Mon père , colonel de hussards (5e Régiment) , trouva sa cousine dans son lit .
Distraitement , sans amour et sans enlever ses bottes , il la pénétra . Je naquis neuf
mois plus tard . La famille me confia au sein d'une nourrice aussi sentimentale qu'un
tank à lait . Une fois sevré , mon géniteur me plaça dans une institution où la prière ,
l'ordre , la propreté et la ponctualité saturaient l'espace . Puis il y eut ce précepteur
prussien - Manfred Von Phull était son nom - armé d'une règle morale et d'une autre
dont je conserve l'ombre bleue sur le dos de la main . Quand je le quittai pour l'armée ,
la tête pleine de sciences dures , de latin et de psalmodie luthérienne , mon adolescence
solitaire et inhabitée avait pris fin . Parce que j'étais le fils de mon père , j'eus d'emblée
le grade de capitaine . Mes dents étaient longues , mon âme inexistante et ma brutalité
coutumière . La guerre permit à mon tempérament de s'exprimer . Je chargeai sabre au
clair en tête de ma compagnie , je gagnai l'estime de mes chefs , des balafres glorieuses ,
des victoires étincelantes ; je brûlai aussi quelques villages . La paix signée , colonel de
hussards comme mon père , je trouvai dans mon lit ma cousine ...
dimanche 7 avril 2019
vendredi 5 avril 2019
BRADERIE
- Combien ?
- Cette coupe ? … 10 €
- 9 €
- Non … 10 … c'est du cristal
- Du cristal !? … 8 €
- (Rire offusqué) … 10 , Monsieur …
- 7 ?
- Quoi ? … qu'est-ce que vous avez dit ?
- 7 … 7 €
- Non … vous plaisantez !?
- Alors : 6 ?
- 6 € pour cette belle coupe en cristal !?
- C'est pas du cristal … 5 €
- Pas du cristal !? … ma coupe ? … (il la retourne) … elle vient de mon grand-père …
et ça ? (il montre le dessous de la coupe où est gravé : "cristal véritable")
- C'est pas du cristal … 4 €
- Non , mon vieux … passez votre chemin …
- 3 ?
- (Rire contrarié , maintenant) … pourquoi pas 2 ?
- J'allais vous le proposer : 2 ?
- ………?………
- 1 ?
- Ok … 1 € … vous êtes le plus fort … elle est à vous pour 1 € cette coupe en cristal
véritable !
- C'est pas du cristal .
- Cette coupe ? … 10 €
- 9 €
- Non … 10 … c'est du cristal
- Du cristal !? … 8 €
- (Rire offusqué) … 10 , Monsieur …
- 7 ?
- Quoi ? … qu'est-ce que vous avez dit ?
- 7 … 7 €
- Non … vous plaisantez !?
- Alors : 6 ?
- 6 € pour cette belle coupe en cristal !?
- C'est pas du cristal … 5 €
- Pas du cristal !? … ma coupe ? … (il la retourne) … elle vient de mon grand-père …
et ça ? (il montre le dessous de la coupe où est gravé : "cristal véritable")
- C'est pas du cristal … 4 €
- Non , mon vieux … passez votre chemin …
- 3 ?
- (Rire contrarié , maintenant) … pourquoi pas 2 ?
- J'allais vous le proposer : 2 ?
- ………?………
- 1 ?
- Ok … 1 € … vous êtes le plus fort … elle est à vous pour 1 € cette coupe en cristal
véritable !
- C'est pas du cristal .
jeudi 4 avril 2019
L'ÉTÉ X
Avec un petit verre de vin
L'été
Je devrais être content …
Or le ciel s'agrippe à ma table :
Prends garde ! , dit-il
(C'est le ciel qui parle
Ou peut-être , à travers lui ,
L'été .
Ou l'oiseau descendu de son arbre ?)
Prends garde ,
Prends gaaaaarde !
L'été
Je devrais être content …
Or le ciel s'agrippe à ma table :
Prends garde ! , dit-il
(C'est le ciel qui parle
Ou peut-être , à travers lui ,
L'été .
Ou l'oiseau descendu de son arbre ?)
Prends garde ,
Prends gaaaaarde !
mercredi 3 avril 2019
CARTE POSTALE
Carte postale de Tomas de Torquemada adressée du Parc Disney Land de Marne la
Vallée au Doux Jésus :
Comme je ne suis plus rien pour Toi , Mon Doux Jésus (m'as-tu vraiment oublié ?) ,
j'ai fait des enfants . Ils me ressemblent (c'est incroyable comme ils me ressemblent !)
et ils t'adorent . Je vis ternement , sans éclat et sans gloire mais ils illuminent mon grand
âge . Ils portent le feu purificateur . Ils versent le sang du sacrifice . C'est pour Toi qu'ils
posent leurs bombes et égorgent les innocents et c'est à quoi je me raccroche pour ne
pas sombrer : la Tradition survit . On brûle ceux qui ne croient pas en Ton Amour et on
répand leur hémoglobine sur le pavé des villes . Voilà les dernières nouvelles de la famille .
Mes enfants , mes tendres , mes sanguinaires , mes enfants exaltés sont ma consolation .
Mais , Doux Jésus , que je suis malheureux ! . Je me morfonds dans Ta Banlieue . La
ligne B du RER est en grève perlée ; elle m'exclut de Ta Contemplation ! . Mes actions
de grâce , mes louanges se perdent dans l'interconnexion . Ô mon Bien-Aimé , je doute
que cette carte te parvienne car Tes cerbères veillent . Je t'embrasse .
Phantom Manor . Parc Disneyland . Marne la Vallée .
Vallée au Doux Jésus :
Comme je ne suis plus rien pour Toi , Mon Doux Jésus (m'as-tu vraiment oublié ?) ,
j'ai fait des enfants . Ils me ressemblent (c'est incroyable comme ils me ressemblent !)
et ils t'adorent . Je vis ternement , sans éclat et sans gloire mais ils illuminent mon grand
âge . Ils portent le feu purificateur . Ils versent le sang du sacrifice . C'est pour Toi qu'ils
posent leurs bombes et égorgent les innocents et c'est à quoi je me raccroche pour ne
pas sombrer : la Tradition survit . On brûle ceux qui ne croient pas en Ton Amour et on
répand leur hémoglobine sur le pavé des villes . Voilà les dernières nouvelles de la famille .
Mes enfants , mes tendres , mes sanguinaires , mes enfants exaltés sont ma consolation .
Mais , Doux Jésus , que je suis malheureux ! . Je me morfonds dans Ta Banlieue . La
ligne B du RER est en grève perlée ; elle m'exclut de Ta Contemplation ! . Mes actions
de grâce , mes louanges se perdent dans l'interconnexion . Ô mon Bien-Aimé , je doute
que cette carte te parvienne car Tes cerbères veillent . Je t'embrasse .
Phantom Manor . Parc Disneyland . Marne la Vallée .
5e AVENUE
New York . Vous avez déjeuné au Keens Steakhouse . Vous avez payé l'addition
(pas donnée mais bon rapport qualité-prix) . Prenez la Fifth Avenue en remontant vers
Central Park . Juste après le Rockfeller Center , il y a - il faut chercher , peu de gens
connaissent ce passage - une brèche dans un mur , entre la 51e et la 52e rue . Si vous
avez le sens (et le goût) de l'aventure , glissez-vous dans cet interstice . Ça n'est pas
facile , encore faut-il être mince et n'avoir pas abusé des côtelettes du Keens . Mais une
fois introduit , le passage s'élargit , il y a un coude à 90° assez aisément négociable .
Là débute ce qu'on peut appeler un sentier . Vous remarquez que la rumeur de la ville
s'est estompée , qu'elle s'estompe encore et que très vite vous ne l'entendez plus . C'est
que vous êtes dans une forêt de conifères , des sapins de Douglas principalement dont
les aiguilles molles et souples étouffent les sons . Avancez ! … ça sent la citronnelle ,
non ? . Un petit quart d'heure de marche entre les troncs géants , 60 mètres en moyenne
(qu'il est agréable ce tapis élastique !) et la forêt se diversifie : des feuillus , chênes ,
hêtres , bouleaux . Si vous passez par là la nuit avec une lampe frontale vous pourrez
peut-être surprendre un opossum se déplaçant lentement dans les arbres ou suspendu
à une branche par sa queue préhensile , mais qui irait s'aventurer la nuit entre la 51e et
la 52e rue !? . Puis une clairière de très vieux magnolias balançant au gré d'un courant
d'air leurs grandes feuilles alternes et leurs fleurs blanc rosé en forme de coupes ,
entracte bien venu de votre randonnée d'autant que deux abeilles , comme pour vous
distraire , se disputent le pollen d'un séneçon . Plus loin encore , marcher trois heures
d'un bon pas , le paysage s'éclaire . En route , vous n'aurez pas perdu votre temps ni
gâché votre plaisir : vous aurez observé des chardonnerets se goinfrant de monades
et admiré l'iridescense du plumage d'un colibri . Mais vous êtes maintenant à la fron-
tière des hautes plaines , le pays des prairies et vous devinez au-delà d'elles (si le temps
est clair) des étendues herbeuses immenses , plus loin encore (prévoir une paire de
fortes jumelles) des déserts parsemés d'arbustes ratatinés , de buissons épineux que
broutent quelques bisons , et d'euphorbes candélabres . Au fond , des montagnes et ,
encore , des forêts … est-ce que ça ne valait pas le coup de quitter la Cinquième
Avenue et ses boutiques de luxe ?
(pas donnée mais bon rapport qualité-prix) . Prenez la Fifth Avenue en remontant vers
Central Park . Juste après le Rockfeller Center , il y a - il faut chercher , peu de gens
connaissent ce passage - une brèche dans un mur , entre la 51e et la 52e rue . Si vous
avez le sens (et le goût) de l'aventure , glissez-vous dans cet interstice . Ça n'est pas
facile , encore faut-il être mince et n'avoir pas abusé des côtelettes du Keens . Mais une
fois introduit , le passage s'élargit , il y a un coude à 90° assez aisément négociable .
Là débute ce qu'on peut appeler un sentier . Vous remarquez que la rumeur de la ville
s'est estompée , qu'elle s'estompe encore et que très vite vous ne l'entendez plus . C'est
que vous êtes dans une forêt de conifères , des sapins de Douglas principalement dont
les aiguilles molles et souples étouffent les sons . Avancez ! … ça sent la citronnelle ,
non ? . Un petit quart d'heure de marche entre les troncs géants , 60 mètres en moyenne
(qu'il est agréable ce tapis élastique !) et la forêt se diversifie : des feuillus , chênes ,
hêtres , bouleaux . Si vous passez par là la nuit avec une lampe frontale vous pourrez
peut-être surprendre un opossum se déplaçant lentement dans les arbres ou suspendu
à une branche par sa queue préhensile , mais qui irait s'aventurer la nuit entre la 51e et
la 52e rue !? . Puis une clairière de très vieux magnolias balançant au gré d'un courant
d'air leurs grandes feuilles alternes et leurs fleurs blanc rosé en forme de coupes ,
entracte bien venu de votre randonnée d'autant que deux abeilles , comme pour vous
distraire , se disputent le pollen d'un séneçon . Plus loin encore , marcher trois heures
d'un bon pas , le paysage s'éclaire . En route , vous n'aurez pas perdu votre temps ni
gâché votre plaisir : vous aurez observé des chardonnerets se goinfrant de monades
et admiré l'iridescense du plumage d'un colibri . Mais vous êtes maintenant à la fron-
tière des hautes plaines , le pays des prairies et vous devinez au-delà d'elles (si le temps
est clair) des étendues herbeuses immenses , plus loin encore (prévoir une paire de
fortes jumelles) des déserts parsemés d'arbustes ratatinés , de buissons épineux que
broutent quelques bisons , et d'euphorbes candélabres . Au fond , des montagnes et ,
encore , des forêts … est-ce que ça ne valait pas le coup de quitter la Cinquième
Avenue et ses boutiques de luxe ?
mardi 2 avril 2019
KRANT 160 . DES PAPOUS À LA POUPE
A l'autre bout du monde , il nous arriva de devoir réparer une avarie . Nous n'avions
pas toujours les outils appropriés mais , chaque fois , nous trouvâmes sur place des
hommes habiles . Après avoir doublé Cape Ward Hunt sur le 8e parallèle , nous filions
vers le sud quand notre gouvernail accrocha une épave dérivante . Bien que le dommage
semblât bénin , il était prudent de procéder à des vérifications . Le capitaine décida de
mouiller devant Gona . A peine avions nous jeté l'ancre qu'une pirogue chargée de
quatre Papous complètement nus émergea de la mangrove . Quand elle fut contre
notre bordage , Monsieur Lee dit quelques mots à celui qui paraissait être le chef .
La pirogue glissa contre notre flanc jusqu'à la poupe . Deux des sauvages sautèrent à
l'eau . Nous pouvions voir de là-haut que la mèche du gouvernail avait pris un coup au
niveau de la jaumière . Sans dire un mot , les quatre Papous repartirent vers la terre .
"Nous réparerons à Tufi où il y a un bassin de radoub" dit le capitaine , mais avant
que je sois descendu aux machines , les Papous revenaient vers nous à toutes pagaies .
- Krant : "Attendez , chef !"
La pirogue approchait . Elle portait une sorte de forge de l'aube des temps .
Monsieur Lee palabra .
- Krant : "Que veulent-ils ?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi … ils vont réparer … ils savent faire …"
- Krant . Il me sembla que sa pipe souriait : "Ils savent faire ? … et bien , qu'ils fassent !"
- Le timonier : "Comment , capitaine ! … ces sauvages … tout nus ! … réparer mon
gouvernail !?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi !"
Groupé sur la poupe du Kritik , l'équipage assista à une métallurgie primitive .
Dix ans plus tard , la mèche de notre gouvernail est la pièce la plus sûre de notre steamer ...
pas toujours les outils appropriés mais , chaque fois , nous trouvâmes sur place des
hommes habiles . Après avoir doublé Cape Ward Hunt sur le 8e parallèle , nous filions
vers le sud quand notre gouvernail accrocha une épave dérivante . Bien que le dommage
semblât bénin , il était prudent de procéder à des vérifications . Le capitaine décida de
mouiller devant Gona . A peine avions nous jeté l'ancre qu'une pirogue chargée de
quatre Papous complètement nus émergea de la mangrove . Quand elle fut contre
notre bordage , Monsieur Lee dit quelques mots à celui qui paraissait être le chef .
La pirogue glissa contre notre flanc jusqu'à la poupe . Deux des sauvages sautèrent à
l'eau . Nous pouvions voir de là-haut que la mèche du gouvernail avait pris un coup au
niveau de la jaumière . Sans dire un mot , les quatre Papous repartirent vers la terre .
"Nous réparerons à Tufi où il y a un bassin de radoub" dit le capitaine , mais avant
que je sois descendu aux machines , les Papous revenaient vers nous à toutes pagaies .
- Krant : "Attendez , chef !"
La pirogue approchait . Elle portait une sorte de forge de l'aube des temps .
Monsieur Lee palabra .
- Krant : "Que veulent-ils ?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi … ils vont réparer … ils savent faire …"
- Krant . Il me sembla que sa pipe souriait : "Ils savent faire ? … et bien , qu'ils fassent !"
- Le timonier : "Comment , capitaine ! … ces sauvages … tout nus ! … réparer mon
gouvernail !?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi !"
Groupé sur la poupe du Kritik , l'équipage assista à une métallurgie primitive .
Dix ans plus tard , la mèche de notre gouvernail est la pièce la plus sûre de notre steamer ...
lundi 1 avril 2019
TROIS MOUCHES 150 . CARTES À JOUER (Pnine V)
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .
Le père de Berthe , qui portait une chemise très blanche ouverte sur le cou et un blazer très
noir , était assis derrière un vaste bureau et sa moitié supérieure réfléchie en jumeau
tête-bêche sur la surface polie à glace , le transformait en figure de carte à jouer .
Berthe , assise sur la surface polie de mon bureau , portait un vaste chapeau de paille .
Elle ouvrit le blazer et la chemise de mon jumeau et bourdonna dans son cou comme une
mouche . Elle ne réfléchissait qu'à moitié . A quoi jouait-elle ? . Un père blanc , à la figure
supérieure , noire et glacée , les transforma tête-bêche en carte à jouer .
Mon père portait un chapeau et jouait aux cartes avec son jumeau . Derrière , dans mon
bureau , une glace polie réfléchissait la merveilleuse figure de Berthe , son cou très blanc
et la moitié supérieure de sa chemise ouverte . Trois mouches , assises tête-bêche sur la
surface de mon blazer , transformaient en paille mes noirs bourdonnements .
Le père de Berthe , qui portait une chemise très blanche ouverte sur le cou et un blazer très
noir , était assis derrière un vaste bureau et sa moitié supérieure réfléchie en jumeau
tête-bêche sur la surface polie à glace , le transformait en figure de carte à jouer .
Berthe , assise sur la surface polie de mon bureau , portait un vaste chapeau de paille .
Elle ouvrit le blazer et la chemise de mon jumeau et bourdonna dans son cou comme une
mouche . Elle ne réfléchissait qu'à moitié . A quoi jouait-elle ? . Un père blanc , à la figure
supérieure , noire et glacée , les transforma tête-bêche en carte à jouer .
Mon père portait un chapeau et jouait aux cartes avec son jumeau . Derrière , dans mon
bureau , une glace polie réfléchissait la merveilleuse figure de Berthe , son cou très blanc
et la moitié supérieure de sa chemise ouverte . Trois mouches , assises tête-bêche sur la
surface de mon blazer , transformaient en paille mes noirs bourdonnements .
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