Si un jour , lecteurs , vous empruntez avec votre automobile la N 272 (celle qui
coupe l'antique merveille de Canzano en deux portions navrantes) , vous toucherez
des yeux la cruauté des hommes . La vitesse est illimitée sur cette voie ; on traverse
Canzano et ce qui reste de sa forêt pied au plancher , passant d'une vallée à l'autre en
le millième de temps qu'il fallait jadis par les chemins muletiers .
C'est la faune locale qui paie tribut à ce progrès de communication . Le lieu que les
ingénieurs de la voierie appellent B.A.U est le séjour des bêtes mortes . Je ne parle pas
ici des chats fugueurs et des chiens égarés , pas non plus des hérissons ou des rats des
champs qui forment sous toutes les latitudes des bataillons d'écrabouillés . Vous verrez
de vos yeux les pics à dos blanc , les bondrées et autours disloqués , les boyaux sanglants
des sonneurs à ventre jaune et ceux des salamandres , les fouines et belettes réduites à
l'état de carpettes . Vous verrez que le campagnol des neiges , si prude de nature , montre
au ciel ses viscères . A trente centimètres de vos visages , l'Italopodisma Lucianae
s'écrasera en taches rouges sur votre pare-brise .
jeudi 30 avril 2020
mercredi 29 avril 2020
LES LOUPS-GAROUS 2
Résumé de l'épisode précédent : trois touristes allemands et leur guide ont signalé
à Luis la présence près de la ville d'un ou plusieurs loups-garous . A bord de son 4x4 ,
Luis inspecte le secteur . Il fait nuit . Dans ses phares : un couple étrange .
De leurs brodequins , l'escogriffe saturnien et sa femelle à tête viteline bouchonnaient
les cépées . Ce craquètement rendit à Luis la chose obvie : ces quidams n'étaient peut-être
pas des loups-garous mais il les subsuma comme cette sorte de sycophantes à propos
desquels le chef de district avait fait de compendieux rapports ; il n'avait rien à tirer de
ces deux myrmidons ! . Embrayant , il les laissa à la nitescence cyprine du sombre faux-
fuyant . Les touristes allemands avaient-ils rêvé ? . Et le cicérone ? , se dit encore Luis en
frôlant à toute vitesse un échalier passementé de clisses où s'égouttaient des fromages .
Les loups-garous , ce devait être vélanie ou fuligineuses spéculations ! . Il arrêta le 4x4
sur le bas-côté déperlant (la pluie de l'orage avait coulé entre ses herbes crêpelées) .
Quand il ouvrit la portière , le parfum mellifluent du sous-bois et le son trémulant d'un
cours d'eau alentirent ses lugubres pensées . Une martre gravide à l'acmé de sa gestation
traversa la piste embrasée par les phares et tourna vers lui un oeil adamantin . Luis se
pencha , ouvrit la boîte à gants où il saisit un carnet broui de soleil et rempli de ses
miscellanées qu'en cas d'humeur languide il relisait avec profit .
Oui , sauvons les mots anciens !
(à suivre …)
à Luis la présence près de la ville d'un ou plusieurs loups-garous . A bord de son 4x4 ,
Luis inspecte le secteur . Il fait nuit . Dans ses phares : un couple étrange .
De leurs brodequins , l'escogriffe saturnien et sa femelle à tête viteline bouchonnaient
les cépées . Ce craquètement rendit à Luis la chose obvie : ces quidams n'étaient peut-être
pas des loups-garous mais il les subsuma comme cette sorte de sycophantes à propos
desquels le chef de district avait fait de compendieux rapports ; il n'avait rien à tirer de
ces deux myrmidons ! . Embrayant , il les laissa à la nitescence cyprine du sombre faux-
fuyant . Les touristes allemands avaient-ils rêvé ? . Et le cicérone ? , se dit encore Luis en
frôlant à toute vitesse un échalier passementé de clisses où s'égouttaient des fromages .
Les loups-garous , ce devait être vélanie ou fuligineuses spéculations ! . Il arrêta le 4x4
sur le bas-côté déperlant (la pluie de l'orage avait coulé entre ses herbes crêpelées) .
Quand il ouvrit la portière , le parfum mellifluent du sous-bois et le son trémulant d'un
cours d'eau alentirent ses lugubres pensées . Une martre gravide à l'acmé de sa gestation
traversa la piste embrasée par les phares et tourna vers lui un oeil adamantin . Luis se
pencha , ouvrit la boîte à gants où il saisit un carnet broui de soleil et rempli de ses
miscellanées qu'en cas d'humeur languide il relisait avec profit .
Oui , sauvons les mots anciens !
(à suivre …)
mardi 28 avril 2020
L'ABBÉ TONIÈRES 23 . LE CALICE JUSQU'À LA LIE
Super U d'Antibes . L'abbé Tonières fait ses courses avec Jeanne-Marie . Elle pousse
le caddie et , aux ordres de l'abbé , picore deci delà dans les rayons .
- L'abbé : "Qu'est-ce que je vois là , Jeanne-Marie ? … vous êtes folle ?"
Sur les strates accumulées de Mini Pastillas au poulet , Piccolinis Buitoni surgelés ,
choux de Bruxelles , Mélange carottes , Potiron pour potage , Colin d'Alaska à la pari-
sienne , Navarin de la mer , papier toilette doux blanc , Pâte à tartiner aux noisettes ,
Bananes Cavendish , oranges , pommes , poireaux , etc … etc … une bouteille trapue ,
corps court large d'épaule , cul plat épais et le col étreint par un bouchon antivol acousto-
magnétique dans la panse de laquelle l'ambre fossile d'un bourbon Woodford Reserve
Distiller's Select (39€99) dodeline capiteusement .
- Jeanne-Marie , les bras serrant sur sa poitine juvénile un paquet de pâtes Lustucru :
"Mais , mon père , c'est celui que vous préférez : le Woudforde …"
- L'abbé : "L'eusses-tu cru ? … elle est folle ! … dans le caddie ! … mon Woodford
offert à la concupiscence des mécréants !" . Agrippant Jeanne-Marie par son écharpe
et le chariot y attaché : "Par ici , je connais un endroit"
- J-M suffoque : "Vous m'étranglez ! … mon écharpe ! … où allons-nous ?"
- L'abbé : "Là où le Seigneur ne peut nous voir … le Seigneur et ses caméras de sur-
veillance" . Dans le clair-obscur (un néon défaillant) du rayon "Aliments pour nos amis
les bêtes" s'opère la magie : passe-passe du caddie à l'abyssale poche droite de la soutane
sacerdotale . "Jeanne-Marie ! , vous n'y pensez pas : 39€99 ! … ô combien de quêtes ,
combien de troncs (Oceano Nox) … allez !" , conclut-il en tapotant le popotin juvénile
de Jeanne-Marie "poussez-moi ce truc-là vers les Portes de l'Enfer" (dites aussi :
Portiques Antivol)
- J-M : "Mais , mon Père … l'alarme … le bouchon …" . Elle se signe .
- L'abbé : "Vous occupez pas de ça"
Aux caisses : attente . Queue . Barre "Client Suivant" . Abbé Tonières sifflotant .
Jeanne-Marie livide , le contenu du caddie sur le tapis-bascule de la guillotine . Caissière
charmante . Sourire : "mon Père" . "Je te bénis ma fille" , dit l'autre "combien te dois-je ?" .
Sourire encore : "87€50 … par carte ?" . "Foutre Dieu , non … en bon dollars que Celui
qui est là-haut créa le 6 juillet 1785 ou quelque chose comme ça … 88€ , garde la monnaie
… Jeanne-Marie , go ! …" . Sonnerie du portique : ding-ding !
- La caissière : "Mon Père , vos clefs peut-être ?"
- L'abbé sort de la non moins abyssale poche gauche de sa soutane un calice cabossé :
"Non , ma chérie , il n'y a d'autres clefs que celles du Paradis … c'est ce foutu calice
cabossé et déclencheur d'alarme que je vais de ce pas confier au talent stupéfiant d'un
chaudonnier-débosseleur"
le caddie et , aux ordres de l'abbé , picore deci delà dans les rayons .
- L'abbé : "Qu'est-ce que je vois là , Jeanne-Marie ? … vous êtes folle ?"
Sur les strates accumulées de Mini Pastillas au poulet , Piccolinis Buitoni surgelés ,
choux de Bruxelles , Mélange carottes , Potiron pour potage , Colin d'Alaska à la pari-
sienne , Navarin de la mer , papier toilette doux blanc , Pâte à tartiner aux noisettes ,
Bananes Cavendish , oranges , pommes , poireaux , etc … etc … une bouteille trapue ,
corps court large d'épaule , cul plat épais et le col étreint par un bouchon antivol acousto-
magnétique dans la panse de laquelle l'ambre fossile d'un bourbon Woodford Reserve
Distiller's Select (39€99) dodeline capiteusement .
- Jeanne-Marie , les bras serrant sur sa poitine juvénile un paquet de pâtes Lustucru :
"Mais , mon père , c'est celui que vous préférez : le Woudforde …"
- L'abbé : "L'eusses-tu cru ? … elle est folle ! … dans le caddie ! … mon Woodford
offert à la concupiscence des mécréants !" . Agrippant Jeanne-Marie par son écharpe
et le chariot y attaché : "Par ici , je connais un endroit"
- J-M suffoque : "Vous m'étranglez ! … mon écharpe ! … où allons-nous ?"
- L'abbé : "Là où le Seigneur ne peut nous voir … le Seigneur et ses caméras de sur-
veillance" . Dans le clair-obscur (un néon défaillant) du rayon "Aliments pour nos amis
les bêtes" s'opère la magie : passe-passe du caddie à l'abyssale poche droite de la soutane
sacerdotale . "Jeanne-Marie ! , vous n'y pensez pas : 39€99 ! … ô combien de quêtes ,
combien de troncs (Oceano Nox) … allez !" , conclut-il en tapotant le popotin juvénile
de Jeanne-Marie "poussez-moi ce truc-là vers les Portes de l'Enfer" (dites aussi :
Portiques Antivol)
- J-M : "Mais , mon Père … l'alarme … le bouchon …" . Elle se signe .
- L'abbé : "Vous occupez pas de ça"
Aux caisses : attente . Queue . Barre "Client Suivant" . Abbé Tonières sifflotant .
Jeanne-Marie livide , le contenu du caddie sur le tapis-bascule de la guillotine . Caissière
charmante . Sourire : "mon Père" . "Je te bénis ma fille" , dit l'autre "combien te dois-je ?" .
Sourire encore : "87€50 … par carte ?" . "Foutre Dieu , non … en bon dollars que Celui
qui est là-haut créa le 6 juillet 1785 ou quelque chose comme ça … 88€ , garde la monnaie
… Jeanne-Marie , go ! …" . Sonnerie du portique : ding-ding !
- La caissière : "Mon Père , vos clefs peut-être ?"
- L'abbé sort de la non moins abyssale poche gauche de sa soutane un calice cabossé :
"Non , ma chérie , il n'y a d'autres clefs que celles du Paradis … c'est ce foutu calice
cabossé et déclencheur d'alarme que je vais de ce pas confier au talent stupéfiant d'un
chaudonnier-débosseleur"
lundi 27 avril 2020
TROIS MOUCHES 187 . FEU PÂLE AU BORD DE MER
Berthe reconnut le restaurant de bord de mer où elle avait déjeuné incognito
plusieurs années auparavant avec deux marins très très amusants . Trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre son chapeau de paille . Plusieurs
extrémistes lourdement armés buvaient de la bière sur la galerie bordée de géraniums ,
parmi d'inévitables vacanciers dont quelques-uns étaient occupés à écrire à de lointains
amis .
Trois amis en vacances déjeunaient au bord de la mer . Berthe buvait incognito une
bière vermeille à l'extrémité d'une galerie occupée par une armée de mouches qui bour-
donnaient lourdement contre d'inévitables géraniums , mais ils la reconnurent sous son
chapeau de paille car , plusieurs années auparavant , elle les avait amusés dans ce
restaurant où elle écrivait à deux très très lointains et merveilleux marins en bordée .
A l'extrême bord d'une mer de géraniums vermeils qui , plusieurs années auparavant ,
était occupée par un restaurant où d'inévitables mouches bourdonnaient parmi les cha-
peaux de paille de vacanciers lourdement armés de bière , Berthe écrivait deux ou trois
merveilles très très amusantes à une galerie d'amis lointains dont plusieurs déjeunaient
et quelques-uns , en bordée - reconnaissons-le - buvaient incogito comme des marins .
plusieurs années auparavant avec deux marins très très amusants . Trois mouches
vermeilles et merveilleuses bourdonnaient contre son chapeau de paille . Plusieurs
extrémistes lourdement armés buvaient de la bière sur la galerie bordée de géraniums ,
parmi d'inévitables vacanciers dont quelques-uns étaient occupés à écrire à de lointains
amis .
Trois amis en vacances déjeunaient au bord de la mer . Berthe buvait incognito une
bière vermeille à l'extrémité d'une galerie occupée par une armée de mouches qui bour-
donnaient lourdement contre d'inévitables géraniums , mais ils la reconnurent sous son
chapeau de paille car , plusieurs années auparavant , elle les avait amusés dans ce
restaurant où elle écrivait à deux très très lointains et merveilleux marins en bordée .
A l'extrême bord d'une mer de géraniums vermeils qui , plusieurs années auparavant ,
était occupée par un restaurant où d'inévitables mouches bourdonnaient parmi les cha-
peaux de paille de vacanciers lourdement armés de bière , Berthe écrivait deux ou trois
merveilles très très amusantes à une galerie d'amis lointains dont plusieurs déjeunaient
et quelques-uns , en bordée - reconnaissons-le - buvaient incogito comme des marins .
dimanche 26 avril 2020
KRANT 211 . CE QUE NOUS CACHONS
Hommes et femmes , ils étaient nus … Le Kritik longeait une berge montagneuse
du Selat Alas où , entre d'énormes noeuds de lianes et d'arbres immenses dont les
écorces grinçaient comme les portes d'un temple , apparaissaient dans un éclair de
lumière des villages peuplés d'hommes , de femmes et d'enfants complètement nus .
- Le timonier à sa barre jetait sur cela un oeil offusqué : "Les sauvages ! … regardez
si vous l'osez … nus … nus comme des vers !"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi !"
- Le timonier : "Faut-il qu'ils montrent tout !?"
- Monsieur Lee : "Monsieur le timonier , ces gens ne montrent rien !"
- Le timonier : "Ah ! … et qu'est-ce que je vois ? … pouvez-vous le dire ?"
- Monsieur Lee : "Vous voyez ce que nous cachons"
- Le timonier : "Avons-nous tort ?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi … avons-nous raison ?"
- Le timonier : "Nous ne sommes pas des animaux !"
- Monsieur Lee : "Ne le sommes-nous pas ?"
Sur la rive , une jeune fille , gracieuse et nue , regardait passer notre navire .
Elle tenait dans la main un poisson qu'elle venait de pêcher , étincelant , vif encore
et nous , de la timonerie , la regardions filer par l'arrière , immobile , comme l'image
et la preuve de l'innocence . Actionnée par cette vision de la Beauté , la pomme
d'Adam du timonier se mit à voyager dans son énorme cou .
- Monsieur Lee : "Monsieur le timonier , la pudeur est un feu qui vous brûle !"
- Le timonier : "………"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi !"
du Selat Alas où , entre d'énormes noeuds de lianes et d'arbres immenses dont les
écorces grinçaient comme les portes d'un temple , apparaissaient dans un éclair de
lumière des villages peuplés d'hommes , de femmes et d'enfants complètement nus .
- Le timonier à sa barre jetait sur cela un oeil offusqué : "Les sauvages ! … regardez
si vous l'osez … nus … nus comme des vers !"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi !"
- Le timonier : "Faut-il qu'ils montrent tout !?"
- Monsieur Lee : "Monsieur le timonier , ces gens ne montrent rien !"
- Le timonier : "Ah ! … et qu'est-ce que je vois ? … pouvez-vous le dire ?"
- Monsieur Lee : "Vous voyez ce que nous cachons"
- Le timonier : "Avons-nous tort ?"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi … avons-nous raison ?"
- Le timonier : "Nous ne sommes pas des animaux !"
- Monsieur Lee : "Ne le sommes-nous pas ?"
Sur la rive , une jeune fille , gracieuse et nue , regardait passer notre navire .
Elle tenait dans la main un poisson qu'elle venait de pêcher , étincelant , vif encore
et nous , de la timonerie , la regardions filer par l'arrière , immobile , comme l'image
et la preuve de l'innocence . Actionnée par cette vision de la Beauté , la pomme
d'Adam du timonier se mit à voyager dans son énorme cou .
- Monsieur Lee : "Monsieur le timonier , la pudeur est un feu qui vous brûle !"
- Le timonier : "………"
- Monsieur Lee : "Hi , hi , hi !"
samedi 25 avril 2020
KRANT 210 . CHEZ MOI
Les lumières de Tambak venaient de sombrer sous l'Île de Java quand le capitaine
m'aborda avec une question fortuite , bien dans sa manière :
- "Où est votre maison , chef ?"
- Moi : "Là-bas …" (geste vague évoquant un lieu si éloigné qu'oublié) … "près de
Koenigsberg … à la campagne …"
- Krant , après un silence , en bourrant sa pipe : "Y êtes-vous né ?"
- Moi : "J'y suis né , capitaine"
- Krant . Il s'accoude au bastingage : "Comment est-elle votre maison ?"
- Moi : "Je ne saurais la décrire , capitaine … c'est une pauvre maison … la lumière
d'été entre par une porte , celle du potager … il y a des coins sombres … un buffet en
chêne blond … sculpté de coquilles … une odeur de cire … des jonquilles coupées ,
dans un vase … une soupe sur le feu … je pense que c'est une soupe de poireaux …
une tenture épaisse cache l'escalier et ses marches craquantes … il y a un chat , capi-
taine , un énorme chat gris sur la table où ma petite mère a coupé un oignon … la voix
de mon père … il travaille dans le potager … l'ombre d'un nuage cérémonieux et lent ,
chargé de mer … il vient de la Baltique et frôle mes tilleuls … et le feu , bien entendu ,
le foyer en fonte en hiver , quand les volets tremblent sous le vent … la chaleur de
l'édredon , l'odeur des plumes et les battements de mon coeur …"
- Krant : "Je vois , chef …"
m'aborda avec une question fortuite , bien dans sa manière :
- "Où est votre maison , chef ?"
- Moi : "Là-bas …" (geste vague évoquant un lieu si éloigné qu'oublié) … "près de
Koenigsberg … à la campagne …"
- Krant , après un silence , en bourrant sa pipe : "Y êtes-vous né ?"
- Moi : "J'y suis né , capitaine"
- Krant . Il s'accoude au bastingage : "Comment est-elle votre maison ?"
- Moi : "Je ne saurais la décrire , capitaine … c'est une pauvre maison … la lumière
d'été entre par une porte , celle du potager … il y a des coins sombres … un buffet en
chêne blond … sculpté de coquilles … une odeur de cire … des jonquilles coupées ,
dans un vase … une soupe sur le feu … je pense que c'est une soupe de poireaux …
une tenture épaisse cache l'escalier et ses marches craquantes … il y a un chat , capi-
taine , un énorme chat gris sur la table où ma petite mère a coupé un oignon … la voix
de mon père … il travaille dans le potager … l'ombre d'un nuage cérémonieux et lent ,
chargé de mer … il vient de la Baltique et frôle mes tilleuls … et le feu , bien entendu ,
le foyer en fonte en hiver , quand les volets tremblent sous le vent … la chaleur de
l'édredon , l'odeur des plumes et les battements de mon coeur …"
- Krant : "Je vois , chef …"
vendredi 24 avril 2020
DESMOND 132 . BIRTHDAY WISH
J'entre dans le bureau privé du Président . Il est de profil dans son fauteuil pivotant ,
les lunettes suspendues par une branche aux doigts de sa main gauche brandillent dans
l'air enfumé de la pièce (illustrant la présence du Secrétaire d'État dans un passé immé-
diat) le combiné du téléphone qui le relie directement à Maryline dans la main droite
collée à l'oreille . Il me fait signe d'avancer . Je reste debout derrière l'une des deux
chaises dédiées aux visiteurs .
- "Oui … a-u … pas o … et un C majuscule … surtout , hein … chère oui , comme
chère … non , Maryline , pas chérie … chère , ça veut dire qu'on tient à elle … chérie ,
c'est … non … c'est plus … oui , relisez à partir de là … hmm-hmm … oui … virgule
… non … je crois qu'il y a 2 n … un y ? … non … non-non … c'est un i … vérifiez …
c'est aujourd'hui … par télégramme , s'il vous plaît … une cédille ? … what is that ? …
oui … si vous êtes sûre … ouais … do as you wish … non , reprenons , où en étais-je ?
… votre … est-ce que "ta" ne serait pas mieux ? … osé ? … ta , t-a … mon-ton-ta …
trop quoi ? … euh … je crois qu'il y a un accord … oui … past participle … be careful ,
Maryline ! … ton magnifique grâce , c'est très bien … n'oubliez pas le circumflex accent
… I'm sure … (il fait tournoyer sa paire de lunettes) … absolutely sure … beauté ? …
non … non … a birthday wish is different from a love letter , is it not ? … virgule …
n'oubliez pas la virgule , sinon it does not make sense … what do you say ? … yes …
oui … non … euh … à Desmond ? … oui , devant moi … non , ça va … c'est bien
comme ça … relisez , je vous prie … oui … hmm-hmm-hmm … Georges ? … non …
ah ? … pourquoi pas … ah-ah-ah ! … je lui demanderai (il me regarde) … oui … Sucre
d'Orge … oui , je sais , Maryline (il se rembrunit) … ces Mirage à la Lybie ! … oui-oui
… never mind ! … euh … bisous … ton Richard … euh , non , Maryline , barrez ton" .
Il raccroche .
- A moi , ouverture en grand du clavier de sa denture : "C'est l'anniversaire de Claude
aujourd'hui … je lui envoie un compliment … en français !"
- Moi : "Claude ?"
- Lui : "Claude Pompomgirl , Desmond ! … évidemment ! … la Grande Claude ,
la femme de Georges !"
les lunettes suspendues par une branche aux doigts de sa main gauche brandillent dans
l'air enfumé de la pièce (illustrant la présence du Secrétaire d'État dans un passé immé-
diat) le combiné du téléphone qui le relie directement à Maryline dans la main droite
collée à l'oreille . Il me fait signe d'avancer . Je reste debout derrière l'une des deux
chaises dédiées aux visiteurs .
- "Oui … a-u … pas o … et un C majuscule … surtout , hein … chère oui , comme
chère … non , Maryline , pas chérie … chère , ça veut dire qu'on tient à elle … chérie ,
c'est … non … c'est plus … oui , relisez à partir de là … hmm-hmm … oui … virgule
… non … je crois qu'il y a 2 n … un y ? … non … non-non … c'est un i … vérifiez …
c'est aujourd'hui … par télégramme , s'il vous plaît … une cédille ? … what is that ? …
oui … si vous êtes sûre … ouais … do as you wish … non , reprenons , où en étais-je ?
… votre … est-ce que "ta" ne serait pas mieux ? … osé ? … ta , t-a … mon-ton-ta …
trop quoi ? … euh … je crois qu'il y a un accord … oui … past participle … be careful ,
Maryline ! … ton magnifique grâce , c'est très bien … n'oubliez pas le circumflex accent
… I'm sure … (il fait tournoyer sa paire de lunettes) … absolutely sure … beauté ? …
non … non … a birthday wish is different from a love letter , is it not ? … virgule …
n'oubliez pas la virgule , sinon it does not make sense … what do you say ? … yes …
oui … non … euh … à Desmond ? … oui , devant moi … non , ça va … c'est bien
comme ça … relisez , je vous prie … oui … hmm-hmm-hmm … Georges ? … non …
ah ? … pourquoi pas … ah-ah-ah ! … je lui demanderai (il me regarde) … oui … Sucre
d'Orge … oui , je sais , Maryline (il se rembrunit) … ces Mirage à la Lybie ! … oui-oui
… never mind ! … euh … bisous … ton Richard … euh , non , Maryline , barrez ton" .
Il raccroche .
- A moi , ouverture en grand du clavier de sa denture : "C'est l'anniversaire de Claude
aujourd'hui … je lui envoie un compliment … en français !"
- Moi : "Claude ?"
- Lui : "Claude Pompomgirl , Desmond ! … évidemment ! … la Grande Claude ,
la femme de Georges !"
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