Les dockers avaient remplis de sel la grande soute babord du Kritik . Toute la journée ,
entre l'entrepont et nos mâts de charge , ils avaient traversé l'espace torride d'un pas rapide
et saccadé , fourni sans relâche nos palans et laissé sur le sol la trace blanche de ce labeur
d'esclaves . En guise de réconfort , Vinc s'était assis sur le dernier monticule de sacs qu'il
fallait encore charger et s'élevait de son instrument la fumée légère qui parfume nos forêts
au temps des essarts . Une partie de l'équipage faisait cercle autour de lui , mêlée aux
gamins en haillons et aux dockers non moins dépenaillés , calcinés et comme barbouillés
de chaux , pendant que l'autre s'était agglutinée contre le bastingage . Nous entendions
notre lointaine nature et les indigènes la leur , si différente et cependant si proche , car
Vinc est un sorcier . Le timonier était à côté de moi . Des larmes coulaient sur ses joues
râpeuses . Quand la dernière note se fut irréversiblement dissipée dans la fin de l'après-
midi , nous serrâmes les épaules des dockers et nous regagnâmes le Kritik . Je posai ma
main sur la nuque du timonier .
- Moi : "Tu es triste , timonier"
- Lui , interloqué : "Triste !? … moi !? …"
- Moi : "Tu pleures"
- Lui et son rire mauvais : "Ah , ah , chef ! … celui qui me verra pleurer ! … par les clous
du Christ ! …"
- Moi : "Mais ces larmes qui coulent sur tes joues ?"
- Lui , tâtant ses joues humides : "Ce ne sont pas les miennes"
- Moi : "A qui donc sont-elles , ces larmes ?"
- Lui : "Ces larmes ? … ces larmes sont les tiennes … elles sont celles de ceux qui n'ont
pas pleuré en écoutant Vinc …"
- Moi : "……..?……….."
vendredi 30 novembre 2018
jeudi 29 novembre 2018
DESMOND 92 . STAGE 2
- "Entrez !"
Le Président m'a demandé de passer dans son bureau privé . J'entre . Assisté de
Maryline , il signe des executive orders avec son stylo à plume .
- Sans lever les yeux et sans s'arrêter de signer : "Asseyez-vous , Desmond"
- "Bonjour Monsieur le Président"
- "Bonjour , Desmond" … Cric-cric , la plume d'or toupille … cric-cric … pffft …
les pages du signataire tournent et tournent comme les ailes d'un moulin , animées par les
doigts cyanocrylatés de Maryline … "Pat vous a dit ?"
- Moi : "Pat ? … euh , Madame la Présidente ?"
- Cric-cric … "Oui … pour mon stage …"
- Moi . Aïe : "Euh , oui … elle m'en a parlé …"
- Lui . Cric-cric … pffft … : "Alors ?"
- Moi : "Alors , Monsieur le Président … alors …"
- Lui : "Oui … alors … qu'est-ce qu'elle en pense ?"
- Moi : "Euh … Monsieur le président …"
- Lui : "Et vous ?"
- Moi : "Moi ?"
- Cric-cric … cric … : "Vous … qu'est-ce que vous en pensez ?"
- Moi : "Euh …"
- Lui : "Maryline n'est pas d'accord"
- Maryline . Je la regarde debout à côté du Président et le tournoiement de cet interminable
signataire . Elle : "Je trouve que c'est complètement idiot !"
- Lui : "Maryline , ça suffit ! … je vous ai demandé votre avis hier … je l'ai enregistré ,
c'est bon … n'en rajoutez pas … allez , dégagez avec ce signataire , j'ai mal au poignet …
allez , Maryline , ouste !"
Maryline sort . Quelles hanches ! . Le Président la (les) suit des yeux . Puis il recule son
fauteuil , se cale sur le dossier et croise les jambes : "Alors Desmond … votre avis"
- Moi : "Euh …"
- Lui : "C'est bien ce que je pensais"
Le Président m'a demandé de passer dans son bureau privé . J'entre . Assisté de
Maryline , il signe des executive orders avec son stylo à plume .
- Sans lever les yeux et sans s'arrêter de signer : "Asseyez-vous , Desmond"
- "Bonjour Monsieur le Président"
- "Bonjour , Desmond" … Cric-cric , la plume d'or toupille … cric-cric … pffft …
les pages du signataire tournent et tournent comme les ailes d'un moulin , animées par les
doigts cyanocrylatés de Maryline … "Pat vous a dit ?"
- Moi : "Pat ? … euh , Madame la Présidente ?"
- Cric-cric … "Oui … pour mon stage …"
- Moi . Aïe : "Euh , oui … elle m'en a parlé …"
- Lui . Cric-cric … pffft … : "Alors ?"
- Moi : "Alors , Monsieur le Président … alors …"
- Lui : "Oui … alors … qu'est-ce qu'elle en pense ?"
- Moi : "Euh … Monsieur le président …"
- Lui : "Et vous ?"
- Moi : "Moi ?"
- Cric-cric … cric … : "Vous … qu'est-ce que vous en pensez ?"
- Moi : "Euh …"
- Lui : "Maryline n'est pas d'accord"
- Maryline . Je la regarde debout à côté du Président et le tournoiement de cet interminable
signataire . Elle : "Je trouve que c'est complètement idiot !"
- Lui : "Maryline , ça suffit ! … je vous ai demandé votre avis hier … je l'ai enregistré ,
c'est bon … n'en rajoutez pas … allez , dégagez avec ce signataire , j'ai mal au poignet …
allez , Maryline , ouste !"
Maryline sort . Quelles hanches ! . Le Président la (les) suit des yeux . Puis il recule son
fauteuil , se cale sur le dossier et croise les jambes : "Alors Desmond … votre avis"
- Moi : "Euh …"
- Lui : "C'est bien ce que je pensais"
mercredi 28 novembre 2018
DESMOND 91 . STAGE 1
- "Toc-toc-toc" . A la porte de mon bureau . J'ai pourtant demandé qu'on ne me
dérange pas . Je suis sur un discours que le Président doit prononcer avant les
élections de mi-mandat .
- Agacé : "Come in !" (je ne traduis pas)
- La porte s'entrouvre . Un profil féminin s'infiltre dans l'entrebâillement : "Je ne vous
dérange pas , Desmond ?"
- Shit ! … c'est la First Lady … Pat … je me lève fissa : "Non , bien entendu , Madame
la Présidente … vous savez bien , vous ne me dérangez jamais !"
- Elle entre , vêtue de son tailleur jaune Geoffrey Beene : "Pour l'amour du ciel ,
Desmond ! … cessez avec votre "Madame la Présidente"! … Pat … appelez-moi Pat ! …
nous nous connaissons depuis si longtemps"
- Moi : "How can I help you , Madame la … euh , Pat …"
- Elle : "C'est au sujet de mon mari" . (Je l'aurais parié)
- Moi : "……………"
- Elle : "Vous n'allez pas le croire , Desmond ! … this is absolutely appaling (sidérant) !"
- Moi : "…….?…….."
- Elle : "Un stage … il veut faire un stage en entreprise !"
- Moi : "……..??……"
- Elle : "C'est Bob qui lui a soufflé cette idée ! … quel crétin !"
- Moi : "Bob ? … Bob qui ?"
- Elle : "Bob Haldeman" (Note :c'est le chef de cabinet de la Maison Blanche)
- Moi : "Un stage de quoi , Madame la … euh , Pat ? …"
- Elle : "Un stage de plomberie"
- Moi : "……..???….."
- Elle : "Haldeman lui a trouvé une entreprise … et un chantier"
- Moi : "Un chantier ? … le Président ??"
- Elle : "Mon mari dit qu'il ne sait rien faire de ses dix doigts … qu'il doit apprendre ! …"
- Moi : "C'est … c'est …"
- Elle : "Il faut absolument empêché ça , Desmond !"
- Moi : "C'est stupéfiant !"
- Elle : "You said it !"
- Moi : "Où est ce chantier ?"
- Elle : "Ici … à Washington … dans un hôtel … à côté du Kennedy Center … vous le
connaissez certainement : le Watergate" .
(à suivre …)
dérange pas . Je suis sur un discours que le Président doit prononcer avant les
élections de mi-mandat .
- Agacé : "Come in !" (je ne traduis pas)
- La porte s'entrouvre . Un profil féminin s'infiltre dans l'entrebâillement : "Je ne vous
dérange pas , Desmond ?"
- Shit ! … c'est la First Lady … Pat … je me lève fissa : "Non , bien entendu , Madame
la Présidente … vous savez bien , vous ne me dérangez jamais !"
- Elle entre , vêtue de son tailleur jaune Geoffrey Beene : "Pour l'amour du ciel ,
Desmond ! … cessez avec votre "Madame la Présidente"! … Pat … appelez-moi Pat ! …
nous nous connaissons depuis si longtemps"
- Moi : "How can I help you , Madame la … euh , Pat …"
- Elle : "C'est au sujet de mon mari" . (Je l'aurais parié)
- Moi : "……………"
- Elle : "Vous n'allez pas le croire , Desmond ! … this is absolutely appaling (sidérant) !"
- Moi : "…….?…….."
- Elle : "Un stage … il veut faire un stage en entreprise !"
- Moi : "……..??……"
- Elle : "C'est Bob qui lui a soufflé cette idée ! … quel crétin !"
- Moi : "Bob ? … Bob qui ?"
- Elle : "Bob Haldeman" (Note :c'est le chef de cabinet de la Maison Blanche)
- Moi : "Un stage de quoi , Madame la … euh , Pat ? …"
- Elle : "Un stage de plomberie"
- Moi : "……..???….."
- Elle : "Haldeman lui a trouvé une entreprise … et un chantier"
- Moi : "Un chantier ? … le Président ??"
- Elle : "Mon mari dit qu'il ne sait rien faire de ses dix doigts … qu'il doit apprendre ! …"
- Moi : "C'est … c'est …"
- Elle : "Il faut absolument empêché ça , Desmond !"
- Moi : "C'est stupéfiant !"
- Elle : "You said it !"
- Moi : "Où est ce chantier ?"
- Elle : "Ici … à Washington … dans un hôtel … à côté du Kennedy Center … vous le
connaissez certainement : le Watergate" .
(à suivre …)
mardi 27 novembre 2018
TROIS MOUCHES 140 . L'ACCOMPAGNATRICE
Berthe se reposa cinq minutes , caressa le chat , but une demi-tasse de thé refroidi ,
me fit raconter mon enfance . Mais je n'avais rien à raconter . Trois mouches vermeilles
et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Un chat racontait son enfance à cinq mouches . Il la raconta en trois minutes et demi
puis se reposa . Berthe le caressa en buvant une tasse de thé froid . Je n'avais rien à faire
que bourdonner contre son chapeau de paille .
Mon chat reposait contre Berthe . Elle lui racontait son enfance mais , comme moi je
n'avais rien à raconter , je buvais du thé pendant que les minutes refroidissaient : cinq ,
trois … puis une demie . Je caressais ma tasse . Une mouche vermeille , émerveillée par
mon chapeau de paille , bourdonnait .
me fit raconter mon enfance . Mais je n'avais rien à raconter . Trois mouches vermeilles
et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Un chat racontait son enfance à cinq mouches . Il la raconta en trois minutes et demi
puis se reposa . Berthe le caressa en buvant une tasse de thé froid . Je n'avais rien à faire
que bourdonner contre son chapeau de paille .
Mon chat reposait contre Berthe . Elle lui racontait son enfance mais , comme moi je
n'avais rien à raconter , je buvais du thé pendant que les minutes refroidissaient : cinq ,
trois … puis une demie . Je caressais ma tasse . Une mouche vermeille , émerveillée par
mon chapeau de paille , bourdonnait .
PARADIS 93 . ESQUIMAU À 2 COUPS
Affichage sur la porte de l'Atelier : "De l'opportunité d'une Création" . Tel est le thème
d'une conférence que Dieu donne à l'Humanité . Adam et Ève , en tant que potentialité de
l'espèce , y sont conviés . On remplit les salles avec ce qu'on a sous la main . Ève , râvie :
à l'entracte , elle distribuera les esquimaux , oeuvres de Dieu comme toutes choses et un
peu de la Société Gervais . Adam , morose : ça l'embête cette conférence . Il a autre chose
à faire mais Dieu l'a invité ; il n'a pas pu se défiler .
C'est l'heure . Adam et Ève sont assis côte à côte sur le pupitre d'écolier . Ève lève le
doigt :
- "Je peux faire pipi ?"
- Dieu : "Dépêche-toi , Ève … tu ne pouvais pas y penser avant ?"
Ève sort . En attendant , Dieu remue ses papiers pour meubler cette préface urologique .
Seul avec Adam qu'il devine mal disposé , il ne sait pas quoi dire alors , remuer ses papiers ,
ça lui donne une contenance .
Ève se rasseoit .
- Dieu : "Bon , on peut commencer ?"
- Ève , enjouée , repasse sa natte par-dessus son épaule nue : "Vas-y , Di-Di … on t'écoute"
- Adam , maussade : "Ouais … vas-y"
- Dieu , docte : "Si je vous ai réuni ce soir - c'est un plaisir de vous voir si nombreux - c'est …"
- Ève : "Ben !? … on n'est que deux !"
- Dieu : "Ève … c'est pas si mal … c'est pour vous faire part d'une question qui …"
- Ève : "Quelle question ?"
- Dieu : "J'allais y venir … la question de …"
- Ève : "J'adore les questions !"
- Adam : "Bon , tais-toi ! … laisse-le parler à la fin !"
- Ève frappe l'épaule d'Adam : "Ah , m'embête pas ! … j'dis c'que j'veux !"
- Dieu : "Ève !"
- Ève : "……………."
- Dieu : "La question est la suivante : ai-je bien fait de créer un monde ?"
- Ricanement . C'est Adam .
- Dieu : "Qu'est-ce qu'il y a , Adam ?"
- Adam : "Vas-y … continue … t'as bien fait ou pas ?"
- Dieu : "Euh … c'est le thème de ma conférence … il y a des développements"
- Adam se lève et sort . Avant de fermer la porte : "Un monde ou pas ? … on s'en fout :
il est là"
Triste soirée . Ève suce sans plaisir un Crokim à la fraise , l'esquimau à 2 coups de
Gervais . Dieu range ses papiers inutiles : l'absence de Création (le Néant) , ça n'intéresse
personne . Adam lui-même , dans son champ qu'éclaire une maigre lune , regrette d'avoir ,
par sa sortie inopinée , offensé son Créateur .
d'une conférence que Dieu donne à l'Humanité . Adam et Ève , en tant que potentialité de
l'espèce , y sont conviés . On remplit les salles avec ce qu'on a sous la main . Ève , râvie :
à l'entracte , elle distribuera les esquimaux , oeuvres de Dieu comme toutes choses et un
peu de la Société Gervais . Adam , morose : ça l'embête cette conférence . Il a autre chose
à faire mais Dieu l'a invité ; il n'a pas pu se défiler .
C'est l'heure . Adam et Ève sont assis côte à côte sur le pupitre d'écolier . Ève lève le
doigt :
- "Je peux faire pipi ?"
- Dieu : "Dépêche-toi , Ève … tu ne pouvais pas y penser avant ?"
Ève sort . En attendant , Dieu remue ses papiers pour meubler cette préface urologique .
Seul avec Adam qu'il devine mal disposé , il ne sait pas quoi dire alors , remuer ses papiers ,
ça lui donne une contenance .
Ève se rasseoit .
- Dieu : "Bon , on peut commencer ?"
- Ève , enjouée , repasse sa natte par-dessus son épaule nue : "Vas-y , Di-Di … on t'écoute"
- Adam , maussade : "Ouais … vas-y"
- Dieu , docte : "Si je vous ai réuni ce soir - c'est un plaisir de vous voir si nombreux - c'est …"
- Ève : "Ben !? … on n'est que deux !"
- Dieu : "Ève … c'est pas si mal … c'est pour vous faire part d'une question qui …"
- Ève : "Quelle question ?"
- Dieu : "J'allais y venir … la question de …"
- Ève : "J'adore les questions !"
- Adam : "Bon , tais-toi ! … laisse-le parler à la fin !"
- Ève frappe l'épaule d'Adam : "Ah , m'embête pas ! … j'dis c'que j'veux !"
- Dieu : "Ève !"
- Ève : "……………."
- Dieu : "La question est la suivante : ai-je bien fait de créer un monde ?"
- Ricanement . C'est Adam .
- Dieu : "Qu'est-ce qu'il y a , Adam ?"
- Adam : "Vas-y … continue … t'as bien fait ou pas ?"
- Dieu : "Euh … c'est le thème de ma conférence … il y a des développements"
- Adam se lève et sort . Avant de fermer la porte : "Un monde ou pas ? … on s'en fout :
il est là"
Triste soirée . Ève suce sans plaisir un Crokim à la fraise , l'esquimau à 2 coups de
Gervais . Dieu range ses papiers inutiles : l'absence de Création (le Néant) , ça n'intéresse
personne . Adam lui-même , dans son champ qu'éclaire une maigre lune , regrette d'avoir ,
par sa sortie inopinée , offensé son Créateur .
dimanche 25 novembre 2018
COTE 137 . 114 . PORCELAINE DE SAXE
Fait exceptionnel , proprement insolite : il fait beau ! . Le soleil brille au-dessus du
champ de bataille . Un oiseau chante , puis deux , puis une multitude . J'essaie de les
reconnaître : moineaux , une grive , le tsiih d'un rouge-gorge et autre chose aussi , un
bruissement léger . Qu'est-ce que c'est ? . Il n'existe plus ni chênes ni hêtres ni arbres
d'aucune sorte dans le secteur et pourtant ce sont bien leurs feuilles qu'agite un vent
désinvolte . Pas la moindre canonnade . Émerge d'une brume délicate comme on en
voyait avant la guerre les matins d'été le clocher de Montrepont . Mais c'est impossible :
Montrepont n'existe plus . Martial , le capitaine , Bertin et un général - je ne reviens pas
sur son nom : Devernay … Debernet … De quelque chose , mais qu'importe , un général -
tapent le carton . Ils sont sortis de la tranchée et ont planté quatre sièges défoncés autour
d'une caisse de biscuits … Martial abat un as de coeur et rafle les mises . De l'autre côté ,
les allemands aussi sont sortis de leurs trous . Ils boivent . L'un d'eux marche sur les mains :
ses camarades applaudissent . Coups de feu . Les allemands lancent des assiettes en l'air …
c'est de la porcelaine de Saxe . Les assiettes montent , montent dans le ciel d'azur , ralen-
tissent , se stabilisent au plus haut de leur course et - pan ! - elles explosent en mille
miettes multicolores . Les boches tirent , puis les nôtres et le général lui-même maintient
un éventail de cartes dans sa main gauche et canarde de la droite avec son revolver .
Martial étale triomphalement des suites de rois , de dames et de valets . On rit , on
s'esclaffe , la porcelaine vole en éclats . Après les assiettes , ce sont des tasses délicates
aux deux épées entrecroisées , plus difficiles à atteindre - certaines échappent au désastre -
des soucoupes , des saucières , des ramequins , une soupière se disloque , puis des verres ,
coupes , flutes en cristal de Bohême éclatent et font sur la cote 137 une pluie de quartz .
Un fridolin m'entre dans les côtes le canon de son fusil : "Komm schon , aufwachen ,
mein freund !" . Je ne comprends pas . Je veux qu'on me foute la paix . "Ich bin müde !"
sont les seuls mots d'allemand que je connais . "Ich bin müde ! … fatigué … ich bin
müde !" . On me secoue . J'ouvre les yeux . Il pleut sur ma capote . Le visage de Martial
est penché sur moi . Il n'est pas rasé . Un énorme nuage noir passe au ras de son casque .
"Qu'est-ce que tu racontes , vieux !? … réveille-toi ! … on attaque dans cinq minutes !"
champ de bataille . Un oiseau chante , puis deux , puis une multitude . J'essaie de les
reconnaître : moineaux , une grive , le tsiih d'un rouge-gorge et autre chose aussi , un
bruissement léger . Qu'est-ce que c'est ? . Il n'existe plus ni chênes ni hêtres ni arbres
d'aucune sorte dans le secteur et pourtant ce sont bien leurs feuilles qu'agite un vent
désinvolte . Pas la moindre canonnade . Émerge d'une brume délicate comme on en
voyait avant la guerre les matins d'été le clocher de Montrepont . Mais c'est impossible :
Montrepont n'existe plus . Martial , le capitaine , Bertin et un général - je ne reviens pas
sur son nom : Devernay … Debernet … De quelque chose , mais qu'importe , un général -
tapent le carton . Ils sont sortis de la tranchée et ont planté quatre sièges défoncés autour
d'une caisse de biscuits … Martial abat un as de coeur et rafle les mises . De l'autre côté ,
les allemands aussi sont sortis de leurs trous . Ils boivent . L'un d'eux marche sur les mains :
ses camarades applaudissent . Coups de feu . Les allemands lancent des assiettes en l'air …
c'est de la porcelaine de Saxe . Les assiettes montent , montent dans le ciel d'azur , ralen-
tissent , se stabilisent au plus haut de leur course et - pan ! - elles explosent en mille
miettes multicolores . Les boches tirent , puis les nôtres et le général lui-même maintient
un éventail de cartes dans sa main gauche et canarde de la droite avec son revolver .
Martial étale triomphalement des suites de rois , de dames et de valets . On rit , on
s'esclaffe , la porcelaine vole en éclats . Après les assiettes , ce sont des tasses délicates
aux deux épées entrecroisées , plus difficiles à atteindre - certaines échappent au désastre -
des soucoupes , des saucières , des ramequins , une soupière se disloque , puis des verres ,
coupes , flutes en cristal de Bohême éclatent et font sur la cote 137 une pluie de quartz .
Un fridolin m'entre dans les côtes le canon de son fusil : "Komm schon , aufwachen ,
mein freund !" . Je ne comprends pas . Je veux qu'on me foute la paix . "Ich bin müde !"
sont les seuls mots d'allemand que je connais . "Ich bin müde ! … fatigué … ich bin
müde !" . On me secoue . J'ouvre les yeux . Il pleut sur ma capote . Le visage de Martial
est penché sur moi . Il n'est pas rasé . Un énorme nuage noir passe au ras de son casque .
"Qu'est-ce que tu racontes , vieux !? … réveille-toi ! … on attaque dans cinq minutes !"
samedi 24 novembre 2018
JULIETTE
Sa soeur Juliette (La soeur de Mike)
Pas vraiment bien dans sa peau .
Sexe , matérialisme , consommation à outrance .
Mike a pris cette photo
(Vous ne la voyez pas , imaginez-la !)
Un dimanche .
C'était dans la maison de Neil ,
Son père ,
A l'embouchure de la Rivière Au Sable
(Lac Huron . Michigan)
Juliette était saoule .
Elle nous a foutu dehors .
Canon EOS 650
Synchro Flash au 1/125 sec .
Pas vraiment bien dans sa peau .
Sexe , matérialisme , consommation à outrance .
Mike a pris cette photo
(Vous ne la voyez pas , imaginez-la !)
Un dimanche .
C'était dans la maison de Neil ,
Son père ,
A l'embouchure de la Rivière Au Sable
(Lac Huron . Michigan)
Juliette était saoule .
Elle nous a foutu dehors .
Canon EOS 650
Synchro Flash au 1/125 sec .
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