Nous ne savons rien de cette côte , dit Krant .
On parle de falaises calcaires , ou de granite
plaqué de sel ou de fiente , ou peut-être sont-
elles prises par les glaces … personne ne sait .
Aussi vite qu'il était venu , le soleil disparut
derrière la couche nuageuse . Krant ne connaissait
du monde que la mer et Koenigsberg mais les quais
où il avait vécu enfant c'était déjà la mer et les ports
de la Hanse où nous accostions , c'était des bouts de
mer enfoncés dans la terre . A l'escale , il restait à
bord pour calculer nos routes futures pendant que
j'avitaillais et que , dans les entrepôts , le quartier-
maître négociait le sel ou le bois de charpente selon
les directives de l'armateur . Il ne quittait pas ses
cartes marines mais nous , la nuit , avec les matelots ,
nous abrutissions de filles et d'alcools pour oublier
le bruit des vagues .
Krant nous fit face . Il enjoignit au quartier-maître
de remonter sur la passerelle pour aboyer ses ordres ,
au timonier de gagner sa timonerie , à moi de descendre
aux machines et de jeter dans la chaudière les cartes de
la côte ; lui s'occupait du reste . Que chacun fasse ce
qu'il savait faire et que nous cessions de rêver aux
falaises .
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