La comtesse Klavdia Nikonoff fut mon épouse pendant quinze jours .
C'était une belle femme très riche , du moins c'est ce qui semblait à ceux
qui l'admiraient de loin et n'avaient pas accès à ses comptes . J'étais de
ceux-là , jeune et stupide ; je lui fis une cour distante , à l'ancienne mode .
Je lui envoyais des lettres qui tournaient autour du pot , mais si loin qu'elles
ne laissaient voir aucune émotion et aucun sentiment et , malheureusement ,
je crois que c'est cela qui lui plut : elle donna suite par écrit et jamais elle ne
demanda à me voir . Elle posait des questions d'ordre pratique et je répondais
avec tant d'innocence qu'elle estima mon patrimoine au centième de rouble
près .
Klavdia menait grand train . Quand elle passait sur la perspective Nevski ,
c'était avec les équipages les plus fastueux et c'est au Palais Strogonov qu'elle
donnait ses fêtes , pas moins .
A l'époque , je gagnais pas mal d'argent . Je tenais de mon père des concessions
minières en Sibérie et , par chance , j'exploitais les bons filons .
J'épousai la comtesse par correspondance . Mais quand nous fûmes devant le
pope pour consacrer la chose , je vis qu'elle claudiquait et qu'il lui manquait
une oreille .
J'appris dans ses bras à perdre en un temps record mon âme , mes illusions et
ma fortune .
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