Il m'arrivait de dormir sur le pont . Le ronronnement des pistons Stirling et le
bercement de la houle m'emportaient étrangement dans des territoires vierges de
bruits mécaniques et où - s'il y eut jadis une mer - c'était au temps du Déluge .
Je me trouvais allongé au pied d'un arbre bruissant des cent mille feuilles de sa
majestueuse et confuse ramure ou devisant avec mon père à l'ombre d'une meule .
Et , bien qu'allongé dans l'herbe ou devisant avec mon père , le ronflement sourd
des pistons et le clapotis des vagues susurraient à mon oreille . Où étais-je ? .
Suspendu entre deux mondes , dans l'un et cependant dans l'autre par la grâce du
sommeil . Hume aussi parfois me poussait dans le trésor de ma vie antérieure car
le doux pelage pressé contre ma joue , c'eut pu être celui de Kastor , le chat de mon
enfance . A l'aube , l'embrun me saisissait comme une rosée . Je serrais le col de ma
vareuse et , passant la langue sur mes lèvres salées , je pressentais qu'hélas j'étais
couché sur le pont d'un bateau .
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