- "Merde !" . Martial est assis sur une chaise bancale dont les pieds s'enfoncent
inégalement dans la boue de la tranchée . Le dossier lourdement appuyé contre
les rondins de l'abri où le capitaine étudie les cartes du secteur sauve Martial et
son siège d'un irrémédiable naufrage . Il fume son infect perlot et a déployé
devant lui les feuilles d'un journal : "Le Gaulois" .
- "Merde !" . Il abat son journal sur ses genoux et me regarde sans me regarder .
- Moi , vaguement inquiet . Quelle mauvaise nouvelle viendrait-elle de l'arrière ? :
"Quoi ? … qu'est-ce qui se passe ?"
- Martial : "William Cody est mort !"
- Moi : "Qui ?"
- Martial tourne la tête vers la porte ouverte du capitaine : "Mon capitaine ! …
William Cody est mort !"
- Le capitaine , de l'intérieur de l'abri : "Qui ?"
- Martial reprend la lecture de son article : "Comment !? … vous ne savez pas qui
est William Cody !?"
- Le capitaine et moi , à l'unisson : "Euh … non … qui est-ce ?"
- Martial : "Le Faroueste … les bisons … vous n'êtes pas allés voir le Ouildeouèstecho ?"
- Le capitaine passe la tête par la porte de la cagna : "Ah , vous voulez dire le Wild
West Show ?" , prononce-t-il dans un anglais impeccable .
- Martial : "Oui , mon capitaine … comme vous dites … vous l'avez vu ?
- Le capitaine : "Oui , je l'ai vu … au pied de la Tour Eiffel … quel spectacle !"
- Martial : "Vous savez donc qui est William Cody …"
- Le capitaine : "Oui … Buffalo Bill , bien entendu !"
- Moi : "Buffalo Bill !? … il est mort ?"
- Le capitaine , incrédule : "Buffalo Bill est mort ?"
- Martial : "C'est ce que je me tue à vous dire !" … soulevant les feuilles de son journal :
"C'est écrit là-dedans !"
- Le capitaine guigne la pipe de Martial : "Cancer du poumon ?"
- Martial replonge dans "Le Gaulois" : "Est-ce qu'ils le disent ? … ah , voilà : William
Cody est mort à Denver . Colorado . d'une insuffisance rénale"
- Le capitaine : "Une insuffisance rénale ?"
- Martial replie les feuilles du journal et propose son diagnostic : "Mangeais trop de bison"
vendredi 6 décembre 2019
jeudi 5 décembre 2019
L'AUTOMNE 4
Enluminures automnales
Ornent de marges
Vos masques ,
Ô femmes …
Peinturlurent vos lèvres
D'amertume
Et vos paupières closes
De cils mordorés .
Marbrent de bleu
Vos fronts devenus froids
Et que dire
De vos mains ?
Ornent de marges
Vos masques ,
Ô femmes …
Peinturlurent vos lèvres
D'amertume
Et vos paupières closes
De cils mordorés .
Marbrent de bleu
Vos fronts devenus froids
Et que dire
De vos mains ?
mercredi 4 décembre 2019
TROIS MOUCHES 173 . MRS DALLOWAY
Comme la soirée était très chaude et que les vendeurs de journaux passaient avec
des panneaux proclamant en énormes lettres rouges qu'il y avait une vague de chaleur ,
que trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre leur chapeau de
paille , on avait mis des chaises en osier sur les marches de l'hôtel et là , sirotant , fumant ,
des messieurs à l'air indifférent étaient assis . Berthe également .
Trois messieurs sirotaient à la paille leur rouge vermeil , assis sur des chaises en osier ,
indifférents aux mouches en chaleur qui proclamaient en bourdonnements énormes que
la soirée était chaude . Sur les marches de l'hôtel , contre des panneaux qu'on avait mis là ,
l'air également vague et lettré , Berthe chapeautée vendait en fumant des journaux aux
passants .
Trois vendeurs de chapeaux de paille fumaient sur les marches de l'hôtel . La chaleur
passait comme une énorme vague sur leurs chaises qu'on avait mises là . En lettres rouges ,
les journaux proclamaient que la soirée serait chaude et qu'également , les messieurs assis
contre les panneaux d'osier auraient le bourdon . Berthe , l'air merveilleusement indif-
férent , sirotait .
des panneaux proclamant en énormes lettres rouges qu'il y avait une vague de chaleur ,
que trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre leur chapeau de
paille , on avait mis des chaises en osier sur les marches de l'hôtel et là , sirotant , fumant ,
des messieurs à l'air indifférent étaient assis . Berthe également .
Trois messieurs sirotaient à la paille leur rouge vermeil , assis sur des chaises en osier ,
indifférents aux mouches en chaleur qui proclamaient en bourdonnements énormes que
la soirée était chaude . Sur les marches de l'hôtel , contre des panneaux qu'on avait mis là ,
l'air également vague et lettré , Berthe chapeautée vendait en fumant des journaux aux
passants .
Trois vendeurs de chapeaux de paille fumaient sur les marches de l'hôtel . La chaleur
passait comme une énorme vague sur leurs chaises qu'on avait mises là . En lettres rouges ,
les journaux proclamaient que la soirée serait chaude et qu'également , les messieurs assis
contre les panneaux d'osier auraient le bourdon . Berthe , l'air merveilleusement indif-
férent , sirotait .
mardi 3 décembre 2019
KRANT 187 . LES DIEUX
Sur un quai de Lekir , nous trouvâmes un homme dépenaillé qui , semble-t-il ,
avait perdu la raison . C'était un européen . Il devait être anglais mais il avait perdu
avec la raison l'usage de sa langue maternelle . A ce que nous comprîmes , il avait
vécu 40 ans au milieu des marais qui bordent la rivière Perak dans la Province du
même nom . Il avait été missionnaire bredouilla-t-il . L'homme était assis sur une
bitte d'amarrage . Monsieur Lee s'accroupit à côté de lui et , posant sa main sur
celle de l'homme , il l'entreprit dans un malais local . Le regard mort de l'ex-mission-
naire sembla revivre un peu . Il se mit à répondre à Monsieur Lee par phrases
bégayantes mais les hochements de notre cuisinier signifiait qu'elles avaient une
cohérence .
Au bout d'une demi-heure de ce conciliabule qui nous était hermétique , Monsieur
Lee se releva , tapota l'épaule de l'homme comme un encouragement à aller jusqu'au
bout de son chemin de croix . Nous nous éloignâmes , laissant le malheureux prostré
sur son bollard . Au moment de monter par l'échelle de coupée du Kritik , Toms
demanda à Monsieur Lee :
- "Que vous a dit ce hère ?"
- Monsieur Lee sourit : "Ce hère est dans la confusion"
- Toms et moi : "……..?………"
- Monsieur Lee : "Cet homme est venu ici il y a 40 ans pour enseigner qu'il n'y a
qu'un Dieu"
- Toms : "N'est-ce pas le cas , Monsieur Lee ?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi …"
- Toms et moi : "……..?………"
- Monsieur Lee : "Il y a ici un dieu par plante … un dieu pour chaque insecte du marais
… pour chaque poisson de la rivière … il y a un dieu pour chaque animal de la forêt …"
avait perdu la raison . C'était un européen . Il devait être anglais mais il avait perdu
avec la raison l'usage de sa langue maternelle . A ce que nous comprîmes , il avait
vécu 40 ans au milieu des marais qui bordent la rivière Perak dans la Province du
même nom . Il avait été missionnaire bredouilla-t-il . L'homme était assis sur une
bitte d'amarrage . Monsieur Lee s'accroupit à côté de lui et , posant sa main sur
celle de l'homme , il l'entreprit dans un malais local . Le regard mort de l'ex-mission-
naire sembla revivre un peu . Il se mit à répondre à Monsieur Lee par phrases
bégayantes mais les hochements de notre cuisinier signifiait qu'elles avaient une
cohérence .
Au bout d'une demi-heure de ce conciliabule qui nous était hermétique , Monsieur
Lee se releva , tapota l'épaule de l'homme comme un encouragement à aller jusqu'au
bout de son chemin de croix . Nous nous éloignâmes , laissant le malheureux prostré
sur son bollard . Au moment de monter par l'échelle de coupée du Kritik , Toms
demanda à Monsieur Lee :
- "Que vous a dit ce hère ?"
- Monsieur Lee sourit : "Ce hère est dans la confusion"
- Toms et moi : "……..?………"
- Monsieur Lee : "Cet homme est venu ici il y a 40 ans pour enseigner qu'il n'y a
qu'un Dieu"
- Toms : "N'est-ce pas le cas , Monsieur Lee ?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi …"
- Toms et moi : "……..?………"
- Monsieur Lee : "Il y a ici un dieu par plante … un dieu pour chaque insecte du marais
… pour chaque poisson de la rivière … il y a un dieu pour chaque animal de la forêt …"
PARADIS 121 . BLANCHE 7.2
Dieu aurait fait l'Homme pour "sentir la terre" . C'est ce qu'il prétend : pour se
glisser dans ses créatures et jouir , à travers elles , de sa création . Ce n'est pas l'avis
d'Adam .
- Adam : "Je ne suis pas d'accord !"
- Dieu : "Pas d'accord avec quoi ?"
Dieu et l'Homme sont assis de part et d'autre de l'établi où - nous disent les Écritures -
toutes choses furent faites . Dieu a servi à l'Homme une blanche 7.2 (Kro) , preuve qu'il
est ouvert à un échange honnête , voire constructif . Ève est en retrait parce que ces
arguties , elle s'en fout .
- Adam : "Tu n'as pas créé l'Homme !"
- Dieu : Qu'est-ce que tu racontes !? …"
- Adam lève les yeux au ciel : "Soit disant pour "sentir la terre !"
- Dieu : "Exactement !"
- Adam : "Non-non ! … c'est l'Homme qui a créé Dieu , c'est bien connu !"
- Dieu : "Renversant ! … proprement renversant ! … tu entends ça , Ève !?"
- Ève : "Bof ! … où qui sont tes bonbons à la menthe ?"
- Dieu : "Tiroir de droite"
- Adam se met une gorgée de blanche derrière la pomme .
- Dieu : "M'expliqueras-tu pourquoi tu m'as créé ?"
- Adam , quelque peu solennel : "Pour accéder à la Transcendance"
- Dieu : "Mon pauvre vieux ! … c'est idiot ! … accéder à l'inaccessible !"
- Adam : "Je suis d'accord avec toi : c'est idiot !"
- Dieu : "Ah , tu l'admets !"
- Adam : "Mais c'est pas parce que c'est idiot que l'Homme ne t'as pas créé !"
- Dieu : "Je ne te suis pas , Adam ! … si c'est idiot , pourquoi l'a-t-il fait ?"
- Adam : "Parce que l'Homme peut faire des idioties"
- Dieu : "Ça , je te l'accorde volontiers"
- Adam : "Et s'il fait des idioties , c'est un peu de ta faute …"
- Dieu : "De ma faute !? … de quelle faute puis-je être l'auteur si je n'existe pas ?"
- Adam : "Tu existes !"
- Dieu : Ah , enfin … CQFD"
- Adam : "Tu existes comme existent les mirages"
- Ève : "Je les trouve pas"
- Dieu : "Je t'ai dit à droite , Ève ! … pas à gauche !"
- Adam : "Tu es … tu es une illusion d'optique … une déviation de la lumière …
une erreur … une aberration … une oasis fantôme …"
- Dieu : "Et cette blanche , elle existe ?"
- Ève : "Y a rien dans le tiroir de droite …"
glisser dans ses créatures et jouir , à travers elles , de sa création . Ce n'est pas l'avis
d'Adam .
- Adam : "Je ne suis pas d'accord !"
- Dieu : "Pas d'accord avec quoi ?"
Dieu et l'Homme sont assis de part et d'autre de l'établi où - nous disent les Écritures -
toutes choses furent faites . Dieu a servi à l'Homme une blanche 7.2 (Kro) , preuve qu'il
est ouvert à un échange honnête , voire constructif . Ève est en retrait parce que ces
arguties , elle s'en fout .
- Adam : "Tu n'as pas créé l'Homme !"
- Dieu : Qu'est-ce que tu racontes !? …"
- Adam lève les yeux au ciel : "Soit disant pour "sentir la terre !"
- Dieu : "Exactement !"
- Adam : "Non-non ! … c'est l'Homme qui a créé Dieu , c'est bien connu !"
- Dieu : "Renversant ! … proprement renversant ! … tu entends ça , Ève !?"
- Ève : "Bof ! … où qui sont tes bonbons à la menthe ?"
- Dieu : "Tiroir de droite"
- Adam se met une gorgée de blanche derrière la pomme .
- Dieu : "M'expliqueras-tu pourquoi tu m'as créé ?"
- Adam , quelque peu solennel : "Pour accéder à la Transcendance"
- Dieu : "Mon pauvre vieux ! … c'est idiot ! … accéder à l'inaccessible !"
- Adam : "Je suis d'accord avec toi : c'est idiot !"
- Dieu : "Ah , tu l'admets !"
- Adam : "Mais c'est pas parce que c'est idiot que l'Homme ne t'as pas créé !"
- Dieu : "Je ne te suis pas , Adam ! … si c'est idiot , pourquoi l'a-t-il fait ?"
- Adam : "Parce que l'Homme peut faire des idioties"
- Dieu : "Ça , je te l'accorde volontiers"
- Adam : "Et s'il fait des idioties , c'est un peu de ta faute …"
- Dieu : "De ma faute !? … de quelle faute puis-je être l'auteur si je n'existe pas ?"
- Adam : "Tu existes !"
- Dieu : Ah , enfin … CQFD"
- Adam : "Tu existes comme existent les mirages"
- Ève : "Je les trouve pas"
- Dieu : "Je t'ai dit à droite , Ève ! … pas à gauche !"
- Adam : "Tu es … tu es une illusion d'optique … une déviation de la lumière …
une erreur … une aberration … une oasis fantôme …"
- Dieu : "Et cette blanche , elle existe ?"
- Ève : "Y a rien dans le tiroir de droite …"
dimanche 1 décembre 2019
NÉNÉ
Elle s'est présentée un soir à la porte de l'appartement que j'occupais au 5e étage
dans une rue de Niort . Elle venait de Gorée . L'Île de Gorée , dans la baie de Dakar .
Ce qu'elle voulait : m'épouser . Je l'ai fait entrer , elle a posé ses valises , et j'ai débou-
ché la seule bouteille que j'avais au frigo : un cidre de Normandie brut bouché dont ,
je l'avoue , j'avais complètement oublié qui me l'avait offert . Monia ? … Gaby ? …
ou Zerline ? … Mais pour le moment , j'avais trois questions pour Néné , car elle me
l'apprit : elle se prénommait Néné . Aimait-elle le cidre ? , est-ce que ça l'embêtait si
celui-ci était largement passé de date (de fait , il ne pétillait plus) et pourquoi - nous ne
nous connaissions absolument pas , nous ne nous étions jamais rencontrés , nous
n'avions tenu aucune correspondance - elle voulait m'épouser ? . Elle me répondit
qu'elle adorait le cidre bouché de Normandie , surtout s'il ne pétillait plus , qu'en outre
elle avait vachement soif . Avant de répondre à la question subalterne du mariage , elle
tourna la tête , puis les épaules , puis le buste , le bassin et toujours sa tête tournait avec
un cran d'avance sur le reste de son corps , elle s'agenouilla sur le canapé pour retrouver
finalement sa position d'origine , assise en face de moi . "C'est vous qui avez tapissé ?" ,
dit-elle . J'acquiesçai puisque , en effet , j'avais couvert la totalité des murs de l'appar-
tement et les plafonds avec le même papier - 50 rouleaux ! - un imprimé de cactus
hilarant . "J'ai le même à la maison" . Moi : "A la maison ?" . Elle : "A Gorée" .
Bizarrement , notre mariage ne s'est pas fait ...
dans une rue de Niort . Elle venait de Gorée . L'Île de Gorée , dans la baie de Dakar .
Ce qu'elle voulait : m'épouser . Je l'ai fait entrer , elle a posé ses valises , et j'ai débou-
ché la seule bouteille que j'avais au frigo : un cidre de Normandie brut bouché dont ,
je l'avoue , j'avais complètement oublié qui me l'avait offert . Monia ? … Gaby ? …
ou Zerline ? … Mais pour le moment , j'avais trois questions pour Néné , car elle me
l'apprit : elle se prénommait Néné . Aimait-elle le cidre ? , est-ce que ça l'embêtait si
celui-ci était largement passé de date (de fait , il ne pétillait plus) et pourquoi - nous ne
nous connaissions absolument pas , nous ne nous étions jamais rencontrés , nous
n'avions tenu aucune correspondance - elle voulait m'épouser ? . Elle me répondit
qu'elle adorait le cidre bouché de Normandie , surtout s'il ne pétillait plus , qu'en outre
elle avait vachement soif . Avant de répondre à la question subalterne du mariage , elle
tourna la tête , puis les épaules , puis le buste , le bassin et toujours sa tête tournait avec
un cran d'avance sur le reste de son corps , elle s'agenouilla sur le canapé pour retrouver
finalement sa position d'origine , assise en face de moi . "C'est vous qui avez tapissé ?" ,
dit-elle . J'acquiesçai puisque , en effet , j'avais couvert la totalité des murs de l'appar-
tement et les plafonds avec le même papier - 50 rouleaux ! - un imprimé de cactus
hilarant . "J'ai le même à la maison" . Moi : "A la maison ?" . Elle : "A Gorée" .
Bizarrement , notre mariage ne s'est pas fait ...
DESMOND 119 . SURTENSION ET PERCOLATEUR
Petit déjeuner dans la Family Dining Room à l'invitation du Président . Au menu :
fruits frais , bouillie à la crème et café . Nous sommes trois : le Président , Kissinger
et moi .
- Le Président : "Dites donc , Henry , vous les usez vos collaborateurs : Eagleburger
à l'hôpital , Tony Lake essoré en moins d'un an et , maintenant , ce pauvre Winston
Lord vient pleurer dans mes jupes !"
- Kissinger : "Monsieur le Président , ils sont nuls !"
- Le Président : "Nuls !? … Lake ? … Lord ? … la fine fleur de notre diplomatie ?"
- Kissinger : "Mister President , si je ne fais pas tout moi-même …"
- Le Président : "N'exagérez pas , Henry … Winston est diplômé de Yale , primé par le
Pentagone , primé par le Département d'État … et avec un tel assistant , vous devez tout
faire !?"
- Kissinger : "Hélas , Monsieur le Président … vous savez que Lord m'a accompagné
pendant ce voyage secret à Pékin … il n'a dit que des conneries"
Le Président regarde les pendeloques du lustre suspendu au-dessus de la table comme
s'il y cherchait une explication ; puis il pointe de son long index une console dans un coin
de la salle à manger : "Voyez-vous ceci , Henry ?"
- Kissinger : "Yes , Mister President : c'est une console en acajou d'époque Louis XVI
… je dirais : vers 1780 … dans le goût de Roentgen …"
- Le Président : "Ah , Henry , je sais que vous êtes un fin connaisseur de ces vieilles
choses ! … ces vieilles choses françaises … je vous parle , moi , de l'appareil qui se
trouve sur la console … vous savez ce que c'est ?"
- Kissinger : "Non , je l'ignore , Monsieur le Président"
- Le Président : "Vous l'ignorez !? … c'est cependant un objet banal dont tout le monde
se sert … un percolateur"
- Kissinger : "Un ?"
- Le Président : "Un percolateur … en d'autres termes : une machine à café … pouvez-
vous nous faire trois tasses , Henry ?"
- Kissinger : "Je n'ai aucune compétence dans ce domaine"
- Le Président , à moi : "Desmond ! … démonstration !"
- Je me lève , je remplis le percolateur d'eau froide , je dispose un filtre , j'y verse du café
moulu et j'appuie sur le bouton ON"
- Le Président frappe dans ses deux mains : "Le tour est joué , Henry ! … voyez-vous ,
chez moi , mes collaborateurs s'occupent de tout … il me reste du temps pour le football
à la télévision … et eux sont en bonne santé !"
fruits frais , bouillie à la crème et café . Nous sommes trois : le Président , Kissinger
et moi .
- Le Président : "Dites donc , Henry , vous les usez vos collaborateurs : Eagleburger
à l'hôpital , Tony Lake essoré en moins d'un an et , maintenant , ce pauvre Winston
Lord vient pleurer dans mes jupes !"
- Kissinger : "Monsieur le Président , ils sont nuls !"
- Le Président : "Nuls !? … Lake ? … Lord ? … la fine fleur de notre diplomatie ?"
- Kissinger : "Mister President , si je ne fais pas tout moi-même …"
- Le Président : "N'exagérez pas , Henry … Winston est diplômé de Yale , primé par le
Pentagone , primé par le Département d'État … et avec un tel assistant , vous devez tout
faire !?"
- Kissinger : "Hélas , Monsieur le Président … vous savez que Lord m'a accompagné
pendant ce voyage secret à Pékin … il n'a dit que des conneries"
Le Président regarde les pendeloques du lustre suspendu au-dessus de la table comme
s'il y cherchait une explication ; puis il pointe de son long index une console dans un coin
de la salle à manger : "Voyez-vous ceci , Henry ?"
- Kissinger : "Yes , Mister President : c'est une console en acajou d'époque Louis XVI
… je dirais : vers 1780 … dans le goût de Roentgen …"
- Le Président : "Ah , Henry , je sais que vous êtes un fin connaisseur de ces vieilles
choses ! … ces vieilles choses françaises … je vous parle , moi , de l'appareil qui se
trouve sur la console … vous savez ce que c'est ?"
- Kissinger : "Non , je l'ignore , Monsieur le Président"
- Le Président : "Vous l'ignorez !? … c'est cependant un objet banal dont tout le monde
se sert … un percolateur"
- Kissinger : "Un ?"
- Le Président : "Un percolateur … en d'autres termes : une machine à café … pouvez-
vous nous faire trois tasses , Henry ?"
- Kissinger : "Je n'ai aucune compétence dans ce domaine"
- Le Président , à moi : "Desmond ! … démonstration !"
- Je me lève , je remplis le percolateur d'eau froide , je dispose un filtre , j'y verse du café
moulu et j'appuie sur le bouton ON"
- Le Président frappe dans ses deux mains : "Le tour est joué , Henry ! … voyez-vous ,
chez moi , mes collaborateurs s'occupent de tout … il me reste du temps pour le football
à la télévision … et eux sont en bonne santé !"
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