- Le Président , au téléphone : "Qu'est-ce que vous pensez d'Elvis ?"
- Moi : "Elvis ?"
- Le Président : "Ne faites pas l'idiot , Desmond ! … Elvis ! … le King !"
- Moi : "Presley ? … ce que j'en pense , Monsieur le Président ?"
- Le Président : "Oui … votre avis , Desmond"
- Moi : "Euh … euh …"
- Le Président : "Un mémo … j'ai besoin d'un mémo, Desmond … un résumé en trois
lignes … tout de suite … faites suivre par Maryline … Bureau Ovale" … et il raccroche .
- J'appelle Maryline .
- Maryline , langoureuse comme une fleur en fin d'après-midi , penchée sur le bord de son
vase : "Hello , mon coeur ! … que puis-je ?"
- Moi : "Maryline … le Président veut un mémo sur Presley … trois lignes …
qu'est-ce que …"
- Maryline . Sa voix voluptueuse me coupe : "I can't stop loving you , I've made up my
mind …"
- Moi : "Maryline … le Président veut savoir ce que je pense de ce type ! … là … tout
de suite !"
- Maryline . Elle soupire : "Ça ne m'étonne pas … il doit le rencontrer"
- Moi : "Presley !?"
- Maryline : "C'est une idée de Bud … une chouette idée , non ?"
- Moi : "…………….."
- Maryline : "Desmond ?"
- Moi : "Je suis sans voix ..;"
- Maryline susurre : "Dis-lui que tu l'adores …"
- Moi : "Mais … je …"
- Maryline se remet à fredonner : "It's now or never , come hold me tight , kiss me my
darling …"
- Moi : "……..?…….."
- Maryline : "C'est sexy , tu ne trouves pas ?"
- Moi : "Maryline , je ne connais rien à ce genre musical … moi , c'est Bach … le concerto
en ré mineur … Mozart … à la rigueur , Stravinsky … je …"
- Maryline : "Oh la la , Desmond ! … tu es vraiment emmerdant … quel snob tu fais !"
- Moi : Maryline , au secours !"
- Maryline . Elle chuchote : "Mon chou … prends note : … Monsieur le Président , à propos
de Monsieur Presley … c'est à lui que nous devons ces deux vers :
"I'm all snook up
Mm , mm , yeah , yeah" *
(Pour mes lecteurs français :
"Je suis chamboulé
Mm , mm , ouais , ouais")
N'est-ce pas formidable ?"
Maryline se charge de transmettre au Bureau Ovale .
- Cinq minutes plus tard , le Président sur ma ligne directe : "Desmond ! … sensass ,
votre mémo ! … je demande à Bud de fixer rendez-vous … un sacré poète ce Monsieur
Presley !"
mardi 28 février 2017
lundi 27 février 2017
COTE 137 . 77 . LA RATION DES GÉNÉRAUX
Recroquevillés dans nos capotes , nous avalons (nous faisons descendre) une soupe
transparente et froide .
- Martial : "Ils doivent nous envier là-bas"
- Nous : "Nous envier !? … qui peut bien nous envier , Martial !? … où ? …"
- Martial : "A Chantilly"
- Nous : "Chantilly ?"
- Martial : "Au CQG … le Grand Quartier Général … à l'hôtel du Grand Condé"
- Nous : "………..?…………"
- Martial : "C'est là qu'ils sont …"
- Nous : "Qui ? … de qui parles-tu ?"
- Martial : "Des généraux"
- Nous : "Ils nous envient !?"
- Martial : "Ben tiens ! … une soupe comme celle-là !"
Tous , nous regardons le fond de nos gamelles .
- Martial : "Les pauvres !"
- Nous : "………………….."
- Martial : "En entrée : tatin de foie gras au jus de truffe …"
- Nous : "………………….."
- Martial : "Pour suivre : émincé de canard à l'orange …"
- Nous . Nos cuillers sont suspendues dans l'air : "………………"
- Martial : "Fromage ? … non , vous n'en pouvez plus … Dessert ? … vous prendrez
bien un dessert , mon général ? … buisson de chocolat au croquant de nougatine …"
- Nous : "………………….."
- Martial , levant un index vers le ciel gris de Craonne : "… et sa glace caramel !"
- Nous : "………………….."
- Martial . Il verse dans nos quarts un reste de piquette : "Château Latour 1900 …"
- Nous : "………………….."
- Martial : "Après le repas : Armagnac Grand Cru Très Vieille Réserve Veuve
Goudoulin … et un havane … un vrai … roulé à Cuba"
- Nous : "…………………."
- Martial : "Et ça , tous les jours !!"
- Nous : "…………………."
- Martial . Il a replongé la cuiller dans sa gamelle : "Les pauvres ! …"
transparente et froide .
- Martial : "Ils doivent nous envier là-bas"
- Nous : "Nous envier !? … qui peut bien nous envier , Martial !? … où ? …"
- Martial : "A Chantilly"
- Nous : "Chantilly ?"
- Martial : "Au CQG … le Grand Quartier Général … à l'hôtel du Grand Condé"
- Nous : "………..?…………"
- Martial : "C'est là qu'ils sont …"
- Nous : "Qui ? … de qui parles-tu ?"
- Martial : "Des généraux"
- Nous : "Ils nous envient !?"
- Martial : "Ben tiens ! … une soupe comme celle-là !"
Tous , nous regardons le fond de nos gamelles .
- Martial : "Les pauvres !"
- Nous : "………………….."
- Martial : "En entrée : tatin de foie gras au jus de truffe …"
- Nous : "………………….."
- Martial : "Pour suivre : émincé de canard à l'orange …"
- Nous . Nos cuillers sont suspendues dans l'air : "………………"
- Martial : "Fromage ? … non , vous n'en pouvez plus … Dessert ? … vous prendrez
bien un dessert , mon général ? … buisson de chocolat au croquant de nougatine …"
- Nous : "………………….."
- Martial , levant un index vers le ciel gris de Craonne : "… et sa glace caramel !"
- Nous : "………………….."
- Martial . Il verse dans nos quarts un reste de piquette : "Château Latour 1900 …"
- Nous : "………………….."
- Martial : "Après le repas : Armagnac Grand Cru Très Vieille Réserve Veuve
Goudoulin … et un havane … un vrai … roulé à Cuba"
- Nous : "…………………."
- Martial : "Et ça , tous les jours !!"
- Nous : "…………………."
- Martial . Il a replongé la cuiller dans sa gamelle : "Les pauvres ! …"
dimanche 26 février 2017
ABDON
Mon nom est Abdon Carpentier .
Quand je signe une carte postale , je signe "Carpentier" , comme César (Jules) ,
parce que mon prénom ça fait rigoler . Quelle idée ! Abdon ! . Où c'est que t'as
pêché ça ?
Pourtant , Abdon c'est du sérieux : c'est un martyr ; les romains l'ont égorgé avec
son camarade Sennen (Abdon et Sennen , c'est un peu comme Quike et Fluke) en
je ne sais pas quelle année … du temps de Jules César je crois …
Mais ça n'a rien à voir avec mon souvenir d'aujourd'hui , quand je me suis trouvé
évacué à Marcillat , chez la Comtesse De Lajudie en 1943 . C'est Jules (mon frère
de Bavay , pas Jules César !) qui m'a remis ces vieilles histoires en mémoire . En
1943 , j'étais chez la Comtesse et j'étais bien . Elle avait un vagin super-aqueuillant .
C'est Mimi qui n'allait pas fort . Elle avait un goitre . On a dû l'opérer mais l'opéra-
tion s'est pas bien passée . Tu parles ! en pleine occupation allemande ! . Elle est
arrivée à l'hôpital de Marcillat juste après le mitraillage d'un convoi de boches …
qu'est-ce qu'ils avaient pris les fridolins ! . Alors Mimi avec son goitre ! . Le Feld-
Doktor , il a pas mis de gants . C'est comme s'il l'avait égorgée Mimi ! .
Comme Abdon à je ne sais pas quel siècle ...
Quand je signe une carte postale , je signe "Carpentier" , comme César (Jules) ,
parce que mon prénom ça fait rigoler . Quelle idée ! Abdon ! . Où c'est que t'as
pêché ça ?
Pourtant , Abdon c'est du sérieux : c'est un martyr ; les romains l'ont égorgé avec
son camarade Sennen (Abdon et Sennen , c'est un peu comme Quike et Fluke) en
je ne sais pas quelle année … du temps de Jules César je crois …
Mais ça n'a rien à voir avec mon souvenir d'aujourd'hui , quand je me suis trouvé
évacué à Marcillat , chez la Comtesse De Lajudie en 1943 . C'est Jules (mon frère
de Bavay , pas Jules César !) qui m'a remis ces vieilles histoires en mémoire . En
1943 , j'étais chez la Comtesse et j'étais bien . Elle avait un vagin super-aqueuillant .
C'est Mimi qui n'allait pas fort . Elle avait un goitre . On a dû l'opérer mais l'opéra-
tion s'est pas bien passée . Tu parles ! en pleine occupation allemande ! . Elle est
arrivée à l'hôpital de Marcillat juste après le mitraillage d'un convoi de boches …
qu'est-ce qu'ils avaient pris les fridolins ! . Alors Mimi avec son goitre ! . Le Feld-
Doktor , il a pas mis de gants . C'est comme s'il l'avait égorgée Mimi ! .
Comme Abdon à je ne sais pas quel siècle ...
samedi 25 février 2017
KRANT 85 . UN CHEVALIER PORTE-GLAIVE
En été , il nous arriva de naviguer en Mer de Barentz , entre Ostrov Belyj et
Murmansk sur la Péninsule de Kola . Un jour de juillet , un courant d'air polaire
inattendu frappa cette mer . Nous fûmes bloqués par une accumulation de glaces
et dûmes au sang-froid du capitaine et au courage de notre quartier- maître que nos
bordages ne fussent écrasés par la pression et que nous fussions précipités au royau-
me des phoques . Barentz devant nous était gelée mais le souffle polaire avait con-
tracté ses flots entre notre position et Ostrov de sorte qu'il était impossible de faire
demi-tour . Le Kritik est un bateau puissant , fait pour la grosse mer , et son étrave
est épaisse . Il nous fallait trouver une route de glaces minces que le Kritik pourrait
fracasser .
C'est Toms qui se porta volontaire . Il descendit sur la lave glacée par le sabord de
charge , armé d'une gaffe . Pendant deux jours , il sonda devant nous une Mer de
Barentz demi-solide pendant que je mettais dans les chaudières du charbon jusqu'à
la gueule et que Krant , sur la passerelle par moins trente degrés , jumelles pointées ,
joignant l'intuition à l'expérience , indiquait à Toms où ficher sa pique et où ne pas
mettre les pieds . Autour de Toms , les morceaux de glace explosaient , des pans grands
comme des murs d'église se dressaient soudain sous l'étrave . Deux fois , nous le
repêchâmes dans cette eau de cristal . On le remontait , on le séchait , on alignait devant
lui des flasques d'eau de vie et il repartait sur sa banquise comme si ce territoire ô com-
bien hostile était l'atelier où il gagnait sa croûte . Et , enfonçant tous les deux mètres
sa gaffe dans la glace , il chantait à tue-tête cette rengaine française idiote : 'Une souris
verte qui courait dans l'herbe …"
Quand enfin nous trouvâmes la mer libre , nous hissâmes le quartier-maître à bord .
Il était pratiquement mort . Toms dormit dix jours . Quand il se réveilla , nous étions
au mouillage à Murmansk .
- Krant : "Chef ! … vous savez que notre quartier-maître est un petit coeur … mais
c'est un fier ! … Toms (rarement le capitaine usait d'un prénom et quand il le faisait
- une fois tous les sept ans - c'est comme si était accroché au cou de l'impétrant le
Grand Cordon des Chevaliers Porte-Glaive) est un homme respectable …"
Murmansk sur la Péninsule de Kola . Un jour de juillet , un courant d'air polaire
inattendu frappa cette mer . Nous fûmes bloqués par une accumulation de glaces
et dûmes au sang-froid du capitaine et au courage de notre quartier- maître que nos
bordages ne fussent écrasés par la pression et que nous fussions précipités au royau-
me des phoques . Barentz devant nous était gelée mais le souffle polaire avait con-
tracté ses flots entre notre position et Ostrov de sorte qu'il était impossible de faire
demi-tour . Le Kritik est un bateau puissant , fait pour la grosse mer , et son étrave
est épaisse . Il nous fallait trouver une route de glaces minces que le Kritik pourrait
fracasser .
C'est Toms qui se porta volontaire . Il descendit sur la lave glacée par le sabord de
charge , armé d'une gaffe . Pendant deux jours , il sonda devant nous une Mer de
Barentz demi-solide pendant que je mettais dans les chaudières du charbon jusqu'à
la gueule et que Krant , sur la passerelle par moins trente degrés , jumelles pointées ,
joignant l'intuition à l'expérience , indiquait à Toms où ficher sa pique et où ne pas
mettre les pieds . Autour de Toms , les morceaux de glace explosaient , des pans grands
comme des murs d'église se dressaient soudain sous l'étrave . Deux fois , nous le
repêchâmes dans cette eau de cristal . On le remontait , on le séchait , on alignait devant
lui des flasques d'eau de vie et il repartait sur sa banquise comme si ce territoire ô com-
bien hostile était l'atelier où il gagnait sa croûte . Et , enfonçant tous les deux mètres
sa gaffe dans la glace , il chantait à tue-tête cette rengaine française idiote : 'Une souris
verte qui courait dans l'herbe …"
Quand enfin nous trouvâmes la mer libre , nous hissâmes le quartier-maître à bord .
Il était pratiquement mort . Toms dormit dix jours . Quand il se réveilla , nous étions
au mouillage à Murmansk .
- Krant : "Chef ! … vous savez que notre quartier-maître est un petit coeur … mais
c'est un fier ! … Toms (rarement le capitaine usait d'un prénom et quand il le faisait
- une fois tous les sept ans - c'est comme si était accroché au cou de l'impétrant le
Grand Cordon des Chevaliers Porte-Glaive) est un homme respectable …"
vendredi 24 février 2017
TROIS MOUCHES 80 . RAINY NIGHT IN GEORGIA
La musique arrivait sur nous en spirales d'ondes et Berthe pleurait sur mon
épaule avec tant de force que je n'entendais plus les trois mouches vermeilles et
merveilleuses qui bourdonnaient contre nos chapeaux de paille . Je coupai le son …
Berthe pleurait . Trois mouches bourdonnaient contre son épaule avec tant de
force que leur musique arrivait sous la paille de mon chapeau en ondes spiralées .
"Coupe le son !" dis-je .
Je coupai la paille de mon chapeau avec tant de force que Berthe se mit à pleurer .
Son bourdonnement arrivait sur mes épaules en ondes merveilleuses … c'était une
spirale de sons ! … une musique de mouche ! ...
épaule avec tant de force que je n'entendais plus les trois mouches vermeilles et
merveilleuses qui bourdonnaient contre nos chapeaux de paille . Je coupai le son …
Berthe pleurait . Trois mouches bourdonnaient contre son épaule avec tant de
force que leur musique arrivait sous la paille de mon chapeau en ondes spiralées .
"Coupe le son !" dis-je .
Je coupai la paille de mon chapeau avec tant de force que Berthe se mit à pleurer .
Son bourdonnement arrivait sur mes épaules en ondes merveilleuses … c'était une
spirale de sons ! … une musique de mouche ! ...
jeudi 23 février 2017
COTE 137 . 76 . LE MORDANT
Ça fait un an que nous pataugeons devant la cote 137 . On se plaint en haut-lieu
"du peu de mordant de notre régiment" . Cela , nous l'apprenons de notre capitaine
qui nous le rapporte en haussant les épaules .
- Martial , l'oeil noir : "Qui dit ça , mon capitaine ?"
- Le capitaine : "Je ne sais pas , Martial … quelqu'un … en haut-lieu"
- Martial : "En haut-lieu ?"
- Quinart , un jeune campagnard imberbe qui vient d'intégrer notre bataillon :
"Où est-ce , Martial ?"
- Martial . Vague geste du pouce par-dessus son épaule : "Là-bas … derrière"
- Quinart . Il regarde vers l'arrière : "C'est loin d'ici ?"
- Martial : "Ouais … suffisamment loin … là où il y a des parquets en chêne de Hongrie"
- Quinart : "Des parquets ?"
- Le capitaine : "Martial ! … pas de mauvais esprit !"
- Martial : "… des lustres , mon gars … et dans chaque lustre des tas de pampilles …
c'est magnifique … des plafonds en stuc …"
- Quinart : "………..?…………"
- Martial : "Les grandes baies sont ouvertes sur un parc …"
- Le capitaine : "Martial !"
- Martial : "Dans le parc , des arbres centenaires … des magnolias en fleurs … un lilas
blanc haut de sept mètres embaume la terrasse du château …"
- Quinart , le capitaine , la compagnie : "…………………"
- Martial : "Dans le Grand Salon , on a disposé des tables à tréteaux … des nappes brodées"
L'artillerie allemande bombarde ce qui reste de Montrepont . Que reste-t-il à Montrepont ?
Il pleut .
- Martial : "Des serveurs en grande tenue … des coupes en cristal … Krug millésimé …
du brut …"
- Le capitaine : "Martial ! … je vous ordonne de …"
- Martial : "Des colonels , des généraux … des épaulettes dorées … des jolies femmes …
à votre santé ma chère !"
- Nous : "………………."
- Martial : "Une douce brise gonfle les immenses rideaux … un colonel impeccable …
gants blancs … oui , mon général … le régiment de la cote 137 ? … il manque de mordant …"
"du peu de mordant de notre régiment" . Cela , nous l'apprenons de notre capitaine
qui nous le rapporte en haussant les épaules .
- Martial , l'oeil noir : "Qui dit ça , mon capitaine ?"
- Le capitaine : "Je ne sais pas , Martial … quelqu'un … en haut-lieu"
- Martial : "En haut-lieu ?"
- Quinart , un jeune campagnard imberbe qui vient d'intégrer notre bataillon :
"Où est-ce , Martial ?"
- Martial . Vague geste du pouce par-dessus son épaule : "Là-bas … derrière"
- Quinart . Il regarde vers l'arrière : "C'est loin d'ici ?"
- Martial : "Ouais … suffisamment loin … là où il y a des parquets en chêne de Hongrie"
- Quinart : "Des parquets ?"
- Le capitaine : "Martial ! … pas de mauvais esprit !"
- Martial : "… des lustres , mon gars … et dans chaque lustre des tas de pampilles …
c'est magnifique … des plafonds en stuc …"
- Quinart : "………..?…………"
- Martial : "Les grandes baies sont ouvertes sur un parc …"
- Le capitaine : "Martial !"
- Martial : "Dans le parc , des arbres centenaires … des magnolias en fleurs … un lilas
blanc haut de sept mètres embaume la terrasse du château …"
- Quinart , le capitaine , la compagnie : "…………………"
- Martial : "Dans le Grand Salon , on a disposé des tables à tréteaux … des nappes brodées"
L'artillerie allemande bombarde ce qui reste de Montrepont . Que reste-t-il à Montrepont ?
Il pleut .
- Martial : "Des serveurs en grande tenue … des coupes en cristal … Krug millésimé …
du brut …"
- Le capitaine : "Martial ! … je vous ordonne de …"
- Martial : "Des colonels , des généraux … des épaulettes dorées … des jolies femmes …
à votre santé ma chère !"
- Nous : "………………."
- Martial : "Une douce brise gonfle les immenses rideaux … un colonel impeccable …
gants blancs … oui , mon général … le régiment de la cote 137 ? … il manque de mordant …"
FILOCHE
Le chat est l'âme de la maison . Nous sommes , nous , des locataires
et nous logeons chez lui . Certes , nous nous déplaçons dans nos salles
de séjour et nos cuisines et elles semblent nous appartenir puisqu'un jour
nous avons réglé la dernière traite . Alors , nous nous asseyons sur nos
canapés , nous dormons dans nos chambres et vaquons , machinalement ,
dans nos peaux de propriétaires . Or , si nous possédons nos maisons ,
nous ne les habitons pas vraiment . Le chat , si . Les bruits , les ombres et
les odeurs , dans leurs portions si subtiles qu'elles nous sont indétectables ,
il les connaît , au point que les craquements de plancher , le clair-obscur
des tentures et les courants d'air , il les a fait siens . Et , sans qu'on s'en soit
aperçu , le chat est devenu l'âme de la maison , la dimension de son mystère .
Présence invisible . Où est-il ? . Quelque part entre le grenier et la cave ,
dans un placard , une armoire , rêvassant sur un radiateur , peut-être sous
un lit . Quand on ne l'attendait plus , il apparaît , lent et élastique , comme
les dieux parfois viennent sur terre . Une maison sans chat n'est pas une
maison habitée . Ma chère , ma très chère Filoche , euthanasiée dans mes
bras le mardi 21 février à 9h30 .
et nous logeons chez lui . Certes , nous nous déplaçons dans nos salles
de séjour et nos cuisines et elles semblent nous appartenir puisqu'un jour
nous avons réglé la dernière traite . Alors , nous nous asseyons sur nos
canapés , nous dormons dans nos chambres et vaquons , machinalement ,
dans nos peaux de propriétaires . Or , si nous possédons nos maisons ,
nous ne les habitons pas vraiment . Le chat , si . Les bruits , les ombres et
les odeurs , dans leurs portions si subtiles qu'elles nous sont indétectables ,
il les connaît , au point que les craquements de plancher , le clair-obscur
des tentures et les courants d'air , il les a fait siens . Et , sans qu'on s'en soit
aperçu , le chat est devenu l'âme de la maison , la dimension de son mystère .
Présence invisible . Où est-il ? . Quelque part entre le grenier et la cave ,
dans un placard , une armoire , rêvassant sur un radiateur , peut-être sous
un lit . Quand on ne l'attendait plus , il apparaît , lent et élastique , comme
les dieux parfois viennent sur terre . Une maison sans chat n'est pas une
maison habitée . Ma chère , ma très chère Filoche , euthanasiée dans mes
bras le mardi 21 février à 9h30 .
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