Jusqu'à son mariage , Jakob Heppni mena la vie d'un paisible citoyen islandais .
Trois ans après son mariage , il divorça . C'est une péripétie commune au tiers de
la population et il n'y avait là rien qui put susciter un peu de curiosité .
Sesselja , son ex-femme , l'avait quitté pour un autre , ce qui est horriblement banal .
Sauf que cet autre , c'était le père de Jakob : Pétur , veuf depuis trois ans . Comme
Jakob était incapable de tenir seul une maison , il retourna chez papa et se trouva vivre
sous le même toit que son ex-femme qui , entre-temps était devenue sa belle-mère .
Jakob et Sesselja avait eu un fils : Agust ; et Sesselja et Pétur en firent un autre : Jon .
De sorte que Jon et Agust étaient demi-frères mais que Jon était aussi l'oncle d'Agust .
Or il arriva qu'un jour , Pétur était au marché . Jakob et Sesselja étaient seuls à la maison
et ils liquidèrent dans le lit de Pétur le reste de leur amour .
Neuf mois plus tard naissait Maria que Pétur , râvi , s'empressa de reconnaître ,
persuadé qu'il était le père . Marie était donc la demi-soeur de son père et la fille de son
grand-père . Elle était aussi la nièce de son frère Jon et la tante d'Agust , son autre frère .
Avant Agnès , sa femme décédée , Pétur avait été marié à Sigga , une veuve qui avait
une fille : Gunna . Gunna était très belle . Lors d'une visite à Akureyri où demeure la
famille Heppni , Agust tomba amoureux d'elle et il l'épousa . Ils eurent beaucoup d'enfants .
Quand Pétur mourut , on alla voir le notaire , Markus Frodi .
Quinze jours plus tard , Markus Frodi se tirait une balle dans la tête .
dimanche 30 novembre 2014
vendredi 28 novembre 2014
JULES 4 . ASTRE MORT
Il semblait à Jules que Soeur Marie de la Croix lui tournait autour .
Que voulait-elle ?
- "Je suis un astre mort" murmura-t-il un soir . La religieuse le bordait
et , contrairement à ce qu'il avait prévu ("Je suis un astre mort" était un
test ) elle ne le fit pas répéter .
- "Je suis un astre mort" articula Jules .
- "Je ne suis pas sourde … vous vous intéressez à l'astrophysique ?"
La bibliothèque de Jules , dédiée aux Nuls , était planquée sous son
matelas .
- "Non … et vous ?"
- "Doux Jésus !" soupira Soeur Marie de la Croix .
Elle sortit mais avant de fermer la porte et couiner de la semelle , elle dit
en doublant la focale :
- "Je vous convertirai …"
Que voulait-elle ?
- "Je suis un astre mort" murmura-t-il un soir . La religieuse le bordait
et , contrairement à ce qu'il avait prévu ("Je suis un astre mort" était un
test ) elle ne le fit pas répéter .
- "Je suis un astre mort" articula Jules .
- "Je ne suis pas sourde … vous vous intéressez à l'astrophysique ?"
La bibliothèque de Jules , dédiée aux Nuls , était planquée sous son
matelas .
- "Non … et vous ?"
- "Doux Jésus !" soupira Soeur Marie de la Croix .
Elle sortit mais avant de fermer la porte et couiner de la semelle , elle dit
en doublant la focale :
- "Je vous convertirai …"
TROIS MOUCHES 22 . VOYAGE ORGANISÉ
L'autobus est au bout de la rue . Trois mouches vermeilles et merveilleuses
bourdonnent contre nos chapeaux de paille . "Le voilà !" s'écrie Berthe et ses
épaules nues frissonnent de bonheur . Autour , on s'active à grouper les bagages .
L'autobus se range au bord du trottoir . Ses portes pneumatiques , comme des
épaules nues , frissonnent à l'ouverture . Bousculade . Berthe monte , je la suis .
Les mouches sont au bout de la rue et de guingois nos chapeaux de paille .
L'autobus démarre . Les épaules nues de Berthe de guingois contre mon
chapeau de paille se regroupent . Dans la soute , les bagages frissonnent et ,
au bout de la rue , trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnent .
"Vivement la mer !" dit Berthe .
bourdonnent contre nos chapeaux de paille . "Le voilà !" s'écrie Berthe et ses
épaules nues frissonnent de bonheur . Autour , on s'active à grouper les bagages .
L'autobus se range au bord du trottoir . Ses portes pneumatiques , comme des
épaules nues , frissonnent à l'ouverture . Bousculade . Berthe monte , je la suis .
Les mouches sont au bout de la rue et de guingois nos chapeaux de paille .
L'autobus démarre . Les épaules nues de Berthe de guingois contre mon
chapeau de paille se regroupent . Dans la soute , les bagages frissonnent et ,
au bout de la rue , trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnent .
"Vivement la mer !" dit Berthe .
DESMOND 13 . LES PHOTOS
- Le Président : "Ah , Desmond ! … content de vous voir ! … où étiez-vous passé ? …"
- Moi : "Monsieur le Président … j'étais ici … à l'incinérateur B …"
- Le Président : " Ah ? … oui , bien sûr … c'est que j'étais en Chine … le ping-pong …
vous savez , Desmond , ce jeu idiot … c'est horripilant le ping-pong , vous n'imaginez
pas … ploc … ploc … ploc … entrez dans mon bureau , Desmond … ah , ça me fait
plaisir de vous voir … scotch ? …"
- Moi : "Mister President … il est à peine 6h du matin …"
- Le Président : "Oh , excusez-moi , Desmond … le décalage horaire , vous comprenez …"
Il appuie sur le bouton de l'interphone : "Henry ? … yeah , dear Henry ! … rejoignez-nous
dans le Bureau Ovale … avec Desmond … oui … le gars de l'incinérateur B … oui …
avec les photos"
- Le Président : "C'est ce cher Henry … alors , Desmond , quoi de neuf ?"
- Moi : "… euh , Monsieur le Président … les choses suivent leur cours …"
- Le Président . Il se sert un double scotch : "Leur cours ? … quel cours ? … les choses
suivent un cours ?" . Levant son verre , il déclame :
"Vois-tu , passant , couler cette onde
Et s'écouler incontinent ?
Ainsi fuit la gloire du monde
Et rien que Dieu n'est permanent"
De qui , Desmond ?"
- Moi : "Agrippa D'Aubigné : inscription pour une fontaine"
- Le Président : "Merde , Desmond ! … vous êtes incollable !"
Entre ce cher Henry : "Hi , Desmond ! … hello Mister President … bien remis ? …"
- Le Président : "Henry , je suis en pleine forme … alors … ces photos ? …"
- Henry jette sur le bureau un tas de photos en vrac : "Jetez un coup d'oeil là-dessus ,
Desmond"
C'est tout juste si mes cheveux ne se dressent pas sur ma tête . Les deux autres me regardent
d'un air sinistre .
- Henry : "On ne peut quand même pas publier ça ! … Desmond : incinérateur B !"
- Moi : "Monsieur le Président … j'étais ici … à l'incinérateur B …"
- Le Président : " Ah ? … oui , bien sûr … c'est que j'étais en Chine … le ping-pong …
vous savez , Desmond , ce jeu idiot … c'est horripilant le ping-pong , vous n'imaginez
pas … ploc … ploc … ploc … entrez dans mon bureau , Desmond … ah , ça me fait
plaisir de vous voir … scotch ? …"
- Moi : "Mister President … il est à peine 6h du matin …"
- Le Président : "Oh , excusez-moi , Desmond … le décalage horaire , vous comprenez …"
Il appuie sur le bouton de l'interphone : "Henry ? … yeah , dear Henry ! … rejoignez-nous
dans le Bureau Ovale … avec Desmond … oui … le gars de l'incinérateur B … oui …
avec les photos"
- Le Président : "C'est ce cher Henry … alors , Desmond , quoi de neuf ?"
- Moi : "… euh , Monsieur le Président … les choses suivent leur cours …"
- Le Président . Il se sert un double scotch : "Leur cours ? … quel cours ? … les choses
suivent un cours ?" . Levant son verre , il déclame :
"Vois-tu , passant , couler cette onde
Et s'écouler incontinent ?
Ainsi fuit la gloire du monde
Et rien que Dieu n'est permanent"
De qui , Desmond ?"
- Moi : "Agrippa D'Aubigné : inscription pour une fontaine"
- Le Président : "Merde , Desmond ! … vous êtes incollable !"
Entre ce cher Henry : "Hi , Desmond ! … hello Mister President … bien remis ? …"
- Le Président : "Henry , je suis en pleine forme … alors … ces photos ? …"
- Henry jette sur le bureau un tas de photos en vrac : "Jetez un coup d'oeil là-dessus ,
Desmond"
C'est tout juste si mes cheveux ne se dressent pas sur ma tête . Les deux autres me regardent
d'un air sinistre .
- Henry : "On ne peut quand même pas publier ça ! … Desmond : incinérateur B !"
jeudi 27 novembre 2014
EN REGARDANT MON CHAT
Sur une autre planète
J'aurais été ce chat
A horizon de pierres
Faisant sur un long mur
Un rêve à petites ondes
J'aurais été cet oeil
Ocre , couleur de terre
Désertée par les eaux
Comme d'une mer morte
J'aurais pu être aussi
Sur une autre planète
La pierre d'un mur à chats
Ou l'onde d'un long rêve
Ou ,
A l'horizon d'un oeil :
La couleur du désert
L'eau ocre d'une mer
Ou d'une terre morte
Je regarde mon chat
Faisant sur un long mur
Ce que j'aurais pu faire :
Un rêve à ondes courtes
J'aurais été ce chat
A horizon de pierres
Faisant sur un long mur
Un rêve à petites ondes
J'aurais été cet oeil
Ocre , couleur de terre
Désertée par les eaux
Comme d'une mer morte
J'aurais pu être aussi
Sur une autre planète
La pierre d'un mur à chats
Ou l'onde d'un long rêve
Ou ,
A l'horizon d'un oeil :
La couleur du désert
L'eau ocre d'une mer
Ou d'une terre morte
Je regarde mon chat
Faisant sur un long mur
Ce que j'aurais pu faire :
Un rêve à ondes courtes
JULES 3 . PETITE FILLE
Jules avait abandonné l'idée d'approcher son être dans ce qu'il a de plus
minuscule car , malgré un effort conceptuel douloureux , jamais il ne parvint
à tenir dans un même ensemble onde et particule . En manière de consolation ,
il se fit offrir par sa petite fille (Elle le visitait à l'hospice une fois par semaine)
"L'Astrophysique pour les Nuls" et il se sentit immédiatement plus à l'aise
dans l'infiniment grand . Cependant , quand il apprit à la page 312 paragr.2
qu'un astre pouvait produire de la lumière des millions d'années après sa mort ,
il s'inquiéta . Il demanda à sa petite fille de vérifier par un baiser qu'à l'image
du Jules qu'elle percevait entre les oreillers de son lit médicalisé était associé
un Jules en chair et en os .
minuscule car , malgré un effort conceptuel douloureux , jamais il ne parvint
à tenir dans un même ensemble onde et particule . En manière de consolation ,
il se fit offrir par sa petite fille (Elle le visitait à l'hospice une fois par semaine)
"L'Astrophysique pour les Nuls" et il se sentit immédiatement plus à l'aise
dans l'infiniment grand . Cependant , quand il apprit à la page 312 paragr.2
qu'un astre pouvait produire de la lumière des millions d'années après sa mort ,
il s'inquiéta . Il demanda à sa petite fille de vérifier par un baiser qu'à l'image
du Jules qu'elle percevait entre les oreillers de son lit médicalisé était associé
un Jules en chair et en os .
mercredi 26 novembre 2014
KRANT 18 . L' ÎLE INVISIBLE D'ARRAN
C'est sur le North Channel de la Mer d'Irlande , dans l'un de ses mauvais cotons ,
que j'approchai le coeur du mystère . J'étais monté sur le pont pour voir où en était
cette scabreuse navigation …
A tribord , le phare de Stranraer délivrait sa parole muette et discontinue par-dessus
les brumes appliquées comme une tenture de cristal sur le mur du monde , pendant qu'à
l'ouest les mornes collines du Comté d'Antrim se tassaient sur elles-mêmes comme une
sage-femme auprès d'un enfant mort-né , car je tenais les aurores de ce coin de terre
pour de fatales naissances .
Krant était sur le pont , jumelles pendues au cou , mains croisées derrière le dos ,
dans la posture hiératique d'un sphinx coupeur de flots . Il regardait droit devant lui ,
vers l'île pourtant invisible d'Arran . J'allais passer derrière l'éclat doré de ses épaulettes
pour gagner l'échelle d'accès à la passerelle quand (bien que ne m'ayant pas vu) il
m'interpella :
- "Chef ! … que trouvez-vous donc à ces campagnes ?"
A quiconque et à mes lecteurs non avertis , la question du capitaine paraît en un tel
lieu insolite . Mais je sus d'emblée que Krant évoquait mes escapades derrière Koenigs-
berg quand , au printemps , entre deux voyages , le Kritik en cale sèche panse ses plaies .
Alors , passés les faubourgs et les dernières isbas , je longe et franchis des fossés pleins
de la fonte des neiges de redoux ou foule à pieds humides les hautes herbes vert cru des
champs de seigle jusqu'aux bois qui bordent la Pregolia .
- Moi : "La paix , capitaine … l'odeur de la sève … le frissonnement des coquelicots …",
répondis-je sur un ton de défi respectueux car , de toutes ces choses les mers sont vides
et elles indiffèrent cet indécrottable marin ; nul n'a jamais vu Krant dans un chemin creux
et nulle vache de Prusse Orientale n'a jamais senti passer la paume du capitaine sur son
museau .
- Le capitaine : "La campagne est un décor … c'est un paysage … un objet …" . Ceci
assorti d'un haussement d'épaulettes .
En empoignant la rampe de l'échelle , j'eus de ces illuminations si rares dans nos
existences : ce que cherchait le capitaine sur les mers du globe sont ces minuscules
secondes d'indéniable présence . Plénitude . Être . Unité .
Je regardai encore ce dos puissant : Krant à ce moment était océan .
que j'approchai le coeur du mystère . J'étais monté sur le pont pour voir où en était
cette scabreuse navigation …
A tribord , le phare de Stranraer délivrait sa parole muette et discontinue par-dessus
les brumes appliquées comme une tenture de cristal sur le mur du monde , pendant qu'à
l'ouest les mornes collines du Comté d'Antrim se tassaient sur elles-mêmes comme une
sage-femme auprès d'un enfant mort-né , car je tenais les aurores de ce coin de terre
pour de fatales naissances .
Krant était sur le pont , jumelles pendues au cou , mains croisées derrière le dos ,
dans la posture hiératique d'un sphinx coupeur de flots . Il regardait droit devant lui ,
vers l'île pourtant invisible d'Arran . J'allais passer derrière l'éclat doré de ses épaulettes
pour gagner l'échelle d'accès à la passerelle quand (bien que ne m'ayant pas vu) il
m'interpella :
- "Chef ! … que trouvez-vous donc à ces campagnes ?"
A quiconque et à mes lecteurs non avertis , la question du capitaine paraît en un tel
lieu insolite . Mais je sus d'emblée que Krant évoquait mes escapades derrière Koenigs-
berg quand , au printemps , entre deux voyages , le Kritik en cale sèche panse ses plaies .
Alors , passés les faubourgs et les dernières isbas , je longe et franchis des fossés pleins
de la fonte des neiges de redoux ou foule à pieds humides les hautes herbes vert cru des
champs de seigle jusqu'aux bois qui bordent la Pregolia .
- Moi : "La paix , capitaine … l'odeur de la sève … le frissonnement des coquelicots …",
répondis-je sur un ton de défi respectueux car , de toutes ces choses les mers sont vides
et elles indiffèrent cet indécrottable marin ; nul n'a jamais vu Krant dans un chemin creux
et nulle vache de Prusse Orientale n'a jamais senti passer la paume du capitaine sur son
museau .
- Le capitaine : "La campagne est un décor … c'est un paysage … un objet …" . Ceci
assorti d'un haussement d'épaulettes .
En empoignant la rampe de l'échelle , j'eus de ces illuminations si rares dans nos
existences : ce que cherchait le capitaine sur les mers du globe sont ces minuscules
secondes d'indéniable présence . Plénitude . Être . Unité .
Je regardai encore ce dos puissant : Krant à ce moment était océan .
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