samedi 19 avril 2014

COTE 137 . 3 . UNE RENCONTRE

          Martial et moi étions en patrouille de nuit . Au détour d'une galerie abandonnée ,
nous sommes tombés sur un allemand en train de déféquer . L'homme a essayé d'attraper
son fusil mais déjà Martial avait posé sa botte dessus et l'arme s'enfonçait dans la boue .
Martial fit signe "chut !" car la tranchée ennemie devait être proche . Le type claquait des
dents . Il a remonté son pantalon . Martial a posé la pointe de sa baïonnette sur son ventre
et il a chuchoté avec férocité : "toi te rendre ?"… L'allemand ne comprenait pas ; il répétait :
"nein…nein…nein…" Martial : "Si toi pas te rendre … toi kaputt ! …"… "nein…nein…
nein… Martial : "toi vouloir cigarette ? …" . "nein…nein…nein…" et les dents de l'allemand
claquaient comme une mitrailleuse … "Donne-lui une clope" dit Martial . Nous étions
immobiles et absorbés par la boue . Plus qu'un geste , l'extraction de cette gangue d'une
botte puis de l'autre était devenue pour nous une fonction , aussi automatique et continue
que respirer et le chuintement qui l'accompagnait était le bruit de fond qui courait d'un bout
à l'autre du champ de bataille . J'allumai une cigarette et la collai entre les lèvres
tremblantes du chleu . Le point rouge incontrôlé faisait dans la nuit l'effet d'un feu-follet .
"Avance ! … schnell !" murmura Martial . Nous poussâmes l'allemand devant nous .
Martial : "par ici ! …" ."Non , par là " disais-je . "Je reconnais … c'est par ici , je te dis … !
avance , toi !" et Martial pointait sa baïonnette dans les reins de notre prisonnier . Soudain
le gars a sauté dans un boyau que nous n'avions pas vu . Il hurlait : "fransozen , fransozen !"
C'était sa tranchée . Les boches se mirent à tirer n'importe où et nous dûmes la vie
à la chance et à la surprise . Sur le chemin du retour , je maudissais Martial ; je te
l'avais dit , Martial ! … tu as toujours raison !" et l'autre rigolait : "ah , on les a vus de près !"

          Le capitaine nous attendait devant sa casemate : "du grabuge ?" . Il avait entendu les
tirs de mitrailleuses .

          Martial : "non , capitaine … nous avons rencontré un allemand … il était perdu…
nous l'avons raccompagné chez lui " . Nous avons éclaté de rire . C'était nerveux ...

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