Transcription* d'une communication téléphonique du Président . Destinataire :
le responsable de l'incinérateur , Desmond X. Classée : confidentiel .
- Le Président : "Bonjour Desmond"
- Desmond X : "Bonjour Mister President"
- Le P : "J'ai votre télex dans les mains"
- DX : "……………….."
- Le P : "Desmond ?"
- DX : "Monsieur le président ?"
- Le P : "Vous communiquez par télex , maintenant ! … c'est nouveau ?"
- DX : "C'est que … Monsieur le Président , je ne voulais pas vous déranger"
- Le P : "Desmond ! … vous ne me dérangez jamais ! … et c'est l'occasion d'un petit
scotch , non ?"
- DX : "Euh … Monsieur le Président , je ne bois pas"
- Le P : "Enfin , je veux dire … oui … votre Coca light"
- DX : "……………….."
- Le P : "Bon … votre télex … hum … j'en ai parlé à Henry … comment vous dire ? …
il n'est pas d'accord …"
- DX : "Mais … mais … ça me paraît pourtant …"
- Le P : "Desmond … vous prêchez un converti … mais je suis bien obligé de … de …"
- DX : "De ?"
- Le P : "Peut-être faudrait-il que vous lui en parliez directement , non ? … vous pourriez
le convaincre"
- DX : "Euh … je ne suis pas au mieux avec …"
- Le P : "Ta-ta-ta ! … Henry n'est pas une brute … c'est un diplomate … allez-y , Desmond
… pour le rendez-vous , j'arrange la chose"
- DX : "Oui … euh … bien , Monsieur le Président"
- Le P : "Et je vais vous dire , Desmond : les géraniums en bordure de l'Aile Est , c'est une
très bonne idée !"
* note : ces transcriptions ont été récupérées illégalement par DX pour enrichir la matière
de ses Mémoires .
(à suivre …)
mercredi 7 février 2018
mardi 6 février 2018
TROIS MOUCHES 110 . LOURDES
La Vierge m'apparut écrasée par un nimbe circulaire . Elle était vêtue d'une
robe bleue sans fanfreluche et parlait le basque sans accent . Trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Une Vierge en robe de paille et chapeau nimbé m'apparut . Elle parlait le
basque circulaire des mouches écrasées , sans accent et sans fanfreluche .
Apparut une mouche bleue . Elle circulait en nimbe bourdonnant contre
mon chapeau . "A trois" , lui dis-je dans un merveilleux basque "je t'écrase ! …"
robe bleue sans fanfreluche et parlait le basque sans accent . Trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Une Vierge en robe de paille et chapeau nimbé m'apparut . Elle parlait le
basque circulaire des mouches écrasées , sans accent et sans fanfreluche .
Apparut une mouche bleue . Elle circulait en nimbe bourdonnant contre
mon chapeau . "A trois" , lui dis-je dans un merveilleux basque "je t'écrase ! …"
lundi 5 février 2018
KRANT 116 . MERS LUNAIRES
"Océan des Tempêtes , Mer des Humeurs , Mer de la Sérénité …"
Nous étions sur la dunette . Une lune énorme montait et descendait sur l'horizon de
cette nuit phénoménale ; le grincement des structures invoquait la mémoire d'une
balançoire oscillant et crissant sous des constellations sans fin . Papa et maman dormaient .
Je tournais comme un pendule dans l'amplitude et l'immensité du silence …
"A l'est , c'est la Mer de la Tranquillité …"
La voix du capitaine traversait la nonchalance de l'air avec une gravité suave et elle
avait , me semblait-il , le goût du sucre d'orge .
- Moi : "Capitaine … on dit que ce sont des mers asséchées"
- Krant : "Balivernes , chef ! … il n'y a jamais eu d'eau sur ce caillou … " et il haussa
les épaules .
Je raccompagnai le capitaine à sa cabine . Comme je gagnais le poste d'équipage par
la coursive babord , je vis frémir le taud d'une chaloupe . Je soulevai la toile : un mousse
était assis là et ses yeux clignaient à la lumière lunaire ; c'était Danil , celui qu'une lame
traîtresse nous enleva et que nous repêchâmes par miracle .
- Moi : "Que fais-tu là , morveux ? … tu ferais mieux de dormir … demain est une rude
journée !"
- Danil : "Je regardais la lune"
- Moi , me tournant vers elle : "Qu'est-ce qu'il y a donc à voir là-bas ?"
- Danil : "L'Océan des Tempêtes … à l'ouest"
- Moi : "L'Océan des Tempêtes !? … tu aimerais naviguer sur cette mer-là ?"
- Danil , haussant les épaules : "Balivernes , chef ! … il n'y a jamais eu d'eau sur ce caillou !"
- Moi : "Au dodo , petit crétin !"
Nous étions sur la dunette . Une lune énorme montait et descendait sur l'horizon de
cette nuit phénoménale ; le grincement des structures invoquait la mémoire d'une
balançoire oscillant et crissant sous des constellations sans fin . Papa et maman dormaient .
Je tournais comme un pendule dans l'amplitude et l'immensité du silence …
"A l'est , c'est la Mer de la Tranquillité …"
La voix du capitaine traversait la nonchalance de l'air avec une gravité suave et elle
avait , me semblait-il , le goût du sucre d'orge .
- Moi : "Capitaine … on dit que ce sont des mers asséchées"
- Krant : "Balivernes , chef ! … il n'y a jamais eu d'eau sur ce caillou … " et il haussa
les épaules .
Je raccompagnai le capitaine à sa cabine . Comme je gagnais le poste d'équipage par
la coursive babord , je vis frémir le taud d'une chaloupe . Je soulevai la toile : un mousse
était assis là et ses yeux clignaient à la lumière lunaire ; c'était Danil , celui qu'une lame
traîtresse nous enleva et que nous repêchâmes par miracle .
- Moi : "Que fais-tu là , morveux ? … tu ferais mieux de dormir … demain est une rude
journée !"
- Danil : "Je regardais la lune"
- Moi , me tournant vers elle : "Qu'est-ce qu'il y a donc à voir là-bas ?"
- Danil : "L'Océan des Tempêtes … à l'ouest"
- Moi : "L'Océan des Tempêtes !? … tu aimerais naviguer sur cette mer-là ?"
- Danil , haussant les épaules : "Balivernes , chef ! … il n'y a jamais eu d'eau sur ce caillou !"
- Moi : "Au dodo , petit crétin !"
dimanche 4 février 2018
SAN PAOLO
Il y a à San Paolo mille chats .
Mille chats de haut niveau social . Aucun ne vit sa vie entre une poubelle et le faîte
d'un mur . Tous se prélassent sur des coussins de soie bordés de vison ou sur les den-
telles d'une maîtresse parfumée . A San Paolo , on ne tolère pas qu'un chat n'ait un toit
ou que ce toit soit celui d'une soupente . Les chats d'ici habitent des palais .
Leur roi est Stewie , un Maine Coon Brown Mackerel Tabby de 12 kilos pour
102 centimètres soit , au poil près , le canon idéal du Loof . Il demeure au Ca' Caotorta
sur la Fondamenta de la Misericordia , une ruelle éloignée du centre-ville , mais sa
présence en ce lieu fait du Ca' Caotorta le bar hyper-branché de San Paolo . Stewie
trône sur un flipper Gottlieb de modèle Cactus Jack dont il occupe le fronton et balaie
d'une queue hautaine un bon tiers du plateau . Il ne dédaigne pas qu'après génuflexion ,
un client de l'établissement tente un Spécial ou une Multibilles à l'aveugle .
On pense qu'à San Paolo , il fait bon être chat . Or , les mille sujets de Stewie ont le
vague à l'âme : il n'y a pas de chattes ...
Mille chats de haut niveau social . Aucun ne vit sa vie entre une poubelle et le faîte
d'un mur . Tous se prélassent sur des coussins de soie bordés de vison ou sur les den-
telles d'une maîtresse parfumée . A San Paolo , on ne tolère pas qu'un chat n'ait un toit
ou que ce toit soit celui d'une soupente . Les chats d'ici habitent des palais .
Leur roi est Stewie , un Maine Coon Brown Mackerel Tabby de 12 kilos pour
102 centimètres soit , au poil près , le canon idéal du Loof . Il demeure au Ca' Caotorta
sur la Fondamenta de la Misericordia , une ruelle éloignée du centre-ville , mais sa
présence en ce lieu fait du Ca' Caotorta le bar hyper-branché de San Paolo . Stewie
trône sur un flipper Gottlieb de modèle Cactus Jack dont il occupe le fronton et balaie
d'une queue hautaine un bon tiers du plateau . Il ne dédaigne pas qu'après génuflexion ,
un client de l'établissement tente un Spécial ou une Multibilles à l'aveugle .
On pense qu'à San Paolo , il fait bon être chat . Or , les mille sujets de Stewie ont le
vague à l'âme : il n'y a pas de chattes ...
samedi 3 février 2018
MARUI
Excepté Miro , qui sait quelque chose de l'enfance ?
Marui peut-être , à l'abri des méandres du Sepik . Elle sait sans savoir .
Elle sait qu'au nord il y a la mer mais elle ne l'a jamais vue . C'est par le
fleuve que vient parfois un étranger , cet homme vêtu de noir qu'elle re-
çoit mais à qui elle ne demande rien . S'il parle , elle l'entend ; elle ne
l'écoute pas et le timbre de sa voix , elle l'oublie dès qu'il a fini de péro-
rer . S'il ne parle pas et que d'un signe de la tête il commande une bière ,
c'est gratuit . Marui ne veut pas de ses pièces . Le grand chantier de Karau
sur la côte s'est enfoncé dans la forêt , jusqu'à Angoram . Marui est vierge
et elle entend le rester jusqu'à l'inévitable âge adulte . Ils viendront du nord
ceux qui la dépouilleront de sa fleur .
Marui , Miro l'a peinte .
Marui peut-être , à l'abri des méandres du Sepik . Elle sait sans savoir .
Elle sait qu'au nord il y a la mer mais elle ne l'a jamais vue . C'est par le
fleuve que vient parfois un étranger , cet homme vêtu de noir qu'elle re-
çoit mais à qui elle ne demande rien . S'il parle , elle l'entend ; elle ne
l'écoute pas et le timbre de sa voix , elle l'oublie dès qu'il a fini de péro-
rer . S'il ne parle pas et que d'un signe de la tête il commande une bière ,
c'est gratuit . Marui ne veut pas de ses pièces . Le grand chantier de Karau
sur la côte s'est enfoncé dans la forêt , jusqu'à Angoram . Marui est vierge
et elle entend le rester jusqu'à l'inévitable âge adulte . Ils viendront du nord
ceux qui la dépouilleront de sa fleur .
Marui , Miro l'a peinte .
vendredi 2 février 2018
TROIS MOUCHES 109 . DRIVE-IN THEATER
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnent contre nos chapeaux de
paille . Le parking est désert , l'écran éteint et le drive-in fermé . Nous nous asseyons
sur le capot de la Chevrolet . "Zut , zut et zut !" , dit Berthe …
Le capot de la Chevrolet bourdonne sur le drive-in désert quand Berthe s'asseoit
sur mon chapeau de paille . "Zut !" , dis-je , et elle , voyant l'écran éteint et le parking
fermé : "Zut et zut !"
Trois "zut !" s'éteignent contre le drive-in fermé : c'est Berthe , assise sur le parking
désert . La paille de son chapeau bourdonne sur le capot de la Chevrolet et elle dit
encore : "Zut , l'écran est éteint !"
paille . Le parking est désert , l'écran éteint et le drive-in fermé . Nous nous asseyons
sur le capot de la Chevrolet . "Zut , zut et zut !" , dit Berthe …
Le capot de la Chevrolet bourdonne sur le drive-in désert quand Berthe s'asseoit
sur mon chapeau de paille . "Zut !" , dis-je , et elle , voyant l'écran éteint et le parking
fermé : "Zut et zut !"
Trois "zut !" s'éteignent contre le drive-in fermé : c'est Berthe , assise sur le parking
désert . La paille de son chapeau bourdonne sur le capot de la Chevrolet et elle dit
encore : "Zut , l'écran est éteint !"
jeudi 1 février 2018
KRANT 115 . FUTUR ANTÉRIEUR
Au large de Onslow Bay . Je suis sur la passerelle avec Krant .
- Krant . Il tend sa pipe à 30° tribord : "Chef , vous voyez ce cap ? … Caps Fear …
nous le doublerons dans une demi-heure …"
- Moi : "Oui , capitaine … Caps Fear …"
- Krant : "Y sommes-nous déjà ?"
- Moi : "Non , capitaine … nous y serons dans une demi-heure avez-vous dit"
- Krant : "Détrompez-vous ! … nous l'avons dépassé … nous sommes en train de décharger
nos bois à Charlestown"
- Moi : "……..?………."
- Krant . Il vide sa pipe en la cognant coutre le bastingage : "Vous ne me croyez pas , chef ?"
- Moi : "… capitaine … Charlestown , nous y serons dans un jour … si tout va bien …"
- Krant . Il me regarde . Des rides moqueuses font comme les ondes de sable autour de nos
rias à marée basse : "Quand vous avez au creux de la main vos graines de poireau , ne les
voyez-vous pas et ne pèsent-elles pas sur votre paume de leur poids infime ?"
- Moi . Je m'anime : "Ah , ça oui , capitaine !"
- Krant : "Et pourquoi les semez-vous ?"
- Moi : "Tudieu , capitaine ! … pour avoir des gros et beaux poireaux !"
- Krant : "Mais vous ne pouvez les voir … ce que vous voyez à cet instant sont ces petites
graines …"
- Moi . Je m'emballe : "Capitaine , quand je soupèse mes graines , c'est comme si mes
poireaux étaient là , avec leurs belles feuilles , leur corps blanc sur la table de ma cuisine …
la soupe brûlante contre mes lèvres ! …"
- Krant . Il croise les mains derrière le dos et se tourne vers Caps Fear : "Vos poireaux ,
chef , c'est comme Charlestown … nous y sommes"
- Moi : "………?………"
- Krant : "Le futur précède le présent"
- Krant . Il tend sa pipe à 30° tribord : "Chef , vous voyez ce cap ? … Caps Fear …
nous le doublerons dans une demi-heure …"
- Moi : "Oui , capitaine … Caps Fear …"
- Krant : "Y sommes-nous déjà ?"
- Moi : "Non , capitaine … nous y serons dans une demi-heure avez-vous dit"
- Krant : "Détrompez-vous ! … nous l'avons dépassé … nous sommes en train de décharger
nos bois à Charlestown"
- Moi : "……..?………."
- Krant . Il vide sa pipe en la cognant coutre le bastingage : "Vous ne me croyez pas , chef ?"
- Moi : "… capitaine … Charlestown , nous y serons dans un jour … si tout va bien …"
- Krant . Il me regarde . Des rides moqueuses font comme les ondes de sable autour de nos
rias à marée basse : "Quand vous avez au creux de la main vos graines de poireau , ne les
voyez-vous pas et ne pèsent-elles pas sur votre paume de leur poids infime ?"
- Moi . Je m'anime : "Ah , ça oui , capitaine !"
- Krant : "Et pourquoi les semez-vous ?"
- Moi : "Tudieu , capitaine ! … pour avoir des gros et beaux poireaux !"
- Krant : "Mais vous ne pouvez les voir … ce que vous voyez à cet instant sont ces petites
graines …"
- Moi . Je m'emballe : "Capitaine , quand je soupèse mes graines , c'est comme si mes
poireaux étaient là , avec leurs belles feuilles , leur corps blanc sur la table de ma cuisine …
la soupe brûlante contre mes lèvres ! …"
- Krant . Il croise les mains derrière le dos et se tourne vers Caps Fear : "Vos poireaux ,
chef , c'est comme Charlestown … nous y sommes"
- Moi : "………?………"
- Krant : "Le futur précède le présent"
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