Causette dans la Blue Room , au 1er étage de la Maison Blanche . Le Président
est assis dans une bergère (bois doré , époque empire) , Henry Kissinger alors simple
et épisodique conseiller et moi dans deux fauteuils assortis . Le Président (Henry et
moi n'avons pas assisté au déjeuner) vient de recevoir Neil Armstrong , Buzz Aldrin
et Michael Collins , un mois après leur retour sur terre . Le Président me semble
irritated :
- "Ce Buzz m'a saoulé ! … he's a right chatter box ! (c'est une vraie pipelette !) …
il n'a pas arrêté de parler et je n'ai pas compris grand chose à ses expériences scienti-
fiques … il m'a parlé d'un sismomètre … n'est-ce pas fait pour enregistrer les tremble-
ments de terre ?"
- Kissinger : "Yes , Mister President : c'est un instrument de mesure qui permet de
capter les mouvements du sol"
- Le Président : "C'est bien ce que je dis , Henry … les tremblements de terre , enfin ,
dans le cas présent , les tremblements de lune … il y a des tremblements de terre sur
la lune ?"
- Kissinger , doctoral , joint ses dix doigts en faisceau devant son menton : "Il existe
quatre types de séismes lunaires : les séismes profonds , les secousses dues aux impacts
météoritiques et …"
- Le Président : "Ok , Henry … ok … Buzz m'a raconté tout ça … le déflecteur laser ,
etc …"
- Kissinger . Il corrige : "Le réflecteur laser … il s'agit , Monsieur le Président , d'un
dispositif optique catadioptrique qui …"
- Le Président : "Dites , Henry … vous n'allez pas me servir ce galimatias en guise
de digestif !"
- Kissinger : "…………."
- Le Président : "Et zut ! … j'ai oublié de demander si au moins ils ont pensé à
ramasser des cailloux !"
- Kissinger : "Des roches lunaires ? … oui , bien entendu ! … il s'agit de basaltes à
olivine : anorthosite ferreuse , dunite , troctolite , roches alcalines et …"
- Le Président : "Shut up , Henry ! …"
- Kissinger : "…………."
- Le Président : "Et vous , Desmond , qu'est-ce que vous avez à raconter sur la lune ?"
- Moi : "Euh , Monsieur le Président … je ne connais rien à la lune"
- L e Président se tape sur les cuisses en se levant : "Thank God ! … vous êtes un
chic type (nice guy) , Desmond !"
lundi 7 octobre 2019
dimanche 6 octobre 2019
TROIS MOUCHES 166 . LE GRAND SYLVAIN D'AUTRES RIVAGES
Je me souviens de la façon dont Berthe avait fait irruption dans ma chambre tel
après-midi d'été alors que trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient
contre son chapeau de paille . Elle s'était emparée de mon filet à papillons , avait
dévalé à toute vitesse les marches de la véranda , puis elle était aussitôt revenue
d'un pas nonchalant , tenant entre le pouce et l'index la rare et magnifique femelle
d'un Grand Sylvain qu'elle avait vue paresser sur une feuille de tremble depuis le
balcon de son bureau .
Le grand Sylvain fit irruption dans la chambre de Berthe . L'après-midi , il avait
paressé sur le balcon de la véranda . Il tenait entre le pouce et l'index son chapeau
de paille . En tremblant comme une feuille , je dévalai les marches de mon bureau
tandis qu'elle , merveilleuse femelle , s'emparait d'un pas nonchalant de mon filet à
papillons . Aussitôt je me souvins des bourdonnements magnifiques de l'été vermeil
et de la façon dont trois mouches rares , à toute vitesse , revenaient me voir .
Les feuilles du tremble bourdonnaient contre le balcon de mon bureau à la façon
des pailles d'un chapeau . C'était l'été . Je m'emparai de mon filet à papillons et
dévalai à toute vitesse les trois marches de la véranda où une magnifique femelle de
Grand Sylvain avait fait irruption . Aussitôt qu'elle me vit , je me souviens que Berthe
qui paressait dans sa chambre cet après-midi là revint d'un pas nonchalant en tenant
une rare mouche vermeille entre le pouce et l'index .
après-midi d'été alors que trois mouches vermeilles et merveilleuses bourdonnaient
contre son chapeau de paille . Elle s'était emparée de mon filet à papillons , avait
dévalé à toute vitesse les marches de la véranda , puis elle était aussitôt revenue
d'un pas nonchalant , tenant entre le pouce et l'index la rare et magnifique femelle
d'un Grand Sylvain qu'elle avait vue paresser sur une feuille de tremble depuis le
balcon de son bureau .
Le grand Sylvain fit irruption dans la chambre de Berthe . L'après-midi , il avait
paressé sur le balcon de la véranda . Il tenait entre le pouce et l'index son chapeau
de paille . En tremblant comme une feuille , je dévalai les marches de mon bureau
tandis qu'elle , merveilleuse femelle , s'emparait d'un pas nonchalant de mon filet à
papillons . Aussitôt je me souvins des bourdonnements magnifiques de l'été vermeil
et de la façon dont trois mouches rares , à toute vitesse , revenaient me voir .
Les feuilles du tremble bourdonnaient contre le balcon de mon bureau à la façon
des pailles d'un chapeau . C'était l'été . Je m'emparai de mon filet à papillons et
dévalai à toute vitesse les trois marches de la véranda où une magnifique femelle de
Grand Sylvain avait fait irruption . Aussitôt qu'elle me vit , je me souviens que Berthe
qui paressait dans sa chambre cet après-midi là revint d'un pas nonchalant en tenant
une rare mouche vermeille entre le pouce et l'index .
samedi 5 octobre 2019
AUDIENCE PONTIFICALE 5
- Moi : "Très Saint-Père"
- JP II : "Mmmmh ?"
- Moi : "Très Saint-Père , j'ai fait pas mal de kilomètres pour …"
- JP II me tapote l'avant-bras . Je suis agenouillé devant lui . J'ai posé ma main
(je me suis permis de) sur l'accotoir doré de son trône .
- Moi . Je réitère : "Très Saint-Père "
- JP II : "Mmmmh"
- Moi : "Je viens de loin" . Je hausse le ton : "De France … j'ai pris le train à 7h42
en gare de Lille … Lille-Europe … à 7h42 … et …"
- JP II me tapote l'avant-bras . Cherche-t-il à tâtons son accotoir doré ?"
- Moi : "Une correspondance ratée à Paris … Gare de Lyon"
- JP II : "Mmmmh"
- Moi : "Il y avait grève à la RATP"
- JP II lève une main fataliste .
- Moi : "J'ai eu un mal de chien à parvenir jusqu'à vous … les Gardes Suisses"
- JP II : "Mmmmh"
- Moi : "Je voulais vous demander : qu'est-ce que …"
- JP II me bénit .
- Fin de l'audience .
- JP II : "Mmmmh ?"
- Moi : "Très Saint-Père , j'ai fait pas mal de kilomètres pour …"
- JP II me tapote l'avant-bras . Je suis agenouillé devant lui . J'ai posé ma main
(je me suis permis de) sur l'accotoir doré de son trône .
- Moi . Je réitère : "Très Saint-Père "
- JP II : "Mmmmh"
- Moi : "Je viens de loin" . Je hausse le ton : "De France … j'ai pris le train à 7h42
en gare de Lille … Lille-Europe … à 7h42 … et …"
- JP II me tapote l'avant-bras . Cherche-t-il à tâtons son accotoir doré ?"
- Moi : "Une correspondance ratée à Paris … Gare de Lyon"
- JP II : "Mmmmh"
- Moi : "Il y avait grève à la RATP"
- JP II lève une main fataliste .
- Moi : "J'ai eu un mal de chien à parvenir jusqu'à vous … les Gardes Suisses"
- JP II : "Mmmmh"
- Moi : "Je voulais vous demander : qu'est-ce que …"
- JP II me bénit .
- Fin de l'audience .
vendredi 4 octobre 2019
PARADIS 114 . EXOPLANÈTE
- Dieu : "Allo ?"
- L'interlocuteur : "Hello"
- Dieu : "La Nasa ?"
- L'interlocuteur . Fort accent texan : "Yeah"
- Dieu : "Dieu à l'appareil"
- L'interlocuteur : "Yeah … j'vous écoute"
- Dieu : "C'est à propos des exoplanètes"
- L'interlocuteur : "Yeah"
- Dieu : "J'ai vot' catalogue … euh , votre catalogue sous les yeux … la Koi-1686.01 …
c'est pour mon fils"
- L'interlocuteur : "Vot' fils ?"
- Dieu : "Je cherche à l'envoyer quelque part"
- L'interlocuteur : "Sur Koi-1686.01 ?"
- Dieu : "Pourquoi pas … c'est habitable ?"
- L'interlocuteur . Il mâchouille un chewing-gum : "Ouais … faut voir … mais c'est pas
tout près : 1034 années-lumière"
- Dieu : "C'est pas un problème : je suis partout"
- L'interlocuteur : "Quès qui fait dans la vie , vot' fils ?"
- Dieu : "Sauveur d'humanité"
- L'interlocuteur : "…?… mon vieux , y'a personne - nobody - su c'tas d'cailloux !"
- Dieu : "Ça , je peux m'en occuper … quelle t° ?"
- L'interlocuteur : "23°"
- Dieu : "Sensass ! … j'y mettrai des herbes portant semence , des arbres fruitiers …
j'ai déjà fait ça"
- L'interlocuteur : "Koi-1686.01 , c't'un peu riche en méthane ! … z'êtes optimiste !"
- Dieu : "Yeah ! … je veux dire : oui … indécrottablement optimiste"
- L'interlocuteur : "Quès qui va sauver , vot' fils ? … des pommiers ?"
- Dieu : "J'y mettrai aussi … (il hésite) … un homme et une femme … pour commencer"
- L'interlocuteur : "C't'une bonne idée ?"
- Dieu , son enthousiasme franchement douché : "Euh … pas sûr …"
- L'interlocuteur : "Hello"
- Dieu : "La Nasa ?"
- L'interlocuteur . Fort accent texan : "Yeah"
- Dieu : "Dieu à l'appareil"
- L'interlocuteur : "Yeah … j'vous écoute"
- Dieu : "C'est à propos des exoplanètes"
- L'interlocuteur : "Yeah"
- Dieu : "J'ai vot' catalogue … euh , votre catalogue sous les yeux … la Koi-1686.01 …
c'est pour mon fils"
- L'interlocuteur : "Vot' fils ?"
- Dieu : "Je cherche à l'envoyer quelque part"
- L'interlocuteur : "Sur Koi-1686.01 ?"
- Dieu : "Pourquoi pas … c'est habitable ?"
- L'interlocuteur . Il mâchouille un chewing-gum : "Ouais … faut voir … mais c'est pas
tout près : 1034 années-lumière"
- Dieu : "C'est pas un problème : je suis partout"
- L'interlocuteur : "Quès qui fait dans la vie , vot' fils ?"
- Dieu : "Sauveur d'humanité"
- L'interlocuteur : "…?… mon vieux , y'a personne - nobody - su c'tas d'cailloux !"
- Dieu : "Ça , je peux m'en occuper … quelle t° ?"
- L'interlocuteur : "23°"
- Dieu : "Sensass ! … j'y mettrai des herbes portant semence , des arbres fruitiers …
j'ai déjà fait ça"
- L'interlocuteur : "Koi-1686.01 , c't'un peu riche en méthane ! … z'êtes optimiste !"
- Dieu : "Yeah ! … je veux dire : oui … indécrottablement optimiste"
- L'interlocuteur : "Quès qui va sauver , vot' fils ? … des pommiers ?"
- Dieu : "J'y mettrai aussi … (il hésite) … un homme et une femme … pour commencer"
- L'interlocuteur : "C't'une bonne idée ?"
- Dieu , son enthousiasme franchement douché : "Euh … pas sûr …"
jeudi 3 octobre 2019
L'AUTOMNE 1
L'automne ,
Découpé en petits morceaux
Crissants ,
Tombe de nos arbres .
Endormi ,
Penché sur le rebord des branches ,
Vous regardant cependant ,
Ô femmes ,
A travers ses paupières .
Il attend ,
Il claque des dents
Et entrevoit le coup de vent fatal .
Découpé en petits morceaux
Crissants ,
Tombe de nos arbres .
Endormi ,
Penché sur le rebord des branches ,
Vous regardant cependant ,
Ô femmes ,
A travers ses paupières .
Il attend ,
Il claque des dents
Et entrevoit le coup de vent fatal .
mercredi 2 octobre 2019
COTE 137 . 134 . LABAT
Combien de gars avons-nous croisés , étoiles filantes , sitôt apparus , sitôt
disparus , innocents et confiants . Ce bleuet fort en gueule - Labat était son nom ,
apprenti-charcutier à Saint-Brieux - affecté à notre compagnie depuis trois jours à peine ,
fut touché à mort par un frelon , malheur hélas fréquent avec les jeunes recrues inatten-
tives à qui on était fatigué de répéter : "Nom de Dieu , baissez la tête !" . Martial et moi
avions plaisanté avec lui cinq minutes plus tôt et maintenant nous nous activions autour
de Labat effondré sur le caillebotis au fond de la tranchée avec l'espoir idiot de le faire
revenir à la vie . Martial lui avait ôté son casque , il lui tapotait les joues , il s'égosillait :
"Labat , crénom , qu'est-ce que tu nous fais !?" . Puis , comprenant qu'il n'y avait rien à
faire , que Labat nous avait quitté pour de bon , nous abandonnant sa dépouille , nous
l'avons poussé le long du parados . Il avait un petit trou à la tempe , chef-d'oeuvre d'un
tireur d'élite - Josef ou Werner ? - triomphant sur la Cote 137 , rigolard , fier de lui ,
congratulé par ses camarades et encochant sur la crosse de son Mauser la soustraction
du monde de Labat , apprenti-charcutier à Saint-Brieux et qui , jamais plus , n'enfilerait
une andouille dans une baudruche de boeuf … Martial lui a fermé les yeux , resserré sa
capote comme pour le protéger du froid , posé brièvement sa main sur sa poitrine en sorte
d'adieu et d'absurde encouragement . Puis , dans un silence accablé , nous nous sommes
assis , le dos appuyé contre le parapet , Labat à nos pieds . Nous n'en voulions même pas
à Josef ; c'aurait été aussi inepte d'en vouloir au destin . Par le téléphone de campagne ,
le capitaine a demandé des brancardiers . Chaque fois qu'un tel drame se produisait , non
pas dans le tintamarre d'une attaque , mais dans ces calmes perfides , nous touchions au
plus près l'extravagance de la mort . Labat , joufflu et rosé comme sont par vocation les
charcutiers , faisant le fier à bras , parlant haut un quart d'heure plus tôt et dont le visage
cireux était à présent tourné vers le ciel , à nos pieds , mais c'était autre chose , pas Labat
mais le corps de Labat fait cependant de la même matière que nos corps et qu'une balle
pointue en acier pesant moins de 10 grammes avait relégué de l'autre côté d'un rideau
invisible . Nous étions fascinés par la désinvolture de cette traversée . Ça avait l'air si
facile - et si bête - de passer de vie à trépas !
- Martial : "Merde !"
disparus , innocents et confiants . Ce bleuet fort en gueule - Labat était son nom ,
apprenti-charcutier à Saint-Brieux - affecté à notre compagnie depuis trois jours à peine ,
fut touché à mort par un frelon , malheur hélas fréquent avec les jeunes recrues inatten-
tives à qui on était fatigué de répéter : "Nom de Dieu , baissez la tête !" . Martial et moi
avions plaisanté avec lui cinq minutes plus tôt et maintenant nous nous activions autour
de Labat effondré sur le caillebotis au fond de la tranchée avec l'espoir idiot de le faire
revenir à la vie . Martial lui avait ôté son casque , il lui tapotait les joues , il s'égosillait :
"Labat , crénom , qu'est-ce que tu nous fais !?" . Puis , comprenant qu'il n'y avait rien à
faire , que Labat nous avait quitté pour de bon , nous abandonnant sa dépouille , nous
l'avons poussé le long du parados . Il avait un petit trou à la tempe , chef-d'oeuvre d'un
tireur d'élite - Josef ou Werner ? - triomphant sur la Cote 137 , rigolard , fier de lui ,
congratulé par ses camarades et encochant sur la crosse de son Mauser la soustraction
du monde de Labat , apprenti-charcutier à Saint-Brieux et qui , jamais plus , n'enfilerait
une andouille dans une baudruche de boeuf … Martial lui a fermé les yeux , resserré sa
capote comme pour le protéger du froid , posé brièvement sa main sur sa poitrine en sorte
d'adieu et d'absurde encouragement . Puis , dans un silence accablé , nous nous sommes
assis , le dos appuyé contre le parapet , Labat à nos pieds . Nous n'en voulions même pas
à Josef ; c'aurait été aussi inepte d'en vouloir au destin . Par le téléphone de campagne ,
le capitaine a demandé des brancardiers . Chaque fois qu'un tel drame se produisait , non
pas dans le tintamarre d'une attaque , mais dans ces calmes perfides , nous touchions au
plus près l'extravagance de la mort . Labat , joufflu et rosé comme sont par vocation les
charcutiers , faisant le fier à bras , parlant haut un quart d'heure plus tôt et dont le visage
cireux était à présent tourné vers le ciel , à nos pieds , mais c'était autre chose , pas Labat
mais le corps de Labat fait cependant de la même matière que nos corps et qu'une balle
pointue en acier pesant moins de 10 grammes avait relégué de l'autre côté d'un rideau
invisible . Nous étions fascinés par la désinvolture de cette traversée . Ça avait l'air si
facile - et si bête - de passer de vie à trépas !
- Martial : "Merde !"
mardi 1 octobre 2019
KRANT 180 . LES ÂNERIES DU CAPITAINE
Un jour pluvieux de septembre … Le capitaine est sur le pont :
- "Autour de quoi tournons-nous ?"
Nous avions quitté Liverpool et nous doublions Holy Head avant de plonger vers le sud .
- Moi : "Autour d'Holy Head , capitaine"
- Lui : "Autour de quel secret ?"
- Moi : "……..?…….."
- Lui : "Vous avez remarqué , cher ami , que nous tournons autour de quelque chose !"
"Cher ami" . Le capitaine avait dit "cher ami" . Le capitaine n'avait pas dit "chef" .
Il était donc sur une pente philosophique .
- Lui . Mains croisées dans le dos , cambré , tendu vers le ciel chaotique comme y
cherchant une réponse : "Quelque chose qui n'a pas de nom … quelque part où les
mots ne servent à rien … où ils sont inutilisables … quelque part dont on semblait
s'approcher et qui - au contraire - s'éloigne … quelque chose qu'on a parfois frôlé
mais si fugacement qu'on n'a pas eu le temps de le saisir …"
- Moi : "……………."
- Lui , soliloquant , ignorant ma présence . Je savais cependant qu'en ce genre de
moment elle était indispensable : "… un territoire inconnu … et inconnaissable …" .
Puis , se tournant vers moi en souriant , comme si tout à coup il revenait sur terre :
"Je suis stupide ! … je ne tourne autour de rien ! … c'est une image … tournerais-je
autour de mon estomac ? … ou de mon nombril ?"
- Moi : "……………."
- Lui , reparti dans le tourment du ciel : "Qui se connait ? … personne ! …
que savons-nous ? … rien ! … que disons-nous ? … des âneries !" …
et il s'éloigna vers la timonerie .
- "Autour de quoi tournons-nous ?"
Nous avions quitté Liverpool et nous doublions Holy Head avant de plonger vers le sud .
- Moi : "Autour d'Holy Head , capitaine"
- Lui : "Autour de quel secret ?"
- Moi : "……..?…….."
- Lui : "Vous avez remarqué , cher ami , que nous tournons autour de quelque chose !"
"Cher ami" . Le capitaine avait dit "cher ami" . Le capitaine n'avait pas dit "chef" .
Il était donc sur une pente philosophique .
- Lui . Mains croisées dans le dos , cambré , tendu vers le ciel chaotique comme y
cherchant une réponse : "Quelque chose qui n'a pas de nom … quelque part où les
mots ne servent à rien … où ils sont inutilisables … quelque part dont on semblait
s'approcher et qui - au contraire - s'éloigne … quelque chose qu'on a parfois frôlé
mais si fugacement qu'on n'a pas eu le temps de le saisir …"
- Moi : "……………."
- Lui , soliloquant , ignorant ma présence . Je savais cependant qu'en ce genre de
moment elle était indispensable : "… un territoire inconnu … et inconnaissable …" .
Puis , se tournant vers moi en souriant , comme si tout à coup il revenait sur terre :
"Je suis stupide ! … je ne tourne autour de rien ! … c'est une image … tournerais-je
autour de mon estomac ? … ou de mon nombril ?"
- Moi : "……………."
- Lui , reparti dans le tourment du ciel : "Qui se connait ? … personne ! …
que savons-nous ? … rien ! … que disons-nous ? … des âneries !" …
et il s'éloigna vers la timonerie .
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