jeudi 30 novembre 2017

TROIS MOUCHES 101 . LE CHEMIN DE DAMAS

    Saül se rendait à Damas . Sur la route qui mène à cette ville , il tomba en panne
d'essence . Berthe et moi (nous flirtions dans un champ de coquelicots) le vîmes
descendre de l'auto et se mettre à genoux . Trois mouches vermeilles et merveil-
leuses bourdonnaient contre nos chapeaux de paille .

    Un champ de coquelicots bourdonnait sur la route de Damas quand Berthe tomba
de l'auto . Elle se rendait avec Saül dans cette ville . Trois mouches flirtaient . J'étais
(à genoux) en panne de sens .

    Trois mouches se rendaient chez Saül à Damas par un champ de paille pendant
que sur la route les autos bourdonnaient et que Berthe et moi (en panne près de
cette ville) flirtions dans les essences vermeilles et merveilleuses des coquelicots .

mercredi 29 novembre 2017

DESMOND 75 . LING-LING

    J'entre dans le bureau privé du Président . Je suis crevé . Il est hilare :

- "Alors , Desmond … ces pandas ?"
- Moi : "Monsieur le Président … je … je … je me débrouille"
- Lui : "Vous en avez une mine ! … ça n'a pas l'air d'aller"
- Moi : "Si … si … tout va bien , Monsieur le Président"
- Lui : "Ils survivent dans votre bac de douche , m'a dit Pat"
- Moi : "Oui … en effet , Monsieur le Président … et au-delà !"
- Lui : "Ne me dites pas qu'ils ont envahi votre appartement !"
- Moi : "C'est un petit studio , Monsieur le Président … dans H Street"
- Lui : "La nuit … comment ça se passe ?"
- Moi : "Ling-Ling dort sur la carpette . Elle est assez obéissante . Mais le mâle ,
Hsing-Hsing , monte sur mon lit"
- Lui , abasourdi : "Combien ça pèse ces bêtes-là ?"
- Moi : "Hsing-Hsing : dans les cent kilos …"
- Lui : "Juste ciel , Desmond ! … que leur donnez-vous à manger ?"
- Moi : "Je ne leur donne rien … ils se servent …"
- Lui : "Bonté divine , Desmond , je ne peux pas vous laisser ces deux lascars sur
le dos ! … je vais téléphoner à Ripley"
- Moi : "Qui est Ripley , Monsieur le Président ?"
- Lui : "Vous ne connaissez pas Sidney !? … Sidney Ripley ! … un ornithologue
de réputation mondiale , Desmond ! … on lui doit les douze fameux volumes sur
les oiseaux du Pakistan ! … où vivez-vous donc , mon vieux ?"
- Moi : "Monsieur le Président … si je puis me permettre … Ling-Ling et Hsing-Hsing
ne sont pas des …"
- Lui : "Je sais , Desmond … je sais bien que les pandas ne sont pas des oiseaux ! …
Sidney est aussi le patron du National Zoo de Washington … il va vous débarrasser de
vos deux balourds" . Appuyant sur une touche de son téléphone : "Maryline , ma
cocotte ! … appelez Ripley et passez-le moi … Ripley … du Zoo"
- Moi : "Merci , Monsieur le Président"
- Lui : "Je voudrais voir la tête de Madame Chou quand elle déballera ma paire de
boeufs musqués !"

mardi 28 novembre 2017

DESMOND 74 . LE CADEAU DE CHOU

- Maryline au téléphone : "Sucre d'orge , une dame te demande , petit veinard"
- Moi : "Qui est-ce ?"
- Maryline : "Pat … je te la passe"

    Pat . Je ne connais qu'une Pat : l'épouse du Président .

- Clic-clic dans le combiné , puis : "Allo , Desmond ! … c'est Pat"
- Moi : "Oh , bonjour Madame !"
- Pat : "Madame !? … pas de chichis entre nous , Desmond … appelez-moi Pat …nous
nous connaissons intimement , non ? (rire)"
- Moi : "Euh …"
- Pat : "J'ai un souci , Desmond … peut-être pouvez-vous m'aider"
- Moi : "Comptez sur moi , Mada … euh … Pat"
- Pat : "A Pekin , j'ai rencontré Chou … c'est un homme charmant"
- Moi : "……………"
- Pat : "Non , non , vous avez tort , c'est un homme vraiment charmant … quite delightful ,
je vous assure !"
- Moi : "Je n'en doute pas Mada … Pat"
- Pat : "Toujours est-il qu'il m'a trouvée charmante aussi … hi , hi !"
- Moi : "Certainly !"
- Pat : "Him and me , we get on well , Desmond … Chou is crazy about me !"
- Moi : "That's great !"
- Pat , soudain préoccupée : "Keep cool , Desmond ! … Chou m'a envoyé un cadeau …
comment dire ? … encombrant … et Dick n'en veut pas à la Maison Blanche"
- Moi : "……………."
- Pat : "Vous avez une grande maison , Desmond ? … avec jardin ?"
- Moi : "Euh , Mada … Pat … je loue un studio dans H Street … les loyers sont chers à
Washington"
- Pat , manifestement déçue : "Ah …………" . Silence . Puis : "Il y a une salle de bain ?"
- Moi : "Juste une douche"
- Pat , ragaillardie : "Ça ira ! … ce cadeau de Chou , vous pouvez me le stocker là ? …
ça me ferait tant plaisir , Desmond ! … le temps que je trouve une solution …"
- Moi : "Bien entendu , Mada … Pat … qu'est-ce que c'est ?"
- Pat : "Un couple de pandas … vous verrez , Desmond … they's absolutely charming !"

PARADIS 79 . L'HARCÈLEMENT

    Dieu est à son établi . Que crée-t-il aujourd'hui ? . Qu'ajoute-t-il à la diversité de la
Nature ? … penchons-nous par-dessus Son Épaule Ineffable . Corolle blanche s'ou-
vrant en cinq pétales ovales et parfumés , portés par une ombelle axillaire . Les bota-
nistes l'ont reconnu : Jasminum Officinale ou Jasmin Blanc .

    La fenêtre de l'Atelier est ouverte sur l'Eden et son éternel printemps . Or , dans son
cadre , Ève nue vient à passer .

- Dieu : "Sssss !" . Il siffle .
- Ève revient sur ses pas et passe la tête par la fenêtre : "C'est toi qu'a sifflé ?" . Elle a
l'air mécontente .
- Dieu : "Oui … c'est moi , Ève"
- Ève , péremptoire : "C'est mal !"
- Dieu , ébahi : "Qu'est-ce qu'il y a de mal … le mal est l'affaire du Diable !"
- Ève : "Tu m'harcèles"
- Dieu pose sur l'établi le jasmin assemblé : "Mais , Ève … je célébrais ta beauté …
c'était un sifflement admiratif … ces jambes , ces seins , cette croupe ! … tu es ma plus
belle créature !"
- Ève s'emporte : "M'en fous ! … tu m'harcèles !"
- Dieu corrige en séparant pédagogiquement les syllabes : "Tu-me-harcèles , Ève …
tu-me-harcèles … il y a un H aspiré … il n'y a pas d'élision entre ME et HARCÈLES"
- Ève , imperméable à ces arguties phonétiques : "Tu m'harcèles ! … c'est de l'harcèle-
ment sexuel !"
- Dieu , vaguement intimidé : "Du-harcèlement"
- Ève . Elle agite un index comminatoire : "Que j't'y reprenne pas !"
- Dieu , recouvrant son autorité : "Ève , pour l'amour du ciel ! … que-je-ne-t'y reprenne
pas … parle correctement !"
- Ève s'écarte de la fenêtre et maugrée : "M'en fous de ton H aspiré !"
- Dieu , pour mettre un terme à cette absurde fâcherie : "Tiens , je t'offre cette fleur …
je viens de la créer : un jasmin blanc , symbole de la Beauté"
- Ève , indomptable : "J'en veux pas de tes fleurs"

dimanche 26 novembre 2017

KRANT 107 . ARENA DESOLACION

    Arena Desolacion est une grève où - à perpétuité - s'abattent les vagues du Pacifique
Sud . Elles brassent les galets dans un roulement de tambours et traînent derrière leur
écume des nuages pesants comme des ventres . Krant et moi étions dans cet envers du
monde ; Monsieur Lee nous accompagnait . Rien d'autre à se mettre sous le tympan que
l'écrasement des flots et l'entrechoquement des cailloux que nous déplacions en marchant .
Pas d'oiseaux de mer ici , pas d'insectes , nul bourdonnement , pas d'arbres , quelques
buissons tordus , à demi-secs et couchés par les tempêtes , mais nul bruissement de feuil-
les . Survint du bush , à un demi-mile , une étrange cohorte : quatre hommes vêtus de
haillons et de peaux de bête pelées . Les deux premiers portaient une sorte de litière , les
deux autres suivaient , armé chacun d'un arc et d'une lance . Trois chiens tournaient autour
du groupe en aboyant . "Tehuelches" , murmura Monsieur Lee … "indiens tehuelches" .
"Que transportent-ils ?" dis-je . "Un cadavre" , dit Monsieur Lee . Un coup de vent humide
jeta vers nous le cri des chiens et des voix gutturales . Monsieur Lee marmottait : "Oui , des
indiens tehuelches … le tehuelche est une langue occlusive et agglutinante … c'est un sous-
groupe des langues flexionnelles …" . Moi , à voix basse : "Je n'entends rien à ce que vous
dites , Monsieur Lee … parlez-vous le tehuelche ?" . Monsieur Lee : "Un peu …" . Krant
marmonna dans le tuyau de sa pipe : "Que diable font-ils ?" . Nous étions figés sur la grève .
Les indiens déposèrent leur litière au bord du rivage et les deux guerriers , hauts et maigres
personnages - était-ce des guerriers ? des chasseurs ? - fichèrent leurs lances entre les galets
gardant en travers du dos arc et carquois . Puis les quatre hommes retraversèrent la grève
dans l'autre sens . Avaient-ils remarqué notre lointaine et immobile présence ? ou étaient-
ils enfermés dans un monde rituel où nos trois existences étaient pétrifiées ? . Ils s'affai-
raient près des buissons qui font entre le bush et la rive une morne limite . Les chiens ,
infatigables , bondissaient autour d'eux en jappant , pendant qu'ils ramassaient bois mort
et brindilles . Ils revinrent près de la litière , s'accroupirent et disposèrent sur la forme allon-
gée les branchages . Puis , entre le déferlement de deux lignes de vagues , nous parvint le
bruit sec de deux silex percutés . Krant , avec son sablier de poche , compta dix minutes
avant que la mince colonne d'une fumée grise montât entre les quatre hommes agenouillés .
Une flamme jaillit , insolite . Les indiens se dressèrent vivement , chacun empoigna une
extrémité de brancard et ils entrèrent dans l'océan sans hésiter . Les deux premiers tour-
naient le dos à l'éclat des vagues , les deux autres poussaient de toutes leurs forces . Ils
passèrent la barrière des flots contraires et , plus d'une fois , il nous sembla que la litière ,
dressée presque à la verticale , puis plongeant et ne laissant voir que son panache de feu ,
allait chavirer . Enfin , les indiens l'abandonnèrent à la houle et à un fort courant . Ils
regagnèrent le rivage , moitié nageant , moitié s'appuyant sur le fond mouvant des galets .
Les archers embrasèrent deux flèches dans un reste de braises - "Étoupe de chanvre" dit
Monsieur Lee - bandèrent leur arc et , au bout de deux trajectoires parallèles et incandes-
centes , les traits touchèrent la litière juste avant qu'elle coulât . Les trois chiens , assis sur
leur cul , hurlaient à la mort ...

samedi 25 novembre 2017

FAIRE-PART

    Le Professeur Desherbes et son équipe ont la joie de vous faire part de la naissance
de l'agent Gyklon B Super Concentré .

    Le GBSC est un défoliant à base de deux molécules : la trichloro et la dichlorophé-
noxyacétique . Elles agissent en mimant une hormone de croissance végétale de type
auxine : l'Acide Indole 3 Acétique (AI3A) . Pulvérisées sur les plantes , elles induisent
une croissance aussi folle qu'incontrôlée et les mènent sans coup férir à la mort .

    Le but du GBSC est d'améliorer la visibilité dans la nature , en particulier dans les
forêts (élagage chimique) . Le GBSC est utilisable au sol avec un pulvérisateur ou -
pour les grosses quantités - par épandage aérien .

    Il est conseillé aux opérateurs (professionnels de l'armée ou jardiniers amateurs)
d'utiliser l'option combinaison intégrale . Le GBSC est peut-être à l'origine de cancers
comme le lymphome non-hodgkidien , la maladie de Hodgkin et la leucémie lymphoïde
chorique .

    Quoiqu'il en soit , le Professeur Desherbes et son équipe souhaitent à leurs chers clients
une bonne guerre et un joli potager .

   

TOM

    Les lumières d'août vibrionnaient autour des centaurées et il se trouvait qu'une
abeille frottait sa toison sur l'anthère renflée d'une étamine .

    C'était les grandes vacances . A y regarder de près , il apparut à Tom que l'abeille
pompait le nectar avec une petite machine , sorte d'aspirateur apicole , et que cette
frénésie causait comme par ricochet les tremblements de son abdomen .

    A quelque randonneur adulte , pressé d'atteindre avant la nuit son refuge et tenir un
planning chronométré , le phénomène aura paru anecdotique et contingent , hasardeux ,
relevant à la rigueur d'une étude statistique .

    Or , monde vierge de l'enfance , Tom approcha encore le nez jusqu'à effleurer les
capitules où opérait l'abeille et se révéla la minuscule mécanique de la nature car le
pelage de la bestiole se chargeait de pollen , participant à l'ordre des choses , aussi
nécessaire et inéluctable que l'orbite de Vénus autour du soleil .

    La partie supérieure de la patte arrière était creusée , à l'intérieur , en forme de cuiller
et des longs poils rigides recourbés comme des griffes la bordaient . L'abeille zigzaga
dans la couche d'air parfumée des centaurées et elle s'abattit sur une autre fleur . Elle
reprit une faible altitude en buzzillant et Tom vit qu'en ce vol stationnaire elle utilisait
une brosse disposée sur la partie externe de la même patte pour enlever les grains pris
dans sa toison et les tasser dans la cuiller autour d'un petit axe semblable à une épine .

    Quand la cuiller fut pleine d'une pelote et le jabot à ras bord de nectar , l'abeille fila
comme une balle rousse et Tom imagina une usine à miel , abritée des vents dominants
et planquée dans quelque sauvage anfractuosité .

   "Tom ! … encore à rêvasser … grouille-toi !"