18 septembre 1498
En réponse à votre lettre du 17 septembre , je vous confirme que
votre sujet , Tomàs de Torquemada , est arrivé chez nous . A l'accueil ,
il a été constaté ceci : Tomàs de Torquemada transporte dans les plis de
sa soutane une forte odeur de bûcher , raison pour laquelle nous l'avons
placé en observation . Il ressort d'un premier examen que le-dit Tomàs
a oeuvré pour la Gloire de mon Père . J'en connais d'autres dans son
genre qui ne m'ont pas fait de cadeaux quand je suis descendu chez
vous au premier siècle de notre ère . C'est pourquoi nous avons attribué
à monsieur de Torquemada un logement au bout de la ligne B du RER
où il sera théoriquement hors d'état de nuire .
Cordialement .
mardi 29 avril 2014
COTE 137 . 4 . PENSÉE
Martial et moi pelions des patates cuites à l'eau .
- Martial : "Aujourd'hui est un grand jour !"
- Moi : "Un grand jour ? … il pleut comme hier … et il pleuvra demain …
enterrés à cent mètres de la cote 137 depuis …" Je réfléchis … "depuis
pas loin de 400 jours …"
- Martial ; "Non , mon vieux ! … depuis EXACTEMENT 400 jours…
j'ai compté …"
- Moi : "Et alors ? … en quoi aujourd'hui est un grand jour ? … Le 400e
jour sous la flotte … le 400e jour dans la boue ! … putain de 400e jour !"
- Martial , grandiose : "La 400e pensée !"
- Moi : "………….?………………"
- Martial : "Tu veux savoir quelle est la 400e pensée ?" . Il tenait dans une
main une patate chaude et levait de l'autre , vers le ciel de Craonne , la
pointe de son couteau .
- Moi : "Je ne vois pas de quoi tu parles , Martial … mais dis toujours "
- Martial , tel un prophète : "La vie est une illusion !"
- Moi : "…………..?……………….."
- Martial . Il s'était remis à peler . "C'est beau , non ? …" . Et il répétait
en pelant : "La vie est une illusion … la vie est une illusion … la vie est …"
Il testait des intonations différentes : l'emphatique , la déclamatoire , la
carrément pompeuse , la tragique , la rigolarde , la définitive , comme s'il
essayait aux mots un costume de scène .
- Moi : "Ça ne veut rien dire !"
- Martial : "Non"
- Martial : "Aujourd'hui est un grand jour !"
- Moi : "Un grand jour ? … il pleut comme hier … et il pleuvra demain …
enterrés à cent mètres de la cote 137 depuis …" Je réfléchis … "depuis
pas loin de 400 jours …"
- Martial ; "Non , mon vieux ! … depuis EXACTEMENT 400 jours…
j'ai compté …"
- Moi : "Et alors ? … en quoi aujourd'hui est un grand jour ? … Le 400e
jour sous la flotte … le 400e jour dans la boue ! … putain de 400e jour !"
- Martial , grandiose : "La 400e pensée !"
- Moi : "………….?………………"
- Martial : "Tu veux savoir quelle est la 400e pensée ?" . Il tenait dans une
main une patate chaude et levait de l'autre , vers le ciel de Craonne , la
pointe de son couteau .
- Moi : "Je ne vois pas de quoi tu parles , Martial … mais dis toujours "
- Martial , tel un prophète : "La vie est une illusion !"
- Moi : "…………..?……………….."
- Martial . Il s'était remis à peler . "C'est beau , non ? …" . Et il répétait
en pelant : "La vie est une illusion … la vie est une illusion … la vie est …"
Il testait des intonations différentes : l'emphatique , la déclamatoire , la
carrément pompeuse , la tragique , la rigolarde , la définitive , comme s'il
essayait aux mots un costume de scène .
- Moi : "Ça ne veut rien dire !"
- Martial : "Non"
lundi 28 avril 2014
PHILOMÈNE BEAUGENOU
Je suis le troisième serviteur de la parabole .
"Car c'est comme un homme qui , s'en allant hors du pays , appela ses propres
serviteurs . Et à un il donna cinq talents , à un autre deux talents , à un autre un
talent ; à chacun selon sa propre capacité ; et aussitôt il s'en alla hors du pays "
( Math 25 : 14 , 15 )
Côté filles , j'ai eu un talent mais , au lieu de le dépenser en conquêtes comme
les serviteurs mieux dotés , j'enterrai le mien au fond du jardin . Les demoiselles
tournaient autour de moi et pas les plus laides . Je feignais de ne pas les voir car ,
avec un seul talent , je n'avais pas le droit à l'erreur . Je devais taper dans le mille
une fois pour toutes . Aussi j'hésitais à me lâcher . Les soirs de déprime , j'allais
dans le noir au fond du jardin et je déterrais mon talent . L'argent s'oxydait mais
ça me rassurait : mon talent était presque intact ; un jour , je m'en servirais . Au-
tour de moi , on se bécotait , on flirtait , on se caressait , on copulait . Moi , j'at-
tendais mon heure .
Les occasions passaient , les années aussi . Finalement , je n'ai pas abordé
Philomène Beaugenou .
"Car c'est comme un homme qui , s'en allant hors du pays , appela ses propres
serviteurs . Et à un il donna cinq talents , à un autre deux talents , à un autre un
talent ; à chacun selon sa propre capacité ; et aussitôt il s'en alla hors du pays "
( Math 25 : 14 , 15 )
Côté filles , j'ai eu un talent mais , au lieu de le dépenser en conquêtes comme
les serviteurs mieux dotés , j'enterrai le mien au fond du jardin . Les demoiselles
tournaient autour de moi et pas les plus laides . Je feignais de ne pas les voir car ,
avec un seul talent , je n'avais pas le droit à l'erreur . Je devais taper dans le mille
une fois pour toutes . Aussi j'hésitais à me lâcher . Les soirs de déprime , j'allais
dans le noir au fond du jardin et je déterrais mon talent . L'argent s'oxydait mais
ça me rassurait : mon talent était presque intact ; un jour , je m'en servirais . Au-
tour de moi , on se bécotait , on flirtait , on se caressait , on copulait . Moi , j'at-
tendais mon heure .
Les occasions passaient , les années aussi . Finalement , je n'ai pas abordé
Philomène Beaugenou .
samedi 26 avril 2014
PARADIS 5 . LABOURS
- Dieu : "Adam ! … c'est quoi ce souk ?"
- Adam : "Eh ?"
- Dieu : "Qu'est-ce que tu m'as fait là ? . Il montre … "c'est dégoûtant !"
- Adam : "Mais … "
- Dieu : "Tu es devenu fou ?"
- Adam : "Mais … c'est des labours …"
- Dieu : "Des quoi ?"
- Adam : "… des labours … je vais semer …"
- Dieu : "… semer ? …" Dieu parcourt le labour , comme sonné … "semer …
labours … qu'est-ce que ……….. c'est dégueulasse !! …"
- Adam . Il suit Dieu malaisément dans les sillons . Il est , et pour l'humanité
c'est la première fois , penaud .
- Dieu . Il s'est retourné : "Et c'est quoi autour de tes pieds ?"
- Adam . Il regarde ses pieds . "Des bottes … des bottes en caoutchouc …"
- Dieu : "………….?……………."
- Adam : "… c'est pour marcher …"
- Dieu : "Pour marcher ? … pourquoi ? … pieds nus ça va pas ? …"
- Adam : "… ben …"
- Dieu . Il hausse les épaules : "Adam ! tu me rebouches cette saloperie…
tu remets ce coin de paradis comme il était avant ! …………………………
et Ève ? … elle est où ?"
- Adam : "Elle pond"
- Dieu : "C'est pas trop tôt !" . Dans sa barbe , un poil blanc .
- Adam : "Eh ?"
- Dieu : "Qu'est-ce que tu m'as fait là ? . Il montre … "c'est dégoûtant !"
- Adam : "Mais … "
- Dieu : "Tu es devenu fou ?"
- Adam : "Mais … c'est des labours …"
- Dieu : "Des quoi ?"
- Adam : "… des labours … je vais semer …"
- Dieu : "… semer ? …" Dieu parcourt le labour , comme sonné … "semer …
labours … qu'est-ce que ……….. c'est dégueulasse !! …"
- Adam . Il suit Dieu malaisément dans les sillons . Il est , et pour l'humanité
c'est la première fois , penaud .
- Dieu . Il s'est retourné : "Et c'est quoi autour de tes pieds ?"
- Adam . Il regarde ses pieds . "Des bottes … des bottes en caoutchouc …"
- Dieu : "………….?……………."
- Adam : "… c'est pour marcher …"
- Dieu : "Pour marcher ? … pourquoi ? … pieds nus ça va pas ? …"
- Adam : "… ben …"
- Dieu . Il hausse les épaules : "Adam ! tu me rebouches cette saloperie…
tu remets ce coin de paradis comme il était avant ! …………………………
et Ève ? … elle est où ?"
- Adam : "Elle pond"
- Dieu : "C'est pas trop tôt !" . Dans sa barbe , un poil blanc .
PARADIS 4 . LES OEUFS
- "Adam !" . C'est Dieu .
- Adam : "Ouais !"
- Dieu : "Nom de Dieu , Adam , combien de fois je t'ai dit ! … oui , pas ouais !"
- Adam : "……………………….."
- Dieu : " Est-ce qu'Ève a pondu ?" . ( Ève , de l'ancien hébreu hâyâh = vivre ou
mère des vivants . Dieu est un spécialiste des langues mortes NDLR )
- Adam : "Hein ?"
- Dieu : "…. des oeufs … est-ce qu'elle a pondu ? …"
- Adam : "Elle doit faire des oeufs ? …"
- Dieu : "Ben oui ! … c'est pour ça que je l'ai créée …"
- Adam : "Non … pas vu d'oeufs …"
- Dieu . Il pose sa pince multiprises Facom sur l'établi et ne lève pas les yeux au
ciel puisque le ciel , c'est ici : "Je n'y comprends rien … tu es sûr ? …" . Le pro-
blème c'est qu'au Paradis les oeufs on a du mal à les trouver parce qu'il n'y a pas
de poulailler . Les poules vivent en harmonie avec les renards et les fouines et on
n'a aucune raison de faire des poulaillers . Et c'est pareil pour la femme .
- Adam : "Elle les a peut-être faits dans un coin et qu'on sait pas où ? …"
- Dieu : "Et si tu lui demandais où elle les a faits ? …"
- Adam : "Non … pas aujourd'hui"
- Dieu : "Et pourquoi pas aujourd'hui ?"
- Adam : " … Elle boude !"
- Dieu : "Vous vous êtes disputés ? … encore ! … c'est dingue ! … j'ai créé
l'harmonie partout ! … l'hyène s'entend avec le mouton , l'araignée avec le
moucheron , jamais on n'entend cacarder le jars et l'oie et vous deux , l'homme
et la femme , vous vous engueulez pour des pécadilles ! … Adam ! … tire-toi
et demande à Ève où elle a planqué ses foutus oeufs !"
- Adam : "Ouais !"
- Dieu : "Nom de Dieu , Adam , combien de fois je t'ai dit ! … oui , pas ouais !"
- Adam : "……………………….."
- Dieu : " Est-ce qu'Ève a pondu ?" . ( Ève , de l'ancien hébreu hâyâh = vivre ou
mère des vivants . Dieu est un spécialiste des langues mortes NDLR )
- Adam : "Hein ?"
- Dieu : "…. des oeufs … est-ce qu'elle a pondu ? …"
- Adam : "Elle doit faire des oeufs ? …"
- Dieu : "Ben oui ! … c'est pour ça que je l'ai créée …"
- Adam : "Non … pas vu d'oeufs …"
- Dieu . Il pose sa pince multiprises Facom sur l'établi et ne lève pas les yeux au
ciel puisque le ciel , c'est ici : "Je n'y comprends rien … tu es sûr ? …" . Le pro-
blème c'est qu'au Paradis les oeufs on a du mal à les trouver parce qu'il n'y a pas
de poulailler . Les poules vivent en harmonie avec les renards et les fouines et on
n'a aucune raison de faire des poulaillers . Et c'est pareil pour la femme .
- Adam : "Elle les a peut-être faits dans un coin et qu'on sait pas où ? …"
- Dieu : "Et si tu lui demandais où elle les a faits ? …"
- Adam : "Non … pas aujourd'hui"
- Dieu : "Et pourquoi pas aujourd'hui ?"
- Adam : " … Elle boude !"
- Dieu : "Vous vous êtes disputés ? … encore ! … c'est dingue ! … j'ai créé
l'harmonie partout ! … l'hyène s'entend avec le mouton , l'araignée avec le
moucheron , jamais on n'entend cacarder le jars et l'oie et vous deux , l'homme
et la femme , vous vous engueulez pour des pécadilles ! … Adam ! … tire-toi
et demande à Ève où elle a planqué ses foutus oeufs !"
vendredi 25 avril 2014
KRANT 4 . LE DÉTROIT DE KURA
Nous avions passé le malaisé détroit de Kura et je donnai l'ordre de
réduire la pression . Je fis les quelques recommandations d'usage à
mon second et je fermai derrière moi la porte sur le bruit assourdissant
des 24 pistons Stirling et les 40° générés par les jets de vapeur . A chaque
quart , je vivais le passage de l'écoutille , celle qui sépare le pont des
entrailles du bâtiment et qu'on atteint par une échelle rongée , comme
une mise au monde , de la moiteur amniotique à l'air libre . La nuit
était tombée sur le golfe mais elle était tombée de façon légère et
immense : pas un nuage , pas de lune , mais le Lion , Orion et le Cygne
étalaient leurs incroyables constellations .
Je montai sur la passerelle . Le capitaine était adossé aux flancs de la
timonerie et je devinais son profil dans le rougeoiement de sa pipe dont
le fourneau lâchait des escarbilles minuscules qui tournoyaient dans le
flux engendré par notre vitesse , se mêlaient par l'arrière à la fumée du
steamer et se consumaient avant d'atteindre le sillage . Je m'approchai de
Krant et saisis à pleines mains le bastingage froid et humide ; ce contact
déchargea mes paumes brûlantes . Derrière le cordon dunaire , on voyait
sautiller les lumières de Pihtia . Nous longions les côtes basses de l'île
de Saaremaa et poursuivions notre route vers Pamu , notre destination .
La voix grave de Krant traversa cette nuit sans poids : "Chef !" ...
réduire la pression . Je fis les quelques recommandations d'usage à
mon second et je fermai derrière moi la porte sur le bruit assourdissant
des 24 pistons Stirling et les 40° générés par les jets de vapeur . A chaque
quart , je vivais le passage de l'écoutille , celle qui sépare le pont des
entrailles du bâtiment et qu'on atteint par une échelle rongée , comme
une mise au monde , de la moiteur amniotique à l'air libre . La nuit
était tombée sur le golfe mais elle était tombée de façon légère et
immense : pas un nuage , pas de lune , mais le Lion , Orion et le Cygne
étalaient leurs incroyables constellations .
Je montai sur la passerelle . Le capitaine était adossé aux flancs de la
timonerie et je devinais son profil dans le rougeoiement de sa pipe dont
le fourneau lâchait des escarbilles minuscules qui tournoyaient dans le
flux engendré par notre vitesse , se mêlaient par l'arrière à la fumée du
steamer et se consumaient avant d'atteindre le sillage . Je m'approchai de
Krant et saisis à pleines mains le bastingage froid et humide ; ce contact
déchargea mes paumes brûlantes . Derrière le cordon dunaire , on voyait
sautiller les lumières de Pihtia . Nous longions les côtes basses de l'île
de Saaremaa et poursuivions notre route vers Pamu , notre destination .
La voix grave de Krant traversa cette nuit sans poids : "Chef !" ...
UNE DERNIÈRE
"Vous permettez que je la termine ?"
Je fumais .
Le type était entré par la porte de l'office . Le Beretta A-900S qui pendait
au bout de son bras gauche ne me laissait aucune chance et je n'avais pas
la moindre envie d'aller contre le cours des choses . "Faites" , dis-je . Il
vissait un silencieux . "Je ne suis pas vraiment pressé" .
Je lui ai tourné le dos et j'ai regardé par la grande fenêtre , celle qui donne
sur le jardin . La veille , j'avais tondu la pelouse et - par excès de zèle -
j'avais réglé la hauteur de coupe à 2 . On voyait par endroits des vilaines
traces jaune pâle . Simone m'avait engueulé .
Quand le mégot a commencé à me brûler le bout des doigts , le gars a
appuyé sur la détente .
Je fumais .
Le type était entré par la porte de l'office . Le Beretta A-900S qui pendait
au bout de son bras gauche ne me laissait aucune chance et je n'avais pas
la moindre envie d'aller contre le cours des choses . "Faites" , dis-je . Il
vissait un silencieux . "Je ne suis pas vraiment pressé" .
Je lui ai tourné le dos et j'ai regardé par la grande fenêtre , celle qui donne
sur le jardin . La veille , j'avais tondu la pelouse et - par excès de zèle -
j'avais réglé la hauteur de coupe à 2 . On voyait par endroits des vilaines
traces jaune pâle . Simone m'avait engueulé .
Quand le mégot a commencé à me brûler le bout des doigts , le gars a
appuyé sur la détente .
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