Une des rares nuits claires de la guerre . Voie lactée . Martial s'y entend , on peut dire
qu'il s'y promène . Ailleurs , un obusier de 120 mm s'occupe mollement de réduire
Montrepont en les plus petits morceaux possibles .
- Martial : "La Grande Ourse , la Petite Ourse et , là-bas , Cassiopée avec ses cinq étoiles
… tu vois ?"
- Moi : "Euh …"
- Martial : "La Grande Ourse , merde , tu ne la vois pas !? … la casserole !"
- Moi : "Ah oui , la casserole , oui , je la vois"
- Martial : "La Petite Ourse avec l'Etoile Polaire"
- Moi : "Oui , je la vois … c'est la plus brillante"
- Martial , doctoral : "Alpha Ursae Minoris"
- Moi : "Hein ? … qu'est-ce que tu dis ?"
- Martial : "C'est l'Etoile Polaire"
- Moi : "D'où tiens-tu cette science , Martial ?"
- Martial . Le voilà qui fait le mystérieux : "Ah , c'est une belle histoire !"
- Moi : "………….."
- Martial : "Une très belle histoire !"
- Moi : "………….."
Nous sommes assis au fond de la tranchée , le cou démonté vers le ciel .
- Martial : "Tu ne veux pas savoir ?"
- Moi . Je me tourne vers lui . Son profil est éclairé par cette giclée de lait qui , je l'appren-
drai bien plus tard et bien après la guerre en lisant un livre de mythologie , jaillit du sein
d'Héra : "Savoir quoi ?"
- Martial : "N'as-tu pas dit à l'instant : d'où tiens-tu cette science , Martial ?"
- Moi : "Oui , tu as raison … j'ai dit ça , et alors ?"
- Martial : "Ça n'a pas l'air de t'intéresser"
- Moi . Je proteste faiblement : "Si-si"
- Martial , vexé : "Bon , n'en parlons plus"
Il m'a fait la gueule pendant deux jours .
samedi 13 octobre 2018
vendredi 12 octobre 2018
PARADIS 91 . UN NOUVEAU TRUC
- "Youp-la-boum , youp-la-boum !" . Dieu danse dans son atelier , sur un pied , puis sur
l'autre et lance en l'air une pince multiprise comme un bâton de majorette .
- Ève entre , comme elle entre là dix fois par jour au moins : "……..?…….."
- Dieu : "Youp-la-boum !" , au risque de prendre la pince sur son nez divin .
- Ève : "Quès qui s'passe !? … quès qui t'arrive !? … fais attention , tu vas te la prendre
sur le nez !"
- La pince tombe sur le sol . Dieu cesse de s'agiter , tourne vers Ève un visage radieux ,
s'approche de Sa Créature préférée et l'entraîne dans une valse à cinq temps : "Droite-
gauche-droite , Ève , droite , gauche , droite-gauche-droite , comme je t'ai appris"
- Ève : "Mais t'es fou ! … quès qui t'prend ?"
- Dieu lâche Ève et tourne sur lui-même comme un derviche mevievi : "J'ai mis au point
un truc sensass … finie la Création à plein temps … Ève , Ève , des vacances , enfin ! …
du repos !"
- Ève : "Arrête de tourner ! … c'est fatigant ! … c'est quoi ce truc que t'as inventé ?"
- Stop . Dieu s'immobilise , face râvie , bras écartés : "Ma chère Ève … les choses vont
se faire d'elles-mêmes … au gré du hasard … du hasard et de la nécessité …"
- Ève : "…….?………"
- Dieu , dans une dernière rotation suivie de peu par une nuée d'anges , derechef face à
Ève : "Tu comprends ?"
- Ève : "Non"
- Dieu se met à marcher de long en large (de l'établi au panneau mural où sont rangées
ses clés plates de 6 à 22) : "Il y a longtemps que j'ai ça en tête … bla-bla-bla … bases
moléculaires … bla-bla-bla … séquence des gènes … structure des chromosomes …
bla-bla-bla …" et Dieu de droite à gauche puis de gauche à droite … "mutations …
bla-bla-bla … changements phénotypiques … bla-bla-bla …"
- Ève : "…….?………"
- Dieu . Arrêt soudain : "Tu comprends ?"
- Ève : "Rien ! … mais alors , rien du tout !!"
- Mais Dieu n'entend pas Ève : "Ah , comme je suis content !"
- Ève : "Comment ça s'appelle ton invention ? … moi , j'ai rien compris … c'est embrouillé
… c'est des mots compliqués … comment ça s'appelle ?"
- Dieu . Ève est là devant lui . Il l'avait oubliée : "Hein ? … qu'est-ce que tu veux dire ?"
- Ève : "Comment ça s'appelle ce truc incompréhensible que t'as inventé ? … que t'as l'air
tout content"
- Dieu . L'Esprit-Saint souffle pas loin : "Euh … attends … on pourrait appeler ça … euh
… oui … oui , c'est ça : l'évolution"
l'autre et lance en l'air une pince multiprise comme un bâton de majorette .
- Ève entre , comme elle entre là dix fois par jour au moins : "……..?…….."
- Dieu : "Youp-la-boum !" , au risque de prendre la pince sur son nez divin .
- Ève : "Quès qui s'passe !? … quès qui t'arrive !? … fais attention , tu vas te la prendre
sur le nez !"
- La pince tombe sur le sol . Dieu cesse de s'agiter , tourne vers Ève un visage radieux ,
s'approche de Sa Créature préférée et l'entraîne dans une valse à cinq temps : "Droite-
gauche-droite , Ève , droite , gauche , droite-gauche-droite , comme je t'ai appris"
- Ève : "Mais t'es fou ! … quès qui t'prend ?"
- Dieu lâche Ève et tourne sur lui-même comme un derviche mevievi : "J'ai mis au point
un truc sensass … finie la Création à plein temps … Ève , Ève , des vacances , enfin ! …
du repos !"
- Ève : "Arrête de tourner ! … c'est fatigant ! … c'est quoi ce truc que t'as inventé ?"
- Stop . Dieu s'immobilise , face râvie , bras écartés : "Ma chère Ève … les choses vont
se faire d'elles-mêmes … au gré du hasard … du hasard et de la nécessité …"
- Ève : "…….?………"
- Dieu , dans une dernière rotation suivie de peu par une nuée d'anges , derechef face à
Ève : "Tu comprends ?"
- Ève : "Non"
- Dieu se met à marcher de long en large (de l'établi au panneau mural où sont rangées
ses clés plates de 6 à 22) : "Il y a longtemps que j'ai ça en tête … bla-bla-bla … bases
moléculaires … bla-bla-bla … séquence des gènes … structure des chromosomes …
bla-bla-bla …" et Dieu de droite à gauche puis de gauche à droite … "mutations …
bla-bla-bla … changements phénotypiques … bla-bla-bla …"
- Ève : "…….?………"
- Dieu . Arrêt soudain : "Tu comprends ?"
- Ève : "Rien ! … mais alors , rien du tout !!"
- Mais Dieu n'entend pas Ève : "Ah , comme je suis content !"
- Ève : "Comment ça s'appelle ton invention ? … moi , j'ai rien compris … c'est embrouillé
… c'est des mots compliqués … comment ça s'appelle ?"
- Dieu . Ève est là devant lui . Il l'avait oubliée : "Hein ? … qu'est-ce que tu veux dire ?"
- Ève : "Comment ça s'appelle ce truc incompréhensible que t'as inventé ? … que t'as l'air
tout content"
- Dieu . L'Esprit-Saint souffle pas loin : "Euh … attends … on pourrait appeler ça … euh
… oui … oui , c'est ça : l'évolution"
jeudi 11 octobre 2018
KRANT 144 . GORGONE MÉDUSÉE
Tropique du Capricorne .
Nous assistions à l'un de ces "merveilleux" couchers de soleil .
- "Quelle merveille !" dit Toms , notre quartier- maître .
En letton , le mot "merveille" est une boîte à prodiges ; seuls les dieux la manipulent et
c'est à leur bon vouloir qu'elle est ouverte aux hommes .
- Krant : "Merveille !? … il n'y a rien de prodigieux là-dedans … c'est un coucher de soleil
… pas un miracle !"
- Toms , sur sa lancée d'esthète : "... une cascade de lumière ! …"
- Krant : "Comme vous y allez ! … une cascade est une chute d'eau que je sache !"
- Toms : "…………"
- Krant : "Ce que nous voyons , c'est un phénomène particulier de réfractions …"
- Toms : "Mais …"
- Krant : "Pourquoi ne pas dire les choses comme elles sont ? … pourquoi ces métaphores ?
… pourquoi tourner autour du pot ? …"
A mes lecteurs de langue française (y en a-t-il ?) , c'est ainsi que je traduis l'expression
lettonne du capitaine .
- Moi : "Tourner autour du pot" , capitaine … n'est-ce pas une autre métaphore ?"
La pipe du capitaine qui passait d'un coin de sa bouche à l'autre se figea . Ma remarque
l'avait-elle médusé ? . Qui dit "médusé" dans toutes les langues du monde se réfère à l'une
des trois gorgones , celle qui changeait en pierre qui la regardait .
- Krant : "Médusé , avez-vous pensé ?" . Il tamponna son fourneau de devin contre le bastin-
gage . "Voyez -vous , chef , nous ne pouvons nous empêcher de dire … ou de penser … les
choses autrement qu'elles sont … peut-être fus-je simplement "surpris" par votre remarque …
quoique "surprise" est aussi une image "
Le mot "surprise" , son équivalent en letton , induit l'idée d'embuscade . Avais-je pris au
piège un Krant pétrifié ?
Nous assistions à l'un de ces "merveilleux" couchers de soleil .
- "Quelle merveille !" dit Toms , notre quartier- maître .
En letton , le mot "merveille" est une boîte à prodiges ; seuls les dieux la manipulent et
c'est à leur bon vouloir qu'elle est ouverte aux hommes .
- Krant : "Merveille !? … il n'y a rien de prodigieux là-dedans … c'est un coucher de soleil
… pas un miracle !"
- Toms , sur sa lancée d'esthète : "... une cascade de lumière ! …"
- Krant : "Comme vous y allez ! … une cascade est une chute d'eau que je sache !"
- Toms : "…………"
- Krant : "Ce que nous voyons , c'est un phénomène particulier de réfractions …"
- Toms : "Mais …"
- Krant : "Pourquoi ne pas dire les choses comme elles sont ? … pourquoi ces métaphores ?
… pourquoi tourner autour du pot ? …"
A mes lecteurs de langue française (y en a-t-il ?) , c'est ainsi que je traduis l'expression
lettonne du capitaine .
- Moi : "Tourner autour du pot" , capitaine … n'est-ce pas une autre métaphore ?"
La pipe du capitaine qui passait d'un coin de sa bouche à l'autre se figea . Ma remarque
l'avait-elle médusé ? . Qui dit "médusé" dans toutes les langues du monde se réfère à l'une
des trois gorgones , celle qui changeait en pierre qui la regardait .
- Krant : "Médusé , avez-vous pensé ?" . Il tamponna son fourneau de devin contre le bastin-
gage . "Voyez -vous , chef , nous ne pouvons nous empêcher de dire … ou de penser … les
choses autrement qu'elles sont … peut-être fus-je simplement "surpris" par votre remarque …
quoique "surprise" est aussi une image "
Le mot "surprise" , son équivalent en letton , induit l'idée d'embuscade . Avais-je pris au
piège un Krant pétrifié ?
mercredi 10 octobre 2018
LA MÈRE DE MIKE : MICHÈLE
Michèle , la mère de Mike .
Elle déteste qu'on la prenne en photo
Et elle déteste Mike .
Il le lui rend bien .
Chaque fois qu'il la voit , il lui tire le portrait
(Ici - vous ne voyez pas la photo mais vous pouvez l'imaginer -
Avec un Nikon D 3200 + AF-S DX VR)
Et elle nous fait une crise d'urticaire cholinergique .
La seule chose qui la calme ,
C'est un week-end à l'embouchure de la Rivière au Sable
(Lac Huron . Michigan) .
Elle déteste qu'on la prenne en photo
Et elle déteste Mike .
Il le lui rend bien .
Chaque fois qu'il la voit , il lui tire le portrait
(Ici - vous ne voyez pas la photo mais vous pouvez l'imaginer -
Avec un Nikon D 3200 + AF-S DX VR)
Et elle nous fait une crise d'urticaire cholinergique .
La seule chose qui la calme ,
C'est un week-end à l'embouchure de la Rivière au Sable
(Lac Huron . Michigan) .
mardi 9 octobre 2018
MARIA 4
Mais qui est cette gamine ? . Une fillette est montée sur l'estrade . "Qu'est-ce que tu
veux ?" . Parker se penche . Elle , réservée , grosse fille aux immenses yeux noirs , pas
vraiment américaine : "J'ai eu combien de voix ?" . Parker : "Hein … qu'est-ce que tu
dis ?" . La Présidente du jury : "Talbott … cette petite a chanté … elle veut savoir com-
bien elle a eu de voix" . Parker se redresse . Il sort de la même poche la même liste et
d'une même autre poche (la poche de poitrine) la paire de lunettes dont il écarte les bran-
ches du même coup sec du poignet . "Je vais te dire ça , petite" , et installe sur son nez
l'instrument optique de ce qui n'est plus une révélation car Leslie a gagné . "Comment
t'appelles-tu ?" . "Maria" . "Maria comment ?" . "Kalogeropoulos … Maria Kalogero-
poulos" . "Comment ?" . Parker cherche sur sa liste . "Comment as-tu dit ?" . "Maria
Kalogeropoulos" . "Maria comment ? … Kalo … Kalo avec un K ?" . A la Présidente :
"Comment s'appelle-t-elle ? … je n'ai pas compris" . La Présidente pose sa main gantée
sur l'épaule de Maria : "Comment t'appelles-tu , ma chérie ? … ton nom … j'ai oublié" .
Maria Kalogeropoulos" . Parker : "C'est pas américain … c'est quoi ? … grec ?" . "Oui ,
c'est grec" , dit Maria . "Ah , j'ai trouvé … Maria Kalo … Karo … poulos … c'est com-
pliqué ton nom" . Soudain réticent : "Tu veux savoir ? … tu veux vraiment ?" . "Oui" .
"Euh … personne n'a voté pour toi , pauvre Maria ! … zéro voix …" . La Présidente
descend de l'estrade avec précaution , ces acrobaties ne sont plus de son âge . Les techni-
ciens entassent le matériel dans un camion . Talbott est seul maintenant avec Maria sur
l'estrade . "Qu'est-ce que tu as chanté ?" . "Norma … casta diva" . "C'est pas américain
… c'est peut-être pour ça … ton nom , c'est ?" . Ka-lo-ge-ro-pou-los" , articule Maria .
"C'est difficile à dire … Kaloge …" , tente Parker . "Mais on peut dire Callas , c'est plus
facile" , dit Maria . L'ange est en vol stationnaire au-dessus de l'estrade .
"Maria Callas" , répète pensif Talbott Parker ...
veux ?" . Parker se penche . Elle , réservée , grosse fille aux immenses yeux noirs , pas
vraiment américaine : "J'ai eu combien de voix ?" . Parker : "Hein … qu'est-ce que tu
dis ?" . La Présidente du jury : "Talbott … cette petite a chanté … elle veut savoir com-
bien elle a eu de voix" . Parker se redresse . Il sort de la même poche la même liste et
d'une même autre poche (la poche de poitrine) la paire de lunettes dont il écarte les bran-
ches du même coup sec du poignet . "Je vais te dire ça , petite" , et installe sur son nez
l'instrument optique de ce qui n'est plus une révélation car Leslie a gagné . "Comment
t'appelles-tu ?" . "Maria" . "Maria comment ?" . "Kalogeropoulos … Maria Kalogero-
poulos" . "Comment ?" . Parker cherche sur sa liste . "Comment as-tu dit ?" . "Maria
Kalogeropoulos" . "Maria comment ? … Kalo … Kalo avec un K ?" . A la Présidente :
"Comment s'appelle-t-elle ? … je n'ai pas compris" . La Présidente pose sa main gantée
sur l'épaule de Maria : "Comment t'appelles-tu , ma chérie ? … ton nom … j'ai oublié" .
Maria Kalogeropoulos" . Parker : "C'est pas américain … c'est quoi ? … grec ?" . "Oui ,
c'est grec" , dit Maria . "Ah , j'ai trouvé … Maria Kalo … Karo … poulos … c'est com-
pliqué ton nom" . Soudain réticent : "Tu veux savoir ? … tu veux vraiment ?" . "Oui" .
"Euh … personne n'a voté pour toi , pauvre Maria ! … zéro voix …" . La Présidente
descend de l'estrade avec précaution , ces acrobaties ne sont plus de son âge . Les techni-
ciens entassent le matériel dans un camion . Talbott est seul maintenant avec Maria sur
l'estrade . "Qu'est-ce que tu as chanté ?" . "Norma … casta diva" . "C'est pas américain
… c'est peut-être pour ça … ton nom , c'est ?" . Ka-lo-ge-ro-pou-los" , articule Maria .
"C'est difficile à dire … Kaloge …" , tente Parker . "Mais on peut dire Callas , c'est plus
facile" , dit Maria . L'ange est en vol stationnaire au-dessus de l'estrade .
"Maria Callas" , répète pensif Talbott Parker ...
MARIA 3
C'est fait : Leslie White est la diva . Les longues Chevrolet , Cadillac et Chrysler ont
emporté les fillettes . Le menton et les mains posés sur le dossier de la banquette avant ,
elles redisent à leurs parents quel merveilleux après-midi ça a été . "Leslie a gagné" ,
admettent-elles . Par-dessus leur épaule , les mères posent la main sur celle de leur fille ,
consolation , baume au coeur "Tu as été formidable , Stacy … Pearle ou Blondie …
tu étais très bien ma chérie ..." . Le public s'est dispersé dans un tintamarre de chaises ,
sitôt empilées , les piles traînées en un pressant remue-ménage . Sur un lampadaire ,
un couple de pigeons roucoule et là-bas , au sixième étage d'un immeuble de rapport ,
un teckel arlequin jappe . Personne n'a entendu l'ange . Talbott Parker sur l'estrade boit
une bière . Il a desserré sa cravate . Un homme et une dame (la Présidente du jury) con-
versent avec lui . On commente , on épilogue , on se congratule . "Ça s'est bien passé …
la petite Leslie a du talent !" . "Ouais , c'est vrai …" , dit Parker pour dire quelque chose .
D'avoir gueulé toute l'après-midi , ça l'a … il est crevé , il a hâte de rentrer chez lui .
Alentours , les techniciens roulent des câbles et rangent les hauts-parleurs dans leurs
coffres . L'ombre gagne Harrison Street . Il fait plus frais . Talbott Parker tourne le dos
à ses interlocuteurs . Il regarde le soleil qui , dans l'axe de la rue , descend entre les im-
meubles . On n'est pas animateur si on n'aime pas les gens , mais il en a sa claque , Talbott
… vraiment marre ! … et la voiture est garée à deux pâtés de maison , 300 mètres au moins
à se taper à pieds ! … 55 ans … encore pas mal d'années à tirer , des centaines d'animations ,
des fillettes en quête de gloire , des tombolas , des mauvais orchestres , des élections de
miss , des Présidentes parfumées au Youth Dew … oh , my God ! … crevé , je suis crevé !
… enfin , ça s'est bien passé , tout le monde est content … Il regarde la marque de sa bière
sur la bouteille … pas mal … rafraîchissante … un peu pesante sur l'estomac …
(à suivre …)
emporté les fillettes . Le menton et les mains posés sur le dossier de la banquette avant ,
elles redisent à leurs parents quel merveilleux après-midi ça a été . "Leslie a gagné" ,
admettent-elles . Par-dessus leur épaule , les mères posent la main sur celle de leur fille ,
consolation , baume au coeur "Tu as été formidable , Stacy … Pearle ou Blondie …
tu étais très bien ma chérie ..." . Le public s'est dispersé dans un tintamarre de chaises ,
sitôt empilées , les piles traînées en un pressant remue-ménage . Sur un lampadaire ,
un couple de pigeons roucoule et là-bas , au sixième étage d'un immeuble de rapport ,
un teckel arlequin jappe . Personne n'a entendu l'ange . Talbott Parker sur l'estrade boit
une bière . Il a desserré sa cravate . Un homme et une dame (la Présidente du jury) con-
versent avec lui . On commente , on épilogue , on se congratule . "Ça s'est bien passé …
la petite Leslie a du talent !" . "Ouais , c'est vrai …" , dit Parker pour dire quelque chose .
D'avoir gueulé toute l'après-midi , ça l'a … il est crevé , il a hâte de rentrer chez lui .
Alentours , les techniciens roulent des câbles et rangent les hauts-parleurs dans leurs
coffres . L'ombre gagne Harrison Street . Il fait plus frais . Talbott Parker tourne le dos
à ses interlocuteurs . Il regarde le soleil qui , dans l'axe de la rue , descend entre les im-
meubles . On n'est pas animateur si on n'aime pas les gens , mais il en a sa claque , Talbott
… vraiment marre ! … et la voiture est garée à deux pâtés de maison , 300 mètres au moins
à se taper à pieds ! … 55 ans … encore pas mal d'années à tirer , des centaines d'animations ,
des fillettes en quête de gloire , des tombolas , des mauvais orchestres , des élections de
miss , des Présidentes parfumées au Youth Dew … oh , my God ! … crevé , je suis crevé !
… enfin , ça s'est bien passé , tout le monde est content … Il regarde la marque de sa bière
sur la bouteille … pas mal … rafraîchissante … un peu pesante sur l'estomac …
(à suivre …)
dimanche 7 octobre 2018
MARIA 2
Parker déplie le papier blanc (plié en quatre) . Silence dans Harrison Street . Talbott ,
Talbott ! … délivre-nous , dis-nous ! … le papier est à l'envers … retourne-le , Talbott ! …
Talbott Parker retourne le papier . Il décrypte , il hésite … Le nom de l'élue est-il illisible ?
… ou imprononçable ? … Mais déjà Parker , animateur professionnel , avant d'avoir démêlé
les pleins et les déliés de Madame la Présidente , cette dame en robe à fleurs au premier
rang , inquiète ("Nous sommes-nous trompés , avons-nous bien jugé , y avait-il un ange
parmi ces fillettes que nous n'avons pas entendu , cet idiot de Parker sait-il lire ?) , clairon-
ne : "La gagnante est … est … (au bord du dévoilement , le drap glisse mais couvre encore
le nom de l'élue , le coeur de chaque fillette prêt à basculer , cinquante flèches pointées sur
cinquante coeurs) est ……….. Leeeesliiiiie Whiiiite ! … Leslie White …" . Il se tourne vers
les fillettes percées , déçues mais délivrées ("Leslie , où es-tu ? … viens me rejoindre sur
l'estrade !) d'où émerge - rose , blonde , enrobée de volants , Leslie si typiquement améri-
caine , sûre d'elle-même , de sa blondeur , des aigus de sa voix , de son sex-appeal , elle
s'avance , enfant-roi . Elle triomphe évidemment , elle n'a jamais douté , elle agite haut les
mains et envoie à la foule ses baisers (Personne n'a entendu l'ange . Quel ange ?) . Une
dame chapeautée , sortie de la coulisse , lui offre un bouquet . "Qu"est-ce que tu as chanté ,
Leslie , rappelle-nous" , Parker tend son micro à Leslie et sort une fiche de sa veste (le pa-
pier au blanc secret a disparu) , maid Leslie le devance : "Down in the Valley" . "Down in
the Valley" , confirme l'animateur . "Leslie , tu es formidable ! … on l'applaudit !" et lui-
même , bien que tenant son micro et sa fiche , bat des mains . Personne n'a entendu l'ange .
Les longues Chevrolet s'engagent dans Harrison Street .
(à suivre …)
Talbott ! … délivre-nous , dis-nous ! … le papier est à l'envers … retourne-le , Talbott ! …
Talbott Parker retourne le papier . Il décrypte , il hésite … Le nom de l'élue est-il illisible ?
… ou imprononçable ? … Mais déjà Parker , animateur professionnel , avant d'avoir démêlé
les pleins et les déliés de Madame la Présidente , cette dame en robe à fleurs au premier
rang , inquiète ("Nous sommes-nous trompés , avons-nous bien jugé , y avait-il un ange
parmi ces fillettes que nous n'avons pas entendu , cet idiot de Parker sait-il lire ?) , clairon-
ne : "La gagnante est … est … (au bord du dévoilement , le drap glisse mais couvre encore
le nom de l'élue , le coeur de chaque fillette prêt à basculer , cinquante flèches pointées sur
cinquante coeurs) est ……….. Leeeesliiiiie Whiiiite ! … Leslie White …" . Il se tourne vers
les fillettes percées , déçues mais délivrées ("Leslie , où es-tu ? … viens me rejoindre sur
l'estrade !) d'où émerge - rose , blonde , enrobée de volants , Leslie si typiquement améri-
caine , sûre d'elle-même , de sa blondeur , des aigus de sa voix , de son sex-appeal , elle
s'avance , enfant-roi . Elle triomphe évidemment , elle n'a jamais douté , elle agite haut les
mains et envoie à la foule ses baisers (Personne n'a entendu l'ange . Quel ange ?) . Une
dame chapeautée , sortie de la coulisse , lui offre un bouquet . "Qu"est-ce que tu as chanté ,
Leslie , rappelle-nous" , Parker tend son micro à Leslie et sort une fiche de sa veste (le pa-
pier au blanc secret a disparu) , maid Leslie le devance : "Down in the Valley" . "Down in
the Valley" , confirme l'animateur . "Leslie , tu es formidable ! … on l'applaudit !" et lui-
même , bien que tenant son micro et sa fiche , bat des mains . Personne n'a entendu l'ange .
Les longues Chevrolet s'engagent dans Harrison Street .
(à suivre …)
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