lundi 22 septembre 2014

CHARLES X , L'ARCHEVÊQUE ET MOI . ( histoire du Saint-Chrême )

IMPÉRATIF PLURIEL ET PASSÉ-SIMPLE :
Charles était en attente d'onction . A l'Archevêque et à ses sbires , je dis : "L'oignons !"
et nous l'oignîmes .
PLUS-QUE-PARFAIT DU SUBJONCTIF :
A l'Archevêque : "Vous l'eussiez oint deux fois , ç'eut été une de trop"
IMPARFAIT DU SUBJONCTIF :
Que nous oignissions Charles était une chose . Que nous régnassions à sa place en était
une autre .
PARTICIPE PRÉSENT :
Oignant Charles , l'Archevêque prit son pied dans le tapis du maître-autel et c'est de
justesse que nous le rattrapâmes Charles et moi .
INFINITIF PASSÉ :
L'avoir oint était notre fierté . (La mienne et celle de l'Archevêque) .
CONDITIONNEL PASSÉ 1ere FORME :
Si nous avions su , nous ne l'aurions point oint .
FUTUR SIMPLE :
Les Rois futurs , nous les oindrons .
IMPÉRATIF PRÉSENT :
A l'Archevêque , je dis : "Oins-le … et il l'oignit .
FUTUR ANTÉRIEUR :
"Quand nous l'aurons oint" , dit l'Archevêque , "nous nous servirons une bière-pression" .
INFINITIF PRÉSENT :
Oindre Charles était du ressort de l'Archevêque . Je l'assistai .
CONDITIONNEL PASSÉ 2e forme :
Que nous l'eussions oint ou pas , Charles s'en foutait .
PARTICIPE PASSÉ :
Ayant oint Charles , l'Archevêque ferma les portes de la cathédrale et il me pria de jouer
avec lui à chat-perché .
IMPARFAIT :
Après la Révolution , l'Archevêque oignait à tours de bras .
CONDITIONNEL :
Nous savions qu'un jour ou l'autre nous l'oindrions .
PASSÉ-COMPOSÉ :
Ils l'ont oint dans la bonne humeur .
PRÉSENT . (Forme pronominale) :
Je me oins , tu te oins , il se oint ...

dimanche 21 septembre 2014

LE SAINT-CHRÊME . DO IT YOURSELF

   Prendre l'avion pour Tel Aviv , puis un taxi pour une ville de Judée au choix ,
Bethleem par exemple .
   A Bethleem , louer une chambre à l'Holiday Inn , près du Coca-Cola Park et
passer une bonne nuit .
   Le lendemain , louer un âne . C'est ici , depuis 2000 ans , le moyen de locomo-
tion le mieux approprié . Lent , mais c'est la lenteur qui fait son intérêt .
   Sortir de Bethleem et prendre la direction de Jerusalem . Franchir le check point
de l'armée israélienne et contourner les Vasques de Salomon , jusqu'au Wadi Artas .
C'est dans cette vallée où coulent le lait et le miel que pousse l'arbre que nous
cherchons : Commiphora Opobalsamum , sapin baumier originaire du sud de
l'Arabie , naturalisé en Judée il y a 3000 ans .
   Près de la tombe de Rachel , sur le chemin d'Ephrata , entre les vignes encloses
et les figuiers nimbés de lumière biblique , choisir un pin de taille moyenne .
   Avec la pointe d'un couteau , inciser le tronc . Un liquide jaune doré suinte par
la plaie : c'est la myrrhe de Melchior le Roi-Mage . Son odeur rappelle celle du
citron, l'odeur de sainteté . Sa saveur est amère , sa vertu astringente .
   Remplir le contenu d'une bouteille de 37,5 cl . La tenir au frais dans le sac à
dos d'âne .
   Revenir à Bethleem par le même chemin . Retraverser les colonies juives de
Gilo et Har Gilo sur les terres de Beit Jala et Al'walaja , contourner les Vasques
de Salomon , exhiber le laissez-passer au check point et vous rendre directement
au Tikva Market de Wad Ma'ali street .
   Acheter un litre d'huile d'olive en tête de gondole et trois sachets de safran ,
cannelle et essence de rose au rayon épices .
   Dans la kitchen de l'Holiday Inn , verser le contenu des trois sachets dans un
demi-litre d'huile d'olive , mélanger et tenir à feu doux dix minutes . Transvaser
doucement le baume liquide sans cesser d'agiter jusqu'à obtenir une pâte onctueuse .
   Laisser reposer sept jours et sept nuits puis répartir la pâte dans une dizaine
de fioles .
   Vous avez do it yourself le Saint-Chrême .
   Le Saint-Chrême , à quoi çà sert ?
   À oindre le front des Rois de France .




LE SAINT-CHRÊME . MODE D'EMPLOI

COMPOSITION : Huile d'olive 88% . Baume myrrhique 10% . Safran , cannelle,
essence de rose 1% . Colorant 1% .
SUPPORTS : Exclusivement le front des Rois de France .
PRÉPARATION DES SUPPORTS : Passer sur le front du Roi un papier de verre
fin et lustrer à la peau fleurdelisée
APPLICATION : Uniquement avec le pouce . Proscrire absolument l'utilisation des
brosses , pinceaux , rouleaux et pistolets électrostatiques .
RENDEMENT : 1 cm2 par Roi de France .
DILUTION : Prêt à l'emploi .
SÉCHAGE : Un règne moyen .
CONSERVATION : Tenir dans la fiole d'origine fermée . Un bidon de 37,5 cl de
Saint-Chrême peut durer 2000 ans à condition d'être conservé à l'abri des régicides ,
des révolutionnaires et des démocrates .
NETTOYAGE DES OUTILS : Le pouce et le vase aux Saintes Huiles seront
dégraissés à l'eau bénite .
PRÉCAUTIONS D'EMPLOI :
   Ne pas ingérer .
   En cas d'ingestion , consulter immédiatement un médecin spécialisé dans l'interpré-
   tation des Saintes Écritures en lui montrant l'emballage et l'étiquette .
   Utiliser seulement dans les cathédrales agréées pour les sacres : Soissons , Saint-
   Denis , Reims , Orléans , Compiègne , Laon , Ferrières en Gâtinais .
   L'emploi du Saint-Chrême dans une synagogue ou une mosquée peut provoquer
   une réaction allergique .

jeudi 7 août 2014

LE CATÉ

Je m'astreignais à 5 B.A. / jour .

En Carême , c'était le challenge inventé par l'abbé Nitiez et j'avais l'ambition
d'être la meilleure parce que j'envisageais un statut de sainte .

Je m'étais fixé un programme quotidien dément :
1°/ Tricher à la bloquette . C'est mon jeu de billes préféré .
2°/ Accrocher une casserole ou tout objet sonnant à la queue de Bébel , le
chat de Madame Michel .
3°/ lancer un pétard dans l'autocar scolaire de Monsieur Émile .
4°/ Piquer les fesses de Nono , l'idiot du village .
5°/ Cracher dans le bénitier derrière le dos de l'abbé du même nom .

Dans l'ordre ou le désordre , c'était selon …

J'avais d'autres projets grandioses pour atteindre à la super-sainteté d'un archange :
aider Madame Truchon , la centenaire , à en finir sur le passage clouté de la rue
principale , guider Charly l'aveugle jusqu'au comptoir de "L'Assommoir" , convertir
Zizou et Louis , mes copains enfants de coeur , à la sorcellerie d'Afrique la plus
nègre , etc …

Faut pas s'étonner que le jeudi , en montant au caté , tout mon mauvais ressortait !

mercredi 6 août 2014

DES JUGEMENTS

En matière de jugements , les choses ne sont pas simples .

En gros , on distingue les jugements analytiques et les jugements synthétiques .
Les jugements synthétiques sont fondés sur l'expérience et ajoutent à notre connaissance .

Par exemple : "Les caddies sont lourds à pousser" . On ne peut nier que j'accède au concept
de pesanteur par l'expérience du consommateur . J'ai , par ce jugement synthétique , étendu
ma connaissance . Je sais qu'un caddie est lourd à pousser parce que j'ai éprouvé sa lourdeur .

Alors que "Les caddies sont volumineux" , c'est un jugement analytique . Il est a priori . Le
concept de volume est compris dans celui de caddie . Un caddie , comme tout corps , a
nécessairement une étendue et il n'est pas besoin de l'expérience pour s'en convaincre . Le
jugement analytique n'ajoute rien à la connaissance . Un caddie , suivant ce bon vieux
principe logique de non-contradiction , ne peut pas ne pas avoir de volume .

Mais qu'en est-il des jugements synthétiques a priori ?

C'est pour répondre à cette question que le samedi après-midi Simone et moi allons au
supermarché .

Ça nous détend la jugeote .

CARNAVAL

Chacun allait , portant son masque , dans la ville en fête .
La nuit tourbillonnait ; elle emportait autour des corps les
robes de couleur et les rouges à lèvres . Les cris de plaisir
étiraient des langues de feu , les fards flamboyaient sur les
paupières et suivaient en voluptueux décalages le creusement
des reins . Des toits , pétillante voie lactée , montait et descen-
dait en spirales une tempête de confettis . Derrière les masques ,
il y en avait d'autres , des tristes quotidiens et , derrière ceux-là ,
d'autres encore du perpétuel ennui qu'on oubliait ce soir . Chacun
avait lâché son corps quelque part dans la ville et chacun était
personne et tout le monde mais n'était plus lui-même . Les façades
ensorcelées jetaient contre la peau des tambours lumignons et ban-
deroles et de cette foule-dragon levaient de palpables sueurs . La
musique éclairait les rues à coups de flashes , le rythme soulevait
les talons et les tempes comme un immense coeur , les nuques
tournaient autour des bras , les masques embrassaient les masques .
La ville vibrait d'une onde unique et folle . Dans cette nuit extra-
vagante se calcinaient les jours ordinaires .

vendredi 1 août 2014

LISA DEL GIOCONDO


Cette année-là ( en quelle année était-ce ? ) , Francesco Del Giocondo m'invita à
passer le mois d'août dans sa villa des environs de Florence . Francesco était un ami ;
son notaire était mon père et je le rencontrais tous les dimanche à l'église de la Santis-
sima Annunziata où il est aujourd'hui inhumé . En revanche , je ne connaissais pas sa
jeune épouse Lisa . C'était une femme bien faite mais un peu boulotte et - malice de
la nature - elle avait des cheveux horriblement crépus qui la faisaient voir comme une
araignée noire .
Au début de mon séjour , Francesco m'emmenait dans la montagne . Je lui avouai
que ces pérégrinations qui n'avaient d'autre but que remuer les jambes m'assomaient
et que , passés les premiers lacets , j'avais le vertige . Francesco , en véritable ami ,
cessa de me tourmenter avec ses trekkings et il m'installa dans son patio où je passai
des heures à remplir des carnets de vis aériennes , diagrammes scientifiques , études
anatomiques , calculs algorithmiques , plans de cités imaginaires , aménagements hy-
drauliques , machines de guerre et toutes sortes d'absurdités comme ce que j'appelai
"une auto-mobile" qui , bien entendu , ne verra jamais le jour !
A la fin d'une journée caniculaire , Francesco m'apporta un panneau de peuplier de
77cm x 53cm , des tubes de couleur et des pinceaux . Par jeu , il me proposa de pein-
dre sa femme . Je refusai : j'étais nul en peinture et je ne voulais pas ( dis-je en dési-
gnant d'un geste hypocrite les bouclettes de Mona ) pervertir la pure beauté . Mais
Francesco et Lisa ne me lâchèrent pas de la soirée . Je pris à part mon ami et lui ex-
pliquai avec tact que la tignasse ébouriffante de sa femme n'entrait pas dans le cadre .
En quelques traits de plume dans un coin de carnet , je dessinai un fer à braises , ins-
piré de la pince à croques-monsieur , propre à lisser les mèches les plus rebelles .
Si toutefois la belle ébouriffée acceptait ce traitement , je m'engageais à lui tirer le
portrait .
Ainsi fut fait . Le lendemain matin , je menai par la main une Lisa défrisée à l'arrière
de la maison . Elle se tordait de rire en voyant dans les glaces son double à cheveux
raides et des larmes couraient sur ses joues en rigoles de plaisir . Je la fis asseoir dans
une loggia qui donnait sur la campagne toscane où fumait déjà l'été et Francesco la
pria de se calmer . Pendant le temps de la pause , le fou-rire réfréné qui lui secouait
les seins emplit sa bouche jusqu'aux commissures des lèvres .
C'est dans ces circonstances que je peignis Lisa Del Giocondo , en moins d'un
quart d'heure .    

                                                Io , Leonardo