"J'ai cassé un plat" , dit Berthe quand Bonnie et moi sommes retournés au salon .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre son chapeau de paille .
"Vous m'avez sans doute entendue le casser . J'ai trouvé de la colle magique dans le tiroir ,
et maintenant il est bien mieux qu'avant" .
Les mouches du salon bourdonnaient leur magie dans les plats quand Bonnie dit :
"J'ai retourné le tiroir à chapeaux" . Tous trois , nous l'avions bien entendue le casser
mais Berthe sans doute a trouvé de la colle et maintenant il est merveilleusement mieux
qu'avant .
"Maintenant que le tiroir est cassé" , dit Berthe , "il est bien mieux qu'avant . Bonnie est
retournée au salon pour le casser en trois . Mais j'ai trouvé contre son chapeau de paille ,
dans un plat , une colle merveilleuse et des mouches qui bourdonnaient magiquement et
que , sans doute , elle n'entendait pas " .
dimanche 10 mai 2020
vendredi 8 mai 2020
KRANT 213 . NUITS GÉOMÉTRIQUES
Parfois , le soir , je voyais la mer comme un cercle : elle projetait une ombre elliptique
sur la voie lactée où les corps célestes gravitaient mécaniquement en d'immuables trajec-
toires et s'accordaient aux non moins perpétuels va-et-vient des pistons Stirling . L'univers
- ou était-ce la géométrie ? - m'emportait vers le sommeil et toute chose me semblait alors
un cycle ; les éléments s'emboitaient les uns dans les autres en un jeu nécessaire où l'instal-
lation rituelle de Hume sur mes genoux quand je laissais mon quart et le déclenchement de
ses ronronnements avaient le premier rôle . J'étais le foyer de cette courbe plane , à l'inter-
section du ciel et de la mer , dormeur au centre du monde . Pouvais-je être ailleurs qu'au
centre du monde dans ce fauteuil de toile porté par un océan à des milliers de miles de la
première terre ?
Un matin , Krant me surprit au sortir d'une de ces nuits à forme ovale : "Il me semble ,
chef , que vous dormiez dans un cône …"
sur la voie lactée où les corps célestes gravitaient mécaniquement en d'immuables trajec-
toires et s'accordaient aux non moins perpétuels va-et-vient des pistons Stirling . L'univers
- ou était-ce la géométrie ? - m'emportait vers le sommeil et toute chose me semblait alors
un cycle ; les éléments s'emboitaient les uns dans les autres en un jeu nécessaire où l'instal-
lation rituelle de Hume sur mes genoux quand je laissais mon quart et le déclenchement de
ses ronronnements avaient le premier rôle . J'étais le foyer de cette courbe plane , à l'inter-
section du ciel et de la mer , dormeur au centre du monde . Pouvais-je être ailleurs qu'au
centre du monde dans ce fauteuil de toile porté par un océan à des milliers de miles de la
première terre ?
Un matin , Krant me surprit au sortir d'une de ces nuits à forme ovale : "Il me semble ,
chef , que vous dormiez dans un cône …"
mercredi 6 mai 2020
KRANT 212 . AU COEUR DES CHOSES
Combien de fois ai-je décrit dans mes carnets le rougeoiement de cette pipe ? .
Ce soir-là - c'était en hiver quelque part dans l'Atlantique Nord - sur la passerelle
de commandement , deux coudées au-dessus du bastingage , aussi immuable que
la Constellation du Taureau entre Bélier et Gémeaux , aussi nécessaire que notre
fanal de poupe , la pipe de Krant rougeoyait . La trajectoire de ses braises s'accordait
à la perfection au mouvement de la houle mais l'intensité de leur embrasement variait
comme l'éclat d'une étoile dans les turbulences de l'air et les escarbilles qui s'échap-
paient du fourneau zébraient la noirceur du ciel comme une troupe de diables protec-
teurs . Alors , et ce soir comme bien d'autres soirs , engoncé dans mon duffle-coat et
percé d'embruns , je montais par l'échelle de fer vers ce point incandescent où , pour
moi , était concentrée la substance du Kritik .
Ce soir-là - c'était en hiver quelque part dans l'Atlantique Nord - sur la passerelle
de commandement , deux coudées au-dessus du bastingage , aussi immuable que
la Constellation du Taureau entre Bélier et Gémeaux , aussi nécessaire que notre
fanal de poupe , la pipe de Krant rougeoyait . La trajectoire de ses braises s'accordait
à la perfection au mouvement de la houle mais l'intensité de leur embrasement variait
comme l'éclat d'une étoile dans les turbulences de l'air et les escarbilles qui s'échap-
paient du fourneau zébraient la noirceur du ciel comme une troupe de diables protec-
teurs . Alors , et ce soir comme bien d'autres soirs , engoncé dans mon duffle-coat et
percé d'embruns , je montais par l'échelle de fer vers ce point incandescent où , pour
moi , était concentrée la substance du Kritik .
lundi 4 mai 2020
AUDIENCE PONTIFICALE 13
- Moi : "Les Mystères"
- JP II : "Quoi , les Mystères ?"
- Moi : "Juste une question"
- JP II : "Ah , c'est toi , le quidam quidopathe ! … le fanatique du point d'interrogation …
combien d'auditions t'ai-je accordées ?"
- Moi : "Euh … douze , Très Saint-Père … c'est la 13e"
- JP II : "Et tu n'es pas guéri ?"
- Moi : "Je suis curieux de nature"
- JP II : "Que veux-tu connaître des Mystères ?"
- Moi : "Ben … euh … d'abord , qu'est-ce qu'un Mystère ?"
- JP II : "Hum … tu vois ce gros livre au pied de mon trône"
- Moi : "Oui … c'est la Bible ?"
- JP II : "Non … la Bible , je l'ai dans la tête … ce gros livre , c'est le Petit Robert …
prends-le … ouvre-le à la page 1230"
- Moi . J'étais agenouillé . Je me traîne à quatre pattes vers le dictionnaire que j'ouvre
à la page dite .
- JP II : "Lis !"
- Moi : "Mystère : qui est inaccessible à la raison humaine"
- JP II : "Qu'est-ce que tu veux de plus ?"
- Moi : "Mais …"
- JP II : "Inaccessible à ta raison … et inaccessible à la mienne"
- Moi : "Je pensais que …"
- JP II : "Tu pensais mal … pourquoi faire ces kilomètres ? … d'où viens-tu ?"
- Moi : "De France … un village du nord de la France … Sailly lez Lannoy … 59390 …"
- JP II : "Tu n'as pas de Petit Robert ?"
- Moi : "Si, bien entendu … tout le monde en a un"
- JP II : "Suffisait de l'ouvrir … Deus te benedicat"
- JP II : "Quoi , les Mystères ?"
- Moi : "Juste une question"
- JP II : "Ah , c'est toi , le quidam quidopathe ! … le fanatique du point d'interrogation …
combien d'auditions t'ai-je accordées ?"
- Moi : "Euh … douze , Très Saint-Père … c'est la 13e"
- JP II : "Et tu n'es pas guéri ?"
- Moi : "Je suis curieux de nature"
- JP II : "Que veux-tu connaître des Mystères ?"
- Moi : "Ben … euh … d'abord , qu'est-ce qu'un Mystère ?"
- JP II : "Hum … tu vois ce gros livre au pied de mon trône"
- Moi : "Oui … c'est la Bible ?"
- JP II : "Non … la Bible , je l'ai dans la tête … ce gros livre , c'est le Petit Robert …
prends-le … ouvre-le à la page 1230"
- Moi . J'étais agenouillé . Je me traîne à quatre pattes vers le dictionnaire que j'ouvre
à la page dite .
- JP II : "Lis !"
- Moi : "Mystère : qui est inaccessible à la raison humaine"
- JP II : "Qu'est-ce que tu veux de plus ?"
- Moi : "Mais …"
- JP II : "Inaccessible à ta raison … et inaccessible à la mienne"
- Moi : "Je pensais que …"
- JP II : "Tu pensais mal … pourquoi faire ces kilomètres ? … d'où viens-tu ?"
- Moi : "De France … un village du nord de la France … Sailly lez Lannoy … 59390 …"
- JP II : "Tu n'as pas de Petit Robert ?"
- Moi : "Si, bien entendu … tout le monde en a un"
- JP II : "Suffisait de l'ouvrir … Deus te benedicat"
dimanche 3 mai 2020
HAÏKUS 5-7-5
- Rêve : Aimable est la nuit
Quand sous mes paupières tu viens .
Vertige des draps .
- Fable : Locataire frivole
Partie sans laisser d'adresse .
La cigale a fui .
- Roissy : Blancs aéroplanes
En bout de piste lâchés .
Mouchoirs envolés .
- Eros : Tes thons églantine
Balbutient dans l'onde pâle ,
ô Ève , mère liquide !
Quand sous mes paupières tu viens .
Vertige des draps .
- Fable : Locataire frivole
Partie sans laisser d'adresse .
La cigale a fui .
- Roissy : Blancs aéroplanes
En bout de piste lâchés .
Mouchoirs envolés .
- Eros : Tes thons églantine
Balbutient dans l'onde pâle ,
ô Ève , mère liquide !
G-J A.
Mais-si , mais-si , je connais G-J A. ! .Je le connais intimement ! … 403 livres
exactement … 403 manuscrits puisqu'aucun n'a trouvé son éditeur . Il y eut bien
cette approche des P.U.F pour sa collection "Le Noeud Gordien" qui envisage de
publier "des sujets originaux et peu étudiés" , mais l'affaire a capoté . Dommage ! .
G-J comptait sur son étude "Comment ouvrir une pièce jointe" pour percer dans
le monde littéraire . Le Comité de Lecture a calé : 657 pages , c'était trop et trop peu .
Trop parce qu'au jour d'aujourd'hui , n'importe qui sait ouvrir une pièce jointe .
Trop peu parce que … parce que quoi ? … ben … euh … le Comité était à court
d'arguments . G-J fit valoir qu'il visait le lectorat de Saint Frézal d'Albuges . 48151 .
Lozères . Village de 74 habitants situé dans une zone blanche particulièrement
immaculée . Le Comité rétorqua qu'il connaissait bien cette part de marché (le samedi
matin . Place Tartempion . Produits du terroir) , que la population de Saint Frézal
d'Albuges est constituée pour l'essentiel de cultivateurs très-très occupés n'ayant ni
pièces à joindre , ni substrat à quoi joindre une pièce quelconque et , qu'en dernière
analyse (car le Comité avait fait plusieurs analyses) , grâce à ses produits du terroir ,
elle jouissait d'une extraordinaire santé et d'une bonne humeur à toute épreuve . G-J
fut très affecté par ce camouflet . Qu'allait-il faire de sa production ? . La reléguer
sous les ruines de nos villes en espérant qu'un archéologue du XXXe siècle - génial
Champollion ! - décrypte les ratiocinations quantiques de certaine bonne soeur ,
démêle les ailes froissées de l'Archange Gabriel , décode les hiéroglyphes d'une
campagne d'Égypte ? … ou l'abandonner aux rongeurs les plus érudits ou - tout de
suite - y foutre le feu ?
exactement … 403 manuscrits puisqu'aucun n'a trouvé son éditeur . Il y eut bien
cette approche des P.U.F pour sa collection "Le Noeud Gordien" qui envisage de
publier "des sujets originaux et peu étudiés" , mais l'affaire a capoté . Dommage ! .
G-J comptait sur son étude "Comment ouvrir une pièce jointe" pour percer dans
le monde littéraire . Le Comité de Lecture a calé : 657 pages , c'était trop et trop peu .
Trop parce qu'au jour d'aujourd'hui , n'importe qui sait ouvrir une pièce jointe .
Trop peu parce que … parce que quoi ? … ben … euh … le Comité était à court
d'arguments . G-J fit valoir qu'il visait le lectorat de Saint Frézal d'Albuges . 48151 .
Lozères . Village de 74 habitants situé dans une zone blanche particulièrement
immaculée . Le Comité rétorqua qu'il connaissait bien cette part de marché (le samedi
matin . Place Tartempion . Produits du terroir) , que la population de Saint Frézal
d'Albuges est constituée pour l'essentiel de cultivateurs très-très occupés n'ayant ni
pièces à joindre , ni substrat à quoi joindre une pièce quelconque et , qu'en dernière
analyse (car le Comité avait fait plusieurs analyses) , grâce à ses produits du terroir ,
elle jouissait d'une extraordinaire santé et d'une bonne humeur à toute épreuve . G-J
fut très affecté par ce camouflet . Qu'allait-il faire de sa production ? . La reléguer
sous les ruines de nos villes en espérant qu'un archéologue du XXXe siècle - génial
Champollion ! - décrypte les ratiocinations quantiques de certaine bonne soeur ,
démêle les ailes froissées de l'Archange Gabriel , décode les hiéroglyphes d'une
campagne d'Égypte ? … ou l'abandonner aux rongeurs les plus érudits ou - tout de
suite - y foutre le feu ?
samedi 2 mai 2020
IRINA
Elles étaient trois soeurs : Olga , Macha et Irina . Russes comme le dit assez leurs
prénoms . Dans l'ordre : une prof , une pianiste et une inconsciente . Bien entendu ,
c'est de l'inconsciente que je suis tombé amoureux . Irina était la plus jeune , la plus
petite aussi , elle est à droite sur la photo . Je n'ai jamais pu encaisser les deux autres :
Olga , abusive et maternante , Macha , chimérique (et son amant , ce lieutenant-colonel
Verchinine !) . C'est pendant une fête organisée en l'honneur de celle qui allait partager
ma vie (et mon appartement et mes économies) pendant tout un été (1969 ou 1970 ? .
Mon carnet n'est pas clair) que j'ai fait sa connaissance , mais pas du tout dans la cam-
pagne profonde de la Russie , pas non plus à Moscou . A Niort où , à l'époque , je pour-
suivais de vagues études de … de quoi d'ailleurs ? . Irina suivait les mêmes cours que
moi avec la même indolence . Elle était dans l'amphi toujours à la même place , ne
prenant aucune note et jouant avec son crayon , quatre gradins plus bas . Son chignon .
J'ai passé des heures dans ce chignon ! . Les cours , ça me revient , étaient donnés par
une lépidoptérologue américaine . A la fin des années soixante , je m'étais passionné
pour les papillons . Chignon très russe , très XIXe siècle , très tchékovien : blond ,
dénoué , glissant sur la nuque . Un peigne d'ambre y parodiait les ocelles bruns d'un
Tircis . A la fac , je n'ai jamais adressé la parole à Irina . J'aurais dû . Je me serais rendu
compte qu'avant d'avoir commencé , notre amour était condamné . Il a duré la courte vie
d'un papillon ...
prénoms . Dans l'ordre : une prof , une pianiste et une inconsciente . Bien entendu ,
c'est de l'inconsciente que je suis tombé amoureux . Irina était la plus jeune , la plus
petite aussi , elle est à droite sur la photo . Je n'ai jamais pu encaisser les deux autres :
Olga , abusive et maternante , Macha , chimérique (et son amant , ce lieutenant-colonel
Verchinine !) . C'est pendant une fête organisée en l'honneur de celle qui allait partager
ma vie (et mon appartement et mes économies) pendant tout un été (1969 ou 1970 ? .
Mon carnet n'est pas clair) que j'ai fait sa connaissance , mais pas du tout dans la cam-
pagne profonde de la Russie , pas non plus à Moscou . A Niort où , à l'époque , je pour-
suivais de vagues études de … de quoi d'ailleurs ? . Irina suivait les mêmes cours que
moi avec la même indolence . Elle était dans l'amphi toujours à la même place , ne
prenant aucune note et jouant avec son crayon , quatre gradins plus bas . Son chignon .
J'ai passé des heures dans ce chignon ! . Les cours , ça me revient , étaient donnés par
une lépidoptérologue américaine . A la fin des années soixante , je m'étais passionné
pour les papillons . Chignon très russe , très XIXe siècle , très tchékovien : blond ,
dénoué , glissant sur la nuque . Un peigne d'ambre y parodiait les ocelles bruns d'un
Tircis . A la fac , je n'ai jamais adressé la parole à Irina . J'aurais dû . Je me serais rendu
compte qu'avant d'avoir commencé , notre amour était condamné . Il a duré la courte vie
d'un papillon ...
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