Pauvres de nous , semble-t-il ,
Dans les fers de l'hiver
(Zut et zut !) .
On ne peut pas être
Dehors et dedans ;
Du captif , c'est l'opinion commune .
Ce n'est pas (ah !) celle du poète
Car ici et là
Sont pour lui un même lieu .
Dans l'endroit et l'envers d'un cachot
(Entres autres : le cachot de l'hiver) ,
Ici et là
(A quoi le poète ajoute : nulle part et partout)
Sont des mots à poids nul .
Femmes , ô femmes ,
Débarrassons-nous de ces topologies .
Rêvons ...
jeudi 28 février 2019
mardi 26 février 2019
DESMOND 97 . LA LONGUE MARCHE
- "Desmond , que pensez-vous de mon regard ?"
Nous sommes dans le bureau privé du Président , assis dans deux profonds fauteuils .
- Moi : "Euh … votre regard , Monsieur le Président ?"
- Lui acquiesce de la tête : "Mon regard … oui ..."
- Moi : "………?……….."
- Lui : "Ai-je l'air de … comment vous dire ? … avez-vous l'impression que … que …" .
Il hésite , il cherche ses mots … " … que je vois au-delà de l'horizon ?"
- Moi : "De l'horizon ?"
- Lui : "Vous comprenez , dans deux jours je rencontre Mao … c'est un monument ! …
un mythe ! … une légende ! … vous rendez-vous compte , Desmond ? … Mao ! …
Mao Tsé-Toung ! …La Longue Marche ! … 700 millions de chinois ! … je suis inti-
midé ... je suis tout petit !"
- Moi . Je proteste : "Monsieur le Président !"
- Lui : "Si-si , Desmond … et puis ce maintien … cette noblesse !"
- Moi : "………….."
- Lui revient à sa première idée : "Ai-je l'air de voir plus loin que le commun des
mortels ? … c'est important , Desmond … dites-moi sincèrement ce que vous en pensez" .
Il prend une pose hiératique , jambes croisées à la Roosevelt , les mains enserrant le genou
dans une attitude dégagée mais orgueilleuse , présentant un profil au menton conquérant ,
et son regard affecte de percer les murs du bureau .
- Moi : "………….."
- Lui . 15 secondes , immobile . Puis tournant vers moi deux prunelles interrogatives :
"Alors ? … quelle impression ?"
- Moi : "Euh … Monsieur le Président ..;"
- Lui . Il s'extrait de son fauteuil en poussant sur les accoudoirs : "Bon , ça n'a pas l'air
convaincant … heck !"
- Moi : "………….."
- Lui : "J'ai quand même battu Humphrey !"
- Moi : "……..?…….."
- Lui : "Evidemment , Humphrey c'est pas Tchang Kaï-Shek"
Nous sommes dans le bureau privé du Président , assis dans deux profonds fauteuils .
- Moi : "Euh … votre regard , Monsieur le Président ?"
- Lui acquiesce de la tête : "Mon regard … oui ..."
- Moi : "………?……….."
- Lui : "Ai-je l'air de … comment vous dire ? … avez-vous l'impression que … que …" .
Il hésite , il cherche ses mots … " … que je vois au-delà de l'horizon ?"
- Moi : "De l'horizon ?"
- Lui : "Vous comprenez , dans deux jours je rencontre Mao … c'est un monument ! …
un mythe ! … une légende ! … vous rendez-vous compte , Desmond ? … Mao ! …
Mao Tsé-Toung ! …La Longue Marche ! … 700 millions de chinois ! … je suis inti-
midé ... je suis tout petit !"
- Moi . Je proteste : "Monsieur le Président !"
- Lui : "Si-si , Desmond … et puis ce maintien … cette noblesse !"
- Moi : "………….."
- Lui revient à sa première idée : "Ai-je l'air de voir plus loin que le commun des
mortels ? … c'est important , Desmond … dites-moi sincèrement ce que vous en pensez" .
Il prend une pose hiératique , jambes croisées à la Roosevelt , les mains enserrant le genou
dans une attitude dégagée mais orgueilleuse , présentant un profil au menton conquérant ,
et son regard affecte de percer les murs du bureau .
- Moi : "………….."
- Lui . 15 secondes , immobile . Puis tournant vers moi deux prunelles interrogatives :
"Alors ? … quelle impression ?"
- Moi : "Euh … Monsieur le Président ..;"
- Lui . Il s'extrait de son fauteuil en poussant sur les accoudoirs : "Bon , ça n'a pas l'air
convaincant … heck !"
- Moi : "………….."
- Lui : "J'ai quand même battu Humphrey !"
- Moi : "……..?…….."
- Lui : "Evidemment , Humphrey c'est pas Tchang Kaï-Shek"
COTE 137 . 120 . GAMELLE
On eut droit aussi à autre chose : la neige .
Elle se met à tomber un soir doucement puis , de plus en plus fort . Au bout d'un quart
d'heure , elle a purifié notre enfer . Martial tourne vers moi des sourcils poudrés et la visière
de son casque frangée de blanc :
- "Qu'est-ce que t'en dis ?"
- Moi : "Que veux-tu que j'en dise ? … c'est beau"
Le silence absorbe le champ de bataille . On n'entend plus rien . Silence impérieux .
Il dure une bonne demi-heure . Les hommes , appuyés au parapet , admirent en retenant
leur souffle .
Quand un boche , en face , laisse tomber sa gamelle . Elle résonne comme un gong
au fond d'un temple immense .
Aussitôt , la canonnade reprend de part et d'autre . Nos artilleurs chargent leurs pièces ,
les boches les leurs .
- Martial : "Quel crétin !"
- Moi : "De qui parles-tu ?"
- Martial : "De ce crétin qui a laissé tomber sa gamelle !"
Elle se met à tomber un soir doucement puis , de plus en plus fort . Au bout d'un quart
d'heure , elle a purifié notre enfer . Martial tourne vers moi des sourcils poudrés et la visière
de son casque frangée de blanc :
- "Qu'est-ce que t'en dis ?"
- Moi : "Que veux-tu que j'en dise ? … c'est beau"
Le silence absorbe le champ de bataille . On n'entend plus rien . Silence impérieux .
Il dure une bonne demi-heure . Les hommes , appuyés au parapet , admirent en retenant
leur souffle .
Quand un boche , en face , laisse tomber sa gamelle . Elle résonne comme un gong
au fond d'un temple immense .
Aussitôt , la canonnade reprend de part et d'autre . Nos artilleurs chargent leurs pièces ,
les boches les leurs .
- Martial : "Quel crétin !"
- Moi : "De qui parles-tu ?"
- Martial : "De ce crétin qui a laissé tomber sa gamelle !"
dimanche 24 février 2019
SUICIDE DU CHEF DE SERVICE
Convaincu de concussion , notre chef de service , homme pointilleux qui suivait une
ligne claire , sans ombre , se fit sauter la cervelle . On le trouva étendu sur le dos , derrière
son bureau , étreignant un fusil de chasse comme un morveux une barbe à papa . Dans le
mur il y avait un trou dont les rayons en étoile , bourrelés de plâtre rosi , simulaient ces
impacts météoritiques de la lune tels qu'on peut en voir dans les pages supplémentaires de
nos atlas avec leurs remparts en terrasses , leur auréole et leur piton central . Nous le
revîmes le lendemain , le visage tuméfié et hâtivement rafistolé , dans un cercueil ouvert .
Sa femme se tenait droite , comme à côté d'elle-même , comme expulsée de son trois
pièces modeste mais heureux de la rue Valentina Terechkova , la main gauche posée sur
le couvercle et la droite abandonnée dans celle d'une fillette en duffle-coat gris et aux
bottines hautement lacées . Quand les deux parties de ce qui fait une boîte furent jointes
l'une à l'autre par huit boulons et pour l'éternité , et qu'elles furent glissées par son hayon
noir , nous suivîmes le corbillard . Étaient présents , outre la femme de notre chef et sa
fille , nous quatre , collaboratrices dévouées , un représentant de la haute direction que
nous n'avions jamais vu et un ciel bleu hors sujet . Que nulle trace sombre ne devait
ternir le souvenir et la pierre tombale de notre défunt , nous en eûmes heureusement la
preuve la semaine suivante et c'était une délivrance ! : pour son remplacement , on nous
envoya une fripouille notoire , membre influant du Parti .
ligne claire , sans ombre , se fit sauter la cervelle . On le trouva étendu sur le dos , derrière
son bureau , étreignant un fusil de chasse comme un morveux une barbe à papa . Dans le
mur il y avait un trou dont les rayons en étoile , bourrelés de plâtre rosi , simulaient ces
impacts météoritiques de la lune tels qu'on peut en voir dans les pages supplémentaires de
nos atlas avec leurs remparts en terrasses , leur auréole et leur piton central . Nous le
revîmes le lendemain , le visage tuméfié et hâtivement rafistolé , dans un cercueil ouvert .
Sa femme se tenait droite , comme à côté d'elle-même , comme expulsée de son trois
pièces modeste mais heureux de la rue Valentina Terechkova , la main gauche posée sur
le couvercle et la droite abandonnée dans celle d'une fillette en duffle-coat gris et aux
bottines hautement lacées . Quand les deux parties de ce qui fait une boîte furent jointes
l'une à l'autre par huit boulons et pour l'éternité , et qu'elles furent glissées par son hayon
noir , nous suivîmes le corbillard . Étaient présents , outre la femme de notre chef et sa
fille , nous quatre , collaboratrices dévouées , un représentant de la haute direction que
nous n'avions jamais vu et un ciel bleu hors sujet . Que nulle trace sombre ne devait
ternir le souvenir et la pierre tombale de notre défunt , nous en eûmes heureusement la
preuve la semaine suivante et c'était une délivrance ! : pour son remplacement , on nous
envoya une fripouille notoire , membre influant du Parti .
KRANT 157 . ILO
- "De même" m'instruisait Monsieur Lee , "les Okoki n'ont qu'un mot pour désigner les
hommes et les femmes : "Ilo" … et cette particularité reflète leur organisation sociale où
on chercherait en vain l'ombre d'une discrimination des sexes , à l'exclusion de la confec-
tion de ces délicieux gâteaux réservée aux femmes . Cette exception , les Okaki lui don-
nent le nom de "Tabu".
Je ne devais donc pas m'étonner , poursuivait Monsieur Lee , de voir les femmes abattre
des arbres ou , peintes en rouge , ramener sur des piques des têtes tranchées ou - traîné sur
un brancard - le corps d'un tapir ; ou des hommes minaudant et caquetant à l'entrée des
cases en pilant le mil .
- Monsieur Lee : "Les unes et les autres exhibent volontiers et - dirai-je - avec une constante
frénésie , les attributs et accessoires du genre opposé : pénis et seins factices , chevelures ,
cils , ongles , fards et poudres … les uns et les autres singent les fonctions du sexe qui n'est
pas le leur . Ainsi , chef , vous verrez à Kikolu (village situé à un demi-mile de la côte où
je devais me rendre avec Monsieur Lee) des hommes simulant l'allaitement ou la gésine ou
cet autre , gros de six mois , ausculté par un "ilo" , sorcier à moins que ce soit une sorcière "
- Moi : "Mais comment font-ils des enfants ?"
- Monsieur Lee : "Les Okoki sont strictement exogames . Ils font leurs enfants dans les tribus avoisinantes"
- Moi : "Comment appellent-ils leurs filles ? … et leurs garçons ?"
- Monsieur Lee : "Ilo"
hommes et les femmes : "Ilo" … et cette particularité reflète leur organisation sociale où
on chercherait en vain l'ombre d'une discrimination des sexes , à l'exclusion de la confec-
tion de ces délicieux gâteaux réservée aux femmes . Cette exception , les Okaki lui don-
nent le nom de "Tabu".
Je ne devais donc pas m'étonner , poursuivait Monsieur Lee , de voir les femmes abattre
des arbres ou , peintes en rouge , ramener sur des piques des têtes tranchées ou - traîné sur
un brancard - le corps d'un tapir ; ou des hommes minaudant et caquetant à l'entrée des
cases en pilant le mil .
- Monsieur Lee : "Les unes et les autres exhibent volontiers et - dirai-je - avec une constante
frénésie , les attributs et accessoires du genre opposé : pénis et seins factices , chevelures ,
cils , ongles , fards et poudres … les uns et les autres singent les fonctions du sexe qui n'est
pas le leur . Ainsi , chef , vous verrez à Kikolu (village situé à un demi-mile de la côte où
je devais me rendre avec Monsieur Lee) des hommes simulant l'allaitement ou la gésine ou
cet autre , gros de six mois , ausculté par un "ilo" , sorcier à moins que ce soit une sorcière "
- Moi : "Mais comment font-ils des enfants ?"
- Monsieur Lee : "Les Okoki sont strictement exogames . Ils font leurs enfants dans les tribus avoisinantes"
- Moi : "Comment appellent-ils leurs filles ? … et leurs garçons ?"
- Monsieur Lee : "Ilo"
vendredi 22 février 2019
AUDIENCE PONTIFICALE 4
- Moi : "Votre Sainteté ?"
- JP II . Geste de la main valant … valant je ne sais pas quoi … fatigue ? … indifférence ?
… dédain ? … désintérêt ? .
- Moi : "Votre Sainteté m'entend-elle ?"
- JP II . Râclement de gorge .
- Moi : "Votre Sainteté … Saint-Père … j'ai encore une question"
- JP II avale sa salive .
- Moi : "A quoi croyez-vous , Saint-Père ?" . J'ai posé ma main sur son avant-bras .
- JP II . Gargouillis .
- Moi : "……………."
- JP II : "Mstraldegghhhhhhh …"
- Moi : "Pardon ?" . Je me penche .
- JP II . Crachouillis .
- Moi : "Hein ?"
- JP II re-lève la main … abattement ? … irritation ?
- Moi : "Comment avez-vous dit ?"
- JP II : "Mstraldegghhhhhhh …"
- Moi , re-penché : "Comment ?"
- JP II : "Mstraldegghhhhhhhhhhhhh …"
- Moi : "Ai-je bien compris , Saint-Père ?"
- JP II hoche la tête .
- Moi : "Mystère et boule de gomme ? … c'est bien ça ?"
- JP II re-hoche la tête .
- JP II . Geste de la main valant … valant je ne sais pas quoi … fatigue ? … indifférence ?
… dédain ? … désintérêt ? .
- Moi : "Votre Sainteté m'entend-elle ?"
- JP II . Râclement de gorge .
- Moi : "Votre Sainteté … Saint-Père … j'ai encore une question"
- JP II avale sa salive .
- Moi : "A quoi croyez-vous , Saint-Père ?" . J'ai posé ma main sur son avant-bras .
- JP II . Gargouillis .
- Moi : "……………."
- JP II : "Mstraldegghhhhhhh …"
- Moi : "Pardon ?" . Je me penche .
- JP II . Crachouillis .
- Moi : "Hein ?"
- JP II re-lève la main … abattement ? … irritation ?
- Moi : "Comment avez-vous dit ?"
- JP II : "Mstraldegghhhhhhh …"
- Moi , re-penché : "Comment ?"
- JP II : "Mstraldegghhhhhhhhhhhhh …"
- Moi : "Ai-je bien compris , Saint-Père ?"
- JP II hoche la tête .
- Moi : "Mystère et boule de gomme ? … c'est bien ça ?"
- JP II re-hoche la tête .
jeudi 21 février 2019
KATINKA
Une russe . Une violoniste . C'est une fatalité . J'aime les femmes . J'adore l'art ,
toutes les formes d'art , même la musique russe mais pas le violon dans la musique russe .
Le concerto en ré majeur de Prokofiev me donne mal aux dents . Or , où que j'aille , et
je ne cesse pour mon travail de me déplacer , si j'aborde une femme dans un bar , au
Guatemala par exemple ou dans le sud-est de la Tanzanie , il y a fort à parier qu'elle est
russe et , pour mon malheur , violoniste .
L'année dernière cependant , il y a un an jour pour jour , j'entrai dans un pub de
Comines-Warneton en Belgique , "Le Gourmet" . Au comptoir , une jolie brune était
juchée sur un haut tabouret .
- "Ma tête à couper que vous êtes russe !"
- Elle a opiné : "Comment l'avez-vous deviné ?"
- "A votre accent"
- Elle a ri . D'un rire cristallin : "Mais … je n'ai pas ouvert la bouche !"
- "Il n'est pas besoin que vous ouvriez la bouche pour savoir que vous êtes russe .
C'est le destin"
- Elle siffla par la paille un bon tiers de son Bloody Mary .
- "Et , il va sans dire que vous êtes musicienne"
- Elle a gloussé . Un gloussement slave : "Incroyable ! … vous êtes devin ? "
- "Où est votre violon ?"
- Elle s'est penchée et a extirpé de l'ombre du comptoir un cor d'harmonie qu'elle a
brandi au-dessus de sa tête : "Je suis corniste , Monsieur le voyant !"
Je l'épousai .
toutes les formes d'art , même la musique russe mais pas le violon dans la musique russe .
Le concerto en ré majeur de Prokofiev me donne mal aux dents . Or , où que j'aille , et
je ne cesse pour mon travail de me déplacer , si j'aborde une femme dans un bar , au
Guatemala par exemple ou dans le sud-est de la Tanzanie , il y a fort à parier qu'elle est
russe et , pour mon malheur , violoniste .
L'année dernière cependant , il y a un an jour pour jour , j'entrai dans un pub de
Comines-Warneton en Belgique , "Le Gourmet" . Au comptoir , une jolie brune était
juchée sur un haut tabouret .
- "Ma tête à couper que vous êtes russe !"
- Elle a opiné : "Comment l'avez-vous deviné ?"
- "A votre accent"
- Elle a ri . D'un rire cristallin : "Mais … je n'ai pas ouvert la bouche !"
- "Il n'est pas besoin que vous ouvriez la bouche pour savoir que vous êtes russe .
C'est le destin"
- Elle siffla par la paille un bon tiers de son Bloody Mary .
- "Et , il va sans dire que vous êtes musicienne"
- Elle a gloussé . Un gloussement slave : "Incroyable ! … vous êtes devin ? "
- "Où est votre violon ?"
- Elle s'est penchée et a extirpé de l'ombre du comptoir un cor d'harmonie qu'elle a
brandi au-dessus de sa tête : "Je suis corniste , Monsieur le voyant !"
Je l'épousai .
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