Martial s'était fait une spécialité des augures . Il tirait
ses présages de l'observation des entrailles de chevaux
et nous convenions qu'il donnait souvent dans le mille …
Nous montions au front à pieds . Sur le rebord d'un trou
d'obus , deux chevaux d'artillerie attelés au reste d'un
canon offraient au ciel leurs boyaux .
-Meslier : "Qu'est-ce que tu lis là , Martial ?"
-Martial , sombre : "Rien de bon , mon pote …"
Cent mètres plus loin
-Meslier : "Que veux-tu dire ?"
-Martial : "Tu m'emmerdes Meslier … tu veux vraiment
savoir ?"
-Meslier :"Ouais… autant savoir… dis-le… dis-le , Martial !"
Encore cent mètres . Nous étions arrêtés au bord de la route .
Un convoi d'artillerie se repliait .
-Martial : "Dis donc , Meslier… la vérité ne te fait pas peur ?…
tu tiens à savoir ce que j'ai lu dans les tripes de ces pauvres
charognes ?… çà te concerne , Meslier…"
-Meslier . Il s'est rapproché de Martial : "Moi ?…"
-Martial : "Oui… toi Meslier… une mauvaise nouvelle…
je te dis ?"
-Meslier : "Non… je sais lire aussi dans les tripes"
Nous reprîmes notre marche . Un combat d'artillerie avait
commencé derrière la cote où nous avions notre tranchée .
-Meslier : "Je suis cuit …"
-Martial : "Tu as mal lu , Meslier… comment s'appelle ta
petite amie ?"
-Meslier : "Marie… qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans ?"
-Martial : "Marie !… elle se paye du bon temps , Marie !"
Ce n'était pas drôle mais nous avons ri quand même .
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