Martial s'était fait une spécialité des augures . Il tirait
ses présages de l'observation des entrailles de chevaux
et nous convenions qu'il donnait souvent dans le mille …
Nous montions au front à pieds . Sur le rebord d'un trou
d'obus , deux chevaux d'artillerie attelés au reste d'un
canon offraient au ciel leurs boyaux .
-Meslier : "Qu'est-ce que tu lis là , Martial ?"
-Martial , sombre : "Rien de bon , mon pote …"
Cent mètres plus loin
-Meslier : "Que veux-tu dire ?"
-Martial : "Tu m'emmerdes Meslier … tu veux vraiment
savoir ?"
-Meslier :"Ouais… autant savoir… dis-le… dis-le , Martial !"
Encore cent mètres . Nous étions arrêtés au bord de la route .
Un convoi d'artillerie se repliait .
-Martial : "Dis donc , Meslier… la vérité ne te fait pas peur ?…
tu tiens à savoir ce que j'ai lu dans les tripes de ces pauvres
charognes ?… çà te concerne , Meslier…"
-Meslier . Il s'est rapproché de Martial : "Moi ?…"
-Martial : "Oui… toi Meslier… une mauvaise nouvelle…
je te dis ?"
-Meslier : "Non… je sais lire aussi dans les tripes"
Nous reprîmes notre marche . Un combat d'artillerie avait
commencé derrière la cote où nous avions notre tranchée .
-Meslier : "Je suis cuit …"
-Martial : "Tu as mal lu , Meslier… comment s'appelle ta
petite amie ?"
-Meslier : "Marie… qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans ?"
-Martial : "Marie !… elle se paye du bon temps , Marie !"
Ce n'était pas drôle mais nous avons ri quand même .
mercredi 9 avril 2014
lundi 7 avril 2014
ISABELLE DE CASTILLE
Lettre d'Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon
à Notre Seigneur Jésus . Alhambra 17 septembre 1498 .
Seigneur tout-puissant , tu as repris hier soir ton fils ,
Tomas de Torquemada . Nous te remercions . Tomas
était un être délicat et secret . Nous l'aimions . Cependant ,
nous te remercions de l'avoir repris . Ton Père , Seigneur ,
lui saura gré d'avoir oeuvré en Son Nom , mais nous ( ici ,
sur terre ) n'en pouvions plus . Tomas jouait avec le feu .
Il a transformé Notre Royaume en enfer . Nous ne recon-
naissons plus Notre Espagne . Ses vergers , ses campagnes ,
ses villages - Bujalance , San Mateo , Calanda - ravagés
pour la Gloire de Ton Père , c'en est trop ! … Un ou deux
bûchers les jours de fête , passe encore . Quelques juifs ou
quelques morisques réduits en cendre , n'est-ce pas saine
( et sainte ) occupation ? Mais cent bûchers , mille bûchers ,
nos sujets les plus catholiques ont la nausée !
Prions pour l'âme de notre cher Tomas . Qu'elle s'élève
jusqu'à Toi comme l'encens d'une cassolette ...
samedi 5 avril 2014
PARADIS 2 . OEUF
Dieu fit l'homme à son image mais seulement
à son image ; car Dieu se survivait à lui-même
pendant que l'homme était accablé de finitude .
Tous les 70 ans , Dieu prenait sa bêche et en-
terrait au pied d'un pommier sa mortelle créa-
ture .
Que faire ? Dieu mit au point une batterie sur
laquelle l'homme viendrait se brancher et se
régénérer et cet appareil , il l'appela " femme " .
Or l'homme s'obstinait à mourir et la femme
aussi .
Alors Dieu , comme il avait fait avec les végé-
taux , injecta à l'homme une sève qu'il nomma
" sperme " du grec sperma : semence et il dota
la femme d'ovules , comme les poules .
Le résultat de cette idée antédiluvienne , c'est la
catastrophe d'aujourd'hui .
à son image ; car Dieu se survivait à lui-même
pendant que l'homme était accablé de finitude .
Tous les 70 ans , Dieu prenait sa bêche et en-
terrait au pied d'un pommier sa mortelle créa-
ture .
Que faire ? Dieu mit au point une batterie sur
laquelle l'homme viendrait se brancher et se
régénérer et cet appareil , il l'appela " femme " .
Or l'homme s'obstinait à mourir et la femme
aussi .
Alors Dieu , comme il avait fait avec les végé-
taux , injecta à l'homme une sève qu'il nomma
" sperme " du grec sperma : semence et il dota
la femme d'ovules , comme les poules .
Le résultat de cette idée antédiluvienne , c'est la
catastrophe d'aujourd'hui .
TROIS MOUCHES 3 . ROME
Berthe et moi cherchons midi à quatorze heures .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bour-
donnent contre nos chapeaux de paille . C'est
pourtant simple : nos chemins se sont croisés par
hasard comme tous les chemins sauf ceux qui
mènent à Rome . Berthe cependant me parle
d'océan Pacifique .
Il était quatorze heures . Midi à Rome et je ne sais
quelle heure au nord de l'océan Pacifique . Le
chemin de Berthe par hasard croisa le mien .
C'était entre des blés vermeils . Que cherchions-
nous ?
Océan de paille . Des blés merveilleux de quatorze
heures hasardent des chemins au nord du Pacifique .
Il est midi à Rome et Berthe me cherche .
Trois mouches vermeilles et merveilleuses bour-
donnent contre nos chapeaux de paille . C'est
pourtant simple : nos chemins se sont croisés par
hasard comme tous les chemins sauf ceux qui
mènent à Rome . Berthe cependant me parle
d'océan Pacifique .
Il était quatorze heures . Midi à Rome et je ne sais
quelle heure au nord de l'océan Pacifique . Le
chemin de Berthe par hasard croisa le mien .
C'était entre des blés vermeils . Que cherchions-
nous ?
Océan de paille . Des blés merveilleux de quatorze
heures hasardent des chemins au nord du Pacifique .
Il est midi à Rome et Berthe me cherche .
vendredi 4 avril 2014
RÉPONSE DE JÉSUS À TORQUEMADA
16 septembre 1498 .
Tomas , ce soir tu seras mort . Je t'ai fait réserver
une place près de la porte d'entrée , là où il y a un
courant d'air . Tu pues , Tomas . Tu pues la mort .
Tu portes l'odeur de tes bûchers et ici on n'aime pas
çà . Les grillades , fussent-elles de morisques , sont
insupportables aux narines des élus . Tu fus certes un
serviteur zélé mais vois-tu , Tomas , la légèreté est
à la mode au Royaume des Cieux et le poids de tes
forfaits ( tu les a commis en Notre Nom . Nous te
remercions ) plombe ton avenir au Paradis . Il te
faudra vivre pour l'éternité dans la banlieue du ciel .
Inutile de me rendre visite . La ligne B du RER est
en grève ...
Tomas , ce soir tu seras mort . Je t'ai fait réserver
une place près de la porte d'entrée , là où il y a un
courant d'air . Tu pues , Tomas . Tu pues la mort .
Tu portes l'odeur de tes bûchers et ici on n'aime pas
çà . Les grillades , fussent-elles de morisques , sont
insupportables aux narines des élus . Tu fus certes un
serviteur zélé mais vois-tu , Tomas , la légèreté est
à la mode au Royaume des Cieux et le poids de tes
forfaits ( tu les a commis en Notre Nom . Nous te
remercions ) plombe ton avenir au Paradis . Il te
faudra vivre pour l'éternité dans la banlieue du ciel .
Inutile de me rendre visite . La ligne B du RER est
en grève ...
SUPPLIQUE DE TORQUEMADA
Avila . 16 septembre 1498 .
Seigneur , ce soir je serai mort . Doux et miséricordieux
Jésus , j'ai fait occire une foule de mécréants en Ton Nom ,
j'ai mis aux galères des milliers de relaps , expulsé de Notre
Saint Royaume d'Espagne plus de juifs que tu n'en connus ,
torturé des enfants devant leurs mères et des mères devant
leurs époux , torturé des vieillards , pendu et brûlé la popu-
lation de Tomelloso , incendié les maisons de Bujalance ,
confisqué leurs biens aux riches marannes pour le profit de
Notre Sainte Mère Eglise , broyé les membres des habitants
de San Mateo et de Calanda pour la plus Grande Gloire de
Dieu .
Doux et miséricordieux petit Jésus , reçois ce soir ton
serviteur et réserve lui une place au ciel pas trop loin de Toi ...
Seigneur , ce soir je serai mort . Doux et miséricordieux
Jésus , j'ai fait occire une foule de mécréants en Ton Nom ,
j'ai mis aux galères des milliers de relaps , expulsé de Notre
Saint Royaume d'Espagne plus de juifs que tu n'en connus ,
torturé des enfants devant leurs mères et des mères devant
leurs époux , torturé des vieillards , pendu et brûlé la popu-
lation de Tomelloso , incendié les maisons de Bujalance ,
confisqué leurs biens aux riches marannes pour le profit de
Notre Sainte Mère Eglise , broyé les membres des habitants
de San Mateo et de Calanda pour la plus Grande Gloire de
Dieu .
Doux et miséricordieux petit Jésus , reçois ce soir ton
serviteur et réserve lui une place au ciel pas trop loin de Toi ...
jeudi 3 avril 2014
CLINT EASTWOOD
Je suis né à Payson , non loin de Phoenix ( Arizona )
pendant la Grande Dépression . Mes parents tenaient -
ils l'ont tenue toute leur vie et je leur ai succédé - une
quincaillerie que pas mal qualifient de " minable " sauf
quand ils ont besoin de ces articles qu'on ne trouve
nulle part ailleurs comme les vis creuses à douze pans
ou les écrous noyés . Quincaillerie Eastwood . Ma mère
m'a mis au monde le 31 mai 1930 et mon père - sans
demander l'avis de la cartomancienne ( ni celui du pasteur ) -
m'a prénommé Clint . A Payson , je n'étais promis à aucun
avenir ou - si avenir il y avait et personne au fond n'échappe
à un avenir - c'était cette sorte existence morne comme un
désert de cactus . C'est celle que j'ai menée derrière un
comptoir bosselé à vendre des clous à la balance compteuse ,
des serrures , des outils à main , des boulons . J'ai épousé
Maggie en 1953 , un samedi . Chaque dimanche , pendant
la saison , je pêche la truite dans la Gila . Ce samedi de 1953
et les dimanche de la saison de pêche sont les seuls moments
où j'ai décroché de ce foutu comptoir ; et la nuit quand je ne
rêve pas d'équerres et de tiges filetées .
Bon , je vous l'avoue : je ne m'appelle pas Clint Eastwood ! …
c'est une blague . Tout le reste est vrai ...
pendant la Grande Dépression . Mes parents tenaient -
ils l'ont tenue toute leur vie et je leur ai succédé - une
quincaillerie que pas mal qualifient de " minable " sauf
quand ils ont besoin de ces articles qu'on ne trouve
nulle part ailleurs comme les vis creuses à douze pans
ou les écrous noyés . Quincaillerie Eastwood . Ma mère
m'a mis au monde le 31 mai 1930 et mon père - sans
demander l'avis de la cartomancienne ( ni celui du pasteur ) -
m'a prénommé Clint . A Payson , je n'étais promis à aucun
avenir ou - si avenir il y avait et personne au fond n'échappe
à un avenir - c'était cette sorte existence morne comme un
désert de cactus . C'est celle que j'ai menée derrière un
comptoir bosselé à vendre des clous à la balance compteuse ,
des serrures , des outils à main , des boulons . J'ai épousé
Maggie en 1953 , un samedi . Chaque dimanche , pendant
la saison , je pêche la truite dans la Gila . Ce samedi de 1953
et les dimanche de la saison de pêche sont les seuls moments
où j'ai décroché de ce foutu comptoir ; et la nuit quand je ne
rêve pas d'équerres et de tiges filetées .
Bon , je vous l'avoue : je ne m'appelle pas Clint Eastwood ! …
c'est une blague . Tout le reste est vrai ...
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