Parfois , la nuit , j'allais rôder du côté de chez Monsieur Lee . La porte de sa cuisine
donnait sur l'entrepont et - sauf sérieuse tempête - il la laissait ouverte . Dans l'immensité
obscure , ce rectangle de lumière jaune était comme un hâvre flottant . J'y respirais la
friture des beignets ou l'odeur du pain quand Monsieur Lee s'activait autour de ses feux
et agitait d'impeccables casseroles . Hume , à moins qu'il eut choisi la caisse aux pieds
du timonier pour se reposer de n'avoir rien fait , était couché sur une sorte de comptoir
et observait , l'oeil mi-clos et cependant aux aguets , les allées et venues de son compère
qui ne manquerait pas de poser sous son museau un rogaton . Quand ils me voyaient
entrer , Monsieur Lee émettait son hi-hi-hi d'usage et Hume tournait ses oreilles vers
l'intrus qui venait perturber la quiétude du lieu et peut-être soustraire quelques restes .
Je m'asseyais sur un tabouret et nous ne disions rien . Je regardais les pâles éclats
d'écume par-delà le bastingage et je caressais une à une les vertèbres de Hume .
Puis je me levais et , sans un mot , je sortais . Au moment où je franchissais l'écou-
tille , Hume baillait et dévoilait ses deux immenses crocs . Monsieur Lee me saluait
d'un hi-hi-hi . C'était sa façon de me dire "bonne nuit" .
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