix soviétiques .
- Lui : "26 toasts ! … je les ai comptés … vashe zdorovié … vashe zdorovié ! … je
n'en peux plus ! …"
- Moi . Je me surprends , comme un geste de premier secours , à desserrer la cravate
du Président .
- Lui : "Henry commence à dire des conneries …"
- Moi : "………………"
- Lui : "Ils ont apporté leurs bouteilles … vous comprenez … de la Balkan 176 …
vodka Balkan … de la 176 … 88° …"
- Moi : "88° !!?"
- Lui . Des gouttes de sueur perlent sur son front et l'une suit l'arête de son nez . Il est
maintenant livide : "Pffffff … vous … vous avez bien entendu , Desmond … Desmond ,
mon cher Desmond … 88°! …"
- Moi . Je me suis assis à côté du Président , sur la même marche : "Qu'est-ce que je peux
faire , Monsieur le Président ?"
- Lui : "Un scotch … apportez-moi un scotch … du bon … dans le bar du Bureau Ovale ,
il y a un Bulleit Bourbon 45° …"
- Moi : "Monsieur le Président … peut-être qu'un verre d'eau ferait …"
- Lui : "Un Bulleit … ça me paraîtra de l'eau , Desmond … pour l'amour du ciel !" . Ses
yeux se révulsent . Il va tomber dans les pommes .
- Moi : "Tout de suite , Monsieur le Président … Bulleit Bourbon ?"
- Lui . Il confirme d'un hochement de tête : "Dans le bar … Bulleit Bourbon … faites vite !"
- Moi . Je dégringole l'Escalier et je reviens dare-dare avec un verre et la bouteille de
bourbon . Je remplis le verre . Il le vide d'un trait , secoue la tête comme un cheval qui
s'ébroue , expire avec force , me tend à nouveau son verre qu'à nouveau je remplis et
qu'il liquide aussi sec .
- Lui : "Ah … ça va mieux … donnez-moi la bouteille" . Il se relève et remonte l'Escalier .
Son pan de chemise est sorti du pantalon .
- Moi : "Monsieur le Président , votre chemise !" . Mais il ne m'écoute pas .
- Lui , offensif et brandissant la bouteille : "Merci pour votre aide , Desmond ! …
les Accords Salt … je vais les atomiser ces buveurs de vodka !" et il disparaît , pourchassé
par le pan de sa chemise ...
mardi 17 janvier 2017
KRANT 79 . QUELQUE CHOSE DANS LE CIEL
C'est arrivé en plein jour , à midi , à l'heure où le soleil culmine . Nous vaquions
à nos tâches habituelles , quand un mousse sur le pont-gaillard a crié : "Sacré nom ! …
là-bas … regardez !" et il pointait son index vers le ciel . Il y avait quelque chose à
l'ouest du soleil et presque dans son axe , un point rose mobile et , à sa remorque , un
glaive étincelant . C'était un point mobile à n'en pas douter : il passa de l'ouest à l'est
du soleil . Tous , hommes de pont et mécaniciens sortis de la pénombre , les mains
formant visière , suivaient l'objet qui , semblait-il , brûlait dans l'atmosphère . Tous ,
le cou tordu , le timonier tenant sa barre , le nez collé au pare-brise et plissant les yeux
vers le zénith , le capitaine sur la passerelle avec ses jumelles , hommes de pont et
mécaniciens , fixaient l'objet , car c'était un objet , par la croix du Christ ! . Tous ,
sauf Monsieur Lee qui , portant Hume dans ses bras , tournait le dos au phénomène
et nous regardait regardant en expectorant son rire coutumier : "Hi-hi-hi …" . L'objet
avait quitté l'apparente banlieue du soleil , traversé en diagonale le ciel tropical et , au
moment où il allait frapper l'horizon dans un angle fermé , il sembla à certains que
trois corolles s'étaient déployées , puis il disparut . Nous disputâmes bruyamment de
ces corolles , certains affirmant , d'autres contestant , parlant de mirages et d'effets
d'optique et se gaussant de tant de naïveté et on faillit en venir aux mains .
- Krant : "Messieurs , à vos postes !"
Et chacun , la moelle excitée , s'exécuta . Je descendais aux machines par l'échelle
de fer quand Monsieur Lee passa sur le pont près de l'écoutille et il disait à Hume :
"Apollo , Hume … Apollo … hi-hi-hi …"
Nous nous déroutâmes sur zone . Il n'y avait rien .
à nos tâches habituelles , quand un mousse sur le pont-gaillard a crié : "Sacré nom ! …
là-bas … regardez !" et il pointait son index vers le ciel . Il y avait quelque chose à
l'ouest du soleil et presque dans son axe , un point rose mobile et , à sa remorque , un
glaive étincelant . C'était un point mobile à n'en pas douter : il passa de l'ouest à l'est
du soleil . Tous , hommes de pont et mécaniciens sortis de la pénombre , les mains
formant visière , suivaient l'objet qui , semblait-il , brûlait dans l'atmosphère . Tous ,
le cou tordu , le timonier tenant sa barre , le nez collé au pare-brise et plissant les yeux
vers le zénith , le capitaine sur la passerelle avec ses jumelles , hommes de pont et
mécaniciens , fixaient l'objet , car c'était un objet , par la croix du Christ ! . Tous ,
sauf Monsieur Lee qui , portant Hume dans ses bras , tournait le dos au phénomène
et nous regardait regardant en expectorant son rire coutumier : "Hi-hi-hi …" . L'objet
avait quitté l'apparente banlieue du soleil , traversé en diagonale le ciel tropical et , au
moment où il allait frapper l'horizon dans un angle fermé , il sembla à certains que
trois corolles s'étaient déployées , puis il disparut . Nous disputâmes bruyamment de
ces corolles , certains affirmant , d'autres contestant , parlant de mirages et d'effets
d'optique et se gaussant de tant de naïveté et on faillit en venir aux mains .
- Krant : "Messieurs , à vos postes !"
Et chacun , la moelle excitée , s'exécuta . Je descendais aux machines par l'échelle
de fer quand Monsieur Lee passa sur le pont près de l'écoutille et il disait à Hume :
"Apollo , Hume … Apollo … hi-hi-hi …"
Nous nous déroutâmes sur zone . Il n'y avait rien .
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